• Ressourcement spirituel (Cours)
    La vie de Jésus, le Christ
     
    VOLET I
    LA FORMATION DES ÉVANGILES
    (au bas de chaque volet vous trouverez un hyperlien pour le suivant)
     
     
      « La source de ces témoignages, c’est Jésus, sa personnalité et son message oral.
    Jésus a parlé… Il a agi… A tous, il annonce en parole
    et en actes : dieu vient vers nous : changez votre cœur et acceptez
    le message du salut. »
     
    Février-mars 2008 Donald Thompson, prêtre, Personne-ressource
     
     
    Bonjour

    Voici le premier d'une série de six conférences dont le thème porte sur Jésus-Christ: le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi ou des évangiles.

    Aujourd'hui nous aborderons la formation des évangiles. D'abord une brève introduction sur le degré d'alphabétisation en Israël au temps de Jésus, puis la question des souvenirs que les disciples pouvaient avoir de Jésus après la mort de ce dernier. Ensuite nous traiterons du début de la tradition, soit la tradition orale, puis de sa mise par écrit, pour en arriver à la partie la plus importante: la formation des évangiles. Une courte conclusion terminera l'ensemble.

    Lettrés et illettrés

    Quand on considère la question de l'alphabétisation au temps de Jésus, on est très tenté d'y projeter la situation contemporaine. En effet, il est tellement normal aujourd'hui de savoir lire et écrire qu'on est naturellement porté à transposer ce fait aux temps les plus anciens. Mais il faut se souvenir qu'au temps de Jésus l'imprimerie n'avait pas encore été inventée. Il existait, certes, des textes, mais ils étaient rédigés sur des parchemins. Et l'entreprise était très coûteuse. De plus, ne savaient vraisemblablement lire et écrire que les scribes professionnels. " s'agissait à l'époque, d'un métier auquel n'avaient accès qu'une très petite minorité de gens; Aussi, ne doit-on pas se surprendre de lire, par exemple, dans Actes 4,13:
    "Remarquant l'assurance de Pierre et de Jean et comprenant que c'étaient des illettrés et des gens simples, ils (les membres du Sanhédrin) étaient dans l'étonnement. Ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus." Ce texte déclare que les disciples de Jésus n'étaient pas des lettrés. Rien là-dedans qui puisse surprendre. Ces gens-là, en effet, n'avaient pas besoins d'instruction pour travailler et ne disposaient pas d'écrits pour s'adonner à la lecture. " faudrait essayer d'oublier la situation qui prévaut aujourd'hui quand on se reporte à l'époque de Jésus.

    Question de mémoire

    Quand ils traitent de la question qui nous occupe plusieurs font appel à la mémoire orientale, souvent qualifiée de phénoménale. Il est vrai, que dans les écoles de scribes, on apprenait aux jeunes à développer leur mémoire. Paul, par exemple, très jeune, a été amené par ses parents à Jérusalem pour étudier sous le scribe Gamaliel. Comme la législation devait être transmise oralement, il fallait apprendre des pages et des pages par coeur, et à ce régime la mémoire se développait sûrement beaucoup. Mais la mémoire des gens ordinaires, qui n'étaient pas formés à l'école des scribes, devait ressembler à celle des hommes et des femmes de nos sociétés d'aujourd'hui. Une mémoire ordinaire.

    Se souvenir de Quelqu'un

    À ce moment de notre réflexion il peut être opportun de poser la question suivante:

    "Comment se souvient-on de quelqu'un?" Avons-nous déjà essayé de reproduire de façon exacte le contenu d'une conversation avec une personne qui nous a été proche? Si oui, nous comprenons combien c'est chose difficile à faire. Se souvenir de quelqu'un ne réside pas dans le fait de pouvoir citer à pleines pages des paroles exactes de cette personne. Se souvenir de quelqu'un, c'est plutôt être marqué par l'empreinte de sa personnalité, se rappeler en certaines occasions une réaction de fond caractéristique de celui ou de celle dont on se souvient. Voici une illustration. La famille est rassemblée un jour de l'an; les parents sont disparus. Les enfants peuvent faire des réflexions comme celles-ci: "Te souviens-tu comment cela faisait plaisir à nos parents quand nous étions réunis ainsi dans la maison paternelle." "Heureusement que maman n'était plus là quand Roger et Thérèse ont décidé de divorcer puis de se partager la garde des enfants; cela lui aurait fait tellement mal", etc ... Ces exemples nous permettent de comprendre ce qu'est le souvenir d'une personnalité. On ne se souvient pas de paroles exactes; on se souvient des réactions, du système de valeurs, des orientations de fond d'une personne à l'occasion d'événements similaires. Il faut avoir en tête cette réalité quand on pense aux disciples et à la situation dans laquelle ils se trouvaient, par exemple, au lendemain de la prise de conscience de la résurrection de Jésus.

    Attente d'une fin prochaine

    Si c'étaient des gens illettrés, ils n'avaient donc pas eu le souci de prendre des notes des paroles de Jésus. De plus, il faut se rappeler qu'au temps de Jésus, il y avait de larges couches de la population qui vivaient dans une attente très proche de la fin des temps. Les gens de Qumran, sur les bords de la mer Morte, vivaient dans cette perspective; Jean-Baptiste, qui allait avoir une grande influence sur Jésus, vivait également de cette conception. Jean dira par exemple: "La hache est déjà à la racine." Le bûcheron vient de prendre sa mesure et l'arbre est sur le point de tomber. Cette expression indique comment, pour Jean-Baptiste, la fin était proche. Jésus lui-même, nous le verrons un peu plus loin, partageait cette perspective d'une fin imminente de l'histoire. Dans cette éventualité, personne n'a le souci de bâtir des projets à long terme et de garder en mémoire des paroles, des événements dans le but de les utiliser dans l'avenir. Il est important de considérer que les disciples sont avec Jésus pour vivre leur vie jour après jour, sans perspective du long terme.

    Au lendemain de Pâques

    Les disciples vivent donc quelques années avec cet homme Jésus, dans l'attente d'une fin imminente de l'histoire, sans se soucier de prendre des notes pour la postérité. Ils vivaient au jour le jour quand les événements se sont précipités. Jésus leur a été brutalement enlevé. Quelques heures ou quelques jours après sa mort, dépendant de la reconstitution des événements qui est faite, ils sont tout à coup comme envahis par la présence du Ressuscité; ils prennent conscience du fait qu'il est vivant, que toute l'orientation de sa vie a été authentifiée par le Dieu vivant. Étant des hommes et des femmes nourris de la Bible, ils savent bien qu'une révélation implique l'emprise du Dieu vivant sur une personne et la communication d'une tâche. La révélation du fait de la Résurrection constitue un appel à continuer le genre de vie de Jésus, en marchant dans les sillons qu'il avait tracés pendant sa vie.

    En communauté

    Les disciples vont donc chercher à continuer Jésus mais ils ont à découvrir comment demeurer fidèles à son esprit. Mais le Seigneur ne les a pas choisis comme individus pour les envoyer de façon isolée accomplir une tâche. Il a opté plutôt pour la formation de petits groupes destinés, ensemble, à poursuivre son oeuvre. Ils peuvent donc difficilement faire appel à leur passé pour répondre aux situations qu'ils ont à vivre maintenant. Car ils n'ont pas reçu de directives précises, ils ne disposent pas de recettes, mais, en réfléchissant ensemble à la question, cherchent à découvrir comment ils sont appelés à vivre en communauté.

    Jésus était un homme sans doute assez seul. Bien sûr il y avait la communauté des disciples autour de lui mais il avait pris sur lui la responsabilité d'être le prophète du Règne de Dieu à l'intérieur d'Israêl. Et de cette tâche il était l'ultime responsable. Après la résurrection, la situation est différente; les chrétiens se retrouvent en communauté et doivent essayer de répondre, au jour le jour, aux situations nouvelles qui se posent à eux et aux autres communautés qu'ils contribuent à mettre sur pied. Les gens de Jérusalem envoient des missionnaires dans la campagne environnante, qui proclament Jésus Christ et forment des communautés. Par exemple, deux disciples itinérants ont probablement été à l'origine de la communauté d'Emmaüs. Ce récit nous donne une idée de l'expérience des disciples fondateurs qui sont envoyés deux par deux. Bien sûr, on peut retrouver, dans cet envoi deux par deux, un geste de Jésus de Nazareth, mais le récit reflète aussi la situation des missionnaires des communautés primitives. Qu'on se rappelle, également, Paul et Barnabé qui sont envoyés par la communauté d'Antioche.

    Un brassage de traditions

    La Bonne Nouvelle se répand donc dans la campagne environnante et sort des frontières d'Israël. Les disciples se déplacent en Samarie et en Syrie. Des missionnaires itinérants vont de village en village, regroupent des gens interpellés par l'événement Jésus-Christ et forment ainsi de petites communautés. Puis des scribes, professionnels de l'écriture, se préoccuperont de l'instruction de ces communautés. Plus tard, des prophètes doués pour l'actualisation de la volonté de Jésus-Christ, viendront parfaire la formation de ces petits groupes de croyants.

    Chaque communauté doit envisager des problèmes à régler quotidiennement. Ils sont de tous ordres: des dissensions dans la communauté, la question du jeûne, les impôts à payer, l'observation du sabbat, la prière, les problèmes d'argent et de biens. Les questions se posent différemment selon que J'on est un prophète itinérant, une communauté d'agriculteurs dans un petit village ou encore une communauté de citadins dans une ville comme Antioche. Les problèmes, les attitudes vis-à-vis des biens, des soucis de la vie ne sont pas non plus les mêmes. Chaque communauté reçoit donc un bagage de traditions sur Jésus: sa personnalité, sa renommée de faiseur de miracles, sa passion pour les petites gens et la liberté, sa résurrection, sa tâche à poursuivre comme Ressuscité. Et, à partir de ce dynamisme de la foi, s'est développé un style de vie communautaire. Les prophètes itinérants recueillent la vie, les réflexions des différentes communautés qu'ils font circuler dans les groupes. Tout ce matériel s'enrichit et forme déjà un ensemble de traditions intéressantes.
    Tout ce développement s'accomplit de façon orale, non prévue et non planifiée. Il n'existe pas, à cette époque, d'autorité doctrinale ou pastorale unique sur l'ensemble du monde chrétien. L'Église vit sous la poussée de l'Esprit-Saint qui en est le Maître. Mais peu à peu les réflexions s'enrichissent et le besoin de ramasser les traditions pour ne pas les perdre se fait sentir. Pour se souvenir de différents récits ou événements plusieurs méthodes sont utilisées.

    Pour ne pas oublier

    Par exemple, dans le premier chapitre de l'évangile de Mc 1, 21-39, une série de petits événements sont conservés ensemble sur le modèle d'une journée. Tôt le matin Jésus se rend à la synagogue, car c'est un jour de sabbat. Là il guérit quelqu'un puis retourne à son pied-à-terre qu'est la maison de Pierre. La belle-mère de celui-ci est malade et Jésus la guérit aussi. Le fait qu"il y a un guérisseur à Capharnaüm circule vite dans le village et les autres malades voudraient bien être guéris par Jésus. Mais comme, à cette époque, il est interdit, le sabbat, de transporter des malades qui ne sont pas en danger de mort, car cette activité est considérée comme un travail, on attend le coucher du soleil. Et à six heures, c'est l'afflux des malades à la maison de Pierre. Jésus guérit tous ces malades avant de se retirer, fatigué de cette journée harassante. Le lendemain Pierre se lève, cherche Jésus et le retrouve dans la campagne environnante où il était allé prier. Alors celui-ci invite Pierre à partir invoquant le fait qu'il ne peut pas travailler uniquement à Capharnaüm. Tous ces événements ne se sont sûrement pas produits dans le cadre de la même journée historique. Ce texte nous montre simplement que le cadre d'une journée a été utilisé pour regrouper ces événements.

    Dans le chapitre deuxième et le début du chapitre troisième (2,1 - 3,6), se suivent cinq controverses ou discussions entre Jésus et ses adversaires. Il est clair que ce ne sont pas cinq controverses qui sont arrivées coup sur coup dans la vie de Jésus. Encore là, mettre ensemble cinq controverses, c'est un moyen de s'en souvenir. Au chapitre quatrième se retrouve une série de paraboles racontées par Jésus. Il est impossible d'imaginer que Jésus se soit fait un cadre d'activités aussi rigide: aujourd'hui des paraboles, demain des miracles, plus tard la prière. Dans la tradition circulaient plutôt plusieurs paraboles qu'on a regroupées pour mieux les conserver.
     
    Les préoccupations des évangélistes liées à celles de leurs communautés spécifiques
    Marc
     
    Comment s'est formé l'Évangile de Marc? Un jour Marc a retrouvé sur sa table de travail un ensemble assez impressionnant de documents, dont la journée de Capharnaüm, quatre ou cinq controverses, une série de paraboles, des traditions concernant Jean-Baptiste, d'autres à propos de la mort de Jésus. À partir de tous ces écrits, Marc a façonné un évangile.
    Un évangéliste travaille au moyen de documents préexistants. Ces documents, qui ont été façonnés, rédigés, colligés, parlaient à la fois de Jésus de Nazareth et de la vie sous la Seigneurie du Christ-Ressuscité. Un évangéliste est un rédacteur qui reçoit un ensemble de traditions venant des communautés chrétiennes et qui décide d'organiser ces matériaux pour parler à une communauté précise.
    Nous voici donc rendus à l'intérieur du processus de la formation des évangiles. Au point de vue de la chronologie, il est intéressant de noter que les évangiles ont été rédigés une fois terminée la vie apostolique de Paul. Ce dernier n'a jamais lu d'évangiles parce qu'il n'y avait pas d'évangile écrit, quand il a vécu sa vie missionnaire.
     
    La formation du premier évangile a eu lieu vers l'année 70. Marc, cet auteur de génie, est probablement un païen converti de la communauté de Rome. 1/ est un scribe de sa communauté, qui a eu l'idée, non pas simplement de recueillir des séries de paraboles,' de controverses, de paroles, mais d'organiser les matériaux qu'il recevait, sur le modèle du déroulement d'une vie terrestre. Il accomplit donc son travail à Rome, autour des années 70. Il écrit pour une communauté qui a un problème précis, une communauté qui est persécutée. En contexte de persécution la foi est difficile et la communauté se pose des questions concernant le Seigneur qui devrait veiller sur elle.
     
    Le but de Marc, en organisant ces matériaux, c'est de présenter à sa communauté la réponse du Christ-Ressuscité à un problème particulier. Que signifie la "Seigneurie de Jésus", quand on vit de dures épreuves au nom de la foi? Marc essaie de répondre à cette question et l'on voit qu’à la fin de l'évangile la catéchèse ou la théologie de Marc a fait son chemin. En effet, après que Jésus soit mort sur la croix, en 15,39, c'est un soldat romain qui proclame: "Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu." Ainsi la communauté romaine est rendue capable de se situer correctement vis-à-vis du Seigneur et de comprendre que la façon d'agir de Jésus-Christ ce n'est pas de régler les problèmes de sa communauté à sa place, ou d'enlever les obstacles sous ses pas, mais de lui donner le courage de la fidélité à la foi chrétienne à l'intérieur d'un contexte de souffrance ou de persécution.
     
    Source "Q"
     
    Avant Marc, un autre auteur avait réussi, non pas à faire un évangile, mais à réunir un ensemble impressionnant de documentation, formé en très grande partie de paroles de Jésus. Cet auteur, du nord de la Galilée, a rédigé autour des années soixante, un document que les techniciens de la Bible appellent le document ou la source "Q". Ce document a été découvert - ou bien a été extrait des évangiles de Mt et de Lc - par des biblistes de langue allemande et en allemand le mot "source" se dit par un mot commençant par la lettre "Q". D'où l'appellation source "Q".
    Dans la tradition chrétienne, il existait donc parallèlement à Marc, un document fait de paroles de Jésus qu'on retrouve dans Matthieu et dans Luc. Ces deux auteurs ont eu accès à ce document, et de façon indépendante l'un de l'autre. Ce document considérable contenait plusieurs textes dont, par exemple, le Notre Père présent chez Luc et chez Matthieu et non chez Marc, les Béatitudes, etc ...
     
    Matthieu
     
    Quelques années après la rédaction de l'évangile de Marc, autour des années 80-85, Luc et Matthieu vont entreprendre un travail analogue à celui de Marc pour adresser eux aussi une catéchèse à leur communauté respective. Ils vont procéder ainsi. Matthieu est un scribe chrétien au sein d'une communauté. Il utilise l'évangile de Marc mais le modifie assez radicalement pour répondre de façon adéquate aux problèmes de sa communauté. Il se sert également de la source "Q" et d'un ensemble d'autres traditions qu'il va réunir pour rédiger son évangile. Sa communauté vit une situation difficile. En 70, la ville de Jérusalem a été détruite et le temple également. Cet événement est très important pour la communauté de Matthieu qui est formée en majeure partie de chrétiens d'origine juive. En effet, après la destruction du temple, des rabbins se sont réunis à Jamnia sur la côte méditerranéenne et ont décidé de sauver le Judaïsme qui, à la suite de la destruction du temple, risquait d'être anéanti. Ils ont pris un ensemble de décisions dont celle d'exclure les chrétiens du Judaïsme; ceux-ci, en effet, n'apparaissaient plus en conformité avec le Judaïsme car ils avaient une mentalité très différente et allaient jusqu'à créer des liens avec leurs co-religionnaires d'origine païenne.
     
    Mais pour les chrétiens, être exclus du Judaïsme signifiait être exclus de leur peuple et de leur société. Concrètement cette exclusion rompait des liens de famille, d'amis, de travail. Cette situation était très difficile à vivre. C'est pourquoi Matthieu ne peut pas adresser à sa communauté l'évangile de Marc écrit pour un groupe composé en majorité de païens de l'Église de Rome. " doit restructurer le texte de Marc pour écrire à sa communauté une parole authentique de Jésus-Christ, où celui-ci va inviter son Église à être fidèle à la foi chrétienne, en dépit de l'événement qui vient de leur arriver. Matthieu veut éviter que sa communauté laisse de côté le christianisme et retourne à la religion ancestrale.
     
