•  

    La profession de Dieu est de pardonner

     

    Zachée, descends vite : il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison. (Luc 19, 5).

     

    condamne--jpg   Le peintre italien du moyen âge, Perugini, était sur son lit de mort. Il décida qu'il ne se confesserait pas si, par crainte, il tentait par là de sauver sa peau : ce serait sacrilège et insulte à Dieu.

     

      Sa femme, ignorant tout de la disposition intérieure de cet homme, lui demanda un jour s'il ne craignait pas de mourir sans confession. Perugini lui répondit : « Prenez-le comme ceci, ma chère: ma profession à moi, c'est de peindre et j'ai excellé comme peintre. La profession de Dieu, c'est de pardonner, et s'il est aussi bon dans sa profession que je l'ai été dans la mienne, je n'ai aucun motif de crainte » (A. De Mello, Dieu est là dehors).

     

    LIEN : C'est la miséricorde de Dieu qui pardonne nos péchés. Le pardon de Dieu a-t-il des limites? ... Dieu ne refuse jamais son pardon à quiconque reconnaît son péché, mais il ne peut le donner de force à personne. La conversion provoque la foi du peintre en la bonté et la fidélité de Dieu; chez Zachée elle bouleverse toute sa vie. À tous il donne comme preuve de sa conversion un cœur qui s'ouvre à l'accueil et au partage de ses biens. Sa grande richesse n'est plus le centre de sa vie: la joie dont la rencontre de Jésus a rempli son coeur lui fait découvrir une abondance d'amour jusque là insoupçonnée.


    Source: www.interbible.org

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  • L'ami des petits et des pauvres?

    Conversion de Zachée : Luc 19, 1-10
    Autres lectures : Sagesse 11, 23 - 12, 2; Psaume 144(145); 2 Thessaloniciens 1, 11 - 2,2

     

    Zachee.jpgL’évangile de ce dimanche rappellera à plusieurs des souvenirs d’enfance. Parce qu’il était petit de taille (Luc 19,3), Zachée est souvent le héros des catéchèses pour jeunes. Les catéchètes insistent sur le regard d’amour de Jésus envers ceux qui, comme eux, sont petits de taille et aiment monter aux arbres. La « conversion » de Zachée invite les jeunes au partage et à l’honnêteté. Certes, il fait bon redécouvrir les catéchèses de notre enfance. Mais il importe aussi de relire le récit de Zachée avec des yeux d’adulte.

    Qui est Zachée ? Que cherche-t-il ?

         Depuis près de dix chapitres (voir Luc 9,51), Jésus est en route vers Jérusalem et il en est à la dernière étape de sa montée : Jéricho. Avant d’y entrer, il a guéri un aveugle mendiant qui l’avait supplié par deux fois : Fils de David, aie pitié de moi (18,38-39). Jésus lui dit : Vois. Ta foi t’a sauvé. À l’instant même, l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa ses louanges à Dieu (18,42-43). Jésus reprend sa route et, tandis qu’il traverse Jéricho, Luc nous présente un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche (19,2). Il a tout contre lui. Les collecteurs d’impôts ou publicains travaillaient pour les Romains. C’étaient souvent des gens malhonnêtes qui exigaient plus que leur dû et empochaient la différence. Heureusement pour Zachée, Jésus fait bon accueil aux publicains (Lc 15,1-2). Mais la richesse de Zachée risque de jouer contre lui. Rappelons deux paroles de Jésus : Malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation ! (6,24). Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses de pénétrer dans le royaume de Dieu ! Car il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu (18,24-25). Mais Zachée persiste. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là (19,3-4). Zachée ne voulait pas seulement voir la célébrité de passage, il cherchait à voir qui était Jésus (19,3). Son désir profond était de connaître l’identité de celui qui devait passer par là (19,4).

    Celui qui cherche à voir est vu

         Une surprise attend Zachée perché sur le sycomore pour voir Jésus. Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (19,5). Il veut voir Jésus, mais c’est Jésus qui le voit. Il veut voir qui est Jésus, mais Jésus sait déjà qui est Zachée : il l’appelle par son nom. Or Zachée n’est pas le seul à être surpris. Non seulement Jésus connaît Zachée, mais il s’invite chez lui : Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison (19,5). L’initiative choque les gens qui marchent avec Jésus. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur » (19,7). On se croirait revenu quatre chapitres plus haut. Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » (15,1-2).

         Fidèle à lui-même, Jésus ne se laisse pas arrêter par ce genre de réaction. Pour lui, aller demeurer chez Zachée signifie accomplir la volonté de Dieu : Il faut…, en grec dei, l’expression qui pour Luc exprime la volonté de Dieu (voir 2,49; 4,43; 13,14.16.33; 17,25).

    Désirer, voir, accueillir, se réjouir, se convertir

         Zachée avait un désir profond : Voir qui était Jésus (19,3). Ce désir l’avait mis en mouvement. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là (19,4). Un regard et une parole de Jésus allaient renverser le mouvement. Après avoir couru loin de chez lui et être monté dans un arbre, vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie (19,6) dans sa maison. Ce renversement du mouvement de Zachée en symbolise un autre, celui de son cœur. Au début du récit, pour être à la hauteur, Zachée doit monter sur un sycomore. Une fois Jésus entré chez lui,  Zachée, debout 1, dit au Seigneur… (19,8). L’interpellation de Jésus a provoqué ce changement. Zachée y a répondu avec joie et cela lui a permis de voir qui est Jésus. Bien plus qu’un homme et qu’un prophète, Jésus est le Seigneur (19,8). Et Zachée, quand il prend la parole pour la première fois du récit, le reconnaît d’emblée : Voilà, Seigneur… (19,8).

