• La force joyeuse du témoignage

    Voici l’agneau de Dieu

    Voici l’agneau de Dieu
    Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin
    Huile sur toile

    Jean, témoin de la lumière : Jean 1, 6-8.19-28
    Les lectures : Isaïe 61, 1-2a.10-11 ; Luc 1, 46-50.53-541 Thessaloniciens 5, 16-24
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Les premiers mots de la messe nous invitent à nous réjouir. Est-ce un automatisme imposé par le calendrier liturgique? Si c’est le cas, nous avons raison d’être un peu mal à l’aise devant cette joie factice. Le commerce s’appuie d’ailleurs sur une ambiance artificielle pour mousser les affaires… Heureusement, dans l’univers de la liturgie, cette attitude repose sur du solide. Les lectures bibliques du jour fournissent matière à réjouissance. La première lecture, le cantique évangélique et la deuxième lecture contribuent fortement à soulever l’espérance des auditeurs et des auditrices.

    Par contre, un premier survol de l’évangile nous laisse perplexes. Jésus n’y est même pas nommé! Les projecteurs sont tournés vers Jean Baptiste. Il affirme ne pas être le numéro un! Dans notre monde friand de vedettes, cette humilité semble farfelue. À l’ère de Facebook, chaque personne se présente sous son jour le plus éclatant. Qui s’intéresse aujourd’hui aux personnages de seconde zone, aux numéros deux, aux joueurs de second plan?

    Quelle joie dans l’évangile?

    L’évangile de ce dimanche inclut deux parties de style différent. On accole quelques versets du prologue du quatrième évangile concernant Jean le Baptiseur à la description de son témoignage. Ce témoignage adressé aux envoyés des responsables de la Ville sainte de Jérusalem induit le climat dramatique du long procès subi plus tard par Jésus.

    Jean affirme clairement qu’il n’est ni le Messie, ni le prophète des derniers temps (Élie), ni le prophète comparable à Moïse dont bien des croyants juifs rêvaient. Dans la dynamique sociale de la société méditerranéenne, le témoin manifeste l’honneur dévolu à un personnage bienfaisant. Tel est le rôle tenu par le personnage central de l’évangile aujourd’hui, un certain Jean. Son nom évoque le caractère définitif des interventions divines dont il est témoin. En effet, Jean signifie, en hébreu : Dieu a fait grâce, Dieu a donné son don.

    De prime abord, cette description par la négative (« Je ne suis pas... ») semble de peu d’intérêt au moment où les listes « à faire » de nos agendas débordent d’urgences. Et pourtant, cette approche ressemble à ce que nous pouvons faire de mieux, comme croyants, pour traduire notre foi dans l’ambiance survoltée des jours qui nous séparent de Noël. Par un curieux retournement de situation, au cœur des préparatifs de cette fête (qui nous appartient!), nous sommes invités à témoigner sobrement de sa nature profonde. Noël n’a aucun sens en dehors de celui qui mérite notre témoignage : Jésus, Fils de Dieu, porteur d’une espérance profonde.

    Notre témoignage discret, la force de Dieu (...)

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  • Fondements du baptême et récits de migration

    Boat People

    Boat People
    Calligraphie de Thuyen Nhan, 2009
    (photo : Wikipedia)

    Dans le Nouveau Testament, nous trouvons deux textes qui jettent les bases doctrinales du baptême chrétien en se référant à des récits de l’Ancien Testament. Ces deux récits ont en commun également de relater des expériences migratoires. Pourtant, les sacrements ne sont-ils pas propres au christianisme? Pourquoi aller chercher des références dans l’Ancien Testament? En fait, les rédacteurs des différents livres composant le Nouveau Testament ne possédaient pas ce corpus scripturaire pour penser leur foi. Tout ce qu’ils avaient pour penser doctrinalement la foi chrétienne se trouvait essentiellement dans les textes hérités du judaïsme.

