• Manne

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    Hébreu : man
    Grec : manna

    Selon le récit de l’Exode, les Hébreux traversant le désert avaient faim et Dieu leur donna de la manne à manger. Cette nourriture particulière est décrite comme de petits grains blancs au goût de miel apparaissant à la levée de la rosée du matin. C’est cette nourriture qui leur permit de survivre à 40 ans dans le désert.

     

         On pense que cette manne serait la sécrétion d’insectes se nourrissant d’arbuste du désert comme le tamaris. Aujourd’hui, les bédouins du désert en mangent encore. D’ailleurs ils appellent cette sécrétion durcie « man » en arabe. Ils s’en servent comme substitut au sucre. Cette manne ressemble à des graines de coriandre et goûte le miel comme l’indique Exode 16,31-33.  

     

         Le sens du mot manne vient d’une question posée par les hébreux lorsqu’ils la voient pour la première fois : « Man hou ». Ce qui veut dire : qu’est-ce que c’est? (Ex 16,15)

         Avec le temps, la manne est devenue le symbole de la fidélité de Dieu qui a nourrit son peuple au désert. Dans le Nouveau Testament, l’évangile de Jean fait même une analogie entre la manne et le Fils de Dieu : « Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descende du ciel et qui donne la vie au monde. » (Jn 6, 32-33)

     

    Sébastien Doane

    SÉBASTIEN DOANE

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  • http://www.pileface.com/sollers/IMG/jpg/Isaie-Piero_della_Francesca_031.jpg« Apprenez à faire le bien : recherchez la justice, mettez au pas l’oppresseur, faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve. » Isaïe 1,17


    Les paroles du prophète Isaïe rappellent à ses concitoyens ce qu’est la volonté de Dieu. Si nous voulons apprendre à «bien faire», à «faire le bien», la tâche n’est pas très compliquée à décrire. Rechercher la justice en est l’essentiel. Or, la justice ne consiste pas seulement à respecter les lois et à se conduire en bon citoyen responsable. Selon Isaïe, celle ou celui qui recherche la justice met au pas l’oppresseur, fait droit à l’orphelin et prend la défense de la veuve. C’est dire que la justice n’est pas acquise, elle est à faire! Selon le prophète, nous vivons dans un monde profondément injuste. Les grands écrasent les petits, les forts imposent leur loi aux plus faibles. N’est vraiment juste que celle ou celui qui se dresse entre l’oppresseur et l’opprimé, pour renverser le rapport de force. Et ce travail est toujours à refaire, parce que, d’une génération à l’autre, tous les êtres humains doivent apprendre à faire le bien. Et voilà pourquoi les paroles d’Isaïe retentissent encore parmi nous aujourd’hui, avec la même urgence qu’il y a vingt-huit siècles…

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    Rodolfo Felices Luna

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  • Résurrection? Que s'expriment les témoins!

    Le tombeau vide : Luc 24, 1-12 ou L'apparition aux disciples d'Emmaüs : Luc 24, 13-35
    Autres lectures : Actes 10, 34a.37-43; Psaume 117(118); Colossiens 3, 1-4 ou 1 Corinthiens 5, 6b-8

    http://www.prierepartage.org/photos_du_groupe_img/PHOTOS%20TERRE%20SAINTE/resurrection_50.jpg

    Dans un journal local, une journaliste raconte un envoi missionnaire. Quatre jeunes, garçons et filles, s'apprêtent à partir en Amérique centrale pour quelques mois. Leurs motivations? Vivre une expérience de solidarité internationale, s'ouvrir à d'autres cultures, acquérir un savoir-faire.... Beaucoup de mots décrivent leurs belles valeurs, mais pas un mot n’évoque la foi qui, peut-être, inspire le geste généreux de ces jeunes. Pourtant, le groupe se prépare sous la supervision attentive d'une communauté religieuse... Pendant des mois, la communauté paie la formation, héberge gratuitement les jeunes au point d’arrivée et assure les activités d’intégration au retour.  La journaliste met en évidence l’absence complète de référence religieuse dans le discours des jeunes. « Ils ne sont pas contaminés par la culpabilité judéo-chrétienne », écrit-elle en conclusion de son article.

         Ce genre de propos est devenu monnaie courante. Il exprime bien les limites sociales qui paralysent notre témoignage. Nous vivons aux antipodes des moments bénis où la Résurrection de Jésus alimentait le témoignage joyeux et entraînant des disciples encore étonnés par les événements survenus après la mort du Sauveur.

         Ce témoignage des disciples s’est avéré essentiel lors de la naissance de l’Église. Paradoxalement, notre époque si attentive aux besoins des individus est réticente devant toute activité personnelle de témoignage. Pour nous protéger, pour éviter tout malaise, nous sommes alors portés à nous fondre dans le décor. Prenant au sérieux les mises en garde de certains ténors des médias, nous limitons au maximum nos gestes de communication publique. Nous reléguons dans l’intimité, dans le privé de nos vies le témoignage en faveur du Ressuscité.