    Luc
     
    À la même époque, vit un autre auteur qu'on appelle Luc. C'est un auteur chrétien d'origine païenne. Il ne connaît peut-être même pas la Palestine. Comme Matthieu, il se sert de l'évangile de Marc, de la source "Q" et d'autres traditions pour répondre aux besoins de sa communauté. Une communauté qui elle aussi est marquée par l'exclusion des chrétiens du Judaïsme, parce qu'elle perdait des privilèges qu'elle partageait avec les Juifs dans l'empire romain.
     
    Coupés du Judaïsme, les chrétiens sont en mauvaise position, car ils se fondent sur l'existence d'un homme qui, il ne faut pas l'oublier, a été condamné à mort par les autorités romaines légitimes. Luc écrit donc à une communauté de petites gens afin qu'ils puissent vivre un peu à l'aise, sans être inquiétés, à l'intérieur de l'empire romain. Ce sont des gens pauvres qui ont peu d'influence dans le grand empire. Luc veut leur dire, en se servant de "ensemble des traditions dont il dispose, qu'ils sont aimés du Seigneur, qu'ils ont un Sauveur qui s'occupe d'eux. Les Béatitudes, par exemple, "Heureux vous, les pauvres, le Règne de Dieu est à vous", rappelle toute cette miséricorde et cette attention du Seigneur pour les petites gens, qui sont caractéristiques de l'évangile de Luc.
     
    Jean
     
    Indépendamment de ces trois. premiers évangiles qui sont très près l'un de l'autre, entre les années 70 et 100, s'est accompli un travail de rédaction d'un quatrième évangile, soit l'évangile de Jean. Il remonte peut-être à un disciple. de Jésus qui ne faisait pas nécessairement partie des Douze, et qui vraisemblablement, à l'occasion de la chute de Jérusalem, est parti de la Judée pour se rendre dans la région d'Ephèse. À cet endroit il a oeuvré à la formation d'une communauté dont faisait partie une école philosophique assez intéressante, d'où a surgi un scribe génial, qui est finalement l'auteur ou rédacteur du quatrième évangile. Dans la région d'Ephèse nous retrouvons un milieu qui est complètement différent des trois autres et qui a besoin d'une parole originale du Seigneur-Ressuscité. Cette situation explique le langage très différent du quatrième évangile par rapport aux trois autres, le besoin de retraduction fondamentale de tout le dynamisme d'une foi qui s'exprime autrement. De plus, à la fin du siècle, on vit la réalité de la disparition des disciples de Jésus et on se pose la question du lien qui rattache au passé. La réponse de Jean veut montrer qu'il y a une nouvelle présence du Christ dans la communauté, celle du Paraclet ou de l'Esprit. Un autre type de présence qui rassure et rappelle que les chrétiens ne sont pas laissés à eux-mêmes.

    Quatre communautés qui vivent à quatre moments de crises différents et quatre auteurs qui ne sont pas directement des disciples de Jésus mais des chrétiens très proches de leurs gens, qui utilisent un ensemble de traditions, en vue d'adresser une parole renouvelée du Christ à leur communauté.
     
    Un évangile
     
    Un évangile, c'est une parole qui est à la fois de Jésus, c'est-à-dire de l'homme de Nazareth et à la fois du Christ, c'est-à-dire du Seigneur-Ressuscité. Un évangile, c'est une actualisation de la révélation de Jésus effectuée jadis, provoquée par le Christ de maintenant. Un évangile c'est une parole du Ressuscité qui s'adresse à la situation très concrète d'une communauté: situation de crises ou de difficultés particulières. Dans un évangile se trouvent des souvenirs sur Jésus, des souvenirs véhiculés par des traditions mises par écrit. Mais il y a beaucoup plus. Ces traditions écrites parIaient autant de Jésus-Christ s'adressant à leurs problèmes que du Jésus de jadis. Un auteur reprend ensuite toutes ces traditions, les organise de façon dynamique pour répondre aux problèmes d'une communauté qui, il faut se le rappeler, vit entre 40 et 70 ans après la mort de l'homme de Nazareth. Un évangile c'est une réponse de foi à des gens bien concrets vivant dans un contexte précis. 

    Comme nous venons de le dire, les évangiles n'ont pas été rédigés pour être des documents intemporels, destinés à traverser l'histoire. /1 n'est pas interdit de faire référence à ces textes qui s'adressent parfois à nos problèmes aujourd'hui mais, dans leur facture propre, chaque évangile a été conçu pour viser un problème d'une communauté particulière, de sorte qu'il faut le lire non pas en espérant une solution à nos problèmes aujourd'hui mais en essayant d'être aussi inventifs que les premiers chrétiens pour écouter la Parole de Dieu et trouver ce qu'elle nous dit maintenant. Après, il est intéressant de faire référence à ces quatre évangiles pour vérifier si nous avons été fidèles à bien façonner, pour notre temps, un portrait du Christ qui soit aussi parlant aujourd'hui, qu'il l'a été pour les quatre communautés qui nous ont fait connaître Jésus-Christ jadis.
     ---fin du Volet 1......
     
     

    2 commentaires
  • RESSOURCEMENT SPIRITUEL

    La vie de Jésus, le Christ
    VOLET II
    LE MILIEU DE VIE DE JÉSUS
     
    La naissance de Jésus marque le début de cette Bonne Nouvelle à laquelle Jésus s'identifie progressivement. Au jour le jour, enraciné dans un pays qui a une histoire, une culture, des coutumes, des valeurs ... , Jésus grandit comme tous les enfants de son âge. Il est véritablement un homme de son âge. Il est véritablement un homme de son temps. »
    Donald Thompson, prêtre, Personne-ressource
     
    Volet 2
    Texte de la conférence.
     
    Dans ce volet, nous aborderons les questions touchant le milieu de vie de Jésus de Nazareth. D'abord un mot sur les sources, puis sur la chronologie et la géographie. Enfin la question des groupes et des institutions qui avaient de l'importance au temps de Jésus de Nazareth.
     
    L'existence de Jésus
     
    Concernant l'existence historique de Jésus, nous possédons des documents païens, juifs et chrétiens. Mais la principale source d'informations qu'on ait sur Jésus nous vient des textes chrétiens. Certes, des auteurs païens ont parlé de Jésus. Par exemple, Tacite vers 116-117 dit ceci: "Pour anéantir cette rumeur infamante que Néron lui-même aurait incendié Rome, il présenta comme coupables et livra aux tortures les plus raffinées des hommes détestés pour leurs forfaits que le peuple appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christos, que sous le principat de Tibère, le procureur Ponce-Pilate avait livré au supplice; réprimée sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée, ou le mal avait pris naissance, mais encore dans Rome, où tout ce qu'il y a d'affreux et de honteux dans le monde afflue et trouve une nombreuse clientèle" (Annales, 15,44).
     
    Tacite affirme donc que le nom des chrétiens vient de "Christ" et que sous le principat de Tibère le procurateur Ponce Pilate avait livré Jésus au supplice. Il est possible que Tacite ait tiré son information de la prédication chrétienne, car un homme cultivé de son temps pouvait connaître l'essentiel de ce qu'elle proclamait. À partir du texte de Tacite, il nous est permis d'extrapoler et de supposer que les sources païennes et les sources juives ne nous apprennent rien de plus que les sources chrétiennes au sujet du personnage historique de Jésus.
     
    Chronologie
     
    Au niveau de la chronologie, l'année exacte de la naissance de Jésus nous est inconnue. Dans les deux premiers chapitres de son Évangile, Matthieu souligne le fait que Jésus est vivant au moment où Hérode règne encore. En effet, autour de la naissance de Jésus, Hérode met à mort les enfants de deux ans et moins. Comme Hérode est mort vers l'an 4 avant l'ère chrétienne et que Jésus est probablement né quelques, années avant la mort d'Hérode, on peut situer la naissance de Jésus autour de l'an 6 ou 7 avant l'ère chrétienne.
     
    Quant à la date de sa mort, celle ,qui est admise de façon courante est le 7 avril 30. Dans ce cas, Jésus serait mort à l'âge de 36 ou 37 ans et aurait vécu sa vie publique entre les années 28 et 30.
     
    Géographie
     
    Quelques mots maintenant sur la géographie de la Palestine. Au temps de Jésus, trois grandes provinces se partagent la Palestine: au Nord la Galilée, pays de Jésus, au centre la Samarie et au sud la Judée. À l'ouest se trouve la Mer Méditerranée et à l'est la vallée du Jourdain qui comprend le lac de Tibériade, le Jourdain lui-même et la mer Morte.
     
    La Judée et la Samarie étaient, comme "ensemble de la Palestine, sous l'occupation romaine; "administration était aux mains d'un procurateur, Ponce Pilate au temps de Jésus. La Galilée, elle, était dirigée par un descendant du vieux roi Hérode mort en l'an 4 avant Jésus, Hérode Antipas. Jésus a vécu à Nazareth puis a voyagé un peu puisqu'il a commencé sa vie publique autour de Jean-Baptiste en Judée; il est allé quelques fois à Jérusalem. Mais la majeure partie de son travail s'est effectué dans une toute petite partie de son pays, au nord, nord-ouest de la Galilée où s'est concentrée son activité. À cet endroit, on retrouve Capharnaüm, Magdala, Chorazaïn, etc ... C'est dans cette portion de pays que Jésus de Nazareth a d'abord et avant tout oeuvré. Bien sûr, Marc nous montrera un Jésus qui pousse une pointe dans la région de Tyr et de Sidon, un Jésus qui traverse le lac de Galilée pour aboutir en terre païenne au pays des Géraséniens, un Jésus qui va en pèlerinage à Jérusalem, en suivant le Jourdain, et en passant par Jéricho où il guérit un aveugle. Mais il est important de noter que, de façon globale, l'activité de Jésus se déroule dans une petite portion de son pays. Dans cette partie du nord de la Galilée vivaient probablement quelques milliers d'habitants, la population que peut sans doute rencontrer une catéchète ou un animateur de pastorale dans une polyvalente moderne. Sans les moyens de communication que l'on connaît aujourd'hui: journaux, radio, télévision, un être humain ne pouvait rejoindre les quelques millions de personnes que comptait le pays. Pour agir, il fallait s'insérer quelque part et c'est ce que Jésus a fait, dans un espace restreint. La Bonne Nouvelle s'est répandue à échelle humaine, de façon très humble et très simple. Peut-être pour cette raison, Dieu s'est-il reconnu en plénitude dans la vie de cet homme Jésus.
     
    Groupes et institutions
     
    Attardons-nous maintenant aux groupes et aux institutions religieuses qui existaient au temps de Jésus. Nous essaierons de clarifier l'identité de chacun de ces groupes et nous soulignerons l'attitude de Jésus vis-à-vis de chacun d'eux.
     
    1 - Les Sadducéens et le temple
     
    D'abord les Sadducéens. Leur origine reste controversée de même que leur identité et leur doctrine. Ils existaient comme groupe au premier siècle avant Jésus et ont, à toute fin pratique, cessé d'exercer une influence importante en Israël à partir de 70 de notre ère, au moment de la chute de Jérusalem et de la destruction du temple. Caste aristocratique, surtout sacerdotale, les principaux officiers du temple en faisaient partie de même que les prêtres et le grand-prêtre qui constituait à la fois "autorité civile, religieuse et politique. Les grandes familles riches et influentes se reconnaissaient aussi dans le mouvement des Sadducéens. Ce mouvement, à l'intérieur du peuple d'Israël, reconnaissait avant tout, comme livre inspiré, le Pentateuque, c'est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible: la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Nous savons que les Sadducéens niaient l'immortalité de l'âme, la rétribution personnelle et la résurrection, s'en tenant à la conception traditionnelle du shéôl. Ces négations expriment le refus d'admettre comme obligatoires des croyances non explicitement révélées dans l'Écriture. Hostiles aux croyances et interprétations scripturaires nouvelles, ils craignaient qu'une libre interprétation de la Torâh par des laïcs ne finisse par porter atteinte à leurs droits et à leurs prérogatives sacerdotales.
     
    Jésus, certes, reste assez loin des Sadducéens. Homme de condition modeste, laïc, ce mouvement lui est assez étranger. Il reconnaît l'autorité des Sadducéens, du grand-prêtre, comme nous pouvons le voir dans les récits de la Passion. Mais ses affinités profondes ne vont pas dans ce sens.
     
    Les Sadducéens contrôlent l'institution religieuse centrale en Israël, le temple. 1/ y a eu deux temples successifs en Israël: le temple de Salomon, détruit au sixième siècle avant Jésus, avait été reconstruit sous Esdras, après l'exil. Mais cette dernière reconstruction ne pouvait en rien être comparée à l'ancienne. Alors Hérode recommença les travaux en 20 avant Jésus et le temple ne fut achevé qu'en 64 de notre ère, c'est-à-dire quatre-vingt-quatre ans plus tard, au début du premier soulèvement contre Rome. En 70, il était complètement détruit par les Romains.
     
    Dans le saint des saints, la partie la plus sacrée de ce temple, le grand prêtre, une fois par année entrait au jour du Yom Kippour. Il offrait en expiation le sang des victimes en prononçant le nom sacré de Yahvé, pendant que les lévites jouaient très fort de la trompette afin qu'on n'entende pas prononcer le nom de Yahvé.
     
    Au service du temple, il y avait donc le grand-prêtre, puis les officiers principaux, chargés de l'administration, des rénovations, des sacrifices, bref, de la bonne marche de cette institution très importante en Israël. De plus, des milliers de prêtres, divisés en vingt-quatre classes, étaient chargés du service du temple. Chaque classe assurait ainsi son service deux fois par mois. À l'intérieur de cet édifice, les lévites assuraient les tâches subalternes du service. Le temple était le lieu de la prière, de la présentation des sacrifices à Dieu. Il jouait un rôle d'intégration à l'intérieur de la société juive. Les prêtres, par exemple, étaient chargés de reconnaître la guérison dans les cas de maladie. Ils pouvaient réintégrer les malades guéris, à l'intérieur de la société. Le temple également jouait un rôle financier important. En effet, tous les Juifs mâles, qu'ils soient à l'étranger ou à l'intérieur de la Palestine, devaient payer au temple une taxe équivalant à deux journées de salaire par année. C'est une somme assez considérable. Aujourd'hui pour un salaire moyen de 15 000 $, il faudrait débourser 130 $. Venant de la part de quelques millions de Juifs répandus à travers le monde, cette taxe assurait des revenus considérables au temple qui peut être considéré comme un centre financier et religieux très important. Cette situation explique pourquoi le Judaïsme a été si fortement ébranlé lors de la destruction du temple.
     
    2 - Les Pharisiens et la synagogue
     
    Un autre groupe important en Israël est celui des Pharisiens. Ce mouvement existait au deuxième siècle avant Jésus. Il s'agit d'une communauté de Juifs pieux qui respectent la loi et insistent sur les règles de pureté rituelle. Les Pharisiens sont en majorité des gens de métier et des personnes respectables. Jésus était proche de ce groupe; il reste critique vis-à-vis de sa communauté mais sympathique. Plus tard, Matthieu sera très dur envers les Pharisiens qui viennent d'expulser du Judaïsme sa communauté chrétienne. Mais Jésus, lui, fréquente la synagogue contrôlée par les Pharisiens. Ces enseignants laïcs font de celle-ci un centre d'études et de prières pour le service du peuple, ce qui a un certain attrait pour Jésus.
     
    La synagogue n'est pas le temple. On n'y offre pas de sacrifices; on y fait plutôt la lecture et l'explication de l'Écriture. Elle est vraiment une institution créée par de pieux laïcs, organisée par des hommes de bonne foi qui veulent contribuer à l'instruction religieuse de leur peuple. Il est intéressant de souligner le fait que Jésus fréquente la synagogue. Cette participation de Jésus à ce type de communauté nous indique son sens de la prière et son amour de l'Écriture.
     
    3 - Les scribes
     
    Nous pouvons maintenant distinguer, à l'intérieur des Sadducéens et des Pharisiens, une catégorie de personnes lettrées qui sont à leur service. En effet, les scribes ne forment pas une autre famille religieuse mais lisent et interprètent les Écritures au service de ces deux communautés, soit celle des Sadducéens, soit celle des Pharisiens.
     
    4 - Les Zélotes
     
    Face à l'occupant romain, les Juifs se divisent entre collaborateurs et résistants. Le zèle pour la Loi, provoque à une résistance violente de la part de ceux qu'à partir de 66 on appellera les Zélotes. Ce groupe n'avait pas au temps de Jésus l'importance politique qu'il aura plus tard. En effet, les Zélotes par leur prise de position très radicale, deviendront les principaux responsables de la révolte qui aboutira au désastre de 70, la destruction de Jérusalem et du temple.
     
    5 - Les Samaritains
     
    Existaient également au temps de Jésus, les Samaritains qui vivaient dans la province entre la Galilée et la Judée. Juifs faisant partie du Royaume du Nord au temps de l'Ancien Testament, ils se sont séparés du Judaïsme officiel à la construction du temple de Garizim vers 330. En effet, la construction du temple de Garizim permettait l'activité de leurs prêtres et préparait ainsi le schisme provoqué par leurs co-religionnaires de la Galilée et de la Judée.
     
    En effet, au deuxième siècle les Juifs de la Judée, en particulier, ont mal réagi. Sichem a été détruite en 128, le temple en 107, et ces événements ont provoqué cette scission irréparable entre les Juifs et les Samaritains, de sorte que les relations étaient devenues très tendues entre les deux communautés. Il est intéressant de noter le fait que les premières missions chrétiennes à l'intérieur du peuple juif se développent d'abord chez eux.
     
