• Le nom de Dieu : « Je suis celui qui suis ».

    Invitation à la conversion

    Figuier avec ses fruits, tel qu'espère le vigneron

     La conversion est urgente : Luc 13, 1-9
    Autres lectures : Exode 3, 1-8.10.13-15; Psaume 102(103); 1 Corinthiens 10, 1-6.10-12

    Après l'évocation de la vocation d'Abraham (au 2e dimanche), c'est la figure de Moïse, impressionnante et déterminante, et la révélation majeure de Dieu saint proche des humains, qui sont présentées à notre réflexion. Quant au texte évangélique, il relate  le récit de deux faits dramatiques, suivis d'une parabole évoquant  l'agir patient de Dieu.

    Deux malheurs et une interprétation

         Quand arrivent  les catastrophes, nous réagissons fortement; les malheurs de toutes sortes qui frappent des populations civiles nous heurtent, les souffrances que des enfants innocents, des personnes handicapées, des personnes âgées  subissent nous scandalisent. Nous refusons le mal, certains iront jusqu'à se révolter contre Dieu. Pendant des siècles, des gens ont cru que le malheur s'abat sur celui qui est coupable. Les malheurs de Job conduisent sa famille, ses amis, les spécialistes religieux de l'époque, à croire qu'il a offensé Dieu. En Jean, l'histoire de l'aveugle-né reprend cette conception courante à l'époque. En effet, les disciples demandent: Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents?(9, 2-3).  Dans le récit de Luc, en ce dimanche, on rencontre le même schéma de pensée. Ce qui arrive à des Galiléens dévots, en pèlerinage à Jérusalem, et aux 18 Judéens, près de la colonne de Siloé, prouverait qu'ils sont de grands coupables. Jésus demande alors à ceux qui rapportent les faits : Pensez-vous que ces Galiléens étaient des plus grands pécheurs que tous les autres... pour avoir subi un tel sort?... qu'ils (les Judéens) étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem (13, 2.4)?

         La réponse de Jésus est limpide, il rejette cette mentalité que certains ont de se croire plus exemplaires que ceux sur qui le malheur s'acharne, comme si en étant épargnés, ils étaient rassurés sur leur droiture et leur justice. Les événements tragiques frappent les gens indépendamment de leur valeur morale. Et Jésus passe à un autre registre, Il saisit l'occasion pour renvoyer à eux-mêmes ceux qui l'écoutent. Tous, sans exception, sont également menacés s'ils se livrent au péché: Eh bien... je vous le dis; et si vous ne vous convertissez pas,vous périrez tous de la même manière (v. 5).

    L'urgence de la conversion

         Jésus invite donc ses interlocuteurs à une prise de conscience, à regarder ce qu'ils sont à l'intime d'eux-mêmes, à juger de la nature de leurs actes, en somme à percevoir le sens de leur existence sous le regard aimant de Dieu qui est source de vie, puissance de vie et de bonheur. C'est un appel à la conversion, à se rendre compte de ce qui se passe dans le moment présent, à discerner, à bien juger, selon l'étymologie grecque (12, 56-57). Ces malheurs ont valeur d'avertissement, sont destinés à nous servir d'exemples, comme le mentionne Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, (10, 6 deuxième lecture). La mort est imprévisible pour  qui que ce soit, et les fidèles doivent se tenir prêts à affronter le jugement (Luc 12, 58-59). Lorsque le redressement s'impose, le fidèle doit de toute urgence, se mettre résolument à la tâche, sinon, le mal spirituel qu'est le péché le guette et le conduit à la mort.

         La conversion! Cet appel à un changement de mentalité et de direction, il en a déjà été mention en Luc 5, 32 : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs à la conversion.Jean le Baptiste a proclamé un baptême de conversion en vue du pardon des péchés (3, 3). Une partie du peuple avait reconnu alors la justice de Dieu en se faisant baptiser (3, 12); d'autres, des Pharisiens, des légistes ont refusé (7, 30). Et lorsque Jésus proclame, par le biais des paraboles (8, 8-10) et par ses guérisons, que le Règne de Dieu est arrivé, certains l'accusent de chasser les démons par Béelzébub (11, 15) et ils s'opposent fermement (5, 27- 6, 5; 11, 14 - 12, 59). Cette opposition ira s'accentuant jusqu'à la confrontation finale, à Jérusalem.

         Cet  épisode s'inscrit dans un contexte portant sur la réalité du jugement (chapitres 12 et13). Si, face au jugement perverti de l'homme, la conversion est possible, c'est grâce à l'action bienveillante et bienfaisante de Dieu qui donne en surabondance (chapitre 12). Par contre, si le règne de Dieu est refusé,  la personne marche vers la mort. Toutefois, et l'histoire du peuple hébreu le prouve, l'amour de Dieu est toujours offert. Mais pour tout humain lié à sa nature mortelle, le temps de la conversion est limité.

    Le vigneron imprévisible et patient

         Comment ne pas apprécier la sollicitude du travailleur à l'égard du plant improductif pour lequel il intercède auprès du propriétaire de la vigne! Après trois ans, le sort du figuier est réglé. Pourquoi épuiser inutilement la terre? Mais non. Le paysan propose un délai inattendu, une dernière chance : Maître, laissez encore cette année. Peut-être donnera-t-il du fruit, à l'avenir (3,  8). Cette parabole nous situe alors en pleine espérance. Dans notre aujourd'hui, avec la présence de Dieu en nous, nous pouvons vivre l'insatisfaction face à ce que nous ne comprenons pas de la souffrance, de la mort, face à nos fragiles retournements à recommencer sans cesse. Dans ces humbles efforts, toutefois,  s'exprime notre espérance  en Dieu qui fait passer du côté de la vie.