         Reconnaître Jésus comme Seigneur, le laisser demeurer chez lui, voilà qui change tout chez Zachée. Lui ne pouvait que se voir comme un homme de petite taille (19,3). Les autres ne voyaient en lui qu’un homme pécheur (19,7) 2. Jésus n’a pas vu en lui le chef des collecteurs d’impôts, mais il l’a appelé par son nom, « Zachée », et il s’est invité chez lui. Cela a permis à Zachée de faire preuve de bonté : Je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres (19,8), et aussi de reconnaître son péché : Si j’ai fait du tort à quelqu’un. « Mais n’oublions pas qu’en grec la condition est supposée réalisée et doit se traduire : “du moment que j’ai fait du tort” » 3. Zachée s’engage donc dans un avenir rempli de bonté (il donne aux pauvres la moitié de ses biens) et de réparation du passé (il compense au quadruple les méfaits du passé).

    Et Jésus dans tout cela ?

         Tout cela est bien beau, mais comment comprendre l’initiative de Jésus et surtout la conclusion à laquelle il arrive : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham (19,9). Nous sommes habitués de voir Jésus laisser les pécheurs s’approcher de lui. Mais ici il prend les devants : Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison (19,5). Plus tôt, Jésus s’était montré fort exigeant : Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple (14,33). Ici, Zachée ne donne pas « tout ce qui lui appartient », mais bien la moitié de ses biens. Pourtant, Jésus déclare que sa maison est sauvée ! « S’agirait-il d’une demi-conversion ? Et le Seigneur se contenterait-il désormais d’une demi-mesure ? Certes non. Mais si notre percepteur avait annoncé qu’il donnait toute sa fortune, son immense fortune, aux pauvres, comment aurait-il pu rembourser au quadruple les gens qu’il avait lésés ? » 4.

         La Bonne Nouvelle de ce dimanche est donc du côté de Jésus. Par son regard sur Zachée, en s’invitant chez lui pour obéir à la volonté de Dieu, il a rendu à l’homme pécheur son identité de fils d’Abraham (19,9). En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (19,10). Aujourd’hui, le Seigneur Jésus s’invite chez nous. Descendons de nos arbres, accueillons Jésus dans la joie pour que chez nous aussi le salut fasse sa demeure.

    ___________________

    1 Nous préférons ici la traduction de la Bible de Jérusalem, « debout », à celle de la TOB et de la Bible de la liturgie, « s’avançant ». La BJ est ici plus fidèle au texte grec.

    2 Ici aussi, nous préférons la traduction de la BJ qui est plus proche du grec.

    3 Jean-Noël Aletti, L’art de raconter Jésus Christ. L’écriture narrative de l’évangile de Luc (Parole de Dieu), Paris, Seuil, 1989, p. 27.

    4 Aletti, L’art de raconter Jésus Christ, p. 36-37.

     

    Yvan Mathieu, SM

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2245. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  •                                                                                                              Le livre de Qohélet (4/5)
         
    Le travail et les biens matériels

    testamentIl y a un temps pour chaque chose, et chaque chose survient en son temps, écrit Qohélet. Notre philosophe identifient trois temps qui constituent la trame de fond de la destinée humaine : le travail, la vieillesse et la mort. Dans cette chronique, il sera question du travail et de son corollaire, l’usage des biens matériels. On trouve ces réflexions dans les passages suivants : 4, 4-16; 5, 9-19; 6, 7-12.
    Un temps pour planter et bâtir

        Les vieux mythes mésopotamiens concevaient le travail comme le service des dieux : pendant que les hommes travaillent, ils ne pensent pas à devenir comme eux. À l’inverse la tradition biblique considère le travail comme le moyen pour l’homme de collaborer à l’achèvement de la création. Le Seigneur Dieu n’avait-il pas confié à Adam la fonction de jardinier (Genèse 2, 8-24). On est porté à croire qu’Adam devait y trouver un plaisir fou, alors que Dieu paraît le seul à s’inquiéter de le voir tout faire, tout seul. D’où le besoin de lui donner une aide semblable à lui, qui s’est avérée sa compagne de vie plutôt qu’un aide-jardinier, quoiqu’ils aient dû jardiner ensemble. Dans les faits, il ne faut pas trop idéaliser le travail : dans la législation deutéronomique sur le sabbat, les six jours de travail sont assimilés au temps de la servitude en Égypte alors que le sabbat, jour chômé pour tous, est le mémorial hebdomadaire de la libération pascale (Deutéronome 5, 12-15).

        Si l’homme peut trouver du bonheur dans son travail, il court aussi le danger d’en devenir esclave. Certains propos de Qohélet ont des accents très modernes. Les rivalités liées au travail font penser à la concurrence et à la performance : J’ai vu aussi que toute la peine, tout le succès d’un travail, n’est que rivalité des uns contre les autres. C’est encore vanité et poursuite de vent (4, 4).

        Le travail est un don de Dieu qui permet à l’homme de trouver du bonheur et d’adoucir sa vie par une certaine aisance: Voilà donc ce que moi j’ai vu : c’est chose belle et bonne, pour l’homme de manger et de boire, de trouver son bonheur dans toute la peine qu’il se donne sous le soleil pendant les jours que Dieu lui accorde. Telle est la part qui lui revient. Si Dieu donne à quelqu’un biens et richesses avec pouvoir d’en profiter, d’en prendre sa part et de jouir ainsi de son travail, c’est là un don de Dieu. Il ne s’inquiète guère pour sa vie tant que Dieu emplit de joie son cœur (5, 17-19). Mais il y a une contrepartie. On peut se perdre dans le travail. Dans une autre réflexion, on dirait que Qohélet anticipe les «workaholiques» de la société contemporaine, attachés à leur portable, cellulaire et autres outils de travail qui les suivent partout : J’ai regardé encore et j’ai vu une autre vanité sous le soleil : voici un homme seul, sans personne, ni frère ni fils, qui travaille à n’en plus finir, toujours avide de plus de richesses. Il ne se demande pas : «Mais pour qui travailler ainsi en me privant de bonheur ?» C’est encore de la vanité, une besogne de malheur (4, 7-8). Le travail effréné peut devenir un esclavage et conduire l’homme à sa perte.

