• Le ressuscité est là sur nos rivages

    http://www.expo1.ch/bigpics/55-La%20peche%20miraculeuse-Geneve.GIF

    Le Seigneur ressuscité apparaît au bord de la mer de Tibériade : Jean 21,1-19
    Autres lectures : Actes 5, 27b-32.40b-41; Psaume 29(30); Apocalypse 5, 11-14

     

    La rencontre des disciples avec le Seigneur, sur le rivage, à l’aube, est un pur moment de grâce. La pêche et le repas sont des signes de la présence du  Ressuscité, de cette présence dont nous sommes comblés tous les dimanches. Pour Pierre surtout, c’est le moment décisif d’une profonde adhésion de foi et d’un acte d’amour intense. Désormais, il suivra le Seigneur jusqu’au don du martyre. Pourquoi, aujourd’hui, ne pas faire mémoire de nos moments d’engagement à la suite du Christ? Pourquoi ne pas entrer dans l’émerveillement et dans une louange à l’Agneau immolé avec les millions de vivants de tous les âges?

    Un récit riche en images et en symboles

         Le récit évangélique de ce dimanche pascal se caractérise par un grand nombre de réminiscences et de reprises, de contrastes et de symboles, et il surabonde de sens. Répertorions lieux, temps, action et personnages. On n’est plus à Jérusalem, mais bien en Galilée, près du lac où les disciples ont repris leur  activité habituelle, la pêche. Le temps! on passe de la nuit, où la pêche a été infructueuse, à l’aube, avec une pêche prodigieuse, surabondante : 153 poissons. Cette pêche miraculeuse en  rappelle une autre, racontée en Luc 5, 10, qui est signe de la mission de Jésus.

         Les disciples ne sont pas trois, comme à la transfiguration, mais sept, nombre qui évoque la perfection, la totalité et la présence, il va sans dire, de toute la communauté croyante. Quant au personnage principal, Jésus, il manifeste sa présence (vv. 1 et 14), invite à déjeuner (v. 12), entre en dialogue, exerce son action bienfaisante et salvifique.

         Le repas post-pascal, rappelle aux convives la multiplication des pains, le repas de la cène (13, 1-20), et rejoint également le repas pris avec les disciples d’Emmaüs dont les yeux et le cœur s’ouvrent au moment du partage du pain.

         N’oublions pas que ce qui est relaté ici superpose différentes expériences. Il s’agit, d’une part, d’un moment qui se déroule un certain temps après la résurrection; d’autre part, des décennies après, on se trouve à une époque où l’Église vit vraisemblablement des heures difficiles, peut-être un travail apostolique infructueux, qui rencontre revers et oppositions. Il s’agit également de nous, les disciples d’aujourd’hui.

    Des détails riches de sens

    • Après l’observation du disciple bien-aimé, Pierre passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui. Les commentateurs découvrent dans ce détail un rappel de Genèse  3, 7 où la nudité exprime la faiblesse et la pauvreté de l’homme pécheur, ou encore la misère humaine. Ce détail indiquerait que Pierre expulse sa honte et redécouvre sa dignité grâce à sa reconnaissance du Ressuscité.
    • Le matin rappelle l’aube de la résurrection.
    • 153 poissons! Ce chiffre 153 constitue la somme de tous les chiffres compris entre 1 et 17 et, selon les cogitations et les représentations graphiques d’initiés, ces chiffres renvoient à un triangle et évoquent la multitude et l‘universalité. La pêche fructueuse symbolise évidemment les largesses du Seigneur, ses dons, ainsi que le travail apostolique et missionnaire. Le filet non déchiré, évoque l’unité de l’Église naissante, composée de Judéo-chrétiens et de Gentils de différents pays, partageant une même foi. La barque où ont pris place les disciples renvoie à l’Église.
    • Le pain et le poisson sont deux symboles qui représentent le Christ dans l’Église primitive. Le poisson peut aussi évoquer les chrétiens nés, par le baptême, à la vie en Christ

    Reconnaître le Ressuscité

         Le disciple bien-aimé qui décode les signes est le premier à reconnaître le Ressuscité (v. 7). Au tombeau, il avait déjà saisi le mystère de Jésus vivant et, par sa foi clairvoyante et intense, il deviendra le modèle de la communauté croyante.  Mais, sur le chemin de la foi, de nombreuses expériences se croisent. Thomas est celui qui exprime son doute avec force mais, peu après, de façon fulgurante, il proclame sa foi dans un cri, repris par une multitude de croyants à travers les âges : Mon Seigneur et mon Dieu (20, 24-29). Marie de Magdala, fut prompte à reconnaître le Maître (20, 11-18). Quant à Pierre, son attachement, qui deviendra indéfectible un certain temps  après son triple reniement (18, 25-27), transparaît parfaitement lorsqu’il se lance à l’eau, sur l’ordre de Jésus.

    Vivre du Ressuscité
    par et dans la foi, l’amour et  l‘émerveillement

         Pour les sept disciples présents lors de cette troisième apparition du Ressuscité, ainsi que pour les autres, tout recommence après la résurrection. À la déception et au doute succède un nouvel élan.  Une grâce inattendue, imprévisible, réchauffe leur cœur et éclaire leur esprit. Sous l’inspiration de l’Esprit, l’acte de foi jaillit, ainsi que l’attachement, l’agapè. Jadis, face aux murmures de la foule et à l’éloignement de certains des disciples, Jésus avait demandé aux Douze : Et vous, n’avez-vous pas l’intention de partir? Pierre s’écrie : Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle (6, 68). Ici, sur le rivage, face au Ressuscité  qui offre le pain et le poisson, la question incisive et poignante de Jésus, reprise trois fois, laisse au renégat d’une nuit ténébreuse, la possibilité d‘exprimer son attachement avec vigueur, un attachement plus vrai, plus solide et plus humble : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci (vv. 14.16.17)? Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime.

         Dans cette question, Jésus ne fait pas de reproches à Pierre; il l’aime et suscite chez lui un engagement définitif en l’établissant guide de ses frères et sœurs dans la foi. Il invite Pierre à être comme lui le bon pasteur de l’Église. La suite du Christ le conduira à supporter souffrances et humiliations (vv. 18-19), à donner sa vie jusqu‘au bout. C’est dire à quel point le service d’autorité confié à l’apôtre Pierre est lié d’une façon définitive à l’attachement qu’il porte au Christ. Au fil des années, l’apôtre découvrira jusqu’où l’amour et la présence du Ressuscité le gardent fidèle à sa mission.

