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    La visite des mages : Matthieu 2, 1-12 
    Autres lectures : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71(72)Éphésiens 3, 2-3a.5-6

     

    On connaît, chez au moins deux auteurs latins de l'Antiquité, des récits de Mages perses qui, ayant vu se lever une étoile, se mirent en route vers Rome pour honorer l'empereur Néron! Et qui, une fois l'avoir fait, rentrèrent dans leur pays « par un autre chemin ». Familier, non? L'histoire des Mages serait donc un beau conte connu des peuples de l'Antiquité. De même qu’est répandue, à cette même époque, la croyance selon laquelle, lors de la naissance d'un grand personnage de l'humanité, une étoile apparaissait dans le ciel.

         Que faut-il en conclure? Que Matthieu - le seul des évangélistes d'ailleurs à nous raconter ce récit des Mages - plagie? Qu'il nous trompe? Et j'entends déjà les inquiétudes : « Si ce récit n'est pas « historique », à quoi peut-on alors se fier dans les Évangiles? » Attention! Matthieu ne veut pas nous tromper, mais nous dire la vérité à propos de cet enfant qui vient de naître à Bethléem, mais parfois - et souvent dans la Bible - la vérité peut être dite autrement que par un récit exact de type journalistique.

         Matthieu récupère donc une histoire d'étoile et de Mages connue du 1er siècle, pour nous dire la vraie royauté de Jésus. C'est une théologie en images qui nous est servie en cet évangile de l'Épiphanie. Si Matthieu choisit de « recycler » cette histoire des Mages et de la placer au début de son évangile, c'est qu’elle lui offre une introduction remarquable qui lui permet à la fois d’affirmer l’identité (royale, messianique et divine) de Jésus, tout en exposant symboliquement des thèmes qui lui sont chers dans l’ensemble de son évangile : le refus des juifs de reconnaître en Jésus leur messie, l’accomplissement des Écritures, l’annonce de l’Évangile à toutes les nations (Mt 28,19).

    Une étoile révélatrice

         Symboliquement la levée de l’étoile « parle » aux païens comme aux Juifs, mais différemment, c'est-à-dire qu'elle révèle à chaque groupe quelque chose du mystère de Jésus. Aux païens, l'étoile dit la naissance d'un roi (selon la croyance antique ci-haut mentionnée), en veut pour preuve la demande des Mages arrivant à Jérusalem : Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui (Mt 2,2). En même temps, le fait que l'étoile leur soit apparue à eux, des Mages d'Orient et donc des païens, montre bien qu'eux aussi sont « élus », invités à accueillir le Messie promis à Israël. Le récit des Mages dit bien, qu’en Jésus, le salut est ouvert à l’univers et non plus simplement à Israël.

         Aux Juifs, l'étoile et la venue des Mages disent autre chose. Cette étoile se trouve dans la Bible plutôt que dans le ciel.  Plus précisément l'étoile apparaît dans une prophétie du livre des Nombressortant de la bouche de Balaam, un curieux Mage païen (Tiens donc! Lui aussi!), qui prédira ceci :Je le vois, mais ce n'est pas pour maintenant; je l'observe, mais non de près: De Jacob monte une étoile, d'Israël surgit un sceptre... (ou : un homme, selon la version grecque de la Septante). Cette étoile de Jacob est donc un homme que la tradition juive associait au roi David et au Messie devant venir, issu de sa lignée. Cette étoile qui se lève, c'est Jésus lui-même qui naît à Bethléem selon les Écritures, comme David son aïeul.

         Puis la venue des Mages de pays lointains convergeant vers Jérusalem en portant leurs richesses n'est pas sans évoquer d'autres textes de l'Ancien Testament que les Juifs connaissaient, textes associés au bonheur qui accompagnera l'arrivée des temps messianiques. La première lecture (Isaïe60,1-6) et le psaume (Ps 71(72)) de ce dimanche fournissent deux exemples de ces « joyeuses » annonces de temps meilleurs : Les trésors d'au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations... Tous les gens de Saba viendront, apportant l'or et l'encens et proclamant les louanges du Seigneur (Is 60,5-6).Et encore : Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents... Tous les rois se prosterneront devant lui (Ps 71(72),10-11). Aux Juifs, cette étoile et ces Mages désignent clairement Jésus comme le Messie promis, accomplissant les Écritures.

    Passage obligé: Jérusalem et les Écritures!

         L'étoile et la science des Mages seules n'ont pas suffi à les guider vers l'enfant Messie. Pour arriver à Jésus, il leur a fallu passer par Jérusalem (lieu symbolisant le Judaïsme) et consulter les Écritures du Premier Testament. Symboliquement, comprenons que, pour trouver la vraie lumière, le vrai visage de Dieu, pour arriver à se prosterner devant Jésus (c'est-à-dire le reconnaître comme Dieu), le croyant en quête spirituelle ne peut faire autrement que de passer par la tradition biblique dont Jésus est l'accomplissement.

    D'étranges cadeaux à offrir à un nouveau-né?

         S'ils nous semblent étranges, c'est sûrement qu'ils ont une valeur symbolique. En fait, ces cadeaux nous enseignent encore Jésus. En donnant de l’or, ils disent la royauté universelle de Jésus, Christ Roi. En donnant de l’encens, parfum qu'on faisait brûler au Temple pour adorer Dieu, ils disent la divinité de Jésus. En offrant la myrrhe, résine odorante avec laquelle on embaumait les morts, ils annoncent, dès sa naissance, la passion et la mort que Jésus devra subir pour entrer dans sa gloire de Ressuscité.

    Marche de joie ou immobilisme inquiet?

         Les positions, les démarches, les attitudes des personnages sont aussi très révélatrices de sens dans ce récit. Les Mages sont en recherche, ils se mettent en marche, ils éprouvent une très grande joie (Mt 2,10) lorsqu'ils arrivent au but de leur quête, et, après avoir rencontré le Christ et l'avoir adoré, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin (Mt 2,12). Dans leur voyage, comment ne pas y voir, symbolisé, l'itinéraire même de la foi et de la rencontre du Christ, rencontre qui vient parfois au terme d'un long cheminement, qui sème en nous une très grande joie qui nous transforme et nous fait regagner notre pays (notre quotidien), par de nouveaux chemins, ceux de l'amour? Au contraire, Hérode, les chefs des prêtres et scribes d'Israël, eux qui savent où doit naître le Messie, restent à Jérusalem, immobiles, figés d'inquiétude. Dans cette sclérose et cette inquiétude de tout Jérusalem, qui fait si bien contraste avec la mobilité et la joie des Mages, comment ne pas voir, illustrée symboliquement par Matthieu, la situation bien concrète que vit et constate la jeune communauté de l'Église à la fin du premier siècle: le rejet de Jésus comme Messie par le judaïsme officiel, les relations tendues avec les Chrétiens en même temps que l'arrivée massive de païens dans l'Église naissante?

    Au terme de l'histoire

         Au terme de cette analyse sommaire, avec tout ce qu'évoque symboliquement ce récit, pardonne-t-on maintenant à Matthieu de nous avoir « raconté » une histoire aussi criante de « vérités » sur Jésus, sur l'Église, et sur nos vies de disciples?

