• Quels changements le concile Vatican II a-t-il instauré, concernant la Bible et la liturgie?

       

    Vatican II a été l’occasion d’une prise de conscience de la pauvreté du nombre et du choix des textes qui étaient proclamés durant la liturgie à cette époque. Les Pères du concile ont souhaité « redonner la Parole » aux catholiques, leur permettre d’en être nourris davantage, selon l’idée que la foi vient de l’écoute de la Parole, comme le rappelle la lettre aux Romains (10,17).

         

    Le lectionnaire qu’on emploie à la messe contient une sélection de textes bibliques, et non toute la Bible. Le lectionnaire utilisé jusqu’au concile Vatican II datait du concile de Trente, au XVIe siècle. Il était organisé sur une seule année et comprenait deux textes par dimanche, pour un total de 120 lectures qui revenaient tous les ans. La première lecture ne provenait jamais de l’Ancien Testament, sauf parfois durant la Semaine sainte, avant Pâques. Elle était plutôt tirée des lettres du Nouveau Testament ou de l’Apocalypse. La deuxième lecture était extraite des évangiles.

         

    Vatican II souhaitait que la Bible serve le plus possible tout au long des liturgies. Pour constituer le nouveau lectionnaire issu du concile, on a consulté les lectionnaires d’avant le concile de Trente. Il est organisé sur une période de trois ans, chacun correspondant aux évangiles de Matthieu, Marc et Luc, appelés « synoptiques » parce que semblables en structure et en contenu. Matthieu est lu pendant l’année A, Marc l’année B, et Luc l’année C. L’évangile de Jean est utilisé durant le temps pascal, le Carême, et l’année B, particulièrement pendant l’été pour pallier la brièveté de Marc. En fin de compte, tous les évangiles sont là.

         

    Nous sommes aussi passés de deux à trois lectures, ce qui a permis d’inclure beaucoup de textes de l’Ancien Testament, en guise de première lecture. Ils ont été choisis en relation avec l’Évangile du jour, et selon les anciens lectionnaires. La deuxième lecture provient des autres écrits du Nouveau Testament et permet une lecture semi-continue. La préparation du nouveau lectionnaire a duré une dizaine d’années.

     

    Jean-Yves Garneau, SSS
    directeur de la revue Prêtre et Pasteur

     

    Source: www.interbible.org

                           


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  • La plus vieille église


    Des archéologues jordaniens affirment avoir découvert la plus ancienne église chrétienne au monde.  Elle aurait été construite entre 33 et 70 de notre ère. Elle est située à Rihab, à 50 km d’Amman, la capitale de la Jordanie. Les vestiges de cette église primitive ont été trouvés dans une grotte sous l’église Saint-Georges construite vers 230. Selon les mosaïques, elle aurait été construite en l’honneur des « 70 divins bien-aimés de Dieu ». Il pourrait s’agir des 70 disciples dont parlent les évangiles (Luc 10,1). Ils auraient fui la persécution des chrétiens à Jérusalem, et seraient venus dans le nord de la Jordanie. Ces chrétiens auraient quitté leur clandestinité lorsque la religion chrétienne fut acceptée par les dirigeants romains.

        

    Gérard Blais
    directeur du Centre biblique Har'el
    Saint-Augustin, QC

    Source www.interbible.org


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  • Le titre (La science visite la foi...) est de votre serviteur.


    « S’ils ont poussé la science à un degré tel qu’ils sont capables d’avoir une idée sur le cours éternel des choses, comment n’ont-ils pas découvert plus vite Celui qui en est le Maître? » Sagesse 13,9


    Il y a déjà plus de deux mille ans, l’auteur du livre de la Sagesse s’émerveillait de la science de son temps et s’étonnait de l’incapacité des savants à reconnaître le Seigneur de l’univers. Les progrès scientifiques d’aujourd’hui n’ont guère amélioré ce difficile rapport entre science et foi.


    Le haut-savoir conduit-il à l’incroyance? Pas nécessairement! L’expérience religieuse est d’un autre ordre que celui des expériences scientifiques. Mais alors que l’expérience religieuse requiert une bonne dose de confiance, d’ouverture, d’introspection et d’abandon, l’expérience scientifique exige rigueur, calcul, contrôle, méfiance envers les opinons acquises, etc. À chaque objectif correspond le moyen approprié. Et tout le monde n’a pas la même souplesse pour passer d’un registre à l’autre. Heureux les scientifiques en quête de Dieu! Heureux les croyants qui cherchent à comprendre, en quête de science comme le sage!


    Rodolfo Felices Luna
    Bibliste, Université de Sherbrooke

    Source www.interbible.org


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  • Nous le pouvons!

    La demande de Jacques et de Jean: Marc 10, 35-45 
    Autres lectures : Isaïe 53, 10-11 ; Psaume 32(33) ; Hébreux 4, 14-16

     

    «Comment puis-je vous aider?» La question est connue, car nous l’entendons souvent : à chaque fois que nous arrivons dans un magasin, dans un bureau, à l’accueil ou aux renseignements. Les commis ou préposés, à leur poste de travail, veulent nous rendre service, faciliter nos démarches. C’est leur gagne-pain et certains s’acquittent de cette tâche avec brio, avec sollicitude. Ils méritent amplement leur modeste rémunération. Pourquoi nous montrer avares de compliments à leur égard? C’est fou ce qu’un sourire authentique et de l’amabilité peuvent changer une journée morose en une «bonne journée».

    Le cœur sur la main

         «Laisse-moi t’aider.» Entre parents et amis, la phrase s’entend souvent, aussi. Elle témoigne de l’affection toute spéciale que nous avons pour nos êtres chers. Leur bonheur nous tient à cœur et si nous pouvons y contribuer, cela nous réjouit. Pourtant, nous essuyons parfois des refus à notre générosité spontanée. Se laisser aider par un proche, ce n’est pas toujours facile. C’est s’exposer à une critique, aussi constructive soit-elle. En effet, la familiarité donne cours à des commentaires pas toujours bienvenus sur nos diverses façons de faire les choses. L’aide apportée se surcharge de conseils qui alourdissent les relations.

         «Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous?» La question nous est adressée par un parfait étranger qui nous voit en mauvaise posture, par la suite d’un accident ou parce que visiblement nous avons besoin d’assistance. Civilité et amabilité sont purement gratuites dans ce cas. Notre «bon samaritain» ne s’attend à aucune récompense et son offre vient ouvrir notre cœur. Dans la société de robots dans laquelle nous vivons, l’humanité est encore possible! Merci, mille fois merci, pour le coup de main et pour le coup d’œil sur la nature des personnes, qui ravive notre espérance!

    Une ambition démesurée

         Jésus Christ présente une disponibilité semblable envers ses disciples, lorsqu’il leur pose la question : Que voudriez-vous que je fasse pour vous? Jacques et Jean, les frères fils de Zébédée, pêcheur galiléen, voudraient siéger aux côtés du Christ glorieux, ni plus ni moins. Encouragés par leur proximité avec le maître et par l’humble disponibilité de ce dernier, ils dévoilent l’ambition qu’ils chérissent par-dessus tout. Ils aimeraient participer au triomphe de leur «idole». Pourquoi pas? Après tout, ils ont renoncé à tant de choses pour le suivre… Seulement, Jésus ne veut pas être pris pour une idole. Lorsque Jean et Jacques s’envolent en pensée vers les cieux, Jésus les ramène droit sur terre. Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé? leur dit-il. Impossible de dissocier la gloire céleste du sacrifice terrestre. La coupe et le baptême renvoient à l’offrande que Jésus va faire de sa vie sur la croix. Jésus va boire à la coupe amère de la mort et il recevra le baptême du sang au Calvaire. Sa gloire céleste n’a ni plus ni moins que le poids de son témoignage terrestre. Les disciples naïfs que sont les fils de Zébédée peuvent-ils porter le poids de leurs ambitions?

