• Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (5 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

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    Midelt – devant l’entrée du Monastère Notre Dame de l’Atlas –  quelques soeurs ayant participé à la session.

     

     « Après Cécile … »

    Le petit groupe de trois prennent la suite, vaillamment puisque désormais la fraternité est officiellement reconnue. Mais elles ne savaient pas combien leur foi et leur courage seraient mis à l’épreuve et combien de fois la frêle petite pousse semblerait prête à disparaitre. La maladie emporte une des trois, en éloigne une autre. Mais une autre sœur arrive. Cependant la fraternité est réduite à deux sœurs et sans infirmière. Fallait-il fermer la tente, la fraternité à peine naissante ou se sédentariserait-elle ?

    Le Conseil, après une soirée d’échange, se prononce à une très forte majorité pour une sédentarisation dans un village, en restant au service des nomades, avec « possibilité de tournées avec la tente ». Le choix se fixe sur Tatiouine, joli petit ksar  à une quinzaine de kilomètres de Midels. Ce village, situé au confluent de plusieurs vallées, est un lieu de passage pour les nomades qui se rendent à Midelt pour le souk hebdomadaire. Le choix est donc bon.

    Les sœurs trouvent rapidement une maison, ancienne grange et écurie, tout est à faire, tout est à apprendre. C’est un nouveau départ. Elles sont à pied d’œuvre pour vivre ce qu’elles écriront plus tard dans leur projet commun : « Vivre avec les nomades et les habitants de Tatiouine pour nous entraider à grandir ensemble comme des mères qui construisent le Royaume de Dieu ».

    Cependant un problème important reste, celui de l’infirmière. La majorité des sœurs n’était pas acquise à cette insertion encore mal comprise et qui, en outre cumulait les épreuves et n’arrivait pas à se stabiliser. Mais n’y en avait-il vraiment aucune qui soit prête à se donner à ce genre de mission ? Cependant, dit-on, les voies de Dieu sont impénétrables.

    Une sœur, infirmière à l’hôpital des lépreux d’Aïn Chock à Casablanca se présentera à la suite d’un concours de circonstance. Elles sont donc à nouveau trois et une d’elles est infirmière. L’avenir est assuré.

    S’appuyant sur la « possibilité de tournées avec la tente », la fraternité décide de se partager entre le village, l’hiver, quand les bergers s’en rapprochent, et la montagne, l’été, quand les tentes des nomades se déplacent sur les hauteurs. Les soeurs montent donc la tente (une tente dispensaire et jardin d’enfant – une tente pour elles) du début mai à la fin septembre, dans un rayon de deux à trois heures de mule, chaque année dans une direction différente. Elles se déplacent avec une famille berbère amie. Quand la famille se déplace, elles suivent. Puis, du début octobre à la fin avril, elles redescendent à Tatiouine.

    De cette proximité, à partir de rien mais avec la bonne volonté des nomades, va naître une coopérative de tissage. Reconnue officiellement en l’an 2000, elle est composée de quatre berbères analphabètes – un couple, un garçon et sa mère - et des trois religieuses. Les femmes travaillent chez elles, sous la tente, elles tissent couvertures et tapis et peu à peu des petits travaux se rajoutent, sacs et coussins. L’argent qu’elles gagent est pour elles.

    J’ai eu la joie de rencontrer sœur Simone Bocognano qui a vécu 9 ans sous la tente. Derrière son témoignage se devine l’immense richesse d’une telle expérience de vie. Elle insiste sur la beauté des relations qu’elle a vécues avec ces nomades berbères mais aussi sur l’unité qui existait avec ses deux autres sœurs. La vie est dure pour les bergers mais le soir ils venaient étudier le français et le calcul et celui qui savait un peu apprenait aux autres.

    En fin d’après-midi, raconte-t-elle, au moment de l’adoration, les enfants faisaient la garde pour ne pas que les sœurs soient dérangées et, quand le pain que les femmes cuisait était prêt, elles l’apportaient discrètement en le passant sous la tente. Un jour, les sœurs ont demandé à ces femmes : « Qu’est-ce qui est beau pour vous ? » La réponse a été immédiate : « Le pain que l’on partage. Il est bien meilleur que celui que l’on mange tout seul ».

    A ce jour

    Les nomades se sédentarisent, les communautés vieillissent et il y a peu de candidates pour « la tente ». La tente a été vendue. Deux sœurs occupent la petite maison de Tatiouine, sœur Barbara, infirmière, responsable officielle du dispensaire et soins dans les villages environnants et sœur Marie, enseignante. Leur vie est extrêmement simple, elles partagent le quotidien et la pauvreté des familles berbères. La solidarité est toujours présente, ce sont les habitants de Tatiouine qui fournissent le pain aux sœurs.  La coopérative fonctionne toujours et deux petites pièces ont été aménagées très joliment grâce à des dons, pour assurer le soutien scolaire des petits et des plus grands.  L’étranger qui passe est le bienvenu et les aides de toute sorte, appréciées.  Le week-end, Barbara et Marie retrouvent leurs sœurs de Midelt pour un temps de partage.

    « Rien de grand ne se fait sans une parcelle d’amour »(Maréchal Lyautey)

    L’histoire de la Kasbah Myriem illustre bien ces paroles.

    Citons l’expérience vécue par sœur Lucie DALVISANT

    Une petite communauté mixte composée de deux frères franciscains et de trois sœurs, installée à Agouim dans le Grand Atlas. Les frères s’occupaient de former les jeunes au métier de menuisier. Quant à sœur Lucie, elle a été en tant qu’infirmière « l’accoucheuse officielle » de tout le secteur durant 30 années. Quand il y avait un cas difficile, elle évacuait à Ouarzazate. Respectée et aimée de tous les habitants de la région, elle est toujours considérée comme la grand-mère d’un très grand nombre.