    Lumière et trésors 
    (Isaïe 60,1-6)

         Sans doute que Matthieu avait ce texte en tête lorsqu'il remanie l'histoire des Mages. Il y est question de lumière qui se lève et de nations qui se mettent en marche vers Jérusalem, lui apportant ses trésors. Paradoxalement, ce texte de « lumière » apparaîtra dans une période de grande noirceur pour Israël: le difficile retour d'exil à Babylone. Paradoxalement, ce texte qui nous parle de richesses apparaîtra en période de grande pauvreté pour Israël : après des décennies d'exil qui l'auront blessée, détruite, pillée, Jérusalem est à rebâtir. Le prophète console son peuple par une joyeuse annonce de jours meilleurs à venir, il voit venir la fin de la nuit.

    "...associés au même héritage"
    (Éphésiens 3,2-3a.5-6)

         Cet extrait de la Lettre aux Éphésiens dit, en langage logique, ce que nous dit l'évangile des Mages en langage symbolique : à savoir que l'entrée dans l'Église des nations païennes, l'élargissement du salut à l'ensemble de l'humanité par l'annonce de l'Évangile est, non seulement voulu par Dieu, mais fait partie de son plan mystérieux.

     

    Patrice Bergeron, ptre, bibliste 
    Vicaire paroissial, Montréal 
    source www.interbible.org  
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    Alors le ciel s'ouvrit

    L'annonce du Messie : Luc 3, 15-16.21-22 
    Autres lectures :
     Isaïe 40, 1-5.9-11; Psaume 103(104); Tite 2, 11-14; 3, 4-7

     

    Le baptême est devenu le rite d’initiation chrétien par excellence, au point que dire « baptisé » équivaut à dire « chrétien ». À l’origine de ce rite, il y a Jean « le baptiseur » et Jésus de Nazareth, le « baptisé » le plus connu. Que nous apprennent les récits bibliques au sujet du sens de ce rite?

    Le baptême de Jean

         Les évangélistes rapportent tous le baptême de Jésus dans le Jourdain, mais chacun à sa façon. « Baptême » veut dire « plongée », littéralement. Le prophète Jean plongeait les gens consentants dans le fleuve, faisant de ce lavement intégral un rite de purification radical. Jean appelait Israël à la conversion et il dénonçait le péché de son peuple, du plus humble de ses membres jusqu’aux autorités, comme le roi Hérode, qui finit par le faire exécuter. S’éloignant du Temple de Jérusalem, de la caste des prêtres et des rites de purification prévus, Jean a l’audace de proposer un nouveau rite, dans la nature, dans une zone désertique, loin des lieux sacrés et usuels pour le culte. Jean propose de rencontrer Dieu dans le désert, comme aux débuts de l’histoire d’Israël. Le dépouillement du désert oblige les gens à regarder ce qu’ils sont véritablement, les choix qu’ils font, ce qu’ils portent en eux-mêmes et ce qu’ils apportent à la vie de leurs semblables. La parole prophétique de Jean aide à révéler les cœurs repentants à eux-mêmes, mais elle révèle aussi la miséricorde de Dieu, puisque Jean offre un geste à poser qui dit que tout est encore possible, pour qui veut repartir à neuf.

    Le baptême de conversion

         En effet, la plongée dans le Jourdain simule la noyade de l’individu et signifie la mort du pécheur. Le baptisé émerge des eaux comme une nouvelle personne, propre et sans tâche morale, résolument décidée à mener une bonne vie, qui plaise à Dieu. La participation au baptême est un signe public de conversion, au sens le plus fort possible du terme. Le baptême est une confession publique du péché et un engagement public à changer de vie. La personne baptisée reconnaît devant tous son besoin de salut et elle accueille humblement le pardon divin. Le baptême exprime la volonté d’un changement de vie, une fois pour toutes. Par le baptême, la personne baptisée a droit à un nouveau départ. Le baptême devient ainsi le symbole d’une nouvelle naissance de l’individu, par la grâce de Dieu.

    Jésus, baptisé dans l’Esprit

         À cause du lien rituel avec la conversion et le pardon des péchés, le baptême de Jésus de Nazareth a troublé les évangélistes. Comment le Messie, Fils de Dieu, pouvait-il se plier à un rite de purification pour les pécheurs? Visiblement mal à l’aise avec cette tradition du baptême de Jésus, les évangélistes offrent une réinterprétation théologique de l’événement historique : le baptême auprès de Jean est le moment où l’Esprit Saint descend sur Jésus, afin qu’il puisse accomplir sa mission. C’est aussi le moment où Dieu fait savoir que Jésus est son Fils, grâce à la voix qui se fait entendre du ciel.
    Luc signale que le peuple était en attente du Messie et que certains se demandaient si ce ne serait pas Jean, finalement, qui comblerait cette attente. Jean annonce alors qu’un personnage plus puissant que lui viendrait. Fort de l’Esprit Saint, le Messie offrirait un baptême de feu. Arrive ensuite Jésus, qui reçoit l’Esprit Saint et la reconnaissance divine à son baptême. Les paroles venant du ciel sont une citation du
     Psaume 2,7 : C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Le psalmiste désigne ainsi le roi d’Israël comme Fils de Dieu. Au moment où le roi est «oint» pour sa mission, il est comme engendré de Dieu, devenant une sorte de fils adoptif. En évoquant ces propos, Luc fait du baptême de Jésus une intronisation royale. Jésus de Nazareth est le Messie attendu.

         Le baptême fait de Jésus le Christ et de nous, des chrétiens. Si Jésus renaît de Dieu pour sa mission royale, ainsi nous, nous renaissons de Dieu pour suivre les traces du Christ, qui a marché devant nous. Baptisés, nous exprimons notre désir de conversion, notre accueil du salut de Dieu et notre volonté à suivre le Christ, jusqu’au bout de la mission royale, qui est de consacrer sa vie au service des plus mal pris. Le baptême permet au ciel de s’ouvrir et de déverser les bénédictions divines sur terre. L’Esprit Saint est la force que Dieu confère aux baptisés pour se mettre au service des petits de ce monde.

    Jésus, le bon berger 
    Comme un berger, il conduit son troupeau (Isaïe 40, 1-11)

         Vivant en exil à Babylone, les Israélites étaient comme des brebis sans berger, loin des riches pâturages de la terre promise. La voix du prophète s’élève alors dans le désert et annonce un événement heureux, une « bonne nouvelle » : Le Seigneur Dieu viendra lui-même à la rencontre de son peuple et les conduira à nouveau vers la Palestine. Comme jadis les Hébreux avaient bénéficié du salut divin, apporté par l’intermédiaire de Moïse, ainsi les exilés reconnaîtront la présence de Dieu parmi eux, lorsque le Seigneur les rassemblera, les portera sur son cœur et en prendra soin comme un berger. Comme les autres évangélistes, Luc voit en Jean Baptiste l’actualisation de cette voix prophétique qui proclame la bonne nouvelle depuis le désert. Comme les autres évangélistes, Luc présente Jésus à son baptême comme le berger que Dieu envoie pour conduire son troupeau vers les eaux pures du salut.  

