• Flash texte la ''perle du jour'' – Luc 11, 15-26 :

    Jésus et Béelzéboul. Le blasphème contre l’Esprit Saint

    Flash texte la ''perle du jour'' - Le blasphème contre l’Esprit Saint - Suzanne

     Ce passage de l’Évangile nous montre comment se comportent les hommes devant la Parole de Dieu. Admiration ou refus.

     - La perle du jour – Lc 11, 23: « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse.

     Toute injure adressée à un homme mérite d’être punie.[1] Combien plus le blasphème, insulte faite à Dieu lui-même ! Il est l’inverse de l’adoration et de la louange que l’homme doit à Dieu, le signe par excellence de l’impiété humaine.

    Jésus, qui honore le Père, est accusé de blasphème parce qu’il se dit Fils de Dieu et c’est pour cela qu’il sera condamné à mort. Cet aveuglement déshonore le Fils. Cette accusation n’est pas due qu’à une erreur sur l’identité du Fils de l’Homme, ce qui serait un péché rémissible au titre de l’ignorance. C’est une méconnaissance bien plus grave, car les ennemis de Jésus attribuent à Satan les signes qu’il accomplit par l’Esprit de Dieu. Il y a donc blasphème contre l’Esprit qui ne peut être remis puisque c’est un refus volontaire de la révélation divine.

    Le blasphème nait de l’endurcissement du cœur et de l’aveuglement. Il exprime, au même titre que la malédiction, les réactions violentes des tempéraments passionnés face à un choix. Il produit la division.

    Le drame se poursuit maintenant autour de l’Eglise de Jésus-Christ. L’apôtre Paul, par exemple, était un blasphémateur quand il persécutait l’Eglise. Quand il prêche ensuite le Nom de Jésus, les juifs s’opposent à lui avec des blasphèmes.

    Ainsi, que ce soit devant Jésus ou en face de la Parole apostolique, les hommes sont sommés de prendre position face à cette Parole qui les met en contact avec Dieu même. Les uns refusent, les autres l’accueillent, l’écoutent, la reçoivent avec docilité pour la mettre en pratique. Ils la gardent pour être sauvés, la glorifie, si bien qu’elle demeure en eux.

    La parole humaine n’est donc pas un simple moyen de communication entre les hommes : elle exprime la personne et elle est douée en quelque sorte d’efficacité. Suivant sa qualité, elle renferme pour qui la prononce, honneur ou confusion ; mort et vie sont en son pouvoir. D’où le terrible péril des blasphèmes, des paroles impures et des faux serments.

    Mais Dieu bénit parce qu’il est le Dieu vivant, la source de vie. Parlant sous l’action de l’Esprit Saint, l’homme peut construire et édifier, exhorter et consoler, louer et bénir car sa parole d’homme exprime alors la Parole de Dieu.

    Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

    [1] Mt 5,22

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  • Flash texte la ''perle du jour'' - – Luc 11, 5-13 :

    L’ami importun et l’efficacité de la prière.   

    Flash texte la ''perle du jour'' - L’ami importun et l’efficacité de la prière - Suzanne

    Après avoir appris aux disciples comment prier et comment demander au Père notre « pain quotidien », Jésus leur dit encore d’oser frapper à la porte d’un ami pour demander du pain en cas de nécessité et d’insister, même si nous nous heurtons à un refus de sa part, car dit-il : « Quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe » Et Jésus va jusqu’à insister sur la capacité du méchant à donner de bonnes choses.

    - La perle du jour – Lc 11, 13: « Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent ».

    Jésus initie les disciples à la foi en Dieu le Père. Comme tous les êtres vivants, l’homme est obligé de se nourrir pour subsister, et cette dépendance à l’égard du monde est un signe essentiel de son inconsistance, mais elle est aussi un appel à se nourrir de Dieu qui, seul, a consistance. L’homme doit donc humblement demander son pain à Dieu et l’attendre dans la confiance.


    Le pain, don de Dieu, est pour l’homme une source de force, un moyen de subsistance si essentiel que, manquer de pain, c’est manquer de tout.  Aussi, dans la prière que le Christ enseigne à ses disciples, le pain semble-t-il résumer tous les dons qui nous sont nécessaires.


    D’autre part, le pain n’est pas seulement un moyen de subsistance : il est destiné à être partagé. Tout repas suppose une réunion et aussi une communion. Manger le pain régulièrement avec quelqu’un, c’est être son ami, presque intime. C’est pourquoi le devoir de l’hospitalité est sacré, qui fait du pain de chacun, le pain du passant, envoyé par Dieu. Dans l’Eglise chrétienne, la « fraction du pain » désigne le rite eucharistique du pain rompu en faveur de tous : le Corps du Seigneur devient la source même de l’unité de l’Eglise.


    Enfin, le pain est le don suprême. Durant le repas eucharistique, le pain que donne le Christ à ses disciples est son Corps, vrai don de Dieu.  


    Aliment nécessaire et don de Dieu dans sa matérialité même, le pain demandé chaque jour par le fidèle à son Dieu, signifie dans la foi, la Parole divine et la Personne même du sauveur immolé, qui est le vrai pain du ciel, le pain de vie, vivant et vivifiant.


    Dès lors, l’Eucharistie est source de l’Esprit qui répand dans les coeurs l’amour-don, l’amour-charité, l’amour qui sauve le monde.

    Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

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  • Flash texte la ''perle du jour'' – Luc 11, 1-4 :

    Le Notre Père

    Parmi les disciples qui se sont mis sur la route avec Jésus, il y en a un qui lui demande de leur apprendre à prier. Depuis ce jour, la prière qu’enseigne Jésus, dévoile à qui veut l’entendre, la filialité de l’homme par rapport au Père.

    Flash texte la ''perle du jour'' Le Notre Père - Suzanne

     - La perle du jour – Lc 11, 2: « Père, que ton nom soit sanctifié ».

     Avec Jésus, par Jésus, nous sommes conduits au Père et nous le découvrons. « Je suis le chemin, nul ne vient au Père que par moi ».

    Dans toute l’histoire du judaïsme, personne n’a jamais osé appeler Dieu comme cela. Jésus nous ouvre son cœur et nous dévoile le mystère d’intimité qui l’unit au Dieu-Père. C’est la première révélation de l’Evangile.

    La seconde révélation, c’est que Jésus partage cette intimité avec nous : Quand vous priez, dites : Père. Jésus nous invite désormais à entrer dans une intimité avec Dieu, son Père, en l’appelant à notre tour « Père ». Nous arrivons au cœur de la Bonne Nouvelle, cette Bonne Nouvelle qui nous révèle que Dieu est « Notre Père ».