    6 - Les Esséniens
     
    Même si nous ne les voyons pas à l'oeuvre dans les évangiles, il existait aussi au temps de Jésus, un groupe de Juifs pieux, les Esséniens. Ce mouvement religieux semble remonter au début du deuxième siècle et l'appartenance des moines de Qumran au groupe essénien peut être considérée comme à peu près certaine. Les retentissantes découvertes des grottes de Qumran nous ont mieux fait connaître cette communauté qui vivait sur les bords de la Mer Morte, dans un célibat complet et l'attente des derniers temps. L'essénisme a pu regrouper des tendances diverses dont les gens de Qumran semblent avoir été l'extrême-droite. Sous la conduite d'un prêtre qu'ils appellent le Maître de justice, ils se sont séparés, vers 150 avant Jésus, des autres Juifs qu'ils jugeaient trop peu fervents, et sont devenus cette communauté qu'on a découverte à la fin des années 40, et dont on retient la vision apocalyptique.
     
    7 - Les Johannites
     
    Non loin de ce site, au temps de Jésus, a commencé à prêcher dans le désert ce personnage bien connu des chrétiens: Jean-Baptiste. Ayant peut-être subi l'influence de la communauté de Qumran, ce dernier a joué un rôle déterminant dans la vie et l'orientation de Jésus de Nazareth. Il fut à l'origine d'un mouvement qui donna naissance à une série de communautés dispersées en Palestine et ailleurs (cf. Ac 19,1 ss).
     
    Conclusion:
     
    Que faut-il retenir de cet exposé? Jésus a été un Juif, un homme de son temps, avec ses connaissances et ses limites. Un homme inséré dans une communauté avec laquelle il se sentait en lien plus étroit, la communauté pharisienne. Un homme qui descendra vers le sud pour rencontrer, comme il le dira lui-même, ce grand homme que fut Jean-Baptiste, déclencheur de la mission de Jésus.
     

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                                                RESSOURCEMENT SPIRITUEL

     
    La vie de Jésus, le Christ
     
    VOLET III
     
    Jésus quelle bonne nouvelle? Jésus quelle bonne nouvelle!
     
    «L'événement Jésus, Bonne Nouvelle, a été longuement attendu. Depuis des siècles, les gens du pays de Jésus attendent le Règne de Dieu. Ils désirent ardemment que Dieu les libère et qu'il établisse son Règne. Ils espèrent une Bonne Nouvelle. Cette bonne nouvelle, c'est Jésus lui-même, Christ Seigneur, qui instaure le Royaume de Dieu depuis si longtemps promis et attendu. »
     
    Donald Thompson, prêtre Personne-ressource
     
    Volet 3
     
    Dans ce troisième volet, nous irons au coeur de ce qu'a été l'homme Jésus, sa personnalité religieuse, les options qui ont marqué sa vie et l’ont conduit à la mort.
     
    D'abord un mot sur les relations entre Jésus et Jean-Baptiste, qui fut le point de départ de la vie publique de ce dernier. Puis la question du Règne de Dieu: ses racines dans l'Ancien Testament et ses caractéristiques pour Jésus. Dans un troisième temps, nous décrirons les destinataires de la mission de Jésus. Nous terminerons en présentant quelques paraboles de Jésus, qui illustrent bien son sens du Règne de Dieu.
     
    Jésus et Jean-Baptiste
     
    Jean-Baptiste fut un personnage très important dans la vie de Jésus. Nous savons peu de choses sur les antécédents de Jésus avant sa rencontre avec Jean. Vraisemblablement charpentier, parce qu'ayant continué le métier de son père ,Joseph, il entendit dire, un jour, qu'un prophète avait surgi en Judée, à une centaine de milles au sud de sa Galilée natale. Un homme comme Jésus ne pouvait rester insensible à cette réalité. " quitte donc tout: son métier, sa parenté, son village et s'en va envahi par le désir pressant d'aller entendre ce prophète. Jean est un prophète de Dieu, un prophète de la conversion, un prophète sensibilisé à la question sociale. Nous pouvons dire avec assurance qu'il a été l'inspirateur de la mission de Jésus. Ce dernier se sent invité à aller plus loin, à quitter son village et son métier en écoutant Jean-baptiste dresser un tableau de la vie de son peuple. Il ne faut pas se surprendre de cette influence de Jean-Baptiste; tout être humain ne se forge-t-il pas en réagissant à l'influence du milieu ambiant? Marie, par exemple, a fortement contribué à former son enfant. Et Jean, à son tour; a eu une influence tellement grande sur Jésus que celui-ci dira un jour: "En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont nés d'une femme, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste ... " (Mt 11,11). C'est là parole extraordinaire. Il faut souligner que, selon l'appréciation de Jésus, Jean Baptiste est plus grand qu'Abraham, plus grand que Moïse, plus grand que les patriarches, plus grand que les prophètes. Bref, le plus grand des êtres humains. Parole tout à fait étonnante.
    Jean a tellement eu d'importance pour Jésus que celui-ci a acquiescé à son enseignement, qu'il a accepté de se faire baptiser par lui: un baptême de retournement, un baptême de changement de vie; en effet, à partir de cet événement, Jésus a changé complètement son style de vie. Il n'est pas retourné à Nazareth reprendre son métier, retrouver sa famille, mais avec quelques disciples, quelques Galiléens qu'il avait rencontrés autour de Jean Baptiste (Pierre, André et d'autres), il est parti suivre sa voie.
     
    Le Règne de Dieu
     
    Jésus a réfléchi sur l'enseignement de Jean, sa notion de conversion et de change· ment. Puis, il est allé chercher dans son bagage religieux, ce concept très important qui a dirigé tout le cours de sa vie publique, celui de Règne de Dieu. Lisons ensemble le Psaume 146 pour y découvrir le Dieu de Jésus.
     
    Alleluial
     
    O mon âme, loue Yahvél
    Toute ma vie je louerai Yahvé,
    le reste de mes jours, je jouerai pour mon Dieu.
     
    Ne comptez pas sur les princes,
    ni sur les hommes incapables de sauver:
    leur souffle partira, ils retourneront à la poussière,
    et ce jour-là, c'est la ruine de leurs plans.
     
    Heureux qui a pour aide le Dieu de Jacob,
    et pour espoir Yahvé, son Dieu !
     
    Auteur de la terre et des cieux,
    de la mer, de tout ce qui s'y trouve,
    il est l’éternel gardien de la fidélité:
     
    il fait droit aux opprimés,
    il donne du pain aux affamés; .
    Yahvé délie les prisonniers,
    Yahvé ouvre les yeux des aveugles,
    Yahvé redresse ceux qui fléchissent,
    Yahvé aime les justes,
    Yahvé protège les émigrés,
    il soutient l’orphelin et la veuve,
    mais déroute les pas des méchants.
     
    Yahvé règnera toujours,
    il est ton Dieu, Sion, d'âge en âge l
     
    Alleluia l
     
    Nous sentons dans cette prière one expérience qui a rendu les gens désabusés. les gouvernements se suivent et se ressemblent. Les gens espèrent un changement vers la justice, mais cet espoir ne se réalise jamais. Alors, un jour, l'espérance se porte ailleurs: "Heureux qui a Yahvé pour espoir" (v. 5). C'est là quo réside le vrai pouvoir. "II est l'éternel gardien de la fidélité" (v. 6). Puis vient une description du Dieu du Règne que Jésus essaiera de vivre.
     
    Le Règne de Dieu est l'activité de Dieu provoquée par un état d'injustice flagrant dans le monde. L'espérance du Psalmiste est qu'un jour Dieu va venir régner en fonction de ceux qui ont été les victimes de situations d'injustice. C'est pourquoi le Règne de Dieu s'exerce de façon privilégiée, comme dit le Psaume, pour les opprimés, les affamés, les captifs, les aveugles, les courbés, les justes, les étrangers, l'orphelin et la veuve. Que de telles activités se passent en faveur des opprimés de la vie est le signe de la présence du Règne de Dieu. Il est tout à fait remarquable que, sur l'ensemble des concepts à propos de Dieu ou d'activités de Dieu dans l'Ancien Testament, Jésus ait privilégié le concept du Règne de Dieu pour en parler jour après jour, à temps et à contre-temps.
     
    Quelles sont les caractéristiques de ce règne pour Jésus? Malheureusement, il n'a jamais senti le besoin de définir cette réalité. Mais certaines paroles, certains gestes peuvent nous aider à élaborer une définition. D'abord pour Jésus, il s'agissait d'une réalité qui était proche. Il n'était pas le seul à partager cette vision des choses. les gens de Qumran, beaucoup de Pharisiens et de larges couches de la population s'attendaient à une fin rapide de l'histoire.
    Jésus dira un jour:."En vérité je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici. certains ne mourront pas avant de voir Je Règne de Dieu venu avec puissance" (Mc 9,1<). Quelques heures plus tard, avant de mourir, il dira: "Je ne prendrai plus du fruit de la vigne jusqu'à ce qu'on le boive ensemble dans Je Règne de Dieu" (Mc 14, 25). Cette phrase nous montre bien que Jésus s'attend à ce que le Règne de Dieu arrive très prochainement. Première caractéristique, donc, du Règne de Dieu: il va arriver bientôt.
     
    Une deuxième caractéristique semble en contradiction avec la première. En Luc 11 ,20 on lit: "Mais si c'est par le doigt de Dieu que je chasse tes démons, alors le Règne de Dieu vient de vous atteindre." Ici, le Règne de Dieu est présent d'une certaine façon. En effet, le style d'activité de Jésus, l’ensemble de sa vie nous annoncent déjà les caractéristiques fondamentales du Règne de Dieu; si tel est le cas, c'est que, d'une certaine manière, Dieu règne déjà sur Jésus.
     
    Une autre caractéristique fondamentale, déjà exprimée dans le Psaume 146 que nous avons cité plus haut, est que le Règne de Dieu vient d'abord et avant tout pour les pauvres. le message fondamental des Béatitudes: "Heureux les pauvres, heureux les affligés, heureux les affamés", rejoint l'intention de l'Ancien Testament concernant le Règne de Dieu. Ce dernier signifie la fin de tout gouvernement humain et l'entrée directe du Dieu vivant dans l'histoire. D'un Dieu qui prend en charge la condition humaine en protégeant les intérêts des petites gens. D'un Dieu qui vient, de façon très claire, prendre en charge la réalité humaine pour exercer directement la justice.
     
    Jésus a pris au sérieux cette espérance du Règne et a été extrêmement cohérent. Nous avons vu plus haut qu'il a concentré son activité dans un tout petit coin de pays, au nord et nord-ouest du lac de Galilée, qu'il a choisi de ne pas oeuvrer dans un grand centre comme Jérusalem, par exemple, où résidait l'élite du peuple. le dynamisme qui l'habite le pousse fortement à aller vers les petites gens. Jésus ne parcourt donc pas la Judée, la province la plus importante du Judaïsme mais son petit coin de pays, sa petite province de Galilée, province méprisée. Jésus ne peut pas s'adresser à tout le monde en même temps, ni même à tous les pauvres en même temps. Il a été envoyé aux brebis perdues de la maison d'Israël, mais il ne peut pas travailler avec l'ensemble. Il choisira donc des gens socialement opprimés, des gens autour de qui on fait le vide, des gens qu'on ne fréquente pas: les Publicains qui exploitent les gens et qui sont rituellement impurs parce qu'ils travaillent avec les païens. les lépreux parce qu'ils sont contagieux.
     
    Jésus essaie de briser cette barrière entre les pauvres et les autres membres de son peuple. Il fréquente donc des Publicains et des lépreux, des gens qui sont socialement opprimés. Il fréquente aussi des gens juridiquement déconsidérés, qui ont moins de droits que les autres, par exemple, les femmes. Au temps de Jésus, il est clair que les femmes n'avaient pas les mêmes droits que les hommes. Une femme mariée ne devait pas adresser la parole à un homme, sur la rue, même pas à son mari. Toutes sortes de règlements empêchaient les femmes d'être vraiment des êtres humains à part entière. Jésus franchit cette barrière qui empêche des relations égalitaires.
     
    Les enfants font partie d'une autre catégorie de gens juridiquement opprimés. Alors des gens lui amenèrent des enfants, pour qu'il leur imposât les mains, en disant une prière. Mais les disciples les rabrouèrent. Jésus dit "laissez faire ces enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le Royaume des cieux est à ceux qui sont comme eux" (Mt 19,13-15). L'enfant au temps de Jésus était un être qui n'avait pour ainsi dire pas de droits humains. /1 était complètement dépendant du vouloir de ses parents, jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité à l’âge de douze ans. Alors seulement, on lui reconnaissait les droits complets d'un être humain.
     
     Jésus est donc proche des femmes et des enfants parce que dans la ligne du Règne de Dieu, ce sont des pauvres. Des gens qui ne sont pas sur le même pied que les autres dans la société ou dans la communauté humaine. Des gens socialement opprimés, des gens juridiquement déconsidérés et enfin des gens religieusement méprisés, les malades, par exemple. La mentalité du temps considérait la maladie comme une conséquence du péché. La faute du malade ou de ses parents. Le malade était puni et en plus de ne pas pouvoir jouir de la santé, de ne pas pouvoir travailler, de subir les tensions familiales, il devait porter le poids du mépris de son entourage. Nous verrons plus foin, comment Jésus a été sensible à la condition des malades de son temps.
     
    Enfin une dernière catégorie est celle des gens économiquement faibles, les vrais pauvres. Souvent ces catégories se recoupent: les femmes, les veuves en particulier pouvaient être de vrais pauvres. Le malade incapable de travailler est également un pauvre.
     
    La vie de Jésus a donc été une vie très humble, une vie très simple, une vie au service des petites gens de son peuple. On pourrait se demander quelle a été l'utilité de la vie de Jésus. Jésus a tout simplement voulu créer une petite parcelle de bonheur et soulever un voile d'espérance chez un certain nombre de petites gens, de pauvres de son peuple. Le but de la révélation de· Jésus a été le bien-être d'un certain nombre de petites gens qu'il a réussi à rencontrer pendant les quelques années de sa vie publique. Il est presqu'incroyable que le Dieu vivant se soit totalement reconnu dans un· homme si simple.
     
    Jésus a parfois traduit son orientation de vie en paroles. Avant d'aborder quelques paraboles, il est important de souligner Je fait que Jésus n'est cependant pas un enseignant. " est quelqu'un qui fait arriver une bonne nouvelle pour les pauvres plutôt qu'un homme qui l'annonce. la bonne nouvelle pour un malade, c'est qu'il guérisse. La bonne nouvelle pour quelqu'un qui n'a pas de droits, c'est qu'il les retrouve. La bonne nouvelle pour quelqu'un qui est méprisé par les autres, c'est de rencontrer quelqu'un pour qui if compte vraiment. La bonne nouvelle apportée par Jésus est concrète; elle est pour les gens en difficulté. Jésus a passé sa vie à faire des gestes qui font arriver la bonne nouvelle. Mais dans te contexte social. communautaire, religieux de son époque, cette attitude lui a attiré des difficultés avec le bon monde, avec les autorités de son peuple.
               
    Quelques Paraboles
     
    Il lui a donc fallu, très humainement, se défendre, se justifier, s'expliquer. Voici quelques paraboles pour illustrer l'enseignement de Jésus dans le contexte de sa mise en oeuvre du Règne de Dieu. "La brebis perdue" (Lc 15, 3-7). Un berger possède cent brebis dont quatre-vingt-dix-neuf sont de bonnes brebis, dans l'enclos, tranquilles. " n'a pas de problèmes avec elles, sauf avec une qui est perdue. Le berger laisse donc les quatre-vingt-dix-neuf et part à la recherche de la centième. On pourrait continuer la parabole et s'imaginer la scène suivante. Quand le berger revient avec la centième brebis sur ses épaules, une vingtaine de brebis sortent, mécontentes de voir entrer la brebis comblée de tant d'attention de la part de leur berger.
     
    La question posée par Jésus dans cette parabole est la suivante: "Pourquoi me reprochez-vous de faire vis-à-vis des êtres humains, ce que vous faites pour vos animaux?" Un berger abandonne temporairement ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour chercher celle qui est perdue. "Pourquoi me reprochez-vous de passer ma vie avec du pauvre monde? Qu'y a-t-il de scandaleux là-dedans?"
     
    Une autre parabole est celle du "Fils prodigue" ou, plutôt de l'aîné qui refuse la révélation de Dieu (Lc 15, 11-32). Le prodigue c'est le cadet qui demande sa part d'héritage et va dépenser son argent avec les prostituées. Ce n'est pas tant sa conduite qui désole Dieu mais le fait de voir un être humain chercher le bonheur là où il ne pourra le trouver. Mais ce qui désole vraiment Dieu c'est l'attitude de l'aîné: il ne veut pas que son père continue à aimer le cadet.
     
    Jésus n'empêche pas les scribes, les Pharisiens, les Sadducéens de faire le service du temple ou de la synagogue. Il est totalement d'accord pour qu'ils accomplissent tout ce bien. Mais pourquoi lui reprochent-ils à lui d'accomplir des gestes qu'ils ne font pas: s'occuper des brebis perdues de la maison d'Israël? .
     
    Une autre parabole particulièrement extraordinaire: "Les ouvriers de la onzième heure" (Mt 20, 1-16). Quand on la lit dans nos églises, actuellement, on entend presque grogner le peuple chrétien. Pourtant, vue dans la perspective de Jésus, elle est très simple, très claire. Un maître de ferme va Je matin chercher des ouvriers pour les amener travailler. À six heures du matin les ouvriers sont rassemblés sur la place publique. Ceux qui vont partir les premiers, ce sont les gros gars, bien bâtis, solides, capables de faire une bonne journée de travail sans lâcher. À neuf heures, le maître revient parce qu'il y a encore de l'ouvrage. Ceux qui partent à neuf heures, ce sont des hommes encore capables de travailler mais à un rythme plus mesuré. Ils sont encore solides mais leur production est moins rapide que celle des premiers.
     
    À cinq heures, il reste sur la place ceux qui ne sont jamais engagés, soit parce qu'ils relèvent de maladie, soit qu'ils manquent de coordination ou n'ont jamais appris le métier. Et pour une fois un maître de ferme les invite à venir travailler dans un champ.
     
