• (photo : Matt Collamer / Unsplash)

    Mort

    SYLVAIN CAMPEAU | 12 NOVEMBRE 2018

    Hébreu : mawet
    Grec : thanatos

    Au mois de novembre, les arbres sont dépouillés de leurs feuilles et la lumière décline à un tel point que c’est la période de l’année où l’on enregistre les plus faibles taux d’ensoleillement. Au niveau symbolique, ce passage vers l’hiver est associé à la mort, une réalité qui n’épargne personne. Dans notre tradition, novembre est d’ailleurs souvent présenté comme le « mois des morts » et commence avec deux solennités qui justifient cette expression : la Toussaint (1ernovembre) et la commémoration des défunts (2 novembre).

    Les Israélites de la période biblique ne connaissent pas ce genre de fêtes car la mort est comprise comme une perte de toute vitalité où le défunt continue à mener une vie sans joie au « séjour des morts ». La perte du souffle vital, don de Dieu, réduit le défunt à survivre comme une ombre, dans un genre de léthargie complète, dans un sommeil sans rêves.

    Cet état du défunt se caractérise aussi par l’absence de toute relation personnelle avec Dieu : après la mort, l’Israélite ne pense plus à Yahvé ni à ses actions éclatantes (Ps 6,688,13), il n’a plus la capacité de louer sa bonté et sa fidélité (Ps 30,1088,12115,17Is 38,18). On comprend alors que la mort était une réalité terrible pour la personne pieuse.

    Cette manière d’envisager la mort est liée à la conception selon laquelle Yahvé est le Dieu Vivant, la source de la vie (Ps 36,10). La mort est par conséquent absence de Dieu. D’autre part, la bienveillance de Yahvé envers son peuple laissait peu de place à l’individu. L’Israélite bénéficiait de la bienveillance de son Dieu parce qu’il était membre du peuple choisi. La mort l’arrachant à cette communauté, le défunt était aussi écarté de la bienveillance divine.

    Cette conception communautaire va toutefois évoluer car on voit dans le Ps 73,26 l’espérance d’une union avec Dieu après la mort : « Si ma chair et mon cœur sont usés, ma part, le roc de mon cœur, c’est Dieu pour toujours. » On ne peut pas parler ici de la genèse de la croyance en la résurrection. Cette croyance ne viendra qu’à l’époque hellénistique et caractérisera l’espérance des sadducéens à l’époque de Jésus.

    Diplômé de l’Université de Montréal, Sylvain Campeau est bibliste et responsable de la rédaction.

    source http://www.interbible.org/

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  • L'un des plus anciens portraits du Christ révélé à Shivta
    par Christophe Lafontaine | 14 novembre 2018

    Le trait noir permet de reconstituer le visage du Christ. © Emma Maayan-Fanar

    Très rare ! Des chercheurs israéliens ont découvert à Shivta l’une des plus vieilles représentations du visage de Jésus en Terre Sainte. Datant de l’époque byzantine, elle se rapproche plutôt de l'iconographie orientale.

    Cheveux mi-longs, bouclés. Le visage long et ovale d’un jeune homme adulte. De grands yeux. Le nez allongé et les joues rasées de frais. Tels sont les traits qui dépeignent selon toute vraisemblance un portrait du Christ, remontant au VIème siècle ap.J.-C, d’après les estimations d’Emma Maayan-Fanar, historienne de l’art en collaboration avec les archéologues Ravit Linn, Yotam Tepper, Guy Bar-Oz de l’Université de Haïfa, auteurs de cette découverte dans une église de Shivta. Un ancien village agricole byzantin dans le désert du Négev (sud d’Israël) à environ 40 km au sud-ouest de Be’er Sheva fondé au Ier siècle après J.-C. par les Nabatéens, ayant atteint son apogée à l’époque byzantine avant de perdre de l’importance au début de la période islamique (VIIème siècle). Dans cette cité, s’élèvent trois églises, et le dessin du visage présumé de Jésus figure dans l’église dite du nord.

    La découverte a été rapportée dans la revue scientifique consacrée à l’archéologique mondiale, Antiquity : « Le visage du Christ révélé à Shivta ». L’équipe de recherche a qualifié la découverte d’« extrêmement importante. »

    Le fond de la question n’est pas de savoir s’il s’agit là d’un visage se rapprochant de celui du Christ. D’ailleurs, les évangiles ne décrivent pas l’apparence de Jésus et les artistes des époques ultérieures ont plus souvent voulu insister sur le message évangélique à transmettre que sur une figuration précise des traits qu’aurait eus Jésus. Ce qui retient l’attention de cette découverte est le fait que l’art primitif chrétien a très peu (voire presque pas) survécu en Terre Sainte et a fortiori les premières représentations de l'apparence physique de Jésus. Or le portrait de Jésus à Shivta est un témoignage d’autant plus précieux qu’il a été retrouvé à moins de 250 km à la ronde des lieux que Jésus a parcourus durant sa vie publique.

    A ce jour, le plus vieux portrait que l’on connaisse du Christ a été retrouvé à l’est de la Syrie. Il s’agit d’une peinture murale autour du baptistère de la Domus ecclesiae (maison d’église) sur le site archéologique de Doura-Europos remontant à la première partie du IIIème siècle ap. J.-C. La première peinture représente un Jésus (jeune aux cheveux courts), comme le Bon Pasteur, portant un mouton sur son épaule ; la seconde relate l’épisode de la guérison du paralytique par le Christ qui apparaît là aussi jeune et imberbe. Ces représentations offrent les mêmes caractéristiques physiques que le portrait retrouvé à Shivta. Ce qui fait dire que la découverte israélienne est une représentation répondant aux canons de l’iconographie de type orientalde l’époque, s’éloignant ainsi de la tradition byzantine. « Il appartient au schéma iconographique d'un Christ aux cheveux courts, particulièrement répandu en Egypte et en Syro-Palestine, mais qui a disparu de l'art byzantin plus tard », a déclaré l'équipe de recherche dans Antiquity. De fait, ces autres conceptions représentent souvent Jésus aux cheveux longs et tombants, et parfois avec une barbe. Ces détails sont des importations spécifiques de l'iconographie du monde gréco-romain.