    Nous ne pouvons apprendre à devenir fils du Père qu’en suivant le Christ.

    Jésus nous entraîne ainsi dans un mouvement révolutionnaire qui dirige le cœur de l’homme vers le Tout-Autre, vers la tendresse et la miséricorde de Dieu. Il nous révèle le Père et nous rétablit dans notre condition de fils. La prière qu’il nous enseigne est donc l’expression de son amour immense pour ses frères les hommes, jailli de son amour pour le Père : le seul amour qui fonde sa vie et lui donne sens.

    Dès lors, la filialité du Christ appelle la nôtre. Ayant pour Père le même Dieu, nous sommes frères du Christ : Nous sommes ses frères quand nous faisons la volonté de son Père qui est dans le ciel.

    - L’entrée dans la vie filiale s’exprime d’abord par la louange. La première attitude du Fils qui reçoit du Père, c’est de rendre au Père. Puisque Dieu est source de toutes grâces, c’est le propre du Fils de « rendre grâces ». Dès lors, célébrons cette parenté fondamentalement rédemptrice et porteuse de nouvelles relations humaines.

    - Le signe de la vie filiale c’est l’attitude de la pauvreté du Fils qui attend tout du Père.

    - C’est être responsable de ce lien d’amour dont nous vivons, par le Seigneur.

    - La reconnaissance de notre filialité, c’est de se savoir aimés de Dieu dont l’amour seul rend vraiment frère des autres.

    Si dans l’Evangile il ne fallait conserver qu’un mot, un seul mot, ce serait celui de Père « ABBA ».

     

     Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

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  • Flash texte la ''perle du jour'' Luc 10, 38-42 :

    Marthe et Marie

    Jésus est reçu dans la maison de Marthe. En tant que maitresse de maison elle s’occupe du service et semble se donner beaucoup de mal pour servir Jésus. Sa sœur, Marie, qui est présente, ne semble pas se soucier des taches ménagères, sa préoccupation est autre.

     

    - La perle du jour – Lc 10, 39 : « Elle avait une sœur nommée Marie, qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole »

    Marthe considère que sa mission est de mettre tout en œuvre pour servir Jésus. Elle y met certainement tout son cœur, c’est peut-être la raison pour laquelle l’attitude de Marie qui, à ses yeux ne fait rien, la dérange.

    Marie, quant à elle, ne bouge pas. Le regard très probablement fixé sur Jésus, elle écoute, sans visiblement se préoccuper du service.

    A partir de ces deux comportements, peut naitre l’opposition entre action-mission et contemplation. Or, Marthe et Marie, mission et contemplation, sont les deux faces d’une même réalité : rechercher la volonté de Dieu, le servir et l’aimer. Ainsi, la contemplation chrétienne inclue aussi l’action, on ne peut établir une séparation entre les deux.

    Saint François d’Assise disait « Le monde est notre cloître ». C’est-à-dire : rapprochement d’avec Dieu et proximité du monde, forment pour lui une unité indissoluble. Il peut y avoir contemplation en tout lieu et dans toute circonstance. La contemplation est ce qui donne à l’action sa véritable dynamique.

    Marthe pourrait contempler au cœur du service. Au lieu d’être dans l’action, de s’inquiéter et de s’agiter, elle poserait alors un acte conscient, dans la joie. Marie, en écoutant la parole, en se posant aux pieds du Christ, « se réchauffe » au-dedans avant d’agir. C’est cela la meilleure part.

    La contemplation nous introduit dans la vérité du monde. Ce n’est donc pas s’en échapper, se retirer dans la solitude des montagnes ou des déserts pour y rencontrer Dieu, mais c’est plutôt une manière de rester totalement dans ce monde, d’y puiser une force à travers son écoute et sa beauté, d’y entrevoir la présence de Dieu mais aussi d’en voir les nécessités et de les assumer.

    Saint François d’Assise a connu la tentation de se consacrer à la vie contemplative dans un retrait total. Il fut transporté de bonheur en constatant qu’en oeuvrant dans le monde, il ne devait rien abandonner de son attachement exclusif à Dieu et à Jésus-Christ. Cette exclusivité n’exclut pas mais inclut l’action.

     Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

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  • Flash texte la ''perle du jour'' Luc 10, 25-37 :

    Parabole du bon Samaritain

    « Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » demande un docteur de la loi à Jésus ». Jésus le renvoie à lui-même et l’invite à formuler sa propre réponse au regard de la loi.

     

    Flash texte la ''perle du jour'' Parabole des vignerons - Suzanne

     

    - La perle du jour – Lc 10, 29 et 36  « Qui est mon prochain ? demande le docteur de la loi. « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? » demande Jésus.

     Qui est mon prochain ?

    Question redoutable qui nous place d’une façon incontournable sous le regard de Dieu et à laquelle nul homme ne peut échapper quelle que soit sa culture, sa position sociale ou sa religion.

    Mon prochain est-il celui qui m’est proche familialement, amicalement ou affectivement ? Est-ce mon bon Samaritainvoisin ? Est-ce celui avec lequel je partage les mêmes idées, la même foi, la même activité ?

    Lequel de ces trois est prochain ?

    Le sacrificateur qui découvre l’homme blessé, passe outre. Pourtant, il est le serviteur de Dieu, agissant pour le compte de l’assemblée, comme intermédiaire entre Dieu et les hommes.

    Le Lévite, qui est au service du Sanctuaire, le voit et passe outre également.

    Deux hommes de Dieu qui connaissent la loi… « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu … et ton prochain comme toi-même »

    Quelle aurait été l’attitude du docteur de la loi face à cette situation ?

    Jésus va le confronter à sa propre réalité et l’aider découvrir la loi d’amour à laquelle il est appelé. Cette loi d’amour est à la portée de tout homme, quel qu’il soit. Ce n’est pas un hasard si Jésus prend comme exemple le Samaritain, homme méprisé des juifs. Le Samaritain, en se faisant proche, est devenu le prochain de l’homme blessé. Il est devenu le prochain de son prochain par son acte de miséricorde.

    Le prochain n’est donc pas celui qui m’est proche, c’est moi-même qui dois devenir « prochain » en me faisant proche de l’autre. Notre mission en Eglise passe par cette proximité d’amour. Allons au devant de nos frères et sœurs en humanité, nous sommes tous des blessés.

    Qu’à fait Jésus ? En prenant notre condition d’homme, il s’est fait le prochain, le proche de tout homme pour lui révéler l’Amour du Père.

    Ainsi, Dieu et le prochain son inséparables !

     Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

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  • Flash texte la ''perle du jour'' Parabole des vignerons - Suzanne Suzanne nous t'attendions...

    Flash texte la ''perle du jour''

     Matthieu 21, 33-43 :
    Parabole des vignerons


    Nous savons tous comment les vignerons ont traité les serviteurs du maitre de maison qui a planté une vigne. Ils les ont battus, tués, lapidés. Pourtant, le maitre avait donné en fermage cette vigne à des vignerons qu’il avait probablement jugé dignes de confiance. Alors pourquoi une telle violence ?


    - La perle du jour – Mt 21, 38 : « Mais, quand les vignerons virent le fils, ils dirent entre eux : Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et emparons-nous de son héritage. »

    Nous avons parfois tendance à oublier que tout ce qui est don, vient de Dieu. Nous nous approprions alors, même ce qui ne nous appartient pas. Nous ouvrons ainsi la porte à l’ingratitude, à la guerre, à la violence et tombons dans la démesure. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. En fait, derrière ce comportement se cache le refus de Dieu.


    Cette parabole est terriblement actuelle. Elle nous replace au cœur de notre époque et du contexte dans lequel nous devons vivre et agir. Monde où l’indifférence et l’individualisme égoïste sont en train de prendre le pas sur ce qui constitue les valeurs anthropologiques de l’être humain. Monde où tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Manière moderne de battre, de tuer et de lapider.


    Malgré le bel exemple que donnent beaucoup de chrétiens qui offrent leur vie et leur temps gratuitement et généreusement, pour l’amour du Maitre, nous sommes tous de quelque façon sous l’influence de ce monde.


    C’est pourquoi, cette Parabole de Jésus s’adresse à nous aujourd’hui : Dieu nous confie sa vigne, il nous confie le monde, il nous confie l’Église. Ne nous approprions pas ce don. Ne tombons pas dans cette tentation. Ne nous approprions pas les talents, les responsabilités ou les missions que Dieu nous a confiés. Ce sont des dons, ils ne nous appartiennent pas.


    Qu’ils nous servent à nourrir la rencontre avec les autres et non pas notre individualisme ou notre orgueil spirituel ; qu’ils nous servent à nous engager de plus en plus dans le monde ; qu’ils nous servent à travailler dans la joie, dans la vigne du Seigneur, et à offrir les fruits de notre travail, à Dieu.
     

    Le seul Maitre, c’est Lui !

    Source : Suzanne G Testut ofs  avec la collaboration de RCF La Radio dans l'âme

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  • L'esprit de fraternité dans la vie de couple

    par Suzanne Giuseppi-Testut

    Peut-on parler de fraternité au sein d’un couple ? Oui, car il y a un « Je » et un « Tu ». Jésus lui-même, L'esprit de fraternité dans la vie de couple - Suzanne via la NRFen tant que vrai Homme, s’est fait le frère de chaque homme et de chaque femme avant de se révéler comme vrai Dieu. Ainsi, avant de voir l’époux ou l’épouse qui me fait face, je dois voir le frère, la sœur. Dans mon couple il faut que « l’amour l’emporte en moi ! », que j’apprenne à aimer grâce à des conversions permanentes¸ à des prises de conscience qui vont m’aider à modifier mon attitude et à devenir responsable.

    Une fraternité universelle

    Saint François nous invite à une fraternité universelle enracinée dans la personne de Jésus : « Tout homme est mon frère. Et il y a lieu de le servir pour le porter à l’amour de Dieu en toute joie et allégresse. » Il nous signifie par là que, comprendre, c’est bien, mais comprendre avec joie, c’est mieux ; agir, c’est bien, mais agir avec joie, c’est mieux ; prier, c’est bien, mais prier avec joie, c’est mieux ! C’est la joie qui va parfaire tout ce que nous faisons dans la journée. Elle ancre l’esprit de fraternité. François nous montre que l’esprit de fraternité est une étape dans l’amour, l’étape de la gratuité.
    Il y a un terme clé de la spiritualité franciscaine: servir. Le service mutuel, vécu dans l’égalité, la simplicité et l’humilité est le fondement de l’esprit fraternel. Toutefois, au sein d’un couple, l’un des partenaires peut être appelé à assumer une responsabilité et donc à faire preuve d’autorité, mais son autorité ne saurait être un pouvoir de domination. L’autorité est un service elle s’exerce dans la rencontre et le dialogue. Dieu lui-même se laisse rencontrer, c’est un Dieu de dialogue et son autorité est une autorité d’amour. Nous pouvons dès lors entrer dans la reconnaissance réciproque de nos vulnérabilités et nous exercer à l’entraide fraternelle.

    Le couple, un lieu pascal

    La relation fraternelle  nous confronte à la gestion des difficultés. Une vie de couple peut être vécue comme un lieu « pascal ». En effet, il y a au sein d’un couple, de grandes joies mais aussi de grandes souffrances. La difficulté de vivre en relation fraternelle nous montre la nécessité de faire un travail de reconnaissance de soi afin de mieux apprivoiser les passions qui nous gouvernent : l’amour propre, la susceptibilité, la haine, la colère, la jalousie, l’égo etc. pour ensuite aider et mieux aimer notre prochain, le frère ou la sœur en humanité avec lequel nous avons choisi de vivre. Seul l’homme qui fait la vérité sur lui-même devient capable d’être frère. Il peut accueillir les autres avec leurs limites et leurs faiblesses.

    A l’instar de toute créature, tout couple est « inaccompli » mais en devenir « d’accomplissement ». Celui ou celle qui cherche le couple idéal est souvent celui qui n’a pas assumé sa propre vérité. Il va rêver son couple, son foyer, au lieu de le construire jour après jour. Or, il y a des forces chaotiques internes et externes qui surgissent pour faire échouer cette aventure qu’est le couple. En fait, cette aventure est le pari de la foi. La foi procure la force de se déposséder soi-même et de se sentir responsable de son prochain. Le couple doit mûrir pour arriver à sa plénitude, c’est-à-dire à son accomplissement d’amour. Chacun doit mûrir pour arriver à sa plénitude. Chacun doit avoir le souci d’aimer de l’amour du Christ.

    Vivre la relation fraternelle implique la vigilance, c’est-à-dire le sens de la responsabilité personnelle : Ne pas s’abriter derrière la loi, le devoir ou l’obligation, ou encore derrière l’image du couple parfait ou idéal. Se remettre en question sous le regard du Christ. Rencontrer vraiment l’autre sans craindre son jugement ou son regard. Ecouter sans se projeter. Se savoir imparfait, divisé, plein de contradictions et accepter sans les juger, que les autres ne soient pas parfaits. L’esprit fraternel, l’amour, est donc une question de vérité et de justice selon le cœur et non seulement selon la loi. 