    La joie s’exprime en louange
    (Apocalypse de saint Jean 5, 11-14)

         Dans un moment d’extase, dans un élan mystique, Jean voit le rassemblement de centaines de millions de vivants chantant l’amour de Dieu, créateur du cosmos et des humains (4, 1-11), et l’immense dignité de l’Agneau immolé. Cette louange de gloire, enthousiaste et vivante, met l’accent sur l’unité de l’infinie profondeur et de l’insondable mystère de la mort et de la résurrection de Jésus.

     

    Julienne Côté, CND

     Julienne Côté

    Source: Le Feuillet biblique, no 2226. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • Halte-là!

    Le Seigneur dit : Ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus au passé. voici que je fais un monde nouveau : Il germe déjà, ne le voyez-vous pas? (Isaïe 43, 18-19).


    Voici un fait vécu par un dominicain, le Père Brian Pierce.

      (image source:http://sentinelles-et-prophetes.over-blog.com)

      lapidation2.jpg Il y a plusieurs années, je célébrais l'Eucharistie dans une maison qui accueillait des personnes atteintes du sida. Au moment de la communion, plusieurs des patients se placèrent en ligne pour recevoir le Corps du Christ. Mais voici qu'une responsable de la maison se précipita et fit sortir un jeune homme de la file en le tirant par le bras. J'étais sidéré! Plutôt que d'interrompre la communion, j'attendis après la célébration pour parler à cette personne. Quand je m'informai au sujet de l'incident, elle répondit comme si ça allait de soi : « Il n'est pas prêt pour communier ». C'était tout. Elle parlait comme si elle avait pu voir au plus profond de l'âme de cet homme et juger de sa capacité à recevoir l'amour inconditionnel de Dieu. Je restai là, incapable de dire un seul mot. Bien des jours après, je revoyais souvent le visage de cet homme qui criait silencieusement : « Je suis perdu et épuisé. Je veux rentrer à la maison! »

     

    LIEN: Avec les meilleures intentions du monde, nous tentons de limiter l'amour inconditionnel de Dieu : qui est digne et qui ne l'est pas; qui est correct et qui doit être condamné, comme les scribes et les pharisiens à l'égard de « la femme adultère ». (Mais où donc était passé « l'homme adultère »?)

         « Aujourd'hui le message est clair. Ne laissez pas le péché vous absorber. Non. Pas le vôtre. Celui des autres. Le fait est que nous avons beaucoup à nous occuper avec les nôtres. Bien sûr l'Évangile d'aujourd'hui dit que nous aussi, nous avons péché. Nous le savons déjà trop bien au fond de notre cœur. Mais ce qui nous est dit réellement aujourd'hui, c'est peut-être ceci : si le monde va mal, ce n'est pas le fait des autres. Ce qui manque, c'est la qualité d'amour et d'écoute nécessaire pour que le monde soit relancé en une existence sainte, saine et heureuse. Cela, aucune dose de force et de peur ne pourra jamais l'accomplir » (Soeur Joan Chittister, Go Ahead! Throw the First Stone).

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  • Génial!


    Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres (Jean 13, 35).

        
    http://ekladata.com/oa375Ywrol1F7hw7iQIDbmLXfts.jpg     Un enfant surdoué était tellement envahi dans ses pensées qu'il s'était un peu déconnecté de la réalité. Arrive un jour la fête des Mères. Pour lui cette fête n'est qu'un prétexte commercial pour acheter des cartes, des fleurs, des articles de cuisine, et je ne sais quoi encore! Mais comme il a appris que sans ses géniteurs il ne serait pas là il décide d'offrir à sa mère un cadeau très original. Il demande à sa mère de lui démontrer avec le plus de rigueur possible, les raisons pour lesquelles le lien entre lui (l'enfant surdoué) et sa génitrice (sa mère!), comporte une dimension qui mérite de s'y attarder.

     

         La mère un peu peinée, s'avança vers son fils. Les yeux un peu mouillés, elle le serra dans ses bras et l'embrassa sur le front en disant: Mon gars... je t'aime! L'enfant surdoué, tout ébranlé par ces propos se leva en pleurant en disant : Maman!

    LIEN: L'enfant surdoué refusait en quelque sorte l'amour de sa mère. Il refusait même de reconnaître en cette femme, sa mère. Bien qu'elle en soit triste, la mère n'a pas forcé son fils à l'aimer. Son enfant a découvert, sans discours ou démonstration scientifique, que lui aussi aimait sa mère, peut-être même un peu comme elle.

     

         Dieu ne nous impose pas son amour. Mais son amour est toujours là. Lorsque nous nous aimons, même imparfaitement, nous offrons la possibilité à notre entourage de découvrir Dieu. Pas besoin de faire de grands discours. L'amour entre nous suffit.

     

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  • Le surplus de l'espoir

    «Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? » (Luc 24, 5).


    http://mandatsti.com/images/Reseau%20de%20Contacts.jpg     Michel qui revient d'Amérique Latine me parlait récemment des communautés de chrétiens qu'il a rencontrées partout, dans les banlieues misérables des villes, dans le dénuement des villages de campagne. On dit qu'il y a environ 60 000 de ces « communautés de base » dans le sous-continent. Peu importe la précision relative de l'évaluation. Ces hommes et ces femmes se rassemblent. Pour partager la pauvreté ou la misère. Pour nourrir les enfants. Pour lutter contre l'alcoolisme. Pour apprendre à lire. Pour équiper un centre de soins. Pour protester contre les arrestations arbitraires, contre l'expropriation brutale des terres. Ils se rassemblent aussi pour prier, pour préparer un baptême, pour célébrer une fête. Mon ami me disait la joie de tous ces pauvres.

     

    Jusque dans les situations qui semblent sans issue, ils cherchent et s'efforcent de créer le monde nouveau annoncé par Jésus; celui de la justice, de la paix, de l'amour. Ces hommes et ces femmes sont souvent le jouet de la spéculation financière internationale et des bouleversements économiques planétaires, et ils ne renoncent pas, alors même que l'avenir semble implacablement bouché. Je pense au mot du philosophe et théologien Ricoeur à propos de la foi des chrétiens : « Nous sommes dépositaires du surplus de l'espoir ... »

     

    LIEN: Ce penseur faisait cette déclaration dans un congrès international, au Canada, il y a douze ans. Il reconnaissait que d'autres hommes, qui ne sont pas chrétiens, exercent aussi la poussée de l'espoir à l'encontre des pesanteurs inhumaines de l'histoire. Mais il faisait remarquer que les chrétiens ont des raisons particulières d'être ce levain et ce ferment. Car ils affirment que Jésus mort et enseveli est ressuscité: ils attestent « le surplus du sens sur le non-sens ». La vie est plus forte que la mort ... Le théologien concluait : « Le chrétien, c'est l'adversaire de l'absur-de, le prophète du sens. » (G. Bessière, Journal étonné, pp. 90-91).