    (La suite suivra au 3- 4 jours)

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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (4 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

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               Casbah-de-Midelt-avec-soeur-Monique-et-ses-petits

     

    La fraternité de la tente

    « Si le grain de blé ne meurt … » (Jn. 12. 25)

    On ne peut parler du début de la fraternité de la tente sans parler de celle qui en prit l’initiative à une période où cette « fondation » défiait toutes les idées reçues et allait à l’encontre de l’idée qu’on se faisait de la vie ‘régulière’ d’une Franciscaine Missionnaire de Marie. Sœur Cécile Prouvost.

    Peut-on imaginer, il y a une trentaine d’années, une FMM décidant  d’aller vivre hors de son couvent, sous la tente, au service des pauvres nomades, sans compagne d’abord, sans responsable, loin du cadre sécurisant et protecteur d’un couvent. En plus, comment le milieu berbère allait-il réagir ? Une femme étrangère passant la nuit sous la tente. N’y avait-il pas risque d’ambiguïté ? Il y fallait une nature d’exception, une grande audace, beaucoup de courage et un appel très fort du Seigneur. A la fin de l’année 1969, Cécile écrit : « Depuis deux ans, le Seigneur m’attire vers une intimité constante avec lui, et un profond désir de vie contemplative. Lors de ma dernière retraite, en septembre 1969, il me fit voir clairement que ma vie serait : « nomade-contemplative ».

    C’est au cours  de l’ascension de l’Ayachi qu’elle ressenti vivement et douloureusement combien les nomades étaient abandonnés au point de vue sanitaire, malgré la visite depuis plusieurs années,  une fois par semaine,  des sœurs infirmières de la Kasbah Myriem. Mais, aller plus loin, faire davantage était dans le caractère de sœur Cécile.

    « Le but premier de Cécile, dit un prêtre qui l’a bien connue, était de vivre avec les plus pauvres, de partager le dénuement de ce peuple berbère, nomade, qu’elle aimait. Le partage de leur vie avec tout ce qu’il y a de difficile, de dur, et parfois même de rebutant, était son choix et non pas une conséquence à supporter tant bien que mal. Elle aimait les pauvres, non pas en phrases et en théorie, mais dans la réalité des actes quotidiens ».

    Sœur Cécile, est une digne fille de saint François d’Assise ! A la fin de l’année 1969, sa décision est prise, elle décide de franchir le pas. Elle présente par écrit son projet qu’elle adresse à la provinciale et à son conseil, ainsi qu’à la Supérieure générale et au Père archevêque de Rabat.

    Rapidement, sœur Cécile  sait qu’elle ne se heurte pas à un refus, ni de la part des autorités de l’Eglise, ni de celle des autorités de l’Institut. Cependant, nombreuses sont les objections de sagesse, de prudence, les conseils d’aller doucement, de réfléchir, de se renseigner, d’attendre, les craintes « d’ambiguïté », de réactions dans la presse ou en haut lieu. Toutes ces choses étaient contraires au tempérament fonceur et impulsif de Cécile.

    Bref, le projet se met en place. Les premiers temps furent extrêmement difficiles, l’équilibre à trouver entre cet appel particulier et la présence en communauté posait quelques problèmes. En effet, comment répondre à un appel au secours pour aller soigner un malade, partir à 2h de l’après-midi à dos de mule, arriver vers 5h sur place, soigner, visiter quelques tentes environnantes, passer la nuit chez l’une d’elles et repartir de bon matin, en visiter d’autres jusqu’au soir et repartir ensuite, à dos de mule en communauté quelle que soit les distances, la température, les conditions de travail, les difficultés des pistes de montagne, la brièveté des jours en hiver… ?

    L’expérimentation des débuts est dure mais nécessaire. Sœur Cécile apprend à connaitre à fond la misère de la vie des nomades. Au début, le chef de la tribu, qui avait deux tentes, l’une pour la famille, l’autre pour les chèvres, lui propose celle des chèvres pendant la belle saison. La tente est installée au centre de la tribu, elle est très vite appelée « Tente hôpital ».

    Puis, très rapidement, le Père Evêque lui donne de quoi faire l’achat d’une tente qu’on appelle « Tente de la fraternité ».

    Si plusieurs sœurs aident et soutiennent Cécile, en communauté son orientation n’est pas toujours comprise et certaines sœurs en souffrent. Il y a donc encore beaucoup d’efforts à faire au niveau du partage communautaire. Mais à la tente, tout va pour le mieux. Cécile est accompagnée par sa fidèle Laaziza, jeune femme berbère divorcée qui travaillait au dispensaire des sœurs. Il s’est créé une amitié profonde et ces deux femmes vivent en fraternité, comme deux sœurs, heureuses l’une et l’autre de montrer à leur entourage qu’une musulmane et une chrétienne peuvent vivre ensemble en réalisant chacune à fond sa religion. Cécile et Laaziza vivent avec simplicité, mais dans la réalité, le dialogue islamo-chrétien.

    Vie fraternelle : aller chercher son bois, son eau, faire sa propre cuisine, le pain sur place, entretenir le feu quand il fait froid en un mot, adopter dans la mesure du possible les coutumes du peuple berbère. Les contacts avec les gens qui l’entourent, ce « vivre avec »  est important pour sœur Cécile. Elle note que ces rapports « sont merveilleux : amitié, simplicité, joie ».

    Vie professionnelle en tant qu’infirmière : envoyée par la Santé Publique, Cécile fait de la prévention rurale, vaccinations, visites prénatales, surveillances des nourrissons, dépistage de tuberculose et bien sûr le travail de soins. L’éducation sanitaire est assurée par Laaziza.

