• 2e série - L'Évangile selon saint Matthieu (2/7) - InterBible

    2e série - L'Évangile selon saint Matthieu (2/7)

     

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    Contrôle d'identité : qui est l'auteur?

    On prend souvent pour acquis que l’auteur de l’évangile est le collecteur d’impôt romain croisé par Jésus et évoqué en 9, 9-10 et 10,3.  En passant, il voit un homme appelé Matthieu assis au bureau des impôts. Jésus lui dit : « Suis-moi! »  Matthieu se lève et suit Jésus. Ensuite, Jésus prend un repas dans la maison de Matthieu… (Traduction Parole de Vie).

         Il y a cependant un problème. Un collecteur d’impôt était un collaborateur des armées romaines d’occupation. Détesté par tout le monde, ce collaborateur devait probablement laisser au vestiaire sa personnalité juive pour s’intégrer à la culture des occupants. Son travail exploitait systématiquement des compatriotes qu’il avait en quelque sorte reniés. Des retours spectaculaires sont possibles cependant. L’épisode de Zachée en saint Luc nous rappelle que la réconciliation de ces traîtres avec les membres de leur religion d’origine était parfois possible.

         Si l’auteur de l’évangile a connu un épisode de collaboration avec l’ennemi, il a dû se soigner en profondeur! Son texte reflète fortement sa culture de base, une culture indéniablement juive. Les experts mettent en évidence la fréquence des allusions au Premier Testament, mais aussi le détachement de son expérience personnelle de témoin…

         Un argument littéraire a définitivement fait déconsidérer le témoignage de Papias (rapporté par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique) quant à l’identité matthéenne de l’évangile. En étudiant le texte de l’évangile, on constate beaucoup d’éléments communs avec l’Évangile selon Marc. Le spécialiste Élian Cuvillier en déduit qu’«il serait très surprenant qu’un témoin oculaire… utilise une source secondaire… pour rédiger son propre récit.» (Daniel Marguerat, directeur, Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, 2001, page 68). Ces faits constatés dans le texte rendent difficile l’attribution complète du texte au célèbre collecteur d’impôt romain!

         L’identification de l’auteur final avec le collecteur d’impôt mis en scène est donc improbable. Cela aide à comprendre le grand paradoxe véhiculé par le texte : l’auteur (individu ou groupe) était à la fois très concerné par le salut des Juifs et par la distance à prendre par rapport au Judaïsme.
    Deux générations plus tard

         Le portrait des Pharisiens, assez féroce, évoque davantage le climat tendu entre chrétiens et juifs après la chute de Jérusalem (en l’an 70) que le fourmillement constructif qui avait cours dans le Judaïsme au temps de Jésus. L’auteur est bien au courant des tensions entre Judéo-chrétiens et juifs authentiques. D’où ces portraits féroces des principaux groupes juifs qui reflètent son époque, deux générations après les événements de la vie de Jésus.

         L’auteur était peut-être un Judéo-chrétien qui écrivait pour une communauté de pairs, à Antioche de Syrie par exemple. C’était une personne intégrée à la culture grecque qui maîtrisait bien la langue. Cet urbain mentionne vingt-six fois le mot polis, ville.

         Cette personne était très compétente en Premier Testament, car elle cite Isaïe, Jérémie, Malachie, les psaumes, le Deutéronome et l’Exode…  L’auteur y fait aussi allusion en faisant rejouer l’Exode dans la fuite en Égypte (2, 19-23) et en nommant Jésus « roi d’Israël » (27, 42).

         L’attachement aux valeurs et aux enseignements du Judaïsme, prolongés et transformés par Jésus, est bien visible au début et à la fin de l’évangile. Les chapitres 1-2 offrent une nouvelle Genèse en arrimant Jésus à Abraham par une généalogie très développée. Le père de Jésus, Joseph, fait des songes à répétition comme jadis le patriarche Joseph. Les savants juifs qui entourent le roi Hérode sont dépassés par les questions des sages étrangers qui questionnent le roi. Par leur attitude roublarde (conséquence d’un songe, encore une fois!), les mages contredisent les espoirs du roi de Jérusalem et déclenchent (comme pour le patriarche Joseph) une descente en Égypte. Somme toute, l’évangile s’ouvre sur une réécriture d’épisodes importants du Premier Testament.

         Matthieu en sa finale se qualifie comme l’évangile de l’éternelle présence. Cela est révélé par une inclusion spectaculaire de la fin avec le début : Celui qu’on nomme Emmanuel, « Dieu-avec-nous » (1, 23), en conformité avec la foi d’Israël évoquée en Exode 17, 7, sera « avec » ses disciples tous les jours jusqu’à la fin des temps (28, 20). Ces affirmations conviennent parfaitement à un authentique fils d’Israël saisi par la profondeur du rôle de Jésus. 

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    Alain Faucher, ptre

    Source www.zenit.org

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