        Le travail amène Qohélet à réfléchir sur le rapport que l’être humain entretient avec les biens matériels. La richesse et la prospérité sont perçues dans la culture biblique proche orientale comme une bénédiction divine : Si Dieu donne à quelqu’un biens et richesses avec pouvoir d’en profiter, d’en prendre sa part et de jouir ainsi de son travail, c’est là un don de Dieu. Il ne s’inquiète guère pour sa vie tant que Dieu emplit de joie son cœur (5, 18-19). Mais elles peuvent provoquer l’effet contraire en détournant l’être humain du vrai sens de la vie, et de la perdre : Voici un triste cas que j’ai vu sous le soleil une fortune amassée pour le malheur de son maître. Il perd son avoir dans une mauvaise affaire, et quand lui naît un fils, celui-ci n’a rien en main. Sorti nu du sein de sa mère, il s’en ira comme il est venu. Il n’emportera rien de son travail, rien que sa main puisse tenir. C’est aussi une triste chose qu’il s’en aille comme il était venu. Qu’a-t-il gagné en peinant pour du vent ? Il ronge ses jours dans le noir, la tristesse profonde, la souffrance et l’irritation (5, 12-16). Comme on dit souvent, on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard.

     http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Yves_Guillemette.jpg

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    Yves Guillemette, prêtre


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  • Ruines et cités bibliques

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    Capsule vidéo de 8 min. avec Robert David, professeur

     

    Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal

    Depuis le XIXe siècles, les explorateurs et les archéologues ont réussi à identifier plusieurs villes bibliques. Mais les vestiges de ces villes israélites anciennes ne sont pas comparables à ce que l'on retrouve en Égypte par exemple. Ce sont, dans la majorité des cas, des ruines et le résultat des fouilles demandent à être inteprété. Si le texte biblique avait tendance à servir de référence unique pour cette interprétation pendant les belles années de l'« archéologie biblique », aujourd'hui la communauté scientifique est beaucoup plus prudente quand elle a recours à la Bible.

     

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  • Une autre terre promise

    Terre-promise.jpg En étudiant le sens de la terre dans la Bible et chez les pères de l'Église, Frédéric Manns nous invite à porter un  autre regard sur le don de la terre.

         « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». La Torah comme livre de commandements débute avec le chapitre 12 du livre de l'Exode. Mais ces commandements exigeaient une préface pour expliquer ce que Moïse et Aaron faisaient au pays d'Égypte, alors que leur terre était celle des Hébreux. Rashi, dans son commentaire du livre de la Genèse écrit :

    Si les nations du monde disent à Israël : « Vous êtes des brigands, puisque vous avez conquis les terres des sept nations », Israël leur répondra : « Toute la terre appartient à Dieu. Il l'a créée et l'a donnée à qui est droit à ses yeux. De par sa volonté il la leur a donnée et de par sa volonté il la leur a reprise et nous l'a donnée. »

         Le problème soulevé par ce texte est le suivant : la relation de Dieu à l'homme passe-t-elle par l'impersonnel des lois de la nature ou bien, comme le dit le récit biblique, cette relation passe-t-elle par l'histoire humaine et par l'histoire d'Israël. Dans le premier cas, Dieu serait le Dieu des philosophes, dans le second, il serait le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

    Les sens du don de la terre

         L'installation en terre promise s'est révélée comme une préfiguration de la possession paisible que les derniers temps allaient assurer à Israël et que devait marquer une extraordinaire fécondité des vignobles. « Les montagnes distilleront du jus de raisin et toutes les collines se liquéfieront... Ils planteront des vignes et en boiront le vin. » (Am 9,13-14) À cette implantation définitive sur la terre : des promesses correspondent chez Osée et Jérémie le thème des épousailles irrévocables de Yhwh avec son peuple. Le vin, l'huile et le blé jouent de nouveau un grand rôle dans cette allégresse nuptiale.

         Pour Origène. dans son Traité des Principes 4,2,8, « ce qui est étonnant c'est qu'à travers des histoires de guerre, de vainqueurs et de vaincus des mystères sont révélés à ceux qui savent examiner cela. Et ce qui est encore plus admirable c'est qu'à travers la législation que contient l'Écriture les lois de la vérité sont prophétisées et tout cela est écrit en ordre logique avec une puissance convenant à la sagesse de Dieu ». Dans son Commentaire sur le livre de Josué, Origène reviendra sur le problème de la terre donnée à Israël.

         Le judaïsme avait donné différentes significations du don de la terre. Pour les Esséniens les humbles qui hériteraient de la terre étaient les fils de lumière qui entraient dans la communauté de l'alliance. Pour Philon d'Alexandrie la terre était le symbole de la sagesse que Dieu donnait. Pour les Pharisiens le don de la terre symbolisait le don de la vie éternelle.