    Vie de prière : « A midi, quand le soleil est au-dessus de la tente, tout le monde sait qu’il y a un arrêt dans les soins. Je quitte la tente où Laaziza reste pour l’accueil, et je me retire dans un creux de la montagne ? Je sors mon « Trésor » pour l’adoration, la prière d’offrande, la prière eucharistique, la communion. Je suis loin de tout, mais si près de tous. J’ai conscience d’être Eglise berbère ».

    Cependant, sa souffrance est grande lorsqu’elle parle de son désir : « Je sens très fortement la nécessité que cette insertion soit prise en charge par ma fraternité, ma Province et l’Institut tout entier. Je crois que cette prise en charge n’est encore qu’à l’état d’enfantement difficile. Malgré tout, j’ai confiance ». L’enfantement en effet, sera difficile et douloureux.

    Avec le temps, Cécile améliore son organisation. Elle sait se faire aider. Les pères de famille sont bien rodés comme agents de santé - particulièrement  Hamou Bouskou, très attaché à Cécile et qui restera bien des années plus tard, l’ami fidèle de la fraternité - ils ont appris à reconnaitre les cas graves nécessitant une hospitalisation ; les jeunes garçons, par l’intermédiaire de leurs amis bergers, font les convocations pour les vaccinations, la visite des nourrissons, expliquer, prendre les températures. Ils savent convaincre mieux que Cécile. En outre, plusieurs Franciscaines Missionnaires de Marie commencent par être attirées par la tente. Le nombre de trois sœurs est atteint, la quatrième va bientôt arriver. Une demande de reconnaissance de la fraternité est reposée le 12 septembre 1983 à Rome par la responsable provinciale et son conseil, brièvement le parcours de Cécile et de l’insertion. Elle ajoute :

    « Ce projet de présence dans un milieu très démuni, entraînant une vocation bien engagée, n’a pas toujours été bien compris par l’ensemble de la Province, mais soutenu de plus en plus par le Conseil Provincial. Aux CPE de décembre 1982-1983, il a été reconnu comme répondant aux options de la Province et correspondant au charisme de l’Institut : vie contemplative, présence parmi les très pauvres, vie fraternelle franciscaine, travail. L’envoi de deux sœurs, sur leur demande, nous amène à demander l’ouverture officielle d’une fraternité ».

    Vie laborieuse et austère. Cécile a beaucoup écrit, il ne reste rien de ses lettres ni de ses notes qu’elle prenait sur ses lectures, ses méditations ou ses cours. On lui doit un livret sur le traitement des plantes qu’elle complètera au cours des années, ainsi que des notes sur l’acupuncture. Cécile a désiré mourir sous la tente, auprès du peuple qu’elle aimait tant. Ce fut la veille de sa mort, le 10 octobre 1983, qu’arriva, dernière délicatesse du Seigneur, la reconnaissance de cette fraternité, par Rome. Nous ne pouvons nous empêcher de penser à Claire d’Assise et à l’acceptation de sa Règle de vie la veille de sa mort.

    Revêtue du linceul de coton blanc qui sera son seul cercueil, on la dépose  dans le cœur de la chapelle sur un grand tapis blanc. La chapelle est pleine : chrétiens et musulmans, prêtres, religieuses et ses frères de la montagne. Au cimetière de Midelt, la tombe a été préparée à la manière berbère, et Cécile y repose le visage tourné vers le soleil levant.

    Il faut noter ce fait exceptionnel : alors que les femmes musulmanes ne vont jamais au cimetière accompagner leurs morts, elles étaient très nombreuses dans le jardin et le cimetière de la Kasbah Myriem à accompagner Cécile à sa dernière demeure. Elle y repose parmi ses sœurs, au cœur de ce pays berbère qu’elle a tant aimé.

    Une vocation exceptionnelle pour une nature d’exception. Digne fille de saint François et de Marie de la Passion, fondatrice des Franciscaines Missionnaires de Marie.

     

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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (3 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

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     Casbah---Une-amie-de-soeur-Monique-nous-sert-le-thé

     

    Témoignage de Sr Geneviève Prat

    Les Franciscaines Missionnaires de Marie sont donc arrivées au Maroc, à Casablanca, juste après la signature du protectorat. Elles partaient dans un monde inconnu. Elles savaient que des militaires et des colons arrivaient pour vivre cette aventure de la construction d’un pays. C’était dans un contexte aujourd’hui difficile à imaginer, tant le progrès et le développement du pays ont été spectaculaires. Pas d’argent en poche, pas de plan d’action, les jeunes sœurs sont prêtes à tout dans l’enthousiasme. Elles ne manquent ni de courage, ni d’audace. Il leur en faudra pour affronter les difficultés, pour répondre aux besoins urgents qui les interpellent dès l’arrivée.

    Trois lignes d’action se précisent :

    -          Les enfants : La mortalité des femmes est très élevée. Il faut accueillir les enfants en détresse. Leur procurer et le pain de chaque jour, et, tout aussi nécessaire, l’affection, la formation scolaire et technique dont ils ont besoin pour être reconnus, respectés dans la vie. D’où : crèches, orphelinats, écoles etc.

    -          Aide aux femmes : pour qu’elles trouvent un gagne-pain, pour qu’elles suivent l’éducation de leurs enfants, pour qu’elles aient une place dans la société.

    -          Santé : hôpitaux, dispensaires, suivi à domicile, tournées de dépistage, de vaccination etc. Conscientiser à l’hygiène, à toutes les formes de prévention, sera le travail quotidien des sœurs. 

