• Isaïe : personne réelle ou personnage symbolique?

    QuestionJ'aimerai savoir si Isaïe est un personnage qui a existé réellement ou bien un personnage symbolique pour désigner l'esprit de Dieu. S'il est un homme, quand est-il né et quand est-il mort? (Clément)

    RéponsePour répondre à cette question, il importe d’abord de rappeler que le livre d’Isaïe n’est pas l’œuvre d’un auteur unique mais de plusieurs. D’après les spécialistes, sa rédaction se serait étendue sur près de cinq siècles. Les études littéraires et historiques des derniers siècles ont révélé que le livre se compose de trois grandes sections : chapitres 1 à 39, chapitres 40 à 55 et chapitres 56 à 66. Chaque section aurait été rédigée à des époques différentes et par un auteur ou quelques auteurs différents.

    Isaïe

         La première section (ch. 1 à 39) serait, globalement, l’œuvre d’un prophète appelé Isaïe, qui aurait vécu au VIIIe siècle avant J.-C., à Jérusalem. Voici qui répond à la première question de Clément. Isaïe fut réellement un personnage historique et non une simple figure symbolique.

         Quant à l’autre question, sur la date de la naissance et de la mort de l’illustre prophète, il est impossible d’y répondre à partir des données dont nous disposons. Par contre, Isaïe situe son activité prophétique « au temps d’Ozias, de Yotam, d’Achaz et d’Ézékias, rois de Juda » (Isaïe 1,1) Sachant que ces rois auraient régné entre 740 et 700 av. J.C., voilà qui situe assez précisément l’homme dans le temps.

         Pour résumer :

    • un prophète nommé Isaïe a bel et bien existé;
    • un livre biblique porte son nom, bien qu’il n’en soit pas l’unique rédacteur;
    • on ne peut dater avec certitude le moment de sa naissance et celui sa mort;
    • son ministère de prophète se serait déroulé approximativement de 740 à 700 avant notre ère.

    Jean Grou

    Source www.interbible.org

    jean grou

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  • « Nous sommes trois, vous êtes trois ... »

     

    http://www.michelledastier.org/images/colombe/colombe-eau-mains.jpg«L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5, 5).


        Lorsque son bateau fit une escale d'un jour dans une île éloignée, l'évêque décida d'utiliser au mieux cette journée. Il se balada sur la grève et fit la rencontre de trois pêcheurs en train de réparer leurs filets. En langage petit-nègre ils lui expliquèrent que plusieurs siècles auparavant, ils avaient été évangélisés par des missionnaires. « Nous, chrétiens! » affirmèrent-ils en se désignant avec fierté.

     

     

        L'évêque fut impressionné. Connaissaient-ils la prière du Seigneur? Ils n'en avaient jamais entendu parler. L'évêque fut scandalisé : comment ces hommes pouvaient-ils revendiquer le titre de chrétiens, quand ils ignoraient une chose aussi élémentaire que la prière du Seigneur? « Que dites-vous, alors, quand vous priez? » « Nous lever yeux au Ciel. Nous prier : Nous sommes trois, vous êtes trois, pitié pour nous.' »

     

        L'évêque fut terrifié par la nature primitive et nettement hérétique de leur prière.

        Aussi, passa-t-il la journée tout entière à leur enseigner la prière du Seigneur. Les pêcheurs n'apprenaient pas facilement, mais ils y mirent tout leur cœur et avant qu'il ne se rembarquât, le lendemain, l'évêque eut la satisfaction de les entendre réciter la formule entière, sans aucune faute.

     

        Quelques mois plus tard, le bateau de l'évêque se trouvait à passer dans les parages de ces îles et l'évêque, qui se promenait sur le pont en faisant ses prières du soir, se rappela avec plaisir le fait que sur cette île, là-bas, il y avait trois hommes maintenant capables de prier comme il faut, grâce à ses patients efforts. Tandis qu'il se perdait dans ses pensées, il leva à un moment donné les yeux et remarqua un point lumineux, du côté est. Le point se rapprochait tout le temps du bateau et, tandis qu'il regardait avec étonnement, l'évêque vit trois formes qui marchaient sur les eaux en direction du bateau. Le capitaine stoppa le bateau et tous les matelots s'appuyèrent au bastingage pour contempler ce spectacle étonnant.

     

        Quand les formes furent à portée de voix, l'évêque reconnut ses trois amis, les pêcheurs.

        « Évêque! crièrent-ils, nous tant contents rencontrer vous. Nous entendre votre bateau passer près notre île et venir vite vite rencontrer vous. »

        « Qu'est-ce que c'est, que vous voulez? » demanda l'évêque pris d'une sainte frousse.

        « Évêque, dirent-ils, nous tant tant malheureux. Nous oublier belle prière. Nous dir e: Notre Père dans les Cieux, ton nom soit sanctifié, ton règne vienne ... ensuite, nous oublier. S'il vous plaît dire toute prière encore. »

     

        L'évêque se sentit humilié. « Retournez chez vous, mes bons amis, dit-il, et chaque fois que vous prierez, vous direz: 'Nous sommes trois, vous êtes trois, pitié pour nous! '» (Histoire de A. De Mello).