    Un visage peut en cacher un autre

    « J'étais là au bon moment, au bon endroit avec la bonne lumière et, d'un coup, j'ai vu des yeux. C'était le visage de Jésus en plein baptême, qui me regardait », explique Emma Maayan-Fanar au quotidien Haaretz, le 12 novembre. Comme s’il s’était agi d’une apparition.

    Mais c’est grâce à son mari Dror Maayan, photographe professionnel qui a pris des clichés de très haute résolution, que l’image vieille de 1500 ans aux marques rouges peu visibles à l’œil nu, après avoir traversé des siècles d’histoire et de poussière de sable, s’est clarifiée, a pu être examinée et reconstruite par Emma Maayan-Fanar en personne. A noter que le cou et la partie supérieure du visage sont également observables. Des archéologues qui avaient exploré le site dans les années 1920 avaient cru deviner quelque chose mais ne s’étaient finalement pas attardés sur la question, explique l'historienne de l'art à Haaretz. A cause de sa mauvaise conservation notamment.

    Le portrait mural qui nous intéresse se trouve dans la voûte en cul de four de l’abside qui abritait un baptistère, juste à l’extérieur de l’église du nord à Shivta. Cette position en hauteur explique peut-être qu’il soit passé au travers des fouilles du site durant des années. A gauche de la figure du Christ, se décèle un autre visage plus grand que celui du Christ et moins jeune. Suivant les conventions iconographiques de la période chrétienne primitive, c’est ainsi qu’étaient représentés Saint Jean-Baptiste et Jésus pour illustrer le baptême de ce dernier dans le Jourdain. Le Christ recevant le baptême avait des traits jeunes pour symboliser la renaissance à la vie. Les deux dessins découverts dans l’abside d’un baptistère semblent confirmer cette hypothèse. Des traces de peinture suggèrent par ailleurs que ces visages faisaient partie d'une scène plus large, avec des personnages supplémentaires. Selon l’équipe de chercheurs, cette représentation est la première scène de baptême du Christ de la période pré-iconoclaste retrouvée en Terre sainte.

    L’an dernier, la technique de l’imagerie par luminescence induite visible (VIL) a permis de mieux comprendre une autre scène murale se trouvant aussi à Shivta dans une autre église (l’église du sud) - celle de la Transfiguration découverte en 1914 - en révélant les rayons de lumières sortant du corps du Christ et illuminant les autres personnages, illustrant alors parfaitement cet épisode central des évangiles. Malheureusement, le visage du Christ, n’a pas survécu aux siècles et n’est plus visible.On ne connaissait jusqu'à l'année dernière que deux images de sa transfiguration à la période antérieure à l’iconoclasme ayant survécu au temps et aux destructions : l’une à Ravenne, en Italie (mais le Christ et ses disciples ne sont pas représentés avec des figure humaines); et l’autre au monastère Sainte-Catherine du Sinaï (datant de 548-565). La plus connue.

    source http://www.terrasanta.net/

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  • Le sacrifice d’Abraham. Rembrandt, 1635. Huile sur toile 193 x 132 cm. Musée de l’Ermitage, Saint-Petersbourg (Wikipedia).

    Dieu et la violence

    Sylvain Campeau  HERVÉ TREMBLAY | 11 FÉVRIER 2019

    QuestionPlusieurs textes de l’Ancien Testament parlent de Yahvé comme d’un guerrier et certains textes ont élaboré la notion de « guerre sacrée ». Qu’est-ce que ces textes nous révèlent sur Dieu et/ou sur nous? Comment les comprendre aujourd’hui? (Robert)

    RéponseOui, c’est vrai. L’Ancien Testament et, dans une moindre mesure le Nouveau, sont remplis de scènes de violence, de guerre et de combat. Il ne s’agit pas ici d’en faire la liste, qui serait fort longue! Le pire, c’est quand cette violence vient de Dieu ou est ordonnée par Dieu. Le choc entre la foi en un Dieu Père bon et miséricordieux et ces pages de la Bible est fracassant. Comme on suppose qu’une lecture littérale de ces pages est absolument exclue, de même qu’un rejet pur et simple (ces pages sont partie intégrante de la Bible), la seule option qui reste est de replacer les textes violents dans le contexte et de les réinterpréter à la lumière d’éléments nouveaux. Suivons ces deux étapes.

    Mise en contexte

    Dans le but d’y voir plus clair, plusieurs mises au point s’imposent.