     « Je suis celui qui suis »

         La première lecture présente l'un des  plus importants personnages de la Bible: Moïse. Élevé à la cour de Pharaon, il fuit l'Égypte, à la suite du meurtre d'un égyptien qui maltraitait des Israélites (Exode 2, 12). Réfugié, il garde le troupeau de son beau-père, prêtre de Madiane, jusqu'au jour où il est appelé par Dieu à libérer son peuple de l'esclavage. C'est par-delà le désert, à l'Horeb, la montagne sainte (3, 1-15)  que le Seigneur le rejoint. Moïse est intrigué par un feu qui sortait d'un buisson... qui brûlait sans se consumer (3, 2), un feu qui a valeur de signe, car cet élément accompagne la plupart du temps les manifestations de Dieu (19, 18).

         Moïse! Moïse!, dit la voix de l'Ange qui initie la relation. Une interpellation qui dit la proximité. Puis, Dieu s'identifie, il est fidèle aux patriarches: Je suis le Dieu de ton Père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob (3, 4.6), le Dieu qui a protégé son peuple. Il voit, Il entend, Il connaît, Il sait: J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple... et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances... (3, 7). Et Dieu veut agir, Il a besoin d'un collaborateur qui sera son instrument de salut : Je t'envoie chez Pharaon: tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël (I3, 10). Que fera  Moïse face à cette  « annonciation » inattendue? Au départ, il est intrigué par le feu et fait un détour pour voir cette chose extraordinaire (3, 3). Rapidement, il éprouve, sinon un effroi, du moins une crainte révérencielle, une attirance aussi  devant le mystère d'une Présence. Devant la mission confiée, celle d'être porte-parole de Dieu vis-à-vis de son peuple à la nuque raide, et qui se croit abandonner, Moïse reconnaît sa pauvreté: Que suis-je pour aller trouver le Pharaon (3, 11)? Et Yahvé l'encourage, le soutient, le convertit à son projet, avant même de se nommer: Je suis avec toi une présence agissante et pleine de force(3, 12; Juges 6, 16)). Tu diras aux fils d'Israël : Je suis... Yahvé, le Dieu de vos pères... m'a envoyé vers vous (3, 14-15; Jérémie 1, 19). Puis, à la demande explicite de Moïse, Dieu dévoile son nom, tout en le  voilant : Je suis celui qui suis (3, 14; Je suis qui je serai... C'est là mon nom à jamais. (3, 15 dans la TOB). Il est  celui qui fait exister les Fils d'Israël, qui les fera sortir de leur prison, qui va cheminer avec eux jusqu'à la terre ruisselant de lait et de miel (3, 8). La fidélité, la patience et l'amour miséricordieux de Dieu n'ont pas de limites, sa présence aimante traverse les âges.

    Dans  cette histoire de figuier, qui es-tu, Seigneur : le propriétaire de la vigne ou le vigneron? Quant à moi, je me sens plutôt figuier... Parce que j'ai expérimenté la patience de tes vignerons et la confiance qu'ils mettent en moi, je voudrais être aussi, pour d'autres, le vigneron qui se refuse à condamner avant un dernier effort, celui qui fait confiance malgré les apparences et les déceptions, celui qui met du sien pour que d'autres donnent du fruit. (Edmond Vandermeersch)

     

    Julienne Côté, CND

     Source : Le Feuillet biblique, no 2479. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source http://www.interbible.org/
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  • Le Père des miséricordes

    Retour du fils prodigue, par Pompeo Batoni

    Retour du fils prodigue, par Pompeo Batoni


     La brebis égarée : Luc 15, 1-3.11-32

    Autres lectures : Josué 5, 10-12; Psaume 33(34); 2 Corinthiens 5, 17-21

     

    Au cœur de l'Année jubilaire extraordinaire de la miséricorde, au milieu du temps liturgique du carême, l'Église nous invite à revisiter la dernière des trois paraboles de Luc 15 qui illustrent, de façon exceptionnelle, comment Jésus nous a enseigné que Dieu était engagé dans une quête inlassable de ce qui est perdu. Le contexte de ces paraboles nous met en face des pharisiens et des scribes qui récriminent contre Jésus en voyant son attitude face aux publicains et aux pécheurs. Ces derniers, toujours d'après le texte de Luc, viennent tous à Jésus pour écouter sa parole. Quant à Jésus, il est dépeint comme quelqu'un qui fait bon accueil aux publicains et aux pécheurs et qui mange avec eux. Or la mission de Jésus et toute sa vie sont « révélation du visage de Dieu ». Je regarde Jésus agir, je l'écoute et j'apprends de lui qui est Dieu. Je regarde comment Jésus agit envers les publicains et les pécheurs; puis, j'écoute comment, dans la parabole, il décrit le comportement du Père face au fils cadet et j'apprends de l'agir et de l'enseignement de Jésus où Dieu se situe face aux publicains et aux pécheurs. Bien plus, si je regarde la façon respectueuse avec laquelle Jésus s'adresse aux pharisiens et aux scribes en utilisant le langage des paraboles et que j'écoute, de la bouche de Jésus, la présentation qu'il fait du père face au fils aîné, est-ce qu'il ne me dit pas quelque chose d'essentiel sur l'attitude de Dieu face aux pharisiens et aux scribes?