     

    LIEN: Un théologien a écrit : « J'aime l'évêque de cette histoire car il est capable de reconnaître la vraie communion avec Dieu quand il en est témoin, une communion qui va bien au-delà des mots et des formules ». Et c'est justement ce que nous rappelle cette fête de la Sainte Trinité. Un Dieu qui est Père, Fils, et Esprit Saint et dont l'amour a été répandu dans nos cœurs. Et quand nous vivons de cette communion et de cet amour, notre prière produit une légèreté, une capacité de marcher dans la lumière, même sur les vagues du danger.

     

    Source www.interbible.org

     

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  • À qui appartient la Terre ?

    marée noire

    Le 28 avril 2010, un bateau est au milieu de la nappe de pétrole due à l'explosion
    de la platerforme pétrolière Deepwater, dans le Golfe du Mexique
    (photo © C. GRAYTHEN /AFP)

    Si les 800 000 litres qui s’échappent chaque jour d’un puits sous-marin dans le Golfe du Mexique focalisent l’attention, d’autres marées noires se déroulent dans une indifférence quasi-générale. Ainsi en Alberta, au Canada, les rejets atmosphériques dus à l’extraction des sables bitumineux et à leur transformation en pétrole causent l’équivalent d’une marée noire répétée chaque année! C’est précisément cette industrie qu’est venu défendre le premier ministre Stephen Harper à l’occasion du sommet Union européenne / Canada ce mercredi 5 mai à Bruxelles. Cancre en matière de lutte contre le changement climatique, le Canada refuse tout engagement contraignant sur la réduction des gaz à effet de serre (GES). Ottawa entend en effet protéger cette industrie pétrolière dont chaque baril produit à partir des sables bitumineux cause trois fois plus de GES qu’un baril conventionnel.

    Source : Le Monde diplomatique, avril 2010.

    Texte biblique : Psaume 24 et Lévitique 25, 23

    C'est au Seigneur qu'appartient le monde avec tout ce qu'il contient,
    la terre avec ceux qui l'habitent.

    C'est lui qui l'a fixée au-dessus des mers, et la maintient au-dessus des flots.
    — Qui sera admis à gravir la montagne du Seigneur, son saint temple ?
    — Ceux qui ont gardé mains nettes et cœur pur,
    qui ne sont pas attirés vers le mensonge (les vanités, i.e. les idoles) 
    et n'ont pas fait de faux serments.
    Ils recevront la bénédiction du Seigneur et l'approbation de leur Dieu, le Sauveur.
    Voilà les vrais fidèles du Seigneur, ceux qui se tournent vers Dieu,
    voilà le vrai Jacob
    Portes, relevez vos linteaux ; haussez-vous, portails éternels,
    pour que le grand Roi fasse son entrée !
    — Qui est ce grand Roi ?
    — C'est le Seigneur, le puissant héros, le Seigneur, le héros des combats.
    Portes, relevez vos linteaux ;
    haussez-vous, portails éternels, pour que le grand Roi fasse son entrée !
    — Qui est donc ce grand Roi ?
    — C'est le Seigneur de l'univers, c'est lui le grand Roi.

    Une terre ne pourra jamais être vendue de manière définitive, car la terre m'appartient, à moi, le Seigneur, et vous serez comme des étrangers ou des hôtes résidant dans mon pays. C'est pourquoi, dans tout le pays que je vous donnerai, vous fixerez les règles permettant à quelqu'un de racheter une de ses terres.

    Commentaire : La souveraineté de Dieu sur la création

         La grande question que se posent les grands de ce monde dans leurs conciliabules du G20 ou du G8 est la suivante : à qui appartiennent la terre et ses ressources. Ils sont tenus en otage par le capitalisme dont ils ont fait leur dieu, leur idole, leur vérité dogmatique. Il y a bien Sarkosy qui prétend refonder le capitalisme après la récente crise économique ou encore Obama qui rage du peu d’éthique des voyous à cravate de Wall Street, mais on peut dire que la montagne en travail enfante d’une souris. Beaucoup de blabla, mais peu d’action. Et ainsi, nous nous dirigeons vers un point de non retour, le « tipping point » dont nous parlent les écologistes à propos du réchauffement climatique causé par l’activité humaine. La planète Terre est menacée par une espèce en voie de disparition, les humains.

         Les grandes compagnies multinationales se disputent la propriété de la terre et veulent en disposer à leur guise, pour leur plus grand et plus rapide profit possible. Elles le font avec la protection des gouvernements qui servent leurs intérêts et oublient la vie des peuples et la vie tout court. Leurs idoles prétendent se substituer au Créateur : l’or, le pétrole, les métaux, l’eau douce et les océans, les terres agricoles, l’espace interplanétaire, tout est sujet d’appropriation et devient simple marchandise.