         Le Seigneur Jésus est pourtant aussi actif aujourd’hui que jadis. Nous priver de témoigner va à contre-courant de la dynamique décrite dans la Bible. Quiconque vit l’expérience de rencontrer le Ressuscité se surprend à vouloir partager cette aventure. Puisse la célébration de Pâques nous encourager dans notre formulation d’une parole de témoin, une parole précise et stimulante!

         Comme c’est le cas pour plusieurs fêtes majeures de l’année chrétienne, le lectionnaire de Pâques offre quelques choix intéressants pour alimenter notre réflexion. En cette année liturgique C, nous concentrerons notre attention sur un amalgame de textes bibliques reliés par un fil conducteur clair et pertinent : le témoignage au sujet du Ressuscité.

    Actes des apôtres et Évangile de Luc

         Saint Luc est à l’honneur aujourd’hui. Dans ses textes, le témoignage qui sort de la bouche de Pierre est détaillé et percutant, alors que les témoins de l’évangile semblent beaucoup plus perplexes.

         La première lecture (Actes des Apôtres 10, 34a.37-43) est tirée du tome 2 de la grande narration des débuts de l’Église rédigée par saint Luc. Le témoignage du chef des apôtres s’adresse aux gens qui se situent en dehors du peuple de Dieu.  Le discours porte sur les faits, ainsi que sur leur sens qui assoit l'identité de Jésus. Fort de son expérience, Pierre établit le pont entre le Christ de l’histoire et le Seigneur ressuscité.

         Contrairement aux disciples qui se lèveront dans les générations suivantes, Pierre a vu et entendu Jésus au cœur de son humanité.  En plus de son expérience de la rencontre avec le Ressuscité, l’apôtre a une expérience directe de la vie humaine de Jésus. Il insère son récit dans une base encore plus large : l’histoire du peuple juif. Les événements commentés dans son témoignage sont ainsi enracinés dans des pages bien fournies de l’histoire humaine.

         Le propos de l’Évangile selon Luc est plus ciblé que dans les Actes. Le texte déjà entendu lors de la Veillée pascale (Luc 24, 1-12) raconte que les femmes sont parties embaumer un mort. Des indices contredisent le sort fatal qu’on croyait réservé à Jésus.  Le tombeau est ouvert. Des interlocuteurs inespérés portent un vêtement de lumière. Leurs propos sur le sort de Jésus évoquent des propos tenus « de son vivant ». Les femmes racontent cela aux apôtres qui restent sceptiques. Pierre va tout de même vérifier. Le linceul abandonné ne suffit pas à le convaincre…

         Si on proclame plutôt le récit des événements de la route d’Emmaüs (évangile du dimanche soir, Luc 24,13-35), on constate que le témoignage des marcheurs est véhiculé devant les apôtres, à l’intérieur de la cellule des disciples. Le temps n’est pas encore venu de répandre la nouvelle sur les places. Mais déjà, les apôtres racontent l’expérience personnelle de Pierre pour valider le témoignage des marcheurs.

         Ainsi, le chapitre final de l’évangile de Luc en confirme les premières pages. Le récit du tombeau vide comme les aventures d’Emmaüs s’inscrivent dans la continuité de la bonne nouvelle initiale, celle que nous avons proclamée dans la nuit de Noël. Les bergers qui entendaient les messagers du ciel proclamer la gloire de Dieu recevaient sans le savoir les prémices du message du matin de Pâques. Avec la résurrection de Jésus, Dieu est à la hauteur de sa réputation, de sa gloire : il a conduit le Galiléen au-delà du seuil de la mort et de l’oubli.

    Première lettre aux Corinthiens ou Lettre aux Colossiens?

         Outre l’évangile qui doit être choisi pour le plus grand bien des fidèles, la messe du jour de Pâques suppose une autre décision… déchirante. Deux courts textes des lettres de Paul sont proposés à notre considération : Colossiens 3, 1-4 et 1 Corinthiens 5, 6b-8. Comment choisir?

         Colossiens est un écrit mystique tardif, inspiré des messages de saint Paul. L’extrait proposé utilise un vocabulaire qui devait enthousiasmer les chrétiens du premier siècle. Ils découvraient la merveille opérée par Dieu en Jésus ressuscité en termes d’espace cosmique, de pouvoir universel, de vie divine et de gloire partagées... Somme toute, une série d’affirmations qui donnent de l’envergure au témoignage!

