• L'économisme : une logique trompeuse

    L'économisme : une logique trompeuse

    Rembrandt

     La parabole du gérant habile : Luc 16, 1-13

    Autres lectures : Amos 8, 4-7; Psaume 112(113); 1 Timothée 2, 1-8 L’Évangile de Luc aborde souvent le problème de la relation à l’argent et le met en tension avec les rapports interpersonnels. Comme les deux frères se disputant l’héritage, ou le riche ignorant le mendiant Lazare (12,13-15; 16,19-31). Nous accueillons bien les appels au partage et à la générosité, mais on a plus de mal avec une parabole choquante qui louange un personnage malhonnête. Voyons comment elle peut nous choquer et nous interpeller.

    Une parabole choquante

         Un gérant est congédié pour avoir gaspillé les biens de son maître. « Gérant » traduit le grec oikonomos, ancêtre de « économie ». Belle  étymologie dans ce mot, composé de oikos :maison, maisonnée, groupe de vie, et nomos : règle, loi dictant les façons d’agir. Les autres paraboles avec des intendants n’utilisent pas ce mot rare. Luc fait exception ici, et en 12,42. Ce choix de mot attire mon attention sur les règles favorisant le vivre ensemble.

         Le gérant ferme les comptes avant de quitter son poste. Inquiet de son avenir, il réfléchit. Il ne se voit ni bêcher la terre ni mendier. Alors lui vient une solution : trouver des gens qui l’accueilleront dans leur maison. Il ne cherche plus un moyen de gagner de l’argent, mais plutôt de créer des relations qui seront aidantes pour lui.

         Comment se fait-il de nouveaux amis? en fraudant son maître! Puisqu’il gère entre autres les prêts, il appelle les débiteurs de son maître et allège leur dette, de 50% pour l’un, de 20% pour l’autre. C’est de la fraude car l’argent est dû à son maître et non à lui. Or surprise : le maître fera l’éloge de ce gérant trompeur! C’est bien sûr absurde et choquant. On propose donc souvent une explication pour blanchir le gérant et justifier la louange: la part de dette qu’il efface serait sa propre marge de profit, sa commission ajoutée aux prêts puisque c'est lui qui les autorise. Ce n’est pas impossible. Mais cette explication me paraît bien commode pour annuler l’effet de choc de la parabole et la rendre moralement acceptable.

         Jésus enchaîne sur un enseignement construit en un parallèle éclairant avec la solution du gérant. Même structure et mots semblables.

    Verset 4 : Je sais ce que je vais faire / pour que quand je serai renvoyé / des gens m’accueillent dans leur maison.


    Verset 9 : faites-vous des amis avec l’argent trompeur / pour que quand il ne sera plus là / ils vous accueillent dans les demeures éternelles.

         L’enseignement de Jésus ici évoque la mort, quand l’argent ne sert plus à rien. Le thème est proche de la parabole qui suit celle-ci: si le riche était entré en relation avec le pauvre Lazare au lieu de l’ignorer, il ne se serait pas retrouvé sans secours après sa mort. Mais sa solidité financière lui donnait une illusion de sécurité et le rendait aveugle au besoin de l’autre. Ici, le gérant fragilisé, car bientôt chômeur, se fait des amis avec l’argent en espérant qu’ils lui retourneront l’ascenseur quand il sera mal pris. C’est le thème de l’invitation au partage qu’on retrouve dans les deux cas, mais servi ici d’une manière déconcertante: le gérant partage avec de plus mal pris que lui, oui, mais c’est l’argent de son maître qu’il donne!

    L’argent qui fausse les règles de vie

         Dans l’enseignement du v. 9, Jésus qualifie l’argent de trompeur. Le même mot qualifie le gérant dont on fait l’éloge. En fait, le mot grec signifie littéralement non-juste. Faites-vous des amis avec l’argent injuste. On ne peut pas comprendre cela au sens restrictif: n’utiliser que l’argent mal gagné pour se faire des amis dans l’au-delà. Non, c’est l’argent lui-même qui est qualifié de trompeur, ou injuste. Peut-être pas nécessairement au sens moral, comme on est trop vite enclin à le penser. Il faut se rappeler que les notions bibliques de juste et de justice ont un sens plus large que pour nous : est juste ce qui est ajusté à la volonté de Dieu. Cela renvoie généralement aux règles de Dieu, qui sont source de VIE. Par exemple en Luc 1, 6, Élisabeth et Zacharie étaient justes devant Dieu, observant fidèlement toutes ses ordonnances. Ou en 18, 6 le juge injuste est défini comme étant sans crainte de Dieu.

         Ainsi ce qui est non-juste désigne le non-ajusté à la loi (nomos) de Dieu, ou aux « règles du jeu » qui orientent le Règne de Dieu. Ce serait donc non pas l’argent comme outil, mais plutôt l’argent comme système, comme règle du jeu, qui est déclaré non-juste, au sens ou l’argent n’inspire pas les bonnes règles du jeu, les bonnes normes de vie. La traduction “trompeur” est intéressante. L’argent « fausse » le jeu. Il impose ses propres règles, claires et rassurantes, mais qui ne sont pas finalement des règles source de vie.

    Le gérant « avisé »!

         Dans l’éloge du gérant, le maître dit qu’il a agi de façon avisée. On a traduit « habile », qui serait péjoratif ici. Le seul autre cas où Luc met en scène un oikonomos est une parabole qui qualifie de « fidèle » et du même mot « avisé » cet intendant auquel le maître confie les gens de sa maisonnée, car il applique les bonnes normes de la vie commune (12,42). On connaît bien aussi l’homme « avisé », sensé, sage, qui a bâti sa maison sur le roc, en Mt 7,24.

         Qu’a-t-il donc fait d’avisé ou de sage, ce gérant? Il s’est fait des amis avec l’argent, dit Jésus. Il a mis l’argent au service des relations interpersonnelles. Ceci va à l’encontre de toute notre culture de l’économie, reflétée dans divers adages : En affaires, il n’y a pas d’amis. Les bons comptes font les bons amis. Selon cette « sagesse » populaire, les règles de l’argent ont priorité sur les règles de l’amitié. Les règles du jeu normales en relations humaines passent au second plan quand l’argent est en jeu. 

         En relation interpersonnelle je peux rendre service, sans garantie que ça me sera rendu. J’espère un coup de main au besoin, mais j’accepte une certaine marge de gratuité. En amitié le don se calcule mal; on est mal à l’aise à l’idée de faire du profit sur le dos d’un ami. Mais l’argent comme système suit les règles de l’accumulation et du profit, et non de la personne. Le prophète Amos lu en 1ère lecture l’illustre très bien : il n’y a pas de riches sans pauvres. L’illustrent aussi bien toutes les coupures d’emplois et de salaire au nom de la rationalisation des entreprises. La rentabilité devient la règle et la rationalité, et remplace la responsabilité sociale. Quand on trouve cela normal et légitime, c’est de « l’économisme » : l’argent n’est plus un outil au service de la collectivité, mais bien un système qui définit les règles de vie commune. Il est devenu un maître.