         En décembre 2009, la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique fut un échec. En dernière heure, Obama s’est entendu avec le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et la Chine sur un accord mou et sans contraintes pour ne pas nuire aux intérêts économiques des grands. Solitaire, Evo Morales de Bolivie a élevé le ton : « Ou c’est le capitalisme qui meurt, ou c’est la planète » et trois mois plus tard, en avril 2010, le président aymara convoquait à Cochabamba les peuples et les mouvements sociaux à une Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Mère Terre.  Plus de 20 000 personnes, venues de 120 pays, répondaient à son appel.
    Les autochtones ont toujours considéré la Terre comme une mère cosmique (la Pachamama) qui permet à tous et toutes de bien vivre. Le bien vivre, (Sumak kausai en quitchua), inscrit dans les Constitutions de Bolivie et de l’Équateur, est une conception traditionnelle des Andes. On reconnaît la nature comme ayant des droits, tout comme les peuples et les individus. Aujourd’hui, l’écologie confirme cette vision : la terre est un organisme vivant, complexe, autorégulateur, où tous les organismes sont interdépendants. La terre est vivante et par conséquent, dotée de dignité. Elle inspire et impose le respect. On doit reconnaître le lien d'interdépendance entre tous les êtres vivants ainsi que la valeur de toute forme de vie, quelle qu'en soit son utilité pour l'être humain.

         Dans la tradition hébraïque, le psaume 24 nous donne le fondement de la foi au Créateur : « C'est au Seigneur qu'appartient le monde avec tout ce qu'il contient, la terre avec ceux qui l'habitent. » En affirmant la souveraineté de Dieu, on exprime la conviction que sur cette terre, toutes les « puissances » doivent se soumettre à un seul Seigneur, Celui de la Vie. Dans la prière d’Israël, ce refrain est souvent réitéré avec son corollaire : « Une terre ne pourra jamais être vendue de manière définitive, car la terre m'appartient, à moi, le Seigneur, et vous serez comme des étrangers ou des hôtes résidant dans mon pays. » On n’a pas le droit de prendre la place de Dieu et de s’approprier la terre. C’est ce qu’Adam a fait. La mission des humains sur terre est d’être des administrateurs, des gérants qui défendent les intérêts du Créateur, leur Seigneur.

         Le théologien brésilien, Leonardo Boff, dans sa réflexion sur la rencontre de Cochabamba parle de marier le Ciel avec la Terre. Il affirme que nous entrons dans une nouvelle phase historique : « l’irruption de la conscience planétaire avec la perception que nous formons une espèce unique, qui occupe une maison commune avec laquelle nous formons une communauté de destin. » Aujourd’hui surgit la préoccupation pour l’Humanité considérée comme un tout et pour la Terre considérée non pas comme un objet, une matière inerte, une ressource, mais bien comme un organisme vivant dont nous, les humains, somme l’expression consciente.

         Au moment où j’écris ces lignes parvient la nouvelle que l’Association des produits forestiers du Canada et neuf groupes environnementaux ont conclu une entente historique sur la gestion de 29 millions d'hectares de forêt boréale où la biodiversité est menacée. Voilà une source d’espoir. Nous n’avons pas le choix, c’est de notre survie comme planète qu’il s’agit; nous avons l’énorme responsabilité de conjuguer économie avec écologie. L’économie capitaliste prédatrice doit céder la place à une économie réelle durable et harmonieuse. Notre mission est de faire de cette planète un grand jardin d’Éden où l’on trouve la justice, la paix, la sécurité, un jardin où toute vie peut s’épanouir en toute liberté, un jardin où l’on peut bien vivre.

         Le Règne de Dieu, message central de la prédication de Jésus, est quelque chose de concret. Le Règne des Cieux se réalise ici-bas sur la Terre mère. Quels sont ceux et celles qui peuvent y entrer? Le psaume 24 les décrit ainsi : — Ceux qui ont gardé mains nettes et cœur pur, qui n’ont pas étiré la gorge vers l’idole et n'ont pas juré pour tromper. Alors que le dieu argent produit de la corruption et de la fraude partout, on nous rappelle d’éviter les pots-de-vin et de marcher droit. Il faut de la transparence et une authentique justice. A bien y penser, on dirait que ce psaume a été écrit dans le contexte actuel. Prions pour que le gouvernement canadien cesse d’adorer le veau d’or des sables bitumineux et cherche une économie au service de la justice sociale, de l’élimination de la pauvreté et la préservation de la terre, notre mère nourricière.

    Lire la Charte de la Terre : http://www.citerre.org/chartreterremct.htm

    Claude Lacaille

    claude lacaille

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  • Un seul et même peuple?

    http://architecture.relig.free.fr/images/sarcophages/trois_hebreux.jpg

    QuestionDans la Bible, plusieurs noms désignent le peuple choisi : Hébreux, Juifs, Israélites, Judéens. Pouvez-vous m'éclairer sur le sens de ces termes? (D.B.)

    RéponseTous ces termes sont en effet utilisés pour désigner ceux que la Bible désignent comme le peuple élu. Mais s'agit-il d'un seul et même peuple? Essayons d'y voir un peu plus clair.