    Choisir d'aimer

    Vivre la relation fraternelle implique de choisir d’aimer. Croire et aimer exigent une attitude concrète de vérité. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12,31). Jésus prend soin de préciser « comme toi-même ». Par là, il nous montre les conditions et les difficultés de cet amour. Il nous fait sentir combien l’acceptation de nous-mêmes tels que nous sommes est essentielle pour pouvoir aimer l’autre tel qu’il est. Au sujet d’un époux et d’une épouse qui s’unissent, voici ce que disent les Pères : L’amour est ouverture à l’autre et libre don de soi. Chacune des personnes qui s’unissent se donne à l’autre et le reçoit en échange. C’est seulement dans cette communion que chacun s’enrichit et peut s’épanouir dans toute l’expression de son être. L’acte d’amour implique alors un amour de l’autre en Dieu et un amour de Dieu en l’autre. C’est-à-dire, d’aimer dans la pensée de l’Amour en sachant que l’autre est Image de Dieu.

    L’amour est inséparable

    Ainsi, Dieu, « moi » et le prochain son inséparables. L’amour filial et l’amour fraternel sont indissociables. Je ne peux pas dire que j’aime Dieu si je n’aime pas mon prochain. Je ne peux pas me dire Fils adoptif du Père si je ne reconnais pas en l’autre, mon frère, ma sœur en Christ. Je ne peux pas me dire époux, épouse, si je n’aime pas d’abord de l’amour fraternel du Christ.

    L’esprit fraternel a donc besoin d’être ajusté et réajusté en permanence. Cela passe par l’ouverture à l’autre, dans l’écoute de la Parole, par l’apprentissage du regard, par l’attention, la fidélité, la réconciliation, le pardon. Par la nécessité de « sortir de soi » pour voir avec les yeux du cœur afin de soutenir notre compagnon ou notre compagne, dans la mesure de notre propre faiblesse autant qu’on voudrait être soutenu soi-même, non point avec le secret espoir d’un juste retour le moment venu, mais dans la gratuité complète et évangélique du don de soi.

    Oui, l’esprit fraternel ne peut s’accomplir sans Jésus ! Il faut que l’amour l’emporte … en moi !

    NRF vol 119, no 3 • 15 mai 2014


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  • Rencontre des Groupes de Vie Evangélique

    Perpignan 22 septembre 2013

    « Vivre sa foi »

     

     « Vivre sa foi » - Susanne G TestutPourrait-il y avoir meilleur sujet en cette année de la foi ? Si nous sommes ici, ensemble, c’est que nous avons le désir de nous exercer à vivre notre foi. Nous avons le désir de vivre l’évangile à la suite du Christ, non seulement « à la suite » mais « avec » le Christ.

    Jésus, lors de sa prédication en Galilée, (départ vers la croix) fait bien la différence entre ceux qui viennent l’écouter mais sans l’accompagner et les disciples qui se distinguent nettement. En effet, la caractéristique du disciple est d’être « en chemin » « avec » Jésus. (Lc 9, 18-27).

     

    A cette fin, posons-nous quelques questions

    1. 1.      Nous reconnaissons que Dieu est Dieu, mais acceptons-nous que Dieu soit Dieu en nous ?

    En un mot, sommes-nous suffisamment déterminés pour entrer dans cette dynamique spirituelle, exigeante, certes, mais dont le seul critère est la foi.

    Nous croyons Dieu parce qu’il est Vérité et Vie. Nous croyons « en » Dieu quand nous l’accueillons dans notre propre vie, car sa place, dans notre vie, c’est d’occuper le tout de notre être : Il est le Tout. Pour entrer dans cette dynamique spirituelle, il nous faut devenir hospitalité.

    2        Voulons-nous que le Christ soit le Maître de notre vie ?

    Si dans un acte de foi, nous laissons le Christ s’établir en nous, et qu’alors il habite en nous comme en sa demeure, de quoi pouvons-nous avoir besoin que nous n’ayons point déjà ? En effet, nous avons fait le vrai choix, celui de communier librement à la vie divine : écouter le Christ et se laisser écouter par lui.

    Dans un acte de foi, suivre le Christ et marcher « avec » Lui avec un cœur résolu, c’est entrer, puis demeurer sur un chemin de confiance qui peut durer toute la vie. Cependant, cette confiance doit toujours demeurer humble car, si la foi devenait une prétention spirituelle, elle ne conduirait nulle part.

    Le souffle de la confiance peut être retenu par les tourments suscités par nos souvenirs proches ou lointains, par les évènements auxquels nous sommes confrontés, par les choix du monde dans lequel nous vivons, par l’opinion des gens. L’évangile suggère de ne pas regarder en arrière, de ne pas nous attarder à nos échecs, de ne pas nous laisser emporter par les courants, par les modes, de ne pas entrer dans les polémiques et dans ces bavardages qui encombrent notre personne et l’éloignent de la confiance du cœur.

    La joie de l’évangile, l’esprit de la louange, supposent toujours une décision intérieure : Vivre de la vie du Christ. Opposons à l’opinion des gens, la connaissance du disciple qui s’exprime dans la confession de foi.[1] Plus que jamais, en ce moment, ayons confiance et accueillons l’espérance.

    Avoir confiance c’est donc choisir et poser un acte libre : faire le passage de la confiance à l’espérance. Grâce qui nous fait aller bien au-delà du découragement qui la détruirait. Ainsi, dans la lumière de la foi, jaillit en nous la force de cette vertu : je pose ma vie, je la re-pose en Dieu. Qu’il soit béni. Tout chrétien est appelé à manifester sa confiance en Dieu, la joie et le sourire en témoignent.

    3        Avons-nous le désir de nous laisser agir par l’Esprit de Dieu ?

    A travers son expérience intime du sacré, François d’Assise, dans son Cantique des Créatures, nous fait découvrir comment les réalités  cosmiques, frère vent, frère soleil … peuvent nous conduire à la profondeur de notre intimité.

    S’exposer au vent : Offrons-nous de l’intérieur au souffle qui va balayer toutes nos installations, bousculer nos cloisons et faire sauter nos barrières. Laissons l’Esprit de Dieu se joindre à notre esprit, non dans un souci de renoncement à notre personnalité mais au contraire pour la conquérir par la restauration de notre âme. Nous pouvons accueillir notre humanité et tout ce qui la compose avec le désir de nous laisser agir par l’Esprit de Dieu.