    Argent gagné sans effort est vite dépensé

         Prenons le temps d'accueillir cette parabole de la miséricorde.  Dès le point de départ, le cadet apparaît comme un adolescent qui n'a pas encore pris la mesure de ce qui a été fait pour lui depuis sa conception. L'héritage qu'il ne peut recevoir que parce que son père a bien géré les avoirs familiaux lui semble un dû. C'est avec un impératif qu'il aborde son père : Donne-moi et il se réfère à l'héritage comme à quelque chose qui lui revient.  L'immaturité et l'irresponsabilité du jeune homme caractérisent tout son comportement. Il ramasse tout ce qu'il a; il va vers un pays lointain; il gaspille dans une vie de désordre; il dépense tout. C'est à la faveur d'une famine dans la région où il se trouve, parce qu'il expérimente la faim, qu'il s'engage dans une réflexion encore très auto-référentielle. Il meurt de faim alors que des porcs de cette région sont mieux nourris que lui et les ouvriers de la maison de son père ont du pain en abondance.

         La suite de la réflexion montre un cheminement chez l'homme de « party » d'hier; il parle de retourner chez son père, d'avouer qu'il a péché contre lui et contre le ciel et qu'il ne mérite plus le nom de fils; il reconnaît qu'il doit prendre rang parmi les serviteurs. Il passe ensuite du désir à l'acte : il se met en route.

    Un père aux entrailles de miséricorde

         Jésus nous présente ensuite le père de ce jeune homme : rien ne nous avait été dit de sa réaction à la demande formulée par le fils qui pourrait indiquer quelque surprise, déception ou tristesse devant un agir si insensible. Ce que Jésus trouve important de nous révéler, c'est ce père qui scrute l'horizon, qui aperçoit son fils alors qu'il est encore loin; c'est donc qu'il l'attendait, peut-être qu'il n'avait cessé d'attendre son retour. Et lorsqu'il le voit, est-ce la colère qui l'envahit, est-ce le désir de punir qui prend le dessus?  Au contraire, il est pris de pitié comme si ses entrailles étaient remuées à l'intérieur de lui; il court, se jette à son cou, le couvre de baisers. Le fils avait choisi le pays lointain; le père ouvre la maison, la proximité. Le fils sentait le besoin d'exprimer sa conscience de s'être éloigné; le père multiplie les signes pour exprimer au fils que pour son père, rien n'avait changé : le plus beau vêtement, la bague au doigt, les sandales aux pieds et, pour culminer cet accueil inconditionnel: le veau gras, le festin. Oubliez le deuil que nous avons vécu, la perte que nous avons pleurée. L'heure est à la fête, à la vie, aux retrouvailles.

         Le récit aurait pu se terminer avec cette fête en l'honneur du fils qui revient en bonne santé alors que son père craignait qu'il ne soit perdu, qu'il ne soit mort.

    Le regard du fils ainé sur lui-même

         Jésus poursuit sa parabole en mettant en scène le fils aîné.  Il est aux champs au moment du retour de son frère. Quand il est proche de la maison, il entend la musique et les chants et demande à un domestique la raison de cette fête. Apprenant ce qui se passe, il se met en colère et refuse d'entrer. Pourquoi? C'est que pendant que son frère bambochait, lui, durant tant d'années, a été au service de son père et n'a jamais désobéi à ses ordres.  Le jugement qu'il porte sur lui-même, c'est qu'il a été fidèle. A-t-il été si fidèle à son père puisqu'il le juge injuste d'avoir fêté le retour du cadet?  A-t-il été si fidèle puisqu'à ses yeux, son frère est réduit à n'être que « celui qui a dépensé l'argent de leur père avec les filles »? Qu'est-ce qu'être fidèle?

    La révélation du cœur de Dieu

         Ce qui intéresse Jésus par-dessus tout, c'est de « révéler le cœur de Dieu ».  Il l'a fait en décrivant l'accueil inconditionnel du fils cadet par le père de la parabole.  Il le fait maintenant dans ce dialogue avec son aîné qui a refusé d'entrer chez lui, dans la maison familiale, et d'abord par des gestes qui ne trompent pas.  Il sort vers son fils; il le supplie d'entrer, mais, surtout, il lui dit : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi.  Voilà qui dit comment le Père se voit face à son aîné. Le père va plus loin, oui, il est bien le père de ce cadet : ton fils que voici, mais l'aîné doit apprendre ce que c'est que d'être frère quand on a un même Père : ton frère que voilà.

         Jésus nous dit comment Dieu se situe par rapport aux humains de type « pharisien et scribe » et par rapport aux humains de type « publicain et pécheur », par son attitude personnelle dans ses rencontres.  Mais, pour nous aider à mieux saisir ce que son agir nous révèle de Dieu, permettons-lui de nous aider par le truchement des paraboles. Et, s'il est une parabole qui  nous parle merveilleusement du mystère de l'amour infiniment miséricordieux  de  Dieu, n'est-ce pas  celle que nous venons de méditer,  avec ce père à l'amour inconditionnel, de Luc 15?

         Ce père ne se laisse-t-il pas déjà deviner dans cette arrivée dans la terre de Canaan, après  le passage du Jourdain  et cet accès des fils d'Israël aux produits du sol, après les quarante années au désert, dont nous parle le livre de Josué (Jos 5, 10-12) que nous avons en première lecture?