    Les Israélites

         Voyons d'abord le terme Israël (et les expressions apparentées) qui est le plus courant dans la Bible. Tout au long de leur histoire, les membres du peuple élu se définissent comme les Fils d'Israël. À partir du livre de l'Exode (1,1) jusqu'à l'Apocalypse (21,12), l'expression signifie : l'ensemble du peuple qui se reconnaît comme descendant d'Israël. Le peuple se perçoit comme une grande famille remontant à un seul ancêtre.

         À l'origine, le mot Israël semble être un nom de personne et il signifie sans doute : Que Dieu se montre fort. Il apparaît, dans la Genèse, comme un nouveau nom donné par Dieu au patriarche Jacob (32,28-29; 35,9-10) sans que le nom de Jacob ne soit pour autant abandonné par la suite.

         Tout au long de l'histoire, ce nom d'Israël demeure le plus courant pour désigner le peuple de la Bible. Durant une période de plus de deux siècles, Israël fut aussi le nom d'un État, le royaume du Nord, né de la division de l'ancien « royaume-uni » de David et de Salomon. En 1948, lors de la création de l'État moderne d'Israël, c'est ce nom qui fut retenu pour désigner la nouvelle patrie des Fils d'Israël. Aujourd'hui, Israélien signifie citoyen de l'État d'Israël ou relatif à cet État alors qu'Israélite est devenu quasi-synonyme de juif.

    Les Hébreux

         Saint Paul se félicite d'être Hébreu, fils d'Hébreux (Ph 3,5). À son époque, ce terme représente surtout une catégorie linguistique. Si Paul se dit Hébreu, fils d'Hébreux, c'est que sa famille a conservé la langue des ancêtres plutôt que d'épouser la culture grecque ambiante. Mais attention! Ce que le Nouveau Testament appelle la langue hébraïque» hébreu biblique. La langue commune, dans les régions sémitiques de l'Empire romain, c'est l'araméen. À l'époque de Jésus et de Paul, seule une infime minorité parle ce que nous appelons l'hébreu, son usage étant pratiquement réservé au culte. n'est pas « notre

         Dans l'Ancien Testament, le mot hébreu et ses dérivés sont rares. Le plus souvent, on trouve ces mots dans des textes relatifs à des événements anciens : la période des patriarches (Gn 14,13; 39,14.17; 41,12; 43,32), celle de l'Exode (Ex 1,15.16.19; 2,7.11.13), celle des guerres contre les Philistins (1 S 4,9; 13,3.7.19) Dans la plupart des cas, le mot distingue les Hébreux des étrangers. Si quelqu'un se dit lui-même Hébreu, c'est pour s'affirmer par rapport à un autre; souvent aussi ce sont les autres, les non-Hébreux, qui emploient ce terme, pas nécessairement flatteur, pour qualifier une personne ou un groupe.

    Les Juifs et les Judéens

         Dans l'Ancien Testament, ce terme est plutôt rare et d'usage récent. Il désigne d'abord les citoyens du Royaume de Juda (Royaume du Sud); il a alors une connotation sociologique et politique (2 R 16,6; 25,25; Jr 32,12; 38,19; 40,11-12). L'accent peut aussi porter sur la valeur ethnique du mot, par exemple, les Judéens exilés volontaires en Égypte (Jr 43,9; 44,1).

         Après l'exil, le peuple élu n'a aucune institution politique propre à laquelle s'identifier. Yehudi prend le sens actuel du mot juif, à savoir un membre du peuple élu, peu importe sa citoyenneté ou son lieu de résidence. On trouve déjà ce sens dans le livre de Néhémie (1,2; 2,16; 3,33-34) et surtout dans le livre d'Esther (2,5; 3,4.6.10.13).

         Dans le Nouveau Testament, le mot loudaios, courant, est employé le plus souvent au pluriel. Il a généralement une portée à la fois ethnique et religieuse. S'en réclame quiconque appartient au peuple élu par sa naissance et pratique la religion découlant de l'Alliance. Selon les contextes, le terme peut être employé de manière neutre (Mt 2,2) ou avec des nuances plus ou moins péjoratives. Un étranger l'utilisera avec un certain mépris pour ce peuple différent (Mt 27,37); on pourra l'opposer à chrétien, c'est-à-dire groupe des disciples de Jésus. Le terme juif désigne alors les membres du peuple élu qui refusent d'adhérer au mouvement instauré par Jésus de Nazareth (1 Co 1,23).

         Dommage que certains aient utilisé ces textes, écrits dans le contexte de la naissance de l'Église, pour tenter de justifier l'antisémitisme.

    Source : Bible pas à pas, no 27, Parabole, janvier-février 2004.

    Jean Grou

    Jerôme longtin

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  • « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison. » 2 Timothée 1,7

    Coucher de soleil


    Face aux défis de la survie en ce monde, nous sommes confrontés à nos limites, nos failles, nos défauts. Nous sommes si petits et les enjeux si grands! Il en va de même pour les défis de la mission que le Christ nous a confiée.

     

    Serons-nous à la hauteur ? L’Esprit que Dieu donne ne fait pas les choses à notre place, mais il nous permet de faire face aux défis avec force, amour et raison.