         Selon les règles du jeu de ce système le gérant a vraiment fraudé. C’est pourquoi nous trouvons choquant qu’il soit louangé et traité d’homme avisé. Faites-vous des amis avec l’argent in-juste. Car ce qui est « juste », i.e. ajusté aux règles de la vie véritable, c’est la logique des relations humaines. La sagesse et la vie sont du côté des relations, et l’argent doit rester un outil au service de cette logique. S’il devient un maître, conclut Jésus, il est en opposition directe à la sagesse de Dieu: Nul ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent. Nos projets de société devraient au moins se laisser choquer et interpeller…

         Nos projets de société devraient au moins se laisser choquer et interpeller...

     

    Francine Robert, bibliste

     Source : Le Feuillet biblique, no 2499. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source http://www.interbible.org/

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  • Une bible retrouvée en enfer

    Les versets laissés intacts nous donnent à lire une leçon proprement divine.


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  • Les prophéties défaillantes

    La reconstruction du Temple

    La reconstruction du Temple
    Julius Schnorr von Carolsfeld
    Die Bibel in Bildern,
    gravure, 1853
    (image : Courtesy of the Digital Image Archive,
    Pitts Theology Library, Candler School of Theology, Emory University)

    Question« Aggée et Zacharie avaient annoncé des prophéties qui n'étaient pas réalisées. Or elles sont incorporées dans la Bible. Est-ce que toutes les paroles dans la Bible sont de Dieu, y compris ces prophéties défaillantes ? » (Godefroy, Madagascar)

    RéponseLes livres des prophètes Aggée et Zacharie accordent beaucoup d’importance à la reconstruction du Temple et au rôle de Jérusalem, après le retour de l’Exil à Babylone (fin du VIe s. av. J.-C.). À les lire, on a l’impression que Dieu promet que Jérusalem deviendra un lieu de paix, le centre spirituel du monde, vers lequel tous viendront. On ne peut qu’être terrifié en comparant la beauté de ces promesses avec l’enlisement du conflit israélo-palestinien et les violences incessantes à Jérusalem aujourd’hui. Si la Bible est « la parole de Dieu en tant que mise par écrit sous l’inspiration de l’Esprit-Saint » (Concile Vatican II, Dei Verbum §9), il y a bien de quoi se demander pourquoi ces textes s’y trouvent.

         Si ces livres sont dans la Bible des chrétiens, il faut repartir du Christ pour y voir clair. Déjà, nous croyons que Jésus est « vrai homme et vrai Dieu » (Concile de Chalcédoine). En lui, il n’y a pas de contradiction entre ce qui est humain et ce qui est divin. Cela nous permet de comprendre que, pour la Bible aussi, il n’y a pas de contradiction entre ce qui a été écrit par des hommes et ce qui a été inspiré par Dieu. La Bible n’a pas été dictée par Dieu à des secrétaires ; des hommes inspirés ont fait un vrai travail d’écrivain, s’exprimant souvent de manière imagée ou poétique, avec le langage de leur temps.

         Dans les Évangiles, on voit que ces questions sur l’accomplissement des prophéties agitaient beaucoup les contemporains de Jésus. Le peuple vivait dans l’attente messianique, entretenue par des prophètes comme Aggée et Zacharie. Ils espéraient que Jésus allait être un sauveur nationaliste qui les libérerait de l’occupation romaine. Mais c’est autre chose qui s’est passé. En relisant les évangiles, on comprend que l’attente messianique a préparé la venue de Jésus, qu’elle a ouvert les cœurs à l’accueil du Royaume de Dieu. On comprend en même temps que cette attente ne s’est pas accomplie littéralement, mot-à-mot. Les disciples d’Emmaüs, d’ailleurs, n’avaient rien compris sur le moment (Lc 24,13-35) ; il faudra que le Ressuscité ouvre leurs cœurs à l’intelligence des Écritures.

         Mais une fois que l’on a rencontré Jésus Ressuscité, une fois qu’il nous a redonné la vie et remis dans une relation juste avec nos frères et sœurs, comment ne pas le reconnaître dans ce qu’annonçaient Aggée et Zacharie ? Quelques exemples :

    Za 1,16 « Je reviens vers Jérusalem avec compassion, ma Maison y sera rebâtie. » ; Jésus dit : « “Détruisez ce temple, et, en trois jours, je le relèverai.” […] mais il parlait du Temple de son corps. » (Jn 2,19-22).

    Za 8,22 : « des peuples nombreux et des nations puissantes viendront à Jérusalem rechercher le Seigneur » ; À la Pentecôte, ceux qui écoutent les disciples à Jérusalem disent : « Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » (Ac 2,11).

    Za 14,4 : « le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée. » Jean-Baptiste proclame, au début de l’Évangile : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées » (Lc 3,5).

    Ag 2,9 : « dans ce lieu, j’établirai la paix ». Le Ressuscité apparaît aux disciples : « Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : la paix soit avec vous. » (Jn 20,19).

         Et il y a beaucoup d’autres exemples… à lire en pensant au Christ ressuscité ! Plusieurs attentes ne se sont pas accomplies littéralement, mais ces textes prophétiques ont permis aux disciples de mieux comprendre qui était Jésus Christ.

    Erwan Chauty

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  • Le riche et le pauvre de coeur

    Illustration de Lazare à la porte de l'homme riche par Fyodor Bronnikov, 1886.

    La parabole du riche et de Lazare : Luc 16, 19-31

    Autres lectures : Amos 6, 1.4-7; Psaume 145(146); 1 Timothée 6, 11-16

    Voici un passage propre à Luc qui surprend et dérange. Comment le bon et doux Jésus a-t-il pu enseigner une telle parabole où un homme est tourmenté pour l’éternité sans aucune possibilité de secours ni pour lui, ni pour ses cinq frères toujours vivants? Où est passée la miséricorde de Dieu? Regardons ce texte de plus près afin de percevoir qui, au juste, manque de compassion.

