• « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu? » Jésus leur répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »

    Jean 6, 28-29

                                                             (image ajoutée par OFS Sherbrooke)

    « Que devons-nous faire? » La même question est posée à Jean Baptiste dans l’Évangile selon saint Luc, à trois reprises. Chaque fois, il répond par des recommandations bien terre-à-terre : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même! […] N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. […] Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort; et contentez-vous de votre solde. » (Luc 3,11.13-14)

    Alors que la réponse de Jésus à cette même question est d’ordre assez générale, presque théorique (croire « en celui qu’il a envoyé »), celle du Baptiste est tout ce qu’il y a de plus concret. Elle se situe dans la sphère de l’éthique : faire preuve d’honnêteté et de respect à l’endroit des autres. Les propos de Jean peuvent éclairer, d’une certaine manière, la réponse de Jésus. Si on combine les deux, on peut en déduire que « travailler aux œuvres de Dieu », c’est travailler ses relations avec les autres et, par le fait même, avec le Christ, « celui qu’il [le Père] a envoyé ».

    Et comment travailler sa relation avec le Christ autrement qu’en se montrant attentif aux autres et en leur prêtant secours? « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25,40)

    Jean Grou

    source http://www.interbible.org/

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  • Pour tenter de « dire » l’indicible…

    L’incrédulité de Thomas

    L’incrédulité de Thomas
    Rembrandt, 1634

    Huile sur bois, 51 x 53 cm
    Musée Pushkin, Moscou

    Jésus apparait à ses disciples : Jean 20, 19-31 
    Les lectures : Actes  4, 32-35 ; Psaume 117(118) ; 1 Jean 5, 1-6 
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Les récits d’apparition du Christ ressuscité sont nimbés de mystère et ce, dans nos quatre évangiles ! Comment raconter l’indicible ? Chacun des évangélistes joue l’équilibriste quand il rapporte une expérience au-delà des mots, celle de ces rencontres entre le Ressuscité et les disciples. Il doit à la fois affirmer la réalité de la résurrection de ce Jésus crucifié et traduire l’altérité de sa présence. Les récits oscillent donc entre continuité et nouveauté : ce Jésus Vivant est bien le même, l’homme de Nazareth qu’ils ont suivi, mais sa corporéité et la façon d’entrer en relation avec lui sont désormais radicalement nouvelles !

    Dans ces deux récits d’apparition que nous sert Jean, en ce deuxième dimanche de Pâques, la continuité est bien établie par le fait que le Ressuscité, deux fois plutôt qu’une, montre les plaies guéries de sa crucifixion. « Pas de doute, Thomas ! C’est bien lui, vivant ! » Toutefois, la double mention de la maison verrouillée lors des deux visites de Jésus sous-entend la radicale nouveauté de sa présence aux disciples. Son corps n’étant plus soumis aux lois physiques, il peut venir à sa guise rejoindre les disciples éblouis. La mystérieuse nouvelle corporéité de Jésus après sa résurrection est aussi souvent évoquée par la difficulté qu’ont ses témoins oculaires à le reconnaître d’emblée, comme ce sera le cas de Marie de Magdala dans le récit d’apparition qui précède l’évangile de ce dimanche (Jn 20,15[1].

    Première apparition : de la paix, de la joie, du souffle…

    La veille de sa mort, dans la nuit des confidences de la dernière cène, Jésus avait bien promis à ses disciples le don d’une paix profonde que le monde ne peut donner (Jn 14,27 ; 16,33), de même qu’il leur avait donné l’assurance que leur affliction se changerait en joie lorsqu’ils le reverraient (Jn 16,20.22). Paix et joie ! Voilà que cette double promesse se réalise sous nos yeux lorsque Jésus ressuscité leur apparaît au soir du troisième jour. Il fallait l’événement pascal, sa victoire sur le monde, pour que cela advienne. La première parole du Ressuscité en est donc une de paix et celle-ci est source de joie dans le cœur des disciples.