    Noé dans la première lettre de Pierre

    Le récit sur Noé est utilisé comme référence pour expliquer le baptême chrétien en 1 Pierre3, 20-21. L’auteur y dit : « Aux jours où Noé construisait l’arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes, furent sauvés par l’eau. C’était l’image du baptême qui vous sauve maintenant ». L’arche au milieu du déluge y est présentée comme une préfiguration du baptême en Christ. L’expérience de Noé face au déluge est dans son essence une expérience migratoire. Une fois le cataclysme annoncé, Noé doit partir. Le patriarche est le prototype du réfugié climatique, celui qui voit la terre qu’il habite inondée, disparaître sous les flots à cause du péché des êtres humains. Aujourd’hui aussi, des milliers d’insulaires font face à cette possibilité de voir leurs îles submergées sous les océans à cause du péché des humains qui méprisent la Terre et l’exploitent sans le moindre remords dans le but de faire du profit afin de s’enrichir. Noé doit migrer, sans pouvoir même rêver de retourner à sa terre d’origine un jour. Elle est perdue à jamais. Mais, en migrant vers un ailleurs, Noé est aussi appelé à participer à l’édification d’une terre nouvelle, en se l’appropriant.     

    Moïse dans la première lettre aux Corinthiens

    C’est dans 1 Corinthiens 10,1-2 que l’on fait référence au baptême « en Moïse » : « Nos pères étaient tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer et tous furent baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer. » Cette fois-ci, ce sont les eaux de la mer Rouge qui préfigurent le baptême. Ici encore le baptême libère du péché, celui d’Égypte. Le péché ici c’est l’oppression du peuple d’Israël. C’est par un mouvement migratoire – encore une fois – que l’on cherche à se libérer. Le peuple de Dieu part du pays où il vit en esclavage et va vers une terre où il aura à construire « un monde nouveau ». La terre qui les attend est pleine de promesses, mais aussi remplie de défis. Ils sont en proie à abandonner leur Dieu, Yahvé, pour vouer un culte aux divinités de l’endroit et se plonger dans l’idolâtrie. Des gens habitent la terre qui les accueillera, devront-ils les combattre? Devront-ils s’assimiler à leurs coutumes même si cela allait jusqu’à abandonner leur propre culture? De nos jours, ceux qui fuient une terre parce qu’ils y sont opprimés en vivant une quelconque forme d’esclavage ou parce qu’ils y sont victimes de la guerre font face aux mêmes défis que Moïse et les siens. Eux aussi, au cours de leur processus migratoire en viennent parfois à se demander s’ils ont bien fait de partir, au point de se dire que ce qu’ils vivent ou ce qu’ils vivront au fil d’arrivé serait peut-être pire que les mauvaises conditions de vie qu’ils ont laissées. Dans le baptême reçu en « passant à travers mer », c’est une promesse d’une vie nouvelle, d’un avenir meilleur qu’ils ont reçu. N’en est-il pas de même en ce qui concerne le baptême reçu par les chrétiens?

    Mourir à l’ancienne vie et naître de nouveau, tel est le baptême, tel est la migration 

    Le baptême est en réalité un processus de migration, il appelle à une nouvelle vie, à une vie renouvelée. Nous laissons une vie de « mort », là où le péché dans toute sa portée sociale règne, pour oser espérer en une vie meilleure. La terre qui attend l’immigrant n’est pas sans défis, tout comme ce fut le cas pour Noé et Moïse et les élus qu’ils guidaient vers cette terre d’espérance, cette terre promise. Les déceptions furent nombreuses, mais le baptême dont parlent les textes auxquels nous nous référons scelle la promesse d’une vie renouvelée.

    Aujourd’hui, ceux qui migrent sont dans leur processus migratoire baptisé en Christ. C’est du moins de cette manière que les chrétiens devraient les percevoir. Les élus, guidés jadis par Noé et Moïse, le sont maintenant par Jésus-Christ. Qu’ils soient chrétiens ou non, c’est Lui qui les guide. Il les a guidés dans les boat people. Il les guide aussi dans les radeaux de fortune sur lesquels ils tentent la traversée de la Méditerranée. Lorsqu’ils arrivent aux frontières du pays d’accueil et qu’on entend par leur présence l’écho de Jésus disant : « J’étais un étranger et vous m’avez recueilli. » (Mt 25,35) Ils ne font qu’un avec Jésus Christ.

    Martin Bellerose

    source www.interbible.org

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    Tibériade et ses richesses

    Vue de Tibériade

    Vue de Tibériade et du lac (photo : Wikipedia)

    Aujourd’hui, ville balnéaire de première importance en Israël, Tibériade a toujours joui des faveurs de ceux qui en ont fait leur lieu de résidence. L’actuelle Tibériade occupe l’espace (et en déborde) où se trouvait la Tibériade de l’époque des Croisés. La plus ancienne Tibériade, celle des époques romaine et byzantine, était plus au Sud, en bordure du lac de Tibériade, dans la région des eaux sulfureuses de Hammath Tibériade.

