• L'histoire de Zachée

    L'histoire de Zachée - interBible

    Conversion de Zachée : Luc 19, 1-10
    Autres lectures : Sagesse 11, 23 - 12, 2; Psaume 144(145); 2 Timothée 1, 11- 2, 2 

    L'histoire de Zachée, qui insiste sur les succès professionnels de cet homme, est une narration propre à Luc. Cet écrit atteste que le statut des riches chrétiens faisait problème dans la communauté de cet évangéliste (voir 18,18-27; Ac 5,1-11). Ce récit avait donc pour fonction de défendre leur présence au sein de la communauté à condition qu'ils aient vraiment voulu rencontrer le Christ et décidé de mettre leurs biens au service des autres.

    Zachée

         La scène, qui se déroule dans la traversée même de Jéricho, centre douanier qui donnait accès à l'Arabie, présente deux traits du statut social de Zachée : il est un riche collecteur d'impôts à la solde des Romains. À ce titre, il est méprisé, assimilé aux pécheurs publics (voir 5,30; Mt 9,11; Mc 2,16) en raison de son lien avec l'occupant païen (Mt 18,17) et de ses fréquentes exactions (Lc12—13). Dès lors, il est exclu du peuple de Dieu et tenu à l'écart par tout juif observateur de la Loi.

         Zachée a entendu parler de Jésus, mais il ne le connaît pas vraiment. À la différence de Pierre et des autres disciples de Jésus (9,18-22), il ne peut répondre à la question : Qui est Jésus? Il souhaite donc le voir1 pour le connaître.

    Les obstacles

         Le premier obstacle que rencontre Zachée, c'est la présence même de la foule. Comme en 18,39, elle s'interpose et, se conjuguant à la « petite taille » de notre personnage (deuxième obstacle), elle empêche le collecteur d'impôt de voir qui est Jésus (v. 3a). Néanmoins, Zachée sait prendre le moyen qui s'impose, même s'il n'a rien de conforme avec son rang social et sa dignité : comme un gamin, il court monter sur un sycomore2 (v. 4).

         Le programme espéré se déroule pour Zachée au-delà de toute attente. Jésus passe bel et bien par là, mais il ne se contente pas de passer. Il lève les yeux (v. 5a) et voit, comme Zachée avait escompté voir lui aussi. Cette première initiative de Jésus est suivie immédiatement d'un second projet exprimé de façon impérative : Zachée, descends vite : il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison (v. 5b). Il y a de quoi provoquer la « joie »de Zachée! Lui, qui est rejeté et méprisé par ses compatriotes, est regardé et accepté par Jésus. Ce n'est pas une corvée pour Zachée de répondre à la requête de Jésus. Après tout, ne désirait-il pas seulement « voir Jésus », mais« voir qui il était ». Le chef péager descend aussitôt et accueille volontiers le voyageur de passage (v. 6).

         Que Jésus soit entré loger chez un homme pécheur provoque une réaction chez les gens. Ceux qui expriment ici leur désapprobation appartiennent à la catégorie des prétendus justes (18,9) qui, selon les idées reçues, considèrent que la fréquentation des pécheurs entraîne une impureté. Ils se permettent de juger et de condamner doublement : l'état de pécheur confirmé de Zachée et l'attitude risquée et insouciante de Jésus
     
         La parole de Jésus « il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison » contient des informations théologiques de poids. Le verbe « il faut » et l'adverbe « aujourd'hui » confirment la mise en place d'une stratégie salvifique. Que Jésus interrompe son voyage pour dîner et passer la nuit chez le publicain en chef appartient au plan de salut de Dieu. Les termes « demeurer », « loger » prennent ici une connotation sacrée. 

    La conversion de Zachée

         La rencontre avec Jésus produit un changement d'attitude chez Zachée. S'il a accueilli Jésus dans sa demeure avec joie, c'est aussi avec joie que Zachée accueille le salut que Jésus vient lui apporter. En reconnaissant Jésus « Seigneur» et en s'adressant à lui comme tel (v. 8a), Zachée prend pour la seconde  fois la mesure qui s'impose. Il annonce sur-le-champ la décision de donner aux pauvres la moitié de ce qui lui appartient (v. 8b); à ceux qu'il aurait pu léser3, il s'engage à « rendre au quadruple » (v. 8c), sur la moitié restante, ce qui dépasse les exigences de la loi juive (Ex 22,3.6; Lv 5,21-24; Nb 5,6-7)4. L'aumône pratiquée à une telle échelle et la réparation des torts causés, voilà le signe d'une conversion totale.

         En reprenant la parole (v. 9), Jésus s'adresse tout autant à ceux qui n'ont pas supporté qu'il ait accepté l'hospitalité d'un pécheur qu'à Zachée. Malgré la profession qui fait considérer Zachée comme un pécheur, Jésus rappelle au collecteur d'impôt que, devenu un pécheur repenti, « il est lui aussi fils d'Abraham », c'est-à-dire qu'il appartient au peuple élu. Le salut accordé à Zachée est aussi consenti à tous ceux qui vivent dans sa demeure.

    La mission de Jésus

         Au v. 10, Jésus rappelle enfin ce qu'est sa mission ... le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Certes, ce dit est exprimé en des termes proches de ceux employés en 5,32, mais, ici, Jésus ajoute une allusion à Éz 34,16 selon lequel Dieu lui-même cherche la brebis qui est perdue. La tâche de Jésus n'est autre que celle de Dieu (voir 15,7). Dans notre récit, l'initiative est prise, au nom de Dieu, par Jésus qui s'invite chez Zachée. Il y joue le rôle salvifique de berger d'une brebis perdue de la maison d'Israël. S'il se montre l'ami des pécheurs (15,1-2; Mt11,19; Mc 7,34), c'est pour leur rappeler l'infinie miséricorde de Dieu toujours prêt à pardonner (11,4; 15,1-32; 18,13).

         Pour Luc, le salut est accordé par Dieu qui en a l'initiative (voir 18,27). Mais pour qu'il devienne effectif, il faut que l'homme s'ouvre au pardon par le repentir et l'accueille par la conversion. Et celle-ci s'exprime nécessairement dans une démarche concrète à l'égard d'autrui. Aujourd'hui, Dieu continue à accorder le pardon à chacun de nous. Qu'en est-il de notre démarche? Est-elle semblable à celle de Zachée?

    1 Luc, homme de la vue autant que de la parole, considère le verbe « voir » comme une métaphore de la connaissance, de l'amour ou de la foi.

    2 Le sycomore est une espèce qui croît en plaine, qui ne perd pas son feuillage et qui possède un large tronc court et de grosses branches basses largement étalées. Il n'était donc pas difficile d'y grimper.

    3 En grec, le verbe sukophantô a deux sens : un sens précis, « faire une fausse déclaration », « calomnier », « dénoncer » lors d'un procès; puis, un sens plus général, « dire du mal de », « chicaner », « railler », « extorquer par des calomnies ». En tenant compte de la manière dont les taxes et les impôts étaient recouvrés, c'est le sens précis qui prévaut ici, car, quand un percepteur d'impôts ne parvenait pas à ses fins, il poursuivait le mauvais payeur en justice et pouvait même être tenté de produire un faux témoignage.

    4 Cette règle correspond à la peine du droit romain pour le vol manifeste.

     Béatrice Bérubé

     Source : Le Feuillet biblique, no 2505. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • Déguisements bibliques pour l’Halloween

    Isaac bénit Jacob

    Isaac bénit Jacob
    Luca Giordano (1632–1705)
    Huile sur toile , 140 x 186 cm, avant 1654

    Qu’elle est le rapport entre l’Halloween, cette fête « païenne », et la Bible? Le mot « Halloween » vient de l’anglais all hallow’s eve qui signifie « veille de la Toussaint ». La date de la Toussaint aurait été choisie pour christianiser une fête païenne celte. L’Halloween a toujours été reliée aux symboles associés à la mort et l’au-delà. La tradition de se costumer vient de la croyance à la présence des morts qui revenaient hanter les vivants. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, on se déguise en monstres, morts-vivants ou sorciers pour « faire croire » que les esprits reviennent réellement nous hanter le temps d’une nuit. Ces déguisements n’ont rien de biblique. Par contre, l’idée de se déguiser ne vient pas d’hier. Voici des récits bibliques qui traitent de déguisements. Peut-être qu’ils vous donneront des idées?