         Quant à Paul, dans 2 Corinthiens (5, 17-21), ne dirait-il pas au fils aîné de la parabole :réconcilie-toi avec ton frère. Regarde ton père; apprends de lui le chemin de la réconciliation. Moi, dirait l'apôtre des nations, j'ai compris que le père dont Jésus nous parle dans la parabole de la miséricorde, était pour lui «image de Dieu» qui nous a réconciliés avec lui, par le Christ, qui nous demande de travailler à la réconciliation, qui nous demande d'être ambassadeurs du Christ dans le mystère de la réconciliation du monde.

         Et j'entends notre frère François, dans la Bulle d'indiction de l'Année Sainte de la Miséricorde, rappeler que, dans les paraboles de Luc 15, « Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne. Nous y trouvons le noyau de l'Évangile et de notre foi, car la miséricorde  y est présentée comme la force victorieuse de tout,  qui remplit le cœur d'amour et qui console en pardonnant ».

     

    Lorraine Caza, CND

     

    Source : Le Feuillet biblique, no 2480. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • Athalie, une femme comme roi

    Athalie, une femme comme roi - InterBible

    Athalie interroge Joas

    Charles-Antoine Coypel (1694-1752)
    1741
    Huile sur toile, 129 × 163 cm
    Musée des Beaux-Arts de Brest

    Alors, que Justin Trudeau a choisi autant de femmes que d’hommes comme ministres et qu’Hilary Clinton brigue la présidence américaine, je propose de présenter un des personnages les plus intrigants de la Bible : Athalie, une femme qui se retrouve parmi la liste des rois de la Bible. En effet, le livre des Rois mentionne qu’Athalie a régné sur le peuple pendant six ans au 9e siècle av. J.-C. Comme pour la plupart des rois, elle est présentée de façon négative. Est-ce que le contexte patriarcal de la Bible a accentué les traits négatifs de celle qui a dû choquer ses contemporains?

         Il n’y a que quelques lignes de textes qui sont consacrés à Athalie. L’accent est placé sur le coup d’état pour la renverser en 2 Rois 11 ainsi qu’en 2 Chroniques 22,10–23,21. On peut quand même trouver des éléments intéressants à son sujet.

    Avant le pouvoir

         Au temps d’Athalie, le peuple de la Bible est divisé en deux royaumes : Israël au nord et Juda au sud. Athalie est une princesse du royaume d’Israël qui se marie avec Joram le roi de Juda. Ce mariage scelle une alliance entre les deux royaumes.

         Lorsque son fils Ochozias, roi de Juda, meurt,  Athalie « fit périr toute la race royale de la maison de Juda ». Elle prend le pouvoir en Juda, et l’exerce pendant six ans. Le récit la dépeint comme une usurpatrice, mais il faut se rappeler que plusieurs rois en Israël ont aussi tué pour avoir un trône.

    La fin du pouvoir

         Or, un des petits-fils d’Athalie nommé Joas échappe au massacre de sa grand-mère. Lorsque Joas atteint l’âge de sept ans, plusieurs officiers et prêtres fomentent un coup d’État. Ils assassinent Athalie dans son palais et la remplacent par le jeune Joas.

         Tous les rois de Juda et d'Israël décrits dans les livres des Rois ont une notice de présentation et de conclusion qui enserrent le récit de leurs règnes. Athalie est la seule à ne pas avoir ces notices. On peut penser que l’auteur réprouvait le fait qu’une femme régnait sur le peuple.

    Un regard négatif sur son règne

         Dans le domaine religieux, on lui attribue la promotion du culte de Ba’al au détriment du culte de YHWH. De plus, parce qu’elle venait du royaume du nord, qu’elle avait un lien de parenté avec Jézabel et qu’elle a éliminé les rivaux pour prendre le pouvoir, Athalie est présentée comme la pire femme de la Bible. Une femme prenant le pouvoir politique au sein d’une société patriarcale devait être vraiment hors-norme.

    Sébastien Doane

     

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  • La passion de la miséricorde

    Institution de l'Eucharistie

    Institution de l'Eucharistie par Juste de Gand datant de 1473-1474, galerie Nazionale delle Marche, Italie.

     Institution de l'Eucharistie : Luc 22, 14 - 23, 56

    Autres lectures : Isaïe 50, 4-7; Psaume 21(22); Philippiens 2, 6-11 

    Les lendemains du décès d’un être cher sont souvent consacrés, par les proches, à raconter les évènements entourant les derniers jours de la vie du défunt à ceux qui viennent offrir leurs condoléances : les paroles ultimes échangées, les complications de santé, l’état d’esprit au moment de l’agonie, etc. Et, à raconter les mêmes faits plusieurs fois en quelques jours, il se produit que la version des évènements se figent rapidement dans une même séquence et dans l’usage des mêmes mots. C’est un peu ainsi que naissent les traditions orales. De se raconter les derniers moments nous aident à apprivoiser le départ d’un être aimé, après quoi, plus largement, nous faisons mémoire du reste de sa vie.

    Les premières sources des évangiles

         Ainsi, aux lendemains de la mort de Jésus, ce que les témoins de ces évènements durent se raconter en premier lieu, ce sont précisément les faits entourant sa passion et sa mort (Lc24,18). On devine que ces témoignages sur la passion et mort du Christ se sont figés très vite en des récits consensuels – d’abord oraux puis mis par écrit pour des fins catéchétiques ou missionnaires - et que ceux-ci constituent sans doute les sources les plus anciennes de nos évangiles. Cette fixation rapide du récit de ces évènements expliquerait la très grande similitude des quatre recensions de la passion qu’offrent nos évangiles, les évangélistes ayant disposé des mêmes traditions pour écrire leur version. Devant une telle similitude, la moindre variation devient éloquente car révélatrice de la personnalité, de la vision, des intentions et de la communauté destinataire de chacun des évangélistes!