    • Le chrétien contemporain a tendance à lire les textes bibliques à partir de son point de vue et de son époque. C’est compréhensible mais c’est une première erreur. Les textes de l’Ancien Testament ont été écrits plusieurs siècles avant notre ère. Ils ont donc au moins 2000 ans. Le monde dans lequel vivaient ces humains était similaire au nôtre, certes, mais il n’est pas possible d’imaginer que les humains de cette lointaine époque pensaient comme nous ou voyaient les choses comme nous. Cela s’applique aux réalités familiales, sociales, politiques, économiques et, évidemment, religieuses.
    • Pour faire bref, disons que le monde ancien est caractérisé par une pensée préscientifique. Les anciens avaient une connaissance empirique du monde, c’est-à-dire venant du concret et de l’expérience. Ce n’est pas le cas pour nous. Sans que ce soit toujours conscient ou explicite, nous abordons le monde à partir d’une pensée scientifique. Pour nous, croyant ou non, l’univers est régi par des lois que les diverses sciences ont bien exposées : la physique, la chimie, la biologie, l’astronomie, la météorologie, etc. Il faut que cela soit bien conscient chez nous. Même pour les croyants d’aujourd’hui, l’univers est autonome et est régi par ses propres lois qui, d’une certaine façon, ne dépendent pas de Dieu. Pas pour les anciens qui se rendaient bien compte de la régularité de certains phénomènes (alternance des saisons, des jours) mais attribuaient tout à l’action directe des divinités.
    • La conséquence de cette façon de voir, c’est que les anciens adhéraient au principe philosophique du Deus sive natura. C’est-à-dire que pour eux, le monde représentait exactement les œuvres des divinités. Autrement dit, le monde n’avait aucune autonomie et on considérait tout ce qui arrivait comme l’œuvre directe d’une ou de plusieurs divinité(s). Même si certains croyants aujourd’hui voient encore les choses de cette façon, on convient généralement que le monde a son autonomie et fonctionne selon ses propres lois. Cela force à penser autrement les rapports entre Dieu et lui. Autrement dit, il est possible, voire normal, de penser que quelque chose peut arriver dans le monde, même quelque chose issu d’un acte de liberté humaine, qui ne vienne pas de Dieu ou ne soit pas selon son plan ou sa volonté. Le soutenir ferait de Dieu un monstre, eu égard aux événements de notre histoire. Pour les anciens, si quelque chose se passait, c’est que la divinité l’avait produite ou le voulait. On comprend que la question du sens a été pour eux cruciale, mais c’est une autre question.
    • Autre problème que nous avons, c’est de ne pas bien comprendre le polythéisme ancien. Nous avons tendance à prendre le Dieu unique, éternel et tout-puissant auquel nous croyons et à la multiplier en autant de dieux. Or, les anciens concevaient plutôt les dieux comme des forces de la nature ou des réalités mystérieuses de leur monde. Ces dieux n’étaient donc pas « personnels ». Les dieux n’aimaient pas les humains, et les humains ne les aimaient pas. Ils entraient dans une espèce de relation forcée parce que les uns ne pouvaient pas se passer des autres.
    • Les divinités du monde ancien ne sont donc pas nécessairement « grandes » ou « édifiantes ». À l’image du monde où elles agissent, elles étaient souvent vues comme capricieuses, imprévisibles, tantôt bonnes tantôt méchantes, etc. La conséquence la plus marquante, c’est que ces divinités reflètent davantage les humains et leur monde. Autrement dit, ces dieux du monde ancien sont très « humains » et pas vraiment « divins », du moins de la manière où nous entendons ces mots après plusieurs siècles de christianisme.
    • Autre point très important : les anciens n’avaient pas la même relation au monde et à l’univers que nous aujourd’hui, surtout en Occident. Puisque les anciens ne contrôlaient pratiquement rien et étaient à la merci des éléments, le monde était plus souvent considéré comme menaçant.
    • Le monde ancien n’était donc pas vraiment intéressant. Avec toutes les avancées scientifiques, technologiques et médicales, notre monde a radicalement changé par rapport à celui des anciens. Nous vivons mieux, plus longtemps et en bonne santé et dans de bonnes conditions. Les anciens eux, vivaient dans un monde sans médecine, sans technologie (sans électricité, sans téléphone, sans internet, sans voiture / train / avion). Les gens vivaient donc beaucoup moins longtemps, en moins bonne santé, en travaillant très dur pour de maigres résultats. Ils ne pouvaient pas résister aux forces de la nature. Ils étaient constamment aux prises avec les guerres, les épidémies, les maladies, etc.
    • Si on trouve que notre monde est violent, on n’a rien vu. Le monde ancien était encore plus violent. On comprend donc que les anciens aient imaginé que cette violence venait de divinités violentes, qui œuvraient à côté de ou contre des divinités plus bienveillantes. Les anciens avaient aussi établi un rapport entre les actes violents qui les frappaient et leurs actions. C’est ce qu’on a appelé le « principe de rétribution ». Selon ce principe, chacun reçoit en ce monde ce que ses actions lui ont mérité. S’il a fait de bonnes actions (morales et / ou cultuelles), il recevra des bénédictions comme une longue vie, de nombreux enfants, de nombreuses richesses, une bonne position sociale, etc. Au contraire, s’il a fait de mauvaises actions (morales et / ou cultuelles), il sera puni (lui ou ses enfants après lui) par une courte vie marquée par la maladie, la pauvreté, le rejet social et la solitude.
    • Les textes de l’Ancien Testament qui parlent de violence doivent être lus dans ce contexte général qui permet de comprendre leur terreau originel, c’est-à-dire leur première écriture. Le peuple de la Bible ainsi que sa religion ont évolué sur plusieurs siècles. Il serait immature de croire que tout aurait été donné au début et serait demeuré inchangé sur une si longue période. Les textes bibliques représentent un mélange de textes de diverses époques, de diverses tendances ou sensibilités religieuses, de diverses théologies ou spiritualité. L’élément commun qui les unirait est difficile à identifier…
    • Cela signifie que le peuple de la Bible a don cru en un Yhwh violent qui acceptait ou promouvait la violence dans le but de défendre son peuple face aux autres. Les autres divinités faisaient de même pour leur peuple, de toute façon. Cela peut se voir dans les oracles contre les nations des prophètes.
    • C’est dans ce contexte que se comprend la « guerre sainte » avec ses règles. Puisque c’est la divinité nationale qui ordonne et règle les guerres, c’est donc que ces guerres ont un caractère sacré qui exige certaines règles. Bien évidemment, cela est très loin de notre façon de penser aujourd’hui.
    • En effet, il est clair que tous ces textes ont été écrits dans cet esprit et dans le contexte que nous venons d’exposer brièvement. Il ne reste donc que deux options pour celui / celle qui lit ces textes aujourd’hui. Soit il les lit de façon littérale (il a alors l’image d’un dieu violent qui promeut ou accepte la violence), soit il les relit ou les réinterprète selon d’autres principes. Pourquoi faire appel à ces autres principes? Tout simplement parce que la lecture littérale est inacceptable aujourd’hui, à la fois pour les croyants issus du christianisme et du judaïsme. La raison est simple : la foi a évolué, surtout à la lumière du Nouveau Testament et de l’enseignement de Jésus. Un travail de réinterprétation est donc une nécessité.