         La tradition biblique avait rapproché les termes Adam et Adamah (la terre). La terre représente en effet la matière avec laquelle fut façonné Adam, le terreux. Elle est le symbole de la chair d'Adam. Du coup, la terre promise peut représenter aussi la chair du nouvel Adam, c'est-à-dire la chair du Christ. L’assimilation sera faite dès le deuxième siècle par l'Épître de Barnabé, par Tertullien et Hippolyte.

         La terre promise représente non seulement le corps du Christ dans sa nature humaine, mais toute la nouvelle création recréée dans le Christ (Barnabé 6,13). C'est par le baptême que les chrétiens sont introduits dans une terre excellente. Si la terre est le Christ, elle est aussi l'Église, c'est-à-dire les chrétiens incorporés au Christ.

         Cette terre promise est un symbole de vie parce qu'elle est une terre de liberté par opposition à l'esclavage en Égypte et terre de fécondité par opposition au désert.

         Le Christ, nouvelle terre promise, est symbole de Vie parce qu'il est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6). Il est celui qui nous donne la semence de Vie éternelle, la Bonne Terre qui s'unit à notre terre (ls 62,4) qui n'a plus assez de richesses en elle pour que nous puissions, à notre tour, produire à nouveau de bons fruits. Tout jardinier sait qu'il faut amener de la nouvelle terre pour mélanger à l'ancienne afin qu'elle produise à nouveau car celle-ci est épuisée, elle a perdu sa vitalité! Cette terre ancienne et nouvelle, c'est l'Église. À la fin des temps, la terre pauvre, marquée par le péché va disparaître, il n'y aura plus que la terre nouvelle (Ap 21,1-2).

         La terre glaise du Christ nous apprend la patience du potier qui nous façonne avec l'eau du baptême et le feu de l'Esprit (Mt 3, 11). L’eau représente toutes les potentialités de la création. Jean-Baptiste invite à un baptême de conversion pour retrouver ses potentialités humaines.

         L'eau rend la terre souple, alors que le souffle représente les potentialités divines. L’esprit plane sur les eaux, le souffle symbolise quelque chose de supérieur à l'eau.

         Dans la symbolique de la poterie, l'eau cède sa place au feu, nous n'y voyons pas le symbole du divin qui supprime l'humain car l'humain n'est pas symbolisé par l'eau mais par la terre. Ce sont les potentialités humaines qui sont totalement transcendées par les potentialités divines données par le feu. Autrement dit, l'humanité est divinisée. La terre « enferme », elle a en son centre l'enfer de feu. Autre chose est de marcher sur terre, de la dominer, autre chose est d'être sous-terre, lieu des morts et du feu de l'enfer. Impossible à cet endroit de respirer, pas de souffle de vie possible, c'est le lieu des ténèbres (Dn 7,3.17).

         La terre d'un côté est semence de vie et de l'autre séjour des morts. Ne faut-il pas retourner dans la terre pour renaître à la vie?

    Frédéric Manns

    Suite de l'article : à  venir

     

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  • Spiritualité

    Une Bible interactive pour les 15-20 ans

    Une Bible interactive pour les 15-20 ans

    C’est une aventure spirituelle et intellectuelle qui a commencé il y a sept ans dans la tête d’une mère de famille. Élisabeth Terrien, qui vit alors dans un pays anglophone, découvre que son fils, un ado qui se déclare officiellement athée, se passionne soudainement pour la Bible. Il va même jusqu’à en promouvoir la lecture auprès de ses copains.

    Le secret de cet enthousiasme ? Le garçon a reçu d’un pasteur protestant une Bible en anglais, et la dévore selon un itinéraire suggéré de morceaux choisis, appelé "programme de lecture". Fascinée, Élisabeth – qui est catholique – découvre l’inventivité pédagogique des protestants anglo-saxons pour faire mordre à l’hameçon de la Bible des lecteurs légitimement intimidés par un corpus immense...

    L’idée germe en elle de faire quelque chose du même type pour des lecteurs francophones. Sa rencontre avec l’Alliance biblique française, institution bien connue pour sa capacité à relever de lourds défis éditoriaux dans le domaine de la vulgarisation des Écritures, sera déterminante. C’est le début d’un chantier d’une ampleur inégalée. 
Sept ans plus tard, Zebible, un ambitieux programme multimédia – Web et livre –, voit le jour. Son but : faire découvrir la Bible à la tranche des 15-20 ans en jouant sur l’interactivité.

    L’ambition du projet ne s’est pas limitée à la qualité des contenus, elle fut dès le départ œcuménique. L’Alliance biblique française, pilotée par Bernard Coyault, a ainsi recruté une centaine de rédacteurs catholiques, protestants et orthodoxes pour rédiger "l’appareil" pédagogique, en mélangeant allègrement les biblistes de métier et les responsables de la pastorale des jeunes, laïcs, prêtres et pasteurs.

    Elle a mobilisé également de nombreux partenaires sur toute la palette des confessions et des sensibilités : l’aumônerie de l’enseignement public, l’ordre franciscain, les Scouts et Guides de France, du côté catholique. Mais aussi l’Église réformée de France, les Éclaireuses et Éclaireurs unionistes (protestants), les Églises adventistes, les Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. L’Assemblée des évêques orthodoxes soutient le projet. Du côté de l’épiscopat catholique, Francis Deniau, évêque de Nevers, accompagne le chantier. La communauté charismatique Fondacio, où travaille Élisabeth Terrien, est aussi partie prenante, tout comme la Fondation pasteur Eugène-Bersier et la Ligue, une association favorisant la lecture des Écritures.