    Le mot Tibériade n’apparaît dans la Bible qu’en Jean 6,1.2321,1, pour désigner le lac de Tibériade. Cependant, cette ville fondée par Hérode Antipas en l’an 18 pour servir de capitale est très importante pour le judaïsme antique.

    La richesse de Tibériade

    Nous devons beaucoup aux écrits de Flavius Josèphe, particulièrement à son ouvrage La vie des Juifs, pour nous aider à nous faire une idée de la vie qui régnait à Tibériade durant ses années de gloire. Les descriptions de Flavius regorgent de qualificatifs et de superlatifs. Il parle d’énormes édifices, dont une synagogue capable d’accueillir une foule nombreuse, de palais magnifiques en partie décorés d’or. Ces descriptions témoignent de l’importance qu’avait la ville aux yeux des autorités et des classes nanties. Si les juifs ont hésité à s’installer au départ dans cette ville construite sur des tombes, cette même prospérité ne s’est pas démentie au cours des siècles suivants, si l’on en croit divers témoignages qui, à l’époque byzantine, signalent la présence de palais royaux, de conseil municipal (boulè), de marchés publics, de stade (pouvant accueillir jusqu’à 30 000 personnes), de bains et de tombes richement décorées. La présence des sources d’eau chaude dans la région a possiblement contribué à cette prospérité, les anciens (comme certains modernes) attribuant des propriétés curatives à ces eaux thermales. On venait s’y faire soigner en profitant d’un climat idéal, de type méditerranéen.

    Depuis plusieurs années, on a entrepris des fouilles de sauvetage au cours desquelles on a découvert ces diverses composantes de la ville ancienne. Plusieurs de ces découvertes ne sont plus visibles aujourd’hui, le développement immobilier de la nouvelle Tibériade ayant remplacé ces « vieilleries » par des hôtels luxueux ultramodernes. D’autres ont été sauvées par la conservation des espaces constitués en parc. 

    Croquis de la porte sud

    Croquis de la porte sud (image : BibleWalks)

    La porte sud de la ville de Tibériade

    C’est au cours des années 1973-1974 que l’équipe d’archéologues dirigée par G. Foester a mis au jour une impressionnante construction à Tibériade. Il s’agit de la porte de la ville d’où partait le cardo (rue principale à colonnades), ce dernier séparant la ville en deux parties dans l’axe sud-nord.

    La porte est construite avec le matériau le plus commun dans la région, le basalte. Les pierres sont bien taillées et bien agencées entre elles, témoignage d’un souci d’élégance et d’une volonté de présenter une architecture de qualité. En voyant la porte, on devait s’attendre à trouver, en entrant, une ville prospère et riche.

    Deux tours rondes, ayant chacune 7 m de diamètre, occupant la face sud de la porte, flanquaient cette dernière de chaque côté. Le bas de ces tours et de la porte était travaillé et sculpté en forme de plinthes, offrant un motif décoratif très classique. Du côté nord de la porte, dans le mur des tours carrées, juste avant de sortir de la ville, deux niches (demi-cercle) devaient possiblement recevoir des statues. Une série de colonnes, situées de part et d’autre de l’entrée, amorçait la ligne du cardo qui se continuait dans la ville.

    Le sol de la porte est composé de pierres plates déposées d’abord parallèlement dans la première section puis, une fois passée la deuxième chambre, elles sont disposées à l’oblique, comme c’était la coutume dans la construction des routes de l’empire romain (technique qui donne une meilleure prise aux chevaux). Ces caractéristiques, et les indices stratigraphiques permettent de proposer que cette porte date des premières années de la fondation de la ville, ce qui correspondrait bien aux ambitions d’Antipas de faire de Tibériade sa capitale. Comme aucun mur de cette période n’a encore été retrouvé, il est possible que la porte servît uniquement d’entrée monumentale, une sorte de porte de triomphe à la gloire des autorités romaines. Cependant, des textes talmudiques font allusion aux fortifications de la ville. Peut-être trouvera-t-on un jour d’autres indices qui permettront de résoudre cette énigme.