    La gloire et la croix

         Nous le pouvons!, répondent-ils avec conviction. Devant leur enthousiasme, Jésus approfondit davantage son enseignement. Même en témoignant de leur vie, même en versant leur propre sang, les disciples ne peuvent pas «acheter» leur place aux côtés du Christ glorieux. Leur ambition invalide tout simplement leur témoignage. On ne boit pas à la coupe de la Cène et on ne reçoit pas le baptême du sang pour mieux briller aux côtés du Seigneur… Si on consent à livrer sa vie, c’est parce que l’on ne pourrait pas être en paix avec sa conscience et jouir de la vie sans souci. La souffrance et la mort ne sont pas une monnaie d’échange pour la gloire céleste. Souffrir et mourir n’est pas à rechercher comme si c’était le but de la vie. Jésus ne veut pas de religion masochiste! Le martyre est un événement malheureux, qu’il serait inapproprié de rechercher, car cela traduirait alors une soif de pouvoir que le Christ condamne. Le véritable témoin dépose sa vie lorsqu’il y est contraint par la situation où il se trouve, afin de ne pas renier sa foi, ses convictions profondes ou sa relation à Dieu. Le véritable témoin vit son sacrifice comme une épreuve douloureuse à laquelle il choisit de ne pas se dérober, pour ne pas trahir ses engagements, pour ne pas fausser le sens de sa vie. Le véritable martyr offre sa vie pour ne pas la pervertir et pour ne pas la perdre, finalement! S’il pouvait rester fidèle sans mourir, il le ferait! Ce n’est qu’acculé au dilemme d’être lui-même ou de se laisser corrompre, que le martyr consent à livrer sa vie.

    Servir à la suite de Jésus

         Les grands font sentir leur pouvoir, nous dit Jésus. Ils ne veulent pas toujours notre peau. Parfois, ils veulent juste infléchir un peu notre conscience, la plier à leurs intérêts, obtenir de nous des compromis, ou notre silence complice. Être témoin, c’est accepter de sacrifier ce qui est en jeu : un bénéfice, une position avantageuse, un emploi lucratif, une promotion ou un honneur… qui seraient au prix de notre intégrité morale et de nos valeurs profondes. En discernant ce qui est juste et vrai, en consentant au sacrifice en cause, nous pouvons tous devenir des témoins du Fils de l’homme crucifié, qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Voilà ce que nous pouvons faire, pour Dieu, pour le Christ, pour nos semblables et pour nous-mêmes, si nous voulons servir à la suite de Jésus.

    Jésus, le Serviteur souffrant

    Le serviteur a plu au Seigneur (Isaïe 53,10)
               
         Les premiers chrétiens ont eu tout un défi à relever, en essayant de comprendre le mystérieux dessein de Dieu, qui laissait son Fils mourir sur une croix. Le beau chant d’Isaïe sur le Serviteur témoin leur a permis d’approfondir la mort de Jésus comme une offrande d’amour, de vérité et de fidélité, agréé par le Père et transformée par lui en source de salut.

    Jésus, le médiateur                         

    Avançons-nous donc avec pleine assurance (Hébreux 4,16)

         Même lorsque nous ne réussissons à être fidèles, l’auteur de l’Épître aux Hébreuxnous encourage à nous avancer vers Dieu avec la pleine assurance d’obtenir miséricorde, puisque le Christ, par le don de sa vie, a percé le voile qui nous séparait des cieux.

     

     

    Source www.interbible.org

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  • 2012, calendrier maya et autres apocalypses


    À certaines périodes historiques, il est possible d’observer une recrudescence des « prophéties » annonçant une imminente fin des temps.  Le film états-unien 2012 l’illustre à merveille.  S’il convient de reconnaître que nous sommes la première génération à pouvoir exercer l’autodestruction par des armes nucléaires, biologiques ou la crise socioécologique, existe-t-il néanmoins une réelle « révélation » maya, biblique ou autre, décrivant le déroulement du futur?  Ne convient-il pas de situer ces prophéties dans leur contexte social et théologique? 

         À la différence de la perception courante, le mot prophète (en hébreu nabî, signifie littéralement « quelqu'un qui annonce » d'où le grec prophetes « quelqu'un qui parle au nom de ». Le terme le plus proche en français est héraut. Les prophètes ne sont donc pas concernés par le futur mais par le présent. Le terme nabî n’est jamais employé pour désigner une personne dévoilant l'avenir. Lorsqu'ils/elles se réfèrent au futur, c'est pour mettre uniquement en relief  leur espérance pour le moment présent. Par exemple, l'oracle d'Isaïe 7,14, n'annonce pas la naissance de Jésus mais tout simplement celle d'un fils ; signe du soutien divin au roi Achaz. Une relecture chrétienne y a perçu une figure messianique. Il en va de même pour le livre de l’Apocalypse. Son auteur cherche avant tout à réconforter des communautés chrétiennes persécutées par l’Empire romain.

         Si l’Apocalypse est associée spontanément à une « prophétie de l’avenir », elle « clôt » une « prophétie du passé », selon l’expression d’André Beauchamp [1], constituée des premiers récits de la Genèse. Les textes apocalyptiques et ceux de la Genèse représentent des images traduisant la conviction que la divinité donne le sens ultime de l’histoire. Les livres de l’Apocalypse et de la Genèse sont avant tout des métaphores et non des faits éprouvés.

         Autrement dit,  la « venue finale » du Christ, dépeinte dans l’Apocalypse, s’avère tout aussi symboliquement vraie, mais non factuelle, que la création vétérotestamentaire de la première femme et du premier homme. Concrètement, cela implique que si l’humanité procède au suicide collectif, la Terre et l’univers poursuivront leur destin respectif sans les êtres humains. Il ne demeurera de nous que des vestiges matériels ou immatériels, mais il n’y aura plus personne pour les interpréter.

         À l’heure des défis inédits, ne convient-il pas de renouer avec l’essence du message évangélique : oeuvrer contre les forces de mort, qu'elles soient économiques, politiques ou sociales afin de construire ensemble le projet, toujours inachevé, d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle (Ap 21,1)?

    [1] André Beauchamp, L’église et l’environnement, Montréal, Fides, 2009.

     

     

     

     

     

    Source : www.interbible.org

     


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  • Le temps de la fin

    Exhortation à la vigilance (Mt 24, 37-44)
    Autres lectures: Is 2, 1-5 ; Ps 121 (122); Rm 13, 11-14

     

    Le retour de Jésus, la fin des temps et les signes de la fin du monde, la ruine de Jérusalem et du Temple, la mort de chacun : tous ces événements ont l'air d'être mélangés dans les récits qui décrivent la fin du monde et le retour du Fils de l'homme. Pourquoi avoir mis ensemble tous ces événements qui surviennent pourtant à des époques différentes? C'est qu'en Jésus un temps nouveau a été inauguré : c'est l'aujourd'hui du Fils de l'homme. Jésus a inauguré les derniers temps qui, au regard de Dieu, se déroulent comme un seul événement en deux temps : la glorification de Jésus à sa résurrection et son retour glorieux.


         Depuis près de 2000 ans, nous attendons le retour du Fils de l'homme, son avènement (du latin adventus: visite). Le danger qui menace certains, c'est de penser que ce retour va arriver immédiatement, mais le danger qui menace la plupart, c'est de croire que le retour n'arrivera pas et de n'attendre plus rien.