    Se déguiser en Ésaü

         Le déguisement le plus connu est celui de Jacob qui s’est déguisé avec une peau de chevreau pour ressembler à son frère Ésaü qui était plus poilu que lui (Gn 27). Jacob a ainsi réussi à tromper son père aveugle qui croyait accorder sa bénédiction au fils aîné. « Trick or Treat » [1] disent les enfants américains. Dans le cas de Jacob, le tour a fonctionné.

    Se déguiser en prostituée

         Dans une histoire abracadabrante racontée en Genèse chapitre 38, une femme se nommant Tamar se déguise en prostituée. Dans cette culture, lorsqu’un mari décède, c’est le frère du défunt qui doit prendre la veuve comme femme. Or, le beau-père ne voulait pas que Tamar se marie avec le dernier de ses fils. Elle se sort de cette situation en se déguisant en prostituée pour avoir une relation sexuelle avec son beau-père [2]!

    Se déguiser pour consulter les morts

         Le chapitre 28 du Premier livre de Samuel raconte que le roi Saül était inquiet de son avenir à cause de la guerre contre les Philistins. Puisque la nécromancie était interdite, Saül choisit de se déguiser pour ne pas être reconnu. C’est donc déguisé qu’il sort pour consulter une femme pouvant communiquer avec le prophète Samuel mort depuis quelques années. La dissimulation ne fonctionne pas puisque la femme le reconnaît. D’ailleurs, sa consultation ne lui sert pas à grand-chose puisqu’il meurt le lendemain.

    (Ne pas) Se déguiser en brebis ou en apôtres

         Le Nouveau Testament ne porte pas de récit impliquant le déguisement physique d’un personnage. Par contre, il emploie le déguisement comme un symbole de ce qui est faux et mensonger. Par exemple, Matthieu 7,15-16 indique : « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups féroces. » Plusieurs autres textes du Nouveau Testament expriment des mises en garde contre les faux prophètes qui usent de mensonges pour tromper la communauté. Dans la Deuxième lettre aux Corinthiens (11,13) Paul met en garde contre des « apôtres du mensonge, ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres du Christ. »

         En sommes, l’Ancien Testament présente des récits de déguisement lors de scènes impliquant la tromperie ou des activités illicites. Le Nouveau Testament continue cet usage négatif associé au déguisement en l’associant au faux prophète. Cela dit, comme la fête de l’Halloween n’existait pas encore, on ne se costumait pas pour le simple plaisir de vivre dans la peau d’un autre personnage le temps d’une soirée. Joyeuse Halloween!

    [1] Une ruse ou des bonbons!

    [2] Pour plus d’information sur ce récit, lire : Coït interrompu, exécutions, prostitution et inceste : l’histoire de Tamar (Genèse 38,7-26)

    Sébastien Doane

    source www.interbible.org

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  • Les grandes périodes de l’histoire de l’Ancien Testament

    captifs de Lakish

    Personnages de haut rang déportés par un soldat assyrien après la destruction de Lakish
    en 701 avant notre ère (bas-relief du palais de Sennachérib)

    Dans l’Ancien Testament, l’histoire du peuple d’Israël se déploie sur quelques millénaires qui traversent des époques fort différentes. Toutes ces époques ont marqué le peuple de Dieu de manière différente, car les enjeux et le cadre politique et culturel n’étaient pas les mêmes. Ils n’ont pas non plus la même valeur historique, car certains récits appartiennent davantage au mythe et à la légende tandis que d’autres se situent dans un cadre historique connu et attesté par des sources extérieures au texte biblique. Les auteurs bibliques ont cependant donné à ces différentes périodes leur propre touche et ont proposé leur propre interprétation. On peut diviser cette longue histoire en huit périodes distinctes.

    1. L’ÉPOQUE MYTHIQUE est couverte par les récits de Genèse 1-11. On y retrouve les deux récits de la création, celui en six jours et celui du jardin d’Éden, l’histoire de Caïn et Abel, le récit du déluge, celui de la tour de Babel et de nombreuses généalogies. Il s’agit de récits mythiques, qui n’ont pas pour but de raconter des événements précis, mais plutôt d’expliquer le sens de réalités fondamentales pour l’être humain : la place de l’humanité dans l’univers, la nature du péché, le fait que l’homme parle différentes langues. Ces épisodes ne sont évidemment pas datés dans la Bible. En utilisant le texte de 1 R 6,1, qui mentionne que Salomon entreprit la construction du temple de Jérusalem 480 ans après la sortie d’Égypte, il est possible de situer les événements rapportés en Gn 1-11 de 3760 à 2166 av. J.-C. La création du monde en 3760 av. J.-C. est évidemment une date symbolique qui est cependant employée par les juifs comme point de référence pour leur datation des années, comme les chrétiens le font avec la date supposée de la naissance du Christ. Le début de l’année juive arrive avant notre mois de janvier et les juifs célébraient donc en octobre 2016 l’arrivée de l’année 5777 (3760 + 2017).

    2. LA PRÉHISTOIRE D’ISRAËL s’étend, selon la même chronologie symbolique, de 2166 à 1446 av. J.-C. Cette période couvre ce qui précède la sortie d’Égypte. Elle comprend l’histoire des patriarches Abraham, Isaac, Jacob et Joseph contenue en Gn 12-50. L’historicité de ces personnages est incertaine. Peut-être s’agit-il d’ancêtres dont le souvenir s’est transmis de manière orale pendant des siècles? Les récits de leurs aventures demeurent cependant pertinents pour les juifs et les chrétiens, car ils transmettent de nombreux enseignements théologiques en racontant la relation personnelle que ces personnages tissent avec un Dieu qui vient à leur rencontre.

    3. L’EXODE ET LA CONQUÊTE sont rapportés dans les livres de l’Exode, du Lévitique, des Nombres, du Deutéronome, de Josué et des Juges. Le livre de l’Exode s’ouvre en Égypte et c’est à ce moment que commence l’histoire du peuple d’Israël pour ainsi dire, car auparavant, Dieu était entré en relation avec des individus. La libération d’Égypte est l’événement central de la foi juive. Il est ce grand moment où Dieu se manifeste avec puissance afin de sauver son peuple et que les juifs célèbrent à chaque année lors de la Pâque. Il n’est donc pas surprenant que les rédacteurs du Nouveau Testament situent dans le cadre de cette fête le récit de la mort et de la résurrection de Jésus, qui est à l’origine de la Pâques chrétienne. Cette période se termine avec la conquête de la Terre Promise telle que narrée dans les livres de Josué et des Juges. Cette longue période s’étendrait de 1446 à 1039 av. J.-C. Les chercheurs éprouvent cependant beaucoup de difficulté à trouver la corroboration historique de ces événements, car on ne trouve aucune trace, nulle part dans les documents des peuples avoisinants, d’une sortie d’esclave de grande envergure hors de l’Égypte et d’une installation massive d’immigrants en Palestine.