    Parce qu’elle ouvre une porte d’éternité à l’aventure humaine, la victoire de Jésus sur la mort recrée l’humanité. Aussi, Jésus ressuscité, au soir même de sa résurrection, le premier jour de la semaine [2], pose-t-il un geste créateur rappelant celui qu’avait posé Dieu à la création du premier homme au livre de la Genèse (Gn 2,7[3] : il souffle sur ses disciples le souffle divin, l’Esprit-Saint. Ce souffle, outillera les disciples pour la mission pour laquelle ils sont envoyés, réalisant encore une fois une promesse de Jésus la veille de sa mort, soit celle de l’envoi de l’Esprit Paraclet (Jn 14,16.26 ; 15,26-27 ; 16,7.13-15).

    Seconde apparition : profession de foi et béatitude

    Huit jours plus tard, c’est-à-dire encore un dimanche, une seconde apparition aux disciples et à Thomas. Indéniablement, l’auteur de l’évangile cherche à induire auprès de ses destinataires (sa communauté d’abord et tous les lecteurs futurs de son évangile) l’idée que le jour et le lieu privilégiés de la rencontre du Ressuscité est bien le dimanche à l’occasion de leurs rassemblements liturgiques en mémoire de Lui ! Toute cette seconde apparition a d’ailleurs davantage pour but de parler aux destinataires de l’évangile que de rapporter le vécu des disciples. Thomas nous sera utile parce que l’incrédule devenu croyant devient le prototype de tous les chrétiens à venir qui feront ce même passage à la foi. Si Thomas a dû voir avant de croire, est-il coupable pour autant ? C’est lui qui, dans tout l’évangile de Jean, formule la profession de foi la plus parfaite ! Et de plus, il permet au Ressuscité de formuler la béatitude honorant l’expérience croyante de l’écrasante majorité des disciples jusqu’à la fin des temps, c’est-à-dire ceux qui n’auront pas eu cette chance d’avoir été témoins oculaires de Jésus sorti vivant du tombeau.

    Afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom…

    Voilà les mots de la première conclusion de l’évangile de Jean [4]. Ils sont sûrement ceux qui fermaient l’évangile dans une mouture plus ancienne du texte de Jean. Le ton est personnel, on y entend presque la voix du témoin à la source du quatrième évangile, le disciple que Jésus aimait. Pour lui, tout de la vie de Jésus a valeur de signe et surtout sa mort-résurrection. Aussi, de son propre aveu, a-t-il dû opérer un tri dans ce qu’il a choisi de raconter selon un but bien précis : nous faire croire ! Signe de quoi ? Signe que Jésus est ce Messie promis à Israël, accomplissant les Écritures, bien sûr ! Mais plus profondément, son but est que nous saisissions, comme lui l’a fait en reposant la tête sur la poitrine de Jésus lors de la dernière cène, d’où est Jésus ! Il est de Dieu, il est Dieu fait chair, ce qu’affirmaient d’emblée, au Prologue (Jn 1,1-18), les premiers mots de l’évangile. Et de croire que Jésus est tel, nous fait entrer dans la vie véritable, une vie en plénitude selon les mots de la prière de Jésus, rapportés par Jean : Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. (Jn 17,1)

    [1] Autres occurrences de cette difficulté à reconnaître Jésus : Mt 28,17 ;  Lc 24,16 ; Lc 24,37-43 ; Jn 21,4.

    [2] Dans la première création, au livre de la Genèse (Gn 1,1 -2,4), Dieu crée en six jours et se repose de son œuvre le septième jour. La mention du « premier jour de la semaine » renforce l’idée qu’une nouvelle création commence avec la résurrection du Christ.

    [3] Pour le bibliste familier avec le texte grec de l’Ancien Testament (Septante), le rapprochement entre Gn 2,7 et Jn 20,22 est d’autant plus aisé à observer qu’il s’agit du même verbe grec, conjugué au même temps et à la même personne dans les deux cas.

    [4] L’évangile de Jean comporte un 21e chapitre, qui relate une 4e manifestation du Ressuscité. D’aucuns croient en effet que ce 21e chapitre est un ajout postérieur servant d’épilogue, au terme duquel chapitre, l’évangile sera conclu une seconde fois (Jn 21,24-25).

