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    Coup de théâtre, un odéon retrouvé au pied du Mur Occidental


    par Christophe Lafontaine |  17 octobre 2017

    Vestige de l'odéon romain (IIe-IIIe siècle) découvert au pied du Mur Occidental (Photo du 16/10/2017). ©Yonatan Sindel/Flash90

    Des archéologues israéliens ont présenté lundi 16 octobre 2017 un nouveau pan du Mur des Lamentations à Jérusalem récemment mis au jour, ainsi qu'un bâtiment public romain, ressemblant à un petit théâtre. Inédit.


     

    Après deux ans de fouilles, des archéologues israéliens ont présenté lundi leurs dernières trouvailles lors d’une conférence de presse. Ils ont récemment mis à la lumière une partie du Mur Occidental (dit des Lamentations) vieux de 2000 ans. Les archéologues font état de pierres très bien conservées et de grande qualité bien que l'ensemble soit resté sous terre pendant 17 siècles. Ensevelie sous une couche de terre de 8 mètres, dans les tunnels du Mur occidental, cette section du mur est large de 15 mètres et haute de huit mètres. Le Mur des Lamentations est le seul vestige d'un mur de soutènement du deuxième Temple juif détruit par les Romains en l'an 70. Pour mémoire, une autre section du Mur des Lamentations avait été révélée en 2007.

    Lors de ces fouilles, les archéologues de l’Autorité des Antiquités d’Israël (AAI)  sont aussi tombés à leur grande surprise sur les vestiges d’un édifice public romain de forme circulaire. Il aurait été érigé au IIème ou IIIème siècle après J-C près du Mont du Temple (Esplanade des Mosquées pour les musulmans). « Du point de vue de la recherche, c’est une découverte sensationnelle », s’émeuvent les archéologues du site, Joe Uziel, Tehillah Lieberman et Avi Solomon dans un communiqué, alors qu’ils s’attendaient à trouver une rue romaine à la base du mur. C’est la première fois qu’un tel bâtiment public romain est mis au jour au pied du mur dans la vieille ville de Jérusalem. Dans son communiqué, l’Autorité des Antiquités a précisé qu’il n‘était pas possible de déterminer si ce bâtiment était voué à organiser des réunions de l’administration romaine ou servait comme lieu de spectacles. Sa taille « relativement petite » et « son emplacement, sous un espace couvert (…), nous amène à penser qu’il s’agit d’une structure connue dans le monde romain sous le nom d’Odéon », est-il indiqué dans le communiqué. De fait, les chercheurs du site font état d’un espace de 200 places. Une envergure plutôt modeste par rapport aux théâtres romains de Césarée, Beit She'an ou Beit Guvrin. Dans la plupart des cas, de telles structures étaient utilisées pour des représentations acoustiques, comme les structures connues sous le nom de « bouleutérion », l'ancêtre du siège du conseil municipal. Enfoui dans la terre pendant des siècles, ce petit auditorium est situé sous l'Arche de Wilson du nom de Charles Wilson, un archéologue britannique ayant effectué des fouilles au XIXe siècle dans cette partie de la Vieille ville. L’arche - un pont qui reliait l’esplanade du temple d’Hérode à la ville haute - est l'un des éléments restés intacts de l'époque du Second Temple.

    Cependant, même si la destination finale de l’auditorium n’est pas complètement connue, cette découverte confirme des écrits historiques décrivant un théâtre près du Mont du Temple. Les références se retrouvent dans les textes de Flavius Josèphe et dans les écrits de la période qui a suivi la destruction du Second Temple, lorsque Jérusalem est devenue une colonie romaine appelée Ælia Capitolina. Mais l’odéon avait jusque-là échappé aux fouilles de Jérusalem pendant environ 150 ans depuis  l’époque des premières fouilles modernes. Dans les années 1860, l'archéologue britannique Charles Wilson fut le premier à chercher un tel théâtre dans les environs du Mur occidental. « Beaucoup de théories ont été avancées quant à l’emplacement de ces complexes, mais ils étaient sans fondement archéologique jusqu’à cette dernière découverte », explique le communiqué de l’Autorité des Antiquités d’Israël. Inachevé, la construction de l’odéon a probablement été interrompue au moment  d'une révolte des Juifs contre les Romains, la fameuse révolte de Bar Kokhba (vers132-136 après JC). Il s’agissait de la seconde insurrection des juifs de la province de Judée contre l'Empire romain. Des constructions inachevées de cette période ont été d’ailleurs découvertes par le passé lors des fouilles du site archéologique du Cardo.