    Lazare passé sous silence

         Ce passage de l’évangile de Luc se divise en deux parties : le récit de la vie, de la mort et du destin post-mortem du riche et de Lazare (Lc 16, 19-23), suivi du dialogue entre le riche et Abraham (Lc 16, 24-31). Cette division fait immédiatement surgir un contraste aux yeux du lecteur. En effet, dans la première partie de la parabole, Lazare et le riche sont les personnages principaux, dont les vies puis les destins inversés sont brièvement racontés. Alors que, dans la seconde, l’avant-scène est occupée par Abraham et le riche, entre lesquels s’installe un dialogue en plusieurs étapes. Dans la première partie, nous avions connaissance des désirs et des souffrances de Lazare, mais dans la seconde, il est réduit au rôle de messager potentiel, un rôle souhaité par le riche, mais fermement refusé par Abraham. Lazare est donc totalement éclipsé dans cette deuxième partie du récit, au profit du dialogue qui se tisse entre Abraham et le riche. Ce contraste met en évidence l’hypocrisie, le manque d’introspection et l’absence de compassion du riche. Durant toute sa vie, il a vu Lazare souffrir à sa porte et aurait pu faire le bonheur de ce dernier avec ce qui tombait de sa table, c’est-à-dire sans rien perdre des biens dont il jouissait. Et maintenant qu’il souffre lui-même, il n’a pas plus d’égard pour Lazare auquel il ne daigne même pas s’adresser. La situation de tourment dans laquelle il se trouve, et dans laquelle se trouvait auparavant Lazare, cette condition humaine commune, aurait dû lui faire réaliser que lui et Lazare sont égaux et aurait dû faire en sorte de le rapprocher de cet autre être humain avec qui il partage en définitive les mêmes joies et les mêmes peines. Mais il s’adresse à Abraham au lieu de se tourner vers ce frère en humanité. Plutôt que de lancer une triple interjection de « père » (Lc16, 24.27.30) vers ce patriarche qu’il voit pour la première fois, il aurait dû offrir un triple « frère » à cet homme qui gisait à chaque jour tout près de sa propre porte (Lc 16, 19-20).

    Trois requêtes refusées

         Mais puisqu’il ne « s’abaisse » pas à s’adresser à Lazare, portons notre attention sur l’échange qu’il entretient avec Abraham. Celui-ci se compose de trois demandes qui sont tour à tour refusées par le patriarche. Chacune d’entre elle débute par une formule de politesse personnelle : « Père Abraham » (v. 24), « père » (v. 27) et « père Abraham » à nouveau (v. 30). Le riche tente, en rappelant son appartenance à la nation juive, de s’attirer des réponses favorables à ses demandes. Abraham répond « mon enfant » à la première requête du riche, mais ce titre filial disparaît dans les réponses suivantes au riche. Les deux dernières répliques d’Abraham sont non seulement moins intimes, mais aussi beaucoup plus brèves. La patience du patriarche s’en va en diminuant à mesure que la discussion s’étire.

         La première supplication du riche (v. 24) met bien en valeur le retournement complet  de situation. Le miséreux Lazare se retrouve maintenant en paix dans le sein d’Abraham, alors que le privilégié riche subit les tourments des flammes de l’Hadès. Malgré ce revirement radical, le riche, lui, n’a aucunement changé. Il considère toujours Lazare comme un simple subalterne qui ne servirait qu’à obéir au résultat de son marchandage avec Abraham. Le riche n’a pas été transformé par les événements. Il est toujours le même être qui n’a aucune considération pour Lazare et qui demeure encore principalement préoccupé par son propre bien-être personnel. La réponse d’Abraham est catégorique et sans espoir pour le riche. Non seulement il est trop tard, mais il est aussi absolument impossible de modifier son sort. Le refus radical d’Abraham s’explique donc, non pas par une absence de compassion du patriarche, mais comme étant une conséquence de la dureté du cœur du riche et de son incapacité à changer. Pourquoi Abraham serait-il soudainement pris de pitié pour ce riche qui n’a aucunement cheminé? 

         La deuxième demande du riche (vv. 27-28) s’oriente maintenant vers le destin de ses frères auxquels il souhaite éviter ce lieu de supplice. Une fois de plus, sa requête démontre qu’il n’a rien compris. S’adressant encore à Abraham, et ignorant toujours Lazare, il continue de voir ce dernier comme lui étant subordonné et ne servant qu’à réaliser son projet d’avertir ses frères. Mais est-ce bien là la leçon qu’il devrait tirer de la situation? Que l’important, c’est d’échapper aux flammes de l’Hadès? Que l’essentiel, c’est d’éviter de souffrir? N’aurait-il pas plutôt dû demander à Abraham : « Je te prie donc, père, de m’envoyer, moi et non pas Lazare, vers mes frères pour que je les exhorte à partager, à prendre soin des miséreux qui sont à leur porte et à comprendre que nous sommes tous des êtres humains de même valeur aux yeux de Dieu »? Ou encore : « Je te prie, père, de m’envoyer auprès des miséreux pour que je leur porte un message d’espoir » ? La réponse laconique d’Abraham ils ont Moïse et les prophètes; qu’ils les écoutent se réfère certes à tous ces passages de l’Ancien Testament où la même richesse égoïste est condamnée et où le même avertissement est servi. Mais la réponse d’Abraham va plus loin. Elle protège d’abord Lazare, qui n’a pas à jouer le rôle de subalterne que le riche voudrait bien lui imposer, puis elle affirme que Dieu a déjà envoyé de nombreux messagers porter le même appel à son peuple. Pourquoi refaire faire à Lazare ce que les prophètes ont déjà fait des centaines de fois?

         La troisième requête (v. 30) est encore pire, car voici que le riche cherche maintenant à instrumentaliser Lazare, qu’il tente d’exploiter son statut de mort afin d’arriver à ses fins. Eh bien bravo! Non seulement le riche refuse de reconnaître Lazare comme son frère en humanité, non seulement il le considère toujours comme un être inférieur à son service, mais voici qu’il cherche en plus à exploiter sa condition! La réponse d’Abraham sert à refuser l’exploitation du statut de Lazare. Mais plus important encore, elle est une condamnation de la dureté du cœur du riche et de ses frères. Faut-il vraiment un miracle pour qu’un riche éprouve de la miséricorde pour le pauvre qui git tous les jours à sa porte? Cette compassion ne devrait-elle pas se faire de manière spontanée? Ne devrait-elle pas jaillir naturellement du cœur du riche sans l’aide d’un miracle?

    Notre frère Lazare

         Si dans ce texte l’important riche n’est pas nommé, c’est pour que le lecteur puisse s’identifier à ce personnage anonyme. Le riche, c’est nous. Que l’on soit riche financièrement, intellectuellement, physiquement, émotivement, socialement, ou autre, il y a au seuil de notre porte des gens qui sont dépourvus à l’extrême dans l’un ou plusieurs de ces domaines et qui en souffrent horriblement. La tradition a fait de cet enseignement de Jésus un fondement pour le dogme au sujet du paradis et de l’enfer. Mais si nous agissons uniquement afin d’éviter les flammes de l’enfer, ne sommes-nous pas tout aussi hypocrites et durs de cœur que le riche de la parabole? Ce que Dieu souhaite, ce ne sont pas les actions faites dans le but d’éviter nos propres souffrances, mais une compassion spontanée qui dissipe la souffrance des autres et abat les frontières. Hors, dans ce récit, le misérable pauvre est nommé. Et dans nos vies, nous connaissons très bien ces pauvres qui gisent à nos portes. Qu’attendons-nous pour sortir à leur rencontre?