    Nous sommes renouvelés par le baptême 
    Par le bain du baptême, il nous a fait renaître (Tite 2, 11-14; 3, 4-7)

         La voix de Paul se fait aussi entendre à travers celle de son disciple, dans cette lettre envoyée à Tite. Les cieux se sont ouverts au baptême de Jésus. La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes (Tite 2,11). Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes; il nous a sauvés (Tite 3,4-5). Si le disciple de Paul s’exprime avec autant de certitude, c’est que pour lui le double baptême consenti par Jésus : dans l’eau, au Jourdain, et dans le sang, au Calvaire, nous purifie de toutes nos fautes. Il nous a sauvés (Tite 3,5) et nous pouvons désormais vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux (Tite 2,12). Nés à nouveau par le bain du baptême, nous avons été renouvelés grâce à l’Esprit Saint, présent au baptême de Jésus et au nôtre. Le ciel s’est ouvert pour nous!

     

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    Source: Le Feuillet biblique, no 2212. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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    Un récit bizarre...

    Lesigne de l'eau changée en vin : Jean 2, 1-11 
    Autres lectures : Isaïe 62, 1-5; Psaume 95(96); 1 Corinthiens 12, 4-11

      noce de cana
    (source de l’image
    http://imagessaintes.canalblog.com)

    Voilà un bien surprenant récit de noces! À une noce, on s'attendrait à entendre parler des époux. Or, ces époux restent anonymes! Et encore, de l'épouse, on ne dit pas un mot! L'ordre d'apparition des personnages est également curieux : La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples (Jean 2,1). Jésus n'apparaît qu'en second lieu, invité par dépit, dirait-on. Les dialogues sonnent aussi étranges. Et que font ces jarres de purification des Juifs dans une salle de noces? Mais le plus curieux de tout, c'est la fin du récit : Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui(Jean 2,11). N'est-il pas étrange que le premier signe qui manifeste sa gloire ait été un geste ayant si peu d'incidences sur le salut du monde, soit celui de sauver une « fête » qui risquait de finir trop tôt? Non, vraiment, en ne restant qu'au sens littéral, on ne comprendra pas grand'chose, sinon que Jésus, capable de changer l'eau en vin, semblait posséder un pouvoir surnaturel. Mais est-ce vraiment cela que Jean cherche à nous révéler de Jésus?

    La profondeur johannique

         Nous sommes en présence d'un texte johannique, donc d'un texte à plusieurs niveaux de compréhension, d'un texte habilement construit comme Jean sait le faire: chaque mot est placé, chaque élément symbolique déposé, comme pierre de mosaïque, avec précision dans l'ensemble. Il faut donc en décortiquer un par un les éléments symboliques pour entrer dans la vérité théologique du texte.

    Un doigt pointé vers la croix

         Notez d'abord tous ces détails du texte qui pointent vers le sommet du quatrième évangile, soit « l'heure de Jésus » qui, pour Jean, est la croix. Les premiers mots du texte, Le troisième jourréfèrent sans ambiguïté à la résurrection de Jésus. La présence de la mère de Jésus, présente qu'à deux seuls endroits dans l’Évangile de Jean, ici et au pied de la croix, pointe aussi vers la mort-résurrection de Jésus. Notez également qu’à ces mêmes deux occasions, elle sera appelée « Femme » par son fils.  La mention de l'heure dans la bouche de Jésus va dans le même sens. Ici, elle n'est pas encore venue, mais elle sera pleinement achevée justement à la croix. La croix, qui sera le grand signe par lequel Jésus manifestera pleinement sa gloire, se trouve donc ici anticipée par ce premier signe, dévoilant déjà un peu sa gloire. Tous ces indices nous aiguillonnent sans doute vers une compréhension « pascale » du récit. Autrement dit, plus qu'un récit anecdotique rapportant un miracle de Jésus, il s'agit sans doute d'un texte qui veut nous parler de la nouveauté apportée par la mort-résurrection de Jésus.

    L'autre doigt pointé vers l'alliance

         Autres choses à considérer, les motifs symboliques des noces, du vin et de l'Époux, sont présents dans l'Ancien Testament et jouent leur rôle dans la compréhension profonde du texte. Dans l'Ancien Testament, l'allégorie conjugale est très présente (on en a d'ailleurs un exemple en première lecture de ce dimanche), l'Époux étant Dieu, marié à son épouse, le peuple d'Israël (épouse souvent infidèle), avec qui Dieu veut faire et refaire alliance. Les noces et le vin ajoutent les dimensions amoureuse et joyeuse dans lesquelles se nouent cette alliance. Les noces et le vin sont aussi associés symboliquement à l'arrivée des temps messianiques. Les prophètes de l'Ancien Testament appelaient à un renouvellement de l'Alliance, jadis nouée au Sinaï, entre Dieu (l'Époux) et Israël (son épouse) et entrevoyaient celui-ci pleinement réalisé à la venue prochaine du Messie. Noces, vin et Époux pointent donc vers un contexte d'alliance. Avec tout ce vin que procure Jésus dans notre récit, cela voudrait-il dire qu'il est ce Messie?

    La mère présente aux Noces avant Jésus

         Il n'est pas rare dans la Bible qu'une femme personnifie un peuple entier. La mère de Jésus, présente aux Noces avant l'arrivée de Jésus, ne représenterait-elle pas Israël avec qui Dieu avait déjà noué une alliance, Israël en attente du Messie qui renouvellerait l'alliance? Cette mère, le Judaïsme, constate le manque de vin, constate le manque de joie, constate que la première alliance avait donné ce qu'elle avait à donner. À preuve qu'elle symbolise le peuple en attente, cette mère parle le même langage qu'Israël. En effet, le Faites tout ce qu'il vous dira mis dans la bouche de Marie s'apparente étrangement aux paroles que dit Israël au pied du Sinaï, lorsque Moïse lui propose d'entrer dans la première alliance (voir Exode 19,8). La mère de Jésus appelle les serviteurs à entrer dans une nouvelle alliance en faisant désormais tout ce que dira Jésus, son fils.

    Des cuves remplies de vin nouveau

         Les cuves dans la salle de noces? Bizarre! Il est précisé que ces jarres servaient aux rites de purification des Juifs. Si elles sont vides, c'est qu'elles ne peuvent plus remplir leur rôle de purification. En plus, elles sont au nombre de six, chiffre biblique symbolisant l'imperfection. Par ces détails, l'auteur ne suggère-t-il pas la désuétude du judaïsme, ne suggère-t-il pas que les rites juifs n'arrivaient plus à procurer une véritable purification, un vrai pardon des péchés de la part de Dieu. Et, par quoi ces cuves seront-elles remplies? Par le vin nouveau que Jésus procure. Un vin (peut-être aussi un sang) d'alliance nouvelle et éternelle, versé pour la multitude en rémission des péchés, cela nous semble familier? Et si l'auteur cherchait à nous dire que c'est par la croix de Jésus, son sang versé, que, désormais, le pardon, la véritable purification, nous était donné? Et que l'eucharistie nous donne de goûter aux fruits de la croix?