    Une heure plus tard, le maître appelle tous ces travailleurs. La priorité de l'Évangile nous apparaît ici très clairement; le maître donne "d'abord" aux derniers arrivés le salaire équivalent à une journée de travail. Pourquoi le maître commence-t-il par les derniers arrivés? Parce que ce sont ceux-là qui en ont le plus besoin. Parce que ce sont ceux qui n'amènent jamais de salaire à la maison. Plus tard, ils arriveront chez eux et pourront se payer une bonne soupe aux légumes et de la viande. Ce sera fête à la maison car le menu diffère de celui des jours ordinaires où quelques légumes s'ennuient dans l'eau claire. Ce n'est pas le grand soir, ce n'est pas la révolution, mais c'est la joie dans quelques foyers. Cette transformation dit quelque chose qui est fondamental pour Jésus à propos du Règne de Dieu. On voit pointer le banquet céleste.
     
    Ensuite, dans la parabole, le maître continue de donner leur salaire aux ouvriers. Il arrive aux derniers et ceux-ci sont très mécontents. Le maître leur dit: "Pourquoi m'en vouloir parce que je suis bon?" De fait, il ne leur enlève rien. Il aurait compris leur colère s'il avait retenu leur salaire au profit des derniers arrivés parce qu'ils ne possèdent rien. Mais ils ont reçu le salaire convenu pour une journée, pourquoi n'acceptent-ils pas que le maître donne un peu à des gens qui n'ont rien. Jésus ne comprend pas qu'un tel geste soulève tellement de difficultés.
     
    De ces paraboles, nous pouvons tirer la ligne de fond de Jésus, orientation qui a marqué toute l'histoire du christianisme, et est au coeur de la Révélation chrétienne et du dynamisme de la foi. Chercher Dieu en Jésus, c'est inévitablement y "rencontrer le Dieu du Règne et non pas le Dieu des philosophes et des savants. En Mt 11, 25 nous lisons: "Je te rends grâce Père d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tout petits." Le Dieu de Jésus, c'est le Dieu du Règne. Si l'on cherche la divinité de Jésus, c'est dans la direction du Dieu du Règne qu'il faut la chercher, le Dieu qui, de façon privilégiée aime les pauvres et les petits. Parce que Dieu était radicalement à l'oeuvre en Jésus, il a fait de cet homme un passionné du Dieu du Règne. De sorte que le Dieu de Jésus n'est pas à chercher à partir de notre conception de la divinité. La vie de Jésus n'a pas été caractérisée par la toute-puissance, l’entière connaissance; au contraire elle fut pauvreté, simplicité, humilité et humanité.
               
    la vie chrétienne est interpellée par l'espérance du Règne qui doit entraîner une transformation personnelle, sociale et religieuse importante. Quand on regarde agir Jésus, ce dynamisme nous apparaît très clairement. La présence du Règne se manifeste également dans l'engagement des chrétiens dans le monde, dans leur style d'engagement et dans leur passion pour la justice.
     

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  • RESSOURCEMENT SPIRITUEL

     

    La vie de Jésus, le Christ

     

    VOLET IV

     

    LES MIRACLES

     

      La prédication de Jésus ne tarde pas à provoquer des réactions diverses. Chez les uns, c'est l'étonnement, l'enthousiasme, la joie ... Chez d'autres, c'est le doute, la réserve, la déception ... Malgré ces réactions, Jésus ne cesse de préciser qu'il est la Bonne Nouvelle qui transforme, qui rend libre et qui suggère de nouvelles façons de vivre. Par ses paroles et par ses gestes, il inaugure une ère de libération : « Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Lc 7, 22)

     

    Donald Thompson, prêtre Personne-ressource

     

    Volet 4

     

    Le thème de ce quatrième cours portera sur les miracles. Aujourd'hui, les miracles font problème. Teilhard, il y a quelques années disait: "Je crois non pas à cause mais en dépit des miracles."

    Nous essaierons de situer cette réalité sur le fond de scène du monde contemporain de Jésus, pour nous aider à comprendre cette réalité qui joue un rôle important dans les évangiles; et pour nous aider, aussi, à aborder l'une ou l'autre manifestation contemporaine du merveilleux.

    D'abord un mot d'introduction sur le miracle dans l'Antiquité; puis quelques réflexions sur la foi aux miracles de Jésus. Suivront quelques considérations sur le miracle aujourd'hui. Enfin comme illustration de ce qui aura été dit, un petit commentaire d'un miracle du Nouveau Testament.

     

    Dans l'Antiquité

     

    Un mot d'abord sur le miracle dans l'Antiquité. Il est important de prendre conscience du fait que dans l'Antiquité le miracle est une réalité répandue. On pense souvent que Jésus était le seul à faire des miracles et que ce pouvoir prouvait qu'il était Dieu. Mais tel n'est pas le cas. Dans l'Ancien Testament la réalité des miracles est très présente et a beaucoup influencé les rédactions évangéliques. Par exemple, nous retrouvons en 1 R 17 - 2 R 13, le cycle des miracles accomplis par Elie et Elisée. En voici un extrait: "Un homme vint de Baal-Shalisha et apporta à l'homme de Dieu du pain de prémices: vingt pains d'orge et de blé nouveau dans un sac. Elisée dit: "Distribue-les aux gens et qu'ils mangent!" Son serviteur répondit: "Comment pourrais-je en distribuer à cent personnes?" Il dit: "Distribue-les aux gens et qu'ils mangent! Ainsi parle Yahvé: "On mangera et il y aura des restes." Le serviteur fit la distribution en présence des gens; ils mangèrent et il y eut des restes selon la parole de Yahvé" (2 R 4,42 - 44).

    Il est impossible de lire ce récit de miracle sans penser aux multiplications des pains racontées par les évangélistes. Il apparaît clairement que les rédacteurs des récits de multiplications des pains dans le Nouveau Testament avait le récit d'Elisée sous les yeux pour rédiger leur texte.

     

    Nous connaissons également un autre cycle de miracles en Ex 7 - 17: les fameuses plaies d'égypte. Il y a également quelques miracles annoncés dans les Deuxième et Troisième Isaïe (Isaïe 40 - 66). Il existe donc, dans l'Ancien Testament, trois grands blocs de miracles qui ont marqué la conscience judéo-chrétienne.

     

    La réalité du miracle est également répandue dans le Judaïsme palestinien. Jésus luimême admet l'existence de thaumaturges autres que lui. Il dira un jour: "Et si c'est par Béelzéboul que, moi, je chasse les démons, vos fils, par qui les chassent-ils?" (Mt 12,27). Les "fils" sont les exorcistes juifs qui exercent leurs activités à l'époque où Jésus lui-même accomplit des miracles. Un de ces miracles, accompli par un rabbin, est la guérison du fils de Gamaliel. En voici le récit: "II arriva qu'une fois le fils de Rabbin Gamaliel tomba malade. Celui-ci envoya deux élèves, des sages chez R. Hamina ben Dosa. Dès que celui-ci les vit, il monta à la chambre haute et implora pour lui la miséricorde de Dieu. À sa descente, il leur dit: "Allez, la fièvre l'a quitté." Ils lui demandèrent: "Es-tu prophète?" Il leur répondit: "Je ne suis pas prophète et je ne suis pas fils de prophète" (Am 7,14), mais j'ai appris, par expérience, que si ma prière coule dans ma bouche, je sais que le malade est favorisé; sinon, je sais qu'il est rejeté. Ils s'assirent, écrivirent et notèrent l'heure précise. Lorsqu'ils revinrent chez Rabban Gamaliel; il leur dit: Par le culte! Vous n'avez ni retranché ni ajouté, mais le fait s'est bien passé ainsi: à l'heure même que vous avez notée, la fièvre l'a quitté et il nous a demandé à boire." Il s'agit d'un miracle accompli à distance. Le Rabbin sait que si les mots lui viennent facilement, c'est qu'un événement s'est produit au loin. Ce récit ne ressemble-t-il pas étrangement à la guérison du fils du Centurion en Jn 4, 46 - 54?

     

    Nous trouvons donc des miracles dans le monde de l'Ancien Testament et dans le monde juif. Nous en trouvons également dans le monde hellénistique. " est important de noter, même si ce fait peut nous surprendre, que des païens faisaient des miracles. On a découvert en Grèce à Epidaure, un temple dédié au dieu Esculape, où s'accomplissaient de multiples guérisons. C'était un centre aussi célèbre jadis que peut l'être Lourdes aujourd'hui. Des ex-voto sont inscrits, sculptés dans les murs, et rappellent des guérisons. L'équivalent des grappes de béquilles que l'on voit accrochées dans des sanctuaires tels que, Sainte-Anne, Saint-Joseph ... Le miracle est donc un phénomène généralisé dans l'Antiquité, une réalité largement répandue. Des chrétiens comme Pierre et Paul, par exemple, ont aussi accompli des miracles. Il est nécessaire de tenir compte de ce fait pour apprécier l'activité de faiseur de miracles de Jésus.

     

    Compréhension du monde

     

    Parler de miracles au temps de Jésus, c'est mettre en évidence une certaine conception du monde très différente de la nôtre. À notre époque, nous sommes fortement marqués par la mentalité scientifique, par les découvertes venant de l'étude du monde. Nous nous faisons une image du fonctionnement de notre monde à partir des lois qui le gouvernent: lois de la nature, de l'astronomie, de la physique, de la chimie. Dieu nous apparaît, ainsi, un peu reculé par rapport au fonctionnement quotidien de l'univers. À l'époque où la bible a été écrite, par contre, les gens croyaient à un agir immédiat de Dieu. Dieu faisait presqu'immédiatement tout. Il y avait, de ce fait, de la part de Dieu, des agirs plus quotidiens, normaux, naturels; il y avait, aussi, des agirs plus rares, plus extraordinaires. Le miracle faisait partie de ces agirs en dehors de l'ordinaire. À l'époque de Jésus, les gens ne connaissaient pas ces lois de la nature, qui, pour nous, vont de soi; ils ne pouvaient donc pas concevoir le miracle comme un événement qui faisait lever l'une ou l'autre de ces lois.

     

    Une autre réalité importante pour comprendre les miracles de Jésus est celle de la compréhension que les gens avaient de la maladie. Depuis toujours, nous cherchons à comprendre les origines de nos maladies, leur nature, leurs conséquences. Nous sommes toujours très mal à l'aise, même angoissés, quand, après avoir rencontré trois ou quatre médecins, ceux-ci posent un diagnostic insatisfaisant. Une telle incertitude est parfois plus difficile à vivre que la maladie elle-même. Nous voulons savoir. En cela, les êtres humains n'ont pas changé depuis deux milles ans. À l'époque de Jésus, les gens désiraient, eux aussi, connaître l'origine de leurs maladies. Nous découvrons ce besoin de savoir en lisant les évangiles. La notion de démons ou d'esprits impurs (non celle de Satan qui relève d'une autre tradition), dans les évangiles, est exclusivement liée à l'explication de la maladie.

     

    Jésus

     

    Quant à Jésus, personne ne remet en question sa renommée de faiseur de miracles. Un papyrus égyptien datant du Ive siècle parle de la renommée d'exorciste de Jésus. Même en monde païen, Jésus a été considéré comme un faiseur de miracles important.

     

    Jésus, il faut se le rappeler, est un homme de son temps, sans les connaissances scientifiques d'un chercheur d'aujourd'hui. Il voit donc le monde avec le regard d'un être humain de son époque. La révélation de Dieu passe toujours à travers un être humain incarné dans une époque, dans une mentalité. Il est intéressant de noter que Jésus fait ses miracles en étant cohérent avec sa notion de Règne de Dieu. Quand on veut regarder un geste de Jésus, comme un miracle, de façon historique, il faut se souvenir qu'un fait historique comporte deux dimensions. Un fait historique est un geste qui véhicule un sens. Le sens fait partie de l'historicité d'un geste. Prenons un exemple. Sur une photo, nous voyons un homme qui embrasse une femme. Nous ne pouvons comprendre le geste historique que représente la photo si nous ne possédons pas vraiment le sens de ce geste. Si nous voulons comprendre l'historicité d'un geste très précis, nous devons en connaître le sens. S'agit-il d'un homme passionnément amoureux de sa femme? S'agit-il de quelqu'un qui vient de tromper sa femme et qui veut se cacher derrière ce geste qui devient purement formel ou encore hypocrite? Nous ne pouvons connaître l'historicité de ce geste si nous n'en possédons pas le sens.

     

    Nous pouvons donc dire que Jésus a historiquement accompli des faits miraculeux. Sa renommée, dans les évangiles et dans le monde ambiant est trop large à cet effet pour que nous puissions en nier le fait. Alors, comme réalité historique ou comme geste humain, le miracle s'observe; il peut être admis historiquement. Jésus a fait des guérisons, il a soulagé des misères physiques. Mais il est important de considérer que, comme fait historique, le miracle de Jésus avait un sens. Et il faut insister beaucoup sur ce sens, qui est très important. Le sens et non le fait du geste en lui-même distingue Jésus des autres faiseurs de miracles. Jésus a accompli des miracles; d'autres en ont fait aussi. Ce qui caractérise ces gestes de Jésus, ce n'est pas le genre de miracles; toutes sortes de miracles ont été accomplis dans le monde ambiant. Ce n'est pas non plus qu'il a fait des miracles qui lui sont exclusifs. Jésus a ressuscité des morts; Elisée l'a fait aussi. Jésus a guéri des lépreux; Elisée aussi.

     

    Ce qui distingue Jésus c'est le sens qu'il donne à ses miracles. Croire aux miracles de Jésus, c'est accepter le Dieu du Règne qui motive Jésus à réaliser tel type de miracle. Autrement dit, Jésus ne fait pas un miracle pour lui, pour sa renommée; il ne fait pas un miracle pour paraître plus grand que les autres; il ne le fait pas pour de l'argent ou pour se faire du capital politique. Il le fait pour soulager une misère humaine à laquelle il est confronté. Le dynamisme qui l'habite le rend sensible à cette misère et le pousse à accomplir un geste de guérison. Le sens qu'il donne aux miracles est en . lien avec la passion pour la liberté qui le caractérise. Son sens de la justice est très coloré par sa conception du Règne, par sa conception du Dieu qu'il connaît. Le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob; le Dieu de la vie; un Dieu préoccupé par la santé de l'être humain. Jésus a passé une bonne partie de son activité à s'occuper de la santé des êtres humains, parce qu'il croyait que c'était important pour le Dieu vivant. C'est la simplicité caractéristique du Dieu du Règne. La clientèle de Jésus, ses paroles, les miracles: tout est simple chez Jésus. Faire des miracles n'était pas à la disposition de tout le monde, au temps de Jésus comme à l'époque de l'Ancien Testament, dans le peuple juif comme chez les païens des sociétés environnantes. C'était l'apanage de certains qui possédaient un don. Sans démythifier à outrance ou vouloir diminuer 

    Jésus, on pourrait admettre que Jésus avait un don mais il ne le contrôlait pas. Par exemple, en Mc 6, Jésus s'en va à Nazareth; il voudrait faire des miracles mais il ne le peut pas. "Et il ne pouvait faire là aucun miracle ... Et il s'étonnait de ce qu'ils n'avaient pas confiance" (Mc 6,5 - 6)

    .

    Il est intéressant de noter que Jésus ne peut pas taire de miracles parce que les gens de Nazareth n'ont pas confiance. Nous pouvons comparer cette attitude avec celle que nous avons face à un spécialiste qui ne répond pas à nos questions, qui ne semble pas intéressé à notre problème. Il est étonnant de constater que, dans cette situation, les médicaments ne nous apparaissent pas efficaces. En effet, le courant de sympathie entre le médecin et son client doit exister pour que la pilule fasse effet. Au temps de Jésus, de la même façon 1 il fallait avoir confiance pour que le miracle se produise. C'est comme si des dispositions étaient requises pour que le miracle arrive. Le Rabbin, cité plus haut dans un récit de miracle, disait: "J'ai appris par expérience que si ma prière coule dans ma bouche je sais que le malade est favorisé, sinon je sais qu'il est rejeté." La capacité de faire des miracles était un don, une faculté qui venait d'ailleurs, peut-être de Dieu, et qui avait besoin de certaines conditions pour se réaliser. Il est certes vrai que Jésus a fait des miracles, certains miracles, un certain nombre de miracles. Et il semble que les miracles les plus sûrs, historiquement parlant, sont ceux qui mettent en cause deux être humains: le thaumaturge et le malade. Rien, d'ailleurs, ne nous empêche de penser que la maladie pouvait être d'origine psychosomatique. Une maladie psychosomatique est une maladie réelle. Le psychisme a beau jouer un rôle important, il n'enlève pas la réalité de la maladie. Rencontrer quelqu'un comme Jésus, qui était bon, compréhensif, qui pouvait écouter et être chaleureux; rencontrer quelqu'un comme Jésus qui a pris conscience du don qu'il a reçu, qui était unifié dans tout son être, faisait certainement beaucoup de bien. Nous pouvons nous faire une idée de la guérison à partir de nos expériences quotidiennes. On rencontre des gens qui nous stressent, d'autres qui nous détendent. Et dans ces relations humaines, quelque chose de Dieu peut se révéler.

      

    Le miracle auiourd'hui

     

    Les faiseurs de miracles existent encore aujourd'hui. Nous n'avons qu'à entendre des gens qui viennent de sociétés structurées différemment de la nôtre raconter des faits étonnants. Mais ce qui est important de retenir c'est que, chrétiennement parlant, le miracle est un geste humain avec un sens déchiffrable. Et, dans un contexte de foi, ce sens doit être nécessairement en lien avec celui de Jésus. Ce principe peut aider à notre discernement. Il est important d'avoir en tête ces réflexions quand on s'adresse aux enfants. Il faut se méfier du merveilleux qui n'a pas de sens: les icônes qui saignent, les statues qui suintent. Ces faits n'interviennent pas dans un contexte de relations humaines. Ces événements n'ont pas de sens dans la ligne du Dieu du Règne. Le miracle peut être une réalité humaine, il peut être une réalité religieuse. Il devient une réalité de foi quand le concept de Règne de Dieu y joue un rôle, c'est-à-dire quand la solidarité avec les pauvres devient importante, car le sens des miracles de Jésus c'est la solidarité avec les pauvres et les opprimés. Quand un miracle véhicule ce sens, nous pouvons y croire.