     Francis Daoust, bibliste

     Source : Le Feuillet biblique, no 2500. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     source http://www.interbible.org/

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  • La Bible et la science

    2- Dieu créateur : entre science et religion (2 de 2)

    « Il convient de bien délimiter le sens propre de l’Écriture, en écartant des interprétations indues qui lui font dire ce qu’il n’est pas dans son intention de dire » Saint Jean-Paul II.

    Dieu créateur : entre science et religionCe qu'en dit l'Église catholique

         L’Église a tenu jusqu’au tournant des années 1950 un discours rivé sur une interprétation littérale du livre de la Genèse. L’Église enseignait que la littérature biblique racontait la création de l’univers en six jours. Son opposition s’adressait aux propositions du chercheur anglais Charles Darwin qui propose la théorie de l’évolution des espèces. Cette théorie apparue au XIXe siècle décrit le processus par lequel les espèces se modifient au cours du temps et donnent naissance à de nouvelles espèces.

         Le pape Léon XIII (1878-1903) réaffirme que les textes de la Bible « ont été écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit et ont ainsi Dieu pour auteur ».

         Il faut attendre le pape Pie XII dans son encyclique Humani generis (1950) pour que la position de l’Église s’assouplisse. Pie XII a affirmé qu’il n’y avait pas d’opposition entre la théorie de l’évolution et « la doctrine de la foi sur l’homme et sa vocation ». Il écrit que les premiers chapitres de la Genèse « décrivent de façon populaire l’origine du genre humain et celle du peuple élu ». Il affirme aussi que ces récits appartiennent au genre historique. Pie XII ouvre des portes, mais il en tient d’autres fermées.

         Le pape Jean-Paul II dans un discours prononcé à l’Académie des sciences au Vatican le 22 octobre 1996, a affirmé que le pape Pie XII « considérait l’évolutionnisme comme une hypothèse sérieuse, digne d’une investigation et d’une réflexion approfondie ». Jean-Paul II pousse un peu plus loin en affirmant : « Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après la parution de l’encyclique, de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. Il est en effet remarquable que cette théorie se soit progressivement imposée à l’esprit des chercheurs, à la suite d’une série de découvertes dans diverses disciplines du savoir. La convergence, nullement recherchée ou provoquée des résultats des travaux menés indépendamment les uns des autres, constitue par elle-même un argument significatif en faveur de cette théorie. »

         Jean-Paul II explique que la théorie de l’évolution ne propose pas une solution pour expliquer l’âme humaine. Le moment du passage au spirituel n’est pas l’objet d’une explication scientifique. Il fait ici appel à l’intervention divine. L’Église reconnaît aujourd’hui que le livre de la Genèse n’est pas l’histoire des débuts de l’humanité. Ce livre donne plutôt  un  enseignement sur le sens de la création et sur le modèle de relation qui existe entre l’humanité et Dieu.

    Ce qu'en dit le créationnisme et le dessein intelligent

         Le créationnisme au sens strict est né au XIXe siècle contre la théorie de Darwin. Les partisans du créationnisme affirment que le monde a été créé comme le livre de la Genèse le raconte. Cette position est surtout tenue par les Églises protestantes à tendance fondamentaliste. Ils se basent sur une lecture littérale de la Bible. Ils ne donnent pas de place aux genres littéraires ni à aucune interprétation. Pour eux, le texte de la Bible est aussi un texte scientifique.

         La théorie de « Dessein Intelligent » tente de donner des arguments plus scientifiques. Cette théorie a vu le jour aux États-Unis en 1987.  Les tenants de cette théorie croient que l’évolution est guidée par un être supérieur. Elle affirme que la vie humaine ne peut être le fruit du hasard et qu’il y a une force intelligente derrière la création. Cette théorie a été rejetée par les scientifiques. Le P. George Coyne, chef astronome au Vatican, a affirmé que le Dessein Intelligent « n’est pas de la science, même s’il en a la prétention ».

    Source : http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2009/clb_090327.html

    Dieu créateur : entre science et religion

     

     

     

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2502. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    La Bible et la science 1 de 2

     Source http://www.interbible.org/

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  • Comparer Dieu à un juge inéquitable!

    Parabole du Juge inique de John Everett Millais (1863)

    Parabole du Juge inique de John Everett Millais (1863)

     Parabole du juge qui se fait prier longtemps : Luc 18, 1-8

    Autres lectures : Exode 17, 8-13; Psaume 120(121); 2 Timothée 3, 14 - 4, 2 

    L’Évangile de Luc (18,1-8) présente une veuve qui obtient justice à cause de sa persistance. Le juge inéquitable lui donne raison pour des motifs purement égoïstes. Il tranche en sa faveur pour avoir la paix devant son insistance. Luc possède un génie littéraire qui nous a donné de grands textes, mais pour celui-ci, il faut admettre que cette comparaison entre Dieu et un juge injuste semble un peu discutable. Pourtant, en creusant le texte, on peut y trouver des éléments très importants. Comment comprendre cette parabole?

    Sur la route vers Jérusalem

         Cette courte parabole se situe vers la fin d’un voyage qui mène Jésus de la Galilée à Jérusalem (Luc 9,51-19,28). Les textes racontant ce déplacement sont marqués par ce qui s’en vient. Jésus sera crucifié et cette section transmet les enseignements importants du maître, son testament spirituel. On y retrouve des thèmes comme l’attitude à développer comme croyant, le rapport à la justice, la venue du royaume de Dieu, le retour du Fils de l’Homme. Le contexte de la parabole dans le récit de Luc invite donc à y voir comment les disciples doivent se préparer à l’absence de leur maître. L’enseignement de Jésus est placé comme une façon de développer la foi nécessaire pour attendre la venue du Royaume sans découragement.

    Prier sans se décourager

         Dès le premier verset, le narrateur indique la clé d’interprétation du récit que Jésus va raconter : « Jésus leur dit une parabole sur la nécessité pour eux de prier en tout temps et ne pas se décourager ». Les lecteurs savent donc déjà la « morale de l’histoire » avant même de l’avoir entendu.

    Qui sont les élus?