    Crapauds d’outre-tombe à la lumière du jour

    Ces découvertes seront présentées au public le 18 octobre 2017 lors d’une conférence intitulée « Nouvelles études dans l’archéologie de Jérusalem et sa région » qui se tiendra à l’Université hébraïque. Parmi les récentes fouilles, l'Autorité des Antiquités d'Israël présentera également ses recherches sur les coutumes funéraires durant la période cananéenne suite à la découverte de restes de crapauds retrouvés à Jérusalem dans une tombe datant de 4 000 ans. Dans un communiqué en date du 25 septembre 2017, l'Autorité des antiquités avait en effet indiqué que neuf batraciens décapités avaient été retrouvés dans une jarre bien conservée à l’intérieur d’une tombe datant de la période cananéenne de l'âge du bronze moyen. Selon les deux directeurs de recherche, Shua Kisilevitz et Zohar Turgeman-Yaffe, le fait d’avoir trouvé des tombeaux intentionnellement scellés est un « trésor inestimable » qui permet aux archéologues d’étudier des objets quasiment dans leur état d’origine et de mettre en lumière les coutumes funéraires de l'époque D'après les chercheurs, les squelettes des crapauds retrouvés en contexte sépulcral, feraient partie d'une offrande pour un défunt qui devait les utiliser dans l'au-delà. Ce cas de figure expliquerait pourquoi les crapauds auraient été décapités. Habituellement, pour retirer la peau toxique du crapaud, on lui coupe la tête et les orteils. La présence de ces crapauds d’outre-tombe porterait aussi une valeur apotropaïque – comme c’est le cas dans les civilisations gréco-romaines plus récentes - c’est-à-dire qui conjure le mauvais sort et vise à détourner les influences maléfiques. Il est possible également que le crapaud rappelle la renaissance ; lui qui hiberne au fond d’un terrier pendant l’hiver, puis réapparaît au printemps. Cette interprétation est couramment privilégiée par les auteurs souhaitant expliquer la présence d’amphibiens tétrapodes (grenouilles, crapauds, salamandres) en contexte funéraire.

    Palmiers et buissons de myrtes

    Les fouilles ont débuté en 2014 avant l'expansion du quartier de Manaḥat, près du zoo biblique de Jérusalem. Selon Shua Kisilevitz et Zohar Turgeman-Yaffe, la section du bassin de Nahal Rephaim, où la tombe a été découverte, était autrefois un terrain fertile, en particulier pendant la période cananéenne. Les fouilles ont ainsi permis d’apporter la preuve de la culture de palmiers et de buissons de myrtes, éventuellement dans le cadre de rituels funéraires. Des pollens ont été retrouvés les pots sortis de terre. « Avant que les jarres ne soient installées dans la tombe, elles semblent avoir été en contact avec des plantes qui n'étaient pas originaires de la région, ce qui suggère que ces dernières ont été plantées spécialement pour la réalisation des rituels funéraires », a expliqué le Dr Dafna Langgut de l'institut d’archéologie de Tel-Aviv. De fait, la myrte provenait du nord du pays et les palmiers-dattiers de la vallée du Jourdain. « Au cours de cette période, le palmier dattier symbolise la fertilité et le rajeunissement, ce qui pourrait expliquer pourquoi les anciens cultivent les arbres dans cet environnement, où ils ne poussent pas naturellement » explique Dafna Langgut.

    A noter aussi qu’au cours des dernières années, « des fouilles dans la région ont permis de découvrir deux sites de peuplement, deux temples et plusieurs cimetières, qui donnent un aperçu de la vie de la population locale à cette époque », ont déclaré les chercheurs dans le communiqué.

    source http://www.terrasanta.net/

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  • « Blablabla, blablabla, et patati et patata... »

    Le vin et la musique

    Le vin et la musique (mosaïque antique)

    On trouve de tout dans la Bible, même des syllabes qui ne présentent aucune cohérence. Voici un texte d’Isaïe qui critique les prêtres et prophètes de Jérusalem en les présentant comme des ivrognes incapables de comprendre la parole de Dieu.