    Patrice Bergeron

    Source : Le Feuillet biblique, no 2571. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

    source http://www.interbible.org/interBible

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  • L’évangile selon Carey

    John 3:16

    La référence biblique sur le casque de Carey Price

    Le fils médiateur et le jugement : Jean 3, 14-21
    Les lectures : 2 Chroniques 36, 14-16.19-23Psaume 136 (137)Éphésiens 2, 4-10
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    L’extrait de l’Évangile selon Jean proposé par la liturgie de ce dimanche est très important pour Carey Price. En 2016, il a inscrit « John 3:16 » sur son casque pour évoquer ce verset biblique : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle (Jn 3,16). En entrevue, le gardien de but du Canadien de Montréal a dit que c’est le verset biblique le plus important pour lui. En effet, les Églises évangéliques présentent ce verset comme une synthèse de l’ensemble du message biblique. Essayons de mieux le comprendre par un regard sur l’ensemble de ce passage.

    Qui parle?

    Coupé des versets précédents, l’extrait lu dans la liturgie ne révèle pas qui énonce les paroles. Un regard rapide dans l’évangile montre qu’il est situé à la fin du dialogue entre Jésus et Nicodème, un notable juif. Dans cet échange, Jésus parle du royaume de Dieu en termes de naissance en utilisant un mot grec à double sens :« anôthen ». Ceci peut être traduit par « naître à nouveau », ou par « naître d’en haut ». Nicodème interprète ce mot de façon très littérale comme un appel à une nouvelle naissance. Jésus rectifie le tir en affirmant qu’il faut naître d’en haut par l’Esprit/le souffle.

    Curieusement, le dialogue entre ces personnages cesse autour du verset 13 pour laisser place à un monologue au sujet du Fils qui est descendu du ciel, envoyé par le Père pour être élevé afin de sauver le monde. Mais, qui énonce ces paroles? Est-ce que Jésus continue de parler seul jusqu’au verset 21? Dans un tel cas, Nicodème cesse tout à coup d’intervenir et laisse Jésus parler sans l’interrompre. Ce style est pourtant très différent du dialogue qui précède. Une autre option est de voir qu’il s’agit plutôt de la voix du narrateur de l’Évangile qui se permet de continuer l’échange en précisant pour les lecteurs l’identité de Jésus et sa mission selon l’angle particulier qu’il présente par cet évangile.

    La question de l’attribution de ce texte à Jésus ou au narrateur permet de voir que les discours attribués au personnage de Jésus chez Jean sont très proches des commentaires du narrateur de l’Évangile. Ce détail permet de voir que nous n’avons pas accès au verbatim de ce qui s’est passé un jour lors de la rencontre entre Jésus et Nicodème, mais bien d’une réinterprétation de cet évangile par laquelle l’auteur fait parler Jésus comme lui. Le résultat est que contrairement aux autres Évangiles, le personnage de Jésus chez Jean parle beaucoup de lui-même. Et, il le fait en transmettant la théologie propre à cet Évangile.

    Un peu de christologie johannique

    Cet extrait permet de saisir le regard particulier de Jean sur l’identité profonde de Jésus. Il est le Fils de l’homme descendu du ciel (v. 13) qui par la suite, doit être élevé (v. 14). Une image est proposée pour comprendre cette élévation : le serpent que Moïse a élevé au désert. Dans l’Antiquité, le serpent était un symbole de vie éternelle parce que périodiquement, il mut en laissant sa peau morte pour continuer sa vie. Plus précisément, l’épisode du serpent élevé par Moïse évoque une scène du livre des Nombres (21,4-9) où pendant la traversée du désert, plusieurs personnes sont en danger de mort après avoir été mordues par des serpents. La solution offerte par le Seigneur est que Moïse élève un serpent sur une hampe. Quiconque regardait ce serpent avait la vie sauve. L’analogie offerte par cette image est que Jésus lorsqu’il sera élevé sur la croix aura aussi une portée salvifique. Cette analogie met l’accent sur la différence entre la vie offerte par Moïse et son serpent et Jésus. Alors que pour l’épisode de Moïse, il s’agit d’un retour à la santé, pour Jean, le salut offert par l’élévation de Jésus permet une vie éternelle.