    Analogie de la foi

    Entre la Bible et nous il y a la distance critique, notre intelligence et la foi.

    • Disons quelques mots sur la distance critique. Qu’est-ce que c’est? Il s’agit de lire les textes bibliques non plus en acceptant tout au premier degré, mais en posant des questions. Un premier degré de lecture des textes dont nous parlons ici serait une attitude qui accepterait ces textes et les mettrait de quelque façon en pratique. Une attitude critique pose une distance avec les textes et permet de poser la question du sens pour aujourd’hui.
    • Cette distance dans la lecture du texte est objet de discussion et est à la base des différentes confessions chrétiennes. Le catholicisme, comme l’orthodoxie et mutatis mutandi le judaïsme, pose deux sources égales de révélation : la Bible et la Tradition. Selon cette façon de voir, les textes écrits ne sont pas un absolu mais sont mis en contexte par une longue tradition interprétative. Comme les textes sont anciens et reflètent une autre façon de voir et de croire, les nouvelles données venant des siècles suivants illuminent le sens littéral des textes. Le résultat de ce processus (qui peut être compris comme une simple lecture intelligente des textes anciens) peut être triple : soit on continue de lire le texte de façon littérale; soit on change quelque chose tout en continuant d’accepter l’essentiel d’un texte; soit on abolit complètement ce texte.
    • Quant aux églises issues de la réforme protestante, elles adhèrent au principe de la scriptura sola, ou « l’Écriture seule ». Cela signifie que l’unique source de révélation est la Bible, et rien d’autre. Si certaines églises maintiennent ce principe strictement (on pense aux églises « évangéliques »), la plupart abordent les textes de façon intelligente en faisant appel (sans toujours le dire) à une certaine tradition de lecture ou en contrebalançant un texte plus difficile par un autre texte plus clair ou plus facile.
    • Le problème théologique (que nous ne réglerons pas ici), c’est la façon de concevoir l’inspiration biblique. Si toute la Bible est « divinement inspirée », selon quels principes peut-on la réinterpréter, surtout quand ladite réinterprétation dit le contraire de la lettre d’un texte? On peut voir que nous avons affaire à des problèmes qui dépassent la stricte question posée ici mais que nous ne pouvons pas développer ici.

    Comment lire ces textes aujourd’hui

    Aujourd’hui, deux options d’offrent donc à nous en ce qui concerne les textes violents dans la Bible.

    • Soit on oublie complètement les textes qui parlent de violence, la promeuvent ou la soutiennent. Quand on rencontre ces textes ou qu’on les lit, on n’en tient aucun compte parce qu’ils sont inacceptables et dépassés.
    • Comme cette première option est difficile à réaliser pratiquement (les textes sont encore là comme partie intégrantes de notre Bible), il reste la réinterprétation par des sens spirituels. De cette manière, un texte sur la violence pourra illustrer combien Dieu déteste le mal, combien il aime avec passion, combien il veut détruire le mal, etc.
    • Évidemment, ces relectures sont des lectures de remplacement, faute de mieux. Il faut que cette option de lecture soit consciente et explicite. Ce n’est pas ce que l’auteur avait en vue lorsqu’il les a écrits. Mais quelle est l’alternative? Quelles sont les solutions de rechange? Puisque la lecture littérale de ces textes violents est inacceptable et hors de question, la relecture est la seule option de qui veut, justement, les « lire ». Bonne lecture!

    Membre de l’Ordre des Frères prêcheurs (Dominicains), Hervé Tremblay est professeur d’Ancien Testament au Collège universitaire dominicain d’Ottawa.

    source http://www.interbible.org

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  • Une nouvelle preuve de l'apogée des Samaritains au Ve siècle

    par Christophe Lafontaine | 28 février 2019

    Une nouvelle preuve de l'apogée des Samaritains au Ve siècle - Terra Santa

    L'ancien pressoir de Tzur Natan et son inscription grecque © Israel Antiquities Authority/Yitzhak Marmelstein.

    Un pressoir et une inscription grecque du début du Vème siècle ap. J.C., mis à jour récemment, illustrent l’âge d’or des Samaritains dans la plaine de Sharon (Israël) avant la répression de leurs révoltes contre Byzance.

    « Seul Dieu vient en aide à la belle propriété de Maître Adios, amen. » Cette inscription a été découverte en grec sur une mosaïque du début du Vème siècle à Tzur Natan, près de Netanya dans le sud de la plaine de Sharon (région centre de la côte israélienne). Une région réputée pour être fertile.

    La mosaïque, retrouvée quasiment intacte, est rattachée à un pressoir de la même époque, découvert aussi lors de fouilles terminées cette semaine, a indiqué le 27 février dans un communiqué de presse, l’Autorité des Antiquités d’Israël (AAI). Tout semble indiquer que la cuve faisait partie d’un grand domaine vinicole « à une période au cours de laquelle les Samaritains ont atteint le sommet de leur pouvoir et de leur prospérité dans le sud de la plaine de Sharon », précise l’AAI.

    Cependant, « ce n'est que le deuxième pressoir de ce genre découvert en Israël avec une inscription de bénédiction associée aux Samaritains », a déclaré Hagit Torge, directrice des fouilles pour le compte de l’Autorité foncière israélienne en vue de la construction d'un nouveau quartier à Tzur Natan. Le premier exemple de ce genre a été découvert il y a quelques années à Apollonie près d'Herzliya (dans la plaine de Sharon au nord de Tel-Aviv).

    Le pressoir de Tzur Natan semble avoir été la propriété d’un homme aisé. Près de l’installation, les archéologues ont en effet découvert des carrières de pierre avec des dépressions rocheuses utilisées pour la culture de la vigne, faisant apparemment partie du domaine du maître Adios. D’ailleurs ce terme de « Maître » était un titre honorifique donné aux membres les plus âgés de la communauté et témoignait du haut statut social des propriétaires terriens. L’archéologue Hagit Torgue ajoute que le pressoir était situé près du sommet de Tel Tzur Natan, où des restes d’une synagogue samaritaine ont été découverts dans le passé. Cette proximité de la synagogue témoigne également du statut élevé d'Adios. Pour l’heure, son domicile n’a pas été retrouvé.