    Au seuil de la Grande Semaine

         Les derniers jours de la vie de Jésus, voilà ce que la liturgie de ce dimanche des Rameaux et de la Passion nous raconte en deux tableaux de l’évangéliste Luc : l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et sa passion. Ce dimanche ouvre la Grande Semaine durant laquelle la passion de Jésus nous sera racontée une seconde fois, cette fois par Jean, lors de l’office du Vendredi Saint.

         Pour un évangile aussi long – je me confinerai au récit de la passion -  notons au passage les touches originales de Luc, ce en quoi sa version de la passion se distingue.

    L’acteur invisible de la Passion selon Luc

         Tout comme l’évangéliste Jean (Jn 13,2.27), Luc entrevoit que, derrière les évènements de la passion de Jésus, se cache la présence agissante d’un acteur invisible : Satan. Celui qui, au début de l’évangile, s’était écarté de Jésus jusqu’au moment fixé (Lc 4,13) suite à sa triple charge infructueuse contre le Fils de Dieu (récit des tentations de Jésus), le voilà réapparaissant au début de la passion (Lc 22,3 ; verset absent de l’extrait de ce dimanche). Des mentions de l’influence diabolique parsèment la première partie du récit lucanien (Lc22,31.53). Mais pour Luc, cette domination apparente des forces maléfiques est temporaire et surtout, elle est permise par Dieu pour que se réalise ce qui a été fixé selon le plan divin (Lc 22,22.37.53) : le dernier mot sera la victoire totale de Dieu par la résurrection de Jésus 1.

    Les vrais coupables de la mort de Jésus

         Là où le récit de la passion de Luc diffère le plus de celui des autres évangélistes (surtout les versions de Matthieu et Marc), c’est au niveau des comparutions de Jésus devant les pouvoirs religieux et civil. Ainsi la comparution nocturne de Jésus (en Matthieu et Marc) devant le Sanhédrin devient, plus réalistement, une comparution diurne dans la version de Luc. Celle-ci est plus sobre aussi, faisant allusion aux faux témoignages tenus contre Jésus, mais sans les faire entendre (Lc 22,71) et ne débouchant sur aucune condamnation à mort de la part du Conseil qui se contente d’emmener Jésus à Pilate sous de faux prétextes (Lc23,2).

         Autre différence, Luc rapporte deux comparutions de Jésus devant le pouvoir politique : outre celle devant Pilate, Jésus comparaît également devant Hérode, comparution inconnue des autres évangélistes. Or paradoxalement, c’est le pouvoir civil, seule instance capable de condamner à la peine de mort, qui déclare Jésus innocent. Par trois fois, Pilate affirmera l’innocence de Jésus (Lc 23,4.14.22). Il voudra le faire châtier, non pas comme prémices à la peine capitale (pour affaiblir le condamné et accélérer sa mort en croix), mais pour lui sauver la vie. Hérode de même ne trouvera en Jésus aucun motif de condamnation (Lc23,15). Ce n’est que de guerre lasse, dirait-on, que Pilate cède à la double demande des représentants religieux : relâcher Barabbas et faire crucifier Jésus.

         Au terme de ces différentes comparutions, on comprendra la volonté de Luc de désigner, selon lui, les vrais coupables de la mort de Jésus : les autorités juives en portent l’odieux.

    Les traits miséricordieux de Luc

         Mais ce qui est le plus remarquable de la passion selon Luc, c’est que, derrière chaque scène, se discernent les doux traits de l’évangéliste de la miséricorde! Luc, dans sa manière de raconter, fait souffler sur la passion de Jésus une brise de douceur, de repentance, de miséricorde. Donnons quelques exemples.

         Son regard sur Judas est le moins sévère des quatre évangélistes (comparez Mt 26,24 ; Mc14,21 et Lc 22,22). Luc laisse même le traître prendre part au repas de la Nouvelle Alliance (institution de l’eucharistie) avant de sortir dans le but de livrer Jésus, place que les autres évangélistes lui refusent.

         Luc, dans son grand respect des Apôtres, affiche toujours une certaine pudeur à les montrer sous un mauvais jour. Aussi, lors de la prière de Jésus au mont des Oliviers, Luc transforme le sommeil coupable des disciples (Mt 26,40 et Mc 14,37) en « sommeil de tristesse », solidaires qu’ils sont de Jésus (Lc 22,45).

         Lors de son arrestation, le « Jésus » de Luc est le seul qui prend la peine de réparer l’acte de violence d’un des disciples, guérissant l’oreille tranchée de ce soldat du grand prêtre (Lc22,51).

         Les foules qui, influencées par les autorités juives, réclamaient à grands cris la mort de Jésus auprès de Pilate (Lc 23, 18.21.23) deviennent vite repentantes devant le crucifié, se frappant la poitrine (Lc 23,48). Les injures et les moqueries, dans la version de Luc, ne sont proférées que par les chefs religieux ou les soldats et non par les foules (Lc 23,35-37).

    Du sommet de la croix, le sommet de la miséricorde

         Mais c’est vraiment du Christ en croix, dans le récit lucanien de la passion, que la miséricorde atteint son sommet ! Que des mots sauveurs !

         Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34). Une miséricorde qui va jusqu’au bout de l’amour, un pardon divin à imiter.

         Amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis (Lc 23,43). Une audace du bon larron à imiter, un « aujourd’hui » de miséricorde à accueillir sur soi.

         Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46). Un acte de confiance totale dans le Père des miséricordes, un abandon à imiter.