         La première aux Corinthiens est un écrit authentique de l’apôtre des nations. Elle évoque une tradition juive liée à la célébration de la Pâque : l’élimination du vieux levain des maisons. Utiliser du levain pour faire lever le pain n’était pas un geste anodin. C’était perçu comme la concession aux humains d’un pouvoir de transformation qui appartient à Dieu. Pour célébrer la Résurrection, don de Dieu par excellence, il faut accepter la totale nouveauté donnée par Dieu. Comme on fait le pari de se départir pour un temps des vieux ingrédients éprouvés, si nécessaires pour faire lever de bons pains…

         Comment choisir devant ces deux propos si riches?  Le contenu des deux petites péricopes est si pertinent qu’il s’avère dommage d’en retenir une seule. La proximité avec les événements de Pâques peut s’avérer un critère important. En retenant le texte de Corinthiens, on sera bien près de l’expérience mystique de Paul.

    Nous, témoins d’aujourd’hui

         La présence de Paul, dans le discours liturgique de Pâques, est importante pour nous. Pâques nous rappelle ce que nous avons en commun avec Paul. 

         Par rapport aux premiers apôtres, Paul appartient à une classe différente de témoins. Comme nous, Paul n’a pas d’expérience directe des travaux et des succès humains de Jésus. Comme nous, Paul surgit dans l’histoire après la Résurrection. Comme nous, Paul se base sur le relèvement de Jésus par Dieu pour s’engager.

         Nous vivons de l’autre côté du premier dimanche de Pâques. Nous sommes dans la même position que Paul lorsqu’il rencontre Jésus Ressuscité! La rencontre avec Jésus, ce sur - vivant, est une expérience fondatrice qui invite à recadrer toutes choses.

         Nous sommes à armes égales avec Paul, et même plus chanceux que lui, puisque nous bénéficions désormais de son expertise, de sa réflexion, de la mise en forme de certains concepts qu’il a pris soin de formuler.

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Alain_Faucher.jpg

     

     

    Alain faucher

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  • Travaillés de vie nouvelle!
    Le Christ ressuscité
    John Constable, 1822
    Huile sur toile
    162 x 127 cm

    http://www.interbible.org/interBible/images/Constable-Ressuscite.jpgEn tant que chrétiens, chrétiennes, nous croyons que Dieu, en nous donnant son Fils, a mordu dans la vie. Jésus a apprécié la vie et s’en est fait le protecteur. Il n’a cessé de redonner aux plus éprouvés une qualité de vie non seulement physique, mais aussi morale et spirituelle. Il a consacré sa vie à proclamer la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu qui se fait proche des humains. Ressuscité, il est maintenant à nos côtés pour nous ouvrir sans cesse des chemins neufs qui nous conduisent à une vie intime et personnelle avec lui.

    Vivant de la vie même de Dieu, il nous donne l’espérance que la vie peut se frayer un chemin au-delà des limites qu’elle connaît et des barrières qu’elle rencontre. Ayant connu lui-même la limite ultime de la vie, il est en mesure de nous associer à sa résurrection pour que la mort, qui se profile à l’horizon de notre vie, soit notre propre pâque, notre entrée chez Dieu où nous connaîtrons la vie dans toute sa plénitude. Telle est notre espérance, cette compagne indispensable de notre foi au Christ ressuscité, qui est au cœur de notre vie de baptisés. Saint Paul nous le dit avec assurance : Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts (Romains 6, 4).

    Rendus solidaires du Christ par le baptême et travaillés de vie nouvelle, nous  croyons et nous espérons que tout ce que nous faisons pour sauvegarder la vie et la prolonger ne sera pas inutile. Tout ce que nous faisons pour soulager la souffrance et combattre les différentes formes de maladie; pour promouvoir le respect de la dignité humaine et rapprocher les humains les uns des autres en brisant la solitude et l’anonymat; tout ce que nous accomplissons pour refuser les murs élevés par les hommes entre eux; tout ce que nous faisons pour sauvegarder la nature; tout cela peut être considéré comme une expression concrète de notre foi.

    Je souhaite que cette fête de Pâques renouvelle votre fierté d’être baptisés, d’être solidaires de la mort et de la résurrection du Christ; qu’elle vous permette de reconnaître le Christ bien vivant et à l’œuvre dans votre vie de tous les jours.

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Yves_Guillemette.jpg

    yves guillemette

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  • De la parabole aux actes!

    La femme adultère : Jean 8, 1-11
    Autres
    lectures : Isaïe 43, 16-21; Psaume 125(126); Philippiens 3, 8-14

     

    http://www.cursillos.ca/images/femme-adultere-NicolasPoussin400.jpg

    (À deux semaines de la grande fête de Pâques,) nous retrouvons Jésus dans le temple de Jérusalem. Le décor est déjà celui de la Semaine sainte. Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner (Jn 8,1-2). Avant même de lire plus loin, il importe de s’arrêter un peu pour contempler la manière de faire de Jésus. Il en est aux derniers jours de sa vie terrestre et il le sait. Mais cela ne l’arrête pas, au contraire. La nuit, il refait ses forces dans le repos et la prière. Le jour, il continue d’annoncer la Bonne Nouvelle sans se lasser, malgré les refus, malgré les échecs.