    4. L’ÉPOQUE DU ROYAUME UNIFIÉ raconte l’histoire des rois Saül, David et Salomon qui régnèrent, depuis Jérusalem, sur l’ensemble de la Palestine sur une période s’étendant de 1039 à 931 av. J.-C. Cette saga est rapportée dans les deux livres de Samuel et dans les onze premiers chapitres du premier livre des Rois. On peut aussi rattacher à cette période le livre des Psaumes puisqu’on attribue à David la rédaction de la moitié des 150 chants qu’il contient et aussi le livre de Job, le Cantique des cantiques, le livre de la Sagesse et le Siracide (aussi nommé Ecclésiastique), puisqu’on accorde à Salomon, le grand sage, la paternité littéraire de ces écrits de sagesse. Les recherches archéologiques ont révélé que Jérusalem n’était à l’époque qu’un petit village de montagne et que ces rois n’ont pas pu régner sur le grand empire somptueux dont parle la Bible. C’est cependant en lien avec cette époque que se trouve la première intersection avec des sources extérieures à la Bible. La stèle de Tel Dan, découverte en 1993 et 1994, et datant du 9e siècle av. J.-C. fait en effet mention de la « maison de David », c’est-à-dire la dynastie de David.

    5. LA PÉRIODE DES DEUX ROYAUMES s’étend de 931 à 587 av. J.-C. et est racontée en 1 Rois 12-22 et 2 Rois. On peut également y rattacher les prophètes Jonas, Amos, Osée, le premier Isaïe (Is 1-39), Jérémie, Nahum, Habaccuc et Sophonie. La Bible raconte que, suite à l’égarement du roi Salomon, Dieu divisa son empire en deux parties : le royaume du nord (Israël) qui est détruit en 721 av. J.-C. par les Assyriens et le royaume du sud (Juda) qui est anéanti par les néo-babyloniens en 587 av. J.-C. Les sources extérieures à la Bible qui témoignent des événements marquants de cette période sont nombreuses. Plusieurs rois d’Israël et de Juda dont il est question dans la Bible sont mentionnés dans les archives royales égyptiennes et mésopotamiennes. Les fouilles archéologiques ont cependant révélé que ces deux royaumes ont toujours existé de manière indépendante, questionnant ainsi le récit de Salomon et l’existence du grand empire qu’il gouvernait. Ces recherches ont également démontré que les auteurs de la Bible jettent un regard particulier sur la valeur des rois de ces deux royaumes. Pour eux, les bons rois ne sont pas ceux qui ont favorisé le développement de leur royaume ou contribué à leur prospérité, mais plutôt ceux qui ont été fidèles à Dieu et ont rejeté les divinités étrangères.

    6. L’EXIL est l’événement le plus marquant de l’histoire du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament. Après s’être rebellé contre le nouvel empire babylonien, Jérusalem est assiégée, prise et détruite. Le temple de Yahvé est incendié et l’élite du peuple est emportée à Babylone. Le peuple de Dieu a tout perdu et se sent abandonné par Dieu. Il relit son histoire à la lumière des avertissements des prophètes et comprend que ce désastre est un châtiment divin, conséquence de l’agir mauvais du peuple et de son idolâtrie. C’est un moment de profond désarroi, de grande détresse et de dure souffrance. Mais c’est aussi un temps de réflexion privilégié où le peuple, plutôt que de se laisser abattre et assimiler, s’est questionné, a relu son histoire, s’est redéfini et s’est relevé. De cette horrible épreuve a jailli une foi renouvelée, fortifiée et approfondie. L’exil fut relativement bref et s’est étendu sur à peine deux générations, de 587 à 540 av. J.-C. On y situe l’activité prophétique du deuxième Isaïe (Is 40-55), d’Ézéchiel et de Daniel.

    7. LA PÉRIODE POSTEXILIQUE PERSE est un temps favorable pour le peuple d’Israël. Cyrus le Grand, après avoir défait les néo-babyloniens, adopte une politique de relative autonomie pour les nombreuses nations qu’il gouverne. Les Perses encouragent le retour des exilés juifs dans leur terre natale et la reconstruction du temple de Jérusalem. C’est une longue période de paix relative qui s’ouvre pour le peuple juif. C’est à époque qu’on situe l’action des livres d’Esdras, de Néhémie et d’Esther et l’activité des prophètes Aggée, Zacharie, possiblement Joël, Abdias, Malachie et le troisième Isaïe. Cette période, débutée en 540 av. J.-C. se termine avec la défaite de Darius III aux mains d’Alexandre le Grand en 330 av. J.-C.

    8. LA PÉRIODE POSTEXILIQUE GRECQUE ébranle fortement le peuple juif. Tous les conquérants qui avaient dominé sur eux jusqu’à date étaient des sémites ou des peuples du Proche-Orient ancien. Mais les Grecs sont différents. Leur manière de penser et leur mode de vie est foncièrement différent. Différent et très attrayant pour de nombreux juifs qui se sentent attirés par cette nouvelle culture. S’ouvre une période de confrontation, aux niveaux politique, militaire et intellectuel. Les juifs s’assureront durant cette période de faire valoir leur propre tradition aux yeux des leurs et de ces étrangers. C’est à cette époque que se situent les événements rapportés dans les deux livres des Maccabées. Cette période se termine en 63 av. J.-C. avec la prise de Jérusalem par le consul romain Pompée, ce qui nous amène au seuil du Nouveau Testament.

    Francis Daoust

    source www.interbible.org

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    1. Se mettre à la suite du Christ est l'engagement d'une vie. - Bruno
    2. Homélie du 33ème dimanche du Temps ordinaire - 13 novembre 2016
    3. Le Conseil français du culte musulman rencontre le pape François - Zenit
    4. Le jour où un architecte d’église se moqua du diable
    5. Le Pape - « Affrontons la terreur avec l’amour »
    6. Jérusalem citée dans un papyrus vieux de 2500 ans - Terra Santa
    7. Le tombeau du Christ créerait des perturbations magnétiques - Terra Santa

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  • Un rouleau carbonisé de la Bible est déroulé virtuellement

    Un ostracon dans la main du chercheur français

    Les premières colonnes du parchemin déroulé (photo © Science Advances)

    Aux alentours de l’an 600 de notre ère, la synagogue de la communauté juive d’Ein Gedi a été ravagée par les flammes de même que les maisons d’habitation qui la jouxtaient. Situé au bord de la rive occidentale de la mer Morte, à la limite du désert de Judée, le site a été enseveli et est tombé dans l’oubli. En 1965, des paysans ont découvert la présence de la synagogue lors du labourage d’un champ. De 1970 à 1972, des fouilles archéologiques ont été entreprises révélant les différentes phases d’occupation du site depuis le début de notre ère. Dans l’arche de la synagogue, les archéologues ont trouvé un rouleau de la torah complètement carbonisé. Le parchemin a été conservé par l’Autorité israélienne des antiquités pendant plusieurs années en attendant de trouver une solution pour en révéler le contenu.

    Une technologie récente basée sur les rayons X et des avancées dans l’analyse et le traitement des images 3D a permis de reconstruire la surface du rouleau de parchemin. Cette tâche de traitement des données a été confiée au professeur Brent Seales, de l’Université du Kentucky (États-Unis), qui a développé une méthode virtuelle de déroulement de rouleaux fermés. Le scanner pouvant détecter et localiser les traces de métal dans l’encre utilisée, les chercheurs ont été capables de lire les premières colonnes du document une fois déroulé virtuellement. Le texte comporte 35 lignes par colonne, dont 18 étaient préservées; les autres lignes ont été faciles à reconstituer par les chercheurs et le processus a révélé que le rouleau contenait les deux premiers chapitres du livre du Lévitique, le troisième livre de la torah [1].

    En lisant le parchemin d’Ein Gedi, « nous avons été frappés par le fait que certains passages sont identiques dans le moindre détail calligraphique et l’organisation des sections au texte massorétique, qui fait autorité au sein du judaïsme », a expliqué, lors d’une conférence de presse citée par l’AFP, Michael Segal, directeur de la faculté de Philosophie et de religion à l’Université hébraïque de Jérusalem. Rappelons que le texte massorétique était utilisé en Europe à l’époque médiévale et présente un texte standardisé de la bible hébraïque. Les juifs de l’oasis d’Ein Gedi en Israël utilisaient donc eux aussi, dès la fin du VIe siècle, un texte standardisé semblable à celui qui fait encore autorité aujourd’hui dans le judaïsme! Cette version du texte du Lévitique représente le plus ancien témoin du texte biblique trouvé dans une ancienne synagogue. Comme le souligne l’exégète Michael Langlois, ce texte constitue « un repère très utile dans l’évolution de la calligraphie, car nous n’avons presque rien entre l’époque de Bar Kokhba au IIe siècle ap. J.-C. et les grands codex du Xe siècle ».