     

    Témoignage de Sr Simone Bocognano

    Les sœurs s’installent ensuite à Rabat, Meknès, Fès, Marrakech, Oujda. Puis, en 1926, Midelt accueille les premières sœurs. Le Moyen et le Haut-Atlas sont encore des régions dites « zones d’insécurité ». Les tribus berbères résistent à la domination étrangère. Pourtant, les franciscains, eux, n’hésitent pas à s’aventurer dans ces montagnes. Le Père Lucien Dané, aumônier militaire, s’est établi  à Midelt, modeste village construit sur une hauteur au pied du Haut-Atlas à 1600 m d’altitude mais entouré de nombreuses kasbah car, la vallée, irriguée par l’oued Outah, est fertile. Quant  aux sœurs, elles rêvent de connaître dans leur région, ce peuple berbère, race fière qu’elles ont côtoyée à Meknès, Fès et Marrakech.

    L’occasion se présente.

    La femme d’un colonel protestant avait commencé à Midelt un atelier de tapis. Le colonel allant partir, le Père Dané demande aux sœurs de continuer l’atelier. De plus écrit-il, il y a tant de malades à soigner dans les kasbah. On a besoin de vous. C’est une demande qu’on ne peut refuser ! Les sœurs acceptent avec enthousiasme.

    Parties à quatre le 16 mars 1926, le voyage leur réserve quelques frayeurs ce qui fait écrire aux sœurs : « On bondit, on chavire, ça ne fait rien, on se relève, en avant toujours. »

    Le logement ? Deux pièces abandonnées par les militaires car trop délabrées.

    Le mobilier ? Il est ce que l’Abbé Pierre appellera plus tard « le style Louis caisse ».

    Le travail ? Il faut attendre la tonte des moutons pour avoir la laine qui relancera l’atelier.

    En attendant, deux sœurs infirmières travaillent à « l’hôpital » (infirmerie du poste militaire). Elles se mettent aussi à parcourir la région et à visiter les kasbah. D’abord un peu réticents, les femmes et les enfants sont vite conquis, le contact est établi, la sympathie et la confiance sont là.

    Les mois passent et doucement tout se met en place, l’atelier fonctionne bien grâce à un petit noyau fidèle et surtout très adroit. Mais un jour l’abri des sœurs et l’atelier s’écroulent sous le poids de la neige. Il faut se « reloger ». Dans leurs tournées de prospection, les religieuses avaient trouvé sur une hauteur voisine, à 2 kms, un beau terrain. Mais il faudra de multiples interventions pour que le colonel autorise les sœurs à s’éloigner, celles du Père Dané et des Caïd voisins qui promettent leur protection.

    On commence donc à construire ce qui sera « la Kasbah n’Myriem ». 

    -          L’atelier :tissage et broderie. Le travail, bien fait, est apprécié. Les commandes ne manquent pas.

    -          Le dispensaire : Il reçoit des femmes de plus en plus nombreuses. Elles viennent chercher des aides et des conseils en tous genres. Pour mieux les connaître, les sœurs vont chez elles, à dos d’âne qui porte aussi le matériel médical.

    -          L’orphelinat : La moitié des enfants ont perdu leur mère à la naissance.

     

    Après l’indépendance :

    Midelt s’étend, les écoles se multiplient mais la scolarisation des filles n’est pas comprise. Les FMM ouvrent une école à la Kasbah Myriem. L’orphelinat est peu à peu remplacé par un internat gratuit pour les fillettes des environs. A l’hôpital, trois sœurs, dont la toubiba, médecin-chef, s’activent à temps plein.

    Après 1975 s’ensuivent quelques années difficiles, de profonds changements modifient la progression. Mais de nouvelles initiatives voient le jour. S’ouvrent les fraternités de goulmima puis d’Errachidia. La plupart des sœurs se mettent au service de mouvements associatifs divers. Une sœur quitte le dispensaire pour continuer sa mission d’infirmière chez les nomades en vivant avec eux sous la tente. Cette insertion est la racine de la fraternité de Tatiouine.

    Depuis l’an 2000

    La Kasbah Myriem est devenue le Monastère Notre Dame de l’Atlas. Centre de prière et d’accueil occupé par les Trappistes. Les sœurs se sont installées dans une petite maison proche des Pères. L’histoire de la Kasbah Myriem continue. L’immersion au cœur de la population se poursuit et reste toujours vivante. Une sœur travaille à l’hôpital, d’autres sœurs poursuivent le soutien scolaire. Toutes sont disponibles aux coups de sonnettes et aux évènements et poursuivent les visites. L’atelier a été repris par une laïque et le beau travail continue. Enfin, depuis quelque temps, Midelt et Tatiouine forment une seule communauté.

    « Merci à Toi Seigneur. Tu as permis que beaucoup d’amour soit reçu, donné, partagé dans ces murs au cours des années écoulées. A toi, d’abord, notre reconnaissance. »

     

    Témoignage de sœur Jeanne Rémy, infirmière à Midelt depuis 2002

    Sr. Jeanne a travaillé pendant 23 ans à Er-Rachidia.

    « Je suis convaincue que l’on peut vivre l’évangile n’importe où, dans un pays musulman comme ailleurs. Si on ne le peut pas, cela vient de soi, pas de l’environnement… Au Maroc, je rejoins l’œuvre de Dieu à travers tous les musulmans que je rencontre. L’Eucharistie, c’est chaque jour, toute cette vie au bout de mes pieds. C’est pouvoir encourager quelqu’un qui souffre et recevoir le courage d’avancer et d’y voir clair. C’est un échange. J’écoute beaucoup. On vient nous voir pour soigner des blessures qui saignent mais aussi des solitudes. Si tous ces gens peuvent parler, c’est une belle chose. »

    Visiter la Kasbah de Midelt avec sœur Monique Zissler nous apprend l’« être franciscain ». Prendre le thé avec ses amies, nous fait vivre l’Eucharistie de la rencontre.