    Je ne mourrai jamais

         Des enfants demandaient au professeur ce que c'était que de mourir. Le professeur leur dit que mourir c'était comme s'endormir sans se réveiller.

         Alors un des enfants dit : « Moi je ne mourrai jamais car c'est ma mère qui me réveille tous les matins. » (J. Monbourquette, Mourir en vie).

     

    LIEN: Parole d'enfant naïve peut-être, mais qui étonne par sa confiance sans faille. Elle peut très bien se transposer au réveil qu'entraîne la résurrection de Jésus. Être éveillé, chaque jour de notre vie et à l'heure de notre mort par le cœur maternel de Dieu qui s'exprime en Jésus ressuscité, c'est traverser avec lui les morts de la vie et la nuit de notre mort. Réalité à la fois vibrante et « intouchable »approchée pour la première fois par Marie.

     

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  • Une Parole toujours vivante

    http://www.partenia.org/images/200802/Jesus-et-disciples.jpgAdieu et paroles d'encouragement: Jean 14, 23-29
    Autres lectures : Actes 15,1-2.22-29; Psaume 66(67); Apocalypse 21,10-14.22-23

    Avant son arrestation et sa mise à mort, Jésus prépare ses disciples à vivre sans lui. Sans doute l’homme de Nazareth a-t-il glissé quelques mots d’encouragement et de mise en garde à ses douze compagnons, entrecoupés de ses propres inquiétudes, voyant d’après la tournure des événements survenus à Jérusalem qu’il ne survivrait pas à la confrontation avec les autorités. Néanmoins, les récits d’adieux dans le quatrième évangile sont tellement longs, sereins et élaborés, qu’ils témoignent d’un approfondissement des événements après coup. Au lieu d’être le procès verbal des dernières volontés du Christ, les versets concernés nous permettent de voir comment les premières communautés chrétiennes ont apprivoisé l’absence de leur Seigneur et le sens qu’elles y ont découvert.

    Fidélité à la Parole de Jésus

         Bien évidemment, les disciples aiment leur maître et ils souffrent de son départ inopiné. Endeuillés, ils peinent à voir comment vivre cet amour au-delà de la mort. Une voie s’ouvre alors devant eux : demeurer fidèles à l’enseignement de celui qu’on a crucifié, malgré tout. Rester fidèles à la parole du maître, c’est certainement la meilleure preuve d’amour des disciples.             
                                                
         Se remémorer les enseignements de Jésus, méditer dans leur cœur les paroles du Christ, tâcher de s’y conformer tout au long de leurs vies, voilà comment les disciples tentent d’aimer Jésus et de lui rester fidèles, en dépit de son absence. Or, les paroles du Christ viennent ultimement de Dieu, puisque c’est Dieu qui nous l’a envoyé. En demeurant fidèles à la parole du Fils, les disciples manifestent aussi leur amour au Père qui l’a envoyé.

         Cet exercice de fidélité n’est pas vain, loin de là. Les disciples vont se sentir « habités » par le Père et par le Fils. Eux qui seront « demeurés » fidèles à la Parole, deviendront la « demeure » de celle-ci dans le monde. Leur témoignage ne sera pas seulement basé sur leurs dires, mais bel et bien sur la Parole du Seigneur demeurant en eux. De même que la parole du Fils ne venait pas de lui, mais du Père qui l’avait envoyé, ainsi la parole des disciples ne vient plus d’eux, mais du Père et du Fils qui demeurent en eux. Si les disciples pouvaient se sentir petits et inaptes à la tâche, ils sont fortifiés et rassurés par la présence de l’Esprit Saint, que le Père leur envoie au nom du Fils.

    La promesse de l'Esprit

         Ainsi, les disciples ne sont plus vraiment seuls ou abandonnés. Malgré le départ de Jésus, ils sentent qu’ils ont un puissant Défenseur auprès d’eux. Ils ne sont plus bouleversés ou effrayés, ils sont réconfortés par la paix du Christ qui les envahit à présent, une paix à l’épreuve de toutes les difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans le monde. Jésus est parti, certes; mais il revient à eux autrement. Jésus n’est plus là pour tout décider à leur place; mais sa parole les inspire de l’intérieur dans toutes leurs prises de décision.

         Désormais, les disciples peuvent se souvenir des paroles du maître disparu et apprendre davantage que de son vivant, car son Esprit les habite et les guide, dans la joie!

    L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé... (Actes 15, 28)

         Les disciples ont eu à prendre des décisions au sujet de problèmes que Jésus n’avait pas prévu de son vivant. Lorsque des païens ont adhéré en grand nombre à la foi chrétienne, certains chrétiens d’origine juive ont prétendu qu’il leur fallait devenir d’abord des bons juifs. Selon eux, pour faire partie de la « nouvelle » alliance, il fallait bien commencer par l’ancienne! Jésus et les Douze n’avaient-ils pas été des juifs circoncis? Puisque la circoncision était le rite d’entrée dans l’ancienne alliance avec Dieu, certains étaient donc d’avis qu’il fallait circoncire avant de baptiser.

         D’autres chrétiens, comme Paul de Tarse, étaient d’avis que la nouvelle alliance rendait caduques les prescriptions de la première, de sorte que, circoncis ou pas, tous pouvaient aspirer au baptême en Jésus Christ.