    Tibériade

    (photo : BibleWalks)

    Il faut imaginer toute cette construction de basalte (à l’exception du pavé) recouverte de plâtre et sans doute décorée de motifs peints imitant le marbre. Cette porte devait dégager une impression de richesse et de grandeur assez exceptionnelles. Il est difficile de dire jusqu’à quelle hauteur les tours s’élevaient, mais l’épaisseur des murs laisse entendre qu’elles devaient faire plusieurs mètres. À la voir de loin, et en la franchissant, on se faisait déjà une idée de ce qui pouvait nous attendre à l’intérieur de la ville.

    Dans une région où l’on trouve principalement des petits villages de pêcheurs et d’ouvriers qui gagnaient leur pain à la sueur de leur front, on ne s’étonnera pas que l’évangile ne parle jamais des habitants de Tibériade. Ils ne devaient pas faire partie des auditeurs du message de celui qui prêchait « bienheureux les pauvres... »

    Tibériade et ses richesses - InterBible 

     

    Source http://www.interbible.org

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  • Tenir une lampe allumée

    La parabole des dix vierges

     La parabole des dix vierges
     Phoebe Anna Traquair (1852-1936)
     Église Mansfield Traquair, Édimbourg
     (Stephen C. Dickson / Wikipedia)

    Les lectures : Les dix jeunes filles : Matthieu 25, 1-13
    Les lectures : Sagesse 6, 12-16 ; Psaume 62 (63) ; 1 Thessaloniciens 4, 13-18.
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Le lecteur qui n'approfondirait cet évangile n'y verrait qu'un appel à la vigilance énoncé dans le dernier verset : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (v. 13). D'autres lecteurs comme certains Pères de l'Église voudront donner plusieurs sens à chaque détail de la parabole. L'allégorie était une manière fréquente d'interpréter l’Écriture dans les premiers siècles chrétiens. En évitant ces deux extrêmes, entreprenons une découverte de la signification des différents éléments de ce récit qui décrit plusieurs aspects de la spiritualité chrétienne.

    Les symboles

    En comparant plusieurs paraboles, les spécialistes du Nouveau Testament affirment que le Christ est l'Époux attendu par les dix jeunes filles, probablement des filles d’honneur qui accompagnent la future épouse. Elles évoqueraient l'humanité qui se prépare à entrer dans les noces messianiques. L'Esprit Saint représente l'huile qui alimente les lampes qui sont des illustrations de la conscience de chaque personne.

    La Sagesse

    Pour les premiers chrétiens et chrétiennes, la Sagesse de l'Ancien Testament n'est plus cette connaissance érudite de la Loi mosaïque que possédait les prêtres du Temple et les pharisiens. La Sagesse personnifie désormais pour ces mystiques de la première heure l'Esprit Saint. Comme la Sagesse, il constitue le bien ultime qui dépasse tous les biens terrestres. L'être humain qui axe son existence sur le Christ et sa grâce fait donc preuve d'un parfait jugement. L'être humain ne peut pas détruire l'Esprit. Comme la Sagesse, il est inaltérable. La Sagesse peut aussi être contemplée, saisie par le coeur des gens. L'Esprit n'est pas une réalité qui apporte dans la conscience des personnes le cynisme et la désillusion sur l'état de notre monde. La Sagesse a un visage souriant, elle délivre les gens de leurs soucis matériels étriqués. La Sagesse trouvera ceux qui la cherchent, qui ont un intérêt pour elle. La parabole rappelle que les lampes peuvent manquer d'huile.Une référence à la parabole du Semeur (Mt 13,3-9.18-23) indique symboliquement les trois raisons fondamentales qui peuvent causer cette pénurie.