         Et s’il est vrai que les dernières paroles d’un agonisant sont souvent celles que ses proches retiennent pour le reste de leurs jours parce qu’elles les aident à vivre, combien plus faut-il ne jamais laisser les dernières paroles de Jésus s’estomper de nos cœurs de disciples! En cette année de la miséricorde, qu’elles résonnent encore plus fort en nos cœurs pour nous ancrer toujours davantage à son Amour.

    _____________

    1 L’évangéliste Luc (autant dans son Évangile que dans les Actes des Apôtres) a le souci constant de démontrer que Jésus accomplit les Écritures (Lc 24,25-27).

     Patrice Bergeron, ptre

     Source : Le Feuillet biblique, no 2482. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • Des récits qui donnent vie

    Miniature du XIIe siècle

    Jésus apparaît à ses disciples : Jean 20, 19-31
    Autres lectures : Actes 5, 12-16; Psaume 117(118); Ap 1, 9-11.12.13.17-19 

    La résurrection pose problème pour mes étudiants. Ils mélangent tout ! Résurrection, réincarnation, réanimation… Certains pensent que les chrétiens vont revenir à la vie au ciel avec leur corps. Pour d’autres, les chrétiens reviennent sur terre avec un autre corps comme Jésus lors des récits d’apparition du Ressuscité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la résurrection est loin d’être bien saisie dans la culture générale. Mon intuition est que cette mauvaise compréhension provient d’une interprétation trop simpliste et littérale des textes concernant le Ressuscité. Prenons le temps de voir comment les évangiles les présentent avant de se concentrer sur l’extrait proposé par la liturgie de ce dimanche.

    Les récits du Ressuscité selon les évangiles 

         Avez-vous déjà comparé les récits du Ressuscité des quatre évangiles ? Voici un aperçu des résultats d’un tel exercice.

         L’Évangile selon Marc, dans sa forme originale, ne présente aucun récit du Ressuscité. Jadis, il se terminait en 16, 8 avec le récit des femmes au tombeau vide 1. Un jeune homme vêtu de lumière leur indique que le Crucifié a été ressuscité (littéralement : réveillé). L’homme demande aux femmes d’annoncer aux disciples que Jésus les précède en Galilée. Mais elles ont peur et gardent le silence.

         L’Évangile selon Matthieu reprend le récit de Marc pour le prolonger. C’est l’Ange du Seigneur qui parle aux femmes. Cette fois, elles en font l’annonce aux disciples. Il y a alors une manifestation du Ressuscité aux onze sur une montagne en Galilée. Ceux-ci se prosternent devant lui, mais certains eurent des doutes (28,17). La rencontre se termine par un envoi en mission des disciples qui sont appelés à baptiser et enseigner toutes les nations.

         Les récits concernant la manifestation du Ressuscité de l’Évangile selon Luc ne sont plus reliés à la Galilée, mais aux environs de Jérusalem. Le premier concerne deux disciples qui marchent vers Emmaüs et reconnaissent le Ressuscité dans l’explication des Écritures et le partage du pain. Le deuxième raconte une apparition aux Onze qui insiste sur le fait que Jésus mange du poisson grillé et explique les Écritures. Enfin, le troisième récit indique que le Ressuscité les emmène à Béthanie d’où il est emporté dans le ciel. Notons que tout ceci se déroule la même journée.

         L’Évangile de Jean transmet des récits concernant le Ressuscité qui ont la particularité d’être racontés à partir de la perspective d’un personnage en particulier. La première à reconnaître Jésus est Marie de Magdala au tombeau vide. Puis, il y a l’apparition aux disciples présentée dans la liturgie de ce dimanche. Le Ressuscité se manifeste au milieu d’eux sans passer par une porte pour leur donner l’Esprit Saint. Puisque Thomas n’y était pas, il doute de ce qui s’est passé. C’est donc dans une deuxième apparition aux disciples que Jésus lui dit de toucher ses plaies. Enfin, une dernière apparition aux disciples sur le bord du lac avec une pêche miraculeuse clôt l’évangile en insistant sur la tâche pastorale de Pierre.  

    Une synthèse difficile

         On voit bien que chaque évangile propose des récits très différents. Il est impossible de faire une reconstitution des événements historiques en tenant compte de tous ces récits en même temps. Cette constatation est essentielle pour comprendre la nature de ces textes. La compréhension littérale de ces récits est problématique sur plusieurs aspects. Par exemple, le Ressuscité peut apparaître, disparaître et traverser les murs comme un fantôme, mais aussi manger et se laisser toucher comme un être humain. Tout comme les autres personnages qui ont d’abord de la difficulté à le reconnaître, nous avons de la difficulté à comprendre les caractéristiques données par ces histoires au Christ ressuscité.

         Et s’il y avait une façon plus profonde de comprendre ces récits qu’une interprétation littérale ?

    Entre film et Catéchèse

         La plupart des films sur Jésus ont fait des amalgames plus ou moins réussis de ses récits. Dans la plupart des cas, les réalisateurs ont illustré assez littéralement les récits d’apparitions et de tombeau vide, ce qui donne l’impression que la résurrection n’est que la réanimation d’un cadavre enrichi de propriétés particulières. Le résultat n’est guère convaincant parce qu’ils ne respectent pas les différences propres à chaque évangile. Jésus de Montréal sort du lot avec son approche métaphorique pour évoquer la résurrection. À la fin du film, le personnage qui représente Jésus meurt, mais sa vie se poursuit autrement par le don de ses organes et par l’impact qu’il a eu auprès des autres.