             

         Le temps de l'Avent est celui de l'attente. Non pas l'attente de la naissance de Jésus, mais de son retour. C'est le temps de l'espérance et de la vigilance, car sa venue a tout changé pour nous. En sommes-nous conscients et prêts à rencontrer Jésus qui revient? L'Avent est un temps pour raviver l'espérance, pour préparer le monde au retour du Christ. Au temps de Noé, on mangeait, on buvait, on se mariait. Le déluge est arrivé sans préavis. Jésus s'y réfère non pas sous son aspect de punition à cause de la méchanceté des hommes, mais sous son aspect soudain et inattendu. Les gens ne se sont doutés de rien. Jésus ne signale pas le péché des contemporains de Noé mais leur fausse sécurité. Leur horizon se limitait au plan humain, à leurs propres ressources, aux événements qui dépendent d'eux-mêmes.

                    

         L'humanité d'aujourd'hui est comme anesthésiée. Les progrès matériels, techniques et scientifiques tendent à nous faire croire que nous sommes les maîtres de tout. On croit solide ce monde dans lequel on s'est habitué à vivre. Jusqu'au moment où notre sécurité est remise en question par l'imprévu.

                

         La vocation des croyants et des chrétiens fait d'eux des guetteurs de Dieu. Dans la nuit de l'humanité qui se prolonge, la mission des chrétiens est de veiller, comme le demande Jésus. La pire chose qui puisse arriver aux hommes, c'est que leur coeur, « lassé de tout, même de l'espérance », n'entende plus les pas et la voix de Dieu. Jésus multiplie les images pour nous réveiller (l'éclair, le déluge, le cambrioleur) et nous rappeler notre rendez-vous avec Dieu.







    Source : www.interbible.org

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  •  Que devons-nous faire? La prédication de Jean le Baptiste :

    Luc 3, 10-18 Autres lectures : Sophonie 3, 14-18a; Psaume : Isaïe 12; Philippiens 4, 4-7

     

    Jean-le-Baptiste.jpg À la veille de Noël la prédication de Jean Baptiste retentit encore comme un appel à la conversion : Produisez donc des fruits dignes du repentir … tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu (Lc 3, 8-9). Le temps de Noël suscite chaque année toutes sortes d’initiatives en faveur des enfants, des pauvres, des malades mais, au-delà de ces gestes généreux, produit-il un changement profond, une véritable conversion? C’est pourquoi la question posée à Jean par ses auditeurs demeure d’actualité : Que devons-nous faire?La réponse de Jean Baptiste    

     

    On est frappé par la différence de ton entre le discours de Jean  (vv. 7-9), d’une rare violence et les réponses données à ses interlocuteurs (vv. 10-14) qui paraissent des solutions de simple bon sens, sans exigence particulière. Bien sûr, on peut expliquer ce contraste par les sources différentes utilisées par Luc (les versets 7-9 ont leur parallèle en Mt 3, 7-12 alors que les versets 10-14 sont propres à Luc). En procédant ainsi Lucmontre que la véritable conversion ne consiste pas en des gestes spectaculaires ni en l’adoption d’un mode de vie singulier. Jean n’exige pas que l’ensemble de la population adopte son régime  (cf. Lc 3,4) mais il demande que soient respectées les exigences fondamentales de l’Alliance : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6,8; voir aussi : Dt 10, 10-13; Os 12,7).Celui qui a deux vêtements… (v. 11)    

     

    La première question adressée à Jean vient des foules (v. 10). On doit donc comprendre la réponse comme une règle générale applicable à tout le monde. Jean reprend un enseignement déjà bien connu de l’Ancien Testament, le partage avec les plus pauvres. Pour lui il s’agit d’une exigence de base : Certes, les pauvres ne disparaîtront point de ce pays; aussi, je te donne ce commandement : tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays (Dt 15, 11; cf. aussi : Is58, 6-7). À travers toute son œuvre, Luc est particulièrement préoccupé de montrer comment le souci des pauvres fait partie de l’existence chrétienne et comment l’avènement du Royaume doit changer concrètement le sort des plus démunis (cf. Lc6,20; Ac 4, 34-35).Des publicains vinrent aussi se faire baptiser (v. 12)    

     

    L’intérêt de Luc pour les publicains est bien connu. La présence de certains d’entre eux auprès de Jean Baptiste révèle que tous n’étaient pas des exploiteurs sans scrupules; quelques-uns au moins désiraient se convertir et se préparer à la venue du Royaume de Dieu : Tout le peuple qui a écouté, et même les publicains, ont justifié Dieu en se faisant baptiser du baptême de Jean (Lc 7,29). La suite de l’évangile montre que plusieurs d’entre eux étaient proches de Jésus (cf. Lc 5, 29-32; 15,1); certains devinrent même des disciples (cf. Lc 5, 22-28; 19, 1-10); enfin c’est le publicain qui se reconnaît pécheur qui est justifié par Dieu de préférence au Pharisien irréprochable (Lc 18, 9-14).    

     

    Les publicains n’appartenaient pas aux classes sociales les plus défavorisées mais ils étaient quand même marginalisés à cause de leur collaboration avec les Romains et du fait de leurs pratiques souvent douteuses dans la manière d’exercer leurs fonctions. Luc s’intéresse à eux parce que , comme les bergers (cf. Lc 2, 8-20) et les pécheurs en général (cf. Lc 5, 30-32; 15, 1-2), ils appartiennent à une catégorie d’exclus pour lesquels la Bonne Nouvelle du Royaume est particulièrement importante (cf. Lc 4, 18-19). Contrairement aux Pharisiens, qui exigeaient des publicains qu’ils abandonnent leur métier pour pouvoir participer pleinement à la vie de la communauté juive, Jean se contente de demander qu’ils exercent leurs fonctions avec probité, sans profiter de la situation pour s’enrichir. Une manière de montrer qu’on peut être fidèle à Dieu même en exerçant un métier méprisé.Ne faites ni violence ni tort (v. 14)    

     

    On ne sait pas si les soldats venus entendre Jean Baptiste sont des Romains ou des Juifs engagés comme mercenaires. Dans la suite de l’œuvre de Luc les militaires romains sont présentés de manière plutôt positive (par exemple : le centurion de Capharnaüm, Lc 7, 1-10; le centurion témoin de la mort de Jésus, Lc 23,47; les militaires chargés de garder Paul, Ac 23, 16-22; et surtout le centurion Corneille, Ac 10). Dès l’entrée en scène de Jean Baptiste, Luc montre que la carrière militaire n’est pas incompatible avec une vie droite  à la condition qu’on fasse son métier avec justice, en respectant les personnes et les biens. À l’époque il s’agissait presque d’une révolution si on considère les prises de positions résolument hostiles aux Romains et à leurs alliés qu’on trouve, entre autres, dans certains des écrits de Qumran.Le peuple était dans l’attente (v. 15)    

     

    Il suffit de lire quelques pages de Flavius Josèphe pour se rendre compte du climat d’agitation qui régnait dans la région au début de l’ère chrétienne (par exemple : Guerres 2, 6). On peut comprendre l’attente du peuple qui souhaite la paix et la tranquillité … avec en prime, si possible, la liberté.    

     

    L’idée de l’attente prend, à l’occasion, un sens théologique en lien avec la venue du Royaume de Dieu (cf. 2 Pierre 3, 12-13). Le contexte, dans l’évangile, suggère que l’attente du peuple se rapporte à la venue du messie sans préciser ce que recouvre ce titre. Jean refuse pour lui-même cette fonction et il expose, dans un petit discours, sa vision du messie (vv. 16-17).    