    [1] William Brent Seales, Clifford Seth Parker, Michael Segal, Emanuel Tov, Pnina Shor et Yosef Porath, « From damage to discovery via virtual unwrapping: Reading the scroll from En-Gedi », Science Advances, American Association for the Advancement of Science, vol. 2, no 9, 21 septembre 2016.

    Vidéo en anglais : Virtually unwrapping the En-Gedi scroll (Youtube)

    Source : Camille Hazard, « Une nouvelle technologie dévoile les secrets d’un vieux manuscrit biblique », Paris Match, 22 septembre 2016.

    Sylvain Campeau

     

    source www.interbible.org

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  • Ézéchiel : quand Dieu s’exile pour être avec son peuple

    Ézéchiel

    Vitrail représentant le prophète Ézéchiel
    Allemagne, milieu du 15e siècle
    Victoria and Albert Museum, Londres

    En 587 av. J.-C., Jérusalem est détruite par les troupes de Nabuchodonosor. Le Temple est pillé et détruit par le feu. Une partie du peuple est déporté de force. Ézéchiel est un ancien prêtre du Temple de Jérusalem qui a vécu avec les exilés dans la capitale de l’empire babylonien. Il parle à partir de visions qui s’imposent à lui et qu’il transcrit en images et symboles, créant ainsi un langage que l’on retrouvera plus tard dans les livres apocalyptiques. Ézéchiel jouera certainement un rôle fondamental auprès de ce peuple qui a perdu tous ses repères habituels. Or, Dieu ne l’a pas abandonné. Bien au contraire, Dieu les accompagne en exil. Sa première vision, sur une terre étrangère, en constitue l’annonce :

    La parole de Dieu fut adressée à Ézékiel, fils du prêtre Bouzi, dans le pays des Chaldéens, au bord du fleuve Kebar. La main du Seigneur se posa sur lui. J’ai vu : un vent de tempête venant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant et, autour, une clarté ; au milieu, comme un scintillement de vermeil du milieu du feu. Au milieu, la forme de quatre Vivants ; elle paraissait une forme humaine… (Ez 1,3-4)

    Au-dessus de ce firmament, il y avait une forme de trône, qui ressemblait à du saphir ; et, sur ce trône, quelqu’un qui avait l’aspect d’un être humain, au-dessus, tout en haut. Puis j’ai vu comme un scintillement de vermeil, comme l’aspect d’un feu qui l’enveloppait tout autour, à partir de ce qui semblait être ses reins et au-dessus. À partir de ce qui semblait être ses reins et au-dessous, j’ai vu comme l’aspect d’un feu et, autour, une clarté. Comme l’arc apparaît dans la nuée un jour de pluie, ainsi cette clarté à l’entour : c’était l’aspect, la forme de la gloire du Seigneur. À cette vue, je tombai face contre terre, et j’entendis une voix qui me parlait. (Ez 1,26-28)

         Cette vision apporte un élément nouveau dans la conception religieuse d’Israël de cette époque. À une population encore traumatisée, Ezéchiel annonce que Dieu n’est lié ni à un temple, ni à un lieu particulier, ni aux sacrifices qu’on lui offre. Il a accompagné son peuple en exil, il reste avec lui. Son amour pour lui est gratuit et ce qu’il attend, c’est une réponse personnelle à son amour. L’idée d’un Dieu différent de l’antique conception se met en place, ainsi que la prise de conscience de la responsabilité personnelle. Ezéchiel l’exprime dans un de ses oracles :

    Et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne ». Écoutez donc, fils dIsraël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas. (Ez 18,25-28)

         Durant la haute antiquité, on voit la vie de l’homme prise dans les griffes de la destinée à laquelle il ne peut échapper ou soumise à l’arbitraire divin. L’apport du courant, initié par le prophète Ezéchiel, est de poser l’humain comme responsable de son destin. Dans la réflexion qui est la nôtre, cette notion est capitale et très moderne. Elle inaugure la conception d’un homme libre de ses choix et responsable de ce qui lui arrive. Ajoutons encore l’idée de faute ou du péché. Le refus de marcher dans le droit et la justice conduit à la mort. Mais la reconnaissance de ses fautes et le retour ou la conversion à Dieu conduisent à la vie. L’agir moral prend une place de plus en plus grande dans la pratique religieuse. On ne peut pas « plaire à Dieu » sans s’efforcer de vivre selon sa loi ou les dix paroles (ou commandements) données à Moïse sur le Sinaï. En exil à Babylone, le peuple d’Israël invente également une nouvelle pratique religieuse dans laquelle l’écoute et la fidélité aux Paroles du Seigneur ainsi que la méditation des « hauts faits de Dieu en faveur de son peuple » prennent de plus en plus de place. À Babylone, commence une longue relecture méditée des anciennes traditions tribales et l’écriture progressive des livres de la Bible autour desquels Israël forgera son identité. Soulignons également l’apparition progressive d’un culte organisé autour de la Parole célébrée, commentée, méditée, priée.

         Le langage prophétique présente des rugosités que nos esprits modernes peinent à accepter. Quand un prophète s’exprime, il n’utilise pas la langue de bois. Il dénonce sans ménagement certains comportements et les paroles qu’il prête à Dieu heurtent la sensibilité de notre temps. Le prophète tranche dans le vif. D’un côté, il y a le juste et de l’autre l’injuste et le méchant. Je sais que ce n’est pas si simple et que le cœur humain est partagé : Je connais également les dégâts psychologiques causés par une notion de culpabilité exacerbée autour du péché… Cela n’empêche pas d’entendre le message du prophète ! Les catastrophes (écologiques, financières, sociales), la violence qui se déchaîne (les guerres et leurs flots de réfugiés) les violences sociales (fossé grandissant entre pauvres et riches) dont nous sommes témoins aujourd’hui et parfois victimes, ont souvent une origine humaine : le choix catastrophique d’hommes politiques, les jeux financiers des grandes banques, la mégalomanie qui prend la tête et le cœur de certains individus insensibles aux conséquences désastreuses de leurs choix… Suffit-il de dire comme certains ministres après une catastrophe sanitaires ; responsable, mais pas coupable ? Les décisions concrètes prises à tel moment génèrent des conséquences. Ne prendre en considération que son propre ego sans tenir compte de l’autre peut devenir criminel. Le prophète n’est pas un moralisateur. C’est un homme lucide sur tout ce qui se vit autour de lui. Il met en garde et rappelle que les choix effectués ont des conséquences dont on ne peut pas se dédouaner purement et simplement. Pourtant, malgré un diagnostic très sévère, Ézéchiel reste optimiste et plein d’espérance ; il connaît la fidélité de Dieu pour son peuple et n’oublie pas de la rappeler en des termes bouleversants :

    Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d’elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. (Ez 33,23-28)

         Les paroles de prophètes comme Ezéchiel sont recueillies et méditées largement par les disciples qui se rassemblent autour d’eux. Ils vont avoir des conséquences sur la manière de penser l’histoire biblique. Pris dans un univers intellectuel et culturel puissant, les exilés côtoient une littérature religieuse particulière à ce temps, avec des cultes et des rituels qui s’organisent autour de grands mythes d’origine qui parlent, eux aussi, de l’être humain et de son destin dans le monde. Cette littérature va influencer les scribes juifs qui se demandent eux aussi comment parler du destin de l’humain, de son origine et des raisons qui peuvent expliquer sa situation dans un monde marqué par la violence et la mort. À cette époque, commence probablement l’écriture des onze premiers chapitres de la Genèse, qui fourniront la matière de notre prochaine réflexion.