    "Ce résultat est le produit d’un énorme travail d’équipe, extrêmement enrichissant entre des chrétiens d’origines différentes. Il a fallu trouver ensemble les formulations les plus pertinentes pour encadrer la lecture et aider les jeunes à s’approprier le texte biblique. Nous avons beaucoup parlé, échangé entre nous, explique Élisabeth Terrien. Il fallait éviter que les gens se sentent perdus face à ce corpus immense, et ne butent souvent sur des choses qu’ils ne comprennent pas. Zebible est donc une gigantesque boîte à outils qui multiplie les accès à la Bible : un mot expliqué, une notice géographique, une fiche thématique, le portrait d’un personnage sont autant de portes d’entrée qui facilitent la rencontre avec Dieu et avec les autres."

    Le but du jeu est aussi de familiariser le lecteur avec la navigation entre les textes de la Bible, qui résonnent souvent entre eux. Par exemple, le livre de Ruth (qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui arrive en Judée en tant qu’étrangère), est accompagné dans Zebible de propositions qui permettent d’explorer d’autres textes bibliques ayant pour point commun le rapport à l’étranger ou le statut de la femme.

    Au final, l’idéal est de créer une communauté de jeunes via le site Zebible.com, déjà très charpenté. Commentaires sur les textes, forums de discussion, messagerie interne permettent aux internautes de confronter leurs opinions et de débattre. À terme, les développeurs du site veulent pouvoir "croiser" les thèmes de société ou d’actualité avec les textes bibliques. Reste maintenant à savoir si ces outils très intelligemment pensés trouveront leur public.

    Selon un sondage réalisé par Ipsos en janvier 2010, seulement 20 % des 15-25 ans lisent la Bible – contre 26 % pour la totalité des Français... Ce qui fait tout de même un jeune Français sur cinq. Affreusement insuffisant ? Ou déjà pas si mal que ça ? Rendez-vous sur Zebible.com pour installer le débat...

    Des déclinaisons multimédias

    • Le site Zebible.com permet depuis le mois de mai à une communauté d’internautes de se constituer autour de la découverte du texte biblique.

    • Zebible sera publiée en mai 2011 sous forme de livre, avec le texte intégral des deux Testaments (en "français courant") et un guide de lecture efficace.

    • Un parcours biblique en neuf étapes sera proposé d’ici à mai sur le site internet. Chacune des étapes est accompagnée d’un astucieux matériel à l’usage des animateurs. Le parcours a sa bande-son : un chant composé par le groupe de rock P.U.S.H., téléchargeable gratuitement en MP3. Un concours multimédia sur la Bible (photos, vidéo, audio) doit être lancé fin novembre pour stimuler l’intérêt des jeunes en vue du lancement.

     

    Source www.interbible.org

    et http://www.lavie.fr

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  • La chair du Christ, vraie terre promise (2/2)

    Tertullien, voulant prouver dans son De carnis ressurectione 26 que la chair doit ressusciter, assimile la terre à la chair de l'homme : « Les Juifs pensent que la terre sainte c'est leur propre sol, alors qu'il faut l'interpréter de la chair du Christ et par suite voir aussi une terre sainte chez ceux qui ont revêtu le Christ, une terre sainte par l'habitation de l'Esprit... si bien que cette terre est à la fois le temple de Dieu et Jérusalem ». À la terre sont liés les dons du pain, de l'huile, de l'eau et du vin qui deviennent chez Tertullien la préfiguration des sacrements.

         Hippolyte de Rome commente le texte de Genèse 49,15b : II vit que la terre était féconde : « Cette terre représente la chair de notre Seigneur qui est féconde, c'est-à-dire fertile, car c'est d'elle que coulent le lait et le miel » (CGS 1, pars 2, p. 63).

         La tradition apostolique, lorsqu'elle parle de l'offrande eucharistique, reprend le même symbolisme : « Il bénira le pain pour représenter la chair du Christ, la coupe où est mêlé le vin pour représenter le sang qui a été répandu pour tous ; pour l'accomplissement de la promesse faite à nos pères, lorsque Dieu dit : « Je vous donnerai une terre ruisselante de lait et de miel ». Or c'est le Christ qui nous l'a donnée, c'est sa propre chair dont se nourrissent les croyants comme de petits enfants » (23).

    La chair du Christ, la terre promise : sacrements de l'Église

    Terre-promise-2.jpg

    Nicolas Poussin (1594-1665)
    L'automne ou La grappe de Canaan, circa 1660/62
    De la série Les quatre saisons
    Huile sur toile, 118 x 160 cm
    Musée du Louvre (Paris)

         Josué avait envoyé des explorateurs avant la conquête de la terre. Ces derniers lui ramenèrent une grande grappe attachée à un bois. Clément d'Alexandrie applique ce symbole au Christ : « La grande grappe, c'est le logos pressé pour nous » (Ped 2,19,3). Le Christ est donc la grappe de la terre promise. Le repos, c'est-à-dire la terre promise, s'identifie au Christ signifié dans cette grappe.

         Pour Origène, Josué devient la figure du Christ par la ressemblance de son nom (lêsous) et aussi par sa fonction d'introducteur dans la terre promise. La typologie de Josué avait déjà été exploitée par la lettre aux Hébreux 3,7-4,11 et par Justin. Pour les Juifs nul n'est plus grand que Moïse. Les Chrétiens se plairont à montrer que dans la personne de Josué Dieu manifestait la supériorité de Jésus sur Moïse (Dialogue 75,1-2). Josué a ordonné une nouvelle circoncision, figure de la circoncision spirituelle opérée par le Christ (Dialogue 113,6).

         Origène greffe sur le thème de la terre promise celui de la chute de Jéricho avec l'épisode de Rahab qui reçut les envoyés de Josué et les sauva du roi de Jéricho. La tradition chrétienne avait célébré la foi de Rahab (He 11,31) et ses œuvres (Jc 2,25) et avait exploité la typologie du cordon d'écarlate (1 Clément 12). Rahab était ainsi élevée au rang de symbole des Gentils rachetés par le sang du Christ (Tertullien, Adv. Judaeos 10).