    En voici encore que le vin égare, que les boissons fortes font tituber : ce sont les prêtres et les prophètes, égarés par les boissons fortes, désorientés sous l’effet du vin. Les boissons fortes les font tituber, ils s’égarent dans leurs visions, ils s’embrouillent en rendant leurs sentences. Leurs tables sont toutes couvertes de ce qu’ils ont vomi, leurs saletés sont partout. Ils demandent : « À qui cet Ésaïe veut-il faire la leçon et expliquer ses révélations ? À des enfants fraîchement sevrés ? À des bambins qu’on vient d’ôter du sein de leur mère ? Écoutez-le : Blablabla, blablabla, et patati et patata. » Eh bien, c’est dans un langage inintelligible, dans une langue étrangère, que le Seigneur va désormais s’adresser à ce peuple ! Il leur avait pourtant dit : « Ici vous trouverez du répit ; laissez-y se reposer ceux qui sont fatigués. C’est un endroit tranquille. » Mais ils n’ont rien voulu entendre.

    Alors la parole du Seigneur sera pour eux aussi dénuée de sens que « Blablabla, blablabla, et patati et patata. » Finalement ils tomberont à la renverse, se casseront les reins, s’empêtreront les pieds sans pouvoir se dégager. (Is 28, 7-13)

    Déjà, la description assez graphique des prêtres ivres vomissant sur leurs tables est un premier élément insolite. Le vin faisait partie des rituels religieux. L’abus de ce vin empêche les prêtres et les prophètes d’être à l’écoute de la Parole de Dieu énoncée par Isaïe.

    Le deuxième élément qui attire notre curiosité est le « blablabla, blablabla, et patati et patata » qui revient par deux fois. En hébreux, il s’agit de mots dont l’ensemble forme une phrase incohérente. Il est qualifié de langage pour bébé, de langage incompréhensible et de langue étrangère. Ce passage sarcastique rit des prêtres si ivres qu’ils ne réussissent pas à comprendre les mots énoncés par le prophète Isaïe. À leurs oreilles, le message de ce prophète est incompréhensible.

    À la fin du texte, de façon comique, les prêtres ivres tombent à la renverse, se brisent les reins et sont capturés. Ces mots peuvent être reliés à Is 8,15 qui indique que « beaucoup trébucheront, tomberont, se briseront, seront pris au piège et capturés » en évoquant la destruction de Jérusalem par les Babyloniens.

    Ainsi, si ce texte ne dénonce pas le fait d’être ivrogne, il accuse les responsables religieux de Jérusalem qui malgré les avertissements d’Isaïe n’ont pas porté attention à la parole de Dieu. Dans la perspective du prophète, cette faute grave fait partie des raisons qui ont mené à la destruction de Jérusalem et de son Temple.

    Sébastien Doane

    source www.interbible.org

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  • Présentation du livre de Judith : les personnages 3/3

    SargonNabuchodonosor et Holopherne, les antagonistes

    Nabuchodonosor, roi d’Assyrie, est présenté comme l’ennemi archétypique d’Israël. En effet, ce personnage fictif combine à la fois le Nabuchodonosor historique, roi de Babylone qui vainquit le Royaume de Juda en 587 av. J.-C, et le roi des Assyriens [1] qui écrasa le Royaume du Nord, Israël, en 722 av. J.-C. Son général en chef porte un nom perse, Holopherne. Assyriens, Babyloniens et Perses sont ainsi convoqués pour caractériser Nabuchodonosor et son envoyé comme l’Ennemi par excellence, « à la puissance trois », des fils d’Israël.

    Nabuchodonosor est le type même du conquérant, mû uniquement par le désir de gloire et de puissance. Après avoir essuyé un affront, il décide de se venger de « toute la terre » (2,1), lui-même se considérant comme « le Seigneur de toute la terre » (2,5), autrement dit, à l’égal de Dieu. Pour le lecteur du récit, supposé bien connaître les traditions bibliques, Nabuchodosor se présente donc, dès le début du récit, comme un opposant au seul Dieu véritable, maître du ciel et de la terre.