    Roland Bugnon

    source http://www.interbible.org/interBible/

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  • Le Roi de toute miséricorde

    La statue du Christ-Roi est une œuvre monumentale de style art déco, représentant le Christ, qui domine la ville de Świebodzin en Pologne. Inaugurée le 6 novembre 2010, elle mesure 52,5 m, ce qui en fait la plus haute statue de Jésus dans le monde.

    La statue du Christ-Roi est une œuvre monumentale de style art déco,
    représentant le Christ, qui domine la ville de Świebodzin en Pologne.
    Inaugurée le 6 novembre 2010, elle mesure 52,5 m,
    ce qui en fait la plus haute statue de Jésus dans le monde. 

    Jésus en croix est insulté : Luc 23, 35-43
    Autres lectures : 2 Samuel 5, 1-3; Psaume 121(122); Colossiens 1, 12-20

     « C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire. En refermant la Porte Sainte ce jour-là, nous serons animés de sentiments de gratitude et d’action de grâce envers la Sainte Trinité qui nous aura donné de vivre ce temps extraordinaire de grâce »  (Pape François, Misericordiae Vultus 5).

    Plus roi qu’on pense
    (Luc 23, 35-43)

         Jésus en croix n’a vraiment pas l’air d’un roi glorieux.  Immobilisé par les soldats, vidé de son énergie et de son sang, Jésus ne peut humainement apporter davantage aux personnes qui l’entourent. Et pourtant, l’action miséricordieuse continue. Dans cette dernière page dominicale de l’Évangile selon Luc, tout se joue dans les paroles et leur contraste. Paroles des chefs et des soldats, d’un côté. De l’autre, paroles d’un malfaiteur sympathique et de Jésus lui-même. Les paroles de dénigrement des chefs et des soldats imaginent en s’en moquant une puissance royale tournée sur elle-même. Ces paroles de dénigrement restent sans effet. Elles ne peuvent bloquer la force de la mémoire chez les personnes ouvertes à l’intervention de Jésus. Il transforme le souvenir en relation et en inclusion. Quatre brèves citations du texte suffisent pour démontrer cette dynamique de la Parole.

    35  Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu,l’Élu ! 
    37  Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même…
    42  Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. 
    43  Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.

         Privé de sa dignité de membre du peuple de Dieu, Jésus en croix agit comme un roi en pleine possession de ses moyens. Parce qu'il se laisse bafouer, parce qu'il se laisse dénigrer, Jésus touche le coeur de celui qui reconnaît les limites du mal qu’il a fait.  Il lui ouvre une perspective différente.  Nous sommes déjà de bonnes personnes. Quelles perspectives étonnantes Jésus pourra-t-il ouvrir pour nous?

         Cette discussion politico-religieuse illustre un contenu essentiel de l’Année jubilaire qui se termine aujourd’hui. La discussion démontre que la miséricorde est un acte généreux qui convient tout à fait à Dieu, car cet acte correspond à sa propre nature divine. Le commentaire du pape François sur ce sujet est particulièrement éclairant : « La miséricorde est le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde ».5  Ces paroles de saint Thomas d’Aquin montrent que la miséricorde n’est pas un signe de faiblesse, mais bien l’expression de la toute-puissance de Dieu. C’est pourquoi une des plus antiques collectes de la liturgie nous fait prier ainsi : « Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié ».6  Dieu sera toujours dans l’histoire de l’humanité comme celui qui est présent, proche, prévenant, saint et miséricordieux »  (Misericordiae Vultus 6).

    Jésus roi assure notre héritage
    (Colossiens 1, 12-20) 

         La réflexion profonde de la deuxième lecture fournit l'argumentaire théologique pour apprécier la mise en scène trop brève de l'évangile. Dieu nous inclut dans l’héritage du peuple saint en nous arrachant au pouvoir des ténèbres. Ainsi nous prenons place dans le royaume de son Fils bien-aimé. En lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

         Ce texte d’une grande profondeur consacre la différence, la distance qui séparent Jésus de l'humanité. Image du Dieu invisible, premier-né par rapport à toute créature, il est la source de vie d'où émergent et où convergent tous les éléments de la création. Puisque le Fils de Dieu se démarque autant de son milieu d'intervention, il peut vraiment lui apporter beaucoup.  Cette capacité immense provient de l'ampleur cosmique de son existence et de ses interventions. Il précède toute vie, et toute vie est orientée vers l'ultime contact avec lui.

         Pour vivre en croyants et en croyantes, nous devons contempler Jésus dans son action qui rayonne au-delà des limites du présent.  Le passé et l'avenir n'ont plus la même densité, grâce à lui. Ils sont garants de notre part d’héritage auprès de Dieu. Il s’agit d'une appartenance que rien ne peut remettre en cause dans le cœur de Dieu. Ainsi, sa miséricorde inépuisable devient la force stabilisatrice de notre univers. Quel paradoxe : la miséricorde s’avère la meilleure arme de notre Roi!

    Notre sang coule dans ses veines
    (2 Samuel 5, 1-3)

         Les thématiques de l’appartenance et de l’alliance sont évoquées dans un fragment de récit qui raconte le début du règne du roi David. Une prise de parole collective inaugure les quarante longues années de règne de David. Après quelques années de stage royal avec la tribu de Juda, le roi déploie son autorité sur l'ensemble du peuple de Dieu. Les tribus, puis les anciens se prononcent pour que David règne sur cette large entité.

         L’inauguration du règne de David est un événement majeur. Ce règne retentit jusqu’à nous. Il influence notre manière de nous représenter Dieu et son intervention dans le monde. Ce n’était pas le cas à l’origine. On s'est longtemps méfié de la royauté dans le peuple de Dieu. On craignait que le pouvoir royal ne porte ombrage à la visibilité de l'activité divine. Dieu avait promis d'intervenir au milieu de son peuple. Il fallait donc s'assurer que le roi laisse la grâce divine se manifester dans toute son ampleur. En aucun cas, ce roi ne devrait s'arroger une supériorité qui ne lui appartient pas. Connaissant la nature humaine, c'était vraiment tenter le sort…

         En reconnaissant David comme roi, les gens qui prennent la parole proposent deux éléments de discernement importants. On parle du sang de David, donc de son origine au sein de son peuple. On évoque aussi ses états de service, son implication dans la défense du peuple. Cette double référence continuera à jouer dans l'évangile, lorsque Jésus invitera dans son royaume, dans son paradis, le malfaiteur repenti...

         L'évangile prend ses distances avec la royauté davidique en soulignant les différences entre Jésus et les personnes qui l'entourent. Jésus appartient déjà à un univers « autre ». De plus, Jésus ne dépend nullement du jugement des gens qui l'entourent. Alors que David ne dit mot, Jésus domine le dialogue. Une autre différence s'établit entre la première lecture et l'évangile. La faiblesse du crucifié contraste avec les exploits militaires de David. Jésus ne sera pas apprécié comme roi pour les raisons qui ont conduit David à la gloire...

    Au-delà du Jubilé

         L’ouverture sur l’avenir est un fil conducteur des trois lectures principales de ce dimanche solennel. C’est un autre point d’arrimage avec ce dimanche de clôture annoncé par le pape François dans la Bulle d’indiction du Jubilé : « C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’Année jubilaire…  Nous confierons la vie de l’Église, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ, pour qu’il répande sa miséricorde telle la rosée du matin, pour une histoire féconde à construire moyennant l’engagement de tous au service de notre proche avenir… Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous. »  (Pape François, Misericordiae Vultus 5-6).

    5 Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 30, a. 4.
    6  Prière d’ouverture du XXVIème dimanche du Temps ordinaire. Cette prière apparaît dès le VIIIème siècle dans les textes eucologiques du Sacramentaire Gélasien 1198.