     

    Guérison d'une femme courbée (Lc 13. 10 - 17)

     

    Voyons maintenant une illustration de cet exposé, peut-être un peu théorique. Un récit extraordinaire, très beau, significatif aussi, en Lc 13, 10 - 17. "Jésus était en train d'enseigner dans une synagogue un jour de sabbat. 1/ y avait là une femme possédée d'un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était toute courbée et ne pouvait se redresser complètement. En la voyant, Jésus lui adressa la parole et lui dit: "Femme, te voilà libérée de ton infirmité." il lui imposa les mains: aussitôt elle redevint droite et se mit à rendre gloire à Dieu. Le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus ait fait une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule: "II y a six jours pour travailler. C'est donc dans ces jours-là qu'il faut venir pour vous faire guérir, et pas le jour du sabbat." Le Seigneur lui répondit: "Esprits pervertis, est-ce que le jour du sabbat chacun de vous ne détache pas de la mangeoire son boeuf ou son âne pour le mener boire? Et cette femme, fille d'Abraham, que Satan a liée voici dix-huit ans, n'est-ce pas le jour du sabbat qu'il fallait la détacher de ce lien?" À ces paroles, tous ses adversaires étaient couverts de honte, et toute la foule se réjouissait de toutes les merveilles qu'il faisait."

     

    Pour comprendre ce miracle nous devons nous souvenir que la maladie était vue comme le fait d’un démon ou d'un souffle impur. Le démon avait rendu cette femme infirme, toute courbée. Jésus la voit alors que les autres de la synagogue ne la voient plus, ou la regardent de haut. Et elle est humiliée par sa condition d'infirmité, parce que pour parler à quelqu'un, elle doit essayer de relever la tête tandis que les autres doivent se pencher vers elle. C'est là une attitude humiliante et fatigante, attitude qu'elle a depuis dix-huit ans; elle n'a plus le goût de lutter, plus le goût de faire son chemin et de les forcer à l'écouter. Alors elle se retire, écoute le rabbin faire son sermon, parle à Dieu, cherche à se sentir un peu mieux avec elle-même. Mais Jésus, lui, parce qu'il a le sens du Règne de Dieu, la voit et la délivre de son infirmité. On comprend qu'elle soit toute contente.

     

    Le début du récit raconte le fait; mais c'est dans la suite du récit que se trouve le sens important du miracle. Nous ne connaissons pas la cause de l'infirmité de cette femme. Avec les connaissances d'aujourd'hui nous pourrions supposer que la femme courbée faisait de l'ostéoporose: une décalcification des os due à un manque de calcium. Ou encore supposer que sa maladie est la suite d'un très grand stress où la partie la plus faible de l'organisme subit le contrecoup. Nous ne pouvons savoir quel était au juste le diagnostic à poser. Jésus, lui, rend le seul diagnostic qu'un homme de son temps est capable de rendre: c'est un démon qui est à l'origine de cette maladie. Le reste du récit va expliciter cette affirmation.

     

    L'histoire débute en disant que Jésus était en train d'enseigner dans une synagogue un jour de sabbat. Nous avons déjà souligné le fait qu'il était interdit de s'occuper des malades le jour du sabbat, sauf de ceux qui étaient en danger de mort. On attendait plutôt après le sabbat. Transporter quelqu'un ou guérir quelqu'un le sabbat était considéré comme un travail et on n'avait pas le droit de travailler le jour du sabbat. Alors le chef de la synagogue, bon curé du temps qui a lu la Loi, veut agir correctement et plaire à Dieu. C'est un saint homme, le chef de la synagogue. Il prend la parole et se montre indigné du fait que Jésus ait fait une guérison le jour du sabbat. Puis il invite la foule à venir implorer des guérisons durant les six autres jours pendant lesquels on peut travailler. Pourquoi choisir le jour du sabbat? Affirmation très correcte, très cohérente. De plus, cette femme n'était pas tombée malade subitement; elle endurait son mal depuis dix-huit ans. Alors, elle pouvait bien attendre quelques heures de plus. Sauf que Jésus, lui, ne sera pas là dans quelques heures. Et c'est maintenant qu'elle est malade. C'est maintenant que le Dieu du Règne l'aime. Ce n'est pas après le sabbat mais maintenant qu'elle a besoin d'entendre, parce que Jésus est là, la bonne nouvelle du Règne de Dieu qui, pour elle, est la guérison. Et Jésus rappelle que les paysans détachent leurs animaux et les font boire le jour du sabbat. En effet, dans une civilisation agricole, les gens s'organisent pour que la loi permette aux paysans de faire boire leurs animaux même pendant le sabbat. Les animaux doivent s'abreuver pour fournir, le lendemain, une bonne journée de travail. Alors Jésus essaie de démontrer au chef de la synagogue son incohérence. Il accepte que les paysans défassent le noeud qui attache leurs animaux au poteau pour les amener boire (et défaire un noeud est en somme un travail), mais il n'admet pas que cette fille d'Abraham, que le démon a liée voilà dix-huit ans, soit délivrée de ce lien le jour du sabbat. Ici nous voyons très clairement la compréhension de Jésus. Pour lui, il y a un démon qui, dans cette femme, depuis dix-huit ans, fait des noeuds dans ses muscles. Plus il fait de noeuds, plus elle courbe. Le travail de Jésus a été de défaire les noeuds qui attachaient cette femme pour la délivrer et lui redonner la santé. Nous pouvons traduire ainsi la remarque de Jésus: "Ça n'a aucun sens. Vous permettez à des gens de défaire les liens qui attachent les animaux pour les amener boire et vous ne permettez pas de défaire des liens qui asservissent des êtres humains pour les guérir. C'est une loi à remettre en question."

     

    Le Dieu du Règne se présente donc ainsi:

     

    1-Le Dieu du Règne c'est un Dieu qui se manifeste dans une situation de détresse.

     

    2- Le Dieu du Règne est souvent celui qui prend des mesures contre la théologie officielle, qui a souvent tendance à durcir en législation ce qui devrait être laissé à l'écoute de la vie.

     

    Le Dieu du Règne semble en guerre contre lui-même. " est à l'origine des théologies, des lois et des droits canons. Mais, quand le Dieu vivant prend conscience que la loi inspirée par lui, fait tort à l'être humain, alors il devient contre cette loi dont il est lui-même à l'origine. Cette situation n'est pas confortable.

     

    L'Évangile n'est pas un combat des bons contre les méchants. C'est Dieu contre Dieu. Un sens de Dieu contre un sens de Dieu. Jésus a été mis à mort par des gens honnêtes qui l'ont fait pour rendre gloire à Dieu. Voilà le scandale de la mort de Jésus.

     

    Ces réflexions se font dans une situation de détresse. Elles vont souvent à l'encontre d'une certaine théologie officielle, ce qui révèle un Dieu inconfortable: le Dieu renversant du Règne. Quelque chose de subversif se retrouve chez Jésus; c'est ce qui a provoqué sa mort. Le Règne de Dieu est une espérance: Dieu est du côté des petites gens, des opprimés de notre monde. En Jésus, il a pris partie pour eux, dans des gestes bien concrets. Il s'est révélé comme une bonne nouvelle active. Le Dieu du Règne s'est exprimé dans les gestes de Jésus; il oeuvre maintenant par Je Christ ressuscité. Il est celui qui est maintenant actif dans la communauté chrétienne, pour que se poursuive, dans notre monde de maintenant, la révélation de sa passion pour la vie.

     

    Cours sur les évangiles ou ressourcement spirituel 5 de 6

     

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  •   RESSOURCEMENT SPIRITUEL

    La vie de Jésus, le Christ

    VOLET V

    « Jésus: L'Homme et le Ressuscité»

     

    « Depuis vingt siècles, le cri de la foi pascale fait dire aux communautés chrétiennes : la bonne nouvelle, c'est Jésus toujours vivant par son esprit.

    Jésus-Christ, tant en personne qu'en son action, continue d'être bonne nouvelle du Père à 1 'humanité. »

     

    Donald Thompson, prêtre Personne-ressource

     

    Volet 5

     

    Texte de la conférence.

     

    Dans ce cinquième entretien nous traiterons de l'exaltation de Jésus. Le concept d'exaltation peut sembler assez abstrait et suggérer des expériences plus ou moins étranges. " reprend un terme technique utilisé par Luc dans les Actes, terme que nous tenterons d'expliquer.

    Il faut d'abord attirer J'attention sur le fait qu'il s'agit d'une réalité extrêmement importante. Nous ne pouvons pas comprendre le Nouveau Testament si nous n'avons pas en tête le concept d'exaltation, qui est à la source de beaucoup de textes et particulièrement des quatre Évangiles dans la dernière étape de leur rédaction. C'est également une réalité importante pour l'expérience chrétienne d'aujourd'hui. Nous verrons comment "expérience du Christ-ressuscité a été d'une importance fondamentale aussi bien au niveau de la mise en forme des quatre récits évangéliques que de la formation des petites traditions utilisées ensuite par les évangélistes.

     

    Le concept d'exaltation peut nous permettre de comprendre et d'accepter le portrait de Jésus présenté dans les entretiens antérieurs. Ce portrait de Jésus, en effet, a pu soulever quelques questions. À l'écoute d'un Jésus décrit de façon aussi humble et humaine, montent peut-être à notre esprit plusieurs textes d'Évangiles où le Christ apparaît comme majestueux, seigneur, entièrement au contrôle des événements. Ce Jésus est très différent des êtres humains que nous rencontrons et un peu étranger à notre expérience très concrète de la vie humaine.

     

    Le concept d'exaltation peut nous aider à comprendre ce portrait de Jésus qu'on retrouve dans les Évangiles. Si ces derniers nous parlent, bien sûr, de Jésus de Nazareth, ils nous parlent tout autant, sinon plus, du Jésus exalté, c'est-à-dire du Seigneur, du Sauveur, du Messie, du Fils de Dieu. Autrement dit, les évangiles présentent, pour une large part, un portrait de Jésus après que celui-ci a été transposé dans la dimension de Dieu au cours de l'événement résurrection-exaltation.

     

    L'exposé sera divisé de la façon suivante:

    - Distinction entre résurrection et exaltation, à partir du texte de Luc dans Act 2, 32-36.

    - Présentation de Rm 1, 3-4, où Paul distingue le Jésus terrestre du Fils de Dieu exalté.  

    - Puis, dans 1 Co 5, 22-28, nous verrons comment l'exaltation de Jésus l'a rendu responsable d'une tâche à accomplir dans l'histoire.

    - Considérations sur l'importance de l'exaltation pour le portrait de Jésus dans l'Évangile et aussi sur l'importance de ce concept pour la vie chrétienne d'aujourd'hui.

     

    Actes 2. 32-36

     

    En Ac 2, 32-36, Luc nous donne l'essentiel de sa christologie ou de sa façon de comprendre Jésus-ressuscité. " nous fournit également un élément essentiel de sa compréhension de l'Esprit. Dans ce discours prononcé au matin de la Pentecôte, Pierre se fait le porte-parole de la pensée théologique de Luc.

     

    "Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité, nous tous en sommes témoins. Exalté par la droite de Dieu il a donc reçu du Père l'Esprit Saint promis et il l'a répandu, comme vous le voyez et l'entendez" (w. 32-33).

     

    "Exalté à la droite de Dieu" pourrait se traduire ainsi: "élevé à une situation de pouvoir ou de gouvernement par l'agir puissant de Dieu". Luc, dans ces versets, fait une distinction entre la résurrection et l'exaltation. La résurrection c'est la reprise. par Dieu. de Jésus dans la vie. C'est l'appel à une vie nouvelle, dans une toute autre dimension et dans un tout autre mode d'existence que celui que nous expérimentons maintenant.

     

    Une première caractéristique de la vie de Jésus est sa résurrection. Un deuxième aspect est son exaltation. Jésus n'a pas seulement été ressuscité. appelé à une vie nouvelle en vue d'être mis en attente de la fin des temps dans une sorte de vie bienheureuse. Jésus a. bien plus. reçu de son Père une tâche à accomplir. Il a été exalté par la droite de Dieu. Il a été mis dans une situation de gouvernement. Ayant reçu de son Père l'Esprit Saint promis. il a, par le fait même, reçu la capacité d'agir dans l'histoire. En effet, dans la Bible. l'Esprit c'est la capacité de Dieu d'agir dans l'histoire. Jésus a rendu opérante cette capacité d'action, cette puissance du Dieu vivant. Voyons comment cette action s'est manifestée dans l'expérience de la Pentecôte présentée par Luc.

     

    Aux versets que nous venons de présenter, est accolée une petite preuve scripturaire, tirée du psaume 110: .

     

    David, qui n'est certes pas monté au ciel a pourtant dit:

    "Le Seigneur a dit à mon Seigneur: assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie fait de tes adversaires un escabeau sous tes pieds" (w. 34-35).

     

    Puis la conclusion au v. 36:

     

    "Que toute la maison d'Israël le sache avec certitude: Dieu l'a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié."

     

    Ce texte extrêmement important nous aide à comprendre les évangiles quand, à l'intérieur de ceux-ci, on .nomme Jésus Seigneur ou Messie. Comment, en effet, expliquer le fait qu'on parle ainsi de Jésus alors que Luc nous dit dans le texte des Actes que c'est seulement après sa mort que Jésus a été fait Seigneur et Messie?

     

    C'est que, dans la tradition évangélique, tant au niveau de la tradition orale, que de sa mise par écrit par les prédécesseurs des évangélistes, que de l'activité des évangélistes eux-mêmes, on parle du Seigneur-Ressuscité à l'oeuvre dans les communautés chrétiennes.

     

    C'est lui qu'on appelle Seigneur; c'est lui qu'on nomme Messie. Lorsqu'on lit un évangile, il faut toujours se souvenir du fait suivant: celui dont on parle dans ce texte n'est pas seulement l'homme de Nazareth mais il est aussi. et très souvent. celui qui a été fait Seigneur et Messie au-delà de la mort dans l'événement de la résurrection-exaltation. Il est donc possible de présenter un Jésus historique simple et humain, humble et ordinaire, et de comprendre en même temps la présentation qu'en font les évangiles: un Jésus Seigneur et Souverain. C'est que les écrits évangéliques ne parlent pas seulement de l'homme de Nazareth mais aussi et surtout de celui qu'il est devenu après l'événement de la résurrection-exaltation.

     

    "Ce Jésus que vous aviez crucifié, Dieu l'a fait Seigneur et Messie", dit Luc. Messie signifie "oint". En Israël, on avait l'habitude d'oindre le roi au jour de sa consécration royale ou de sa prise en charge du gouvernement. L'évangéliste veut donc nous dire que Jésus est devenu chef suprême du peuple au moment de sa résurrection-exaltation. C'est pourquoi il a droit au titre de Seigneur, appellation utilisée pour s'adresser au chef du gouvernement à l'époque. Ainsi s'explique la distinction entre résurrection et exaltation: la résurrection c'est l'appel de Jésus à une vie nouvelle, l'exaltation c'est l'appel de Jésus à une fonction.

     

    Rm 1.3-4

     

    Un autre texte intéressant pour notre propos se trouve en Rm 1, 3-4. Ces deux versets sont tirés d'une tradition pré-paulinienne, c'est-à-dire que Paul reprend une façon de comprendre Jésus léguée par d'autres. Tout comme nous avons appris notre petit catéchisme, Paul, lui, dans la communauté de Damas, après sa conversion, a appris des choses sur Jésus, sur le Christ-ressuscité. 

               

    Paul reprend donc une vieille tradition en disant ceci: "Jésus est né ou issu de la descendance de David selon la chair" (Bible d'Ost y). D'une façon plus littérale, à partir du texte grec, il est écrit: "( ... ) né de la semence de David selon la chair". Le texte grec utilise même le mot "sperma", "né du sperme de David selon la chair". Le message est que Jésus de Nazareth a été un être humain authentique.

     

    Étant né de la semence de David, Jésus fait donc partie de la famille de David et par le fait même est habilité à recevoir la tâche de Fils de Dieu. "Celui qui était né de la semence de David selon la chair a été établi Fils de Dieu avec puissance à la manière d'agir du Souffle Saint à partir de la résurrection des morts."

     

    Dans ce texte l'expression "Fils de Dieu" a besoin d'être explicitée. Elle n'a certes pas un sens métaphysique. En effet, il faut se rappeler que ce vieux texte, écrit quelques siècles avant les grands dogmes christologiques, ne parlait aucunement du Verbe, Fils de Dieu, deuxième personne de la Trinité. "Établi Fils de Dieu avec puissance, à la manière d'agir de l'Esprit Saint" est une expression qui prend racine dans l'Ancien Testament. Le psaume 2 reproduit une célébration d'intronisation du roi .. Quand un roi recevait officiellement la charge du gouvernement du peuple, un dialogue s'établissait, lors d'une cérémonie, entre le prêtre représentant de Yahvé et le roi couronné. Dans le psaume 2, Yahvé dit ceci: "Moi j'ai sacré mon roi sur Sion ma montagne sainte", et le roi reprend: "je publierai le décret de Yahvé. Il m'a dit, tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré." Au moment où le roi accède à la Royauté, on le présente comme étant Fils de Dieu, c'est-à-dire chargé de gouverner son peuple à la manière de Dieu. Sa façon de gouverner devrait le rendre semblable au Dieu vivant comme un fils ressemble à son père. Sa façon de gouverner devrait découler des caractéristiques du Dieu vivant. "Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré."

     

    En ce sens, le vieux texte utilisé par Paul reprend une compréhension importante de Jésus, qui est tout à fait semblable à celle rencontrée dans les Actes des Apôtres. Jésus est né de la semence de David selon la chair, c'est-à-dire qu'il était dans la bonne famille pour recevoir la tâche de gouvernement et c'est bien la mission qu'il a reçue. "II a été établi Fils de Dieu avec puissance à la manière d'agir de l'Esprit à partir de la résurrection des morts." Le Seigneur et le Messie dont parlait Luc dans les Actes est la même personne que le Fils de Dieu dont on veut parler ici.