    Holopherne est présenté comme le fidèle exécutant du roi. La répression terrible qu’il fait peser sur les pays conquis ou soumis s’exerce aussi sur le plan religieux (3,8). Malgré la puissance qui est la sienne, il n’est pas un homme sage : il refuse d’écouter un homme de guerre expérimenté qui connaît bien les Judéens et leur dieu, à savoir Achior, tandis qu’il se laisse berner par Judith qui lui raconte des mensonges. Il manque également de prudence en se laissant aller à boire plus que de raison en présence d’une transfuge qu’il ne connaît guère. Puissant, vautré dans un luxe insolent, violent, tyrannique, sûr de lui, porté sur la boisson et dépourvu de sagesse, Holopherne est le type même du potentat perse tel qu’on le trouve dans les romans hellénistiques et dans les écrits bibliques tardifs tels le livre de Daniel ou Esther.

    Achior, le converti

    Ammonite, Achior est membre d’un peuple considéré comme un ennemi notoire d’Israël [2]. Pourtant, très vite, il cesse d’apparaître comme opposant. Son nom crée déjà une brèche : en hébreu, « Achior » peut signifier « mon frère est lumière » ou « mon frère de lumière ».

    À la demande d’Holopherne qui cherche des renseignements sur ce peuple qui ose lui résister, Achior prend la parole et raconte à Holopherne l’histoire d’Israël telle qu’il la conçoit et qui peut se résumer en ces termes : tant qu’Israël ne pèche pas contre son Dieu, celui-ci le soutient. Mais s’il en vient à pécher, Dieu lui retire son soutien et permet qu’il tombe entre les mains de ses ennemis (5,17-18). Ce discours est inacceptable pour Holopherne qui condamne Achior à partager le sort des assiégés : « Qui donc est Dieu hormis Nabuchodonosor ? » (6,2). De fait, c’est avec Achior que se pose explicitement une des questions centrales du récit : Quel est le véritable souverain de la terre ? Remarquons que même au moment de la sentence d’Holopherne, Achior ne revient pas sur ses propos. Contrairement aux habitants de Béthulie qui envisagent de se rendre, même si cela signifie devoir adorer Nabuchodonosor (3,8), Achior le païen est prêt à risquer la mort pour avoir évoqué les hauts faits de Dieu.

    Après la décapitation d’Holopherne et le retour de Judith à Béthulie, Achior demande la circoncision (14,10). Et le récit ajoute qu’il « fut admis dans la maison d’Israël jusqu’à ce jour » (14,10). Cette conversion est loin d’être anodine car la Bible ne raconte guère de conversion de païen.

    Achior se caractérise du début à la fin du récit par son intégrité et sa fermeté qui contrastent avec la foi défaillante des autorités et des habitants de Béthulie. Finalement, non sans ironie, le récit le présente comme le seul véritable modèle du croyant [3] – Judith étant le modèle de la croyante – dont la foi ne fléchit pas dans l’adversité. Cela constitue incontestablement une provocation adressée au lecteur : est-il capable d’accueillir la conversion de l’étranger qui peut être plus méritant que lui ? Sa foi est-elle à la hauteur de celle de cet Ammonite ?

    Judith, l’héroïne

    Judith, l’héroïne qui donne son nom au livre, est de loin le personnage le plus étonnant du récit. Il est vrai que dès son entrée en scène, elle casse tous les clichés : bien que veuve, elle est belle et riche, gouvernant sa maison de manière indépendante. Elle n’a pas eu d’enfant mais ne s’est pas remariée et vit retirée du monde. Cependant, elle est au courant de ce qui se passe dans la ville. Malgré son jeune âge, les anciens de la ville se rendent à son invitation et l’écoutent, y compris quand elle leur reproche leur manque de foi, avant d’annoncer que par son entremise, « le Seigneur visitera Israël » (8,33).

    Avant de se rendre dans le camp ennemi, Judith adresse à Dieu une longue prière. A-t-elle été entendue ? Le récit ne le dit pas car la seule mention de Dieu dans les propos du narrateur se limite au chapitre 4, au moment où l’armée assyrienne se dirige sur Jérusalem et que la population prie ardemment : « Le Seigneur entendit leur voix et regarda leur détresse. » (4,13) Mais cette unique mention n’est pas suivie d’une description de l’agir divin et les habitants de Béthulie n’ont pas la possibilité de savoir si Dieu les a entendus. De son côté, le lecteur sait que Dieu a vu et entendu, mais il ignore ce qu’il va faire…
    Au moment de trancher la tête d’Holopherne endormi, Judith se tourne de nouveau vers Dieu : « ‘‘Fortifie-moi en ce jour, Seigneur Dieu d’Israël.’’ Elle frappa deux fois sur son cou de toute sa vigueur et lui ôta la tête. » (13,7-8) Peut-on prier Dieu pour lui demander assistance dans un plan impliquant la tromperie, qui plus est la tromperie d’un hôte ? Peut-on demander à Dieu l’assistance pour tuer un ennemi endormi ? De nouveau, le récit ne dit pas que Dieu entend. Le lecteur est donc laissé à son propre jugement en ce qui concerne la suite du récit.