    S’exposer au soleil : Laissons-nous façonner par les mains de Dieu – son Fils Unique et l’Esprit-Saint – comme une boule de cire afin qu’il fasse fondre la croûte d’endurcissement qui nous recouvre et que peu à peu l’image reprenne forme à travers les précieux dons qu’il a mis en nous. Ces dons manifestent tous l’expérience réelle de la Présence.

    S’exposer au feu : Laissons-nous brûler par le feu purificateur qui va nous apprendre à changer d’attitude et à entrer dans une transparence devant Dieu. Quand l’âme est touchée par le feu de l’Esprit, elle s’élance.

    S’exposer aux astres : Apprenons à voir la lumière dans la face nocturne des choses. Cette lumière qui nous donne la force d’affronter le monde et d’oser notre foi et va donner sens à notre vie.

    S’exposer à l’eau : Consentons à nous laisser conduire là où la vie se manifeste dans sa Source. Jésus se manifeste à la Samaritaine comme l’eau vive à laquelle l’homme aspire dans sa soif la plus profonde, la soif de vie, de « vie en abondance ». Croire en Jésus, c’est boire la vie qui n’est plus menacée par la mort. Je peux dire alors sans peur : « J’irai là où l’amour de Dieu me conduira » (Mgr Valdimir Ghika – prêtre roumain, mort martyr – sera béatifié le 31 août à Bucarest)

    S’exposer à la terre : Descendons en nous-mêmes dans une démarche de profonde humilité. Brûlons les ombres de la terre au feu de la prière et de l’Esprit. Ne nous laissons pas affaiblir par la tiédeur, l’indifférence, le manque de pardon. Ainsi, notre terre deviendra un ancrage sûr qui nous permettra de nous tourner vers le ciel sans chanceler.

    Les pieds dans l’eau, solidement ancrés en terre, s’élançant vers le ciel, exposés à tous les vents, les palmiers du désert sont une belle image de l’homme spirituel. Le palmier est le symbole de l’espérance. Les tempêtes passent, il est toujours là, tourné vers le ciel. [2]

    Apprenons à sortir de nos ténèbres, pour laisser danser notre vie, pour laisser brûler notre cœur, pour laisser jaillir son Amour. Que tout en nous chante sa gloire. Devenons témoin de l’image que nous contenons.


     

    Dieu nous invite à le suivre

    -          Vivre sa foi ne peut s’accomplir que dans un désir

    Dans cette invitation il y a le désir de Dieu et le nôtre. Dieu se révèle et cherche l’homme inlassablement, non pour le convaincre et l’asservir mais pour le « rencontrer » au cœur d’une vraie relation. Il cherche l’homme avec une intensité d’amour infinie. Mais, dans son immense respect pour sa créature, il attend d’elle le signe de son désir et il assume jusqu’au bout la liberté qu’il nous a donnée. Un seul regard de notre part et son regard en retour nous enveloppe de sa lumière, un seul appel et il est là, un seul mot d’amour et il nous prend dans ses bras.

    -          Vivre sa foi : entrer dans une fidélité et répondre à la grâce qui nous est donnée par Dieu

    La fidélité est un appui solide duquel vient notre consolation. Plus forte que le doute, que le ressentiment et la colère, elle est exigeante et ne doit pas céder à la facilité. Dans la fidélité, c’est la liberté de Dieu qui s’exprime. C’est pourquoi, confions-nous en nous appuyant  sur la fidélité, sur la solidité de Celui qui nous écoute, le Christ. Cela implique aussi de notre part, écoute sincère, fidélité, réciprocité d’amour.

    Reconnaître ce qui peut se réclamer de l’Esprit du Christ, vivre sa foi, consiste à faire usage de notre loyauté, à utiliser les évènements de notre existence pour faire naître une fidélité et demeurer dans l’amour. Cela demande aussi de l’audace. Ayons soif de vérité, pas d’opinions ! Ayons soif de ce qui Est, pas de ce qui meurt. Si nous n’osons pas avancer et persévérer dans nos désirs ou nos projets, notre frilosité nous enferme et nous prive de « l’avis » de Dieu et donc de son réajustement salutaire qui nous convertit à son désir. Nous passons à côté de la grâce.

    Au cœur même de l’épreuve, Dieu reste présent et sa fidélité travaille déjà à notre relèvement.

    -          Vivre sa foi : demeurer dans l’amour

    Le fruit que le Seigneur attend de nous est l’Amour qui accepte avec lui le mystère de la Croix, l’Amour qui nous fait participer à son don de soi pour devenir la vraie justice.

    C’est le fait de se tenir patiemment dans la communion avec le Seigneur au milieu des vicissitudes de l’existence, ce que les Pères appellent persévérance.

    C’est marcher avec constance sur les chemins monotones du désert que nous sommes appelés à parcourir dans la vie. Avancer patiemment pour ne laisser que l’adhésion profonde et pure à la foi. (Benoit XVI Jésus de Nazareth p 288-289) L’amour prend alors la place de la croix.

    C’est l’Amour qui nous fait devenir « un » avec Jésus. L’homme vit de la vérité et du fait d’être aimé, d’être aimé par la vérité. Il a besoin de Dieu. Certes, nous avons des besoins humains, nous avons besoin de la nourriture pour le corps mais, plus profondément,  nous avons aussi besoin de la parole, de l’amour, de Dieu lui-même. La vie en abondance, voilà ce que chacun désire.

    -          Où la trouvons-nous ? Quand et comment avons-nous la « vie en abondance » ? 

    « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10)

    Jésus, le Verbe de Dieu incarné, n’est pas seulement le pasteur, mais il est aussi la nourriture. Il donne la vie en se donnant lui-même, lui qui est la vie (cf. Jn 1,4 ; 3, 36 ; 11, 25) Dieu ne donne pas quelque chose, il se donne.

    Ainsi, communier au Corps et au Sang du Christ, libère les forces grâce auxquelles nous pouvons trouver pour nous-mêmes et pour les autres, les biens qu’on ne peut avoir que dans le partage.

    « S’étant approchée de la Lumière, l’âme devient lumière » (Grégoire de Nysse IVè s.)

     

    Beaucoup parmi nous, sont engagés en Eglise. Je vais rappeler les paroles de notre Ministre de Fraternité Franciscaine, Claude Gaston.[3]

    « La communion eucharistique est loin d’être un geste anodin. Le convive, en mangeant le pain de la Pâque de Jésus-Christ, rappelle à Dieu qu’il s’est engagé et qu’il a besoin de ce pain pour aller plus loin dans son engagement.