    Il y a un lien intrinsèque entre l’identité de Jésus et sa mission. Jésus est l’envoyé du Père qui sera exalté afin d’apporter la vie éternelle. La beauté de ce texte est qu’il enracine la mission de Jésus dans l’amour de Dieu qui envoie Jésus dans le monde par amour.

    Entre l’ombre et la lumière

    L’Évangile selon Jean aime bien offrir des images duelles et antithétiques. Le verset 19 indique que Jésus est la lumière, mais que les hommes ont préféré l’obscurité. Il y a un choix à faire entre l’ombre et la lumière. Du côté de l’ombre se trouvent ceux qui font le mal (v. 20) et craignent d’être démasqués par la lumière. Jésus est du côté de la lumière puisqu’il veut manifester en plein jour l’œuvre de Dieu. L’avantage de cette image duelle est de susciter une réponse de ses lecteurs et lectrices. Nous sommes placés devant le choix entre la lumière qui symbolise la vie éternelle offerte dans la foi en Jésus et l’obscurité qui représente le rejet de l’envoyé du Père. 

    Une synthèse qui en évoque une autre

    Si vous connaissez l’Évangile selon Jean, vous avez peut-être remarqué qu’il y a beaucoup de liens entre ce passage et le prologue. En effet, dès les premières lignes de cet Évangile, des clés sont offertes pour comprendre l’enjeu principal. Le Verbe était avec Dieu (v. 1-3); en lui est la vie (v. 4); cette vie est comme une lumière qui brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas compris (v. 4.7-11); le critère de séparation est de croire ou non en son nom (v. 12). Le narrateur qui transmet l’essentiel de l’évangile dans le prologue revient à la charge au chapitre 3. Il complète le discours de Jésus à Nicodème en redisant autrement ce qui avait déjà été évoqué de façon poétique dans le prologue. Alors que le prologue affirme que le Verbe est la vie, le chapitre 3 révèle que la vie offerte aux personnes qui croient en Jésus est « éternelle ».

    En plus de ce regard vers le début de l’Évangile, l’image de l’élévation du Fils de l’homme permet un regard prospectif vers la suite. Elle anticipe la crucifixion de Jésus qui, pour Jean, n’est fondamentalement pas une forme de torture et d’exécution, mais le lieu où se manifestera l’exaltation du Fils qui est élevé vers son Père.

    Cary Price a bien raison. On peut difficilement dire que ce passage n’est pas une bonne synthèse de l’Évangile. Espérons que la lecture de ce passage lui permette de sauver quelques buts et la saison du Canadien... bien que ce soit, bien entendu, d’un autre ordre que le salut offert en Jésus Christ.

    Sébastien Doane

    Source : Le Feuillet biblique, no 2567. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

    source http://www.interbible.org

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  • Punition divine et excréments

    Fresque du prophète Malachie

    Fresque représentant le prophète Malachie

    Le texte qui suit, du prophète Malachie, utilise une image grossière pour passer un message important. Les prophètes de la Bible ne sont pas très politiquement corrects.

    1 Maintenant, à vous, prêtres, cet avertissement : 2 Si vous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de donner gloire à mon nom, dit le SEIGNEUR de l’univers, je lancerai contre vous la malédiction et maudirai vos bénédictions. – Oui, je les maudis, car aucun de vous ne prend rien à cœur. 3 Me voici, je vais porter la menace contre votre descendance. Je vous jetterai du fumier à la figure, le fumier de vos fêtes ; et on vous enlèvera avec lui. 4 Vous saurez que je vous ai adressé cet avertissement pour que devienne réelle mon alliance avec Lévi, dit le SEIGNEUR de l’univers. 5 Mon alliance avec lui était vie et paix, car je les lui accordais ainsi que la crainte pour qu’il me révère. Devant mon nom, il était frappé de saisissement. 6 Sa bouche donnait un enseignement véridique et nulle imposture ne se trouvait sur ses lèvres. Dans l’intégrité et la droiture, il marchait avec moi, détournant beaucoup d’hommes de la perversion. 7 – En effet, les lèvres du prêtre gardent la connaissance, et de sa bouche on recherche l’instruction, car il est messager du SEIGNEUR de l’univers. 8 Vous, au contraire, vous vous êtes écartés du chemin. Vous en avez fait vaciller beaucoup par votre enseignement. Vous avez détruit l’alliance de Lévi, dit le SEIGNEUR de l’univers. 9 À mon tour, je vous rends méprisables et vils à tout le peuple, dans la mesure où vous ne suivez pas mes voies et où vous faites preuve de partialité dans vos décisions. (Malachie 2, 2-4)