         Comment parvenir à prendre la bonne décision, maintenant que Jésus n’était plus là pour les guider? Les apôtres se sont concertés. Ils se sont réunis et ils ont entendu les arguments des uns et des autres. Ils ont prié et ils ont discerné la volonté de Dieu à même les fruits portés par les gens. Les chrétiens d’origine païenne n’étaient pas moins croyants ou fidèles juste parce qu’ils n’avaient pas appartenu à la première alliance. Si l’Esprit de Jésus se manifestait aussi bien chez eux que chez les chrétiens d’origine juive, pourquoi les surcharger du poids des traditions juives? Les Douze décident donc de ne pas imposer la circoncision aux païens, mais ils demandent à ces derniers de respecter les tabous de leurs frères et sœurs juifs. Et cette décision, ils la croient inspirée du Saint Esprit. C’est pourquoi ils disent : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé…

    La Cité de Dieu

         La muraille de la cité reposait sur douze fondations portant les noms des douze Apôtres de l’Agneau (Apocalypse 21,14). Jean de Patmos voit une nouvelle Jérusalem qui descend du ciel. Cette cité idéale est éclairée par la lumière du Christ, mort et ressuscité : l’Agneau égorgé et vivant. Or, même si elle descend du ciel, la cité possède douze fondations portant le nom des douze apôtres. Elle compte également douze portes d’après les noms des douze tribus d’Israël.

         La vision nous montre la double origine de l’Église du Christ : à la fois don de Dieu qui descend du ciel… et construction humaine, fondée sur le témoignage des douze apôtres, eux-mêmes des juifs héritiers des douze tribus d’Israël. Impossible d’avoir une Église idéale, toute pure, impeccable, céleste. Elle est enracinée dans la réalité, les traditions et les limites des hommes qui l’ont façonnée. Ce serait tout aussi faux de s’imaginer qu’elle n’est qu’une invention humaine, contraire aux vues de Dieu. Elle ne pourrait pas alors descendre du ciel dans la vision de Jean.

         C’est inspiré par l’Esprit de Dieu que les apôtres ont bâti l’Église. C’est parce qu’ils ont cherché à demeurer fidèles aux paroles du Christ qu’ils ont pu accueillir l’Esprit que le Père leur envoyait à l’heure même où le Fils leur était enlevé. Les apôtres ont dû faire preuve de courage, de détermination, mais aussi de discernement. Ils ont été fortifiés et guidés par l’Esprit, mais l’Esprit n’a pas tout fait à leur place. Ils ont fait confiance à Dieu, mais Dieu aussi leur a fait confiance. Et nous, à qui ferons-nous confiance?

     

    Rodolfo Felices Luna, bibliste

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2229. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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  • Toute autorité vient-elle de Dieu?

    QuestionToute autorité vient-elle de Dieu? (Moïse, Cameroun)

    Réponse« Car il n'y a pas d'autorité sinon de Dieu », telle est la traduction de Romains 13,1, un passage qui sert souvent de tremplin de justification à n'importe quel type d'autorité tant dans le domaine politique que dans les Églises. Ce passage de la lettre aux Romains a été rendu de plusieurs manières dans nos versions modernes de la Bible. Quoi qu'il en soit, toutes les versions susmentionnées font allusion à l'origine divine de l'autorité. Comment comprendre ce passage? Nous nous proposons de l'interpréter en tenant compte des contextes littéraire et historique de la lettre aux Romains.

    Le contexte littéraire de Romains 13

         Un texte extrait de son contexte devient un prétexte. Ainsi, l'expression « toute autorité vient de Dieu », en dehors de son contexte littéraire, peut bien servir de prétexte pour asseoir toutes les formes d'autorité, même les plus oppressives. Il convient donc de préciser le contexte littéraire de cette expression en vue d'éviter une interprétation littérale ou tendancieuse de ce passage.

         Romains 13,1 appartient à la seconde partie de la lettre, qui commence à partir du chapitre 12. Cette partie, caractérisée par une série d'exhortations, est dite partie pastorale de la lettre. Après les spéculations théologiques des onze premiers chapitres, dominés par les thèmes de la justification et la foi (1–4), la Loi mosaïque (5–8) et l'élection d’Israël (9–11), l'Apôtre inaugure la partie pastorale par un ton tout à fait particulier : « Je vous exhorte donc… » (cf. Rm 12,1). À la différence de la première partie (Rm 1–11) qui énonce des vérités fondamentales sur la doctrine chrétienne, la partie pastorale (Rm 12–16) est composée d'exhortations pratiques qui ne se justifient que par rapport aux circonstances concrètes vécues par la communauté à laquelle l'Apôtre destine sa lettre. Par conséquent, l'exhortation « soyez soumis aux autorités » (cf. Rm 13,1), comme toutes les exhortations à caractère pastoral, devrait être interprétée tout en tenant compte de besoins de la communauté à laquelle elle est adressée. D'où la nécessité de dire un mot sur le contexte historique présupposé par l'expression « toute autorité vient de Dieu ».

    Le contexte historique de la lettre aux Romains

         Le passage qui fait objet de notre réflexion (Rm 13,1) correspond certainement à une situation historique donnée. Quel est donc ce contexte historique? La présence des chrétiens à Rome remonte à l'époque de Caligula qui fut Empereur de l'an 37 à 41 ap. J. C. Quant à savoir comment l'autorité romaine se comportait vis-à-vis des chrétiens, rappelons que l'Empereur Claude, qui a régné de l’an 41 à 54 ap. J. C., avait chassé les missionnaires judéo-chrétiens de Rome vers l'an 48 ap. J. C. (cf. Ac 18,2). L'on sait aussi que plus tard, à l'époque de Néron, les chrétiens seront victimes d'une répression sanglante qui fera beaucoup de martyrs dans l'Église, dont les Apôtres Pierre et Paul. Après l’incendie de la ville de Rome, imputée injustement aux chrétiens, la haine populaire contre les disciples du Christ finira par contraindre ceux-ci à élire domicile dans les catacombes en vue d’échapper à la cruauté de l'Empereur.

         Bref, les relations entre l'autorité impériale et les chrétiens de Rome avaient connu des moments on ne peut plus désagréables. Toutefois, en dehors de ces faits cruels orchestrés par l'autorité romaine à l'endroit des chrétiens, il y a lieu de signaler que quand Paul écrivait aux Romains, vers l'an 56 de notre ère, l'autorité romaine était moins totalitaire qu'on ne le croirait. En effet, selon certains historiens, à partir de l'an 54 jusqu’à 62, grâce à la présence du Philosophe Sénèque dans la Cour de Néron, l'administration impériale s'était montrée suffisamment bienveillante à l'égard des populations. C'est ainsi que protestant contre les fausses accusations portées contre lui par les notables juifs à Césarée, Paul, confiant à l'autorité impériale, n'hésitera pas à solliciter le recours au tribunal de César (cf. Ac 25,1-12). C'est que l'Apôtre ne doutait pas de l'impartialité de la justice impériale. C'est à ce type d'autorité que Paul pense au moment où il enjoint aux chrétiens de Rome de se soumettre aux autorités : une autorité au service du bien et de la justice dans la société.