         Les auditeurs de la parole sont appelés « élus ». Ce mot employé pour désigner les croyants ne se retrouve pas dans l’Évangile selon Luc. Dans les autres évangiles, cette utilisation n’arrive que dans un contexte relié à la fin des temps (Mc 13,20.22.27;Mt 24,22.24.31). « Élus » désigne ceux et celles qui vont survivre au jugement final qui s’en vient.

         Ces élus sont mis dans une position analogue à celle de la veuve. Ils crient vers Dieu jour et nuit comme la veuve le faisait avec le juge. Alors que le premier verset parlait de prière, lev. 7 choisit le verbe crier (boôntôn) qui est beaucoup plus fort. Ce cri n’est pas une belle prière, mais un hurlement dont l’intensité est soulignée par le fait qu’il continue jour et nuit.

    En attendant la fin des temps

         Curieusement, Dieu ne répond pas. Est-ce que Dieu est sourd aux prières qui lui sont adressées? En fait, il les fait attendre (18,7). Le passage se termine en affirmant que la justice viendra plus vite que l’on pense. En effet, le jour du jugement est annoncé ici par Jésus comme un événement qui va advenir dans les délais les plus brefs. Le moment associé à la fin des temps reste indéterminé, mais rapproché.

         Les premiers chrétiens avaient la conviction de vivre à l’aube de la fin. Les lettres du Nouveau Testament montrent l’évolution de cette attente. Le premier document chrétien à être écrit, la Première lettre aux Tessaloniciens, transmet la conviction que le jour de la venue du Seigneur viendra avant que Paul et les personnes auxquelles il s’adresse ne meurent :Nous les vivants, qui seront restés jusqu’à la venue du Seigneur… (1 Th 4,15). Environ 75 ans plus tard, dans la Deuxième lettre de Pierre - probablement le dernier texte du Nouveau Testament à être composé - le retard du retour du Seigneur provoque cette réflexion : Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir (2 P 3,9). L’Évangile selon Luc a probablement été écrit autour des années 80-85. Il se situe donc à mi-chemin entre la lettre aux Thessaloniciens (vers 50) et laDeuxième lettre de Pierre (vers 125). Les premiers lecteurs/auditeurs de l’Évangile selon Lucse posaient donc la question du temps d’attente plus long que prévu de la fin des temps. À l’époque de la composition de cet évangile, l’attente du retour du Seigneur était encore là, mais il y avait déjà un certain découragement à cause de cette attente. L’Évangile selon Lucvise donc à répondre à cette question. Comme pour la deuxième lettre de Pierre, Luc met de l’avant la patience de Dieu. Les premiers chrétiens espéraient que le monde de justice promis par Dieu commence bientôt. Ils crient nuits et jours pour son avènement.

    La morale de cette histoire…

         Le premier verset avait déjà annoncé que ce récit visait la nécessité de prier en tout temps sans se décourager. Or la fin du récit apporte une autre perspective : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? (18,8) L’enjeu de l’enseignement de Jésus concerne la présence ou l’absence de foi lors de la fin des temps. La question est donc plus complexe que la constance dans la prière. La parabole montre que Dieu n’est pas un vieux juge inéquitable pour qui l’on doit prier et crier pour qu’il nous entende. L’idée n’est pas de le prier pour faire changer son jugement. Non, la persistance dans la prière comme dans la foi est plus importante pour nous que pour lui. Il est si facile de se lasser ou de s’emballer pour des projets attrayants, mais éphémères. Cette parabole nous rappelle ce qu’il y a de plus important dans la vie des chrétiens : l’avènement du Royaume.

         La prière dont parle le texte n’est pas une simple prière de demande répétée jour et nuit. C’est un appel à la transformation de soi et de notre monde. Par la prière, nous devenons conscients de la transformation personnelle et intérieure qui dure toute une vie. Par la prière, nous devenons aussi conscients de la transformation sociale nécessaire pour construire un monde plus juste. Un monde dans lequel la veuve obtient la justice qu’elle mérite. Lire ces pages de l’Évangile de Luc nous apprend à reconnaître les injustices de notre monde et de nous engager à les dénoncer pour faire advenir un monde meilleur. Bref, la prière permet de continuer à croire à ce monde nouveau voulu par Dieu et de travailler pour le faire advenir.

    Notre système de « justice »

         D’ailleurs, l’actualité nous montre que notre propre système judiciaire a des problèmes importants. Par exemple, l’impunité de la grande majorité des viols est complètement inacceptable. Le ministère de la Sécurité publique estime que 90% des agressions sexuelles ne sont pas déclarées et que moins de 1% des agressions déclarées mènent à une condamnation1 ! Ces chiffres ne parlent pas, ils crient! 2000 ans plus tard, ces femmes bafouées par la justice se retrouvent dans la même situation que la veuve. Obtenir justice ne va pas de soi. Bien au contraire. Elles doivent faire des pieds et des mains dans une longue procédure souvent humiliante. Les deux personnages de la parabole nous sont donc familiers. Il y a encore des « veuves » et des « juges inéquitables ».

         Cette parabole interpellait les chrétiens à persévérer dans l’attente du retour du Seigneur. Puisque nous sommes toujours dans ce temps d’attente, nous devons lire nos textes fondateurs pour retrouver la soif de justice et l’encouragement nécessaire pour donner vie à la foi sur la terre. La prière persévérante devient alors un appel à l’engagement personnel quotidien pour la justice, le droit et l’équité au nom de notre foi.

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    1 Au Québec, en 2014, il y a eu 1 814 condamnations pour 633 000 déclarations d’agression sexuelle selon statistique Canada.

     Sébastien Doane, bibliste

     Source : Le Feuillet biblique, no 2503. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.interbible.org

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  • L’origine du mal et de la violence selon la Bible 1/2

    Le plafond de la chapelle Sixtine

    Le plafond de la chapelle Sixtine (photo : Wikimedia)

    Je vous invite à entrer dans une réflexion proposée par le livre de la Genèse. Les onze premiers chapitres de ce livre sont composés de récits qui commencent par la création du monde et celle de l’homme et de la femme en particulier, ainsi que de leur place dans le monde (Gn 1 et 2). Puis vient le récit de la chute (Gn 3) et de ses conséquences dans plusieurs autres récits dont les plus connus sont l’histoire de Caïn et Abel, le Déluge et la Tour de Babel (Gn 4 à 11). Dans cet article nous allons présenter le milieu de composition de ces récits ainsi que le rapport que nous pouvons développer avec eux. L’article suivant explorera la chute (Gn 3) pour traiter de la question de l’origine du mal et de la violence.