    Cette récente découverte du pressoir et de son inscription viennent confirmer les preuves de l’intense activité agricole des Samaritains installés dans la région à l’époque byzantine. Selon un rapport de 1994 de la Texas Foundation for Archaeological & Historical Research (TFAHR) Tzur Natan, environ 120 pressoirs à vin, 50 pressoirs à olives, 50 citernes et une multitude de terrasses agricoles datant de la même période ont été recensés dans la région. Le Times of Israel fait remarquer que l'érosion du substrat rocheux de la zone crée un sol « particulièrement bénéfique pour les vignes et les olives. » Plus précisément à Tzur Natan, jaillissent en plus les sources de Dardar, qui ont contribué au développement continu de la région depuis le pré-néolithique.

    D’après le Times of Israel encore, les fouilles menées par la TFAHR entre 1989 et 1994 à Tzur Natan, ont mis à jour à proximité du pressoir, un vaste complexe agricole-industriel samaritain. Avaient alors été découverts de grands espaces et salles pour la production de vin, d’huile et de farine. L’une des installations a été un moulin à âne pour moudre le blé, où une menora a été taillée, a précisé l’AAI dans son communiqué.

    Rébellions et déclin

    Les Samaritains qui disent descendre des tribus d’Ephraim et de Manassée et aussi de Lévi concernant la famille sacerdotale, étaient initialement installés près du mont Garizim, leur centre religieux (aux abords de l’actuelle ville de Naplouse en Cisjordanie). Bien qu'ils se considèrent comme une émanation du judaïsme, les Samaritains estiment que leur culte est la véritable religion des anciens Israélites d'avant la captivité babylonienne. Voyant leur population augmenter, ils se sont alors installés dans la plaine de Sharon. La communauté samaritaine a prospéré au cours des IIIème, IVème siècles et début du Vème siècle, conservant ses coutumes et traditions particulières. Avant que les Samaritains ne se révoltent plusieurs fois contre le pouvoir chrétien de l’empire byzantin en place. Pour tenter de conserver leur identité et refuser les conversions de force. Les insurrections ont été sévèrement réprimées (principalement en 529 et 555) et la population samaritaine s’est vue considérablement diminuée. C’est à cette même époque que l’ancienne synagogue samaritaine de Tzur Natan fut transformée en église.

    Après les révoltes, la communauté samaritaine qui restait est retournée dans la région du mont Garizim. Une communauté samaritaine y vit toujours ainsi que dans la ville de Holon au sud de Tel Aviv.

    source http://www.terrasanta.net

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  • Satan devant le conseil divin. Corrado Giaquinto, circa 1750. Huile sur toile, 88 x 117 cm. Musées du Vatican, Rome (Wikipedia).

    Anges, diable et démons dans les évangiles

    André MyreANDRÉ MYRE | 11 MARS 2019

    Cette série d’articles cherche à comprendre le rôle narratif ou la fonction des anges et des démons dans les évangiles. L’enquête commence avec un personnage qui apparaît rapidement dans les évangiles synoptiques dans le récit communément appelé des « tentations ». Mais pour comprendre le rôle de ce personnage, un détour dans l’Ancien Testament est nécessaire.

    1. Le Satan, fidèle serviteur de Yhwh

    Le Satan n’a pas toujours eu mauvaise réputation. Quand il a commencé sa carrière littéraire, dans le livre de Job, il exerçait un métier certes difficile, mais plus qu’honorable. Il mettait cependant en cause l’image publique des humains – même celle des plus célèbres, des plus saints, des plus puissants – ce qui a beaucoup nui à sa réputation. Et, comme celle-ci en a été à jamais entachée, il mérite, après quelque deux millénaires de calomnies, qu’on s’applique à la rétablir.

    Nom

    Il faut d’abord dire que le nom qu’il a reçu ne lui attire pas la sympathie. Mot biblique courant, satan a le sens d’« adversaire ». L’adversaire, c’est ce voisin qui a déplacé sa clôture pour agrandir son terrain à mes dépens ; c’est ce mercenaire au service de l’armée ennemie ; c’est celui qui me traîne en cour, etc. Pourquoi donc avoir donné au personnage en question un nom qui le désigne comme posant un danger pour les humains, et en avoir donc fait l’adversaire par excellence ?

    Métier

    Dans le prologue du livre de Job, il se trouve un passage (1,6-12) qui permet de se faire une bonne idée du statut du personnage. C’est un membre attitré du conseil des ministres de Yhwh (les « fils de Dieu »). En conséquence, comme les autres, il a son rôle à jouer dans la gérance de l’univers. Il est cependant souvent absent des séances du conseil, parce que son rôle l’oblige à parcourir le vaste monde en long et en large. C’est que Yhwh l’a chargé de vérifier pour lui l’authenticité de chaque être humain. Or, ce jour-là, alors qu’il se présente à la réunion des fils de Dieu pour faire son rapport, il n’a évidemment que de mauvaises nouvelles à rapporter. En effet, comme depuis toujours, l’état de l’humanité est désastreux. Yhwh s’accroche pourtant au fait qu’il existe bien unhomme digne de ce nom, le fameux Job, qui a toutes les qualités [1]. Le Satan défend alors sa propre intégrité en répliquant qu’il n’a pas été en mesure de bien faire son travail, puisque Yhwh lui-même l’a empêché d’utiliser son attirail de vérification. Que Yhwh lui permette de traiter Job comme les autres, et il verra bien que, sur la terre, il n’y a pas d’être humain authentique…

    Danger

    C’est chose très paradoxale quand on considère la carrière littéraire du personnage : à l’origine, le Satan est un fidèle serviteur de Yhwh. On pourrait même dire qu’il est une personnification d’un aspect des rencontres entre Yhwh et les humains. Du côté de l’être humain, en effet, c’est une caractéristique fondamentale de la rencontre avec Dieu, que d’être mis à nu devant lui; de ne pas pouvoir se cacher derrière une image publique, pour faire illusion, donner le change, se présenter sous un meilleur jour. Satan, c’est, pour les humains – aussi bien les individus, les institutions que les collectivités – le côté dangereux de Dieu. Le Satan est toujours en train de tester, vérifier, éprouver l’authenticité de la réalité humaine. Et, comme il se trouve de nombreux aspects d’elle qui ne sont pas beaux à voir, le rôle du Satan est toujours perçu de façon négative par les humains. Ils voient en lui un redoutable adversaire, révélant ce qu’ils voudraient tenir caché.