    L’Eglise rappelle clairement aux chrétiens qu’ils ont à renouveler les engagements du Baptême (sacrement qui agit en permanence) lors de la veillée pascale. Nous pouvons dans nos cœurs les renouveler à chaque eucharistie.

    -          Je reçois, gratuitement, j’ai obligation d’apporter, de témoigner gratuitement, dans la joie.

    -          Je descends, je remonte avec le Christ, dans la joie. La joie c’est la marque de l’Esprit Saint.

    -          Je descends avec mon frère pour l’aider à remonter dans la joie. Etc.

    Enfin, et ce sera ma conclusion

    -          Vivre sa foi : pour vivre l’esprit de fraternité.

    La foi procure la force de se déposséder soi-même et de se sentir responsable de son prochain comme de la société.

    Saint François d’Assise nous invite à une fraternité universelle enracinée dans la personne de Jésus.

    «Tout homme est mon frère. Et il y a lieu de le servir pour le porter à l’amour de Dieu en toute joie et allégresse. »

    Notre monde actuel crève de faim et de soif. Montrons le chemin qui conduit à la Source !

    -          Pour vivre sa foi … Il faut que l’amour l’emporte … en moi !

    Une prière

    Cette prière de Sören Kierkegaard[4] est un appel à la miséricorde. Miséricorde de Dieu envers nous-mêmes et miséricorde que nous devons à notre prochain … « Aime-ton prochain comme toi-même » !

    Père céleste, ne sois pas avec nos péchés contre nous,

    Mais avec nous contre nos péchés ;

    Afin que ta pensée, quand elle s’éveille en nous,

    Chaque fois ne nous rappelle pas nos fautes commises, mais ton pardon,

    Ni comment nous nous égarâmes,

    Mais comment tu nous sauvas.

    … Ne condamne pas ton frère mais les passions qui l’habitent.

     

    Suzanne Giuseppi-Testut  -  ofs

     

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    [1] Cf Benoit XVI – Jésus de Nazareth – p 321

    [2] « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais jamais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jn 3,8)

    [3] Fraternité  « Les alouettes de saint François » Perpignan-France

    [4] Philosophe chrétien, Danois


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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (7de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

     

    partir mission


    (Photo d'archive)

     

    Il nous faut également parler de la fraternité des frères mineurs de Meknès.

    La Famille Franciscaine a fortement marqué l’Eglise au Maroc et ses représentants puisent aujourd’hui encore l’inspiration auprès de notre Père fondateur, saint François d’Assise. François recommandait aux frères allant parmi les Sarrasins, de « Ne faire ni disputes, ni querelles, mais d’ être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de confesser qu’ils sont chrétiens »

    La présence chrétienne à Meknès date d’environ cent ans. Un centre de rassemblement y avait été installé par les colons. Puis, ce centre est repris en 1940 par les frères franciscains qui, depuis ne l’ont jamais quitté. Or, ce lieu situé en plein cœur de la médina est facilement repérable car une croix, bien visible, est gravée au dessus de la porte d’entrée. Les frères commencent à jouer avec les enfants du quartier, puis à soigner les petits « bobos », puis ce sont des adultes qui se présentent pour des soins plus importants. Bref, un dispensaire s’ouvre. Puis les frères commencent à enseigner, gratuitement. De là nait un centre de formation - langue et plus tard informatique - qui peu à peu va accueillir des centaines de jeunes. Une solidarité s’installe. Devant la générosité des frères, les anciens élèves décident à leur tour d’enseigner gratuitement. Ils redonnent ce qu’ils ont reçu. Le centre est toujours très actif. Des jeunes frères ont rejoint l’ « Ancien », frère Joël, dont le visage rayonne François d’Assise.

    Conclusion : Le mystère de la présence chrétienne en terre musulmane.

    Extraits des Textes du Frère Jean-Pierre Flachaire – Prieur du monastère Notre-Dame de l’Atlas – Revue du Monastère Notre-Dame de l’Atlas « Hier et aujourd’hui » offerte à la suite de notre partage.

    Une Présence de Visitation selon Christian de Chergé.

    L’idée de rassembler les textes de Christian de Chergé sur le mystère de la Visitation m’est venue après avoir eu en ma possession deux textes où j’ai senti que, pour Christian, ce mystère exprime au mieux notre présence chrétienne en terre d’Islam. D’où un premier intérêt à étudier ce qu’il a dit ou écrit sur ce sujet.

    Premier extrait d’une lettre de Christian de Chergé à une sœur alors missionnaire au Yémen :

    « …Tous ces derniers temps, je me suis convaincu que cet épisode de la Visitation est le vrai lieu théologico-scripturaire de la mission dans le respect de « l’autre » que l’Esprit a déjà investi. J’aime cette phrase de Sullivan (dans : Matinales) qui résume bien tout cela : Jésus est ce qui arrive quand Dieu parle sans obstacle dans le cœur d’un homme. Autrement dit, quand Dieu est libre de parler et d’agir sans obstacle dans la droiture d’un homme, cet homme parle et agit comme Jésus : il fallait s’en douter !

    Et Christian conseille à la sœur : essaie d’être « sans obstacle » et tu ne cesseras de t’émerveiller … de t’Eucharistier … (hum : Pas très euphonique !) »

    Deuxième extrait :

    « Voici Marie jeune professe (son oui est tout récent). Elle se lance sur la route vers la montagne pour faire le noviciat de sa maternité universelle … Marie, vouée à porter le Christ en elle, hors de chez elle, comme chacun de nous. Et à servir humblement pour que l’Esprit fasse tressaillir l’enfant de Dieu encore en gestation en « tout autre ». Déjà, tu as su cela : il suffit d’être là, avec toute sa confiance pour que « l’autre » s’ouvre plus avant. Et tu pressens que l’Islam même peut se révéler dans son lien au Christ que tu aimerais lui porter, pour peu que tu lui offres, au creux d’une Visitation permanente, un cœur disponible à l’impossible qui nous vient de Dieu. »

    Dans le compte-rendu de la rencontre d’avril 2005 où le thème retenu était : « Je cherche son visage tout au fond de vos cœurs », Christian disait :

    « Si les évènements nous bousculent, laissons-les nous bousculer ! L’esprit Saint est celui qui fait sauter les frontières. Savoir reconnaître la présence de l’Esprit Saint agissant dans le cœur de « l’autre », ça lui donne du charme et quelque chose évolue et grandit en moi : « Tu n’es pas loin du royaume et tu m’as permis, à moi aussi de m’en approcher. » Nous sommes invités donc à être continuellement en état de Visitation, comme Marie auprès d’Elisabeth, pour magnifier le Seigneur de ce qu’il a accompli en « l’autre » et en moi.