    Les raisons

    Dans la parabole du semeur, la première raison énoncée par le Christ est le diable. Dans un contexte moderne, le diable serait ce qui dégrade l'âme humaine : le jeu excessif, les drogues illégales, l'alcool, les doctrines sectaires qu'un gourou a structuré et qui font miroiter un faux bonheur, la soif de pouvoir ou de gloire. Le deuxième motif qui empêche l'Esprit de demeurer dans les cœurs est l'épreuve. Aujourd'hui peu de croyantes et de croyantes de chez nous donnent leur vie au nom de la foi. Cependant, ils subissent souvent du harcèlement psychologique. Ils sont ridiculisés et même attaqués dans les médias. Des baptisés choisiront de moins se concentrer sur le Christ pour se sentir moins idiots dans une société où la science réclame l'unique droit à la vérité. Enfin le matérialisme constitue la dernière raison. Les personnes basant leur vie sur la recherche du bien-être terrestre discerneront de moins en moins l’action de l'Esprit dans leur vie puisqu'Il ne constitue plus leur principal centre d'intérêt. Un baptisé peut succomber à ces obstacles à tout moment dans sa vie. La prudence est donc ici de mise. Le disciple du Seigneur doit fréquemment replonger dans sa conscience pour veiller à ce que son attachement au Ressuscité reste solide. L'intelligence accompagne cette prudence. Il faut être rusé comme un renard pour parfois demeurer dans la voie tracée par le Christ. Cette faculté aide à ne pas s'embourber dans des circonstances qui amèneraient un baptisé à prendre une décision incompatible avec les valeurs chrétiennes. Et il faut aussi être tenace. La routine quotidienne peut parfois user la persévérance chrétienne. Il faut donc constamment entretenir la relation au Christ en lui consacrant du temps dans le tourbillon de l'existence moderne. Il faut donc rester vigilant pour être prêt lors du retour de l'Époux. Cette vigilance est composée des trois éléments cités : prudence, ruse et ténacité.

    Les noces

    Les noces symboliseraient le Royaume de Dieu. Ce symbole évoque l'atmosphère qui régnera dans les cieux : la joie et l'amour. Dans l'Ancien Testament, le Cantique des Cantiquesenvisageait déjà que l'amour prédominait dans la relation entre Dieu et les êtres humains. Jésus reprend cette donnée à de multiples reprises dans sa prédication. Il a  érigé en règle suprême pour l'Église l'amour de Dieu et du prochain. Dans la parabole, l'attente de l’Époux représente l'ère actuelle où les disciples du Seigneur espèrent son retour définitif. Et le retour de l'Époux symbolise le Jugement dernier. La deuxième lecture (1 Th 4,13-18) rappelle certains points concernant les derniers moments de notre univers matériel. Jésus, l'Époux, revient. Les élus qui ont conservé leur conscience éclairée par l'Esprit seront unis, mariés au Sauveur dans la chambre des noces, le Royaume. Cette union provient de la communion entre l'humanité et la divinité que le Ressuscité a réalisée dans sa personne. En se confiant totalement au Père qui lui avait promis de le ramener à la vie après sa mort, Jésus ressuscité a rétabli dans son intériorité le lien brisé par la méfiance humaine envers un Créateur qui aimait pourtant les habitants intelligents de l'univers qu'il avait modelé. Paul ajoute qu'il y aura encore des êtres humains lorsque l'Époux reviendra. Ceux-ci parviendront au Royaume en même temps que les morts qu'il fera renaître. Cette conviction de Paul permet d'être optimiste.

    Tenir une lampe allumée - InterBible

     

     

    Source : Le Feuillet biblique, no 2550. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • Quand Jésus apostrophe les pharisiens

    Le Christ et les pharisiens

    Le Christ et les pharisiens
    Anthony van Dyck, début du 17e siècle
    Esquisse au crayon et à  l’encre, 15,2 x 21,5 cm
    MET Museum, New York

    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Le début du chapitre 23 de l’Évangile selon Matthieu permet une très belle réflexion sur l’humilité et le danger de l’hypocrisie religieuse. Cependant, la suite de ce chapitre part de ces exhortations adressées aux pharisiens pour verser dans l’insulte et la malédiction. Pour comprendre les paroles surprenantes de Jésus au chapitre 23, il est nécessaire de situer l’Évangile selon Matthieu dans son rapport complexe avec le judaïsme.

    Le rapport complexe à Israël

    Matthieu a souvent été qualifié d’évangile « le plus juif ». En effet, le premier chapitre s’ouvre avec une liste d’une quarantaine de noms de personnages de l’histoire d’Israël. Le récit de l’origine de Jésus est en fait une synthèse de l’histoire d’Israël. Puis, dans le récit de sa naissance, on retrouve cinq citations qui indiquent comment les événements accomplissent les paroles des prophètes. La suite de l’évangile révèle le lien étroit entre cet écrit et la tradition juive.