     

    Celui qui vient est plus puissant que Jean (v. 16) à un point tel que celui-ci ne se sent pas digne de s’humilier devant lui pour détacher ses chaussures. Cette comparaison montre la distance qui sépare Jean de ce mystérieux personnage dans lequel les chrétiens ont reconnu Jésus. Deuxième caractéristique : Il vous plongera dans l’Esprit Saint et le feu (v. 16). Notre manière de célébrer le baptême dans l’Église latine, même si elle présente d’incontestables avantages sur le plan pratique, nous fait oublier la force du mot «baptiser» qui signifier : plonger, immerger. Pour un familier de l’Ancien Testament, être plongé dans le souffle et dans le feu  évoque des images de jugement :Il fera pleuvoir sur les impies charbon de feu et souffre et dans leur coupe un vent de flamme pour leur part  (Ps 11 (10), 6). En même temps, Luc prépare déjà la scène de la Pentecôte où le feu et le vent violent seront associés au don de l’Esprit Saint (Ac 2, 2-4).
     

    Enfin la perspective du jugement est affirmée plus clairement encore dans l’image du vanneur qui sépare le grain de la paille (v. 17).     Luc conclut en déclarant que ces propos  sont Bonne Nouvelle (v. 18). Malgré son ton menaçant, l’enseignement de Jean amorce les temps nouveaux; la venue du Royaume est imminente, il faut se convertir. Du point de vue chrétien, il prépare l’apparition de Jésus dans la vie publique; en ce sens on peut l’appeler Évangile, Bonne Nouvelle.Soyez toujours dans la joie (Phil 4, 40)    

     

    La source de la joie chrétienne est la bonne nouvelle du salut. Le Seigneur est proche,écrit Paul (Phil 4,5); le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur, disait déjà Sophonie six siècles avant la naissance de Jésus (So 3, 15). Et Jean reprend, comme en écho : Il vient, celui qui est plus puissant que moi (Lc 3,16). La liturgie invite les chrétiens à se réjouir non seulement de la fête de Noël toute proche mais surtout parce que le Seigneur est proche. La célébration de sa venue à un moment précis de l’histoire invite à le reconnaître et à l’accueillir à chaque jour car Dieu a choisi d’habiter ce monde qu’il a créé. Il (le) renouvellera par son amour  (So 3, 17); et la paix de Dieu … gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus (Phil 4,7). 

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    Source www.interbible.org

    Jérome Longtin, prêtre

    Bibliste, Longueuil 

     


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  • Jésus et la Terre Sainte

    Les visiteurs de la Terre Sainte qui désirent « marcher sur les pas de Jésus » sont parfois un peu surpris les premiers jours lorsqu’ils réalisent que l’identification précise des lieux bibliques est plus compliquée qu’elle n’apparaît à première vue. Plusieurs lieux rattachés à des passages des évangiles sont plus folkloriques qu’historiques. En d’autres mots, Jésus n’est pas toujours là où on le cherche...

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    Les vestiges d’une Béthanie... en Jordanie!
    (photo : C. Boyer)

    « Que cherchez-vous? » (Jn 1,38)

         Les évangiles mentionnent plusieurs lieux dont on a perdu la trace et qu’il est difficile, parfois impossible, de situer. C’est le cas de Béthanie, par exemple. On peut visiter une localité de ce nom aujourd’hui près de Jérusalem, de l’autre coté du mont des Oliviers, mais on peut aussi en visiter une autre, située en Jordanie et portant le nom de « Béthanie-au-delà-du-Jourdain ». Même chose pour Cana : deux villages de Galilée portent ce nom. Quant à Emmaüs, au moins cinq emplacements ont été suggérés.

         Il y a aussi des épisodes dont les évangiles ne précisent pas l’emplacement géographique. Lorsqu’il est question d’une montagne ou d’une colline par exemple, comment savoir laquelle est-ce, il y en a tellement en Terre Sainte! Où situer cette montagne où Jésus a été transfiguré (Mc 9,2-8)? Sur l’actuel mont Thabor? Et sur quelle colline Jésus a-t-il prononcé ses Béatitudes (Mt 5,1-12)? Sur celle que l’on a appelée le « mont des Béatitudes »? Peut-être, encore que selon l’évangile de Luc, ce n’est pas sur une montagne, contrairement à l’évangile de Matthieu, mais dans une plaine que Jésus a prononcé ses Béatitudes (Lc 6,17-23). Et puis... Jésus a sans doute annoncé des béatitudes à plus d’un endroit...

         Parfois, les évangiles fournissent des informations géographiques, mais celles-ci ne sont pas toujours assez précises pour pouvoir identifier le lieu même où tel épisode a eu lieu. Les évangiles précisent par exemple que c’est à Jérusalem que Jésus a pris son dernier repas en compagnie de ses apôtres (Mc 14,12-16), mais est-ce vraiment dans le « Cénacle » qui se trouve actuellement sur le mont Sion? Les évangiles indiquent aussi que l’arrestation de Jésus par les gardes du grand prêtre a eu lieu dans un jardin du mont des Oliviers (Jn 18,1). Mais est-ce précisément dans le « jardin des oliviers » que l’on peut visiter aujourd’hui? Ou un peu plus loin? Et ensuite Jésus a-t-il vraiment été emmené sur le lieu que l’on présente comme le site de la « maison de Caïphe » (Mt 26,57) situé aujourd’hui dans le quartier arménien?

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    Le « jardin des Oliviers », près de l’église de Toutes-les-Nations sur le mont des Oliviers.
    (photo : C. Boyer)

         Autres éléments à considérer : l’historicité de certains événements ainsi que l’existence de certains personnages des évangiles ne doivent pas toujours être pris au pied de la lettre. Inutile, donc, de chercher à les rattacher à des lieux précis. Le meilleur exemple est sans doute l’auberge du bon Samaritain, que l’on peut visiter aujourd’hui non loin de Jéricho. Il faut simplement oublier le temps de la visite que cet épisode des évangiles est une parabole racontée par Jésus... (Lc 10,25-37).

         D’autres localisations n’ont pas de fondement biblique précis et sont plutôt tirées d’écrits postérieurs, comme les évangiles apocryphes et les Pères de l’Église. C’est le cas de la « Grotte de la Nativité », à Bethléem. Jésus est-il né dans une grotte? Ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas ce que disent les évangiles, même que le texte grec de l’évangile de Matthieu laisse plutôt croire que Jésus est venu au monde chez Joseph, tout simplement (Mt 1,24-25).

    « Cherchez et vous trouverez » (Mt 7,7)

         Pour comprendre la présence en Terre Sainte de tous ces lieux bibliques dont plusieurs ont un lien très ténu avec l’histoire, il faut se rappeler que ce sont des pèlerins chrétiens qui, dès les premiers siècles de notre ère, furent parmi les premiers à identifier certains sites de Terre Sainte avec des passages de la Bible. Leur souci, cependant, n’était pas la valeur historique de l’association, mais sa valeur symbolique et spirituelle.

         Lorsque les pèlerins s’arrêtaient pour se reposer et pour se revitailler, ils en profitaient pour prier et se recueillir. Et bien sûr, ils méditaient sur tel ou tel épisode biblique qui aurait pu s’être déroulé à cet endroit. Si les pèlerins s’arrêtaient à telle source, sans doute en profitaient-ils pour se rappeler la rencontre de Jésus et la Samaritaine au puit de Jacob (Jn 4,1-42). Et lorsqu’ils faisaient halte à l’ombre d’une montagne au désert, peut-être se commémoraient-ils les tentations que Jésus a eu à subir (Mt 4,1-11). À la longue, on a associé ce lieu de halte à l’épisode biblique lui-même.