    Jésus

    Dans les évangiles, il se trouve des textes dans lesquels, ou sous lesquels, le Satan joue le même rôle que dans le prologue du livre de Job. En voici trois :

    Mc 1,12 Et le Souffle le [Jésus] chasse aussitôt au désert. 13 Et il était au désert quarante jours, testé par le Satan. Et il était avec les bêtes sauvages, et les messagers le servaient.

    Dans cette vieille tradition rapportée par Marc, Jésus n’est pas « tenté » par le Satan, mais plutôt testé, éprouvé, vérifié. Le Satan veut se faire une idée exacte de la personne de Jésus, pour retourner faire rapport au Dieu Parent [2] : oui, étonnant ! il peut faire confiance à ce charpentier de Nazareth. Le fait que les messagers (« anges ») de Dieu se mettent à son service est une façon de déclarer que Jésus a passé le test.

    Mt 6,13 Et ne nous fais pas entrer en épreuve.

    La prière pourrait aussi se traduire : « Ne nous fais pas passer de test ». Cette demande du Notre Père n’a rien à voir avec la tentation. Jésus suggère aux siens de prier pour que le Parent les protège des investigations de Satan, son serviteur. Leur vie étant déjà très pénible, il est pour eux légitime de prier pour que leur Parent leur évite des épreuves supplémentaires.

    Lc 22,31 Simon, Simon, voici que le Satan vous a réclamés pour vous secouer comme des grains.

    Comme Jésus protégeait efficacement les siens des enquêtes stressantes du Satan, ce dernier, qui ne pouvait donc faire convenablement son travail, est allé trouver le Dieu Parent pour contrer la protection de Jésus, et obtenir la permission de leur faire passer sa batterie de tests.

    Le Satan, avec lequel Jésus se débat dans (ou sous) ces textes, n’est pas le Diable, ennemi de Dieu, expulsé du ciel. C’est le serviteur fidèle de son Maître, qui a ses entrées auprès de lui, et cherche à jouer au mieux son rôle de toujours. Même si nous ne le lui accordons pas de bon cœur, il mérite notre respect.

    André Myre est bibliste et auteur. Il a été professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal.

    [1] On pense à Diogène qui, en plein midi se promenait dans la foule, une lampe allumée à la main. Quand on lui en demandait la raison, il répondait qu’il cherchait un être humain… Une question d’époque. 
    [2] L’utilisation du mot « Parent » au lieu de « Père » a pour objectif d’atténuer l’image par trop masculine de Dieu véhiculée par la Tradition.

    source http://www.interbible.org

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  • Parabole - Publication SOCABI

    Yeshoua

      

    Yeshoua de Nazareth était un juif bien de son temps, vivant les joies et les peines, les difficultés et les espoirs caractéristiques des juifs de la Palestine du 1er siècle. Il s'agit cependant d'un individu hors du commun et rempli de paradoxes : bien que profondément attaché aux traditions de ses ancêtres, il était en conflit avec la majorité des courants du judaïsme de son époque; bien que nouveau venu dans l'arène politico-religieuse juive, il enseignait avec une autorité étonnante; bien que principal point de contact entre les communautés juives et chrétiennes aujourd'hui, il est aussi, le plus important sujet de discorde entre elles.

    En cette période de l’année, où certains se préparent à célébrer Pâque et d'autres, Pâques, il a semblé bon au comité de rédaction de Parabole de s'intéresser de plus près aux relations que ce Yeshoua entretenait avec les membres de certains des plus importants courants du judaïsme de son époque. Ce regard permet de constater que son enseignement et le leur étaient à la fois très semblables et très différents. Voilà, nous semble-t-il, une manière de favoriser un dialogue entre juifs et chrétiens qui est à la fois lucide, rassembleur et respectueux de l'identité de chacun.


    Toute l’équipe de Parabole
    vous souhaite d'enrichissantes lectures
    et une heureuse période de Pâque(s)

     
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  • Gestes antichrétiens : solide mise au point des Arméniens

    Christophe Lafontaine
    21 juin 2019
     
    Gestes antichrétiens : solide mise au point des Arméniens
    Elèves du séminaire du Patriarcat arménien de Jérusalem quittant la cathédrale Saint-Jacques après le service de prière dans le quartier arménien de la Vieille Ville (octobre 2018) © Hadas Parush / Flash90

    Rare. Le 20 juin, le Patriarcat arménien de Jérusalem a voulu apporter sa version des faits sur une altercation entre ses séminaristes et des jeunes juifs, dénonçant toute forme d’enseignement antichrétien en Israël.


    Plus qu’à l’émoi, l’heure est au droit de réponse. « Les juifs extrémistes religieux ne manquent jamais une occasion de diffuser publiquement des informations fausses et trompeuses pour prouver qu’ils sont la cible d’attaques injustifiées et, dans de nombreux cas, faire croire au public que les non-juifs les détestent », écrit le Patriarcat arménien de Jérusalem dans un communiqué signé le 20 juin.

    Remonté, le Patriarcat fait référence à un article du Jewish Press (publié le 18 juin) qui cite l’avocat Chaim Bleicher de l’association juridique Honenu, une association juridique connue en Israël pour représenter des individus de droite, dont des radicaux.