    En même temps, il y a des versets qui distancient l’auditoire de Matthieu des personnes qui fréquentent « leurs synagogues ». On retrouve même des passages qui ont donné lieu à des interprétations antisémites comme les insultes violentes de Jésus proféré contre les scribes et les pharisiens au chapitre 23 : Serpents, engeances de vipères, comment pourriez-vous échapper au châtiment de la géhenne? (Mt 23,33) Comment comprendre ce rapport paradoxal entre Israël et l’Évangile selon Matthieu?

    Qui forme la communauté de Matthieu?

    Traditionnellement, les exégètes affirmaient que la communauté de Matthieu était composée de Juifs devenus chrétiens. Cette façon de présenter les choses n’est pas fausse, mais elle est un peu anachronique. Au premier siècle, le mot « chrétien » n’était pas encore utilisé et le mot « Juif » était une référence plutôt nationale que religieuse. Les découvertes de Qumrân ont montré que l’identité juive était très fragmentée à cette époque. Tout laisse croire que les premiers auditeurs de l’Évangile selon Matthieu suivaient Jésus comme Christ et se considéraient comme faisant partie d’Israël. En fait, ils se considéraient même comme le véritable Israël puisqu’ils ont su reconnaître le Messie de Dieu.

    Avec son interprétation créative des traditions théologiques d’Israël, la communauté de Matthieu affirme qu’ils sont les seuls garants légitimes de ces traditions. La caractérisation d’Hérode dans le récit de la naissance de Jésus, celle des scribes et des pharisiens au cours du ministère de Jésus ainsi que celle des autorités juives de Jérusalem lors de la passion mène les lecteurs à développer un regard négatif sur ceux-ci. En quelque sorte, l’ecclésiaremplace les autorités d’Israël.

    L’usage des Écritures par Matthieu est un moyen par lequel sa communauté s’identifie avec l’histoire d’Israël. Indirectement, ce processus dépouille ses adversaires juifs de cette identité puisqu’ils ne partagent pas la conviction que Jésus est le Messie, le point culminant de l’histoire de la relation entre Dieu et son peuple. Ce renversement permet à la communauté de Matthieu de relire le passé à la lumière d’un présent qui a radicalement changé avec la mort et la résurrection de Jésus.

    Un conflit entre frères

    C’est justement parce que la communauté de Matthieu se considère comme Israël qu’ils sont en conflit avec les autres façons « d’être Israël ». Le récit de Caïn et Abel (Gn 4) est une excellente métaphore pour montrer que la violence est potentiellement plus grande entre des personnes qui sont si proches qu’on pourrait dire qu’ils sont frères. Le sang d’Abel est justement évoqué à la fin du chapitre 23 pour associer les scribes et pharisiens au meurtre de Caïn.

    De quels pharisiens parle-t-on?

    Matthieu présente les pharisiens de façon extrêmement défavorable. Ils sont décrits comme des hypocrites demandant aux autres de suivre des observances minutieuses qu’eux-mêmes contournent. Ils semblent inflexibles dans leur application de la Loi. On y souligne aussi leur cupidité et leur orgueil.

    Toutefois, historiquement il est probable que Jésus ait été proche de ce mouvement. Plusieurs ressemblances existent sur le plan de la foi entre Jésus et les pharisiens. Par exemple, ces derniers croyaient à la résurrection, à la vie éternelle et au retour du Messie, alors que d’autres Juifs, comme les sadducéens, n’y croyaient pas. Aussi, comme les pharisiens, Jésus était en conflit avec les autorités qui contrôlaient le Temple et qui participeront à sa condamnation à mort.

    Après la destruction du Temple en 70, les pharisiens, au cœur du système des synagogues, prennent en charge le monde religieux juif. Au moment de l’écriture de l’Évangile selon Matthieu, sa communauté est prise dans un conflit avec ce groupe. Les pharisiens expulsent des synagogues les juifs suivant Jésus, et ainsi, enclenchent ce qui mènera à deux religions distinctes. Les auteurs des Évangiles ont été touchés par cette tension. Ainsi, dans leurs récits, ils projettent sur les pharisiens des années 30 les tensions avec les pharisiens des années 70-90.

    D’ailleurs, la description que fait le Nouveau Testament de l’interprétation sèche et minutieuse de la Loi par les pharisiens est réfutée par le vaste corpus de littérature juive qui montre, au contraire, que ceux-ci portaient un souci réel de l’interprétation de la Torah dans la vie de tous les jours. Malheureusement, la mauvaise réputation des pharisiens est restée, et leur nom a servi à désigner les hypocrites religieux, ce qui n’a aucun lien avec le véritable esprit pharisien.