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    Le puits de Jacob, à Naplouse.
    (photo : C. Boyer)

         Il y a ainsi, en Terre Sainte, bien d’autres lieux que la tradition a rattachés à différents passages des évangiles dès les premiers siècles et jusqu’à nos jours, mais qui n’ont aucun lien véritable avec l’histoire. On peut donc aujourd’hui visiter l’arbre dans lequel monta Zachée à Jéricho... ou encore le rocher sur lequel s’était posé Jésus lorsqu’il multiplia les pains en Galilée... le trajet exact emprunté par Jésus portant sa croix à Jérusalem...  et même le lieu précis où Jésus aurait amorcé son ascension au ciel à partir du mont des Oliviers et qui porte encore la trace de son pied...

    « Cherchez d’abord son royaume et sa justice » (Mt 6,33)

         À ceux qui seraient tentés d’être un peu attristés par le coté légendaire de plusieurs lieux saints, il faut rappeler deux choses. Premièrement, le christianisme est une religion qui s’inscrit fortement dans l’histoire; le message de Jésus, pour être valide, doit absolument s’être incarné dans un individu ayant réellement existé à une époque précise et dans un lieu identifiable. Et c’est exactement le cas : le personnage de Jésus a véritablement existé et il a bien vécu en Terre Sainte au début du premier siècle de notre ère. Le reste est très important et intéressant dans une perspective historique, mais est beaucoup plus intéressant qu’important dans le cadre de la foi.

         Dès lors, il est normal que pour les chrétiens les lieux saints agrémentent la foi et ne lui servent pas de pilliers. Les lieux saints peuvent être très propices au recueillement et à la prière, ils fournissent des occasions de réflexion, mais ils restent secondaires. Est-ce que la personne de Jésus perd de sa valeur du fait qu’on ne puisse pas identifier avec certitude les différents lieux qu’il a visités lors de ses déplacements en Terre Sainte? Bien sûr que non. Est-ce que les Béatitudes et les paraboles de Jésus perdent leur sens si on ne sait pas précisément sur quelle colline Jésus était assis lorsqu’il les a prononcées? Sûrement pas. La pertinence du message de Jésus ne dépend pas du tout de la valeur historique des lieux saints.

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    Vue sur le lac de Tibériade à partir du « mont des Béatitudes ».
    (photo : C. Boyer)

         Deuxième chose : existe-il des sites bibliques réellement historiques en Terre Sainte? Bien sûr, et il y en a plusieurs qui sont rattachés précisément à l’histoire de Jésus. On ne peut pas souvent affirmer avec certitude « Jésus a marché ici et là précisément », mais bien des sites peuvent être identifiés avec un haut degré de certitude comme ayant réellement été fréquentés par Jésus. C’est le cas par exemple de certaines localités de Galilée, notamment Capharnaüm, où ont été retrouvés des restes d’habitations de l’époque de Jésus ainsi que les fondations d’une synagogue du Ier siècle (voir Mc 1,21).

         C’est aussi le cas de Jérusalem, bien sûr, dont la vieille ville actuelle chevauche celle de l’époque de Jésus sur à peu près la moitié de sa superficie. Les murailles et les portes actuelles ne sont pas celles qu’a franchies Jésus et la ville qu’a connue ce dernier était plus basse de quelques mètres par rapport au niveau actuel, mais la Jérusalem de l’époque n’est pas totalement perdue. On peut par exemple visiter, sous une partie de la vieille ville, le « Quartier hérodien », qui présente les restes de riches habitations détruites lors de la guerre juive de 66-70 et qui représentent tout-à-fait le type de demeure dans laquelle vivaient Caïphe et les autres grand-prêtres. On peut aussi visiter les restes du palais d’Hérode, qui servait de résidence aux gouverneurs à l’époque romaine et qui est probablement l’endroit où Jésus fut condamné à mort par Pilate (Mc 15,1ss).

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    Le sous-sol de la vieille ville de Jérusalem contient des vestiges
    de riches demeures juives datant du Ier siècle.
    (photo : C. Boyer)

         Le temple de Jérusalem n’existe plus, il a été détruit par les Romains durant la guerre juive, mais le grand parvis sur lequel il était érigé et où s’est vraisemblablement déroulé l’épisode des marchands du temple est encore accessible (Mc 11,15-18). Une partie du mur qui entourait ce parvis est d’ailleurs toujours debout, c’est le fameux mur des Lamentations. Et un peu plus au sud, on peut visiter un site archéologique comportant les restes d’escaliers et de bains rituels associés au temple ainsi que le tracé de deux portes qui donnaient accès à l’esplanade.

         Lorsque Jésus se rendait à Jérusalem à partir du mont des Oliviers, il avait nécessairement sous les yeux les tombeaux de la vallée du Cédron, qui sont encore debouts aujourd’hui. Et à Jérusalem, il a fort possiblement emprunté l’escalier de pierre datant de l’époque hasmonéenne qui se trouve aujourd’hui sur le terrain de l’église Saint-Pierre-en-Gallicante et qui est toujours accessible.

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    Cet escalier à Jérusalem existait et était utilisé à l’époque de Jésus.
    (photo : C. Boyer)

    « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Lc 24,5)

         Certains sites qu’on peut associer à Jésus étaient à son époque situés hors des murs de Jérusalem mais sont aujourd’hui à l’intérieur des murailles actuelles de la vieille ville. C’est le cas de la piscine de Bethesda, cette « piscine aux cinq portiques » où l’évangile de Jean situe la guérison d’un infirme par Jésus (Jn 5,1-18). C’est le cas aussi de ce qui pourrait bien avoir été le lieu du Golgotha ainsi que le lieu de la tombe de Jésus et qui ont été intégrés à l’église du Saint-Sépulcre; on peut en effet y voir les restes d’un monticule ainsi que les tombes d’un cimetière utilisé au Ier siècle de notre ère.

         Bien sûr, il y a toujours les différentes régions de la Terre Sainte, qui sont rattachées à leur façon à divers passages des évangiles. Notamment la Galilée, où Jésus a passé la majeure partie de sa vie, et le pourtour du lac de Tibériade, qu’il a fréquenté avec ses disciples. Il y a aussi le fleuve du Jourdain, où Jésus a été baptisé par Jean Baptiste (Mc 1,4-11), et qui, avant de se déverser dans la mer Morte, passe non loin de Jéricho, où Jésus a guéri le mendiant aveugle Bartimée (Mc 10,46-52).

         Comme on le voit, des sites en Terre Sainte qui bénéficient d’un haut degré de certitude quant à leur rapport historique avec Jésus, il en existe. Si tous les lieux saints n’ont pas le fondement historique qu’on leur souhaiterait et s’il faut souvent beaucoup d’imagination pour se représenter la Palestine à l’époque de Jésus même en étant sur place, Jésus n’est jamais vraiment très loin.

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    Chrystian Boyer


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  • Une vierge enceinte : annonce prophétique ou relecture chrétienne?

    QQuel est le passage biblique de l’Ancien Testament, dans la littérature prophétique, qui parlerait d’une vierge qui enfanterait un Messie à venir? Est-ce que ce passage annonçait clairement la naissance de Jésus?