     

    Nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes, loin s’en faut; nous sommes accompagnés et investis d’une force venue d’en haut, qui n’attend que nous pour s’exprimer avec amour et avec raison. Si la peur nous envahit et nous paralyse, chassons-la avec l’Esprit que Dieu nous a donné!


    Rodolfo Felices Luna
    Bibliste, Un
    iversité de Sherbrooke

     

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  • Un don d'amour

    Multiplication des pains Luc 9, 11b-17
    Autres lectures : Genèse 14, 18-20; Psaume 109(110); 1 Corinthiens 11, 23-26

     

    Aujourd’hui l’Église catholique romaine célèbre une richesse spirituelle qui a été déclarée récemment par le pape Benoit XVI comme le sommet du catholicisme : le sacrement de l’Eucharistie. Dans ce sacrement, les catholiques croient que le Christ devient mystérieusement présent dans le pain béni par le prêtre lors de la messe. Sour la forme du pain eucharistique, Jésus devient encore aujourd’hui accessible à nos sens. Les croyants et les croyantes peuvent le voir, le goûter et, depuis le concile Vatican II, le toucher. Ce mystère, une réalité que la raison humaine n’a jamais fini d’approfondir, montre bien à quel point Dieu nous aime. Après l’ascension de son Fils, Dieu aurait pu laisser ses enfants démunis, sans aucune réalité concrète pour nous lier à lui. Il n’a pas fait ce choix. Au contraire il a offert à l’humanité plusieurs cadeaux : sa Parole que plusieurs membres du Corps du Christ considèrent contenue totalement dans la Bible, les sacrements comme l’Eucharistie, ses témoins, etc.

    Un don contesté

         Certains théologiens ont trouvé simpliste la formule des trois blancheurs pour énoncer ce qui caractérise la famille catholique parmi les autres familles chrétiennes (orthodoxes, protestants, anglicans) : la papauté, la Vierge Marie et  l’Eucharistie. Les différentes branches de l’arbre enraciné dans le Christ n’ont donc pas la même conception de l’Eucharistie. Plusieurs affirment que la majesté du Christ, le Fils du Père, ne peut pas se réduire à une forme aussi indigne que du pain. Cette différence doctrinale est devenue, au fil des siècles, un facteur majeur qui a semé la division parmi les enfants de Dieu. Le don d’amour de la Trinité a été transformé en élément de discorde et, parfois, en élément de haine.

    Au-delà de la discorde

         Au-delà des divergences sur la présence du Christ dans le pain eucharistique, tous les fidèles sont d’accord sur le sens profond du geste institué par le Seigneur lors de la Cène : une nouvelle alliance a été inaugurée entre Dieu et l’humanité grâce au Christ qui est mort sur la croix et qui est par la suite ressuscité. Lors du miracle de la multiplication des pains, relaté dans l’Évangile de cette célébration, Jésus pose des gestes semblables à ceux qu’il fera lors du dernier repas pris avec ses apôtres. Ces actes illustrent la profondeur de l’union qui existe désormais entre la Trinité et sa création.

         D’abord, comme dans la dernière Cène, le pain est présenté par des hommes, les disciples. Ce pain symbolise l’univers matériel de la création et l’action humaine qui le transforme. En effet, le blé, le levain et l’eau, éléments de la nature, deviennent du pain à cause du travail du boulanger. Après un geste fait par l’être humain qui signifie aussi son libre choix de s’unir à Dieu, Jésus prend le relais en bénissant le pain.

         Cette action du Christ signifie en premier lieu sa propre acceptation de s’unir au monde humain car, en bénissant le pain, le Sauveur l’introduit dans son domaine : le Royaume des cieux. Mais le Seigneur n’en reste pas là. Il veut bien faire comprendre que le salut chrétien ne doit pas rester enfermé dans l’intériorité de chaque personne. Il doit être diffusé, partagé. Jésus brise donc le pain. Il met donc la nourriture dans un état pour qu’elle soit partagée. Par la suite, Jésus ordonne la répartition du pain rompu. Il faut remarquer que la distribution du pain se fait sous l’initiative du Seigneur. Sans lui, le salut ne se produirait pas. La Nouvelle Alliance n’aurait simplement pas débuté.

         Après avoir initié le partage du pain, les disciples exécutent la volonté du Seigneur. Ils passent à travers la foule et offrent le pain, aliment essentiel à la vie. En effet, une personne qui ne mange pas meurt. Le pain, symbole de la Nouvelle Alliance, exprime bien que le salut du Christ est orienté vers la vie, la vie éternelle. En plus, en confiant la distribution du pain aux disciples, le Sauveur dévoile son intention de mettre à contribution ses sœurs et frères humains dans la construction de l’Église, son Corps sur terre. Le lien entre la Trinité et l’humanité se continue donc dans l’action. La transformation du cœur humain devient ainsi une transformation du monde extérieur.