    Christian évoque à nouveau le mystère de la Visitation aux Journées romaines, en septembre 1989 :

    « Ce mystère est bien celui de l’hospitalité réciproque la plus complète …[Il cite alors un ami musulman qui disait en contemplant le « chemin de Marie »] : L’Esprit Saint est toujours avec celui qui prend Marie chez lui.

    Ce mystère de la Visitation – ajoute Christian – il est bon que l’Eglise le mette de mieux en mieux, au cœur de la « hâte » qui la porte vers « l’autre » (qui désigne tout être humain) … Elle découvre alors sa mission. » [Et là, Christian cite l’ancien évêque du Sahara, Mgr Jean-Marie Raimbaud :] « La mission sous l’action de l’Esprit Saint est la confluence de deux grâces, l’une donnée à l’envoyé, l’autre à l’appelé … Le chrétien s’efforce de lire ce que Dieu lui dit par la personne … du non-chrétien, il s’efforce aussi d’être lui-même avec sa communauté un signe visible, une parole aussi claire que possible du Dieu, Père, Fils et Esprit. » Et Jean-Marie Raimbaud ajoutait : « Le Royaume de Dieu est là, au milieu de vous. Aurons-nous des cœurs de pauvres pour l’accueillir ? » Des cœurs de pauvres d’où peut jaillir le Magnificat infiniment repris en Eucharistie…

    (D’autres extraits sont lisibles dans la revue précitée.)

    Tous les mots employés par Christian, poursuit le frère Jean-Pierre, portent, sont importants pour cerner sa pensée quand on fait la transposition de ce qui s’est passé entre Marie et Elisabeth, entre Jésus et Jean-Baptiste, entre l’Eglise et l’Islam, entre nous et les musulmans…

    Christian a encore une réflexion forte et profonde, me semble-t-il. Il nous dit :

    « Si nous sommes attentifs, et si nous nous situons à ce niveau-là, notre rencontre » avec « l’autre » - le musulman – dans une attention et dans une volonté de le rejoindre … et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire « quelque chose » qui va rejoindre ce que nous portons (cette Bonne Nouvelle), montrant qu’il est de connivence et nous permettant d’élargir notre Eucharistie. Car, finalement, le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné de chanter : c’est l’Eucharistie. La première Eucharistie de l’Eglise … c’est le Magnificat de Marie.

    Terminons par cette histoire bien connue du puits. De ce jeune musulman, un voisin, qui avait demandé à Christian de Chergé de lui apprendre à prier… dans la foi musulmane.

    Un jour, Christian, pose en plaisantant cette question au jeune : « Au fond de notre puits, à ton avis, que va-t-on trouver : de l’eau chrétienne ou de l’eau musulmane ? »  Et le jeune qui n’avait pas pris, lui, la chose en riant, répondit : « Enfin, quand même, ça fait si longtemps qu’on est ensemble, et tu poses encore cette question ? Au fond du puits, on va trouver l’eau de Dieu… »  Je ne crois pas qu’il y ait de meilleure réponse, conclut Christian.

    Je remercie sœur Francesca Léonardi, responsable provinciale qui, en m’invitant à animer à nouveau des sessions en terre d’Islam, m’a permis d’aller encore plus loin dans « ma » Visitation, Je remercie toutes les sœurs pour la confiance qu’elles m’ont manifestée, particulièrement sœur Marie Vaillé qui, après avoir lu mon livre « La déposition » a suggéré à Sr Francesca de m’inviter. Je remercie toutes celles qui m’ont accueillie dans leurs fraternités (Casablanca, Rabat, Meknès, Midelt, Tatiouine) avec tant de tendresse et de générosité. Je remercie également les frères mineurs pour leur accueil et leurs témoignages. Je remercie le Frère Jean-Pierre Flachaire, Prieur  du monastère Notre-Dame de l’Atlas à Midelt, pour son accueil et le temps qu’il m’a accordé en tête à tête. Grand merci également à tous les amis marocains rencontrés.

    J’ai eu aussi la joie de retrouver  Corinne qui faisait partie de la fraternité Séculière d’Azille, en France et qui vit maintenant à Midelt tout près des sœurs et des frères.

    Joie également d’accueillir à la session, deux sœurs de Saint François d’Assise en mission à Mohamédia.

    Bien que cette mission fût très différente de celle vécue en Algérie, je ne peux que conclure de la même façon :

    Venez et voyez.

    Suzanne Giuseppi-Testut  -  ofs

    -FIN-

     

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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (6 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

    Copie-de-Midelt---l-interieur-du-Monastere---devant.JPG

              Midelt – l’intérieur du Monastère – devant l’entrée.

    La mission en 2013

    Les FMM sont implantées à Casablanca, la chapelle Notre Dame des Anges y a été inaugurée en 1936. Le jardin, décorée par sœur Elise Bertaut, est un vrai havre de paix.

    A Rabat, Tétouan/Mantil, Meknès.

    A Marrakech, Sainte Marie de Marrakech est la mère des églises du Maroc. Les Martyrs franciscains ont été canonisés par le pape franciscain sixte IV en 1481 ; L’église des Saints Martyrs voisine avec le minaret d’une mosquée.

    A Ouarzazate

    A Midelt, Tatiouine

    La présence des FMM est modeste mais très vivante. Certaines sœurs sont au Maroc depuis plus de 60 ans. D’autres en sont parties puis sont revenues. L’Institut des FMM est international ce qui explique les nombreux déplacements et les facultés extraordinaires d’adaptation de ces femmes. Citons l’exemple d’une sœur qui, à 91 ans accepte de changer de maison. Toutes ont une activité professionnelle et aucune n’hésite à se former pour répondre à un besoin. Très actives, je n’ai pas encore rencontré une FMM ayant le désir de prendre « sa » retraite, même après 90 ans ! La doyenne à Casablanca qui va fêter ses cents ans dans un mois, a tenu à assister à la session. Sœur Colette Meert, après 73 ans de présence, fait toujours du soutien scolaire.

    Même si les sœurs ont abandonné la direction des écoles, des dispensaires etc. leurs activités sont nombreuses. Leur repli dans les médinas, les palmeraies du sud ou dans les montagnes de l’Atlas leur assure encore de nombreuses charges. L’alphabétisation continue ainsi que le travail en atelier avec les femmes : apprentissage de la couture, de la broderie ou du tissage. L’enseignement, l’apprentissage des langues, le soutien scolaire à domicile – les petits garçons qui arrivent du bled dévorent les cours de math donnés … par une licenciée. Sœur Colette Rouillard a formé plus de 1500 élèves dans les nouveaux lycées marocains !