     Alain  Faucher, ptre

     Source : Le Feuillet biblique, no 2508. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • L’origine du mal et de la violence selon la Bible 2/3

     

    Le Jardin d'Eden et la chute de l'homme

    Le Jardin d'Eden et la chute de l'homme (photo : Wikipedia)
    peinture de Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens, vers 1615

     

    En Genèse 1 et 2, l’auteur biblique dresse deux grandes fresques dans lesquelles il explique l’origine du monde et la place de l’être humain dans ce monde. Il est créé à l’image de Dieu, dans une dualité première – homme et femme –, avec pour vocation de gérer la création. Placé dans le jardin d’Eden, tout s’annonce bien, dans un premier temps, mais Dieu rappelle à l’être qu’il est limité. Il reçoit tout à disposition, mais il est placé devant un interdit : il ne doit pas manger le fruit de l’arbre de la connaissance et du mal. Tout ce que Dieu a fait est bon. Je vous propose d’explorer le récit de la chute pour approfondir la question du mal et de la violence.

    Le péché originel ?

         L’homme et la femme vivent en totale harmonie dans ce jardin d’Eden, mais voilà que quelque chose va détruire cette situation.

    Or le serpent était la plus astucieuse de toutes les bêtes des champs que le SEIGNEUR Dieu avait faites. Il dit à la femme : « Vraiment! Dieu vous a dit : “Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin”… » La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir.” » Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. »

    La femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus. Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes.

    Or ils entendirent la voix du SEIGNEUR Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour. L’homme et la femme se cachèrent devant le SEIGNEUR Dieu au milieu des arbres du jardin. (Gn 3,1-8)

         Il est l’un des récits bibliques qui a suscité le plus de commentaires, dans l’univers chrétien, et de longues polémiques théologiques autour de ce que l’on appelle le « péché originel ». Beaucoup le considère comme une tare congénitale – si j’ose la comparaison – que chaque homme porte en lui à sa naissance et dont il ne peut être libéré que par l’eau du baptême. Augustin, évêque d’Hippône, développera largement cette doctrine dans ses écrits. Une vision très pessimiste de l’humain se développera dans le christianisme durant des siècles. Aujourd’hui, le ton a changé. On peut lire ce récit dans une autre perspective.

    La question de l’origine du mal

         Si tout était bon et magnifique dans la création de Dieu, d’où vient le monde de violence et de guerre dans lequel chaque homme se trouve pris très souvent dès le début de sa vie? C’est la question que chaque religion ou culture se pose d’une manière ou d’une autre. Le récit de Gn 3 offre une réponse. Repérons les différents moments de cette explication dans le texte proposé plus haut!

    L’avertissement

         D’abord vient le désir qui s’insinue dans le cœur de la femme comme un serpent et la place devant l’interdit divin : ne pas manger du fruit de la connaissance et du mal. Pourquoi cet interdit formulé davantage comme un avertissement? Exprimé dans la bouche du serpent, il devient défiance à l’égard de Dieu : « Le jour où vous en mangerez, vous ne mourrez pas, mais vous deviendrez comme des dieux… » Vous reconnaissez dans cette insinuation le rêve de la toute-puissance et l’envie irrémissible de défier une mise en garde divine qui semble vouloir priver l’être humain de toutes ses potentialités.

    Le désir du pouvoir

         « Être comme des dieux »… C’est le deuxième temps qui s’amorce, la perspective d’un pouvoir ou d’une puissance sans limites. Et si c’était possible!… laisser libre cours à mes désirs les plus fous… faire ce que je veux sans personne pour me dire ce que je dois faire… Le fruit semble tellement beau, bon, désirable… la perspective est grandiose… « La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. » (Gn 3,6)

    La malédiction de Dieu

    La malédiction de Dieu
    James Tissot, vers 1900
    gouache sur bois, 26,3 x 18,5 cm
    Jewish Museum, New York (photo : Wikipedia)

    La conscience de la nudité

         Que se passe-t-il ensuite? « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. » (Gn 3,7) En d’autres termes, dit le texte, l’homme et la femme prennent brusquement conscience de leur nudité, c’est-à-dire, de leur état de fragilité ou de vulnérabilité première. La défiance qu’ils ont montrée envers Dieu se transforme en défiance de l’un vis-à-vis de l’autre. Se découvrant vulnérables, ils se soustraient mutuellement au regard de l’autre en se revêtant de pagnes faits de feuilles de figuier. La peur et la défiance s’installent et lorsque Dieu vient les visiter, ils fuient, se cachent cherchant à se soustraire à son regard. L’autre, divin ou humain, devient une menace potentielle dont il faut se protéger.

    L’introduction de la violence

         La rupture de l’interdit détruit l’harmonie originelle et introduit la violence dans les rapports humains. Dès que Dieu les soupçonne d’avoir « mangé du fruit défendu » ou rompu l’interdit, la faute est rejetée sur l’autre : L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » … La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » (Gn 3,12-13) Conséquence du mauvais choix : la femme enfantera dans la peine et vivra soumise à son mari (3,16). La belle harmonie du couple est rompue. Quant à l’homme, c’est à la sueur de son front qu’il gagnera son pain jusqu’au jour où il retournera à la poussière dont il a été tiré (3,19).

    Le premier meurtre

         Tout ne s’arrête pas là. En cédant à son désir de s’approprier la toute-puissance de Dieu, le premier couple humain provoque une série de catastrophes qui s’enchaînent les unes aux autres depuis Genèse 4, avec le récit du premier meurtre – Caïn tuant son frère Abel – jusqu’au chapitre 11 qui raconte l’histoire de la tour de Babel et la confusion des langages pour que les humains vivent et grandissent dans la diversité. Une phrase résume la croissance et l’exaspération de la violence humaine, celle de Lamek : « Lamek dit à ses femmes : « Ada et Silla, entendez ma voix, épouses de Lamek, écoutez ma parole : Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois! » (Gn 4,23-24) Le récit biblique ajoute « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre ; il s’irrita en son cœur et il dit : Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés … car je me repens de les avoir faits. » (Gn 6,5-6) Mais Dieu finit par trouver une autre solution avec Noé. C’est le récit du Déluge. Après avoir purifié la terre de tout le mal qu’elle contenait, Dieu recrée les bases d’une humanité nouvelle – avec ses limites – celle que nous connaissons aujourd’hui. Voilà, en lignes très rapides, l’un des contenus des onze premiers chapitres de la Genèse. Ils suscitent une question inévitable dans un esprit moderne, celle qui va nous occuper maintenant.

    Ces récits des origines ont-ils encore un sens ?

         Il est inutile de chercher dans ces récits, des vérités ou des « faits historiques » dans le sens moderne de ces expressions. Les écrivains bibliques écrivent en utilisant le donné culturel de leur époque et du monde qui est le leur. On ne va pas le leur reprocher. Ils n’écrivent pas pour décrire des événements dont ils auraient eu une révélation spéciale, ils utilisent des récits connus en leur donnant une perspective nouvelle qui vise à répondre aux questions fondamentales que chacun se pose. D’où vient le monde? Quelle y est la place de l’humain? Pourquoi la mort? La question de l’origine et du pourquoi de la violence en fait partie. Faut-il l’attribuer à la divinité ou bien à un destin implacable qui conduit la vie de chacun? Pendant des siècles, tout ce qu’ils ne comprennent pas, les humains l’attribuent à une forme de divinité toute-puissante. Dans la situation de violence extrême que vit le peuple d’Israël en exil, après la chute de Jérusalem et la destruction de son temple, les scribes comprennent que la violence subie est aussi liée au comportement des acteurs de la vie sociale et politique, à tout ce que les prophètes précédents n’ont cessé de dénoncer :  l’idolâtrie et la corruption des dirigeants. L’envie désordonnée de la toute-puissance est la source et la cause de toutes les violences causées ou subies. L’harmonie possible entre les hommes est mise en péril, dès lors que ce désir anarchique du « tout-posséder » ou du « tout-dominer » s’installe entre eux. Les rapports de domination dictent les comportements humains et la peur s’installe dans le cœur de ceux et celles qui en sont victimes. Tel est bien l’un des messages essentiels que cherchent à transmettre les onze premiers chapitres de la Genèse.