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    RLe passage en question est Isaïe 7,14. En voici le texte selon la Bible de Jérusalem : « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » Le contexte original du livre situe l’oracle au temps des guerres syro-éphraïmites, dans les années 734-733 avant notre ère. Vu la montée de l’empire assyrien, le roi de Damas Raçôn et le roi d’Israël Péqah (737-732) voulurent entraîner Achaz (736-716), le jeune roi de Juda, dans une espèce de « guerre préventive » contre le roi assyrien Téglat-Phalasar III (745-727). Comme le roi Achaz refusait de joindre la coalition, les deux rois l’attaquèrent. Achaz fit alors appel à l’Assyrie pour recevoir de l’aide et le roi Téglat-Phalasar ravagea la région (voir 2 Rois 15–16). Finalement, l’empire assyrien prit la ville de Samarie, capitale du royaume du Nord, en 721 avant notre ère (voir 2 Rois 17). Plus tard, le roi assyrien Sennachérib (704-681) mit le siège devant Jérusalem en 701 mais ne put la prendre (voir Is 36–37 et 2 Rois 18).

         
    Cette époque troublée est celle où le prophète Isaïe a exercé son ministère. Proche de la cour et avec des idées politico-religieuses bien définies, Isaïe essaya vainement de s’opposer à la politique trop humaine, selon lui, du jeune roi Achaz. Il rejeta la capitulation devant les alliés syriens et israélites qui avaient l’intention de s’emparer de Jérusalem pour y placer un souverain en accord avec leurs vues. Il condamna également le projet d’Achaz, qui, face au danger, voulut faire appel aux Assyriens; il exigea du roi Achaz une politique de résistance et de fermeté, fondée sur les promesses de Dieu à David et à Sion. Les déclarations du prophète durant cette crise se lisent en particulier dans les chapitres 7–11, appelés le « livre de l’Emmanuel ». Le mot d’ordre en est : « Ne crains pas, crois seulement » (7,1-9), confirmé par la parole sur l’Emmanuel (7,10-17; voir aussi 9,7-20 et 5,25-29).
     

         Dans le cas précis qui nous occupe ici, Isaïe annonce que la délivrance de la menace assyrienne et des coalisés viendra d’un descendant du roi. La mère du roi est désignée en hébreu par le mot ‘almah, qui signifie une jeune fille. La plupart des spécialistes pense que la prophétie s’applique d’abord à Ézéchias (716-687), le fils et successeur d’Achaz, ou un autre de ses successeurs, qui reçoit le nom symbolique d’« Emmanuel » qui signifie « Dieu avec nous ». C’est que, généralement, les annonces des prophètes concernaient des événements proches. En effet, on conçoit assez mal que le prophète réponde au danger imminent des armées s’avançant sur Jérusalem par une prophétie dont l’accomplissement arriverait plusieurs décennies, voire plusieurs siècles plus tard.
     

         Mais les oracles des prophètes sont relus et réactualisés à chaque époque. Ainsi, la relecture du prophète Isaïe dans les siècles suivants de la figure de l’Emmanuel a appliqué le salut et la victoire qu’il apportait à d’autres réalités. C’est là un phénomène constant et normal avec les textes bibliques. C’est-à-dire qu’à partir d’un sens original qui visait une situation historique précise, les générations suivantes ont appliqué l’oracle à une situation similaire. C’est ce phénomène de relecture qui fait que notre Bible est la Bible. En d’autres termes, la capacité d’appliquer les oracles à des situations semblables ou d’actualiser les textes. Si ce phénomène n’existait pas, les croyants de toutes les époques n’auraient pas pu appliquer à leur situation des textes qui avaient été prononcés ou écrits dans d’autres siècles. Ainsi, d’un roi qui délivrait de la menace des armées ennemies au VIIIe siècle avant notre ère, on est passé à un autre roi (un « messie », puisque ce mot signifie « celui qui a reçu l’onction royale »), descendant de David, qui délivre des maux et des dangers d’un autre ordre.
     

         Une des relectures et réinterprétations d’Is 7,14 qui a été marquante, a été la traduction de l’Ancien Testament en grec, appelée la « Septante ». Dans le grec, le texte dit : « Voici que la vierge est enceinte... ». C’est ce texte grec qui a été cité dans l’Évangile de Matthieu (1,23) et appliqué à la Vierge Marie et à Jésus Christ.

         L’oracle original d’Is 7,14 prophétisait-il donc clairement la naissance de Jésus Christ? Non, si tout était clair, il n’y aurait plus de place pour la foi. Ce sont les générations croyantes des siècles suivants qui ont relu et actualisé le texte à la lumière des événements du Nouveau Testament. Cette application de l’oracle à Jésus Christ est donc tout à fait correcte et fait partie de notre tradition de lecture. Ce qu’il importe pour nous est de distinguer les différents niveaux d’interprétation légitimes.
     

         On a ici un exemple frappant de la vie des textes bibliques au sein de la communauté croyante qui lit et relit les textes, qui les interprète et les réinterprète. C’est ce que l’Église appelle la « tradition interprétative ».

    Hervé tremblay

     

    source www.interbible.org

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  • Jésus, Marie et Joseph ont connu la maison récemment découverte à Nazareth
    Entretien avec le directeur de l´Association Marie de Nazareth

    nazareth.jpg ROME, Vendredi 25 décembre 2009 (ZENIT.org) - Une maison du temps de Jésus vient d'être découverte à Nazareth (cf.Zenit du 20 décembre) à l'endroit où l'Association « Marie de Nazareth » est actuellement en train de construire un centre international multimédia consacré à Marie. Pour mieux comprendre le contexte de cette découverte et ses enjeux, ZENIT a interviewé Olivier Bonnassies, directeur exécutif de l'Association.

    ZENIT - L'annonce, par les archéologues israéliens de l'Israël Antiquities Authority, de la découverte d'une maison du temps de Jésus à Nazareth a fait le tour du monde. Dans quel contexte cela s'est-il produit ?

    O. Bonnassies - L'Association Marie de Nazareth que nous avons créée en France en mai 2001 construit en ce moment le Centre international Marie de Nazareth, qui proposera bientôt aux pèlerins, aux touristes et aux habitants de la Terre Sainte, de découvrir le mystère de la Mère de Dieu et l'ensemble de la foi chrétienne à partir de parcours multimédias modernes. Nous avons pour cela acheté 3 bâtiments en face de la Basilique de l'Annonciation, au cœur de Nazareth, et 2 autres bâtiments, de l'ancienne école Saint Joseph, sont loués aux Sœurs de Saint Joseph de l'Apparition. La cour de cette ancienne école a été creusée d'environ 3 mètres pour les travaux actuellement en cours, et les ouvriers sont tombés sur des murs anciens. Les travaux ont donc été stoppés et les archéologues israéliens sont alors intervenus.


    ZENIT - Comment se sont déroulées les fouilles ?

    O. Bonnassies - Elles se sont faites à nos frais, sous la direction de M. Dror Barshod, directeur du District Nord de l'Israël Antiquities Authority. La responsable des fouilles, Yardenna Alexandre, et son équipe, ont commencé par fouiller un premier carré de 10 mètres de côté environ en septembre 2009. Comme les résultats se sont révélés très intéressants, un deuxième carré a été dégagé, entre novembre et décembre 2009. Yardenna est une grande spécialiste qui a travaillé dans la plupart des derniers chantiers de Galilée et ses conclusions ont été validées par le P. Eugenio Alliata, qui est le meilleur spécialiste franciscain, ainsi que par le P. Frédéric Manns, du Studium Biblicum Franciscanum, qui suit aussi les choses de très près. Aujourd'hui, après avoir pris conseil auprès d'eux, nous envisageons évidemment de poursuivre les recherches sur les autres parties de la cour d'entrée, pour dégager un autre des murs de la maison, mais nous allons attendre la saison sèche, pour faire les choses dans les meilleures conditions. Ce sera plus facile pour trouver des monnaies ou d'autres céramiques.
     