    Une pédagogie de…

    La pédagogie employée par le Seigneur est un peu douteuse. Elle ressemble aux propriétaires de chiens qui, pour leur apprendre la propreté, les forcent à mettre leur museau dans leurs excréments. Cette stratégie utilise une intimidation, une humiliation et une vulgarité qui ne correspondent pas à l’image habituelle du Dieu de la Bible.

    Des prêtres de…

    Ce passage du livre de Malachie vise les prêtres israélites de façon assez directe. Il oppose les prêtres de son époque à la figure de Lévi, reconnu comme le fondateur de la caste sacerdotale. L’Alliance entre le Seigneur et Lévi était marquée par la paix et la vie (Malachie2,5). L’enseignement de ce dernier était intègre. Malheureusement, certains de ses successeurs se sont écartés du Seigneur et entraînent le peuple loin du droit chemin. 
    Comme signe de malédiction, le Seigneur lance des excréments d’animaux au visage des prêtres. Le contraste entre la pureté rituelle demandée aux prêtres et ce fumier est très fort. Et le Seigneur n’utilise pas n’importe quels excréments pour les souiller. Il prend le fumier des animaux, ceux-là mêmes que les prêtres lui offrent en sacrifice. Ce détail n’est pas qu’insolite. Les prophètes comme Malachie ont des paroles très dures à propos des sacrifices offerts au Seigneur. Aux yeux des prophètes, ces sacrifices étaient complètement inutiles si l’on ignorait la pratique du droit et de la justice : « Car c’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes » (Osée 6,6). Jésus reprendra ces paroles vibrantes d’Osée contre les sacrifices, en Matthieu 9,13. Les quatre évangiles racontent aussi que Jésus a contesté fortement les pratiques du Temple, le cœur du système sacrificiel. Ce geste mènera à sa condamnation et à son exécution par les autorités religieuses et les politiques de son temps.

    Les prêtres d’aujourd’hui

    Il serait un peu simple de prendre ce texte pour lancer de la bouse au visage des prêtres d’aujourd’hui. Il y a d’ailleurs une rupture entre les prêtres de l’Ancien Testament et les prêtres de l’Église actuelle. Les ministres de l’Église, que l’on appelle maintenant « prêtres », étaient d’abord désignés par le nom de « presbytres » (anciens), dans le Nouveau Testament. Ces responsables n’offraient pas de sacrifices comme les prêtres juifs. Le terme « prêtre » en français, vient du mot « presbytre » qui s’est déformé en passant par le latin. N’exerçant pas les mêmes fonctions, les prêtres chrétiens n’ont donc aucun lien avec les prêtres juifs.

    Cela dit, je crois qu’il y a une grande réflexion à faire sur la façon dont les responsabilités sont partagées en Église. Ce texte du prophète Malachie peut interpeler l’Église et l’inviter à relever d’énormes défis pour réaliser sa mission aujourd’hui. « Vous vous êtes écartés du chemin. Vous en avez fait vaciller beaucoup par votre enseignement » (Malachie 2,8). Quel est le résultat de l’enseignement des prêtres actuels? Est-ce qu’il cause le scandale, l’exclusion, ou l’indifférence?

    La crise actuelle de l’Église catholique, au Québec, peut peut-être se transformer en une occasion favorable. Si l’Église est le peuple de Dieu, c’est à chacun et chacune de s’engager pour la transformer de l’intérieur et permettre un renouveau. Espérons que les interpellations du Seigneur, transmises par Malachie, nous réveilleront.

    Extrait de : Sébastien Doane, Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible,Montréal, Novalis, 2015.