         Cette analyse de la violence est-elle complètement dépassée? Lorsque l’homme entend se substituer à Dieu pour organiser sa vie et un monde sans lui, que se passe-t-il? L’histoire récente apporte une réponse tragique à cette question. Ce sont les dizaines de millions de morts du nazisme et du communisme. Aujourd’hui, les idéologies ne sont plus à la mode, mais la dictature de l’argent et du tout-économique – sans aucune considération pour l’être – sont en passe de produire des effets tout aussi dévastateurs. L’appel des prophètes, qui ne cessent de mettre en garde contre le culte des idoles en tout genre, garde son actualité. Pour la Bible, la sortie de la violence n’est possible que par un retour ou un recours au Dieu de l’alliance dont l’amour est indéfectible.

         Nous verrons, dans la prochaine étape, la réponse très particulière qu’apportent les évangiles à cette question.

    Roland Bugnon

    Suite du texte bientôt disponible


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  • L’Esprit Saint empêche l’annonce de la Parole!

    arrêt

    Étonnamment, dans un passage des Actes des Apôtres, l’Esprit empêche la Parole de se propager!

    Le Saint-Esprit les empêcha d’annoncer la parole de Dieu dans la province d’Asie, de sorte qu’ils traversèrent la Phrygie et la Galatie. Quand ils arrivèrent près de la Mysie, ils eurent l’intention d’aller en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Ils traversèrent alors la Mysie et se rendirent au port de Troas. (Actes 16,6-8)

         Les Actes des Apôtres racontent la propagation de l’Évangile en partant de Jérusalem à Rome. Paul est présenté comme un exemple de missionnaire dévoué à l’annonce du Christ. À ce moment du récit, Timothée et Silas voyagent avec lui. Or, le texte spécifie à deux reprisesque l’Esprit saint empêche le groupe d’aller dans une partie de l’Asie. Cette formulation nous étonne puisque dans notre conception, l’Esprit est vu comme une force qui participe à l’annonce de la Bonne Nouvelle. En effet, les personnages des Actes des Apôtres sont souvent envoyés d’une destination à l’autre à cause de l’Esprit. Par exemple, après le baptême de l’Éthiopien, Philippe est emporté par l’Esprit vers Azot pour continuer son travail missionnaire (Ac 8,39).

         Cependant, dans le texte cité plus haut, l’Esprit empêche le groupe d’aller en direction de l’Asie. Pourquoi? Le texte ne donne pas de réponse. Peut-être qu’il s’agit d’une impulsion intérieure? Peut-être qu’il y avait un danger ou que les circonstances n’étaient pas favorables? On ne le saura pas, mais pour cette fois, « le Saint-Esprit les empêcha d’annoncer la parole de Dieu ». La suite de l’histoire raconte la fondation de l’Église dans la région de Galatie. C’est à cette communauté que Paul écrira la lettre aux Galates.

         La lecture de ce court passage me donne un certain réconfort lorsque, comme bibliste, je ne réussis pas à annoncer la parole dans un certain milieu. Comme on dit en anglais : « Quand une porte se ferme, Dieu ouvre une fenêtre ». Peut-être que l’Esprit me pousse à regarder ailleurs?

    Sébastien Doane

    source www.iunterbible.org

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  • (en reprise, original 18 Décembre 2013

    À Noël, que fêtons-nous au juste?

    Noël

    Photo : Abakum, www.deviantart.com

    Noël, mot devenu synonyme de fête, congé, célébrations multiples, cadeaux, décorations chatoyantes et lumineuses, festins et ultimement, sur la pointe des pieds, fête religieuse dont on oublie de plus en plus le sens. Le même phénomène se reproduit pour Pâques! Et pourtant… sans christianisme, pas de Noël! Fête religieuse dès son origine. Car cette fête célébrant la naissance de Jésus de Nazareth a pris la place d’une autre fête religieuse à Rome, les Saturnales (dieu Saturne). Ces fêtes coïncidaient avec le solstice d’hiver et l’on en profitait pour célébrer le retour de la lumière, Sol Invictus, Soleil invaincu! Constantin faisant du christianisme la religion officielle de l’Empire, Libère, évêque de Rome remplaça dès 354 la fête de Sol Invictus par Noël où l’on célèbre dorénavant Jésus Christ, Lumière du monde et toujours vivant, donc invaincu.

    Les difficultés de l’interprétation littérale

         Les Pères de l’Église vont prendre au pied de la lettre les récits de naissance racontés par Matthieu et Luc en ignorant leur portée théologique aux dépens d’une interprétation historique littérale. À partir de ce moment, ces récits vont nourrir l’imaginaire chrétien, embellir, grossir la réalité et engendrer de multiples traditions. Ce qui donne bien des maux de tête aujourd’hui aux spécialistes du Nouveau Testament. Par exemple, comment expliquer la date de naissance de Jésus puisqu’en Matthieu, Jésus serait né entre l’an -7 et -4 av. J.C, date de la mort d’Hérode alors que chez Luc, il serait né en l’an 6 ap. J.C., date du recensement de Quirinus. Même l’astronomie s’en mêle : grâce à des logiciels perfectionnés, on sait qu’à l’époque, il y a eu une conjonction planétaire à deux reprises entre Jupiter, dite « planète des Rois », croisant une étoile très brillante nommée Régulus, « l’étoile des rois ». D’où le lien avec la naissance de Jésus, roi-messie né à cette époque : « De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre » (Nb 24,17). Selon cette conjonction planétaire, Jésus serait né au printemps, temps de l’agnelage, ce qui coïncide avec la présence des bergers la nuit chez Luc.

    Matthieu et Luc, deux récits différents

         Comment expliquer aussi les différences entre les deux récits de naissance? Ils se contredisent sans cesse. En Matthieu, le héros est Joseph et c’est lui qui a des manifestations angéliques à travers des songes. En Luc, c’est Marie qui a droit à la visite angélique et aux événements extraordinaires. Chez Matthieu, Jésus est en danger de mort dès sa naissance et chez Luc, celle-ci est annoncée à coups de clairon à Jérusalem sans qu’aucune crainte de quoi que ce soit se manifeste. Matthieu parle de mages, Luc de bergers. Et la naissance virginale de Jésus racontée en partie selon l’Ancien Testament pour expliquer certains choix de Dieu pour des missions spéciales et racontée aussi à partir des mythes de l’Antiquité où l’on retrouve plusieurs enfants nés de vierges-mères (Isis, Mithra et Bouddha). Tout cela a engendré de nombreuses traditions à travers les siècles qui ont enrichi ces événements de symboles. Avec Origène, les mages deviennent rois. Avec François d’Assise au XIIIe siècle, la crèche et ses personnages apparaissent et Jésus « Lumière du monde » devient le « petit Jésus » bébé fragile et sans défense. Le sapin, arbre vert, symbolise la vie en abondance, la bûche qui brûle symbolise « Jésus lumière » et la couronne tressée, l’éternité. Que dire des cadeaux qui voulaient rappeler Jésus, cadeau de Dieu au monde pour libérer l’humain de ses esclavages! Ils sont devenus une course au magasinage et aux dépenses folles.

    Un sens à redécouvrir

         Pour les chrétiens d’aujourd’hui, il y a eu déplacement de sens et perte de sens à cause d’interprétations enfantines des textes. Beaucoup ne savent plus quoi penser. Or, Noël sans référence à Jésus Christ ne fait plus sens. Noël, c’est la célébration de la venue de Jésus qui par ses enseignements, ses gestes et sa vie donnée par amour pour l’humanité a changé la face du monde! Sa façon de comprendre Dieu, ses histoires et ses gestes donnent du sens à tout vivant et sont une lumière pour guider toute personne de bonne volonté!