         Avant de prolonger notre lecture, il importe de contempler Jésus qui s’est reposé et a prié sur le Mont des Oliviers. Avec lui nous pouvons traverser la vallée du Cédron et monter dans le Temple. Avec le peuple, il importe que nous laissions l’enseignement de Jésus nous remonter au cœur, spécialement la parabole de dimanche dernier (le père miséricordieux et ses deux fils) que Jésus a racontée pour les pharisiens et les scribes qui récriminaient contre le bon accueil qu’il offrait aux pécheurs.

    Les scribes et les pharisiens mettent Jésus à l’épreuve

         Voilà que l’enseignement de Jésus est à nouveau interrompu par l’intervention des scribes et des pharisiens. Dimanche dernier, ils récriminaient, ils murmuraient contre Jésus. Aujourd’hui ils s’approchent de lui en l’appelant « maître ». Mais, contrairement au peuple, ils ne sont pas là pour se nourrir de son enseignement. Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser (8,6). Et ils ont trouvé une occasion en or : Une femme qu’on avait surprise en train de commettre l’adultère (8,3).

         Pour les scribes et les pharisiens, cette femme est coupable, point à la ligne : Dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là (8,5). Elle aurait déjà été mise à mort si elle ne représentait pas une belle occasion de condamner Jésus lui-même. Ce qui aurait pu être une question purement théorique devient maintenant une question de vie ou de mort. La vie de cette femme dépend de la réponse que donnera Jésus. La vie de Jésus dépend elle aussi de la réponse qu’il offrira à cette question piège.

         Une chose étonne dans cette mise en scène. On ne peut commettre l’adultère seul! Où est donc passé l’homme avec qui la femme avait été surprise? Courait-t-il plus vite qu’elle? A-t-il réussi à fuir quand ils ont été surpris? Dans ce cas, on peut douter de son amour pour cette femme. En l’abandonnant ainsi, il la condamnait à une mort certaine. Chose certaine, il aurait lui aussi mérité la mort. C’est bien ce que prévoyait la Loi de Moïse : L’homme qui commet l’adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice (Lv 20,10). Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront : l’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même (Dt 22,22).

         Le texte ne nous dit rien sur le complice de cette femme. Reste que la vie de deux personnes est ici en jeu : celle de la femme et celle de Jésus. « Entre toutes les questions posées à Jésus au cours de sa vie publique, celle-ci apparaît la plus décisive. Il s’agit en effet d’un problème de vie ou de mort, où est mis en cause l’aspect le plus original de l’attitude de Jésus : sa miséricorde. Impossible pour lui d’échapper à l’alternative: ou c’est la Loi de Moïse qui triomphe, ou c’est sa miséricorde 1».

    Qu’écrivait donc Jésus sur le sol ?

         Jésus répond d’abord à cette question par un geste : s’étant baissé, du doigt, il traçait des traits sur le sol (Jn 8,6). Les pères de l’Église ont cru que Jésus comptait ainsi le nombre des péchés de ses interlocuteurs. Si tel est le cas, le fait que Jésus compte les péchés sur la poussière du sol est déjà encourageant. Un coup de vent (un souffle de l’Esprit) et le tout peut être effacé. Quoi qu’il en soit, en ne répondant pas par la parole, Jésus indique bien qu’il refuse d’émettre un jugement. Il refuse de se laisser enfermer dans une logique judiciaire de la faute et de la punition. « Ce qui est sûr c’est qu’en mentionnant ce geste le récit acquiert une intensité dramatique qui lui manquerait s’il passait directement à la réponse de Jésus 2». C’est une pause qui donne le temps de réfléchir.

    Jésus ne banalise pas le péché

         Devant l’insistance des accusateurs, Jésus finit par prendre la parole. Il se redressa et leur dit : “Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre”. Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol (8,7-8).

         En agissant et en parlant de la sorte, Jésus renvoie les accusateurs à leur propre conscience. Il ne condamne pas leur jugement. Il souligne toutefois la nécessité pour chacun de veiller sur l’intention qui le pousse à agir, qui le pousse même à tuer. Au lieu de vous interroger sur le péché des autres, interrogez-vous donc sur votre propre péché. 

         Par cette parole célèbre, Jésus sauve aussi la vie de la pécheresse. Pour elle émerge un monde nouveau. Les accusateurs n’avaient pas parlé à cette femme. Jésus lui adresse la parole. Il se redressa et lui demanda : “Femme, où sont-ils donc? Alors, personne ne t’a condamnée?” Elle répondit : “Personne, Seigneur”. Et Jésus lui dit : “Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus” (8,10-11). Les ennemis s’étant dispersés, il est maintenant possible à Jésus d’exercer la miséricorde en toute liberté. Or, cette miséricorde de Dieu manifestée en Jésus met la femme devant sa propre liberté : Va ! Mais Jésus, dans sa miséricorde, l’invite aussi à engager sa liberté retrouvée dans le bon sens : Désormais ne pèche plus.