    L’homme de loi a en effet déclaré que « 60 étudiants de l’Eglise arménienne [avaient] tenté de lyncher deux juifs à la veille de Chavouot (ndlr : commémoration du don de la Torah sur le mont Sinaï, célébrée le 8 juin cette année). » Ainsi selon l’avocat qui représente les deux victimes juives, les deux jeunes cibles auraient été frappées, dans la rue du Patriarcat arménien de la Vieille Ville de Jérusalem, par les séminaristes arméniens et auraient eu besoin d’un traitement médical urgent. L’altercation aurait pris fin au moment où les prêtres qui accompagnaient les étudiants leur auraient demandé de cesser. Une enquête a été ouverte.

    Jugeant cette version des faits comme « une calomnie malveillante », peut-on lire sur son site institutionnel, le Patriarcat arménien s’est fendu d’un communiqué alors que – « dans un souci d’harmonie entre les deux groupes religieux » – il fait généralement peu de publicité de tels faits.

    D’après le communiqué du Patriarcat, ce sont trois jeunes juifs « qui ont dérangé et irrité » une vingtaine de séminaristes qui se rendaient à leur procession hebdomadaire au Saint-Sépulcre « en crachant sur eux en signe d’insulte et de haine ». Sur son site, le Patriarcat explique que les juifs criaient : « les chrétiens devraient mourir » et « nous vous éliminerons de ce pays. » La tension est montée d’un cran lorsque les jeunes juifs ont lâché leur chien lui ôtant sa muselière. En défendant ses élèves, le doyen du séminaire s’est retrouvé à terre et les étudiants ont accouru pour le protéger. « Le résultat de cette confusion a été que des personnes des deux côtés ont été blessées et qu’elles ont finalement eu besoin de soins médicaux. C’est ce qui s’est passé. Les agresseurs étaient ces trois juifs. » Pour le Patriarcat, l’affaire est entendue : l’article du Jewish Press est « un pur mensonge » qui « porte atteinte à notre réputation » et véhicule de « la haine. »

    « Travaillons ensemble »

    La mise au point ne s’arrête pas là. Le Patriarcat, pour qui « les Arméniens sont des gens respectueux de la loi et de la paix en aimant ceux qui vivent à Jérusalem », s’interroge amèrement sur de tels agissements antichrétiens : « Nous pensions qu’Israël était un pays démocratique » ; « Qui oserait cracher sur les juifs en Europe et aux Etats-Unis ? » ; « Est-il permis en Israël de cracher sur les chrétiens ? » ; « Devrions-nous alors nous permettre de dire qu’il existe un mouvement antichrétien en Israël ? ».

    C’est ainsi que sur son site, en complément de son communiqué, le Patriarcat en appelle naturellement au gouvernement israélien, aux chefs religieux juifs, à la police israélienne et à toutes les autres autorités impliquées, « à punir les responsables et à condamner avec véhémence ce comportement contre les chrétiens et en particulier contre [la] communauté arménienne. »

    Et c’est au nom du caractère universel de la ville trois fois sainte, que le Patriarcat estime qu’il faut rappeler et apprendre à tous ceux qui liront sa déclaration « comment se comporter et respecter les autres citoyens, au moins sur une base amicale. » « Travaillons ensemble », lance-t-il la main tendue à toutes les bonnes volontés.

    En 2009 déjà en ce sens, le Beth Di Tzedek (le tribunal de la communauté juive orthodoxe et la plus haute instance de la communauté juive ultra-orthodoxe à Jérusalem) avait signé une déclaration intitulée « Provocations dangereuses ». Même si elle ne s’adressait qu’aux membres des communautés ultra-orthodoxes, elle n’empêchait nullement d’autres communautés juives (religieuses ou pas) de lui emboîter le pas. Toujours est-il qu’il était dit dans ladite déclaration que « provoquer les gentils (ndlr : les non-juifs) est non seulement une profanation du Saint Nom, ce qui en soi représente déjà un péché très grave, mais selon nos sages – bénie soit leur sainte et vertueuse mémoire – cela est interdit et peut avoir des conséquences tragiques pour notre communauté, dont Dieu puisse avoir pitié. Nous demandons donc à quiconque a le pouvoir de mettre fin à ces honteux incidents, par la persuasion, d’agir pour faire disparaître ces dangers, pour que notre communauté puisse vivre en paix. »

    De « la valeur d’un bon enseignement »

    C’est pourquoi, quand l’avocat Chaim Bleicher, représentant les victimes juives (qui selon le Patriarcat étaient en tenue régulière, ne portant pas le costume noir et blanc), déclare qu’« on ne saurait trop insister sur la valeur d’un bon enseignement », l’Eglise arménienne rit jaune. « Malheureusement, signe-t-il dans son communiqué, cela fait des décennies que certains extrémistes religieux juifs n’ont jamais voulu avoir un « bon enseignement » pour respecter et accepter les autres communautés chrétiennes en Israël. » Expliquant que la police israélienne a déjà reçu dans le passé « des centaines de cas similaires ». Sans que le phénomène ne soit stoppé.

    Si l’Eglise arménienne dont le quartier touche le quartier juif de la Vieille Ville, tape du poing sur la table, c’est donc bien parce que ce n’est pas la première fois que des membres de sa communauté sont agressés d’insultes ou de crachats qui, s’ils ne sont pas quotidiens, ne sont pas isolés. Car si les individus radicaux ne sont pas majoritaires, ils exercent toutefois une certaine influence dans le monde religieux juif en Israël.