         De plus, la terre est à la fois le don définitif et le siège permanent des combats de Josué et du peuple. Elle symbolise l’âme chrétienne unie au Christ par les sacrements, car le Royaume est au-dedans de nous. La vraie guerre sainte se trouve à l'intérieur du chrétien. Des combats l'attendent après le baptême : « C'est en toi qu'est le combat qu'il faut livrer, à l'intérieur de toi l'édifice de malice qu'il faut détruire; ton ennemi sort du fond de ton cœur » (Origène, Hom 5,2 sur Josué). Comme les Cananéens demeurèrent en Ephraïm, de même l'ivraie demeurera dans l'Église jusqu'à la fin.

         Le chrétien doit tourner son regard vers la terre qui contient la Jérusalem d'en-haut. C'est là l'objet de son espérance (Hom 17,1 sur Josué). Au-dessus du monde planétaire Origène voit le vrai ciel et la vraie terre sur le modèle desquels ont été formés le ciel et la terre d'ici-bas. Le ciel et la terre d'ici-bas devraient porter le nom d'aride pour les distinguer du vrai ciel et de la vraie terre (Hom sur Ps 36,2,4).

    Jérusalem signifie vision de paix. Si nous avons construit Jérusalem dans notre cœur, c'est-à-dire, si nous avons établi dans notre cœur une vision de paix et que nous contemplions et conservions toujours dans notre cœur le Christ qui est notre paix, si vraiment nous sommes tellement fermes, tellement inébranlables dans cette vision de paix : nous pourrions dire que nous sommes dans Jérusalem et que seuls les saints habitent avec nous. (Origène, Hom 21,2 sur Josué)

         Jean Cassien dans sa quatorzième conférence revient sur ce thème : « Au sens historique Jérusalem sera la cité des Juifs; au sens allégorique. l'Église du Christ; au sens anagogique, la cité céleste qui est notre mère à tous; au sens tropologique, l'âme humaine que nous voyons souvent loué ou blâmé par le Seigneur sous ce nom. »

         Pour entrer en possession de la terre promise, il faut suivre Jésus le nouveau chef de l'Israël spirituel. Dans l'autel construit par Josué avec des pierres intactes, Origène voit les pierres vivantes du Christ mystique (Hom 9,1-2) et dans la lecture de la loi ordonnée par Josué il voit l'annonce de la loi nouvelle inscrite par Jésus sur les tables de chair de notre cœur (Hom 9,3). À travers les gestes de Josué se manifestent les mystères du Christ qui se poursuivent dans son Église : Jésus est le destructeur de Jéricho (7,1), celui qui rebâtit son héritage (13,3) et distribuera l'héritage éternel et donnera à la terre le repos (15,7).

         Cyrille de Jérusalem donnera lui aussi sur le cycle de Josué un résumé de catéchèse dans sa dixième catéchèse. Grégoire de Nysse invite également le chrétien au passage spirituel du Jourdain (De Baptismo PG 46,420C-421). La liturgie du lundi de Pâques chante : Le Seigneur vous a introduits dans une terre où coulent le lait et le miel. Ceux qui sont renés du baptême passent de la mort à la vie et sont introduits dans la terre promise aux pères.

     

    Frédéric Manns

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    Comme un diable dans l'eau bénite


    Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage (Luc 21, 13).

     
    jésus libereIl s'appelle Jean-Luc et il est âgé de 28 ans. Il demeure à Montréal et comme tous les jeunes de sa génération il se démène comme un diable dans l'eau bénite pour réussir et se tailler une place dans cette société où règnent le chômage, l'endettement, la concurrence féroce et où l'insertion sociale se fait de plus en plus difficilement.


         Jean-Luc s'est marié il y a à peine un an, il a terminé ses études, mais malgré tout il s'impose des cours du soir dans d'autres disciplines pour augmenter ses chances de trouver un autre emploi si jamais il venait à perdre celui qu'il a présentement. Ce travail qu'il vient d'obtenir le satisfait beaucoup car il s'inscrit directement dans son champ d'études, ce qui est une véritable chance compte tenu du fait que bien peu de jeunes réussissent à se placer dans le domaine pour lequel ils se sont formés. Il travaille en réadaptation auprès des handicapés. Il aime son travail. Ce qu'il apprécie par-dessus tout, c'est d'avoir la possibilité et la compétence de redonner aux personnes handicapées un peu d'autonomie, donc de fierté et de satisfaction personnelle. En plus de tout cela, il fait du bénévolat auprès d'un regroupement de jeunes dont plusieurs présentent des difficultés familiales, de délinquance et de toxicomanie. Il n'arrête pas ...


         Quant à Jésus Christ, il le respecte et l'admire. Il reconnaît en lui l'incarnation de valeurs humaines et spirituelles fondamentales. Il reconnaît en lui un grand maître spirituel et en son message une source d'inspiration. Mais il ne s'y réfère que de loin. Les questions religieuses ne le préoccupent pas beaucoup. Ce qui compte avant tout pour lui, c'est la réussite professionnelle, sociale et familiale. Pas grand temps pour le reste!