    Voici que je fais un monde nouveau

         Devant un tel récit, nous avons tendance à nous reconnaître soit dans les accusateurs soit dans la femme pécheresse. Il importe peu que nous soyons d’un côté ou de l’autre. Il est toutefois essentiel d’entendre Jésus ressuscité qui nous replace nous aussi devant notre liberté et qui nous invite à l’investir dans le bon sens. Le Seigneur dit : “Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas?” (Is 43,17-19). Telle fut l’expérience de la femme adultère lors de sa rencontre avec Jésus. Tel peut être le sens profond de notre rencontre avec le Christ pendant ce carême 2010. Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts  (Ph 3,10-11). Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus (3,13-14).

         Saint Jean ne nous dit pas ce qu’ont fait les scribes et les pharisiens après avoir quitté le temple ce jour-là. Il ne nous raconte pas non plus ce qu’a fait la femme après sa rencontre avec Jésus. À nous d’écrire la fin de l’histoire dans le quotidien de nos vies.

    ___________

    1. Domingo Munos Leon, « Jésus pardonne à la femme adultère », dans Assemblées du Seigneur, 18 (1971), p. 61-62.

    2. Michel Gourgues, Luc, de l'exégèse à la prédication. Carême-Pâques, année C (Lire la Bible, 70), Paris, Cerf, 1994, p. 96-97).

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    yvan mathieu

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  • Le début des temps nouveaux

    Jésus apparaît à ses disciples : Jean 20, 19-31
    Autres lectures
    : Actes 5, 12-16; Psaume 117(118); Apocalypse 1, 9-11a.12-13.17-19

     

    http://artbible.net/3JC/-Joh-20,19_Vision_Doubt_Apparition_Doute/20%20AURORE%20JESUS%20APPARAIT%20A%20SES%20DISCIPLES.jpgAu fil des siècles, l’Esprit a peu intéressé les croyants et les croyantes. Cependant, surtout dans la famille protestante, l’intérêt  pour l’Esprit a augmenté à  partir des années 1960. De nombreux faits attestent cette préoccupation. Un mouvement spirituel, le Renouveau charismatique, désormais implanté dans plusieurs familles chrétiennes insiste sur le rôle de l’Esprit dans la vie chrétienne. Plusieurs chansons et prières sur la troisième  personne de la Trinité ont été composées  par des membres du Renouveau. Des communautés chrétiennes connues sous la dénomination de « communautés nouvelles » (communauté des Béatitudes, communauté du Lion de Juda, etc.) ont émergé de ce courant spirituel. Cette effervescence a suscité une réflexion théologique plus soutenue autour de l’Esprit. Et cette théologie a pris racine dans l’Écriture. Il serait approprié d’explorer les textes de cette liturgie de la Parole et de dégager ce qu’ils nous enseignent sur l’Esprit.

    Une communication                                                                                                                                        

         L’Évangile de cette liturgie nous indique que le Christ est à l’origine du don de l’Esprit. Il le communique aux apôtres réunis le soir du Premier jour de la semaine. L’Esprit peut donc se transmettre et cette transmission est un don. Les gens ne peuvent pas acheter l’Esprit. Le Christ distribue la grâce sans condition aux gens qui l’acceptent. Dans l’épisode relaté durant cette célébration, les apôtres qui accueillent l’Esprit représentent aussi l’humanité qui est aussi conviée à partager le cadeau reçu par les disciples. La première lecture confirme les propos de l’Évangile. Les gens suivent Pierre pour être guéris.  Et les premiers dépositaires de l’Esprit seront suivis par d’autres témoins au fil des siècles.

    Les effets individuels                                       

         Le souffle divin transforme toutes les dimensions de l’être humain. Il transforme sa dimension intellectuelle. La deuxième lecture de cette célébration atteste de ce fait. Jean perçoit le réel d’une manière différente lorsque l’Esprit s’empare de son intellect. En effet, Jean précise au début du livre de l’Apocalypse qu’il considère la situation des communautés croyantes de son époque à la lumière de l’Esprit : C’était le jour du Seigneur; je fus inspiré par l’Esprit, et j’entendis derrière moi une voix puissante, pareille au son d’une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises qui sont en Asie mineure (Apocalypse de Jean 1, 10-11). Il peut percevoir le monde à la façon du Christ à cause de son Esprit.