    ZENIT - Qu'est-ce qui a été découvert sur place ?

    O. Bonnassies - Le plus intéressant est d'avoir retrouvé un grand nombre de poteries et de céramiques qui datent toutes de la période hellénistique (entre -300 et -67 avant Jésus-Christ) et de la période romaine tardive (de -67 au 1er siècle après Jésus-Christ), ainsi que les restes des murs d'une maison composée de plusieurs petites pièces et d'une cour, qui date aussi de la période hellénistique et de la période romaine tardive. Très intéressants aussi les ustensiles de cuisine en pierre retrouvés, caractéristiques des familles juives pieuses à cause des règles de pureté rituelles (cf. Traité Mishna Kelim). Il y avait déjà de nombreux éléments à Nazareth pour attester de l'existence de cette petite ville juive au temps du Christ, mais on n'avait jusqu'ici jamais découvert les restes d'une maison. Et celle-ci est située à 100 mètres à peine du lieu de l'Annonciation !
     

    ZENIT - Ces découvertes se situent en effet en un lieu spécialement bien placé !

    O. Bonnassies - C'est quelque chose que nous n'avions pas remarqué tout de suite, mais le futur Centre international Marie de Nazareth sera situé au centre d'un tout petit quadrilatère d'à peine 300 mètres de côté, qui définit, selon la Tradition, le cœur du cadre de vie historique de la vie de Jésus et de la Sainte Famille, pendant trente ans à Nazareth : entre la maison de Marie, l'atelier de Joseph, la Synagogue, et le Tombeau du Juste, souvent aussi attribué à Joseph.
     

    ZENIT - Pouvez-vous décrire rapidement ces lieux et les découvertes archéologiques qui y ont été faites ?

    O. Bonnassies - Le plus important lieu de Nazareth est évidemment la grotte de l'Annonciation, creusée dans la roche, qui est, selon la grande Tradition de l'Eglise, le lieu de l'annonce de l'Ange Gabriel à la Vierge Marie. C'est au dessus de ce lieu saint qu'est construite la Basilique de l'Annonciation, au cœur de Nazareth et de son mystère. « L'Ange entra chez elle » dit l'Evangile. La maison de Marie s'appuyait avec trois murs sur cette roche, comme beaucoup d'habitation de Galilée, et comme la maison qui vient d'être découverte : les parties creusées dans la roche, « bâties sur le roc » comme dit l'Evangile, sont solides, fraîches l'été et tempérées l'hiver. Mais les départs de murs qu'on voit creusés dans la roche ont été vidés. On a retrouvé aussi une dizaine de citernes creusées dans la roche dans ce périmètre, ce qui prouve le souci de toujours d'économiser et de bien utiliser l'eau. Le niveau du premier siècle est visible jusqu'à l'extérieur de la Basilique. Le P. Bagatti, qui a conduit les fouilles pour les franciscains dans les années 60 a publié deux ouvrages sur les découvertes de Nazareth. On a retrouvé là des céramiques du 1er siècle en petit nombre et beaucoup d'autres du III° siècle. Le numéro du Monde de la Bible consacré à Nazareth résume bien tout cela.
     

    ZENIT - Et quels sont les autres éléments archéologiques retrouvés à 100 mètres de là, sous l'Eglise Saint Joseph ?

    O. Bonnassies - On a retrouvé sous l'Eglise Saint Joseph des bains rituels pas faciles à dater mais certainement très anciens. Une tradition orale attribue ce lieu à Saint Joseph, parce que ce serait l'atelier de Joseph. Cela peut paraître léger mais il faut vraiment se garder de mépriser les traditions orales locales. Mgr Marcuzzo, évêque latin à Nazareth, qui accompagne le projet « Marie de Nazareth » nous rappelle souvent que ces traditions sont très sérieuses et qu'elles n'ont jamais été prises en défaut par l'archéologie. Au contraire, les découvertes archéologiques les ont toujours confortées.
     

    ZENIT - Y a-t-il des exemples ?

    O. Bonnassies - Il y en a un très beau, à Nazareth même : lorsque les Sœurs de Nazareth se sont installées ici au XIX° siècle, elles ont acheté un terrain qui était connu localement comme celui du « Tombeau du Juste », mais aucun élément ne pouvait laisser penser à la vérité de cette tradition. Les Sœurs croyaient même qu'on leur disait cela simplement pour leur faire payer le terrain plus cher ! Mais quelques dizaines d'années plus tard, une sœur qui travaillait le sol a vu celui-ci se dérober sous elle et elle est tombée d'un étage, découvrant une cavité, qui s'est révélée de l'époque croisée. Les chercheurs alertés se sont mis à creuser et à fouiller parce que les éléments croisés sont le plus souvent construit sur des ruines byzantines, qui elles-mêmes sont bâties sur des éléments importants du 1er siècle. Les découvertes locales que l'on peut aujourd'hui visiter (en demandant aux Sœurs de Nazareth !) ont été vraiment impressionnantes et 4 niveaux ont été dégagés, avec des maisons, des citernes, des mikvés (bains rituels) et une voie romaine au dessous de laquelle, au plus bas, se trouve un magnifique tombeau princier du 1er siècle, creusé dans la roche et fermé avec une pierre à rouler. Il y avait bien ici un « Tombeau du Juste » et ce tombeau pourrait très bien être celui de Joseph, le Juste (Mt 1,19), digne d'un prince de la maison royale de David. On y a retrouvé aussi des céramiques du 1er siècle.

    ZENIT - Comment en être sûr ?

    O. Bonnassies - Il n'y a pas de preuves formelles, mais le début du projet « Marie de Nazareth » a commencé par une prière à Saint Joseph sur le Tombeau du Juste, et elle a été immédiatement exaucée ! Ce Tombeau est le troisième côté du quadrilatère.
     

    ZENIT - Et quel est le quatrième ?

    O. Bonnassies - La Synagogue de Jésus, à côté de laquelle se trouve l'Eglise Melkite. L'édifice que nous voyons aujourd'hui date de la fin du XVIII° siècle, et il n'y a eu aucunes fouilles en ce lieu, mais il y a une tradition. C'est ici qu'on se souvient que Jésus priait à la Synagogue et qu'elle représentait aussi un lieu très important pour lui, comme sa maison, son atelier de travail et le Tombeau de son père putatif. Le Centre marial que nous construisons aura la grâce de se situer au beau milieu de ces quatre lieux de vénération de la mémoire du Christ et de sa Mère, au cœur du mystère de Nazareth. Il faut se souvenir de l'homélie marquante de Paul VI, en 1964, qui est restée ici dans toutes les mémoires : « Nazareth est l‘école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus : l'école de l'Evangile. Ici, on apprend à regarder, à écouter, à méditer (...). Oh, comme nous voudrions redevenir enfant et nous remettre à cette humble école de Nazareth, comme nous voudrions, près de Marie, recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines ! Mais nous ne faisons que passer. Il nous faut laisser ce désir de poursuivre ici l'éducation, jamais achevée, à l'intelligence de l'Evangile, mais nous ne partirons pas sans avoir recueilli à la hâte et comme à la dérobée, quelques brèves leçons de Nazareth. Leçons de silence, de vie familiale, de prière, de travail » (le 5 janvier 1964)
     

    ZENIT - Jésus a donc connu la maison qui a été découverte ?

    O. Bonnassies - Jésus a passé ici l'essentiel des trente premières années de sa vie, comme l'Evangile l'atteste. On ne peut pas imaginer un seul instant qu'il n'ait pas parfaitement connu cette maison située si près de ses lieux de vie. Jésus, Marie et Joseph ont connu cette maison.
     