    La Sadaqa ou l’appel à la Miséricorde de Dieu.

    Il est difficile d’imaginer l’ambiance et la ferveur qui ont régné lors de la Sadaqa organisée à Midelt en mémoire de sœur Marguerite-Marie, fmm, montée au ciel au mois d’avril 2013. Organisée par les sœurs franciscaines et tous leurs amis marocains, au Monastère des Trappistes Notre Dame de l’Atlas, elle a réuni près d’une centaine de personnes.

    « La Sadaqa est un repas sacré offert à Dieu comme un sacrifice et auquel participent tous les pauvres. Cette offrande de tous ceux qui le peuvent et qui est un signe de communion. »[1]

    En présence de tous les moines de « Notre Dame de l’Atlas », des franciscaines Missionnaires de Marie de Midelt et de Tatiouine, de leurs soeurs venues des quatre coins du Maroc pour assister à la session, mais aussi de deux imam et de la communauté musulmane de Midelt et des environs, des pauvres que sœur Marguerite-Marie à tant aimés, la Sadaqua commence par une prière commune d’action de grâce pour la vie de sœur Marguerite Marie. Puis, Psaumes, Fatiha, Sourate, lecture de l’Evangile et chants alternent. Temps de prières communes d’une très grande profondeur pour implorer la Miséricorde de Dieu sur celle que tous ont aimée.

    Ce n’est qu’après avoir prié en commun que nous partageons le couscous traditionnel, rassemblés par petits groupes autour d’un grand plat. Tout le monde se quitte en s’embrassant que l’on se connaisse ou pas. Mais à Midelt, l’étranger est vite reconnu et il suffit d’un bonjour accompagné d’un sourire pour que la relation s’installe, simple et chaleureuse.

    (La suite suivra au 3- 4 jours)
     

    [1] Sœur Simone Bocognano, fmm. « Bucoliques berbères. Itto, fille de l’Atlas » Editions le Fennec

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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (2 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

     

    Copie-de-Casablanca-quelques-soeurs-ayant-participe-a-la-.JPG              Casablanca-quelques-soeurs-ayant-participe-a-la-session

     

    Petit rappel historique

    Je remercie sœur Francesca Léonardi, Provinciale du Maroc, qui a mis à ma disposition les archives de la Communauté. 

    En 1912, les frères franciscains (ofm) de la province espagnole, installés au Maroc depuis deux décennies puis  ceux de France qui les rejoignent, lancent un appel aux Franciscaines Missionnaires de Marie : « Venez nous rejoindre au Maroc »

    L’épopée missionnaire des FMM au Maroc commence. Une épopée missionnaire se vit en Eglise et dans un pays donné. C’est la  marche d’un peuple au passé très riche, confronté à une présence étrangère sur son sol, avant d’arriver à sa pleine indépendance.  C’est la vie d’une Eglise remontant aux premiers siècles de l’ère chrétienne qui, si elle ne peut proclamer à haute voix en cette terre musulmane la Parole de Dieu fait chair, témoigne de ce Dieu aimant les plus pauvres et Le rayonne.  Elle aspire à être icône du Christ par une vie de prière au milieu d’un peuple de priants et par une vie de charité, de disponibilité et d’ouverture à tout ce qui peut être entrepris pour soulager et faire grandir ceux que l’on côtoie chaque jour. Elle marche avec eux vers une maturité qui, peu à peu, leur fait prendre en mains leur destinée et leur avenir. Vie de partage des épreuves et des joies, vie de confiance et d’estime réciproque, vécue dans l’humble quotidien, avec ce peuple en marche.

    De 1912 à 1985, plus de 800 Franciscaines Missionnaires de Marie sont venues au Maroc. A ce jour, elles sont une cinquantaine.

    Les liens entre le christianisme et les peuples du Maghreb sont très anciens : « Le jour de la Pentecôte, des gens venus de Libye, proche de Cyrène » (Actes, 2.10) étaient présents à Jérusalem et écoutaient le discours de Pierre. L’origine de l’Eglise en ce pays est mal connue. On trouve trace de premiers martyrs, le centurion Marcel en 298, et celui de Cassien en 306. Ces régions ont donné à l’Eglise les Pères Latins Tertullien et Cyprien et, un peu plus tard, Augustin, sans oublier trois Papes venus d’Afrique du Nord : Victor, Miltiade et Gélase.

    A la fin du IIIè siècle, l’Eglise, en Afrique du Nord, est prospère et dynamique. Il y a des chrétiens dans certaines tribus berbères et dans les principaux centres urbains. A Volubilis on a trouvé quatre inscriptions funéraires chrétiennes datées de 559 – 605 – 653 – 655. On trouve aussi le signe de la croix dans les dessins des tapis berbères du sud comme aussi au front des femmes de certaines tribus berbères du Tafilalet.  En ce temps là, on compte jusqu’à 16 évêchés en Afrique du Nord dont six au Maroc.

    L’époque suivante voit l’arrivée des Vandales (convertis à l’arianisme) qui jettent l’effroi dans la population. Les Evêques sont éloignés de leurs diocèses sous prétexte qu’ils sont les alliés des Romains.

    Avec l’arrivée de l’Islam (campagne d’Oqba Ben Nafi entre 681 et 683), c’est la disparition de l’ancienne Afrique du Nord qui s’annonce. Les Evêques disparaissent. Cette mort lente de l’Eglise trouve aussi à se nourrir dans les divisions internes des chrétiens, l’attachement à la langue latine, la désurbanisation des régions et le retour au nomadisme. Nombreux son ceux qui passent à la religion de l’envahisseur. Peu à peu les chrétiens vont disparaitre ; il ne restera que des marchands, des mercenaires résistant encore surtout dans la région de Ceuta, mais la présence chrétienne aura pratiquement disparue sous les Almohades.