         L’Esprit du Seigneur transforme le cœur des gens qui l’acceptent. Et cette transformation prend la forme d’une guérison. Dans le domaine de la foi, ce rétablissement prend aussi le nom de pardon. En  donnant son Esprit, Jésus répare dans la conscience des personnes le lien rompu par le péché entre le Père et son enfant. Dans l’Évangile proclamé aujourd’hui, ce sont les apôtres qui reçoivent le mandat de pardonner, de transmettre l’Esprit qui guérit : Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie »Jean 20, 22-23). Jésus charge aussi ses envoyés de juger si l’être humain est en mesure d’accueillir la grâce. Ils ont le pouvoir de ne pas réconcilier si le cœur du pardonné résiste à l’action du souffle divin. Cette mission délicate a été prise avec grand sérieux dans la famille catholique. La réconciliation individuelle est la norme habituelle pour tous les catholiques qui doivent adresser leur demande de pardon au ministre ordonné, une personne qui a reçu la responsabilité de dispenser ce sacrement. (

    L’unité                                                      

         La première lecture (Ac 5, 12-16) présente un effet communautaire de l’Esprit : l’unité. L’auteur des Actes des Apôtres souligne que les baptisés, qui se réunissaint dans le Temple de Jérusalem, s’y tenaient « d’un seul cœur ». Une force unique habitait la conscience des gens qui avaient décidé de suivre le Ressuscité : l’Esprit. Il faut remarquer que le don de la grâce s’accompagne toujours d’une mission. Les enfants du Père sentent qu’ils ne doivent pas garder le cadeau du Fils pour eux. Les apôtres ont reçu la charge de pardonner. Les autres chrétiens et chrétiennes de Jérusalem ont reçu la tâche de témoigner. Leurs assemblées dans le Temple sont publiques. Les gens sont impressionnés par la qualité de leur rassemblement. Ils font l’éloge de ces personnes qui adressent leur louange à un Crucifié. Plusieurs décideront aussi, en voyant ces témoins, de suivre le Seigneur.

    La science et l’Esprit                              

         Aujourd’hui les critiques pleuvent sur le phénomène religieux. Les gens qui adhèrent à un culte organisé seraient des individus superstitieux qui croient à des balivernes issues d’un temps où les connaissances scientifiques étaient rudimentaires. Les institutions religieuses sont considérées comme des reliques d’une ère révolue. Le discours éthique de ces institutions serait sans valeur puisque les gens chargés de proclamer certains principes moraux ne les respectent pas. Toutes ces critiques virulentes oublient l’essentiel : la spiritualité, la vie intérieure des croyants et des croyantes. Les athées, les agnostiques et les autres critiques ont rarement écrits des textes dénonçant l’Esprit car sa réalité ne peut pas être mesurée par la science. La grâce agit dans notre monde puisqu’elle habite l’intériorité des baptisés. L’Esprit appartient au Royaume des cieux, un monde radicalement différent de notre univers matériel qui peut être quantifié, mesuré. On connaît les exigences de Thomas qui a voulu comme les scientifiques observer de ses propres yeux le Christ. Mais il a compris devant le Christ ressuscité, qui s’était plié à sa demande pour devenir un sujet d’observation, que l’expérimentation s’avère inutile devant les réalités issues du Royaume. L’Esprit a envahi le cœur du disciple incrédule et, ainsi, il a eu accès à une compréhension profonde du mystère chrétien. Il a découvert que cet homme revenu à la vie est aussi Dieu. Ce saut de l’observation scientifique à la foi est aussi le défi de tous les êtres humains de notre époque fortement imprégnée par la science. Comme Thomas, il reste à espérer que les hommes et les femmes de bonne volonté de notre temps sauront, sous la mouvance de l’Esprit, faire cette déclaration de foi à propos du Christ : Mon Seigneur et mon Dieu.

     

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/Benoit_Lambert.jpg

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2225.

     

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  • Le disciple et le maître

    Jésus était dans le désert, conduit par l'Esprit, pendant quarante jours, et il était tenté par le diable » (Lc 4, 1-2).


    http://clarte.eu.com/articles/inde2_fichiers/image023.jpg

     

    Un homme désireux d'atteindre le stade de l'illumination décida de se mettre sous la direction d'un grand maître spirituel. Celui-ci l'invita d'abord à prendre le thé avec lui. Le néophyte en profita pour lui décliner ses grades universitaires et lui décrire ses expériences spirituelles.

         Pendant qu'il parlait, le maître continuait de lui verser du thé, même lorsque sa tasse se mit à déborder. Étonné de ce geste étrange, le futur disciple lui demanda ce qu'il faisait. Et le maître de lui répondre : « Ne voyez-vous pas qu'il n'y a plus de place en vous pour mes enseignements? » (Jean Monbourquette, À chacun sa mission, Ottawa, Novalis, 1999, p. 59).