    La visite des prisonniers, le contact avec les enfants des rues, les soins médicaux en hôpitaux ou à domicile, le travail auprès des handicapés ou dans les orphelinats. Et même simplement donner le biberon aux bébés orphelins ou se transformer en raconteuse d’histoire pour les enfants etc. Mais aussi  garder le contact avec la population, approcher les familles, être à l’écoute des confidences, des difficultés ou des souffrances, s’attacher à redonner de la dignité aux plus défavorisés.

    Sans oublier une présence très active au SAM de Casablanca – Service d’accueil des migrants – où de nombreuses femmes se retrouvent avec leurs enfants. Un soutien éducatif leur est donné.

    Citons aussi le travail de sœur Huguette Gosset, chargée auprès du Ministère de l’agriculture de la recherche agronomique pour les exportations marocaines. Créer des hybrides marocains. Projet de chèvres laitières pour compenser la pauvreté. Création d’activités génératrices de revenus comme par exemple une fromagerie créée avec des femmes. C’est ainsi que Sr. Huguette est devenue madame « chèvre » et madame « safran ».

    Une constante, chez les Franciscaines Missionnaires de Marie : Vitalité, joie et rayonnement.

     

    Formation Permanente des Adultes :

    Accueil des femmes au centre Anfa Casablanca 

    Responsable sr. Claire HANTOUCHE, fmm

    A l’origine, un projet d’alphabétisation lancé il y a quarante ans par une enseignante canadienne, à la demande des mères de famille. Une FMM française a pris ensuite le relai et c’est maintenant sœur Claire qui en assume la responsabilité. C’est ainsi que, depuis quelques décennies, la communauté des Franciscaines Missionnaires de Marie a ouvert ses portes pour répondre à ce besoin, à travers la « Formation Permanente des Adultes ».

    Un parcours est proposé à chaque femme. Leur âge variant de 14 à 70 ans et plus, les capacités et motivations sont bien sûr différentes. Toutefois, le maître mot et le point commun de toutes ces femmes reste « motivation » pour franchir un pas important dans leur vie. Pour toutes, « acquérir le savoir est une nouvelle naissance »

    Pour celles qui sont analphabètes, le parcours commence par l’apprentissage de l’arabe. Il va pouvoir évoluer vers l’enseignement du français, du calcul et même donner accès à la classe d’informatique. Bien plus, certaines « apprenantes » qui ont fait un parcours important sont devenues enseignantes, telle Zoubida.

    Ma joie a été de les rencontrer et de partager avec elles. Leur désir est de se libérer de la marginalisation pour participer à la vie sociale. Pour certaines d’entre elles, les enfants grandissent et le décalage entre la mère et les enfants  qui sont scolarisés est de plus en plus grand. La femme, la mère, est rapidement marginalisée, déconsidérée. Dans leur vie de tous les jours, savoir lire et écrire et être en mesure de comprendre et de se faire comprendre facilite les relations et modifie le regard des autres ; savoir compter, vérifier un prix, une facture que ce soit dans les magasins ou dans sa propre famille, change la donne. Un argument important est avancé : « compter sur soi-même et ne pas avoir recours aux autres pour les démarches ». En un mot, gagner une certaine liberté.

    La majorité de ces femmes est issue de la couche sociale la plus démunie. Ce sont souvent des employées de maison. Mais il y a aussi parfois les femmes marocaines qui les emploient appartenant à une couche sociale « moyenne » mais qui n’ont pas pu aller à l’école. On retrouve donc sur les bancs, l’employée et l’employeur.

    Il faut souligner tout particulièrement le courage de ces femmes. Leur démarche n’est pas évidente dans cette société où elles se sentent souvent exclues. Elles vont cependant trouver sur place, non seulement des cours d’écriture ou de calcul mais aussi un espace de parole au cours des conférences menées par des psychologues, des médecins ou des avocats qui abordent le code de la famille. C’est dans ces rencontres où les grandes questions de la vie sont abordées, que parfois un très gros problème s’exprime publiquement et que les drames endurés se dévoilent. Les franciscaines assument alors bien au-delà de l’enseignement. C’est le cas d’une jeune « apprenante » subissant de terribles violences et qui arrive à se dire. Après plusieurs mois, elle finit par demander le divorce. Malgré la période difficile qui a suivi, elle fait face à tous les besoins de sa famille et, avec le soutien des sœurs, elle se lance dans la photographie. A ce jour elle est devenue une photographe professionnelle qui participe à de nombreuses expositions.

    Ces femmes qui, comme nous l’avons dit, vivent dans des conditions difficiles, assument de lourdes tâches et qui sont parfois responsables d’une famille entière, viennent au centre des FMM avec un enthousiasme peu commun. Certaines arrivent accablées parfois mais repartent souriantes et pleines d’espoir. En effet, beaucoup de liens se tissent au niveau humain, leur travail est affiché, reconnu, valorisé. Bref, ici, elles existent et elles savent que grâce à cela, elles vont pouvoir exister à l’extérieur du centre.

    Les « apprenantes » du cours d’arabe  - composé de femmes de tous âges - ont mis en place un « Projet éducatif sur l’eau ». Elément sensible et particulièrement vital au Maghreb. Chacune a pris en charge un thème selon sa sensibilité : protection de l’environnement, les barrages, l’écologie, le bon usage de l’eau au sein de la famille etc. Certaines de ces femmes, issues des campagnes, rationnées en eau, savent à quel point cet élément est capital pour la vie. Elles n’ont pas hésité à me conseiller de ne pas laisser couler inutilement le robinet d’eau … lorsque je me lave les dents ! L’économie commence par les petites choses !

    Sœur Claire Hantouche,  fmm, responsable du centre est attentive à tous les niveaux.  Elle veille sur le parcours de ces femmes qui n’est certes pas facile mais qui trace avec courage un chemin de défis et un combat contre l’ignorance sous toutes ses formes.

    Je remercie, sœur Francesca Léonardi, Provinciale – sœur Marie Josèphe Labrousse, Responsable de la Communauté de Casablanca et sœur Claire Hantouche de m’avoir permis cette rencontre.

    Je remercie les enseignantes et les toutes les « apprenantes » pour leur accueil et leur générosité.

    Si j’avais à émettre un seul avis, un seul témoignage envers ces femmes, un seul mot, je dirai :

    DIGNITE !

    (La suite suivra au 3- 4 jours)

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