    Scribes et pharisiens du 21e siècle

    Le chapitre 23 de Matthieu interpelle les personnes qui lisent et entendent ce texte aujourd’hui à garder certaines exigences éthiques. Il est fréquent que les politiciens cherchent à se faire voir et d’avoir les premières places dans les événements publics. Sont-ils au service de leurs concitoyens ou au service de leur image? La réflexion vaut aussi pour notre Église. Alors que les textes de l’Antiquité montrent qu’entre eux, les chrétiens s’appelaient frères et sœurs en prenant les indications de l’Évangile de façon plus littérale, nous n’avons pas de problème de nos jours à donner une série de titres honorifiques qui ont été créés à la cour pontificale du Moyen Âge et de la Renaissance. Ces différents titres sont une façon pour l’Église de récompenser les bons et loyaux services. L’important n’est pas de dénoncer ces titres en appliquant littéralement les paroles de Jésus, mais plutôt de veiller à construire une communauté fraternelle dans notre Église. Bien entendu, la meilleure façon de le faire est sans doute de commencer par veiller à remettre en question nos propres hypocrisies.

    Je termine par une note personnelle. J’aime beaucoup le chapitre 23 de Matthieu. Loin des catéchèses des années ‘80 qui présentaient un Jésus aseptisé comme mon « ami », ce chapitre permet de prendre conscience de la radicalité d’un Jésus qui dérange. Si Jésus meurt crucifié, c’est parce qu’il a osé dénoncer les pratiques qu’il jugeait inacceptables. Au lieu d’être surpris par la colère de Jésus, peut-être que nous devrions nous inquiéter de notre difficulté à nous indigner?  

    Quand Jésus apostophe les pharisiens - InterBible

     

     

     

    Source : Le Feuillet biblique, no 2549. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • Jésus, maître de l’essentiel

    Les pharisiens questionnent Jésus

    Les pharisiens questionnent Jésus
    James Tissot, entre 1886 et 1894
    Brooklyn Museum, New York 
    (photo : Wkipedia)

    Le premier de tous les commandements : Matthieu 22, 34-40

    Les lectures : Exode 22,20-26 ; Psaume 17 (18) ; 1 Thessaloniciens 1,5c-10
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Avec ses 613 commandements, la Loi de Moïse était compliquée à mettre en pratique pour les membres du peuple de l’alliance. C’est pourquoi il n’était pas rare de consulter les maîtres religieux juifs du temps afin d’obtenir d’eux le secours de principes pouvant simplifier leur observance de la Torah. Les maîtres entre eux s’adonnaient volontiers et longuement à ces exercices de « mise en ordre » et de « hiérarchisation » des commandements. « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement? », la question du docteur de la Loi posée à Jésus est donc un classique du genre, le cas typique du rabbi qui en consulte un autre pour comparer, valider, consolider ses propres positions. Ces discussions d’érudits de la Loi constituaient d’ordinaire un exercice bienveillant marqué par une recherche d’édification et de croissance spirituelle. Toutefois ici, le climat est hostile. Ce n’est pas par souci d’édification que l’on questionne Jésus, mais bien pour le prendre au piège, comme l’évangéliste prend la peine de nous le préciser.

    Un contexte hostile

    Mais pourquoi cette hostilité envers Jésus? Pour mieux la comprendre, resituons l’extrait dans l’ensemble de l’évangile de Matthieu. Peu avant sa mort, Jésus est à Jérusalem, la Ville Sainte où il vient, quelques jours auparavant, d’entrer triomphalement (Mt 21,1-11). Les foules avaient reconnu en lui le Messie humble monté sur un ânon annoncé par le prophète Zacharie (Za 9,9), scandant joyeusement à son endroit des titres messianiques.  Avait suivi immédiatement l’épisode du Temple duquel Jésus chassa les vendeurs (Mt 21,12-17). Coup sur coup, ces deux évènements eurent tôt fait d’irriter les autorités religieuses de la ville (prêtres, scribes et anciens, pharisiens et sadducéens) avec lesquels Jésus se verra immédiatement confronté (Mt 21,23). Après tout, ne leur appartient-il pas à eux, plutôt qu’au simple peuple, le rôle d’authentifier l’identité du Messie quand il viendrait ? On sent déjà se profiler la passion de Jésus. On demande des comptes à Jésus qui, en réponse, leur servira trois paraboles de « rendez-vous manqués » qui les visent directement, les faisant mal paraître [1]. Par la suite, ses adversaires, cherchant matière à condamnation, riposteront en lui tendant trois pièges dont l’évangile de ce dimanche constitue le troisième. Voilà où nous en sommes dans notre lecture dominicale de l’Évangile selon Matthieu.