         Durant des siècles, les récits de la Genèse ont nourri l’imaginaire chrétien et l’ensemble de la culture occidentale. Les grandes fresques peintes par Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine à Rome, en sont l’une des illustrations les plus célèbres. Et qui ne se souvient pas du célèbre poème de Victor Hugo sur Caïn avec sa phrase finale : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

    Lire la Genèse au 21e siècle

         Depuis quelques décennies, le rapport à ces récits bibliques a changé. La critique philosophique et scientifique est passée par là et beaucoup de contemporains n’y trouvent aucun sens. À leurs yeux, ce ne sont que « des fables pieuses ». Il est certain que les progrès des connaissances scientifiques permettent d’avoir une connaissance très différente de la naissance du monde et de son évolution jusqu’à l’apparition des premiers hominidés et de leur développement. Il ne semble apparemment plus sérieux d’apporter à ces récits, écrits voici 2500 ans, une quelconque crédibilité. C’est vrai si on leur demande de nous fournir« des vérités historiques et contrôlables scientifiquement ». Ces textes n’ont aucune prétention en ce domaine. Ils ne cessent pour autant d’être signifiant pour de nombreuses personnes, signe qu’ils répondent encore à un certain nombre d’interrogations qui portent sur le sens de la vie et de la présence au monde de l’humain.

         Ces questions fondamentales ont-elles perdu toute actualité? Pourquoi l’homme et la femme? D’où vient la mort? Pourquoi la violence meurtrière entre les hommes qui frappe les individus, les peuples et les nations, une violence capable de provoquer la mort de millions de personnes? Où est Dieu dans tout cela? Que fait-il, Lui que les religions acclament comme le Tout-Puissant, pourquoi n’intervient-il pas? Son amour pour l’humanité est-il vain ou reste-t-il indifférent à la souffrance que subissent tant et tant d’hommes et de femmes? À ces questions chacune et chacun peut y ajouter les siennes. Elles se résument dans une expression que j’ai souvent entendue dans la bouche de personnes qui souffraient : Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive tant de malheurs? Celui ou celle qui est tant soit peu habitué à prier les psaumes, les retrouve dans les appels du psalmiste qui demande au Seigneur de « réveiller sa puissance et de venir au secours de son peuple ».

    La composition de ces « récits mythiques »

         Si le temps de l’exil à Babylone est d’abord vécu comme un temps d’exaspération de la souffrance et des pleurs face au malheur de tout un peuple, les années qui passent vont se montrer propices à la réflexion et à l’écriture. Des scribes et des prêtres de Jérusalem, comme Ezéchiel, se remettent à un travail de réflexion. Comme tous les peuples exilés dans la ville impériale, ils subissent l’influence religieuse et culturelle de la puissante civilisation babylonienne qui a produit des récits et donné une réponse originale à toutes ces questions. Ils forment un ensemble de « récits mythiques » connus de tous et proclamés durant les grandes célébrations religieuses de l’époque. Les auteurs bibliques vont les entendre et s’en inspirer pour écrire leur propre version des mythes d’origine (Gn 1 à 11) et leur donner un sens nouveau. C’est ainsi que furent écrits les récits qui expliquent l’origine du mal et de la violence entre les humains. Je vous propose d’y entrer et redécouvrir leur message.

    Deux récits de création pour le prix d’un seul

         En Gn 1 et 2, la Bible donne deux versions de la création du monde. Dans un premier temps, l’être humain est créé au terme, comme sommet de la création.
    Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. » Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. (Gn 1,26-27)

         Le deuxième récit (Gn 2) place l’être humain dans une autre perspective. Il est tiré de la terre, mais possède en lui le souffle divin. L’humain prend conscience de ce qu’il est dans la reconnaissance mutuelle : homme et femme. Il vit à deux en pleine harmonie et se trouve placé dans le jardin d’Eden où il trouvera tout ce qu’il lui faut. Mais cette harmonie est conditionnée au respect d’un interdit : « ne pas manger du fruit de la connaissance du bien et du mal. » Cette interdiction sera capitale dans la suite du récit qui permettra une réflexion sur l’origine du mal et de la souffrance.

    Roland Bugnon

    source http://www.interbible.org/

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  • RELIGION

    Des scientifiques « ressuscitent » un passage biblique vieux de 1700 ans

    À l'aide d'un scanner, des universitaires du Kentucky sont parvenus à lire à l'intérieur d'un antique parchemin, sans le dérouler.


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  • La miséricorde de Dieu ne s'épuise pas

    Le pharisien et le publicain, fresque baroque dans la basilique de Ottobeuren (Allemagne).


    Le pharisien et le collecteur d'impôts : Luc 18, 9-14
    Autres lectures : Siracide 35, 12-14.16-18; Psaume 33(34); 2 Timothée 4, 6-8.16-18


    Luc n’a pas connu Jésus personnellement! Comme nous, il a fait sa rencontre à travers des témoins vivants de son temps, mais également, comme un historien, à travers des documents écrits sur Jésus qui circulaient au premier siècle, ce qu’on a l’habitude d’appeler les « sources des évangiles ». Ces sources, il les a épluchées méticuleusement, nous dit-il (Lc 1,3), afin d’offrir à son honorable Théophile un récit ordonné. Ordonné, Luc l’est à souhait. Il y a dans son évangile une grande cohérence. Dans ce qu’il choisit de nous rapporter de la personne et de l’enseignement de Jésus, Luc a des thèmes récurrents qu’il aime surligner : notamment celui du renversement des situations présentes qu’opère la venue du Royaume de Dieu et celui de l’humilité, attitude attendue devant Dieu. Déjà, en début d’œuvre, le Magnificat de Marie donnait le ton, annonçant ces deux thèmes chers à l’évangéliste (Lc 1,51-53) 1.

    Mise en contexte

    Situons d’abord l’extrait de ce dimanche dans l’ensemble de l’évangile. Luc est le seul des évangélistes à nous rapporter cette parabole. Il la présente comme une instruction ordinaire de Jésus donnée le long de sa marche vers Jérusalem, séquence importante et structurante de l’évangile (Lc 9,51-19,27). Pour être encore plus précis, dans le dernier tiers de cette marche (Lc 17,11-19,27) où, depuis que la question de la venue du règne de Dieu lui a été posée (Lc 17,20) son enseignement est teinté par la perspective des derniers temps. C’est dans cette perspective qu’il faudra interpréter cette parabole qui ne se veut pas une leçon sur la prière – contrairement à la péricope qui la précède immédiatement (Lc 18,1-8) – mais sur l’humilité et sur le regard « tout autre » que Dieu pose sur l’humanité en matière de justice. « La justice de Dieu n’est pas celle des hommes », voilà une maxime qui pourrait résumer la leçon que nous laisse cette parabole. Ou pour le dire autrement : « À la fin, à l’établissement du règne de Dieu, nous serons surpris de qui se trouvera justifié ou non ».