    Sébastien Doane

    source http://www.interbible.org/interBible

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  • COLLABORATION SPÉCIALE: Jean Grou, rédacteur en chef de Prions en Église

    Le mardi 13 février dernier, j’assistais à la soutenance d’une thèse de doctorat à l’Université Laval. Son titre? Analyse de la réponse du lecteur au récit des origines de Jésus en Mt 1 – 2. Son signataire? Sébastien Doane, auteur pour les Éditions Novalis et collaborateur régulier de Prions en Église. En plus d’être aussi chroniqueur à l’émission Plus on est de fous, plus on lit, à Ici Radio-Canada Première, il vient d’être engagé comme professeur d’Écritures saintes à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.

    Pour toute personne arrivée au bout du parcours de la recherche et de la rédaction d’un doctorat, soutenir sa thèse devant un jury et des membres de son entourage est toujours un moment stressant, pour ne pas dire éprouvant. Sébastien Doane s’en est tiré avec brio, répondant aux questions des examinateurs avec éloquence et précision. Ces derniers n’ont d’ailleurs mis que quelques minutes à délibérer avant de rendre leur décision unanime et féliciter le nouveau docteur. Celui-ci était visiblement soulagé et ravi.

    Comme son titre l’indique, la thèse porte sur les deux premiers chapitres de l’Évangile selon Matthieu, que l’on appelle parfois «le récit de l’enfance de Jésus». Ses épisodes nous sont si familiers que nous pouvons avoir l’impression de les connaître par cœur : Marie enceinte avant d’avoir «connu» Joseph, le songe de ce dernier et sa décision d’accueillir l’enfant chez lui, la visite des mages, la fuite en Égypte, le massacre des petits innocents de Bethléem, le retour de la famille de Jésus en terre d’Israël et son installation à Nazareth. Je n’ai pas encore lu la thèse de Sébastien, mais il laissait entendre dans sa présentation qu’il a découvert dans ces textes archi-connus des éléments insoupçonnés, étonnants et même subversifs.

    Le doctorant a procédé à un examen en détail des deux premiers chapitres de Matthieu selon une méthode relativement récente dans le domaine des études bibliques appelée «analyse de la réponse du lecteur». Elle consiste à se demander comment le texte «agit» sur la personne qui le lit, quels effets provoque-t-il chez elle? L’auteur s’est attardé particulièrement à ce qu’il considère comme des «éléments ambigus». Ainsi, le nom de cinq femmes apparaît dans la généalogie de Jésus, alors que ce type d’écrits dans la Bible n’énumère habituellement que des hommes. De plus, le nombre des générations mentionné au verset 17 ne concorde pas avec la liste d’engendrements dans les versets 1 à 16. Aussi, en quoi Joseph peut-il être qualifié de «juste»? Ce n’est pas si évident quand on y regarde bien. Et puis, comment un astre peut-il indiquer précisément un lieu? Sans compter que le rapprochement qu’on fait habituellement entre cet astre et Nombres 24, 17 pose certaines difficultés… Mentionnons finalement la référence à une citation des Écritures (Matthieu 2, 23: «Il sera appelé Nazaréen»)… qui n’apparaît nulle part dans l’Ancien Testament!

    Contrairement à ce qu’une recherche exégétique plus traditionnelle ferait, la thèse ne cherche pas à retracer les intentions de l’auteur (ce qui demeurera toujours hypothétique), mais en quoi ces éléments «étranges» agissent sur le lecteur. Pour ce faire, Sébastien s’est lui-même prêté au jeu en relevant ses propres réactions, bien ancré dans tout ce qu’il est, avec ses présupposés, sa culture, sa condition masculine, sa paternité, sans prétention aucune à l’objectivité pure. L’intérêt de sa démarche est d’inscrire le lecteur ou la lectrice dans l’acte interprétatif du texte. Comme le signale le résumé de sa thèse : «En tablant sur les effets produits par le texte, il appert que dès les premiers versets, l’Évangile selon Matthieu cherche à dérouter ses lecteurs pour le préparer à lire un récit déconcertant.»

    Déconcertant, en effet, en raison de son message central dont nous avons peut-être perdu le caractère inouï, improbable et renversant: Christ est ressuscité.

    Image: the knitted Bible, Kate (2013)

    source  http://www.carnetsduparvis.ca/

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