    Force est de constater que Judith réussit son entreprise, ce qui relève quasiment du miracle : après avoir coupé seule la tête d’Holopherne en deux coups – un véritable tour de force pour une « faible » femme – c’est sans encombre qu’elle et sa servante parviennent à regagner Béthulie, la tête d’Holopherne dans leur panier à provision.

    Une fois parmi ses concitoyens, Judith leur raconte son équipée, attribuant à Dieu la réussite de son plan (13,11.16). Et le peuple considère, de même, que c’est Dieu qui est à l’œuvre par la main de Judith (13,17). Ozias, une des autorités de Béthulie, bénit Judith en ces termes : « Bénie sois-tu, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre, et béni soit le Seigneur Dieu, lui qui a créé les cieux et la terre, lui qui t’a conduite pour blesser à la tête le chef de nos ennemis » (13,18). De même, après la victoire sur les Assyriens, c’est vers Dieu que monte la louange de Judith, relayée par les hommes et les femmes d’Israël (15,12 – 16,20).

    La fin de Judith n’est comparable à aucune autre et achève de confirmer la lecture que l’héroïne fait des événements : malgré les particularités qui la caractérisent (bien que célèbre, Judith choisit de se retirer dans sa propriété ; malgré de nombreux prétendants, elle ne se remarie pas et reste donc sans descendance) cette fin de vie est présentée, sans ambiguïté, comme celle d’une personne juste (16,23-25).

    Cependant, le récit ne dit pas explicitement si c’est vraiment Dieu qui a guidé la main de Judith. Si l’héroïne elle-même l’affirme, si tout Israël la croit et si le cours du récit tend à montrer que Judith a raison d’agir tel qu’elle le fait, il revient, en dernier recours, au lecteur d’adhérer ou de ne pas adhérer à la lecture croyante des personnages, dans un récit finalement ouvert [4] et destiné à interpeler qui le lit ou l’entend : reconnaîtra-t-il, comme Achior l’étranger, Dieu à l’œuvre dans la succession des faits, le courage, la ruse de Judith et la confession de foi des fils d’Israël ?

    [1] Historiquement, il s’agit de Sargon II (722-705).

    [2] Voir Dt 23,4-7; Jg 3, 12-14 ; 1 S 11, 11 ; 2 S 10, 1-12, 31 ; 1 R 11, 7 ; Jr 49, 1-6 ; Am 1, 13 etc.

    [3] En ce sens, il peut être rapproché du livre de Ruth qui évoque la conversion d’une Moabite et du livre de Jonas qui décrit la conversion de toute la ville de Ninive.

    [4] Sur la caractérisation de Judith comme un « récit ouvert » voir M. BAL, Head Hunting : ‘Judith’ on the Cutting Edge of Knowledge, dans JSOT 63 (1994) 3-34, p. 13-14.

    Catherine Vialle

    source www.interbible.org

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  • Noémi : une leçon de résilience

    Noémi

    Noémi
    Gertrude Crête, SASV
    encres acryliques sur papier, 2000
    (photo © SEBQ) 

    Lire le livre de Ruth

    Partie avec son mari et leurs deux fils pour les Champs de Moab parce que, ironiquement, une famine sévissait dans la « Maison du Pain » (sens du nom Bethléem), Noémi rentre avec sa belle-fille Ruth. Morts, les hommes de la famille! La vie a basculé dans l’amertume pour Noémi au point que son identité en est ébranlée. « Est-ce bien là Noémi? » s’exclament les femmes de Bethléem en la voyant. Elle leur répond de ne plus l’appeler Noémi, « ma douceur »,  mais Mara, l’« amère » (Rt 1,19-21). Et sa plainte en dit long sur sa manière de voir les choses : elle tient Dieu pour responsable de ses malheurs. Elle s’inscrit ainsi dans cette vieille mentalité biblique selon laquelle tout vient de Dieu, le bonheur comme le malheur. Si tout est ainsi fixé par Dieu, aussi bien se laisser aller à une passivité résignée, non?