         Après cette distribution, le processus sacré se termine avec le repas. Tous les actes précédents ne serviraient à rien si les individus ne s’unissaient pas au Sauveur en mangeant le pain béni et rompu par Lui. Un refus des personnes rendrait le processus antécédent stérile, sans conséquence. Luc signale dans la narration du miracle que la foule a été rassasiée. Ce détail n’est pas anodin car l’évangéliste veut dire ici que le salut chrétien va assouvir tous les appétits humains : amour, bonheur, etc. En acceptant de devenir membre du Corps du Christ, l’être humain connaîtra le bonheur parfait et sentira l’amour de la Trinité que rien ne peut surpasser ou détruire.

    Une illustration séculaire

         Souvent les croyantes et les croyants font des liens dans l’Écriture. Ici le peuple élu, Israël, a vu dans la rencontre entre Abraham, le père des croyants, et Melkisédek, un païen, l’hommage que la nation sainte rendrait à Yahvé à Jérusalem. En effet, Melkisédek est roi de Salem ou, selon les érudits de l’Ancienne Alliance, de Jérusalem. Les premières communautés chrétiennes ont plutôt perçu dans le pain apporté par le roi une annonce de l’Eucharistie. En effet, Melkisédek est aussi grand-prêtre, qui fait office de médiateur entre la divinité et l’humanité. Dans notre épisode, il bénit le pain et le vin comme l’ultime grand-prêtre, Jésus, lors de la dernière Cène. Les premiers amis de Jésus ont donc vu dans ce texte de l’Ancienne Alliance une préfiguration de ce qui se produirait dans la Nouvelle.

    Un témoignage important

         Aujourd’hui la plupart des scientifiques qui étudient la Bible admettent que les Évangiles ont été écrits plusieurs décennies après la mort et la résurrection du Sauveur. Cet argument permet souvent aux détracteurs de la foi de remettre en question la véracité historique du contenu évangélique. L’être humain oublie. La vérité historique peut donc être modifiée surtout si celle-ci n’est pas immédiatement rapportée sur un support quelconque dans un délai très court après l’événement. Le témoignage de Paul contrecarre en partie les critiques qui voudraient remettre en question l’authenticité historique de l’Eucharistie. Dans l’extrait proclamé aujourd’hui, l’apôtre des Gentils raconte que les premières communautés chrétiennes célébraient l’Eucharistie selon un rituel qui aurait été fixé par le Sauveur lui-même. Quand Paul écrit, il rapporte ce qu’il a vu et entendu à son époque. Les historiens ont donc ici un document qui répond à des critères de vérité historique puisque Paul ne rapporte pas des événements qui auraient eu lieu dans un passé lointain. L’Église peut donc avec certitude célébrer un rite qui a été pratiqué par les premières communautés chrétiennes et qui a été attribué par elles au Seigneur lui-même.

     

    Benoît Lambert

    Benoit Lambert

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2233. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     

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  • Editorial

    L’ANNONCIATION sans la NATIVITÉ a-t-elle un sens ?

    par Maurice Saliba

    http://preprod.meltem-int.com/marie/blog/wp-content/uploads/2010/03/botticelli_annonciation.jpg

     

    ______Suite à une requête présentée par une délégation interreligieuse, le gouvernement libanais vient de décréter que le 25 mars, jour où les chrétiens célèbrent l’Annonciation, soit désormais une fête nationale islamo-chrétienne, donc officielle et fériée dans tout le pays. Il considère que la vénération de la Vierge Marie tant par les chrétiens que par les musulmans, pourrait contribuer à la cohésion nationale et consolider le rapprochement entre les deux religions. Or, la question qui demeure, c’est de savoir si ce message prometteur permet d’ouvrir les esprits vers une meilleure compréhension et aller plus loin.
     

     

    ______La mère de Jésus bénéficie dans le Coran d’une place exceptionnelle et privilégiée. Son nom y est répéta trente-quatre fois. Le texte reconnaît de multiples faveurs à ses ancêtres. Il décrit élogieusement sa naissance miraculeuse. Il la suit jusqu’à son entrée au Temple où le grand prêtre, Zacharie, la reçoit et prend soin d’elle.
     

     

    ______Quand à l’Annonce, citée dans le Coran, que l’ange a faite à Marie à propos de la naissance prodigieuse et virginale de Jésus, « un garçon pur », elle dévoile tout le mystère du Christ, « Verbe de Dieu… Esprit de Lui…, illustre dans ce monde et dans la vie future ».
     

     

    ______Les « théologiens musulmans » ont largement développé l’importance de Marie en islam, mais sans oser approfondir le mystère de Jésus et clarifier tout ce que le Coran en dit. Ainsi, ils ignorent tous les titres qui lui sont conférés dans le Coran, tels que : « un VERBE de Lui… un ESPRIT de Lui…son nom est le MESSIE… un SIGNE pour les hommes… une GRÂCE de notre part… l’un des INTIMES de Dieu ». Tout ceci ne constitue-il pas une annonce d’un plan divin ? En raison de ce plan divin annoncé dans le Coran, les exégètes musulmans confirment la naissance merveilleuse de Jésus comme l’œuvre de la toute-puissance de Dieu. Ils s’obstinent, cependant, à ne voir en lui qu’un prophète comme tous les autres prophètes venus avant lui.
     