    Malgré cette disparition de « l’Eglise instituée », l’Evangile ne manquera pas de témoins : diplomates, religieux franciscains, dominicains, trinitaires, esclaves faits prisonniers par les barbaresques qui sillonnent les mers  ou encore militaires comme ces 12000 soldats chrétiens envoyés par le roi de Castille pour faire partie de l’armée du Sultan et qui avaient leur Eglise – Sainte Marie- à Marrakech. De grands noms émergent de ces périodes : François d’Assise qui y envoie ses premiers compagnons. Raymond Lulle et plus tard Vincent de Paul.

    Pour tous les fils et filles de saint François d’Assise, le Maroc reste une terre franciscaine chère à leur cœur depuis le martyr des premiers frères mineurs à Marrakech en 1220 et à Ceuta en 1227, et de bien d’autres inconnus.

    Une lettre du Pape Innocent III au Sultan Mohamed Ben Noceir, datée de 1218, lui recommande la mission des Trinitaires : racheter les captifs, soit avec de l’argent, soit en prenant la place des prisonniers. Pour ces derniers est érigé en 1226 l’évêché de Fès dont le frère franciscain Angello sera le premier évêque de 1227  à 1229.

    Quand arrive le Père Jean de Prado en 1630, l’évêché n’est plus qu’une simple Préfecture Apostolique dépendant directement de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Elle est confiée aux Frères Mineurs de la province San Diego d’Andalousie qui sont chargés d’y envoyer le personnel religieux nécessaire pour assister spirituellement et matériellement les prisonniers chrétiens.

    Depuis lors, la présence franciscaine au Maroc sera continuelle, même si, à certaines époques, elles s’est réduite à un seul frère, comme ce fut le cas, pendant un an, pour le Frère José Bavon et, pendant plusieurs années, pour le frère Francisco Palma, au prix de bien des difficultés et de bien des souffrances.[1]


    (La suite suivra au 3- 4 jours)



     [1]Henry KOEHLER – L’Eglise et la Mission Franciscaine au Maroc.

     

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  • Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (1 de 7)

     

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

     

    Suzanne G TestutA la demande de sœur Francesca Léonardi, Franciscaine Missionnaires de Marie et Responsable Provinciale, je me suis rendue au Maroc pour animer deux sessions sur le thème de la Réconciliation. Plus de dix nationalités représentées.

    Mission très différente de celle déjà vécue à la demande des FMM d’Algérie en 2012. Alors qu’en Algérie, je me suis déplacée dans chaque petite fraternité composée de 3 ou 4 sœurs, ici les sœurs se sont réunies en deux groupes, à Casablanca et à Midelt en fonction de leurs possibilités de déplacements. De nombreux partages et accompagnements ont suivi les temps de session et m’ont ainsi permis de mesurer l’ampleur du travail accompli par les Franciscaines Missionnaires de Marie, ainsi que la profondeur des liens qu’elles ont tissés avec les gens du pays.

    1er partie

    Le mot de sœur Marie Josèphe Labrousse

    Responsable de la communauté de Casablanca – Anfa-Casablanca

    Casablanca : 5 millions d’habitants. Fourmillante et grouillante de monde. Peuplée par de vrais bédaouis ? C’est à voir ! Capitale des blédards venus de toutes les régions du pays pour y trouver du travail ? Sûrement !

    « Il y a cent ans, les Franciscaines Missionnaires de Marie y débarquaient et, tout au long de ce siècle, trouvaient leur place auprès des nouveaux-nés, des orphelins, des enfants, des jeunes étudiantes, des femmes et de leurs petites bonnes, des malades.

    Y débarquaient aussi dans le temps, les sœurs de la Doctrine chrétienne, les Carmélites de Saint Joseph, les sœurs de Notre-Dame des apôtres, les sœurs de la Présentation de Marie, les Dominicaines, les Franciscaines de Seillon, les sœurs de Saint Gabriel, les Sœurs de l’Assomption, les sœurs du Prado, les petites Sœurs de Jésus, la communauté de l’Agneau et les sœurs des Saints-Cœurs et, en fin de siècle, les sœurs missionnaires de la Charité, les Clarisses et les toutes dernières, les Oblates catéchistes.

    Il y a avait de la place pour toutes. Les besoins étaient énormes dans la santé et l’éducation, celle-ci d’abord à titre privé puis, peu à peu, dans les structures nationales.

    Si l’accueil des premières franciscaines Missionnaires de Marie se fit à Casablanca dans les bras des marins pour traverser la « barre » en barcasse ; peu à peu celle-ci fut maîtrisée et les paquebots accostèrent directement au port.

    L’indépendance changea la géographie de la ville. Plus de calèches, plus de voitures à cheval, plus de carrissas tirés par un petit âne mais, peu à peu, des voitures, des taxis, des camions, des cars, des trains et, aujourd’hui, le tram. Oui, le tramway circule à Casablanca depuis le 12 décembre 2012. Il est beau, il est majestueux, il fouine jusque dans les bidonvilles… Ne pensez pas pour autant que les petits ânes aient déserté la ville. Ils acceptèrent eux aussi, en curieux et sans rancune, l’évolution de la ville.

    Il ne reste plus en 2013 que cinq congrégations sur les quinze de 1913 et suivantes. Mais où sont donc passées toutes ces sœurs qui, toujours sur la brèche, à l’hôpital ou à l’école, ont aidé tant de générations d’enfants à grandir ou à guérir ?