     

    Nous avons ici une clé de compréhension importante pour les Évangiles, si nous voulons connaître la signification du titre de Fils de Dieu dans ces écrits. Il nous faut, pour bien comprendre ce titre chez les évangélistes, mettre entre parenthèses notre concept habituel de Fils de Dieu. Fils de Dieu dans les textes du Nouveau Testament ne fait pas référence au Verbe. deuxième personne de la Trinité. titre utilisé dans le langage actuel. Ce n'est pas que nos conceptions soient erronées. C'est simplement que ces textes ont été écrits quelques siècles avant nos formulations modernes. Quand, par exemple, Marc commence son évangile, en disant: "Évangile de Jésus, Messie, Fils de Dieu", il exprime cette compréhension de Jésus que nous venons de présenter.

     

    1 Co 15. 22-28

    Voici maintenant un autre texte: 1 Co 15, 22-28. Nous y retrouvons une élaboration extrêmement importante du concept de Fils, de Seigneur ou de Messie.

     

    "Comme tous meurent en Adam, en Christ, tous recevront la vie; mais chacun à son rang: d'abord les prémices, Christ, puis ceux qui appartiennent au Christ, lors de sa venue; ensuite viendra la fin, quand il remettra la Royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité, toute puissance. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort, car il a tout mis sous ses pieds" (w. 22-27).

     

    Dans ces versets "Christ" et "Messie" désignent une même réalité. "Christ" est simplement une traduction grecque du mot hébraïque désignant le Messie. Selon Paul, Jésus a donc reçu la Royauté au moment de la résurrection, Royauté qu'il remettra à la fin au Dieu et Père. Entre temps, le sens du Règne de Jésus-Christ consiste à lutter contre les ennemis. Et le dernier ennemi à abolir c'est la mort, l'ennemi le plus difficile, le plus traître, le plus universel.

     

    "Mais quand il dira: "tout est soumis", c'est évidemment à l'exclusion de Celui qui lui a tout soumis. Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a tout soumis pour que Dieu soit tout en tous" (vv. 27-28).

     

    Le Dieu vivant ne sera pas soumis à Jésus car il reste toujours le Souverain. Voilà un vieux texte très important et aussi intrigant. Qu'est-ce que Paul veut dire dans ce passage? 1/ nous dit qu'à la résurrection, Jésus a été établi Roi, c'est-à-dire qu'il a reçu une tâche qu'il doit vivre et accomplir dans l'histoire. Et l'histoire aura son terme à la résurrection alors que le Fils ou le Roi posera son dernier geste qui est la résurrection. Alors il pourra se tourner vers Dieu et lui dire: "Mission accomplie, je te rends les armes, je te rends les pouvoirs que tu m'as donnés. J'ai accompli ma tâche."

     

    Cette tâche consiste à lutter contre les principautés, les pouvoirs, les puissances. Dans le monde de pensée de Paul et d'autres auteurs du Nouveau Testament, les pouvoirs en action dans l'histoire avaient un pendant dans le monde spirituel. Les pouvoirs existent également aujourd'hui: pouvoirs de gouvernements, pouvoirs des multinationales, pouvoirs des chefs d'Églises, pouvoirs des parents sur les enfants, pouvoirs des technocrates, pouvoirs des journalistes, pouvoirs des professeurs, pouvoirs de ceux qui se disent détenir la vérité. Cet ensemble de pouvoirs fait que les êtres humains ont la capacité de s'influencer les uns les autres; ils peuvent même aller jusqu'à se détruire les uns les autres.

     

    Un pouvoir peut donc aider à vivre et libérer comme il peut aider à rendre esclave et faire mourir. La tâche du Christ dans l'histoire, c'est de lutter contre une mauvaise utilisation des pouvoirs, de tous les pouvoirs et à tous les niveaux où ils s'exercent. C'est en ce sens que le Christ lutte pour la destruction de ces pouvoirs et en particulier du plus important qui est le pouvoir de la mort elle-même. Le Christ est chargé d'agir dans "histoire en luttant pour la vie et contre la mort. Quand Paul considère Jésus comme Roi, ce terme, pour lui, est équivalent à ceux de Seigneur, Messie, Fils de Dieu. Ce sont Quatre façons de dire exactement la même chose. de couvrir cette réalité très mystérieuse à savoir Que Jésus est cet être humain.' seul capable d'influencer l'histoire en sens inverse en traversant le mur de la mort. Au coeur de la foi chrétienne, "exaltation de Jésus est peut-être plus importante que sa résurrection.

     

    Conclusion

     

    Les croyants ont l'assurance qu'un homme ayant vécu parmi eux et maintenant dans la dimension de Dieu est capable d'influencer le cours de l'histoire, à cause du don de la foi. Jésus fait "analyse de la situation, regarde ce qui se passe, se tient informé. Comme un chrétien, aujourd'hui, il écoute la télévision, la radio, lit les journaux, les romans, va faire un tour dans les discothèques, écoute un disque rock pour connaître ce qui influence et intéresse les jeunes. Jésus cherche à connaître la réalité de "ensemble de l'humanité. Réalité de toutes et chacune des cultures, réalité de tous et chacun des milieux des hommes et des femmes. Par le don de l'Esprit ou la capacité d'agir de Dieu laquelle crée la foi dans les êtres humains. Jésus est capable d'influencer le cours de l'histoire à la suite des gestes posés par les croyants. La foi ce n'est pas seulement une donnée brute surgie de "intérieur et qui s'exprime ensuite en Credo ou en phrases stéréotypées. La foi est plutôt un dynamisme orienté. une poussée vitale Qui invite un être humain à agir dans une certaine direction. Cette orientation vient de l'analyse du réel faite par le Ressuscité. Et la communauté en prend conscience dans la mesure où elle est capable de discerner et de mettre ensemble ces perceptions que les différents croyants se font de la réalité, afin de pouvoir discerner avec plus d'exactitude la véritable orientation que le Christ veut donner à cette communauté, à cette Église dans le monde aujourd'hui.

     

    Quel est donc le sens de l'exaltation pour nous aujourd'hui, au début du vingt et un ième siècle? Le concept d'exaltation est important pour comprendre la rédaction de la dernière étape des quatre Évangiles. Il nous aide à voir par exemple Que dans les Quatre visages de Jésus présentés dans les Évangiles. nous ne devons pas chercher d'abord un visage du Jésus de l'histoire Qui a vécu Quarante ans avant l'évangile de Marc ou soixante-dix ans avant l'évangile de Jean. Nous devons plutôt chercher. dans ce portrait. le visage du Ressuscité-exalté qui parle à une communauté précise. dans un moment de crise. Autrement dit, le "Fils de Dieu" de Marc veut aider une communauté persécutée à garder la foi, à garder courage et à continuer de vivre chrétiennement dans un monde qui est dur. Le "Dieu avec nous" de Matthieu veut exprimer une présence dynamisante du Christ pour une communauté qui se sent secouée parce qu'on /a coupe de sa culture. Matthieu termine ainsi son évangile: "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps." Celui qui est avec la communauté ce n'est pas le Jésus de l'histoire de jadis, c'est le Ressuscité-exalté qui, lui, est capable d'être présent à une communauté.

     

    Le "Sauveur" et le "Seigneur" de Luc c'est celui qui a été fait tel à la résurrection-exaltation comme il est dit dans les Actes. Et le "Christ" ou "Messie", "Fils du Dieu vivant" de la communauté de Jean, c'est celui qui est capable d'aider cette communauté à s'intégrer dans une culture très différente de la culture décrite par les Synoptiques. À preuve la présentation et le langage très différents de l'évangile de Jean.

     

    L'expérience ou le concept d'exaltation nous aide donc à mieux comprendre les Évangiles. Nous pouvons ainsi mieux faire référence à Jésus-Christ, c'est-à-dire comprendre qui est ce Christ ou Seigneur qui agit maintenant. Cette expérience nous aide également à mieux comprendre comment la vie de Jésus de Nazareth (vrai Dieu, vrai homme, comme nous l'apprend notre foi) était une vie simple, une vie humble, une vie ordinaire, la vie d'un homme en tout semblable à nous sauf le péché. En ce sens il ne faut pas projeter sur Jésus de Nazareth l'expérience de la seigneurie qui est venue après son existence historique.

     

    Enfin, le concept d'exaltation est très important pour aider la communauté chrétienne à vivre son cheminement historique. Après la résurrection-exaltation, Jésus devient le Seigneur qui contrôle l'histoire. Quand une communauté chrétienne à travers les âges se pose certaines questions, celles-ci ne peuvent être résolues en faisant simplement référence à la vie historique de Jésus. La question de la place des femmes dans l'Église, par exemple, ne peut pas être posée à Jésus de Nazareth qui vivait dans un contexte différent du nôtre. Est-ce que des femmes suivaient Jésus? Y avait-il des femmes parmi les Douze? Des questions comme celles-là peuvent être posées en se

    situant par rapport à l'époque de Jésus mais elles ne peuvent contribuer directement à résoudre nos problèmes d'aujourd'hui. La réflexion concernant la place de la femme dans l'Église doit se faire en référence au Christ-ressuscité, vivant aujourd'hui. Que pense-t-i1 du monde dans lequel nous vivons? Que pense-t-il de l'Église dans laquelle nous oeuvrons? Que pense-il du futur, dans la société et dans l'Église, des jeunes que nous rencontrons quotidiennement? En ce sens, c'est le Christ, Seigneur, Messie, Fils de Dieu, Roi qu'il nous faut interroger, beaucoup plus que le Jésus de jadis, si nous voulons faire preuve de discernement en ce qui concerne une attitude ou une mesure à prendre. Jésus reste certes important, qu'on se rappelle seulement le thème du Règne de Dieu. Il pourrait d'ailleurs nous arriver aujourd'hui d'être tendancieux et de mal comprendre les paroles du Christ. C'est alors que le Jésus de Nazareth demeure cet homme dans l'histoire en qui le Dieu Vivant s'est révélé pleinement et qui nous sert de test ou de révélateur de la justesse de nos compréhensions. Autrement dit, jamais nous ne pourrions nous construire une image de Dieu qui serait juste si elle allait à l’encontre de cette image de Dieu que Jésus nous a présentée.

     

    Nous avons donc à interroger le Christ et à chercher à le comprendre puis à aller vérifier auprès de Jésus si celui que nous avons compris est bien dans la ligne de ce qu'avait fait et de ce qu'avait dit l'homme de Nazareth. Il est important d'être en perpétuel état de discernement.

     

     

    (Le prochain entretien ou 6e Volet, sera la synthèse des 5 entretiens)

    Cours sur les évangiles ou ressourcement spirituel 6 de 6

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  • RESSOURCEMENT SPIRITUEL

     

    La vie de Jésus, le Christ
     

     Exposé – Synthèse
     

     « Jésus est un homme ... mais il est Dieu »
     


     
    Arrivé dans la région de Césaré de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question: « du dire des gens, qui est le Fils de  l'homme? »

    Ils dirent: « Pour les uns, il est Jean Baptiste; pour d'autres encore, Jérémie ou quelqu'un des prophètes. »

    « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je? » Mt 16, 13-15

     «La source de ces témoignages, c'est Jésus, sa personnalité et son message oral. Jésus a parlé ... Il a agi ... A tous, il annonce en paroles et en actes : Dieu vient vers nous : changez votre cœur et acceptez le message du salut. »

     
     
    Donald Thompson, prêtre Personne-ressource

     
    JÉSUS 
     
    VRAI HOMME - VRAI DIEU

     
     
    Cette dernière rencontre constituera une synthèse. Nous présenterons une clé de lecture des Évangiles, illustrée à partir des paroles de Jésus, tout en gardant toujours en tête cette conception tellement importante du Christ ressuscité-exalté, conception qui est au coeur de la vie chrétienne.


    Un laïc


     
    Jésus était un laïc. Il est important d'avoir en tête cette réalité. Il n'était pas quelqu'un qui faisait partie de la haute société ou qui avait une fonction officielle dans son peuple. C'était un simple laïc, un ouvrier, non pas parmi les plus pauvres cependant, puisqu'il avait un métier. Il n'était pas de ceux qui, comme dans la parabole des ouvriers de la onzième heure, attendaient sur la place publique en espérant être employés par les grands propriétaires. Non, il avait un métier, son établi, sa clientèle, une certaine aisance, sans être riche. C'était quelqu'un de très humble, originaire d'un petit village, Nazareth. Jésus devait expliquer ses origines, comme c'est souvent le cas des gens qui sont nés en dehors des grandes villes. Il y a quelque chose d'humiliant à devoir situer géographiquement un petit village inconnu. Nazareth n'est jamais mentionné ni dans l'Ancien Testament, ni chez Flavius Josèphe, ni dans les écrits rabbiniques. La seule raison pour laquelle on connaît Nazareth aujourd'hui est que Jésus y a vécu. Rappelons-nous cette parole en Jn 1,46: "De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon?"

     Jésus est donc un laïc, un homme ordinaire qui vient d'un petit coin d'une province méprisée, d'un petit peuple qui n'avait pas très bonne réputation dans l'Empire romain.


     
    Un disciple


     
    Jésus, on ne sait trop dans quelles circonstances, entendit parler un jour du fait que Jean-Baptiste avait commencé à prêcher, à parler de Dieu en Judée. C'était un événement extraordinaire car depuis plusieurs siècles il n'était pas apparu de si grand prophète en Israël. Le peuple s'attendait donc à ce qu'un grand prophète se fasse entendre de nouveau.

     Jésus ne pouvait pas rester insensible à un tel événement. Il se rendit donc à une centaine de kilomètres au sud de la Galilée pour entendre Jean-Baptiste. Sensible à la prédication de cet homme qui réveille en lui des intuitions profondes, Jésus est confronté à la voix de Dieu qui vivait en lui depuis longtemps. Les paroles de Jean-Baptiste lui révélaient un visage parlant de Dieu, l'invitaient à accomplir une tâche à laquelle il se préparait plus ou moins consciemment depuis plusieurs années. Jésus est tellement impressionné par Jean qu'il le considère comme le plus grand être humain apparu sur la terre (Mt 11,11). Il manifeste son appréciation en acceptant de se soumettre à l'invitation de Jean de changer de vie; effectivement, il changera de métier et deviendra prophète itinérant. Il ne retournera plus vivre dans son village, car toute son existence sera transformée et aboutira à la passion-résurrection.


     
    Un baptisé
     

     T
    rois versets de l'évangile de Marc sont consacrés au baptême de Jésus, un événement historique dans la vie de l'homme de Nazareth.

     "Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. À l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix: "Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir" (Mc 1,9-11).

     De façon plus littérale, on traduirait la finale ainsi:

     "C'est toi mon Fils le bien-aimé, de toi j'ai été content". Dans les Actes, Luc nous disait que c'est au cours de la résurrection-exaltation que Jésus a été fait Messie et Seigneur. En Rm 1, 3-4, Paul nous a rappelé que Jésus a été fait Fils de Dieu à partir de la résurrection. Ici, un texte rapporte qu'au baptême, l'Esprit se manifeste et une voix descend du ciel qui dit: "C'est toi mon Fils le bien-aimé, de toi j'ai été content." La parole de Dieu considère ici toute la vie de Jésus, tout ce qu'il a fait dans le passé, et exprime la joie de Dieu devant le déroulement de cette vie. C'est une reconnaissance fondamentale, totale de la part de Dieu. Pour comprendre ce texte et l'ensemble des Évangiles, il faut toujours garder en tête les deux aspects de la vie historique de Jésus et de la résurrection-exaltation.

     Quand l'auteur a conçu le texte du baptême, il ne pouvait prévoir qu'un jour Marc utiliserait ce texte pour l'insérer dans un ensemble beaucoup plus large qu'on appelle Évangile. Il ne pouvait soupçonner, non plus, que deux mille ans plus tard, des gens comme nous se poseraient la question suivante: comment un texte qui rapporte un événement du début de la vie de Jésus peut-il présenter celui-ci comme Fils de Dieu, alors que d'autres textes déclarent qu'il a été établi Fils, Seigneur ou Roi à partir de la résurrection?

     Justement, parce que l'Évangile a été rédigé à partir de la tradition orale, il nous faut, à deux milles ans de distance, en reprendre les textes et les resituer dans le temps pour mieux les comprendre. Lors de la première rédaction du texte du baptême, l'auteur fait, pour ainsi dire, une catéchèse à une communauté chrétienne afin de lui donner le sens de l'ensemble de la vie de Jésus. Pour ce faire, il part des débuts de la vie publique de Jésus, soit la rencontre avec Jean-Baptiste. Ce texte veut dire à peu près ceci: "la mission de Jésus a commencé avec l'arrivée de Jean-Baptiste. Jésus a été baptisé par Jean, a vécu sa vie, puis Dieu s'est exprimé sur le sens de cette vie qu'il a reconnue conforme à sa personnalité profonde." Voilà le sens de cette citation:

    "C'est toi mon Fils bien-aimé, de toi j'ai été content." Dieu a tellement été content de la vie de Jésus, du baptême jusqu'à la fin, qu'il l'a ressuscité et exalté, lui confiant ainsi la tâche de continuer sa révélation dans l'histoire.


    Un prophète. un homme d'action. un enseignant


     
    Ce Jésus a donc été baptisé par Jean pour manifester son accord avec l'invitation que ce dernier lui avait lancée. Il est parti sur les routes de Galilée et est devenu prophète du Règne de Dieu. Il a été celui qui, en paroles comme en gestes, a cherché à définir les caractéristiques fondamentales de la personnalité du Dieu vivant, à savoir sa passion pour la liberté, son amour profond pour les pauvres. Témoigner de cette tendance profonde, présente au coeur de Dieu, devient la tâche des croyants du christianisme, l’essentiel de la foi chrétienne.

     Jésus a été prophète par son action avant de l'être par sa parole. Il a parlé, certes, mais ses paroles étaient toujours l'expression de ses gestes. Il est important d'en prendre conscience pour comprendre Jésus, la foi chrétienne et la catéchèse. Jésus n'a pas d'abord été un enseignant, mais un homme d'action. De même, le but de la communauté chrétienne n'est pas d'abord de dispenser des connaissances sur Jésus ou sur le Dieu vivant, mais plutôt d'agir, dans l'histoire, avant d'expliquer le sens de son action. De la même façon, la catéchèse doit être fondée sur la vie; si la parole précède la vie, il peut en résulter des conséquences désastreuses.