    Les communautés chrétiennes du Mont Sion, voisines du quartier arménien à Jérusalem, dont les franciscains et les bénédictins, ont déjà fait aussi les frais d’actes anti-chrétiens ces dernières années comme des graffitis injurieux ou incendies contre leurs lieux de culte. Des faits qui sont régulièrement dénoncés par les Eglises de Jérusalem. On se souvient notamment de l’inquiétude de l’Assemblée des Ordinaires catholiques de Terre Sainte (AOCTS) exprimée en octobre 2012 concernant « l’éducation donnée aux jeunes dans certaines écoles où le mépris et l’intolérance sont enseignés. » L’AOCTS avait alors expressément demandé que « le système éducatif change radicalement, sans quoi les mêmes causes produiront les mêmes effets. » Le sujet est toujours d’actualité.

    source https://www.terresainte.net

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  • De présumés fonts baptismaux découverts à la Nativité

    Christophe Lafontaine
    25 juin 2019

    Fonts baptismaux datant vraisemblablement du VIe siècle et découverts récemment à l'église de la Nativité, à Bethléem (Cisjordanie) © Wisam Hashlamoun / Flash90

    Le 22 juin, le chef du Comité palestinien chargé de la restauration de la basilique de la Nativité à Bethléem (Cisjordanie) a annoncé la découverte de probables fonts baptismaux qui dateraient du VIe siècle ap. J.-C.


    Du Patriarcat latin de Jérusalem à l’ancienne maire de Bethléem (la chrétienne Vera Baboun) en passant par la presse locale (israélienne comme palestinienne), beaucoup s’en sont fait l’écho. Ce que l’on pense vraisemblablement être de nouveaux fonts baptismaux, vasques utilisées pour les baptêmes des chrétiens, a été découvert à l’église de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie. C’est en tous les cas ce qu’a déclaré en conférence de presse le 22 juin dernier, le président de la Commission pour la restauration de la basilique mise en place par l’Autorité palestinienne. « D’autres fonts baptismaux circulaires, a affirmé Ziad al-Bandak cité par l’agence de presse officielle palestinienne Wafaont été découvert cachés sous les fonts baptismaux octogonaux existants faits dans une pierre semblable à celle des colonnes » qui jalonnent l’antique édifice de prière.

    Ziad al-Bandak a annoncé avoir « convoqué des experts du ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités en plus de ses experts internationaux pour participer aux études et à l’analyse archéologique des fonts découverts. »

    Les fonts baptismaux remonteraient a priori à l’époque byzantine mais leur datation précise reviendra à l’italien Michele Bacci, professeur d’histoire de l’art médiéval de l’université de Fribourg (Suisse).

    Un joyau « splendide et raffiné »

    Ziad al-Bandak a décrit les fonts baptismaux rapporte l’Associated Press comme une « magnifique » découverte, quand dans le quotidien italien La Stampa, Giammarco Piacenti, responsable de l’entreprise italienne (Prato Piacenti Spa) en charge des travaux de restauration de la basilique depuis septembre 2013, définit cette dernière découverte comme un joyau « splendide et raffiné. » De fait, les fonts baptismaux se présentent comme une vasque dont l’extérieur est finement ciselé d’un entrelacs de feuilles. Soulignant sa « grande beauté », Giammarco Piacenti pense que l’objet a été « réalisé pour des commanditaires importants. » Pour lui, assurément, cette découverte a beaucoup d’importance car elle apportera un nouvel élément « dans la reconstruction de l’histoire de la basilique et de sa tradition chrétienne. »

    Ziad al-Bandak a précisé que les fonts baptismaux seraient restaurés par des spécialistes de la restauration et conformément aux normes internationales en la matière. Les travaux de restauration débutés en 2013 devraient se terminer à la fin de l’année. Un calendrier qui a son importance car Bethléem sera capitale arabe de la culture en 2020. Toutefois, a expliqué Ziad al-Bandak, la cérémonie internationale pour la fin des travaux prévue en novembre prochain a été reportée au mois mai de l’année prochaine ou au début du mois de juin, « afin de permettre aux trois Eglises responsables de la Basilique [le Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, la Custodie de Terre Sainte et le Patriarcat arménien orthodoxe de Jérusalem, ndlr] d’achever la restauration de la grotte en accord avec le Statu quo, car elle constitue le fondement et l’essence de la sainteté de l’Eglise de la Nativité où est né Jésus-Christ. »

    Située sur le lieu de naissance de Jésus-Christ, l’église de la Nativité a été érigée au IVèmesiècle par l’empereur romain Constantin sur le lieu de naissance de Jésus et restaurée sous Justinien au VIesiècle.

    Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2013. Un projet de restauration a été lancé dans la foulée. Après la toiture, ce fut au tour de l’ensemble de l’appareil décoratif rendant à leur ancienne splendeur un cycle de mosaïques unique au monde.

    source https://www.terresainte.net/

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  • UNE NAISSANCE ROYALE

    Chers abonnés, c'est avec plaisir que nous vous informons que le plus récent numéro de la revue Parabole est maintenant disponible en ligne.

    - Cliquez ici afin d'y accéder gratuitement -

    - Cliquez ici pour consulter gratuitement les numéros passés de la revue -

    Les récits de la Nativité nous sont dans l'ensemble bien connus. La visite de l'ange, les mages venus d'Orient, les bergers et la crèche font partie du paysage du temps des Fêtes. Ils sont enveloppés d'une aura religieuse, baignée de joie et de la "magie de Noël". Mais les récits entourant la naissance de Jésus ne sont pas que joie et allégresse. Certains d'entre eux sont troublants, voire même violents. C'est le cas entre autres de la fuite en Égypte (Matthieu 2, 13-15) et du massacre des innocents (Matthieu 2, 16-22).
     
    Pour ce numéro, le comité de rédaction de la revue Parabole a souhaité mettre en valeur l'aspect politique et dérangeant des récits de la Nativité, non pas pour réduire l'enthousiasme festif de ses lecteurs, mais pour compléter la compréhension de ces chapitres consacrés à la naissance de Jésus. C'est un événement heureux que l'on célèbre à Noël, mais aussi un moment qui bouscule l'ordre établi et qui prépare l'avènement d'un royaume que nous sommes tous invités à construire..

    Toute l’équipe de Parabole vous souhaite
    une heureuse - et dérangeante! - période de Noël!

     

     

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