    La femme dans les coulisses

    Eh bien non! Car la vie continue malgré tout. Et la solidarité des deux femmes permettra de surmonter le malheur. Ruth, fidèle à la mission que porte son nom, « l’amie », se propose d’assurer leur subsistance à toutes deux en partant glaner dans les champs.

    Certes, on s’attend à ce que Ruth prenne une part active au récit dont elle est l’héroïne. Mais on peut se demander si, tout compte fait, Noémi ne serait pas la vraie protagoniste de l’histoire. Tout d’abord, notons comment Ruth elle-même se soumet à son autorité en obéissant à tous ses conseils. Ensuite, même si elle reste cantonnée à la maison, elle infléchit au moment opportun le cours des événements. Car elle sait tirer parti des informations qu’elle détient et suggérer la bonne action au bon moment.

    Le hasard faisant bien les choses − ce qui n’a rien de surprenant dans un conte, ce qu’est le livre de Ruth d’un point de vue littéraire − Ruth va justement glaner dans les champs de Booz [1]. C’est ce que Noémi découvre en questionnant sa bru à son retour des champs. Elle s’empresse aussitôt de l’informer que cet homme est un parent du côté de son défunt mari et qu’il a un droit de rachat sur elles (2,20). Le texte juxtapose en fait ici deux traditions, la loi du rachat (devoir de racheter des parents réduits à l’esclavage par la pauvreté, ou encore leurs biens) et la loi du lévirat (devoir d’épouser la veuve de son frère ou d’un parent proche pour lui assurer une descendance). Noémi encourage donc Ruth à continuer de fréquenter les champs de Booz.

    Et passe la saison de la moisson de l’orge, puis de celle du blé. Il y a urgence à agir, car bientôt les deux femmes seront sans recours.

    Un stratagème audacieux

    Noémi se sent une vraie responsabilité pour sa belle-fille et la veut heureuse (3,1). Elle lui suggère donc un habile stratagème. Booz, comme c’est la coutume, dormira sur l’aire la nuit où l’orge est vannée. Lavée et parfumée, Ruth devra discrètement découvrir ses pieds et se coucher près de lui (3,4). L’idée peut nous sembler bizarre ; il s’agit en fait d’un geste très audacieux et fort compromettant. En effet, dans la Bible, les pieds sont parfois un euphémisme pour les organes génitaux masculins [2]. Le plan de Noémi équivaut en fait à risquer le tout pour le tout. Booz ne se formalise pas de l’initiative de Ruth et ne profite pas non plus de la situation. Il entre plutôt en dialogue avec elle et accepte d’étendre sur elle un pan de son manteau, autrement dit de l’épouser.

    Après quelques rebondissements, Booz prend Ruth pour femme et bientôt elle conçoit et enfante un fils. Les femmes de Bethléem s’adressent une nouvelle fois à Noémi, comme si elle était la première concernée par cet événement. Et en fait, oui, peut-être l’est-elle. En épousant Booz, Ruth a consenti à donner une descendance à ses premiers beaux-parents. Et nommant elles-mêmes l’enfant, les femmes intègrent pleinement cette étrangère dans le peuple d’Israël et en font une ancêtre du grand roi David (4,17.22). Et elles ont bien raison de dire que oui, « il est né un fils à Noémi » (4,17). La résilience et l’intelligence de Noémi ont chassé toute amertume et fait triompher la vie.

    [1] Son nom, qui signifie « en [lui] la force », est également celui de la colonne située à gauche de l’entrée du Temple de Salomon. (1 R 7,21). Le nom peut également s’écrire Boaz.

    [2] Certaines traductions édulcorent un peu le geste en parlant de « dégager une place à ses pieds ».