    LIEN : Jean-Luc réunit en lui des caractéristiques nombreuses des jeunes de sa génération. Il est pour ainsi dire un cas type. Parce qu'il est pris de tout bord et de tout côté et apparemment loin de la vie de l'Église, est-ce une raison pour dire que lui et sa génération sont des incroyants? Il y a plusieurs façons d'être témoin. Jean-Luc n'est-il pas à sa façon un témoin de l'Évangile de libération? Permettre à quelqu'un d'acquérir de l'autonomie, n'est-ce pas là une façon d'incarner l'Évangile et d'être témoin d'une transcendance? Jean-Luc ne transmet-il pas dans les faits une bonne nouvelle, même si la référence à Jésus Christ n'est pas explicite? N'est-ce pas d'abord dans les événements quotidiens que Jésus lui-même a fait l'annonce du Royaume de Dieu? Quiconque est épris d'humanité trouve Dieu sur son chemin, devient témoin de Dieu. La référence à Jésus Christ devient claire quand l'action parle d'elle-même, qu'elle est synonyme de libération, d'amour, de justice.

    source www.interbible.org

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  • Quelle solidité au cœur de mes fragilités?

    la-fin-des-temps.jpg Annonce de la destruction du Temple : Luc 21, 5-19
    Autres lectures : Malachie 3, 19-20a; Psaume 97(98); 2 Thessaloniciens 3, 7-12

     

    Nous avons construit le monde de belle façon depuis deux ou trois générations. Il est donc choquant de s’entendre dire : « La fin est proche »! Pourtant, quand on considère la dégradation de nos infrastructures d'aqueduc et d'autoroutes, quand on pense à nos ponts qui s'écroulent, ou quand on regarde un film comme 2012, on se dit qu'il n'y a pas grand-chose que nous construisons qui soit vraiment durable. Un volume récent, Homo disparitus, prévoit ce qui se passerait si notre espèce ne pouvait plus entretenir ses constructions. Tout ce que nous avons bâti ou fabriqué est voué à la disparition et à l’oubli en un demi-millénaire. Constat troublant!

    Au-delà des grandes peurs : Jésus!

         J’ai découvert cette limite de nos réalisations alors que je faisais la file pour entrer aux magnifiques Floralies de Montréal. Après deux heures d'attente au Vélodrome olympique, j'arrive enfin aux portes d'entrée. Soudain, un ouvrier de la construction qui était proche de moi passe la main sur une colonne de béton et se demande à haute voix : « Que va-t-il se passer si cette colonne s'effrite? » J’ai compris ce jour-là une triste réalité : le Stade olympique, ce n'est qu'un milliard de dollars de fragilité! J’ai saisi la pertinence pour l’évangile de dénoncer nos illusions. J’ai pensé justement à l’évangile de ce dimanche : Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : " Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit. (Luc 21, 6)

         À Jérusalem, on voit encore les blocs de pierre qui restent du Temple connu par Jésus. Ces blocs sont gros comme des maisons.  La vision d’avenir de Jésus ne faisait pas dans la dentelle!  L’échéance dont parle Jésus dans l'évangile doit être un événement énorme. Ce ne peut être seulement cette « fin du monde symbolique » que nous vivons lorsque nous connaissons un échec, lorsque nous vivons un deuil... C'est sans doute quelque chose de plus gigantesque que la nostalgie personnelle qui nous étreint en novembre. Parler de nos échecs, parler de notre mort individuelle, c’est une façon poétique d'aborder les propos de Jésus. Mais il faut aussi évoquer la dimension collective, communautaire qui se véhicule dans ses propos sur le témoignage. Ces dimensions, intégrées à notre témoignage personnel, serviront à gouverner notre vie de disciples, cette semaine et dans les mois à venir. À la manière des premiers disciples, le regard à long terme de Jésus influencera notre présent et notre futur immédiat.

    Au-delà du présent : l’avenir avec Dieu

         Au premier siècle de notre ère, dans le monde méditerranéen, l’immense majorité des gens partageait la sagesse paysanne.  Cette mentalité s’intéressait en priorité au présent immédiat.  Quand la vie accordait un peu de répit, on rêvait au très proche futur. Le reste semblait hors de portée. L’avenir appartenait à Dieu seul. Quiconque pouvait parler d’avenir en voyant démontrées ses affirmations devait nécessairement être un envoyé de Dieu.

         Tel est le contexte des propos terrifiants de Jésus rapportés par saint Luc. Ces propos sont mis par écrit après la destruction réelle de Jérusalem par les Romains en l’an 70. Les propos de Jésus qui prédisent la destruction de la ville s’avèrent exacts.  Cela confère une crédibilité accrue à son message global. Pour en savoir autant, Jésus doit vraiment être un homme de Dieu, un excellent porte-parole, littéralement : un prophète.

         L’évangile n’est pas un reportage en direct des propos de Jésus. C’est plutôt une mise en récit destinée à construire graduellement la crédibilité de celui qui a été rencontré bien vivant au-delà de sa mort en croix. Notre admiration pour cet homme de Dieu pourrait être diluée par notre compréhension des mécanismes de rédaction de l’évangile. En étant informés de cette procédure de rédaction, des gens vont déplorer que tout cela soit « arrangé avec le gars des vues ». Ce serait oublier que, oui, tout récit est une construction! Ce serait aussi oublier que tout récit évangélique entend faire partager une expérience positive de rencontre du Ressuscité. Ce genre de récit vise à inclure, pas à tromper et à exploiter! L’évangile, c’est une communication destinée à sauver les gens, à les faire grandir en communion avec Dieu.

         Cette communication est d’autant plus bénéfique qu’elle permet de faire face à des tensions terribles : les tensions vécues par les témoins de la Résurrection, puis par les témoins des témoins de la Résurrection… Certes, les disciples durent affronter avec leur peuple les grands malheurs de la domination romaine. Il leur fallut en plus affronter la méfiance suscitée par leur nouveau culte, leur nouvel ensemble de croyances, leur nouveau mode de vie, leur nouvelle manière de vivre les liens sociaux.