         Il convient donc de ne pas appliquer l'expression « Toute autorité vient de Dieu » à nos dictatures modernes ni à n'importe quel pouvoir oppressif dans l'Église ou dans la Société civile. En tout cas, quand Paul écrivait aux Romains, il ne pensait certainement pas à nos systèmes. En dernier ressort, l'expression « toute autorité vient de Dieu », liée aux circonstances historiques précises, ne saurait servir de règle de référence pour n'importe quel type d'autorité.

    De quelle autorité Paul parle-t-il?

         En demeurant attentif au contexte littéraire de Romains 13, on se rend bien compte que l'Apôtre énumère, entre les lignes, les caractéristiques principales d'une autorité qui peut se réclamer d'origine divine:

    En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité? Fais le bien et tu recevras des éloges ; car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal ; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive : elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. (Rm 13,3-4)

         Partant de ces versets, dégageons les caractéristiques de l'autorité à laquelle l'Apôtre fait allusion. Une autorité qui vient de Dieu doit garantir de l'ordre public : « Les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal » (Rm 13,3). Comme le suggère ce verset, l'autorité qui vient de Dieu ne laisse pas impunis les récalcitrants. Veiller à sanctionner les désobéissants, c'est, en d'autres termes, se montrer garant de l'ordre public et de la sécurité des biens et des personnes. En revanche, une autorité qui brille par l'impunité, le laisser-aller, une autorité qui favorise le libertinage et qui n'est pas capable d'assurer la sécurité au sein de la société, ne peut venir de Dieu. Une autorité qui vient de Dieu doit être au service du bien de la société : « Elle (autorité) est un instrument de Dieu pour te conduire au bien » (Rm 13,4a). C'est donc une autorité qui encourage les citoyens à poser des actes susceptibles de rendre la vie agréable dans la communauté.

         Quand Paul écrivait aux Romains, il ne pensait certainement pas à nos systèmes politiques actuels, il avait comme cadre de référence le pouvoir impérial romain des années 54 de notre ère.

    Roger Wawa

     

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  • Justice ou miséricorde? Pardon ou punition?

    Q Comment concilier la justice de Dieu et le jugement dernier? On dit que Dieu est miséricordieux, mais qu'il est juste. Dieu nous pardonne, mais nous punit-il? (Young-Mi Lee)

    R Ma première réaction à cette question est un certain embarras. Pour les mots « justice », « juste », « jugement », la Concordance de la TOB évoque plus de 800 utilisations et je n’y ajoute pas les mots qui s’y rattachent, comme « justifier » « juge », « juger ». De plus, le même mot français « justice » est utilisé pour traduire onze expressions hébraïques. La réponse à la question posée doit être nuancée.

    discrimination-positive

    Justice de Dieu

         Pour entrer dans la question, commençons par découvrir l’une ou l’autre citation biblique. Prenons par exemple l’appel d’Isaïe aux chefs de son peuple (Is 1,10-20). Par la bouche du prophète, Dieu dit son horreur d’un culte sans miséricorde ni justice. Aux versets 16 et 17 retentit l’appel suivant : 16 Lavez-vous, purifiez-vous. Ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Au verset 17 est précisé le désir de Dieu : Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, mettez au pas l’exacteur, faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve.

         L’invitation à rechercher la justice est faite, par tous les prophètes de la Bible. Elle trouve sa réponse dans un choix de vie qui refuse la corruption, l’exploitation ou l’oubli du plus pauvre, de l’exclu, de l’exploité. Jésus reprendra à son compte l’appel des prophètes. Par deux fois, il cite un verset d’Osée (6,6) pour justifier son accueil des pécheurs : C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices. Dans le sermon sur la montagne (Mt 6,33), Il conclut un enseignement à ses amis par ces mots : Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela – nourriture et vêtement – vous sera donné par surcroît.

         Les Psaumes utilisent souvent le mot « justice ». Par exemple : Ps 4,2 Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice ; Ps 5,9 : Seigneur, guide-moi dans ta justice. Cette prière du psalmiste exprime une grande confiance. Le Dieu vers lequel il se tourne, est un Dieu sauveur sur lequel il peut compter parce qu’il est toujours fidèle et son agir est droit ou juste. Le Psalmiste sait qu’il peut, de toute la force de sa foi, mettre en Dieu sa confiance, même s’il ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui. Dieu est pour lui son garant, son défenseur et son sauveur.

         On voit, à travers ces exemples que la justice et la miséricorde de Dieu sont intimement liées. C’est parce que Dieu est juste qu’il ne dévie pas de son chemin et que l’on peut se fier à sa parole et sa proposition d’amour ou d’alliance avec nous.

    Justice divine et jugement

         Vue sous cet angle, « la Justice de Dieu » n’a rien à voir avec l’institution judiciaire – qui libère l’innocent et condamne le méchant – que les hommes exercent plus ou moins bien. Pour la Bible, la Justice est d’abord l’une des qualités de Dieu qui s’identifie souvent à son amour et sa tendresse. Ainsi s’exprime le psalmiste (Ps 85) : Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent; Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice. La Justice de Dieu est le point d’ancrage sur lequel le croyant peut s’accrocher. En elle, le juste persécuté, le pauvre humilié, l’esclave ou l’exilé soumis à la domination étrangère peuvent espérer. Voir Jérémie 50,7 : Le domaine de la Justice et l’espoir de leurs pères, c’est le Seigneur.

         Cette dernière citation établit un lien entre justice et jugement. C’est parce qu’il croit en la justice divine, que le juste peut s’en remettre au jugement de Dieu qui le rétablira dans son droit et ne l’abandonnera pas dans sa détresse. Sur la croix, Jésus utilise les mots du psalmiste (Ps 22), pour dire son abandon : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Mais son dernier acte est de s’en remettre à la Justice ou à l’Amour de son Père : Lc 23, 46 : Père, entre tes mains, je remets mon esprit.

         J’ai bien conscience qu’il reste un point à éclairer. Si Dieu est juste, ne doit-il pas trancher entre le bon et le méchant, entre le juste et l’injuste? Cette attente traverse l’ensemble des textes prophétiques qui annoncent ou réclament le jugement de Dieu, tellement la corruption, la violence et l’idolâtrie sont grandes – à certaines époques – au sein du peuple d’Israël. Les prophètes annoncent également le jugement divin contre les puissances étrangères qui oppriment Israël. La violence de certains oracles prophétiques peut offusquer nos sensibilités occidentales de gens bien installés. Elle exprime en fait l’espérance d’un peuple trop souvent écrasé par les « grandes puissances » de l’Antiquité.