    L'époux n'est pas celui qu'on croit

         Les noces, au temps de Jésus, duraient près d'une semaine et c'était le rôle de l'époux de voir à ce qu'il y ait du vin en quantité suffisante pour toute la durée de la fête. Or, qui, dans notre récit, procure le vin de la noce? N'est-ce pas Jésus qui se substitue à l'époux? Jean essaie-t-il de nous dire que Jésus est l'Époux, rôle joué par Dieu dans l'Ancien Testament, affirmation subtile mais bien réelle de la divinité de l'homme Jésus?

    Des noces de Cana... aux noces messianiques

         Maintenant qu'on comprend tout cela... tentons une synthèse du message si riche de ce petit récit. Et si l'évangéliste voulait se servir d'un épisode de la vie de Jésus, sa présence à des noces quelque part en Galilée, pour nous parler en fait de noces d'un autre ordre? Pour nous dire que Jésus est bien ce Messie qu’attendait Israël (figurée par la mère de Jésus), le Messie qui apporte une plénitude de joie (de vin), un Messie dont la croix sera la glorification et la source d’un pardon véritable. Et que ce Messie est aussi l’Époux qui refait alliance avec un nouveau peuple, le peuple des serviteurs, de ceux qui croient en lui.

    L'allégorie conjugale 
    Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu (Isaïe 62, 5)

         Voilà un des nombreux passages de l’Ancien Testament qui recourt à l’allégorie conjugale pour parler de la relation d’amour entre Dieu et son peuple. Dieu tient toujours le rôle de l’Époux et Israël, celui de l’épouse que, malgré toutes ses infidélités à l’Alliance, Dieu veut toujours reconquérir. Ce thème des noces parcourt la prédication de nombreux Prophètes (voir par exemple : tout Osée;Is 54,1-8; Jr 2,2; Ez 16). Ce passage offre un parallèle naturel avec l’évangile des Noces de Cana où Jésus est révélé comme l'Époux de la nouvelle Alliance.

     

    Patrice Bergeron, ptre, bibliste 
    Vicaire paroissial, Montréal

     Source: Le Feuillet biblique, no 2213. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • L'Ancien Testament, on ne saurait s'en passer

    Lampe.gifEn annonçant que la nouvelle chronique Exploration allait principalement vous conduire sur des chemins souvent inexplorés de l’Ancien Testament, vos réactions ont peut-être été partagées entre la déception et la satisfaction. Déception parce que, comme le pensent beaucoup de catholiques, l’Ancien Testament n’a plus sa raison d’être à cause de Jésus Christ; satisfaction parce que des brèches allaient enfin être percées dans le mur de méconnaissance qui entoure ce monument imposant de la Bible. Est-il encore nécessaire de lire l’Ancien Testament? La réponse est oui.

    Le quartier historique de la Bible

        Je comparerais l’Ancien Testament au quartier historique de certaines grandes villes. Pensons au Vieux-Québec ou au Vieux-Montréal où il fait bon circuler dans les rues étroites, flâner sur les petites places, admirer l’architecture des vieilles maisons. Qui est allé en Terre sainte aura été saisi par la vieille ville de Jérusalem où la vie est loin de s’être arrêtée. Ces quartiers historiques sont importants car ils rappellent les origines de la cité actuelle; ils nous permettent de relire notre histoire et de reprendre contact avec nos racines. Ainsi en est-il de l’Ancien Testament qui témoigne de la longue histoire de l’alliance de Dieu avec l’humanité, alliance qu’il a amorcée en choisissant le peuple d’Israël comme premier partenaire et qu’il a renouvelée en Jésus Christ en faveur de toutes les familles de la terre.

        Dans la Constitution dogmatique sur la révélation divine (Dei Verbum), les Pères du Concile Vatican II s’exprimaient ainsi :

        « Le Dieu très aimant, envisageant et préparant avec soin le salut du genre humain tout entier, s'est choisi, selon un plan tout particulier, un peuple auquel il confierait ses promesses. Ayant en effet conclu une alliance avec Abraham, puis par l'intermédiaire de Moïse avec le peuple d'Israël, il s'est révélé de telle manière par des paroles et par des actions comme le Dieu unique, vrai et vivant, au peuple qu'il s'était acquis, qu'Israël connût par expérience quels étaient les cheminements de Dieu avec les hommes, et que, Dieu lui-même parlant par la bouche des Prophètes, il les comprenait de jour en jour plus profondément et plus clairement, et les faisait connaître plus largement parmi les nations.

        « L'économie du salut annoncée, racontée et expliquée par les auteurs sacrés, apparaît comme vraie parole de Dieu dans les livres de l'Ancien Testament ; aussi ces livres divinement inspirés gardent-ils une valeur perpétuelle : En effet tout ce qui a été écrit, le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l'espérance(Romains 15, 4). » (Dei Verbum no 14)

        Parler de l’Ancien Testament comme du quartier historique de la Bible ne signifie pas pour autant qu’on doive le considérer comme une antiquité. Le mot « Ancien » prête à confusion car il fait penser à quelque chose de vieux, tout comme le mot « Testament » qui fait référence aux dernières volontés de quelqu’un. On rencontre de plus en plus souvent les expressions « Premier Testament » et « Première Alliance ». Cette dernière a le mérite de bien traduire le mot grec diathèkè (« alliance ») d’une part, et d’autre part de mieux faire voir que nous sommes les partenaires de l’alliance que Dieu a offerte en tout premier lieu à Israël, et qu’il a étendue à l’humanité entière lorsqu’il l’a renouvelée en Jésus Christ. Notre Nouveau Testament devient alors le livre de la Nouvelle Alliance.

        « L'économie de l'Ancien Testament était organisée par-dessus tout pour préparer la venue du Christ Rédempteur de tous et du Règne messianique, pour l'annoncer prophétiquement et la présager par diverses figures. Les livres de l'Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l'homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes.

        Ces livres, bien qu'ils contiennent des choses imparfaites et provisoires, montrent pourtant la vraie pédagogie divine. Aussi ces mêmes livres, qui expriment un sens vivant de Dieu, dans lesquels sont dissimulés des enseignements élevés sur Dieu, une sagesse profitable sur la vie des hommes et de magnifiques trésors de prières, dans lesquels enfin est caché le mystère de notre salut, doivent être reçus avec piété par les chrétiens ». (Dei Verbum no 15)

        Bien qu’il nous arrive parfois de constater l’existence d’un fossé culturel avec l’univers de la Première Alliance, nous n’avons pas à nous sentir comme des étrangers. De même que nous essayons de nous imaginer le mode de vie de nos ancêtres quand nous circulons dans les vieux quartiers de nos villes, il peut en être ainsi quand nous plongeons dans la société ancienne des temps bibliques. Il y a tout un monde à découvrir.  

     

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    Yves Guillemette prêtre

    Source: Le Feuillet biblique, no 2195. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal

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  • L'Esprit du Seigneur est sur moi

    Première prédication de Jésus : Luc 1, 1-4; 4, 14-21
    Autres lectures : Néhémie 8, 1-4a.5-6.8-10; Psaume 18(19); 1 Corinthiens 12, 12-31

     

    pentecote.jpg Quelle bénédiction pour le peuple croyant que la transmission de la Bonne Nouvelle de Jésus vivant à travers les âges, de générations en générations! Quelle grâce les croyants d’aujourd’hui ont d’être le corps du Christ et de vivre, dans le Christ, l’amour et le service des plus dépourvus!