    LIEN: Tu pars à la recherche de Dieu. Tu ne sais pas sous quel visage il se montrera à toi. Il n'aura probablement aucun visage, il n'aura pas de nom, tu ne pourras trouver aucune définition qui puisse s'appliquer à lui quand tu le verras... Pars plein d'un immense désir, mais libre de tous ces noms, représentations, définitions, visions... Dieu est Dieu, il est au-delà de tout ce qu'on peut en dire ou en penser, au-delà de tout ce qu'on peut en voir. Nous l'appelons Dieu, mais en fait il n'a pas de nom. Quand Moïse lui demanda son nom, il ne donna pas son nom, il dit simplement : « Je suis ». [...] C'est dans ce lien de l'être que tu le saisiras... au-delà de ce qui se peut concevoir et dire, dans l'être, dans la communication qu'il te fait de son être (Yves Raguin, Chemin de contemplation. Éléments de vie spirituelle).

     

    Source www.interbible.org

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  • (retouché le 28/12/14)

    Une synagogue du premier siècle découverte à Magdala

    Il y a quelque mois, les agences de presse ont annoncé la découverte d’une des synagogues les plus anciennes de Galilée, celle de Magdala où la tradition chrétienne a conservé le souvenir de Marie de Magdala, une femme qui eut le privilège d’être la première témoin de la résurrection de Jésus.

    Pierre richement sculptée

    Pierre richement sculptée (photo © IAA)

         Les fouilles archéologiques dirigées par Dina Abshalom sur le terrain des Légionnaires du Christ ont permis de retrouver un bâtiment de 100 m2 qui, à n’en pas douter, est une synagogue. Une pierre blanche surélevée par quatre petites colonnettes est richement sculptée. Un chandelier à sept branches est entouré de deux amphores. D’autres rosaces ornent la partie supérieure de la pierre. Aux quatre angles de la pierre, on voit clairement l’emplacement d’autres colonnettes qui étaient appuyées sur cette pierre. Soutenaient-elles la table qui servait pour dérouler le rouleau de la loi lors de l’office synagogal ? De nombreuses questions restent en suspens.

         Selon le témoignage des poteries et des monnaies, l’édifice ne serait pas postérieur à l’an 70. Des colonnes de basalte enduites de plâtre qui fut peint aux couleurs vives soutenaient l’édifice.

    Vue aérienne du site

    Vue aérienne du site (photo © IAA)

         La découverte la plus remarquable est celle de mosaïques sur une partie du plancher. Des dessins géométriques, dont l’interprétation reste discutée, décorent la partie avant du plancher. Et des sondages récents ont permis d’entrevoir une partie importante de l’agora, une voie romaine dallée, ainsi qu’un canal.

         Grâce à l’historien Flavius Josèphe et aux textes rabbiniques l’histoire de la ville de Magdala est bien connue. La ville aurait compté jusqu’à 40 000 habitants qui vivaient en grande partie de l’industrie de la pêche. Entraînée dans la révolte juive, la ville fut prise par Titus.

         Tous souhaitent que les fouilles puissent continuer pour permettre une meilleure connaissance de ce centre urbain de Galilée et du milieu du Nouveau Testament.

         D’après une tradition tardive Marie de Magdala serait partie à Marseille pour évangéliser la partie sud de la Gaule. Elle se serait retirée dans la grotte de Sainte-Baume et serait morte à Saint-Maximin. Les fantaisies du romancier Dan Brown dans son Da Vinci code (JC Lattès, 2004) ont rendu Marie de Magdala célèbre dans le monde entier. Les fouilles archéologiques vont nous ramener des fantaisies à la réalité.

    Frederic Manns

    Source : Blog de l'auteur (avec permission).

     Source www.interbible.org

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  • http://www.benedictinesjoliette.org/IMAGES/609Saint-Esprit.jpgLe péché contre l’Esprit Saint

    Question« Qu'est-ce que le péché contre l'Esprit et pourquoi est-il impardonnable? » (Valérie, Moncton)

    RéponseAh! ce terrible péché impardonnable, mais dont on ne connaît pas la nature… Pire encore, on ne sait même pas si on l’a déjà commis. Si grave, ce péché, que trois des quatre évangélistes (Mc 3,29, Mt 12,32 et Lc 12,10) nous mettent en garde à son sujet. C’est cependant en compagnie de Luc qu’on a probablement le plus de chance d’y voir clair, parce que cet évangéliste nous offre une suite sur le sujet dans les Actes des Apôtres.

     

    Mais d’abord, quelques informations préalables.

     

         Luc met en opposition le péché pardonnable contre le Fils de l’homme et celui impardonnable contre l’Esprit Saint. Or Jésus est identifié, durant son ministère terrestre,  au Fils de l’homme, alors que l’Esprit Saint est, dans le langage biblique, propriété de Dieu. En fait, la traduction littérale du vocable latin spiritus (en hébreu ruah et en grec pneuma) est tout simplement souffle. Parler de l’Esprit de Dieu, ou plus précisément de son Souffle, c’est une façon imagée de désigner sa puissance agissant dans le monde. En fait, le Souffle est l’instrument par lequel Dieu exerce son règne sur l’univers. Cela n’empêche toutefois pas que, dans la Bible, cette puissance, sans être une entité distincte de Dieu, ait souvent été personnifiée; tout comme l’ont d’ailleurs été la sagesse et le péché.