     

    ______N’a-t-on pas le droit de s’interroger quant aux mobiles qui les empêchent d’en tirer des leçons plus pertinentes et d’aller au fond du texte ? Ne sont-ils pas censés se demander pourquoi Jésus n’est-il pas venu à l’existence comme le reste du monde ? Quelle est la raison pour laquelle Dieu s’est intervenu directement dans sa naissance ? Quelle est la finalité de cette intervention divine ? Les savants et les docteurs ès sciences islamiques ont toujours, hélas, occulté de telles questions par des réponses évasives.
    _

    _____Or aujourd’hui, une brèche est atteinte. Le fait que des musulmans libanais, beaucoup plus sensibles à l’ouverture aux non musulmans, aient décidé de célébrer avec les chrétiens la fête de l’Annonciation de Marie, augure une nouvelle ère de compréhension du message divin de la Vierge de la part de certains intellectuels musulmans. Cependant, si cette initiative demeure sans suite séquentielle et logique, elle se révélera infructueuse voire éphémère. On ne peut vénérer l’Annonciation et la séparer de la Nativité de Jésus, de sa destinée exceptionnelle, de son élévation au ciel, comme du rôle unique qu’il a joué dans l’histoire du salut.

     

    ______Espérons qu’un réveil théologique sérieux en islam secoue les consciences et fasse découvrir rapidement aux musulmans du monde entier l’indispensable association entre le Noël chrétien et l’Annonciation. Cette perspective pourrait bouleverser la dogmatique islamique. Ne nous serait-il pas alors possible de concevoir et de préparer dès maintenant une célébration commune à Paris entre chrétiens et musulmans à la prochaine fête de l’Annonciation et de la couronner par une célébration également commune de la Nativité ?


    source http://www.eecho.fr

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  • http://herve.delboy.perso.sfr.fr/jonas.jpgLe signe de Jonas

     

     

     

     

    QuestionJésus leur avait répondu : « Il vous sera donné de miracle que celui Jonas » (Ce dernier avait passé trois jours et nuits au sein de l'abime). Les trois jours, entre la mort et la résurrection de Jésus, sont-ils des jours littéraux de 24 heures ou un symbole? (Müller)

    RéponsePour éclairer cette question, commençons par retrouver le texte dont il est ici question. Par deux fois, dans l’évangile de Matthieu, Jésus parle du signe de Jonas, chaque fois dans le contexte particulier d’une demande de « signe » faite par les scribes et les pharisiens. Commençons par la première citation en Mt 12,38-41 :

    Alors quelques-uns des scribes et des Pharisiens prirent la parole et lui dirent (à Jésus) : « Maître, nous désirons que tu nous fasses voir un signe. » Il leur répondit : « Génération mauvaise et adultère! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! »

         Un peu plus loin, en Mt 16,1-4, Jésus se retrouve face à des pharisiens et des sadducéens qui lui demandent de leur faire voir un signe venant du ciel. La réponse est aussi cinglante que la première. Jésus leur reproche de savoir parfaitement lire les signes du temps qu’il fera, mais d’être incapables de reconnaître « les signes des temps messianiques » dans les miracles qu’il fait. Et il conclut : « Génération mauvaise et adultère! elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. »

         Le contexte de ces paroles est clairement polémique. Les autorités religieuses et politiques – pharisiens, scribes et sadducéens – sont gênées par les paroles et les faits et gestes de Jésus. Ces hommes voient et entendent des choses surprenantes et les signes accomplis par le rabbi de Nazareth n’ont rien de répréhensible. Ils sont obligés de reconnaître le caractère prophétique de ses actions, mais ils sont incapables de se décider pour ou contre lui. Ils aimeraient avoir des preuves irréfutables avant de croire en Jésus et d’admettre qu’il agit et parle au nom de Dieu. Ils ne recevront pas de signe absolument probant; ils n’entendront que sa parole. C’est sur la base de ce qu’il dit à tous ceux qui le suivent et de ce qu’il fait, qu’ils ont à se décider pour ou contre lui. La foi en Jésus proclamé « Christ et Seigneur » est un acte de confiance qu’on lui donne. Cet acte ne relève pas d’une « preuve scientifique » mais d’une décision personnelle que l’on prend au plus intime de soi-même, sur la base de ce que l’on découvre auprès de lui. Ainsi Pierre en Jn 6,57-58 : Jésus voit une partie de ses disciples le quitter à la suite des paroles qu’il dit sur le pain de vie. Il pose la question à ses disciples les plus proches : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre prend la parole et prononce ce magnifique acte de foi : « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle! » Sa foi en Jésus repose sur ce qu’il a entendu, des paroles assez riches de sens pour bouleverser sa vie.