    La transmission de la Bonne Nouvelle

         L’évangéliste Luc trace avec clarté et précision le parcours de la transmission de la Parole.  Mentionnons trois moments. Celui de Jésus, juif de Galilée, parlant araméen, dont l’âge adulte se déroule dans les années 20 de notre ère, pour se terminer entre les années 30-33. Celui des disciples, désignés comme apôtres, ses compagnons d‘origine, ainsi que des prédicateurs missionnaires allant dans les cités grecques s’adressant à des juifs ou non juifs (les Gentils). On peut parler des années 35 à 60. Et, en dernier lieu, le moment de la rédaction des évangiles, après les années 60,  avec aussi des lettres de Paul, écrites dès le début des années 50.

         Dans une première étape, Jésus présente une vision nouvelle et inattendue des personnes et des événements; il proclame son message, accomplit des actes qui relèvent les malades, les estropiés et choisit des disciples qui entendent et voient ce qu’il fait et dit.

         Dans un deuxième temps, les apôtres en prenant conscience de qui était Jésus, grâce à l’événement bouleversant de la résurrection, affermissent leur foi en Jésus. Par cette foi aguerrie, plus riche et plus approfondie, et, puisant dans leurs souvenirs de tout ce que leur Maître a dit et accompli, ils proclament la présence de Jésus ressuscité. Il va sans dire que les prédicateurs rencontrent des situations et des problèmes nouveaux, auxquels Jésus n’a jamais été confrontés, ce qui impose une reformulation qui tienne compte de l’auditoire. Cette prédication préserva et garda la tradition de Jésus bien vivante.

         Le troisième moment vit apparaître les saints auteurs-rédacteurs des évangiles, de l’an 65 à 100 : Marc, compagnon de Pierre. Matthieu, Luc, compagnon de Paul, et Jean, qui n’étaient probablement pas des témoins oculaires, selon les dires des exégètes. L’autorité de chaque évangile repose sur la tradition qui remontait évidemment à celle des apôtres.

         Ce développement de la tradition de Jésus au premier siècle, sur lequel s’appuie la doctrine de foi chrétienne peut nous réjouir grandement aujourd’hui puisqu’elle montre comment de siècles en siècles, l’immense assemblée du peuple croyant adhère au Christ.

    La mission de Jésus

         L’évangéliste Luc note que Jésus, après l’épreuve du désert, habité par une passion qui le porte, revient en Galilée, envoyé par la puissance de l’Esprit (v. 14). Comme tout juif adulte pouvait le faire, il reçoit avec humilité la parole biblique à commenter. Ailleurs, on était saisi par son enseignement : Car il enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes (Marc 1, 22).  Ici, l’accent de nouveauté se révèle avec force. Bien sûr les prophètes, entre autres Isaïe et Jean le Baptiste, ont annoncé que le Royaume de Dieu approchait, mais jamais la proximité du Règne ne s’est manifestée autant qu’en Jésus, l’Envoyé qui connaît Dieu le Père et avec qui il vit une relation singulière et unique. En Lui, une réalité radicalement nouvelle surgit, faisant éclater les promesses antérieures. Aussi, lorsqu’il affirme que cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit  (v. 21), il met en pleine lumière le sens de sa mission.

         Jésus connaît le contexte politique et social de son époque : les abus de pouvoir et la dureté des fonctionnaires romains, la corruption. Aussi, son regard se porte sur les faibles, les humiliés et les sans-recours. Son choix est définitif. Il va côtoyer et aider les petits que les autorités civiques et parfois même religieuses regardent avec suffisance et dédain.

         Les défavorisés ont bien saisi de quelle étoffe était ce maître au verbe décisif, ils veulent l’entendre. Ils apprendront avec le temps que le maître Jésus qui s’inscrit dans la lignée des prophètes d’Israël, n’est pas venu instaurer un royaume terrestre  (Luc 24, 21), mais il est le libérateur de toutes les détresses humaines, il offre un avenir de liberté et de dignité, il souhaite que tout humain fasse une expérience débordante d’intimité et de communion avec le Père.

    L’aujourd’hui du salut

         Cette expression ponctue l’évangile de Luc (2, 11; 3, 22; 4, 21; 5, 26; 19, 9; 23, 43). L’épisode de Zachée s’avère très lumineux pour nous : à un moment de sa vie, la grâce le transforme et il modifie radicalement sa conduite (19, 9). C’est à tout moment, hier comme aujourd’hui, que Dieu  rencontre ses enfants personnellement. Il les attend, entre autres, dans l’écoute de la Parole : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole?... Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur! (Psaume 95). Ne sommes-nous pas particulièrement privilégiés de recevoir le sacrement de la Parole et l’interprétation qu’en fait l’homéliste, dans nos assemblées dominicales?

         L’aujourd’hui du salut s’étend à tous les humains de toutes conditions, races et nations, à toutes les époques et à toutes les générations. Quel est l’aujourd’hui du salut pour nous du 21e siècle, nous, croyants et croyantes qui professons que Jésus ressuscité est notre Sauveur et le Sauveur de tous les humains?

         L’apôtre Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, éclaire nos intelligences et nos cœurs en choisissant une comparaison, celle du corps humain dont tous les membres sont au service de l’ensemble. Dans le corps du Christ que les communautés croyantes forment, chaque individu est unique avec  ses dons et ses faiblesses; chacun est différent et a besoin de l’autre; chacun est ordonné à l‘unique corps, qui est une réalité de foi. C’est ensemble, dans l’ouverture et le service, que la communauté forme l’image de Dieu.
     
         Il en découle que le chrétien qui a été touché au tréfonds de son cœur par la mission de Jésus auprès des démunis, qui intègre le regard du Christ sur les membres souffrants  ne peut se dresser avec arrogance ou indifférence face aux pauvres. Chaque personne croyante est le frère ou la sœur du pauvre qui a droit au respect et est indispensable, comme chacun des autres membres de la communauté (vv. 22-23).

     

    Julienne Côté cnd

    Collège Régina Assumpta, Montréal

    Source www.interbible.org

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  • Selon les Écritures

    Bible.jpg La volonté de connaître et de comprendre les textes bibliques n’est pas apparue à l’époque moderne; elle a toujours fait partie de la tradition biblique. Par exemple, le clergé israélite exilé à Babylone s’est engagé, après la chute de Jérusalem en 587 avant Jésus Christ, dans une relecture de l’histoire de l’alliance rendue nécessaire par la crise provoquée par la destruction du Temple et la disparition des institutions civiles et religieuses. Ils ont ainsi produit ce que nous appelons « l’histoire sacerdotale » qui débute majestueusement avec le récit de création de Genèse 1, 1-2, 4a.