    La Loi et les prophètes !

    Évidemment, Jésus ne tombe pas dans le piège! Se hissant au dessus de la mêlée, il sait toujours, en toute liberté, ramener ses interlocuteurs à l’essentiel, au cœur de Dieu. Aussi, à ses détracteurs versés dans l’Écriture, c’est avec l’Écriture qu’il répond ! D’abord avec un verset tiré du fameux Shema Israël, cette exhortation donnée par Moïse à son peuple (Dt 6,4-9), devenue une sorte de leitmotiv ou de profession de foi que le juif pieux récite chaque jour, à son lever et à son coucher. Le verset du Shema cité par Jésus enjoint à aimer Dieu, le Dieu unique, de tout son cœur, de tout son esprit et de toute sa force. En prenant ainsi un joyau de la foi juive pour en faire le grand, le premier commandement, Jésus s’inscrit dans la sagesse d’Israël à laquelle ne pourront certes pas s’opposer ses adversaires attachés à la Loi.

    Mais c’est aussi par ce second commandement qui lui est semblable que Jésus respecte et honore la Loi d’Israël. En effet, ce second commandement, Jésus le prend aussi dans l’Écriture, au livre du Lévitique C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est moi le Seigneur (Lv 19,18). C’est n’est pas une nouveauté qu’apporte Jésus, la Loi de Moïse et la prédication des prophètes juifs liaient déjà l’amour de Dieu à l’obligation d’aimer son prochain pour vivre à la hauteur de la dignité d’appartenir au Seigneur, de vivre en alliance avec Lui. La première lecture (Exode 22,20-26) de ce dimanche nous offre un bel exemple de l’attitude de charité concrètement exercée envers les plus pauvres que le Seigneur attend de ses enfants au nom de leur appartenance au peuple de l’alliance. « Peuple d’Israël, tu as été libéré de l’oppression d’Égypte par le Dieu libérateur qui t’a aimé; deviens toi-même ce libérateur aimant, à ton tour et en Son Nom, auprès de tes semblables », telle serait la logique sous-tendant les paroles de la Loi que Moïse transmet ici à son peuple; l’esprit de la Loi, en somme.

    Les prophètes de l’Ancien Testament ne diront pas autrement. Leur prédication lie aussi très souvent amour de Dieu et amour du prochain. De la façon la plus éloquente, Isaïe nous rappellera cette cohérence exigée entre ces deux amours par ce célèbre plaidoyer du « jeûne que Dieu préfère » (Is 58) : la miséricorde  et libération des jougs doivent précéder ou accompagner tout geste religieux, par ailleurs légitime (jeûne, prière, repos du sabbat).

    Jésus, maître inspirant

    La Loi et les prophètes, c’est-à-dire toute la Bible hébraïque, se trouvent ainsi résumés par ces deux commandements égaux en importance, nous dit Jésus. Loin de tomber dans le piège tendu par ses adversaires, Jésus, fidèle à son habitude, subjugue par une réponse qui atteint deux cibles à la fois. Puisant dans  le trésor d’Israël, elle contentera ses contemporains juifs, fidèles à Moïse, qui y trouveront un aide-mémoire pratique facilitant leur observance de la Loi. Mais c’est aussi au cœur du nouveau peuple de Dieu, l’Église, que cette parole résonne comme un condensé extraordinairement inspirant de l’Évangile à venir.

    La leçon des deux commandements nous convainc de la stature magistrale de Jésus. Car il n’est pas de maître plus inspirant que celui qui pratique parfaitement ce qu’il enseigne!

    [1] La parabole des deux fils (Mt 21,28-32), celle des vignerons révoltés (Mt 21,33-46) et celle du banquet nuptial (Mt 22,1-14).

    Patrice Bergeron

    Source : Le Feuillet biblique, no 2548. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

    source http://www.interbible.org/

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