    Jésus dit une parabole pour certains hommes
    qui étaient convaincus d’être justes
    et qui méprisaient tous les autres(Lc 18,9)

    Mais qu’est-ce qu’être « juste » ou « justifié » ? Grosse question que celle de la « justification » dans la Bible que je ne prétends pas régler par ce bref papier! Mais disons simplement que le verset introductif ci-haut cité et le contenu du discours – caricatural, avouons-le! - du Pharisien de la parabole nous montrent que Luc est en phase avec la pensée paulinienne à propos de la gratuité du salut de Dieu 2. Fait-on son salut soi-même en mettant en pratique une Loi ou le reçoit-on d’un Autre comme un don. Tout le débat du premier siècle, qui sera engendré par l’entrée massive de non-juifs (pagano-chrétiens) dans l’Église où se trouvent déjà installés des juifs convertis (judéo-chrétiens), sera de distinguer ce qui est nécessaire de retenir de la riche tradition juive depuis la résurrection du Christ et l’irruption de l’Esprit Saint autant sur les juifs que sur les païens. Une partie des prédicateurs de l’époque - que nous appellerons les « judaïsants » - était d’avis qu’il fallait, pour devenir juste et être sauvé, en plus de croire au Christ, continuer à pratiquer la Loi de Moïse et imposer celle-ci aux pagano-chrétiens. À l’opposé Paul prêchera et défendra la gratuité absolue et universelle du salut de Dieu par la seule foi au Christ Jésus. Pour lui, la Loi de Moïse était préparatoire à la venue du Christ et celle-ci la rend caduque.

    Il est possible que ce débat, contemporain des communautés chrétiennes de l’époque de Luc et de Paul, soit transposé au temps de Jésus dans les évangiles. Ce qui n’exclut pas que Jésus lui-même se soit opposé effectivement au légalisme pharisien de son temps 3. Luc ne ferait encore que surligner dans les paroles de Jésus ce qui est le plus susceptible d’éclairer, sur ce sujet, sa communauté vivant vers la fin du premier siècle. Désormais, dans l’économie chrétienne c’est à l’aune du double commandement de l’amour (amour de Dieu et du prochain ; Lc 10,25-28) et non plus à celui de l’observance de la Loi de Moïse que nous serons jugés justes ou non. Et le pardon de Dieu est sans doute plus large que ne le concevait le pharisaïsme de l’époque. À cette lumière, observons donc le contenu de la prière des protagonistes de notre parabole.

    La prière du Pharisien

    Pour Dieu, nul doute, il est zélé en en faisant même plus que ce que la Loi de Moïse exigeait (jeûne deux fois par semaine). Pour Dieu, il se garde du mal. Plus, fidèle à l’idéal pharisien, il se targue de ne pas frayer avec ceux qui le commettent. Jusqu’à un certain point sa prière ressemble à celle du psalmiste (Psaume 26 (25)), mais il ajoute une dose de mépris pour ce collecteur d’impôts qu’il aperçoit derrière lui dans le Temple. Sa prière suffisante n’honore ni Dieu à qui il ne demande rien, ni son prochain qu’elle méprise. Sa prière est auto-contemplation de ses œuvres bonnes. Voilà un subtil piège d’orgueil dans lequel il tombe, piège guettant ceux qui font des progrès réels dans la vertu et la vie spirituelle. Résultat : il n’est pas juste devant Dieu, il n’a pas cette beauté intérieure que Dieu cherche à discerner dans le cœur de ses enfants.

    La prière du publicain

    Pécheur, il l’est réellement. C’est un fait connu, collecteur d’impôts, le publicain collaborait avec l’occupant romain profitant de sa fonction pour se servir aux dépens de ses frères. Sa prière est vraie, humble, sans fard. Il demande pardon, n’osant même pas lever les yeux au ciel. Sa confession sincère plait à Dieu et l’ouvre à la grâce. C’est lui, nous dit Jésus, qui revient chez lui « justifié », c’est-à-dire dans ce cas-ci, « pardonné » et ce, sans avoir au préalable réparé ses torts.

    En conclusion… un Dieu miséricordieux !

    Oui, Luc est d’une grande cohérence. Comme Lévi le publicain appelé par Jésus (Lc 5, 27-32), comme la femme pécheresse (Lc 7,36-50), comme le fils retrouvé de la parabole (Lc 15,11-32), comme Zachée (Lc 19,1-10), les exemples abondent dans l’évangile de Luc pour nous dire que le pardon et l’amour de Dieu pour le pécheur précèdent le changement de vie. Dieu aime le pécheur et fort de cet amour, le changement s’opérera, tel est le pari que prend avec nous le Dieu de la miséricorde.

    ___________________

    1 Autres passages de Luc sur le thème du renversement des situations : Luc 6, 20-26; 13, 30; 16, 19-31; sur le thème de l'humilité : Luc 9, 46-48; 10, 21; 14, 7-11.

    2 On croit que Luc ait pu être un compagnon de mission de Paul, ce qui expliquerait la prenté de leur pensée.

    3 L'évangile de Luc comporte d'ailleurs quelques charges contre le légalisme Pharisien, Luc 11, 37-53; 12, 1; 16, 15.

    La miséricorde de Dieu ne s'épuise pas - interBible

     

     

    Source : Le Feuillet biblique, no 2504. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • Sacré pouvoir !

    Pape François

    « Le pape bouscule les cardinaux… et la mafia. »
    Publié le jeudi 13 octobre 2016 à Radio-Canada à l’émission Enquête.

    « On pourrait croire que depuis l'élection du pape François à la tête de l'Église catholique, un vent de renouveau souffle sur cette institution deux fois millénaire. Mais en réalité, à l'intérieur du gouvernement de l'Église, on le craint. On s'en méfie. On lui résiste. « Les loups dans le Vatican résistent aux réformes du pape François et deviennent de plus en plus agressifs », explique Marco Politi, l'un des plus fins vaticanistes qu'on puisse trouver à Rome. M. Politi a accompagné Jean-Paul II, Benoît XVI et François aux quatre coins de la planète. Ce qu'il constate, c'est que des cardinaux de premier plan s'opposent publiquement au pape François. Du jamais vu. » (Alain Crevier).

    Voir le reportage de l’émission Enquête de Radio-Canada : Le pape qui dérange.