         L’auteur du livre de la Sagesse, issu de la diaspora juive d’Alexandrie, s’est lui aussi livré à une relecture de la tradition religieuse d’Israël. Cet auteur de la fin du 1er siècle avant Jésus Christ se distingue par son intention de montrer que la foi israélite, fondée sur la Loi divine, n’est pas dénuée de sens philosophique et qu’elle peut entrer en dialogue avec la pensée philosophique grecque sans pour autant renier ses racines. Une partie du livre est consacrée à une relecture de l’histoire d’Israël : l’auteur s’applique à montrer que  la Sagesse divine, personnifiée, y est à l’œuvre.

    L’intelligence des Écritures

         Arrêtons-nous toutefois à une autre entreprise de relecture de l’histoire du salut, réalisée cette fois par la première génération chrétienne. Ici aussi, on peut parler d’une entreprise provoquée par une crise, celle de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Le récit des disciples d’Emmaüs en est sans doute l’exemple le plus éclairant (Luc 24, 13-35). Après avoir écouté Cléophas et son compagnon raconter les événements de la passion et de la mort de Jésus, et surtout leur déception devant la fin brutale des espoirs de libération politique qu’ils avaient placés en lui, le marcheur inconnu (que Luc nous avait révélé être Jésus lui-même), entreprend de relire toute l’histoire de l’alliance en fonction de lui : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?» Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait (Luc 24, 25-27).

         Jésus répétera la même « leçon d’histoire » avec les apôtres après le retour à Jérusalem de ces deux disciples : « Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous: il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, et il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem » (Luc 24, 44-47). Le livre des Actes des Apôtres témoigne de ce même travail d’interprétation des Écritures, réalisé cette fois par les apôtres. Leur but était de comprendre le dessein salvifique de Dieu révélé à travers l’histoire de son peuple et de confesser leur foi en Jésus, Christ et Seigneur, que Dieu, en le ressuscitant des morts, a désigné comme le Saint, le Juste, le Vivant. Cet extrait du discours de Pierre où il proclame la mort et la résurrection de Jésus Christ offre un bel exemple de ce travail d’interprétation du projet de Dieu : Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son serviteur Jésus que vous, vous avez livré et que vous avez renié devant Pilate, alors qu'il était décidé à le relâcher. Mais vous, vous avez chargé le Saint et le juste; vous avez réclamé la grâce d'un assassin, tandis que vous faisiez mourir le prince de la vie. Dieu l'a ressuscité des morts: nous en sommes témoins.Actes 3, 13-15) (

         Par ce travail de relecture des Écritures, les premiers chrétiens ont pu situer l’œuvre et le message de Jésus dans un espace historique plus vaste que le segment espace-temps où il avait vécu. Ils ont également reconnu que l’histoire du salut avait atteint son plein accomplissement par le don que Jésus avait fait de sa vie dans une obéissance fidèle et créatrice à l’amour du Père pour l’humanité. Les Écritures apparaissent alors comme le chemin qui conduit à l’ensemble de la personne de Jésus.

     

      Yves Guillemette ptre
    source www.interbible.org
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  • Jour2.gif2.gif Face à l'échec


    «...aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays» (Lc 4, 24).


    Abraham Lincoln fut défait sept fois à des élections avant d'être élu président des États-Unis. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des plus grands présidents de l'histoire américaine.

      Vincent van Gogh a mené une vie très pauvre et n'a obtenu que 85 $ pour la vente de ses tableaux pendant qu'il vivait. Un siècle plus tard, longtemps après sa mort, une de ses peintures s'est vendue à 82,5 $ millions (Mark Link).


    LIEN: Comme Lincoln, van Gogh et plusieurs autres, Jésus aussi a été rejeté, non seulement par les gens de son village, mais aussi par les chefs religieux de son temps. Mais Jésus n'a pas laissé ce mouvement de rejet gouverner sa vie et l'empêcher de faire ce qu'il croyait être juste. Il a accompli la mission de son Père jusqu'au bout. Ses disciples sont appelés à la même liberté intérieure.

     


    Source: http://www.interbible.org/  
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  • Temple

    Hébreu : hekal
    Grec : hieron

    http://www.interbible.org/interBible/ecritures/mots/2010/mots_100122.jpg

    Reconstitution du Premier Temple.

    La plupart du temps, lorsqu’on parle de Temple dans la Bible, on se réfère à celui qui est à Jérusalem bâtit par Salomon en l’honneur de YHWH (1 R 6).

         Avant sa construction, l’Arche de l’alliance reposait dans la tente de la rencontre (Ex 26). L’idée de la construction d’un Temple semble avoir été controversée. La tradition retient que David voulait construire un Temple, mais que le Seigneur par l’intermédiaire du prophète Natan lui dit non :

    Ainsi par le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une Maison pour que je m’y installe? Car je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j’ai fait monter d’Égypte les fils d’Israël et jusqu’à ce jour : je cheminerais sous une tente et à l’abri d’une demeure. (2 S 7,6)

         C’est finalement Salomon, le fils de David qui construisit le Temple de Jérusalem. Ce Temple était considéré comme la demeure de Dieu sur terre. Plus tard, certains prophètes remettent en question le rapport au Temple.

    Jérémie reçut du Seigneur cette parole : Place-toi à l'entrée du temple et proclames-y le message que voici : « Vous tous, gens de Juda qui passez par cette entrée pour participer au culte, écoutez ce que dit le Seigneur. Voici donc ce que déclare le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Conduisez-vous et agissez comme il convient ; alors je vous laisserai vivre dans ce pays. Ne croyez pas à ce slogan trompeur : « C'est ici le temple où demeure le Seigneur, le temple du Seigneur, oui, le temple du Seigneur ». Conduisez-vous et agissez plutôt comme il convient : rendez une vraie justice entre deux hommes en procès, renoncez à profiter de la faiblesse de l'émigré, de l'orphelin ou de la veuve, cessez de mettre à mort ici même des innocents, et de vous attacher, pour votre malheur, à des dieux étrangers. (Jr 7,1-6)

         Ce premier Temple fût détruit en 587 par les Babyloniens. En exil à Babylone, les Juifs espéraient rebâtir le Temple, mais apprit à vivre sans celui-ci. Par ailleurs, un autre groupe de juifs avait fuit en Égypte et on bâtit un autre temple à Éléphantine.

         Au retour de l’exil, un deuxième Temple est bâti à Jérusalem entre 537 et 515. Il est financé par Cyrus et Darius, rois perse. Ce Temple n’abritera pas l’Arche de l’alliance qui a disparu avec la destruction de Jérusalem par les babyloniens.

         Au premier siècle av. J.C., Hérode le Grand va rebâtir et agrandir le Temple qu’on nomme parfois 3e Temple. C’est celui que fréquentera Jésus. Il sera lui aussi détruit en 70 après J.C. par les Romains.

         Notons qu’il y avait aussi d’autres temples israélites en Palestine. Avant l’exil, il y avait plusieurs endroits comme Dan, Bersadbée, Lakish et Arad qui avaient des temples plus ou moins importants. En Samarie, il y avait un temple sur le mont Garizim. Ce temple était en concurrence avec celui de Jérusalem pendant la séparation des royaumes du nord et du sud.