         Par ailleurs, je reconnais que l’Eglise a souvent privilégié le langage de la peur de l’enfer à celui de l’amour divin, pour tenter d’influencer les comportements. Les peintures et sculptures du Jugement dernier abondent dans les églises anciennes. Elles sont représentatives de l’idée que l’on se faisait du jugement divin.

    Dieu punit-il ?

         L’idée de punition est-elle compatible avec la révélation de son amour infini? Telle est la question. La parabole de l’ivraie (Mt 13,24-30) offre une première piste. Dans le champ du maître, l’ivraie ou de la mauvaise herbe ont poussé en même temps que le bon grain. La séparation entre l’ivraie et le bon grain est laissée à Dieu, à l’heure de la moisson. Un deuxième texte – Le Jugement dernier (Mt 25,31-46 parle de la rencontre finale en terme de jugement. Le rédacteur ne se prive pas du langage de l’époque en utilisant les termes de châtiment ou feu éternel, un lieu de pleurs et de grincements de dents. Comment comprendre le Jugement divin?

         Le seul critère de jugement, choisi par Jésus, est l’amour manifesté à l’autre! La seule question : as-tu montré de l’amour pour les plus faibles et les plus petits d’entre mes frères? Il n’est pas question de particularisme ethnique ou religieux. Ce type de jugement peut accueillir beaucoup de monde. Le cœur de Dieu est ouvert à toute personne qui vit concrètement l’amour de l’autre.

         Mais qu’en est-il de celui dont le cœur est cadenassé sur lui-même, fermé à toute idée de partage et de justice? Jésus nous met en garde. En se fermant à l’autre, aux plus petits d’entre ses frères, c’est à Dieu également que l’homme se ferme. Ce faisant, il se prive de la Source d’Eau Vive et choisit un chemin de mort. Dieu n’a pas besoin de punir; l’homme est très capable, en suivant son orgueil démesuré, de le faire lui-même. Dieu ne peut forcer personne à accueillir son amour source de vie.

         Qu’en sera-t-il en réalité? À vrai dire, je n’en sais rien! En ce qui me concerne, je préfère m’en remettre entièrement à la miséricorde infinie de Dieu et j’essaie, à mon niveau personnel de « pratiquer la justice » (voir Ps 15,1-2a). C’est là l’essentiel.

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    Roland bugnon


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  • Le peuple élu

    http://www.michelledastier.org/images/messianisme%20isra%C3%ABl/etoile-david-menorah.jpgQuestionPourquoi Dieu a-t-il choisi le peuple d'Israël comme son peuple élu? Il aurait très bien pu choisir un autre peuple... (Maria)

    RéponseComment répondre à cette question? Il y a dans nos vies tellement de « pourquoi » qui demeurent sans réponse précise. Pourquoi telle ou telle chose m’est-elle arrivée à moi et pas à tel autre? Pourquoi la vie ou pourquoi la mort? Pourquoi suis-je un homme et pas une femme? Pourquoi suis-je né dans un pays riche et pas dans un ghetto noir d’Afrique du Sud?... Chacun peut multiplier les « pourquoi ».
    (image http://www.michelledastier.org)

      Le point de départ : l’appel d’Abraham

         

    Ceci dit, reprenons la question! Disons tout de suite que c’est Dieu, créateur et source de toute vie, qui appelle un homme. Tout commence, dans la Bible (Gn 12), avec l’appel d’Abram ou Abraham à qui Dieu dit (Gn 12,1-3) : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom; sois une bénédiction! Je bénirai ceux qui te béniront, je réprouverai ceux qui te maudiront. Par toi se béniront tous les clans de la terre. » (BJ) Au point de départ de toute l’histoire du peuple d’Israël, il y a un homme particulier qui entend une parole, au plus profond de lui-même, qui l’invite à tout quitter pour entreprendre un long voyage vers un hypothétique pays dont il ne sait rien. C’est le début d’une longue histoire dont l’unique ressort est la foi qui conduit Abraham à connaître peu à peu le Dieu qui l’appelle et faire alliance avec lui. Pour le rabbin juif qui met en forme cette histoire et l’insère dans la Thora, comme pour Paul le chrétien converti, dans la lettre aux Romains (Rm 4), Abraham est le père des croyants, le type d’homme qui avance et agit par la foi. Ce ne sont pas des qualités humaines ou ethniques particulières qui lui valurent d’être le lointain ancêtre du peuple d’Israël, mais sa sensibilité à l’appel qu’il ressent et la qualité de sa réponse.

         À ce niveau-là, je ne peux m’empêcher de penser au rôle qu’ont joué, dans l’histoire, une multitude d’hommes et de femmes qui ont été attentifs aux « signes de l’Esprit en eux » et qui ont donné à l’humanité des trésors de connaissance et de sagesse. Nous sommes tous tributaires aujourd’hui de ceux et celles qui nous ont précédés et qui ont permis à l’humanité de faire de grandes avancées en de multiples domaines. Nous sommes, en tant qu’occidentaux, les héritiers de l’Égypte ancienne, de la Grèce et la Rome antiques, ainsi que du judaïsme et du christianisme, sans compter toutes les influences multiples et diverses qui s’ajouteront au fil des siècles. Tel est l’héritage que nous avons à assumer.

    Le sens de l’expression « peuple élu »

         Je crois deviner la raison de la question. L’expression « peuple élu » peut prêter à confusion. Notons d’abord que chaque fois qu’un peuple se prend pour un peuple élu – comme ce fut le cas en Allemagne, sous Hitler – on aboutit à des catastrophes et à la barbarie. Il n’y a pas de « peuples de seigneurs ». Ajoutons également que l’élection, par Dieu, du peuple d’Israël n’est pas une élection de type « miss univers » qui donne droit à toutes sortes d’avantages et de richesses. Sur ce plan-là, Israël fut un tout petit royaume, tiraillé entre les grandes puissances de l’époque, l’Égypte et les royaumes de Mésopotamie. Il a connu l’esclavage et la déportation à Babylone et ne pourra exercer sa souveraineté sur son territoire que durant de courtes périodes. Après son retour d’exil, il sera presque constamment occupé par des forces étrangères, les armées romaines étant les dernières, celles qui, après la deuxième guerre juive en 133 (ap. JC), chasseront les populations juives hors de Palestine, pour éviter tout nouveau regroupement et toute révolte. Il n’y a rien dans l’histoire d’Israël qui ait fait de lui un peuple privilégié par rapport aux autres. Bien au contraire, parmi les peuples qui l’entourent, Israël est resté des plus insignifiants.