    ZENIT - Quelles sont les autres découvertes faites à l'occasion de ces fouilles ?

    O. Bonnassies - Lorsque nous avons commencé les travaux du Centre marial, on nous avait signalé une citerne creusée dans la roche à 50 m de la cour de l'école. Nous en avons trouvé deux autres, dont une très grande, de 7 mètres de haut et de 4 mètres de large. Les archéologues israéliens en ont trouvé une autre, qui n'est pas encore totalement dégagée, et à côté de laquelle se trouve un trou taillé dans la roche, sans doute pour poser les jarres qu'on remplissait d'eau.

    Il y a aussi une cachette, creusée dans la roche, qu'on a retrouvé dissimulée sous une pierre taillée, et entièrement vide. On peut y mettre 5 à 6 personnes.

    Enfin, en plus des restes de la période hellénistique et romaine, il y a un épais mur mamelouk du XV° siècle, moins intéressant sur le plan archéologique, qui sera peut-être enlevé.
     

    ZENIT - Y a-t-il d'autres lieux remarquables à Nazareth sur le plan archéologique ?

    O. Bonnassies - En dehors des 5 lieux dont nous venons de parler, qui sont tous dans le périmètre proche du Lieu saint de l'Annonciation, il y a un autre lieu très antique : c'est la Fontaine de Nazareth, située à 500 mètres de la maison de Marie, vers le nord. On pense que le village antique s'étalait entre ces deux lieux : de la Fontaine au Tombeau du Juste, car les tombeaux étaient à l'extérieur des villes, pour des raisons de pureté rituelle. La Fontaine date certainement aussi du temps du Christ : les fouilles réalisées en l'an 2000 en ce lieu ont permis de retrouver un « cardo », une voie romaine, qui passe à côté. Une très belle Eglise orthodoxe est bâtie sur ce lieu où une tradition évoque une première rencontre de la Vierge avec l'Ange Gabriel, avant l'Annonciation.
     

    ZENIT - Y a-t-il autre chose encore ?

    O. Bonnassies - Oui, il y a beaucoup de choses à Nazareth. Il faut aussi signaler la découverte à partir de 2003 de thermes d'une taille impressionnante, à 4,5 m en dessous du sol, à 50 mètres de la Fontaine. Les céramiques et monnaies retrouvées sont arabes et musulmanes, comme aux thermes de Jéricho de l'époque Omeyyade, qui imitent les thermes romains de Bet Shéan, avec des hypocaustes différents. On peut les dater du 7° ou 8° siècle mais la taille des fours à bois confirme qu'il y avait depuis les origines et jusqu'à cette époque de très grandes forêts autour de Nazareth, pour permettre le chauffage régulier de si grandes quantités d'eau. Ces forêts ont disparu à l'époque moderne, à cause d'un impôt sur les arbres imposé par un Sultan et de coupes systématiques pour alimenter les chemins de fer. Tout cela a changé en quelques décennies le climat et l'environnement qui est devenu désertique et rocailleux, mais il faut se représenter la Nazareth antique d'une toute autre manière. Comme un pays où vraiment « ruisselle le lait et le miel » comme dit la Bible. C'était le grenier d'Israël avec une terre très fertile. L'historien juif Flavius Josèphe, en témoigne dans sa relation de la Guerre des juifs : « La Galilée est, dans toute son étendue, grasse, riche en pâturages, plantée d'arbres variés, sa fécondité encourage même les plus paresseux à l'agriculture. Aussi le sol a-t-il été mis en valeur tout entier par les habitants : aucune parcelle n'est restée en friche. Il y a beaucoup de villes, et les bourgades mêmes sont si abondamment peuplées, grâce à la fertilité du sol, que la moindre d'entre elles compte encore quinze mille habitants » (Guerre des juifs 3,42-43)
     

    ZENIT - Ce n'est pas l'idée qu'on se fait de Nazareth et de la Terre Sainte aujourd'hui !

    O. Bonnassies - Nous nous faisons beaucoup de fausses idées ! Par exemple, dans l'Evangile, Nazareth est toujours appelée une ville, du grec "Polis", et non un village, du grec "Komé ", ce qui suppose déjà une certaine taille, entre 50 et 100 maisons d'après les estimations. Autre exemple, au niveau de la topographie : si les collines n'ont sans doute pas beaucoup bougé dans leur forme générale, la route qui longe la Basilique de l'Annonciation était jusqu'au XVIII° siècle un ravin dans lequel coulait un petit ruisseau. Autre idée reçue à corriger : tous les restes du 1er siècle retrouvés ici comme à Jérusalem montrent la qualité des constructions, des pierres taillées, des objets, qui sont la marque d'une civilisation très accomplie, loin des caricatures que l'on en fait parfois dans les images ou dans les films, qui montrent le peuple de Jésus et de Marie vivant comme des primitifs dans des taudis à peine construits ou dans la saleté.
     

    ZENIT - Quel est le cœur du mystère de Nazareth ?

    O. Bonnassies - Il faut venir le découvrir sur place, le demander aux habitants ou à la Sœur de l'accueil du couvent des Clarisses de Nazareth, qui en parle magnifiquement ! On peut dire avec elle que Dieu a choisi un lieu tout simple. Lorsqu'elle était jeune fille, et fiancée à Joseph, la Vierge Marie vivait heureuse, à Nazareth, dans cette petite ville de campagne, loin du monde, et sans autre désir qu'une vie très simple, sous le regard de Dieu, à l'écoute de sa Parole. Elle aurait été très heureuse de vivre toute sa vie ainsi, très simplement, à Nazareth, dans la prière, l'attente du Messie et la méditation des promesses faites à son Peuple. Mais Dieu l'a choisie, entre toutes les femmes, pour son projet éternel. C'est en cet humble lieu de Nazareth qu'il a voulu que se réalise l'attente de tous les siècles. C'est ici que l'Eternel a voulu entrer dans le temps et changer le cours de l'Histoire des hommes. Et c'est au Oui de Marie à son Oui qu'Il a voulu suspendre tout le salut du monde.
     

    ZENIT - Nazareth reste donc à visiter ?

    O. Bonnassies - Oui, c'est la ville de l'Incarnation, là où il y a le plus de chrétiens en Terre Sainte. Lors du dernier voyage du Saint Père Benoît XVI en Terre Sainte, c'est à Nazareth qu'il y a eu le plus grand engouement populaire et la joie la plus enthousiaste, parce que Nazareth est la ville de Terre Sainte où les chrétiens sont les plus nombreux, les plus présents et les plus vivants. Jean-Paul II lors de son passage en l'an 2000 avait fait aussi de sa visite à Nazareth, le 25 mars, le sommet de son pèlerinage, puisque le grand Jubilé célébrait le 2000ème anniversaire de l'Incarnation, ici, à Nazareth, dans le sein de la Vierge Marie. Comme Charles de Foucauld, nous avons tous besoin de revenir à Nazareth et d'y demeurer, pour grandir avec Jésus, entre Marie et Joseph, dans la simplicité, l'humilité et la louange.
     

    ZENIT - Et où en est le projet Marie de Nazareth ?

    O. Bonnassies - Le Centre international Marie de Nazareth devrait ouvrir ses portes fin 2010, mais la chapelle qui est située au sommet, sur les terrasses, avec une vue imprenable sur la Basilique, sera consacrée dès le 25 mars 2010, par le Patriarche Latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal accompagné de plusieurs évêques de Terre Sainte. C'est une manière de continuer à tout confier d'abord à la Providence de Dieu parce qu'il faudra encore beaucoup d'efforts et beaucoup de travail pour tout terminer !
     

    Source www.zenit.org  


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