         Au lieu de tenter de mettre ensemble des récits qui refusent de l’être, je propose d’accepter les divergences de ces récits. Chacun de ceux-ci propose une façon particulière de comprendre un événement si mystérieux que les mots ne parviendront jamais à le décrire de façon adéquate. Ces récits sont des catéchèses, c’est-à-dire qu’ils ont comme objectif d’initier leurs lecteurs et lectrices à la foi au Christ ressuscité. Ils permettent d’entrer en relation avec lui et de construire une communauté vivante qui se rassemble en son nom pour célébrer la victoire de la vie sur la mort.

    Faire l’expérience du Ressuscité selon Jean

         Qui est le Ressuscité de l’Évangile selon Jean? On peut comprendre de la première partie du récit que c’est lorsque des disciples se rassemblent en son nom que le Ressuscité est présent. Il ne passe pas par les portes barrées. Comment le reconnaître ? Par la paix (vv. 19et 21), la joie (v. 20), la présence de l’Esprit Saint (v. 22) et le pardon des péchés (v. 23). Une interprétation littérale de ce passage fait du Christ un fantôme. Par contre, cette expérience de paix, de joie, d’Esprit et de pardon lorsqu’on se rencontre entre chrétiens, est encore possible. La lecture de ce texte peut nous apprendre à reconnaître la présence du Ressuscité parmi nous.

    Croire avec Thomas

         La suite du récit est construite pour que les lecteurs et lectrices s’identifient au personnage de Thomas. Comme lui, nous avons entendu parler du Ressuscité sans avoir bénéficié d’une apparition particulière. Nous aimerions bien avoir une preuve tangible de sa présence. Pourtant, bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru  (20,29). L’incrédulité de Thomas est un moyen pédagogique pour nous apprendre à croire malgré le doute. De plus, l’insistance sur les plaies de Jésus n’est pas un penchant pour le grotesque. Cet élément souligne que le Ressuscité est bien le Crucifié. Aujourd’hui, même si on voulait toucher les plaies de Jésus, il est impossible de le faire. Par ailleurs, il est essentiel de se rappeler que le ressuscité est le Crucifié. Il s’est tenu debout en faveur des exclus. Il est allé jusqu’au bout de sa mission au point d’être exécuté par les autorités politico-religieuses de son époque. Ceci nous rappelle que nous aussi devons vivre de la même mission et reconnaître sa présence dans les plaies des exclus de notre société.

    Comprendre les signes

         L’épilogue de cet extrait indique que l’objectif de l’évangile de Jean n’est pas de compiler tous les signes faits par Jésus. Le but du texte est que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom (20, 31). Ainsi, l’important est d’avoir une foi au Christ qui donne la vie. Une compréhension littérale des récits concernant le Ressuscité produit de la confusion. C’est à nous, lecteurs, lectrices, de voir comment interpréter ses signes transmis par les évangiles pour qu’ils engendrent la vie.

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    1 Le reste du chapitre 16 contient une synthèse des récits d’apparition du Nouveau Testament. Les manuscrits les plus anciens se terminent en 16, 8. Il y a d’autres manuscrits qui indiquent dans la marge que ce verset était le dernier avant de continuer avec une finale plus longue.

     

    Sébastien Doane, bibliste

     

    Source : Le Feuillet biblique, no 2484. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • Bereshit, le premier mot de la Bible

    Bereshit

    QuestionQue veut dire le premier mot de la Bible?

    RéponseDepuis presque un an maintenant, j’ai le privilège de suivre des cours d’hébreu biblique en ligne avec l’Université hébraïque de Jérusalem; j’en suis au niveau intermédiaire et je goûte à chacun des séminaires avec beaucoup de bonheur. Ce sont de vraies méditations. Par surcroît, nous sommes invités en tout temps à faire des liens avec la foi chrétienne, quel que soit le passage biblique du Tanakh [1].

         Le premier mot de la Genèse, bereshit, est traduit en français par « au commencement ». En effet, ce mot indique littéralement l’idée de ce qui est à la tête, de ce qui est premier. Par ailleurs, la tradition juive a permis une longue réflexion pour développer les divers sens pouvant être associés à ce mot. On appelle « midrash » cet art d’interroger, d’examiner, d'où interpréter en profondeur les Écritures. Voici donc diverses façons d’approfondir le premier mot de la Bible.

         Bereshit, peut être mis en relation avec trois autres mots : bara (il a créé), berit, (alliance) et shit (fondement). On constate que ce mot, lorsque joint à ces trois autres termes, est chargé de sens et nous oriente d’emblée vers au moins trois pistes d’interprétation qui peuvent cohabiter.

         Par conséquent, Bara, berit et  shit, avec chacun leur charge symbolique, sont des mots agglomérés avec bereshit pour nous lancer dans cette grande aventure biblique avec des perspectives très précises à l’esprit. Il y a là plus que l’évocation du départ d’un récit de création. Ce midrash illustre, en fait, le  fondement de la foi d’un Dieu qui crée avec abondance de vie parce qu’il a besoin de vivre en alliance avec l’être qu’il crée à sa ressemblance, l’adam, ou, si vous voulez, l’humanité.

         L’acte de créer est fondamentalement un acte d’alliance qui se perpétue et, inversement, l’acte d’alliance est fondamentalement un acte de création qui se renouvelle incessamment. Dieu veut entrer en relation intime et profonde avec celui ou celle qu’il crée et recrée sens cesse, en l’occurrence, chacun, chacune de nous. Et il a besoin de chacun et de chacune de nous pour participer à cette création-alliance qui se perpétue autour de nous et en nous.