     Un laïc qui vient d'un petit coin perdu, rencontre un prophète fascinant qui s'appelle Jean. Il accepte d'être radicalement transformé, change de vocation pour devenir prophète itinérant en Galilée, tel qu'on le voit dans les Évangiles. Il est important de garder, de façon très concrète, la densité de cette vie. Un jour Jésus se plaint que le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. Parcourir un coin de pays, envoyé par le Dieu vivant, sans savoir où on va loger le soir, si on va être accueilli et si on va pouvoir manger, peut être une aventure stimulante à vingt ans, mais plus difficile à trente-cinq ou quarante ans, à l'âge où l'on a besoin d'avoir un toit, une certaine sécurité. Jésus a certainement connu des moments éprouvants.


     
    Un faiseur de miracles


    Cet homme, un jour, s'est découvert un don. Ce fait a dû le surprendre, l'étonner. L'artisan de Nazareth n'était sûrement pas un faiseur de miracles. Mais un jour, au hasard d'une rencontre sans doute, en parlant à un malade, il pose un geste de façon toute naturelle et s'aperçoit que le malade est guéri. Jésus vient de découvrir qu'il avait en lui cette capacité de faire du bien à l'autre. Comme il est dit dans les Actes: "il est passé parmi nous en faisant le bien." Il a été thaumaturge, non pour étonner, pour sa gloire ou sa renommée, mais pour faire du bien, pour donner de l'espérance à des gens qui n'en avaient pas. On trouve donc ici, dans ce don de faiseur de miracles, un autre élément extrêmement important.

     À ce propos arrêtons-nous brièvement à quelques chapitres de l'évangile de Matthieu. Dans les chapitres 5 - 7, se trouve le sermon sur la montagne. Dans ces chapitres, Matthieu veut nous présenter le Messie ou le Prophète de la parole, le nouveau Moïse. Jésus monte sur la montagne, comme Moïse l'avait fait autrefois pour recevoir la révélation de Dieu. Il s'agit donc pour Matthieu de présenter la révélation nouvelle à sa communauté. la communauté de Matthieu vient d'être exclue du Judaïsme et il est important pour l'évangéliste de lui dire qu'elle ne doit pas regretter Moïse, car le nouveau prophète est présent parmi elle. les chapitres 5 - 7 présentent donc le "nouveau Moïse" de la parole. les chapitres 8 - 9 vont présenter le "nouveau Moïse" en gestes dans dix miracles de Jésus qui rappellent les dix plaies d'Égypte.

     Cette réflexion nous donne déjà une clé de lecture des miracles. Quand Matthieu rapporte des récits, raconte des miracles, il ne nous décrit pas factuellement les miracles de Jésus, il ne fait pas à proprement parler de compte-rendu des miracles de Jésus, mais se base sur des récits déjà existants pour nous parler d'abord et avant tout de l'activité du Seigneur qui fait des choses merveilleuses dans sa communauté. Et ce qui est vrai pour Matthieu, l'est également pour ceux qui composaient les récits des miracles dans la tradition orale ou écrite. Jésus a fait des miracles, mais ne les a pas racontés lui-même. les narrateurs ou rédacteurs des miracles ne sont pas d'abord intéressés à parler des actions de l'homme de Nazareth. Ils sont surtout intéressés à parler du Christ-ressuscité qui agit dans leur communauté. "Comme il descendait de la montagne, de grandes foules le suivirent. Voici qu'un lépreux s'approcha et prosterné devant lui, disait: "Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier" (Mt 8,1-2).

     Dans ces versets on parle de Seigneur. Qui est ce Seigneur? Ce n'est certes pas le Jésus de Nazareth de jadis. La communauté chrétienne ne s'adressait pas à Jésus de Nazareth, mais elle se situe devant le Christ-ressuscité en l'appelant "Seigneur". En lisant les chapitres 8 et 9 de Matthieu, il est bon de noter à quelle fréquence on rencontre le titre de Seigneur. Par exemple, aux versets 6 et 7: "Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, atteint de paralysie ... Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit..."

     Au verset 15, la belle-mère de Pierre est guérie. "II lui toucha la main, et la fièvre la quitta; elle se leva et se mit à le servir." En présentant ce trait, Matthieu a probablement en tête le service du Seigneur, les fonctions de diacres ou de diaconesses de l'Église primitive. Matthieu parle également beaucoup de foi dans ses textes. "En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle foi" (v. 10). Le récit du miracle est raconté en gardant présente à l'esprit la foi de la communauté chrétienne. On n'avait pas foi en l'homme de Nazareth. La foi, au sens strict, commence à partir de la résurrection-exaltation. On a foi dans le ressuscité; on avait confiance en un thaumaturge. La foi commence avec Pâques. Quand il est dit: "chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle foi", il ne s'agit pas de la foi qui aurait pu exister au temps de Jésus, mais de la foi qui existe dans la communauté chrétienne. Quand un évangéliste dit: "gens de peu de foi", il n'est pas question de la petite ou de la grande foi des disciples de jadis, mais de la petite ou de la grande foi de la communauté qui lit le récit.

     Nous devons toujours essayer de lire les Évangiles en ayant les deux dimensions de Jésus-Christ en tête. La dimension des événements qui se sont passés au temps de Jésus et la dimension de la foi de la communauté qui lit ou· entend le récit de ces événements.


     
    Un homme


     
    Quand on parle de Jésus en rapport avec la foi chrétienne, il est important d'aborder la question de l'homme de Nazareth et non seulement celle de Jésus, Seigneur, Fils de Dieu, Messie ou Roi. N'est-ce pas le sens de l'affirmation de foi en Jésus, vrai Dieu et vrai homme? L'humanité de Jésus est à prendre au sérieux. Jésus a été un être humain en tout semblable à nous, sauf en ce qui a trait au péché. Il y a des portraits de Jésus qui ne sont que des caricatures, surtout celles qui nous imposent une grille de lecture des Évangiles à partir du fait qu'il était Dieu. Il n'aurait pas vécu les choses à la façon d'un être humain parce qu'il était Dieu. Il nous faut reprendre la question de Jésus en tant qu'homme, la densité de l'homme de Nazareth. Tout être humain est un mystère à ses propres yeux. L'être humain est beaucoup plus complexe qu'on peut le penser. Souvent nous nous identifions en nous nommant, en décrivant notre emploi, en racontant notre vie. Mais il est plus difficile de parler de notre identité profonde, de ce que nous sommes fondamentalement comme être humain, de ce qui nous distingue profondément des autres êtres humains. Nous ne savons pas vraiment qui nous sommes. Le mystère profond de notre être nous apparaît inaccessible. Selon cette dimension fondamentale de notre être, si nous avons une identité, une conscience, c'est parce que nous sommes en dialogue profond avec le Dieu vivant. Mais nous ne pouvons atteindre directement cette dimension, ce lieu de nous-même en dialogue avec le Dieu vivant et où se fait l'emprise de la foi. Nous n'avons pas de contrôle sur ce dialogue; nous ne pouvons pas nous donner la foi. C'est le Seigneur qui, de l'intérieur, nous interpelle, nous dynamise, nous pousse en avant et nous pouvons seulement prendre conscience de ce dynamisme qui nous oriente. Nous le partageons avec d'autres et dirigeons notre vie avec plus ou moins de facilité en découvrant ce dynamisme à mesure que nous avançons. Nous sommes donc un mystère à nos propres yeux. Souvent, notre esprit ou notre conscience de nous-même sont les derniers à apprendre ce qui se passe dans notre vie. Il suffit de penser à l'expérience de l'amour. On peut tomber amoureux et ne pas en prendre immédiatement conscience. Autrement dit, notre être a pris une certaine direction que notre conscience ignore encore. Ces situations sont très courantes dans nos vies d'êtres humains; elles font partie de la nature de l’être humain.

     Il convient donc de regarder Jésus dans cette perspective. Jésus était un mystère à ses propres yeux. La divinité de Jésus doit être située au coeur du "je" humain de Jésus, en une partie de lui-même à laquelle sa conscience d'être humain n'a pas directement accès, pas plus que notre conscience d'être humain n'a accès au noeud vivant où se joue la foi en nous. Jésus a donc eu à prendre conscience de l'emprise de Dieu sur lui, comme nous avons à prendre conscience de l'emprise de la foi sur nous. Autrement dit, notre foi est l'équivalent pour nous de l'expérience de Dieu chez Jésus. De même que la foi nous apparaît très mystérieuse, ainsi sa divinité a dû lui apparaître très mystérieuse. Assurément, il faut partir du fait que Jésus a été un être humain au sens strict. Il ne faut absolument pas projeter chez lui la science de Dieu. Il n'a pas à sa disposition le pouvoir de Dieu, qu'il aurait pu contrôler. Jésus est un être humain interpellé de l’intérieur par le Dieu vivant. De plus, il n'avait pas la chance, comme nous, d'être entouré d'autres croyants semblables à lui qui l’auraient aidé à comprendre et à interpréter sa vie. Les autres, autour de nous, nous aident à saisir l'existence humaine et nous aident aussi à mieux discerner et à mieux vivre.

    Jésus était seul pour apprendre comment vivre quand on est complètement de Dieu. Il ne s'est probablement jamais posé la question de sa divinité. Un grand mystère habite Jésus et le pousse à orienter sa vie dans une certaine direction. Il n'a personne pour l'accompagner et l'aider à discerner les choses extraordinaires qu'il vit. Il n'a personne pour le confirmer dans sa fidélité et lui expliquer le peu d'enthousiasme de son entourage.

     Il est donc un mystère à ses propres yeux, comme c'est le cas de tout être humain. Il a fait l'apprentissage de la vie et de sa croissance comme tout homme. Il a subi l'influence de ses proches, l'influence de Marie, de Joseph, l'influence de sa famille immédiate, de ses amis, de Jean-Baptiste, comme un être humain. Il avait les connaissances d'un Juif du premier siècle. En tout il était semblable à nous, sauf en ce qui a trait au péché.


     
    Un être humain parmi d'autres



     
    Jésus étant un être humain comme tous les êtres humains, avec un caractère et une personnalité, ne pouvait posséder tous les caractères et toutes les personnalités. Il avait donc une façon de réagir bien à lui qui était celle d'un homme prompt, radical; celle d'un homme d'action. Par exemple, Jésus n'a pas été un contemplatif mais un homme d'action. Certes, on le voit prier, aller à la synagogue comme nous allons à l'église le dimanche. Quand il doit prendre une décision importante, il se retire pour réfléchir, comme nous le faisons. Mais la prière n'a pas été chez Jésus un trait dominant qui aurait frappé la communauté à ses débuts. La communauté a plutôt remarqué son sens de la justice, son amour des pauvres, son radicalisme et sa fidélité à son genre de vie. Jésus a prié, mais il n'a pas été un contemplatif. Il a été un homme d'action qui faisait son expérience de Dieu en agissant, en rencontrant des gens et en réfléchissant sur sa vie. C'est un type spirituel qui ne nie aucunement la valeur des autres types spirituels. Mais Jésus ne pouvait cumuler toutes les personnalités sur le plan spirituel. Il avait ses défauts et ses qualités, ses hauts et ses bas, ses difficultés à aimer. Ces affirmations sur Jésus n'ont rien de surprenant, car c'est ainsi que vivent les êtres humains.


     
    Un homme devant Dieu


     
    Jésus subit donc l'influence de ses proches et se situe par rapport à Dieu. Il parle de Dieu, il parle de son Père et va réagir fortement à quelqu'un qui l'appelle: "Bon Maître". Seul Dieu est bon. Parce qu'il est un être humain, Jésus a à se situer par rapport au Dieu vivant. Il est donc important pour comprendre Jésus de faire une distinction entre conscience et être. L'être de Jésus a dû monter lentement à sa conscience. Et nous pouvons saisir ce qu'est la conscience de Jésus en gardant à l'esprit cette nécessaire distinction entre un être humain et Dieu. Parce que Jésus est un être humain, il se situait par rapport à Dieu comme par rapport à une autre personne, une personnalité qui était autre que sa propre personnalité humaine. Il est important d'attribuer à Jésus la nécessaire liberté qui est l'apanage de tout être humain qui a à se faire dans l'histoire. En tout semblable à nous, sauf en ce qui a trait au péché. Il y avait chez Jésus une transparence vis-à-vis du Dieu vivant. Mais il faut laisser à Jésus cette humilité qui l'empêchait de se prévaloir de ce privilège d'être sans péché. La conception du fait que Jésus a été complètement correct aux yeux de Dieu, nous la formons à partir de la foi en l'expérience de Jésus ressuscité. À la résurrection, le Dieu vivant déclare s'être complètement reconnu en Jésus. Mais Jésus lui-même devait se comporter de façon très humble et très simple face au Dieu vivant; et chaque soir il devait se questionner sur la valeur de sa journée et la pertinence de son action: "Ai-je bien fait de m'éloigner de la foule pour aller prier car je devenais impatient?" Il y a toujours ce nécessaire discernement entre les exigences de la vie, les exigences de ceux qui nous entourent et l'exigence de se maintenir à la hauteur de sa tâche. Il y a donc en Jésus une sorte de transparence quotidienne vis-à-vis du Dieu vivant.


     
    La divinité de Jésus et du Dieu de la Bible


     I
    l est donc important de situer la divinité chez Jésus au coeur de l'expérience d'un être humain, et de ne pas projeter sur Jésus ou en Jésus une expérience ou une conception de Dieu qui n'est pas judéo-chrétienne. Nous devons nous méfier de nous-mêmes qui avons parfois tendance à concevoir Dieu de façon païenne. Le Dieu tout-puissant, le Dieu omniscient, le Dieu désincarné n'est pas le Dieu de Jésus. Le Dieu de Jésus est un père qui a des enfants et est tourmenté à la pensée que certains sont malheureux. Il a dans la conscience, si on peut parler ainsi de Dieu, une sorte d'obsession vis-à-vis de ses enfants qui sont malheureux. C'est là le Dieu de Jésus, le Dieu du Règne. Le Dieu en lutte contre les lois qui rendent l'être humain esclave et qui font mal à la vie humaine. Ce Dieu scandaleux est bien le Dieu de la révélation judéo-chrétienne, en guerre contre l'autre Dieu que nous avons tendance à nous fabriquer parce qu'il nous interpelle moins.


     
    Le martyr


     
    Jésus, comme nous le savons, a été fait Seigneur, Roi, Messie au cours de sa résurrection-exaltation. Il a reçu la tâche de revenir oeuvrer dans l'histoire mais a connu, avant cette mission, l'expérience de la mort d'un martyr. Il y a des interprétations erronées de la mort de Jésus qui font tort à l'image de Dieu. Ainsi, celle selon laquelle Dieu aurait voulu faire souffrir son fils et l'aurait lui-même envoyé à la mort. Jésus est mort parce qu'il était un prophète qui a contesté le monde politique, social et religieux de son temps. Ce faisant, il a dérangé des personnes, nuit à des intérêts, apeuré des gens. Il a vécu d'une grande liberté, trop éblouissante aux yeux de certains. Il a défié les puissants, c'est pourquoi on a jugé bon de le faire disparaître. En fait, si Jésus est mort, c'est parce qu'il a été fidèle à introduire dans l'histoire une conception de Dieu difficile à accepter pour les sociétés humaines, qui véhiculent d'autres valeurs. Il a subi le sort de beaucoup de prophètes dignes de ce nom. Il est mort martyr, mort comme quelqu'un qui a été fidèle jusqu'au bout.


     
    Les débuts


     
    Il est diffICile de parler de Jésus sans aborder la question délicate des récits de l'enfance. Voyons le chapitre premier de l’évangile de Luc.

     Un ange dit à Marie: "Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il règnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. Marie dit à l'ange: "Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge?" L'ange lui répondit: "L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu" (Lc 1, 31-35).

     Dans ce texte, nous devons remarquer le vocabulaire: «Fils du Très Haut, Seigneur Dieu» et les verbes au futur: «il règnera, son règne n'aura pas de fin». Dans ce passage très intéressant, il faut reconnaître dans la bouche de l'ange, la théologie de la résurrection-exaltation que Luc reprendra dans les Actes au chapitre deuxième. Autrement dit, range Gabriel dans le récit de l'Annonciation, sous la plume de Luc, annonce ce qui sera réalisé au moment de la résurrection-exaltation. C'est comme si Luc faisait prédire par l'ange dans le récit de l'Annonciation ce qui s'est réalisé après la mort de Jésus. Quand Luc dit: "c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu", il tire la conclusion des événements de la fin de la vie de Jésus et réinterprète la vie de l'homme de Nazareth à la lumière de ces événements. La résurrection-exaltation nous permet de comprendre que la vie de Jésus, depuis le baptême de Jean jusqu'à la fin, a été révélation fidèle du Dieu vivant actif en Jésus.

     Luc, dans son récit de l’enfance, fait un pas de plus et reporte cette réalité au tout début de la vie de Jésus. Luc conclut que l'événement de la résurrection-exaltation permet d'interpréter toute la vie de Jésus, depuis le début, comme étant une vie qui a été entièrement consacrée au Dieu vivant. Pour cette raison, les biblistes s'entendent pour dire que les récits de l'enfance sont parmi les derniers à avoir été rédigés dans les Évangiles. Ils sont porteurs d'une vision théologique, d'une compréhension de Jésus, qui est le fruit de plusieurs décennies de réflexion, d'interprétation, de méditation et de prière sur le sens de la vie de cet homme.

     Il ne s'écrit plus de vie de Jésus depuis plusieurs années, parce que depuis quelques décennies on a pris conscience de la difficulté d'une telle entreprise. Nous n'avons pas assez de données sur la vie de Jésus. Nos connaissances sur Jésus se résument à bien peu. Nous ne pouvons en savoir plus parce que les membres des communautés primitives, tout comme les évangélistes, n'étaient pas intéressés à faire oeuvre d'historiens et à nous parler en termes purement historiques de Jésus de Nazareth. Marc, par exemple, dans son évangile, ne nous décrit ni le physique de Jésus, ni son caractère. Marc ne répond pas à notre curiosité parce qu'il ne connaissait pas ces détails sur Jésus et que les communautés précédentes n'avaient pas été intéressées à les raconter. Ce qui les fascinait. c'était d'abord et avant tout l'activité du Christ au sein de leur communauté.