    Ce fut l’heure de la marocanisation. Ajoutez à cela la diminution en nombre, l’âge et le manque de formation en arabe. Elles ont jugé bon de laisser la place. Au fur et à mesure qu’elles diminuaient, leur souvenir grandissait. Ces enfants devenus adultes ont gardé dans leur cœur et leur mémoire une reconnaissance pour ces « sœurs » qui ont tant donné et de qui ils ont tant reçu, disent-ils.

    L’Institut des Franciscaines Missionnaires de Marie embrassât très tôt les changements par l’accueil de la marocanisation formant ses professeurs et leur laissant la place de la direction des écoles. Choisissant pour lui, l’enfouissement dans les palmeraies du sud, dans les médinas, dans les montagnes de l’Atlas.

    L’Eglise, elle aussi, embrasse les changements, confiant la direction des écoles à des Marocains. Mais aux Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie, congrégation d’origine libanaise, elle confia l’école du Carmel Saint Joseph dans le quartier de l’Oasis. Ce quartier fut et reste un quartier résidentiel qui abrite aujourd’hui bon nombre d’écoles privées et cliniques, desservi par les lignes de bus n° 29-59-72… Si vous voulez aller chez les Sœurs des Saints-Cœurs, il vous faut descendre à la station « Maison des sœurs » ! Vous êtes devant la porte de l’école, chez elles.

    Pourquoi avoir privilégié ce nom pour un arrêt de bus alors que la communauté est enfouie dans l’école ? Ne serait-il pas dû au souvenir que gardent ces cœurs émerveillés qui ont trouvé tendresse et soutien auprès de ces sœurs qui les ont accompagnés dans leur enfance ou adolescence et qui sont maintenant les hommes et femmes du Maroc d’aujourd’hui ? »

    « L’amour ne s’use pas » !

                                                                             Sœur Marie-Josèphe Labrousse, fmm 

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  • Luc 10, 25-37 

    Le grand commandement – La parabole du bon Samaritain.

     

    La Perle du Jour – Lc 10, 29 : « Et qui est mon prochain ?

    Cette question est essentielle pour pouvoir comprendre le grand commandement d’amour de Dieu et Jésus y répond par la parabole du bon Samaritain.

    Si mon frère est un autre moi-même,  mon prochain, lui, est un autre que moi, un autre qui, pour moi, peut demeurer « autrui », mais qui peut aussi devenir un frère en vertu de l’amitié ou de l’amour.

    Jésus, en consacrant le commandement de l’amour « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » confirme que le prochain qu’il faut aimer, c’est « autrui » qu’il soit ou non un frère. Par là, Il nous montre aussi les conditions et les difficultés de cet amour. Il nous fait sentir combien l’acceptation de nous-mêmes tels que nous sommes est essentielle pour pouvoir aimer l’autre tel qu’il est.

    Jacques qualifie ce commandement de « loi royale » (Jc 2,8)

    Ainsi, dès que deux hommes se rencontrent, ils sont l’un pour l’autre, le « prochain », indépendamment de leurs relations de parenté ou de ce qu’ils pensent l’un de l’autre. L’homme en difficulté, fut-il notre ennemi, nous invite à devenir son prochain. Dès lors, l’amour universel doit se manifester vis-à-vis de tout homme que Dieu met sur notre chemin.

    Ce n’est donc pas à nous de décider qui est notre prochain mais c’est à nous de choisir d’aimer. Nous rejoignons ainsi le premier commandement qui est d’aimer Dieu : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit »

    Par ces deux commandements, Dieu nous donne la clef du bonheur (Ps 4,7), ce que confirme saint Antoine le Grand : « Qui aime Dieu s’aime soi-même » et « Qui sait s’aimer soi-même aime aussi les autres »

    Il est clair que si l’homme s’aime dans ce qu’il est fondamentalement, il peut aimer son prochain spirituellement en tant que frère créé lui aussi à l’image de Dieu et appelé à lui ressembler.[1]

     Suzanne

      [1]Déposition p 307 ; VTB p 1038-1039

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  • Matthieu 10, 24-33 

     

    Discours missionnaire : Jésus engage ses disciples à parler ouvertement et sans crainte.

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    Dans ce passage de l’Evangile, Jésus incite ses disciples à proclamer son message ouvertement et sans crainte,  et à éclairer par leurs prédications les mystères auxquels ils ont accès.

     

    C’est ce que nous rappelle la perle du jour – Mt 10, 27 :  

     

    « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour ; et ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »

     

    Jésus nous accorde la grâce de témoigner de la Bonne Nouvelle qu’Il a apportée et c’est une mission qu’il nous confie. N’ayons pas peur de répondre à cette mission avec nos moyens d’hommes pour si infimes qu’ils puissent paraître.

     

    N’ayons pas peur. Dieu s’approche du pauvre pour entrer dans son cœur et dans sa chair par sa Parole. L’expérience surpasse alors la raison, l’intelligence du cœur va bien au-delà de l’intelligence intellectuelle et du savoir. La révélation éclaire les pensées et les mots.

     

    La Parole est là pour être partagée comme Parole de Vie fraternelle et simple. Elle nous est donnée pour aller à la rencontre des hommes, pour nous apprendre à les regarder et à nous comporter avec amour. Même si cette démarche n’est pas toujours facile, osons la rencontre, osons la Parole et laissons le Cœur du Christ parler à notre cœur.

     

    Libéré, le chrétien est alors rempli d’une confiance audacieuse et fait  usage de sa liberté pour « dire » avec assurance. Liberté propre à l’apôtre et au prophète.

     

    Ainsi parler avec assurance, c’est parler libre, parler franc, parler net, parler direct, parler ouvertement et sans détour. C’est fuir la « langue de bois. C’est proclamer ouvertement et sans crainte le message du Christ

    [1] 

    Suzanne



    [1]Déposition p 24 ; 48

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  • Matthieu 10, 16-23 : 

     

    Mission des douze apôtres et recommandations de Jésus.