         Alors pour quelle raison a-t-il été qualifié de « peuple élu »? J’ai parlé d’Abraham, de la parole qu’il entend et qui le met sur une route. Cette parole le conduira à faire alliance avec Dieu et à croire en la promesse qui lui est faite, celle d’être le père d’un peuple innombrable. C’est par lui, nous dit la Bible. qui se trouveront bénis tous les clans ou peuples de la terre. C’est à travers le petit peuple d’Israël, bousculé sans cesse par les aléas de l’histoire, que cette bénédiction et la parole qu’elle fera naître en son sein – la Bible – que Dieu vient au devant de l’humanité toute entière et lui propose son alliance. C’est également dans ce petit peuple, alors soumis à l’occupation romaine, que naîtra un certain Jésus de Nazareth que les chrétiens appellent Christ et Seigneur. Pourquoi? Parce qu’une jeune femme, appelée Marie, a dit « oui » et a permis à Dieu de prendre figure humaine.

         Dans le cours de l’histoire chaotique du peuple juif, une foule d’hommes et de femmes aidés par des scribes, des sages et des prophètes, ont permis à la Parole de Dieu de prendre corps. Celle-ci ne parle pas d’un peuple privilégié, mais d’un peuple à la nuque raide, toujours en train de se laisser séduire par les idoles et les cultes des nations environnantes. Elle l’appelle sans cesse à reprendre les chemins de la fidélité à une alliance que Dieu ne cesse de proposer à l’humain, qu’il soit Juif ou non. Pour mettre en œuvre son dessein d’amour, Dieu ne choisira pas l’une des civilisations les plus brillantes de l’Antiquité, mais un petit peuple soumis à la domination des autres. Ainsi, il sera clair que sa proposition n’est pas faite par la force des armes, mais par celle d’un amour sans cesse en train de se donner. Ce n’est pas Israël qui propose la Parole de Dieu, c’est Dieu qui propose sa Parole par l’intermédiaire de ce peuple sans force, mais à travers lequel il révèle son vrai visage. Voilà pourquoi on parle d’Israël comme du peuple élu. Il est le canal choisi par Dieu pour se dire, en langage d’homme – un langage qu’il faut savoir décrypter –, à l’ensemble de l’humanité.

         Dans cette perspective-là, être le peuple élu n’a rien d’un privilège que les autres n’ont pas. C’est bien plutôt une charge et une responsabilité. La petitesse du peuple d’Israël et sa fragilité manifestent clairement que son message vient de plus loin que lui et sa fidélité malgré toutes les vicissitudes de l’histoire qu’il a traversées, montrent que Dieu reste à son côté. Pour que tous les peuples de la terre tirent bénéfice de sa libre initiative, Dieu a voulu parler à travers le récit de cette histoire mouvementée ou la parole inspirée des prophètes qui sans cesse reviennent à la charge. De plus, lorsque Dieu appelle quelqu’un, il ne choisit ni le plus fort ni le plus puissant. Le plus souvent, comme pour le cas de David, c’est le petit dernier, celui que, humainement, personne n’attendait.

    Jésus l’élu ou l’envoyé de Dieu, le Messie-Serviteur

         Pour les chrétiens, l’histoire du peuple d’Israël va prendre une signification nouvelle avec Jésus de Nazareth. Par sa parole et ses exemples de comportement, il révèle, de la manière la plus forte, à quoi est appelé celui que Dieu choisit pour révéler son Amour. Sur la croix, Jésus est devenu à jamais le serviteur souffrant dont parle Isaïe, celui dont la seule force est celle d’un amour qui va jusqu’à l’extrême, celle de l’amour donné et de la confiance indéfectible en la puissance de l’amour de Dieu pour l’humanité.

         Les évangélistes l’ont bien compris. Le dernier geste symbolique de Jésus, mis en valeur par Jean, est le lavement des pieds de ses disciples, au grand scandale de ces derniers. Ce geste sera explicité par Jésus lui-même (Jn 13,13-14) : « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. »  Voilà qui vient bousculer toutes les habitudes sociales! Et Paul, écrivant aux Galates, ajoutera ces paroles célèbres (Ga 3,27-28) : « Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. – Alors il en tire les conséquences. – Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous vous n’êtes plus qu’un en Jésus Christ. »

         Être choisi ou élu, au sein d’une communauté humaine, est un honneur qui est fait à la personne ou au groupe choisi. Mais ce choix ne doit jamais donner motif à l’orgueil, à la corruption ou au mépris des autres. Accepter ce choix, c’est accepter de se mettre au service des autres.

    Roland Bugnon

     

    Source www.interbible.org

     

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    roland bugnon


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  • À l'approche de la Pentecôte...

     

    « Nous n’avons même pas appris qu’il y a le Saint-Esprit » Actes 19,2


    http://intransigeants.files.wordpress.com/2008/05/esprit-saint.jpgEn arrivant à la ville d’Éphèse pour la première fois, Paul de Tarse trouve déjà là quelques disciples. Étrangement, ils ne savent rien de l’effusion de l’Esprit Saint, car le baptême qu’ils ont reçu est celui de Jean-Baptiste. Paul complète alors leur évangélisation et les baptise au nom du Seigneur Jésus. Aussitôt, les disciples se mettent à parler comme des prophètes, avec assurance.

     

    Combien de baptisés de nos jours ignorent encore la force que leur confère l’Esprit? Même s’ils savent ‘qu’il y a le Saint-Esprit’, ils mènent une vie chrétienne timide, et la puissance qui vient d’en haut attend toujours de se manifester en eux. À l’occasion de la fête prochaine de la Pentecôte, n’est-ce pas le moment favorable pour redécouvrir la force qui nous habite en vertu de notre baptême?

     

    Rodolfo-Felices-Luna.gif

     

     

     

     

     

    Source www.interbible.org

     

    Rodolfo Felices Luna
    Bibliste, Université de Sherbrooke


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  • L'Esprit de Jésus nous est donné

    pentecote.jpg Le Paraclet, Jésus et le Père viendront vers ceux qui aiment Jésus : Jean 14, 15-16.23-26
    Autres lectures : Actes 2, 1-11; Psaume 103(104); Romains 8, 8-17


    Les trois lectures de la fête de la Pentecôte permettent de mieux saisir l’œuvre de l’Esprit dans chacune de nos vies et dans celle de la communauté ecclésiale. Aujourd’hui, comme hier, l’Esprit d’amour entre le Père et le Fils est à l’œuvre et nous aide pour que nous soyons des filles et des fils aimants.