         Les affres du témoignage en faveur de Jésus furent plus compliquées à gérer que les désagréments logistiques du soulèvement contre les Romains. Encore une fois, l’évangile montre comment Jésus avait vu venir les contraintes des temps nouveaux où vivraient ses disciples. La crédibilité de Jésus repose davantage sur le réconfort offert aux disciples chargés de témoigner que sur ses seules prédictions quant au sort de la Ville sainte. Avec de tels avertissements, les disciples savent comment se comporter. Avec de telles prémonitions, les disciples ne sont jamais pris au dépourvu. 

    Au-delà du terrible présent : la persévérance

         On le constate, il y a dans l’évangile plus que des prédictions d’avenir. Il y a une sagesse adaptée à la relation Seigneur-disciples et au témoignage quotidien qu’elle exige. Cette sagesse peut équiper chaque personne qui décide d’inclure la présence du Ressuscité dans sa vie. Au bénéfice des alliés du Seigneur de l'univers, Jésus n’hésite pas à évoquer les tremblements de terre intérieurs qui accompagnent le témoignage (Luc 21, 12). Quand nous vivons l'opposition des proches, des parents, frères, de la famille, des amis à cause de notre attachement têtu à Jésus, nous vivons le mystère de fin et de recommencement décrit par Jésus.  Nous sommes alors à même d’attester la validité de ses annonces!

         Notre petit monde semble s’effondrer quand les repères de notre foi sont méprisés sur la place médiatique ou quand les balises de notre foi sont ridiculisées par le premier ignorant venu.  Pourtant, c’est le moment de tenir bon. Le moment d’affronter le jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise (Malachie 3, 19) ne sera pas synonyme de destruction pour les alliés de Dieu. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie (Luc 21, 17-19). Ainsi se confirme l’autre annonce (positive celle-là) contenue dans la première lecture : Pour vous qui craignez son Nom, le Soleil de justice se lèvera… (Malachie 3, 20).

         En 70, à la chute de Jérusalem évoquée dans l'évangile, « persévérer » a signifié se mettre en route. Laissant derrière eux les ruines de la Ville sainte, les chrétiens sont partis définitivement sur les routes du monde gréco-romain. Ils étaient convaincus de la maturité prochaine des temps et du retour imminent de Jésus comme Seigneur de l'univers. Nous vivons en chrétiens et en chrétiennes aujourd'hui grâce à cette lancée qui ne s’est jamais démentie.

     

    Alain Faucher, ptre

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2247. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.internible.org

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    Yahvé, Dieu de la délivrance ou du quotidien ?  

    prot-geons-la-terre.jpg Le christianisme a repris sans hésitation la notion de Yahvé comme Dieu de la délivrance et du salut. Depuis, on vient souvent à Dieu pour le salut, qu’il s’agisse du salut de notre « âme » ou de la délivrance du péché ou des difficultés de la vie. Par conséquent, on accorde volontiers à Dieu la juridiction sur la délivrance, mais pas nécessairement sur les affaires quotidiennes.


         Dans la gestion de son argent ou dans son comportement au travail, en famille ou en voiture sur la route, on estime souvent en pratique que Dieu est hors de sa juridiction. De même, notre société exige que l’on garde la religion et la spiritualité dans la sphère privée, regardant avec méfiance toute mention ou intrusion du religieux dans la sphère publique. Cette attitude relève de l’absurde ou d’une forme de schizophrénie : je vais adorer chez moi ou à l’église le Dieu qui demande qu’on s’occupe des pauvres et des opprimés, mais je ne vais rien faire moi-même ni rien exiger de ma société pour améliorer le sort des pauvres et des opprimés! Une telle religion ressemble dangereusement au baalisme, qui n’exigeait de ses adorants qu’un culte (prières, sacrifices, etc.), sans aucun égard pour le comportement en société.


         Or, l’histoire d’Élie montre l’importance de soumettre à Dieu toutes les sphères de notre existence. Selon Élie, Dieu n’est pas seulement le dieu de la délivrance : il est aussi le dieu du quotidien. Il faut donc faire confiance à Yahvé pour tous les aspects de notre vie, et il faut accepter sa souveraineté sur toutes les sphères de notre vie. Cela veut dire en particulier vivre toute sa vie selon les principes éthiques exigeants donnés par Dieu dans la Bible, notamment dans le Nouveau Testament. Jésus dans les Évangiles appelle les gens à le suivre, à devenir ses disciples, donc à conformer leur vie à son enseignement. Il ne demande pas seulement aux gens de venir à lui pour « être sauvés ». La conversion, ce n’est pas seulement se tourner vers Dieu pour qu’il sauve notre « âme » : c’est d’abord reconnaître sa souveraineté dans nos vies, ce qui nécessairement implique que nous devons agir différemment par la suite.


         Notre monde a grand besoin de personnes qui font preuve d’intégrité, des gens qui intègrent ce qu’ils croient et ce qu’ils sont, qui intègrent ce qu’ils pensent et ce qu’ils font, pour être la même personne dans tous les domaines de leur vie. Notre monde a besoin de gens qui font de Dieu non seulement le Dieu du salut, mais aussi celui du quotidien, le Dieu de la famille, le Dieu de la communauté, le Dieu du corps, le Dieu de l’esprit (de l’intellect), le Dieu de l’environnement, le Dieu de l’abondance, le Dieu de l’économie, le Dieu de toute la création. Réduire Dieu à la délivrance, c’est rejeter sa souveraineté sur tout le reste de sa création.

    Marc Paré

    Source www.interbible.org

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