     

         Dans le Premier Testament, on dira donc régulièrement que Dieu met son Souffle dans un personnage dans le but de lui faire accomplir une action en faveur de son peuple. Mais cet octroi du Souffle est toujours temporaire et spécifiquement lié à l’action visée. Signalons également cette autre fonction attribuée au Souffle de Dieu : celle de principe à l’origine de la vie. Ainsi croyait-on que Dieu plaçait son Souffle dans l’être humain, qui demeurait vivant tant et aussi longtemps qu’il ne lui était pas retiré.

     

         Quand on constate que Jésus est ressuscité et qu’il agit avec grande puissance au sein de la communauté primitive, on tire la conclusion que Dieu lui a donné son Souffle et ce, à double titre. Comme principe de vie : Jésus a désormais la vie en plénitude et la mort n’a plus d’empire sur lui; comme puissance d’action : Jésus est récipiendaire en permanence de la force divine qui lui permet maintenant d’exercer son règne messianique. Ainsi, Luc affirmera, en Ac 2,32-33, que Dieu a ressuscité Jésus et qu’il l’a fait Christ et Seigneur (= Messie) en lui donnant son Souffle Saint. Dans les Actes, parler du Souffle Saint, c’est donc parler de Jésus, Christ, ressuscité, exerçant le règne avec puissance. Or, du point de la communauté primitive, les œuvres du Christ sont si éclatantes que le fait de les nier relève de l’aveuglement volontaire ou de la mauvaise foi.

     

         Revenons maintenant à Lc 12,10 où on lit : Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné; mais qui aura blasphémé contre le Saint Esprit, cela ne lui sera pas pardonné. Pour évaluer correctement la portée de cette proclamation, il faut d’abord comprendre que l’évangile ne concerne pas seulement l’activité de Jésus de Nazareth durant sa mission terrestre, mais il concerne également ce que la communauté a saisi du Christ, dans l’exercice de son règne messianique, au fil des décennies postpascales. Car l’évangile n’est pas une biographie de Jésus mais bien un portrait où sont superposés les traits de Jésus de Nazareth et ceux du Christ ressuscité. La parole citée plus haut (Lc 12,10) fait donc référence, elle aussi, aux deux niveaux d’existence de Jésus, Christ. C’est pourquoi on pouvait dire qu’une parole contre le Fils de l’homme, c’est-à-dire contre Jésus de Nazareth, est pardonnable, parce que de son vivant, on ne savait pas encore qui il était et qui il allait devenir; alors que blasphémer contre le Saint Esprit est impardonnable, parce que c’est refuser de reconnaître les œuvres accomplies par le Messie au cœur de l’Église primitive, lesquelles seraient évidentes, aux dires de la communauté. Le coupable se refuserait donc à lui-même le pardon. Cette situation est d’ailleurs clairement illustrée dans le récit d’Ac 4,5-22. Il faut aller relire ce passage en écho avec Lc 12,10-12. On aura alors tout compris.

     

         Enfin, cette façon imagée des évangélistes de parler du péché contre l’Esprit reflète une situation contextuelle qui met en scène un problème particulier vécu par la communauté postpascale. Il est probablement inutile, voire stérile, de chercher à identifier ledit péché dans notre vie de foi actuelle.

    Michel Proulx

     

    Source www.interbible.org


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  • « Amen, amen, je te le dis : Personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » Jean 3,3

     

    Rodolpho.jpg

    Par ces mots, Jésus révèle à Nicodème l’horizon ultime de la foi qu’il annonce. Le règne de Dieu dont Jésus parle s’incarne dans ce monde, se goûte dans ce monde, se vit dans ce monde, mais ce règne n’est pas de ce monde. Naître, croître, aimer, créer, construire, enfanter… tout ce beau projet qu’est la vie nous vient de Dieu et nous conduit certes au bonheur. Mais notre soif de bonheur ne saurait se satisfaire de l’échec, de la corruption, du mal et de la mort présents dans notre monde. Nous sommes appelés à grandir au-delà de ce monde et cet au-delà nous appelle irrésistiblement vers lui, dès ici-bas. C’est pourquoi il nous faut renaître : d’ailleurs, d’en haut, d’au-delà de ce monde, du mystère de cette insatiable soif, de Dieu. Renaître pour mieux voir l’agir rédempteur de Dieu en ce monde. Renaître pour dépasser le point de vue terrestre, la dimension visible, charnelle. Renaître pour voir le règne de Dieu prendre d’assaut ce monde – amoureusement – et constater que rien de précieux ne se perd, mais se retrouve ultimement dans la lumière de sa présence bienveillante. Renaître, c’est d’ores et déjà ressusciter. Joyeux temps pascal!

    Rodolfo Felices Luna
    Bibliste, Université de Sherbrooke

     

    Source www.interbible.org

     

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