    Alors Jésus s'adressa à toute la foule, ainsi qu'à ses disciples :

    « Les maîtres de la loi et les Pharisiens sont chargés d'expliquer la loi de Moïse.  Vous devez donc leur obéir et accomplir tout ce qu'ils vous disent ; mais n'imitez pas leur façon d'agir, car ils ne mettent pas en pratique ce qu'ils enseignent. Ils attachent de lourds fardeaux, difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes ; mais eux-mêmes refusent de bouger un doigt pour les aider à remuer ces fardeaux. Ils accomplissent toutes leurs œuvres de façon que les hommes les remarquent. Ainsi, pour les textes sacrés qu'ils portent au front ou au bras, ils ont des étuis particulièrement grands ; les franges de leurs manteaux sont exceptionnellement larges. Ils aiment les places d'honneur dans les grands repas et les sièges les plus en vue dans les synagogues ; ils aiment à recevoir des salutations respectueuses sur les places publiques et à être appelés « Maître » par les gens. Mais vous, ne vous faites pas appeler « Maître », car vous êtes tous frères et vous n'avez qu'un seul Maître. N'appelez personne sur la terre votre « Père », car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est au ciel. Ne vous faites pas non plus appeler «Chef», car vous n'avez qu'un seul Chef, le Messie. Le plus grand parmi vous doit être votre serviteur. Celui qui s'élève sera abaissé, mais celui qui s'abaisse sera élevé. 

    Matthieu 23, 1-12

              Il n’y a pas si longtemps les gens allaient se confesser d’avoir mangé du curé. Mal parler d’un clerc était considéré comme un péché. Critiquer la religion n’était pas admis et la hiérarchie cléricale se drapait dans un manteau de respectabilité et portait le masque de la sainteté. Aujourd’hui, à cause des nombreux scandales qui ont entaché le clergé catholique un peu partout dans le monde, ce pouvoir sacré est tombé de son piédestal. L’émissionEnquête de Radio-Canada « Un pape qui dérange » montre comment François a été choisi pour mettre de l’ordre à la banque du Vatican, devenue un lieu de magouilles et de blanchiment d’argent. Mais le pape s’est aussi attaqué à ce qu’il appelle les maladies de la Curie romaine, l’organisme composé de cardinaux qui gouvernent l’Église catholique. Cette dernière bataille fait en sorte qu’il se trouve passablement isolé dans le monde de ses proches collaborateurs.

         Dans son discours de Noël  2014 à la Curie, le pape à identifié 15 maladies  graves qui infectent l’administration de l’Église catholique et la première est la suivante : « La maladie de celui qui se sent « immortel », « immunisé » ou tout à fait « indispensable » et néglige les contrôles nécessaires et habituels. C’est la maladie de tous ceux qui se transforment en maîtres et se sentent supérieurs à tous, et non au service de tous. Elle découle souvent de la pathologie du pouvoir, du « complexe des élus », du narcissisme qui consiste à regarder passionnément sa propre image et à ne pas voir l'image de Dieu imprimée sur le visage des autres, spécialement des plus faibles et des plus nécessiteux. C’est ce que dénonce l’évangile d’aujourd’hui », conclut François qui venait de proclamer ce texte de l’évangile de Matthieu.

         Des réformes profondes s’imposent. L’Église catholique a été séquestrée et détournée par la curie romaine depuis déjà trop longtemps. « La curie moderne est une machinerie gigantesque, improductive et inutile. Il y a 35 cardinaux à Rome. Ils sont divisés en groupes antagoniques, et ils se consacrent à conspirer et à se chercher des complices dans les corridors », confie Filippo di Giacommo, prêtre, journaliste et juge ecclésiastique à Rome.

         On ne peut continuer à mettre de lourds fardeaux sur les épaules des gens, exiger une morale rigoriste et intransigeante, comme par exemple imposer l’abstinence sexuelle aux divorcés ou aux homosexuels; refuser l’accès à la communion à ces personnes; imposer le célibat à tous les prêtres; exclure les gens mariés et les femmes de l’exercice du presbytérat, etc.

         Cette hiérarchie que s’est donnée l’Église catholique à travers les siècles, souvent en copiant les cours impériales, aurait avantage à révolutionner ses pratiques : celle de se poser en maitre de la vérité, de se considérer comme des seigneurs (monseigneur), de prendre la place de Dieu en se faisant appeler « Père ou Saint-Père ». Qui peut aujourd’hui entendre quelqu’un se faire dire Éminence sans pouffer de rire?

         Le pape François surprend agréablement les fidèles par sa bonhommie, sa proximité, sa compassion, sa spontanéité et son courage. Il n’aime pas les déguisements, tout ce falbala de robes, de dentelles et de pourpre qui éblouit la galerie dans les splendeurs de Saint-Pierre-de-Rome. Il vit dans un appartement de 50 pieds carrés alors que les cardinaux habitent dans de luxueux palais romains.

         Jésus a critiqué vertement les scribes interprètes officiels de la Torah, les richissimes Grands Prêtres propriétaires terriens qui s’interposaient entre Dieu et le peuple, et les Pharisiens, ces hommes pieux et pleins d’eux-mêmes. Tout le chapitre 23 de Matthieu est un réquisitoire impitoyable : « Malheur à vous, maîtres de la loi et Pharisiens hypocrites! Vous fermez la porte du Royaume des cieux devant les hommes; vous n’y entrez pas vous-mêmes et vous ne laissez pas entrer ceux qui le désirent. » (Mt 23,13)

         On ne peut prédire si François réussira à réformer le gouvernement de l’Église. Mais pour Jésus, il ne s’agissait pas seulement de rendre ce Temple, transformé en une caverne de voleurs, plus acceptable, mais bien d’en sortir carrément; ce qu’il fit. Devant la colline où était situé le Sanctuaire, Jésus a maudit un figuier immédiatement desséché, symbole de la stérilité d’une telle religion. « Je vous le dis, c’est la vérité, si vous avez la foi et si vous ne doutez pas, non seulement vous pourrez faire tout ce que j’ai fait à ce figuier, mais vous pourrez même dire à cette colline: ‘Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer’ et cela arrivera. (Mt 21,21-22). Il signifiait ainsi la fin du Temple qu’il condamnait à disparaitre.  

         Le temps viendra, je le souhaite, où toutes ces richesses accumulées au Vatican, incompatibles avec la praxis du prophète Jésus, seront remises à un organisme international pour la conservation du patrimoine et où le pape cessera d’être le monarque absolu d’un État symbolique de 0,44 km2  avec des ambassadeurs  dans tous les pays du monde. Le Concile du Vatican nous avait mis sur la piste d’une Église pauvre pour les pauvres, mais le sacré pouvoir, drapé dans ses robes de pourpre, a empêché jusqu’ici la barque de Pierre d’avancer. Soyons solidaires de ce pape que le Souffle de Jésus nous a envoyé. Le temps viendra, j’en rêve, où l’Évangile de Jésus sera la seule règle pour la communauté des disciples partout dans le monde et où il n’y aura qu’un seul Père dans le ciel, un seul Chef ou Seigneur, Jésus, et une seule règle de vie : celle de l’amour inconditionnel pour l’humanité entière.

    Claude Lacaille

    Source: Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.interbible.org

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