         L’acte de créer est un acte continuel, comme l’est l’alliance; il n’a pas été fait une fois pour toutes. Au contraire, il se continue, il se perpétue jour après jour, année après année, de siècle en siècle. Chaque fois qu’on le lit ou qu’on le dit, le mot bereshit, prend tout son sens. Dieu n’en finit plus de créer, parce que son amour est infini et parce qu’il a un besoin insatiable d’entrer en relation continuelle et progressive avec ses créatures, jusqu’à ce qu’elles lui ressemblent vraiment, jusqu’à ce qu’elles lui soient définitivement unies.

         Cette méditation nous ouvre à la grandeur du cœur de notre Dieu. Nous pouvons redire intérieurement ce mot bereshit dans notre prière personnelle pour qu’il nous ouvre à ce mystère de l’alliance entre Dieu et nous et à cette dynamique créatrice qui transforme le néant en force de vie.

    [1] Bible hébraïque qui équivaut à peu de chose près au Premier testament chrétien.

    Violaine Couture

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    «  Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,34-35).

    Jean place ces paroles au moment où se noue le drame qui aboutira à la mort de Jésus et à la débandade des disciples les plus proches. Prononcées à quelques heures avant son arrestation, elles prennent un relief singulier, d’autant plus que le rabbi est conscient du drame qui se joue. Il livre ici ses dernières recommandations, comme un message essentiel à inscrire soi : Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés,  aimez-vous les uns les autres.

    Jésus ne multiplie pas les commandements ou les prescriptions rituelles. Pour lui, seul compte l’amour que l’on est capable de vivre « comme ou à la manière dont il l’a vécu lui-même ». A ses yeux, l’amour de Dieu et l’amour du prochain forment un seul commandement qui résume la Loi et les Prophètes. S’il éprouve le besoin de le rappeler à ceux qui l’ont suivi et qui porteront plus loin son message, ce n’est pas sans raison. Il connaît les difficultés de l’entente fraternelle et rappelle la nécessité d’être crédible. Leur parole n’aura de poids que dans la mesure où l’amour vécu entre eux sera devenu réalité et non de simples paroles. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

    Plus que jamais, comme disciples de Jésus aujourd’hui, nous sommes confrontés à cette question de crédibilité. Elle se pose en termes simples. Le témoignage que nous rendons à l’évangile porte-t-il le sceau d’un amour authentique entre nous, pour l’autre ? Aimer « comme Jésus nous a aimé » reste un défi permanent. A chacun de voir ce qui le concerne dans cet appel !

     

    Roland Bugnon, CSSP

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    La Bible hébraïque serait plus âgée qu’on le croit

    ostraca d'Arad

    Ostraca d'Arad

    Une équipe de chercheurs de l’Université de Tel-Aviv provenant de diverses disciplines ont démontré que le niveau d’alphabétisation dans le royaume de Juda était plus élevé qu’on le croyait avant l’exil à Babylone. En conséquence, la rédaction de certaines parties de la Bible pourrait remonter avant la destruction de Jérusalem survenue en 586 avant notre ère.

    Cette étude vient ébranler le postulat de certains chercheurs et historiens qui pensent que c’est en réaction à la crise de la destruction du Temple que les déportés ont commencé à rédiger leur histoire nationale. Selon leur théorie, la rédaction de textes bibliques importants (du livre de Josué au deuxième livre des Rois) daterait de la période perse ou même de la période hellénistique.

    Une équipe pluridisciplinaire composée de mathématiciens, d’un physicien et d’archéologues a eu l’idée d’analyser un corpus de textes dont la datation est d’environ 600 ans avant notre ère. Ces courtes inscriptions ne sont pas des textes bibliques. Elles proviennent d’un fortin militaire situé au sud du royaume, à tell Arad, qui servait à défendre ses frontières. Les textes ont été écrits par des militaires sur des tessons de poterie (ostraca). Leur contenu se limite au déplacement des troupes et à des notes de ravitaillement par exemple.

    Les chercheurs ont adapté des technologies d’analyse d’écriture comparables à celles utilisées par les banques et les agences de renseignements pour authentifier les signatures. Leur démarche et les résultats de leur recherche ont été publiés dans une revue scientifique américaine [1] mais l’essentiel se résume ainsi : sur un site aussi éloigné de la capitale, il est étonnant de constater que les ostraca ont été écrits par au moins six mains différentes et par des personnes situées à différents niveaux de la chaîne de commandement. Selon Israel Finkelstein, l’un des auteurs de l’étude : « Ils écrivaient bien, sans faire d’erreurs. » La qualité grammaticale de ces textes indique que l’écriture était largement maîtrisée à cette époque et qu’elle n’était pas réservée aux professionnels de l’écriture (les scribes). Par conséquent, il est probable que la consignation par écrit de certaines portions de la bible hébraïque ait commencé bien avant l’arrivée des troupes assyriennes près de Jérusalem et plusieurs années avant l’exil à Babylone de l’élite politique et religieuse du royaume de Juda.

    [1] Shira Faigenbaum-Golovin et al. (2016). « Algorithmic handwriting analysis of Jodah’s military correspondence shed light on composition of biblical text », The Proceedings of the National Academy of Sciences, 113 (17), 4664-4669.

    Sylvain Campeau

    source www.interbible.org

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  • HISTOIRE

    Une église byzantine vieille de 1 500 ans, découverte sous la terre en Turquie

    Située dans la région centrale de Cappadoce, ses fresques sont absolument uniques.


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