    Christiane Cloutier Dupuis

     source www.interbible.org

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  • Deux prophètes : un pompier et un pyromane

    Représentation traditionnelle de Jean-Baptiste avec sa peau de bête et son bâton croisé (Jacopo del Casentino).

    Représentation traditionnelle de Jean-Baptiste
    avec sa peau de bête et son bâton croisé (Jacopo del Casentino).

      Exhortation à la vigilance : Matthieu 3, 1-12

    Autres lectures : Isaïe 11, 1-10; Psaume 71(72); Romains 15, 4-9

     Enfant, j’ai vécu des catéchèses des années 80 qui présentaient Jésus comme l’ami de tout le monde. Nous avons une tendance en Église d’adoucir l’image de Jésus, à tel point qu’il risque de paraître mièvre ou tiède. Cette façon de le présenter est d’ailleurs difficile à concilier avec sa crucifixion. Si Jésus était si gentil et doux, pourquoi l’aurait-on exécuté? Le début de l’Évangile de Matthieu souligne pourtant que le ministère de Jean Baptiste était marqué par des propos dérangeants et même violents. Puis, il signale que le ministère de Jésus sera la poursuite de celui de Jean, mais qu’il sera encore plus intense. Alors que le baptême d’eau de Jean est décrit comme une façon d’éviter le jugement par le feu, celui de Jésus est associé au souffle qui embrase un feu éternel. Voici le portrait de deux figures prophétiques, un pompier et un pyromane, qui n’hésitent pas à déranger pour annoncer leur message.

    Le désert : contestation et rencontre de Dieu

         Le ministère de Jean se situe dans un lieu de contestation. Le désert était l’opposé des grandes villes comme Jérusalem qui étaient de plus en plus marquées par la culture gréco-romaine. Jérusalem avait son colisée, son théâtre, son gymnase. Ce sont les Romains qui mettent en place le gouverneur de la Judée et de la Galilée. Ils nommaient aussi le grand-prêtre. Les membres de la communauté de Qumran ont eu le même réflexe que Jean : aller au désert de Judée pour contester le système en place à Jérusalem. Dans la Bible, le désert porte aussi une symbolique importante. C’est le lieu de la rencontre de Dieu par Moïse et le peuple hébreux. Un Dieu qui les a libérés d’une structure d’oppression violente. Le désert est alors devenu un lieu de purification et de préparation pour entrer en Terre promise. En allant au désert, Jean revit l’histoire de la rencontre entre Dieu et son peuple.

    Se convertir pour le Royaume

         Le message prophétique de Jean est présenté comme une prédication en vue d’une conversion pour le Royaume. En grec, le mot pour conversion (metanoïa) implique un retournement, un changement de direction qui implique un changement dans la façon de vivre et d’agir. Jean ne conforte pas ceux qui l’écoutent. Il les met au défi de transformer leur vie de façon radicale. L’objectif est de se préparer pour un royaume différent de celui de l’Empire romain, un royaume des Cieux. La prédication de Jean porte un aspect eschatologique : comme ce nouveau royaume est tout proche, c’est maintenant le temps d’opérer un changement de vie.  

    Fils de…

         Jean n’hésite pas à insulter les pharisiens et les sadducéens. Il les traite « d’engeances de vipères ». Cette expression signifie que leurs parents étaient des serpents. C’est d’ailleurs encore une pratique commune dans notre culture d’insulter les parents d’un interlocuteur. Or, ici cette parole porte une réflexion plus importante que la simple injure. En effet, Jean remet en question un élément clé en Israël. L’alliance avec Dieu était perçue comme quelque chose de généalogique. Dieu a fait une promesse à Abraham, il a donné les Tables de la Loi à Moïse, il a promis un règne éternel à David… et comme fils et filles d’Abraham, les Judéens pensaient que Dieu était automatiquement avec eux. Eh bien! pour Jean, cette façon généalogique de voir la transmission de l’alliance divine ne fonctionne pas. Non seulement Dieu peut faire surgir un nouveau peuple (à partir de pierres), mais Jean annonce que Dieu est déjà en train de juger Israël par des images violentes : Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Ces arbres, ce sont symboliquement les sadducéens et pharisiens auxquels Jean s’adresse. Comme leurs fruits ne sont pas bons, ils seront coupés et brûlés! 

    Jeter de l’eau sur le feu

         En contraste avec l’image du feu qui brûle les arbres, Jean offre un baptême d’eau. Symboliquement, par le baptême de conversion qu’il propose, Jean offre une façon d’être sauvé à ceux qui étaient visés par la destruction par le feu. On pourrait dire que Jean devient une sorte de pompier du salut. Par son baptême d’eau, signifiant un changement radical de vie, il permet d’éviter le jugement de Dieu.

    Un vent pour nourrir le feu

         En contraste avec l’eau du baptême de Jean, celui de Jésus est qualifié de « baptême dans le souffle (esprit) saint et le feu ». Au lieu d’éteindre le feu, symboliquement le baptême de Jésus risque de le propager. Ce qu’on traduit habituellement par Esprit saint est littéralement en grec un souffle divin. Or, on sait bien que la meilleure façon de propager un feu est de souffler sur lui.
     
         L’opération par le vent et la pelle à vanner opère un tri. Le blé est séparé de la paille. Celle-ci sera brûlée par le feu particulier : un feu éternel. Le ministère prophétique de Jésus n’a pas encore commencé qu’il est présenté comme un facteur de purification par le feu. Comme le blé et la paille, les auditeurs de sa prédication seront séparés en deux groupes.

         Cette séparation en deux camps marquée par le feu éternel se retrouve à plusieurs reprises dans l’Évangile de Matthieu. En particulier, la fin du ministère de Jésus (chapitre 25) raconte le jugement de Dieu qui sépare toutes les nations en deux groupes. Le premier pourra accéder au Royaume, l’autre sera jeté dans le feu éternel. Ainsi, le ministère de Jésus en Matthieu est encadré par le jugement de Dieu et l’ardeur de la flamme éternelle. Heureusement, les critères sont simples à suivre pour éviter ce jugement : donner du pain à ceux qui ont faim, de l’eau à ceux qui ont soif, vêtir les personnes nues, visiter les malades et les prisonniers… bref s’occuper des personnes vulnérables puisque le Christ s’identifie avec eux.

         Loin de l’image rose bonbon qu’on donne parfois à Jésus, l’introduction au ministère de Jésus en Matthieu met tout de suite cartes sur table. Comme Jean, Jésus dérange par ses paroles et ses actions prophétiques. On lui attribue une prédication qui use d’images violentes qui peuvent choquer. Elles visent à transformer ceux et celles qui écoutent ce discours. Il en va de même pour les personnes qui lisent cet évangile. Les évangiles annoncent la bonne nouvelle pour provoquer un changement de vie radicale. Tout comme les pharisiens et sadducéens, nous sommes interpellés. Est-ce que l’on tient pour acquise l’alliance de Dieu? Si nos fruits ne sont pas bons, le jugement de Dieu est sans équivoque. N’hésitons pas à nous convertir, en changeant nos vies en vue du Royaume. Ce n’est plus à la mode d’utiliser la peur du feu éternel comme motivation de conversion. Loin de moi l’idée de revenir aux prédications simplistes qui étaient à la mode à l’époque de nos grands-parents. Cependant, à la suite de Jean et de Jésus, nous pouvons nous inspirer de cette image de feu et de vent. Il nous rappelle qu’il faut souffler sur les braises de la passion du Royaume pour enflammer notre monde.                                                                    

     Sébastien Doane, bibliste

     Source : Le Feuillet biblique, no 2510. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.interbible.org

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