      

    La perle du jour – Mt 10, 16 : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez-vous donc prudents comme les serpents et simples comme les colombes »

    [1]

    Lorsque Jésus incite les apôtres à la prudence : « Soyez prudents comme des serpents et simples comme des colombes » ne veut-il pas leur dire : Ayez un esprit ferme et un cœur tendre, agissez avec perspicacité et finesse d’esprit.

     

    Jésus nous incite à développer une pensée incisive et sans détour, une appréciation réaliste afin que nous puissions séparer le vrai du faux. Il peut arriver, en effet, que des manipulateurs s’appuient sur la faiblesse d’esprit de certaines personnes pour les conduire à une obéissance servile. Ils créent des fausses rumeurs et des peurs irrationnelles, ils cultivent l’émotionnel pour obscurcir notre esprit.

     

    C’est pour nous préserver de cela que Jésus nous incite à la prudence du serpent afin de ne pas tomber dans les pièges du Malin. Mais il nous invite à associer à cet esprit perspicace, un cœur tendre afin de ne pas tomber dans la sècheresse et la dureté de cœur.

     

    Pour st Augustin « La prudence est un amour qui agit avec sagacité ». Quant à st François d’Assise, il donne pour sœur à la « pure et sainte simplicité », la sagesse. C’est-à-dire : « Simplicité de la colombe qui ne s’oppose nullement à la prudence du serpent mais qui, dans sa rigoureuse exigence, se refuse à toute apparence de duplicité et de compromission. »

     

    Pour Jean-Paul II : « L’homme prudent qui recherche ce qui est vraiment bon, s’efforce de mesurer toute chose, toute situation et toute son activité en fonction du bien moral »

    La prudence est le guide de celui qui s’avance dans la vie spirituelle.

    La simplicité lui permet d’avancer à pas lent et de mieux continuer sa marche.

     

    Suzanne

     

    ------------------------

    [1]Déposition p 167

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  • Matthieu 10, 7-15 :

    Mission des douze apôtres (2)

     évangélisation

    Jésus demande à ses apôtres : « Chemin faisant, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » Et il poursuit :

    Ce sera la Perle du jour : Mt, 10, 8 : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »

     

    La grâce de Dieu nous est offerte gratuitement, sans rétribution, comme le fait un Père et Jésus nous le rappelle.

    Entrer, avec la grâce du Seigneur, dans cette exigence d’amour et de gratuité, nous assure que le meilleur est devant nous, dans une alliance avec Dieu.

     

    En effet, prendre conscience des dons de Dieu et accueillir la grâce, nous rends attentifs aux gestes du Seigneur. Cela nous conduit peu à peu à découvrir son action et à entrer dans une réflexion. Puis le désir d’imiter son mouvement de don et de gratuité nous anime et nous entraîne vers notre véritable devenir.

     

    Ainsi, en demandant aux apôtres d’être attentifs au prochain et d’accomplir ces actes de guérison, Jésus les exerce à intégrer la totalité de leur humanité, y compris toutes leurs zones d’ombre, pour en faire humblement un chemin vers Dieu. Cela revient aussi à intégrer l’ombre d’autrui. Cette attitude va apprendre aux apôtres, à l’instar de Jésus, à aimer et à se donner gratuitement.

     

    La reconnaissance vis-à-vis de Dieu est la vraie réponse que l’homme peut offrir à son Créateur et Père en échange de la gratuité et de la plénitude de ses bienfaits. Reconnaissance qui doit s’exprimer dans le réalisme, la loyauté et la gratuité de la charité fraternelle que Jésus instaure par sa venue parmi les hommes.

     

    Par l’accueil du don de Dieu et de sa gratuité, par le don de nous-mêmes, nous fortifions alors notre « homme intérieur ». Reconnaissants pour tous ces bienfaits, nous rendons grâce.

    [1]

     

    Suzanne

    [1]Déposition p 81-82 ; 245 ; 281 ; 321

     

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  • Matthieu 10, 1-7 :

    Mission des douze apôtres

     miracle

    La Perle du jour – Mt 10,1 : Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donna pouvoir sur les esprits impurs de façon à les expulser et à guérir toute maladie et toute langueur. »

     

    Qui sont ces esprits impurs, ces forces obscures qui provoquent en l’homme maladie et abattement,  sinon nos passions qui nous maintiennent en esclavage et sous lesquelles nous ployons, ces mouvements de l’âme qui polluent notre cœur et font obstacle à notre relation avec le Christ. Par exemple :

    -          L’Esprit d’oisiveté et de paresse qui, au lieu de nous tirer vers le haut nous tire vers le bas et nous persuade qu’aucun changement n’est possible ni en vaut la peine. A quoi bon prier ! A quoi bon essayer de s’améliorer !

     

    -          L’esprit de découragement qui nous met dans l’impossibilité de reconnaître si quelque chose est bon ou positif. Tout est ramené au négativisme et au pessimisme, sorte de dépression faisant obstacle à notre remise en cause intérieure.

     

    -          L’esprit de domination par lequel nous cherchons à soumettre l’autre à notre propre volonté. Enfermés dans notre égoïsme, notre vie centrée sur elle-même ne peut plus être orientée vers Dieu.

     

    -          L’esprit de vain bavardage par lequel nous quittons la profondeur de la vie intérieure pour entrer dans la superficialité, l’inconsistance et le manque de charité.

    Véritables poisons de l’âme il est extrêmement important de nommer et de déposer ces esprits impurs sous le regard du Christ car lui seul peut les éloigner de nous et nous donner la force d’entrer dans un chemin de  guérison et de purification du cœur.

    Dieu peut tout. A nous de faire le reste !

     

    Suzanne

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