         Dans les lettres de Paul, l’Église est le vrai Temple de Dieu et remplace le Temple de pierres puisque l’Esprit de Dieu repose en elle (1 Co 3,16). Pour l’évangile de Jean, c’est Jésus qui est le Temple de Dieu.

         Aujourd’hui, le Mur occidental est la seule partie du Temple qui reste encore présent à Jérusalem. Chaque jour, des centaines de pèlerins s’y retrouvent pour prier et y laisser leurs intentions de prière.

     

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Sebastien_Doane.jpg

    Sébastien Doane

    Source www.interbible.org


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  • Saint Jean : auteur du quatrième évangile et de l'Apocalypse?

    http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2010/clb_100205.jpg

    QuestionJe me demandais si le Jean de l’Apocalypse est la même personne que Jean de l’Évangile selon saint Jean. (Françoise, Guadalajara Mexique)

    RéponseNous ne savons pas exactement qui est l’auteur du quatrième évangile. Tout ce que nous savons, c’est qu’il se nomme lui-même le disciple Bien-Aimé et que ce disciple est le fondateur de la communauté johannique. Il a pourtant, d’après le vocabulaire de l’évangile, un certain nombre de caractéristiques :

    • Il est de Judée :
      • Contrairement aux synoptiques, il fait partir Jésus de Judée pour aller vers la Galilée (Jn 1,43; 4,47.54).
      • Jésus exerce son ministère, non pas en Galilée, mais en Judée et particulièrement à Jérusalem, sauf aux chapitres 6 (situé en Galilée) et 21 (troisième finale de l’évangile).
      • Son vocabulaire pour décrire la Judée est très précis. L’utilisation de ce vocabulaire technique aurait été impossible à un Galiléen.
    • Le disciple Bien-Aimé n’apparaît qu’à Jérusalem au chapitre 13. Serait-il un disciple que Jésus a connu à Jérusalem lors de son passage avant la passion?
    • Il n’est pas l’un des douze car le vocabulaire de cet évangile est raffiné alors que Jean, le Fils de Zébédée était peu instruit. C’était un pécheur. La communauté johannique est différente des communautés apostoliques qui se réclament des douze. Il n’y a pas de liste de douze dans cet évangile et nous découvrons au milieu du ministère galiléen que, parmi l’ensemble des disciples, il y a, entre autres, les douze (Jn 6, 67.70). Ce sont d’ailleurs les deux seules fois où ils sont mentionnés dans cet évangile. Luc, dans son livre des Actes, a essayé de simplifier les origines du christianisme en le réduisant aux douze, mais les origines du christianisme sont beaucoup plus complexes que cela. Le chapitre 21 montre que les communautés johanniques se relieront finalement aux communautés apostoliques et reconnaîtront le rôle pastoral de Pierre.

     

         On reconnaît habituellement plusieurs couches rédactionnelles au quatrième évangile. Le document le plus ancien aurait été écrit par le disciple Bien-Aimé avant les années 50, disciple qu’on a confondu avec Jean, l’apôtre. Viendrait ensuite Jean le Presbyte (l'ancien) qui écrivit aussi les épîtres, vers les années 60-65. Un autre remaniement eut lieu vers les années 90. Puis, au début du IIe siècle, un autre Jean élargie le cadre de l’évangile pour y inclure les gentils.

     

         Jusqu’au siècle dernier, on a cru que le disciple que Jésus aimait, au pied de la croix (Jn 19, 26) était le même que Jean, l’auteur de l’Apocalypse (Jn 1,4). Comme Boismard l’explique [1], cette méprise provient d’Irénée de Lyon qui, dans son livre Contre les hérésies affirme que Jean est demeuré auprès d’eux jusqu’aux temps de Trajan (empereur de Rome de 98 à 117 ap. J.C.). Tout le monde a donc, depuis ce temps, pensé que Jean, le fils de Zébédée, avait vécu très vieux, qu’il était mort longtemps après tous les autres apôtres. Mais nous savons maintenant qu’Irénée a confondu Jean l’apôtre avec Jean l’Ancien.

     

         Cependant, Boismard démontre, dans ce petit livre que  nous venons de citer, que Jean, l’apôtre, le fils de Zébédée serait probablement mort sous la lame d’Hérode Agrippa I, avec son frère, Jacques (Ac 12,2), mais que la tradition aurait omis de le dire car l’Église d’Éphèse voulait donner au quatrième évangile, une autorité apostolique. Effectivement, le problème était de taille! Comment une personne morte entre l’an 43 et 44 ap. J.C. aurait-elle pu écrire un évangile que l’on sait être plus tardif que les autres?

     

         Une liste impressionnante de témoins syriens, africains, prygiens, ou de Pères de l’Église comme Papias, Grégoire de Nysse et Jean Chrysostome l’affirment cependant et ils ne sont pas les seuls. Déjà au début du siècle dernier, Wellhausen faisait remarquer que la prophétie que Jésus adresse aux fils de Zébédée, en Mc 10,39, les concerne tous les deux pareillement.  Leurs martyrs, aussi officiellement annoncés, contrediraient l’existence d’une longue vieillesse en Asie de l’un d’entre eux.


         Jean et Jacques, apôtres à Jérusalem apparaissent dans la liste des martyrs d’un martyrologe syriaque datant de 411 ap. J.C. Dans la littérature patristique, Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie écrit que Jean le théologien et Jacques son frère furent mis à mort par les Juifs confirmant la réalité du martyre de Jean consignée dans les évangiles. Grégoire de Nysse dit que Jean, le fils de Zébédée a fini sa vie dans l’eau bouillante. Pour Jean Chrysostome, évêque d’Antioche de 386 à 397, Jean est mort de mort violente. Pour Aphraate, évêque d’Édesse en 344, Jacques et Jean marchèrent sur les traces de leur Seigneur Jésus. Pour Quodvuldeus, successeur de saint Augustin, Jean fait partie de ceux qui ont consacré l’Église dans leur sang.

     

         Si Jean, le fils de Zébédée n’a pas écrit l’Évangile de Jean, dû moins dans la forme finale, il est clair qu’il n’a pas non plus écrit l’Apocalypse.

         Alors, la question demeure : qui est donc l’auteur de l’Apocalypse? Contrairement au quatrième évangile, ce livre est l’auteur d’un seul homme qui a vécu à la fin du règne de Domitien (90-95 ap. J.C.) et qui a connu, avec ses frères, la persécution. Il écrit : Moi Jean, votre frère, coparticipant dans l’épreuve et le royaume et la constance en Jésus (Jn 1,9). Il s’appelle donc Jean (Ap 1, 1.4.9) et définit son rôle non pas en terme d’autorité, mais en terme de solidarité avec ceux qui souffrent dans sa communauté.

     

         C’est un prophète (Ap 10,7; 11,18; 22,6-9) qui aurait eu ses visions dans le pénitencier de l’île de Pathmos, dans la mer Égée, entre la Grèce et la Turquie, où il aurait été enfermé. Il va encourager sa communauté à persévérer concrètement dans l’épreuve. La solution aux problèmes qu’ils vivaient n’était pas une fuite dans l’au-delà, mais dans une prise de position dès l’ici-bas. Pas de récompense dans l’au-delà sans implication ici-bas. L’Apocalypse vise à lutter contre le danger de sortir de l’histoire parce que le Christ s’est précisément incarné dans l’histoire.