     Aujourd'hui, nous ne pouvons donc dire que très peu de choses sur les événements de la vie de Jésus ou sur sa psychologie. Ainsi le récit des vendeurs chassés du Temple se trouve à la fin de la vie de Jésus chez les Synoptiques, mais au début de sa vie publique chez Jean. Qui peut dire le moment et les détails de cet événement? Bref, nous ne pouvons plus écrire des vies de Jésus à la façon dont on les écrivait jadis.

     Finalement, la vie de Jésus est une existence historique relue à la lumière de la foi. La foi chrétienne pourrait se résumer ainsi: Dieu a tellement été satisfait de la vie de Jésus de Nazareth, qu'il l'a ressuscité des morts. Il l'a fait Seigneur et lui a donné le pouvoir d'agir dans l'histoire au moyen de son souffle. Jésus accomplit cette tâche de Messie, de Roi, de Seigneur, de Fils de Dieu en réunissant des hommes et des femmes dans des communautés qui sont chargées de le continuer dans l'histoire. La foi n'est pas une théorie ou une pensée philosophique, mais une sorte de dynamisme orienté que des hommes et des femmes ressentent dans leur vie et qui les met en rapport avec l'existence historique d'un homme qui a vécu il y a deux mille ans et qui les oriente dans l'histoire.


     FIN DE CE COURS

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  • L'arbre de la Genèse et la sexualité

     

    Le jardin d'Éden
    Michelange, fresque de la chapelle Sixtine (Vatican)

    Q J'aimerais connaître la signification de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Certains disent que c'est le rapport sexuel. Est-ce vrai ? (Kouame)

    R Si l’on veut comprendre la signification de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », il faut retrouver le texte du livre de la Genèse qui en parle (Gn 2,16-3,8). Il fait partie des grands récits de la Genèse qui racontent – sous la forme de récits mythiques – les origines du monde et de l’homme. C’est un genre littéraire particulier, que l’on retrouve dans d’autres cultures de l’époque (VIe siècle av. J-C), qui offrent au lecteur des réponses aux grandes questions existentielles qui se posent depuis toujours à l’humanité, sous toutes les latitudes : D’où venons-nous? Qui est-ce qui est l’origine du monde qui nous entoure? D’où vient le mal, la difficulté à se comprendre, la violence qui se déchaîne si souvent entre les humains? Pourquoi la relation homme/femme est-elle, certains jours, si difficile à vivre?

         Les grands récits scientifiques d’aujourd’hui ont repris pour une grande part de ces questions et nous fournissent des explications passionnantes sur l’origine du monde et les lents processus qui sont à l’origine de la vie et de la diversité des espèces. Personnellement je fais confiance au scientifique lorsqu’il décrit la lente hominisation de l’homme, mais je reste frappé par son refus d’y voir un sens autre que celui du Hasard et la Nécessité. Quand je lis la Bible, je découvre, au travers des grands récits des origines, une réponse qui éclaire le sens de ma présence au monde, une réponse qui garde une étonnante actualité, pour autant que je les lise avec les instruments que nous possédons aujourd’hui pour décrypter le message que nous adressent ces récits. Celui qui désire approfondir la question, d’un point de vue psychanalytique, peut lire le très beau livre de Marie Balmary : La divine Origine, éditions Grasset 1993. Le regard de cette psychanalyste sur ces vieux récits en montre bien l’étonnante actualité.

         Ceci dit, nous pouvons reprendre la question posée au départ et tenter d’y apporter une réponse la plus claire possible, en procédant par étapes.

    Lorsqu’il crée l’être humain (homme et femme), Dieu le place devant un interdit

         On trouve ce récit au chapitre 2 de la Genèse, dans le deuxième récit de la création. Après avoir façonné l’humain avec la glaise du sol, Dieu met en lui une haleine de vie. Puis, il le place dans « le jardin d’Éden » où il trouvera tout ce qui lui est nécessaire pour vivre. Mais Dieu ajoute une condition à ce bonheur : le respect d’un interdit.

    Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. (Gn 2,16-17)

         Dans la suite immédiate de ce verset donné, notons-le bien, à « l’adam » - qui signifie le glaiseux mâle et femelle - vient un acte nouveau qui crée une situation nouvelle. Lisons la suite du récit :

    Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l'homme, qui s'endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu'il avait tirée de l'homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l'amena à l'homme. Alors celui-ci s'écria : « Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée "femme", car elle fut tirée de l'homme, celle-ci! » (Gn 2,21-23)

         Ce texte met en place divers éléments qui me semblent essentiels dans toute existence humaine. Il ne suffit pas d’être « homme mâle ou femelle », ce qui est le propre de l’existence animale. L’être humain doit naître à son identité propre dans la reconnaissance de son vis-à-vis différent et pourtant semblable. On le découvre dans la première parole humaine. C’est un cri de reconnaissance : « Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée "femme", car elle fut tirée de l'homme, celle-ci! » Le  même et le différent sont au cœur d’un processus de reconnaissance mutuelle. N’est-ce pas, décrit avec un langage très imagé, ce que nous trouvons dans le processus de toute relation amoureuse? C’est bien cette direction qu’indique le verset suivant : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Gn 2,24)

         L’amour n’est pas décrit ici comme un simple processus physiologique, mais bien comme un processus relationnel. De la reconnaissance mutuelle naît une sorte de nouvelle entité, le couple humain dans lequel l’un et l’autre se découvrent à la fois semblables et différents. Ils sont bien deux êtres de relation mais sont appelés – comme une exigence fondamentale de tout amour humain – à ne former qu’une seule chair.

         La question du début rebondit à ce niveau : que vient faire l’interdit donné à l’humain? Pourquoi ne doit-il pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal sous peine de mort? C’est à ce niveau que l’écoute psychanalytique est intéressante. Marie Balmary ne parle pas d’interdit, mais d’« inter-dit » en deux mots. L’inter-dit de manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sous peine de mort, n’est rien d’autre que l’expression imagée d’une loi humaine fondamentale, la loi de relation. L’inter-dit est l’espace nécessaire à la naissance de la parole, ce qui se dit entre deux humains qui vivent une relation de liberté. Pour que soit possible la parole entre eux deux, l’un et l’autre doit respecter l’inter-dit ou l’espace qui rend possible la vie et la liberté de chacun. Manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ou refuser la loi de relation, c’est créer une relation fusionnelle ou favoriser la main mise de l’un sur l’autre. Dans la réalité de la vie du couple humain, c’est le mettre en grave danger de mort. Pour subsister dans la durée, ce dernier doit respecter la loi de relation : ni fusion, ni soumission de l’un à l’autre ou vice-versa. C’est ce que la suite du récit de la Genèse nous suggère toujours de manière aussi imagée.


    Source: www.Interbible.org  


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  • On cite la Bible plus souvent qu’on ne le pense

    La langue française comporte beaucoup d’expressions ayant leur origine
    dans la Bible. On en entend et on en utilise à peu près chaque jour.
    En voici quelques-unes avec des liens hypertextes permettant de les relire
    dans leur contexte biblique*.

    * La traduction de la
     Bible en français courant à laquelle renvoit les liens
    hypertextes ne maintient pas toujours la forme du texte biblique.
    N'hésitez-pas à consulter aussi d'autres traductions.

     

    Samson enlève les portes de Gaza (Jg 16,1-3)
    (gravure : Gustave Doré)

     

      Certaines expressions à connotation biblique sont très connues : être fort comme Samson, dont la force était une énigme (Jg 16,4-21), agir en bon Samaritain, comme celui de la célèbre parabole (Lc 10,30-37), prendre une année sabbatique, en référence au jour de repos obligatoire (Ex 20,9-10) ou faire des jérémiades, du nom du prophète à qui on a longtemps attribué le livre des Lamentations (Lm 1,1ss).

         Beaucoup d’expressions sont évidemment tirées des évangiles, comme s’en laver les mains, en référence à Pilate qui se dissocie de la condamnation de Jésus (Mt 27,24), ou encore pleurer comme une Madeleine, dont le lien avec le personnage n’est pas évident (Lc 7,37-47). Plusieurs sont même tirées de propos attribués à Jésus : beaucoup d’appelés, peu d’élus (Mt 22,14), rendre à César ce qui appartient à César (Mc 12,14-17), jeter la première pierre (Jn 8,7), crier sur les toits (Mt 10,27), ne pas jeter des perles aux cochons (Mt 7,6), la paille et la poutre (Mt 7,3).

         Mais l’origine biblique de beaucoup d’expressions n’est pas toujours connue : qui sème le vent, récolte la tempête (Os 8,7), chaque chose en son temps (Qo 3,1.17), séparer le bon grain de l’ivraie (Mt 13,24-30). Il faut dire que toutes n’ont pas une sonorité biblique : une arme à double tranchant (Pr 5,4), le nombril du monde (Jg 9,37; Ez 38,12),se mordre les lèvres (Pr 16,30), n’avoir que la peau sur les os (Ps 102,4-6), être blanc comme neige (Ps 51,9 et ailleurs).

         Plusieurs expressions sont des citations directes, elles viennent tout droit de la Bible : rien de nouveau sous le soleil (Qo 1,9), deux poids deux mesures (Pr 20,10), pour une bouchée de pain (Pr 28,21). D’autres ne se retrouvent pas telles quelles dans la Bible mais sont plutôt inspirées de passages ou de thèmes bibliques : un paradis terrestre (Gn 2,8), un colosse aux pieds d’argile (Dn 2,31-45), discuter sur le sexe des anges (Mc 12,25), apporter sur un plat d’argent (Mt 14,6-12).

         Adam et Ève, les premiers humains, sont l’objet d’expressions bien connues : être encostume d’Adam, ne connaître ni d’Ève ni d’Adam, ou encore, la fameuse pomme d’Adam. Mais d’autres personnages bibliques ont su inspirer des expressions : vieux comme Mathusalem, le grand-père de Noé mort à 969 ans, dernier personnage biblique à vivre aussi longtemps (Gn 5,27); pauvre comme Job, dont le livre biblique du même nom raconte comment Dieu a éprouvé cet homme intègre; le baiser de Judas, ce geste d’amitié qui cache la trahison (Mc 14,44-46).

         D’autres expressions de la langue française sont issues de la Bible par le biais de la Vulgate, la Bible traduite en latin. Ainsi avoir la tête dure est la traduction latine d’une expression hébraïque qui se traduit littéralement par « avoir la nuque raide » et qui désigne, dans la Bible, celui qui refuse de baisser la tête, c’est-à-dire, de se soumettre. Ainsi, les Israélites qui refusent de mettre leur confiance en Yahvé sont qualifiés par Moïse de « peuple à la nuque raide » (Ex 32,9 et ailleurs).

         Il y aussi des expressions qui sont utilisées dans un sens bien différent de celui qu’il a dans la Bible. Qu’on pense au terme capharnaüm, qui signifie aujourd’hui « endroit en désordre »; on voit difficilement le lien avec la ville mentionnée dans les évangiles et où Jésus a résidé (Mt 4,13-15); peut-être l’expression a-t-elle pris ce sens par rapprochement avec un terme semblable en ancien français (« cafourniau » : « débarras obscur »). Quant au mot holocauste, qui désigne dans la Bible le sacrifice d’un animal brulé en entier sur l’autel en offrande à Dieu (voir Ex 29,18 et ailleurs), son utilisation aujourd’hui pour désigner le massacre de millions de Juifs par les nazis crée un contresens épouvantable. D’ailleurs les Juifs eux-mêmes préfèrent utiliser le terme hébreu « shoah », qui signifie littéralement « catastrophe ».

         Notre vocabulaire aussi comporte des mots qui trouvent leur origine dans la Bible. Le terme sémite, par exemple, tiré du nom d’un personnage biblique, Sem, un des trois fils de Noé, et qui désigne les populations issus du groupe ethno-linguistique dont font parti les Juifs et les Arabes (Gn 10,21-32). L’expression tohu bohu vient aussi de la Bible; on la retrouve même telle quelle en hébreu dans le texte de la Bible, bien qu’elle soit souvent traduite en français par « informe et vide » (Gn 1,2).

         Que notre langue emprunte à la Bible n’est pas si surprenant. La Bible, par le biais du christianisme, a influencé différences facettes de la société occidentale, y compris notre façon de parler.

    Chronique publiée en collaboration avec la Société catholique de la Bible (SOCABI).

    Source www.interbible.org

     

     


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  • « Effata »

     

    « Les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : ' Effata! ' c'est-à-dire : ' Ouvre-toi '.» (Marc 7, 34)Je me souviendrai toujours de cet été-là au camp de vacances. Comme j'étais parmi les plus vieux, on m'avait confié la responsabilité de quelques moniteurs. Et lorsque ceux-ci se présentèrent au camp quelques jours avant les enfants, mon attention fut attirée par une jeune fille qui m'apparaissait crispée et fermée sur elle-même. Je me suis dit : « C'est sûrement la gêne du début ». Et de fait, au bout de quelques jours, cette jeune monitrice semblait très heureuse avec les enfants. Cependant, elle gardait ses distances avec les autres ...    

     

    Vers le milieu de l'été, alors que je parcourais le camp avant d'aller dormir le soir, en passant près de l'ancienne chapelle, j'entends des pleurs. J'avance lentement en me demandant qui j'allais trouver là. C'était justement ma jeune monitrice. Je lui parlai doucement cherchant à savoir ce qui n'allait pas. Elle ne répondit pas. Je ne savais trop que faire. Je lui demandai si elle préférait que je la laisse seule : elle me fit signe que non. Et finalement, au bout d'un bon moment, elle décida d'aller dormir.   

     

    Quelques jours plus tard, alors qu'elle se trouvait en excursion avec ses campeuses, j'allai les visiter. Et alors, elle commença à me parler de ce qui n'allait pas. Et petit à petit, jusqu'à la fin de l'été, elle me raconta un peu de sa vie ... avec ses nombreuses blessures. J'avais l'impression que cette jeune fille ouvrait son cœur pour une des premières fois de sa vie ...   

     

     J'ai gardé contact avec elle. Je suis même allé la visiter à l'hôpital l'été suivant alors qu'elle se faisait traiter pour sa terrible maladie. Et aujourd'hui, elle se prépare à fonder une famille avec un garçon qu'elle aime et avec qui elle réussit à ouvrir son cœur.

     

    LIEN : La plupart d'entre nous avons vécu de ces situations où nous passons d'un « engagement passager » à une « adhésion résolue » avec une personne. Nous avons la joie de constater que par notre présence et notre écoute, cette personne a pu s'ouvrir en nous faisant confiance. Nous sommes alors animés de l'Esprit de Jésus et nous « faisons des miracles ». La foi nous permet de reconnaître la Présence de l'Esprit Saint dans de telles rencontres.

     

    Source : www.interbible.org

     

     


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  • Comment se comportent des chrétiens de confessions différentes face à la Bible ?

    Mon engagement au sein de la Société biblique canadienne* comme membre du Bureau des gouverneurs me permet de côtoyer des délégués d’une grande variété de confessions chrétiennes, de partout au Canada. Ils ont en commun de considérer la Bible comme centrale dans leur vie et leur foi, mais les attitudes et les émotions varient d’un groupe à l’autre.

        

    J’ai connu un évêque anglican qui avait le don fantastique de prier avec la Bible en lien avec les événements de notre vie. Il faisait des rapprochements éclairants entre la Bible et la vie de foi. Il m’a appris que la Bible change la vie.

        

    Je pense aussi à un pentecôtiste, qui représente une culture fonceuse et dynamique. Les pentecôtistes développent la pastorale biblique en explorant des créneaux inattendus.

        

    Les gens de confession baptiste sont des enthousiastes : lorsqu’ils ouvrent la Bible, c’est clair pour eux qu’ils peuvent y rencontrer Dieu. C’est fascinant de voir cette certitude d’un rapport à Dieu sans complexité.

        

    Il y a aussi un journaliste appartenant à une petite église de mouvance évangélique. Il fait des liens avec plein de nouveaux projets de communication, créatifs et actuels. J’admire l’immense respect qu’il manifeste pour le nom de Jésus. Il termine toujours ses lectures bibliques et ses prières par une phrase telle que « en l’honneur du nom très précieux de Jésus ». C’est un choc culturel, à côté des sacres et blasphèmes qui polluent même le langage des médias au Québec!

        

    Lorsque je regarde la tradition catholique, j’ai l’impression que la Bible est noyée ou perdue dans l’immense diversité des familles et des options spirituelles dans lesquelles nous pouvons choisir de nous insérer. Je pense que nous perdons souvent de vue la Bible au milieu de cette diversité, alors qu’elle devrait toutes les fédérer. Du côté des autres confessions chrétiennes, les variétés spirituelles au sein d’une même Église sont parfois moins perceptibles, et la Bible est alors beaucoup plus centrale et visible dans leurs interventions. Ils font vraiment la promotion de la Bible, dans le sens d’un marketing intelligent.

        

    Comme catholiques, nous avons besoin de redécouvrir la place de la Bible dans notre tradition et nos rites. La réforme liturgique de Vatican II a mis en évidence la place centrale de la Bible dans nos célébrations. Nous lisons la Bible à la Table de la Parole (l’ambon), qui devrait être, physiquement parlant, le pendant de la Table du Pain consacré (l’autel). Mais allez voir dans nos églises… le lieu de la Parole est encore trop souvent un petit lutrin banal.


    * La Société biblique canadienne (SBC) est multiconfessionnelle et au service de toutes les Églises chrétiennes qui le désirent. Elle est membre de l’Alliance biblique universelle, qui rassemble toutes les sociétés bibliques dans le monde ayant pour but de traduire et de diffuser la Bible. À la SBC, un volet s’ajoute : celui d’encourager l’usage de la Bible.







    Source : Haute Fidélité, « Comme un livre ouvert », Volume 127, numéro 1, 2009, p. 36.

     

    source: www.interbible.org


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