         L’Esprit Saint, comment agit-il dans les cœurs? Est-ce de façon foudroyante, impérieuse, dominatrice, bousculant la liberté humaine? Les textes évoquent un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent (Actes 2, 2), une sorte de feu qui se partageait en langues (v. 3). L’évangéliste Jean dit aussi: L’Esprit souffle où il veut; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va (Jean 3, 8). Comme on le constate, les auteurs utilisent des phénomènes extérieurs pour favoriser la découverte du sens intérieur des événements. Ainsi, les symboles du vent, du feu, du souffle suggèrent liberté, irradiation, dynamisme. Effectivement, l’Esprit emprunte différents chemins, et souvent, il intervient avec une infinie et discrète douceur, et toujours il agit de façon mystérieuse. Il surgit dans notre conscience, notre vie intérieure et spirituelle pour façonner l’unité, rassembler les gens de toutes nations, langues et races, pour libérer les cœurs et les consciences de ce qui étouffe, déshumanise et désespère.

    Le Défenseur, l’Esprit de vérité

         Au moment où Jean écrit, les disciples ont vécu la mort douloureuse et scandaleuse de Jésus et ils ont progressé dans la découverte du Ressuscité, devenant des témoins, grâce à l‘action de l‘Esprit en eux. D‘un autre côté, les communautés chrétiennes naissantes connaissent la persécution. Dans un tel contexte, l’Esprit, source intarissable de courage, de réconfort, de fidélité, soutient  dans la souffrance inévitable, permet d’aller au-delà des possibilités humaines, inspire les paroles justes au croyant confronté aux difficultés, voire persécuté. Bien que certains seraient inclinés à penser différemment, il faut bien saisir que l’Esprit n’épargne pas les croyants ni des difficultés ni des épreuves, mais il est là, présent,  pour tenir compagnie à ceux et celles qui ploient sous les fardeaux.

         En plus d’être le Défenseur, proche des malheureux, le Souffle est Esprit de vérité. En nos esprits et nos cœurs, il ne cesse de nous éclairer, d’ouvrir nos yeux sur ce que nous vivons de jour en jour, sur le parcours que nous effectuons, le mouvement qui nous habite et nous porte vers l’avant, cela s’effectuant parfois dans la lumière, et parfois dans les ténèbres.

    L’Esprit, interprète du Christ

         L’Esprit Saint est celui qui réactive la mémoire de Jésus: ses paroles, son agir pour les esseulés, les sans-voix, les pauvres de toutes catégories; celui qui comme Jésus avec les disciples d’Emmaüs, nous explique les enseignements de Jésus, nous fait mieux  comprendre la profondeur, la largeur et la hauteur du mystère insondable du Christ; celui qui nous apprend à dire d’un cœur filial à Dieu : Abba! Papa;celui qui nous donne de dire: Jésus est Seigneur!  En réalité, il nous permet de garder vivant le souvenir de la bienveillance, de la miséricorde et de la tendresse de Jésus, Christ. 

         Dans la Bible, la vitalité de la foi s’exprime dans le souvenir des œuvres de Dieu. Les moments et les situations où Dieu, l’individu et le peuple sont appelés à se souvenir sont nombreux. Il y a l’alliance de Dieu et ses promesses (Ps 111/110, 5, aussi 74/73, 2; 106/105, 4; Luc 1, 72, etc.); le passage de l’Égypte à la Terre promise (Exode 12, 14;13, 3); Deutéronome 5, 15);  l’événement de la croix et de la résurrection (Luc 22, 19).

         On aura aussi noté la reprise du mot aimer, soit quatre fois, comme si Jésus nous suppliait de voir que dans l‘amour réside l‘essentiel. Jésus, dans un amour incarné, est allé jusqu’au bout de sa vie, dans une attitude de service fraternel. Depuis le départ du Ressuscité, c’est l’Esprit, divin interprète, qui  introduit désormais au Christ, à l’amour trinitaire, nous communiquant cet amour et aiguisant  notre désir de vivre davantage dans l’intimité du Fils et du Père.

    Vivre en compagnie de l’Esprit

         Dans son discours d’adieu, Jésus demande de rester fidèle à ses commandements et à sa parole. Il invite à écouter l’Esprit en nous qui insuffle une énergie nouvelle, un élan de liberté, secouant nos mentalités, nos habitudes et nos comportements trop sclérosés. L’action de l’Esprit, non menacée par nos insuffisances et nos résistances, ne peut s’arrêter: il travaille sans cesse en nos cœurs. Tel fut le cas pour les premiers disciples qui, de peureux qu’ils étaient, devinrent des témoins de feu qui se jetèrent sur la place publique; pour Paul, l’impétueux et orgueilleux pharisien, qui, touché et saisi par l’amour de Jésus, fonde de nombreuses communautés chrétiennes; pour tous ces chrétiens, connus et anonymes, qui, à travers les âges, se sont engagés à vivre du message du Christ et dans son intimité.

     

         Dans l’aujourd’hui de nos vies, que fait l’Esprit si nous nous laissons conduire par lui? Pour voir les traces de ses visites, pourquoi ne pas se souvenir de l’impulsion qu’Il a provoquée le jour de cette rencontre déterminante avec une personne, témoin de sa foi, ou d’une personne écoutante, compatissante qui a su toucher le cœur et poser les gestes qui font revivre? Pour certaines personnes, ce sera une prière festive, une célébration signifiante de la communauté chrétienne; pour d’autres, une décision audacieuse, une souffrance, un doute qui, avec le temps, se transforme en confiance, en force renouvelée; une conscience plus aiguë des conditions de vie des malheureux et des déshérités et un engagement auprès d’eux. Cette trame d’événements aura été un jaillissement de libération et de fécondité. Que ce rappel permette de situer, sur la ligne du temps, la présence vivante de l’Esprit dans notre vie et de poursuivre avec espérance, dans la créativité et dans la joie! La mémoire de ces moments précieux ouvrira notre cœur à la reconnaissance et à l’émerveillement.

     

    Julienne Côté, CND

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2231. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     

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