    Anne-Marie Chapleau

    source www.interbible.org

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  • Historicité et genre littéraire du livre de Judith 2/3

    Livre de Judith

    Le récit | Historicité et genre littératire | Personnages principaux

    Le livre de Judith se présente à la manière d’un livre historique : on y donne des dates précises (1,1.13 ; 3,10, etc.), des lieux tels que Ninive et Ecbatane (1,1), Damas (1,7), Jérusalem (4,2) et il est fait mention de personnages historiques tel Nabuchodonosor. Cependant, pour plusieurs raisons il n’est pas possible de tenir le livre de Judith pour un livre historique. Ainsi Nabuchodonosor est présenté comme le roi de Ninive alors que sa capitale est Babylone. C’est lui qui assiège et vainc Jérusalem en 587 av. J.-C. Il n’a pas pu régner sur Ninive puisque la ville est détruite en 612 av. J-C, soit sept ou huit ans avant qu’il ne devienne roi. À l’époque de Nabuchodonosor, un roi règne sur le Royaume de Juda, un certain Sédécias. Or, l’histoire de Judith semble se dérouler durant la période post-exilique, à une époque où il n’y a plus de roi (4,3.6 ; 5,18-19). Les historiens n’ont retrouvé aucune trace d’un roi des Mèdes nommé Arphaxad et la ville d’Ecbatane a été conquise par Cyrus le Grand en 554 av. J-C et non par Nabuchodonosor. La ville de Béthulie n’est mentionnée nulle part ailleurs dans la Bible et l’on n’en a retrouvé aucune trace, ni dans les écrits anciens, ni parmi les vestiges archéologiques. Notons qu’un des premiers à remettre en question l’historicité de Judith fut Martin Luther qui le considéra comme un poème et une fiction allégorique.

    La plupart des commentateurs voient dans le livre de Judith un écrit à tendance didactique, un roman ou une nouvelle théologique. Autrement dit, son but serait d’enseigner le lecteur ou l’auditoire.

    De nombreuses traditions bibliques y sont reprises et commentées ou librement adaptées : ainsi en est-il du meurtre de Siséra par Yaël en Jg 4,17-24, du combat de David contre Goliath (1 S 17), du viol de Dina par Sichem (Gn 34) ou du récit de l’Exode (Ex 1–15). Le parallèle est particulièrement frappant entre le récit de Judith et le texte de 1 M 7,39-50, où Judas Maccabée, agissant comme Judith au nom du Temple de Jérusalem, met en déroute l’armée ennemie après avoir tué Nikanor dont il tranche la tête qu’il suspend à la vue de tous à l’extérieur de l’enceinte de Jérusalem.

    Par ailleurs, le récit qui met aux prises d’une part, Nabuchodonosor, caractérisé comme l’ennemi archétypique d’Israël et de son Dieu, et d’autre part, Judith, la juive, représentante d’Israël et agissant au nom de Dieu, comporte des traits apocalyptiques. L’ironie y joue également un grand rôle.

    Catherine Vialle

    source http://www.interbible.org/

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  • Quand U2 commente les psaumes

    Psaume 62,2-6.8-9
    22e Dimanche du temps ordinaire (Année A)

    source

    (photo©Wikipédia)

    Saviez-vous que Bono, le chanteur du groupe rock U2, a écrit une introduction au livre des psaumes? Dans celle-ci, il affirme être devenu, dès l’âge de 12 ans, fan de David, celui à qui on attribue la composition de plusieurs psaumes. Pour Bono, David est un personnage plus grand que nature qui a une vie pleine de contradictions. Il était la rock star de l’Ancien Testament. Ses psaumes expriment ses émotions, un peu comme un chanteur qui fait du blues. Bono admire l’honnêteté, l’authenticité et l’audace du psalmiste qui reste en relation avec Dieu, même lorsqu’il est en colère contre lui.

    Quand U2 commente les psaumes - OCQLe psaume (62) proposé par la liturgie de ce dimanche nous aide à mettre des mots sur la recherche de Dieu. « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi... » Au-delà de la beauté de ce verset, il nous rappelle quelque chose de fondamental pour la vie spirituelle : le mouvement. Le psalmiste ne dit pas qu’il a trouvé Dieu. Au contraire, il est en recherche, il a soif. Dès l’aube, il part en quête de lui. Rares sont les liturgies qui s’attardent aux psaumes. Pourtant, comme pour Bono, ces chefs-d’œuvre poétiques et musicaux peuvent nous inspirer aujourd’hui dans notre vie spirituelle. 

    Sébastien Doane
    Bibliste, OCQ

    source http://officedecatechese.qc.ca

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