    [1] M.-É. Boismard, Le martyre de Jean l’apôtre, Paris, Gabalda, 1996, 86 p.

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Yolande_Girard.jpg

    Yolande girard

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    Sautez de joie!

    Des foules viennent à Jésus : Luc 6, 17.20-26
    Autres lectures : Jérémie 17, 5-8; Psaume 1; 1 Corinthiens 15, 12.16-20

     http://www.actuabd.com/IMG/jpg/ChrisTomSev02-2.jpg

          Quelles que soient nos conditions de vie, notre âge, notre santé, notre situation d’emploi, nos relations familiales ou amicales… nous avons des bons jours et des mauvais. Nous nous souhaitons d’ailleurs le « bonjour » lors de nos rencontres quotidiennes, en espérant que cela se réalise, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais même lorsque nous profitons des belles journées, et que nous sommes joyeux, rares ou exceptionnelles sont les fois où nous « sautons de joie ». Ce n’est pas fête à tous les jours – dit-on! Les débordements de bonheur appartiennent aux jours de grandes nouvelles, de grandes réalisations ou de grandes surprises. Qui aurait l’idée saugrenue de sauter de joie quand ça va mal? Assurément, personne! Pourtant, c’est la recommandation de l’Évangile d’aujourd’hui.

    D’où vient ce mystérieux élan de bonheur?

         Le jour où nous sommes pauvres, où nous avons faim, où nous pleurons, où nous sommes repoussés, insultés, rejetés, voire même haïs… voilà le jour pour se réjouir et sauter de joie, selon Jésus. Le prophète de Nazareth aurait-il perdu la tête? Sans doute, les nombreux disciples qui étaient « sur la plaine » ce jour-là (contrairement à Matthieu, Luc ne place pas ce sermon « sur la montagne ») doivent s’être posés sincèrement la question. Comment sauter de joie quand ça va mal? Et surtout, pourquoi? D’où nous viendrait ce mystérieux élan de bonheur?

     

        En bon maître juif, Jésus répondrait sans hésiter : « De la foi en Dieu ». Le Seigneur est la véritable source de bonheur, d’un bonheur qui dure et qui tient bon malgré les mauvais jours. S’éclater de joie à propos d’heureux événements ou d’une bonne chance, quoi de plus normal, mais aussi quoi de plus mondain, voire quoi de plus païen? Si nous tirons notre bonheur des aléas de la vie, nous nous laissons emporter par la fatalité et nous laissons le hasard dicter notre part de bonheur dans la vie. Il y aurait les chanceux et les malchanceux en ce monde, tout comme les jours de chance et les jours de malchance. Nous devenons alors des pions sur une table de jeu, livrés au jeu de la concurrence et des forces en conflit.


         Est-ce que Jésus prêche alors l’indifférence ou le détachement de ce monde? D’aucuns pourraient aspirer au bonheur en le dissociant des succès et des ratés de la vie en ce monde. Par une sorte d’ascèse, on pourrait dévaluer la part de joie associée au bien-être, puis se tenir stoïquement en retrait de tout ce qui fait rire ou pleurer les humains…

     

        Non, Jésus ne minimise pas l’importance de la nourriture, de la santé, des vêtements, de la sécurité physique et de tout ce pourquoi les humains se débattent et travaillent d’arrache-pied à obtenir. Le bonheur que Jésus propose prend racine dans ce monde, même s’il vient effectivement d’ailleurs.

    Le bonheur des humains lui tient à cœur

         Jésus déclare que Dieu tient à cœur le bonheur des humains, particulièrement celui de ceux et celles qui sont les plus mal pris. Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu est à vous! Ceux qui n’ont rien hériteront de tout; ceux qui ont faim seront rassasiés; ceux qui pleurent riront à gorge déployée. Le renversement du sort des malheureux peut s’effectuer dès leur vivant ou bien attendre dans l’au-delà : la foi au Dieu des vivants enlève la frontière de la mort comme horizon limite à la réalisation du Règne de Dieu. Mais il ne s’agit pas de se moquer de la souffrance humaine sur terre en renvoyant le bonheur au ciel. Jésus annonce que le bonheur est possible dès ici-bas sur terre parce que Dieu nous aime depuis le ciel.


    Pauvres, affamés et malheureux peuvent commencer à se réjouir de ce qu’ils sont la priorité de Dieu, qui vient jusqu’à eux pour les accompagner à vivre leur situation de détresse présente. Même dans ton malheur, Dieu t’aime et il vient jusqu’à toi, pour t’aider à tenir et pour t’accompagner vers des jours meilleurs. Tiens bon et réjouis-toi!
    Mais il y a plus. La proclamation de cette bonne nouvelle change effectivement la réalité. Ceux et celles qui entendent Dieu se soucier du malheur d’autrui, peuvent-ils rester indifférents ou s’en laver les mains? S’ils reconnaissent en Dieu leur Roi, s’ils souhaitent ardemment la venue de son Règne, ne doivent-ils pas se faire les ministres de Dieu et porter secours aux malheureux? En orientant le Règne de Dieu vers le soutien de ceux et celles qui souffrent, les béatitudes ne sont pas seulement un réconfort adressé aux malheureux, mais un appel à la conversion de ceux et celles qui jouissent des biens de ce monde et un appel à tous à se réjouir de l’amour que Dieu a pour nous. Quand les béatitudes changent les cœurs et les situations de vie en ce monde, il y a en effet de quoi sauter de joie, même au cœur des difficultés!   

    Enracinés en Dieu

    Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir (Jérémie 17,7)

         Les béatitudes sont à juste titre la charte chrétienne, mais elles n’en sont pas moins trempées dans la spiritualité des prophètes juifs. À preuve, ce merveilleux passage du prophète Jérémie, qui loue quiconque met sa confiance dans le Seigneur, plutôt que dans un mortel. Mettre notre confiance dans le Seigneur nous oriente « vers le courant » des eaux qui peuvent vraiment nous désaltérer. Selon Jérémie, étendre nos bras, notre volonté, nos « racines » vers Dieu, cela nous permet non seulement de traverser les périodes de sécheresse, mais mieux encore, cela nous rend capables de porter du fruit par mauvais temps! N’est-ce pas justement la bonne nouvelle du Royaume que de renverser la tendance de ce monde à l’échec et de produire les tout premiers fruits du monde nouveau?  

    Un bonheur qui doit éclore au beau jour de Dieu    

    Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes (1 Corinthiens 15,19).

         L’apôtre Paul reconnaît que la bonne nouvelle chrétienne ne saurait se contenter d’un bonheur terrestre, somme toute éphémère. Après avoir porté du fruit sur cette terre, le Christ ne serait pas source de foi s’il ne s’était relevé d’entre les morts. Le bonheur qui doit commencer sur cette terre grâce à notre engagement généreux les uns envers les autres est un bonheur qui doit éclore au beau jour de Dieu.

    Rodolpho-F-lices.gif

      rodolpho felices luna

    Source: Le Feuillet biblique, no 2217. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.interbible.org

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