    Le signe de Jonas

    Jonas rejeté par le poisson

    Jonas rejeté par le poisson
    bas-relief de la cathédrale d'Amiens (France)

         Revenons à la question posée au départ. Jonas est le héros d’un petit livre du Premier Testament, que l’on classe parmi les livres prophétiques, mais qui n’en a pas la forme. C’est un récit tardif qui nous présente la vie d’un prophète récalcitrant. Il n’apprécie pas du tout, mais pas du tout, la mission que Dieu lui confie. Alors il tente d’y échapper, en prenant le bateau. Mais la tempête se déchaîne et le sort le désigne comme responsable de ce qui arrive. Passé par-dessus bord, Jonas est avalé par un gros poisson qui le recrache sur le rivage, trois jours plus tard, et le renvoie à sa mission qui est  d’annoncer le châtiment de Dieu à la grande ville païenne de Ninive. Contrairement à toute attente, la ville, du plus petit jusqu’au plus grand, accueille favorablement la parole du prophète et fait acte de repentance. Alors Dieu renonce au châtiment, ce qui suscite la colère du prophète qui s’était installé sous un petit arbre pour voir le spectacle...

         Ce petit livre n’a rien d’historique. Il est écrit dans une perspective étonnamment universaliste, ouverte aux païens, sur le mode d’une grande parabole à destination des Juifs revenus d’exil, qui s’installent à Jérusalem en s’enfermant dans leur propre particularité. Avec beaucoup d’humour et d’ironie, l’auteur de ce livre fait de Jonas la figure symbolique de ce judaïsme fermé sur lui-même qui découvre que Dieu ne rejette pas les païens qui se tournent vers lui. Si Jésus parle du signe de Jonas, c’est aussi dans cette perspective. Il donne en exemple, aux scribes et aux pharisiens, les habitants de Ninive qui se convertissent après avoir entendu la parole de Jonas. C’est le seul signe que donne le prophète : une parole forte annoncée au nom de Dieu. Jésus ne fait pas autre chose. Il a refusé à toute forme de stratégie médiatique visant à séduire ceux qui le voient. Il parle, annonce le Royaume, apaise les cœurs blessés, libère les consciences qui ploient sous le poids de la culpabilité, relève l’humain condamné, accueille le rejeté... Ce qu’il dit et fait ouvertement est la seule base qu’il donne à ses adversaires pour juger de sa mission. À vous de décider, leur dit-il! Cette invitation est aussi adressée à chacun de nous!

         Reste la question des trois jours. Dans le langage biblique, le chiffre trois définit un temps ou une période réduite ou limitée. Le séjour de Jonas dans le ventre du poisson appartient au genre littéraire de ce type de récit. Il a une valeur symbolique. Dans son évangile, Matthieu en fait le symbole de l’événement de la résurrection. Au matin du troisième jour, les femmes découvrent le tombeau vide et sont, les premières, les témoins d’un événement qui échappe à toute forme de mainmise humaine. Les disciples ne savent que penser. Ils hésitent entre le doute et l’incompréhension. Puis, à leur tour, ils font l’expérience d’une rencontre qui les bouscule et les transforme intérieurement. Ils n’ont aucune preuve, si ce n’est le signe d’une Parole dont ils se souviennent et qui va bouleverser leur vie. Aujourd’hui encore cette Parole nous arrive, relayée par le témoignage de celles et ceux qui en ont fait une source d’amour et de vie. Elle peut le devenir également pour celles et ceux qui l’accueillent et acceptent de l’entendre en profondeur. À vous d’en décider! Il n’y aura pas d’autre signe!

    Roland Bugnon

    roland bugnon

    Source www.interbible.org

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  • Quand l'amour conduit au pardon

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    Fête dans la maison de Simon le Pharisien; Pierre Paul RUBENS; vers 1618 huile sur toile, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg

     

    La pécheresse aimante et pardonnée : Luc 7, 36 - 8, 3
    Autres lectures : 2 Samuel 12, 7-10.13; Psaume 31(32); Galates 2, 16.19-21

     

    À huit jours du début officiel de l’été, nous lisons ce dimanche un épisode de l’Évangile qui commence comme plusieurs de nos rencontres de vacances. Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table (Lc 7,36). Voilà de quoi nous faire rêver à ces repas entre amis qui font les délices des belles soirées d’été. Mais ce qui s’annonçait comme un repas amical est interrompu par un incident imprévu. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum (vv. 37-38).

    De la visite inattendue

         En entendant parler de cette femme, notre mémoire se met en marche. À cause d’une certaine tradition, nous pensons tout de suite à Marie de Magdala. Nous pensons aussi au repas que Jésus a pris à Béthanie peu de temps avant sa mort. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête (Marc 14,3 ; voir Matthieu 26,6-13 ; Jean 12,1-8). Mais si nous laissons ainsi aller notre imagination, nous risquons de passer à côté du message de l’Évangile. Luc ne nous révèle ni le nom de cette femme, ni la nature de son péché. Il insiste plutôt sur le malaise suscité par l’entrée de cette femme dans la salle du repas. Voilà le mouton noir du village qui arrive sans avoir été invité ! Pire encore, ses gestes sont inacceptables. Elle qui est impure s’approche et mouille de ses larmes les pieds de l’invité d’honneur, lui communiquant ainsi son impureté. Elle dénoue ses cheveux, ce qu’une femme ne fait pas en public dans la société de l’époque. Avec ses cheveux, elle essuie les pieds de Jésus. Elle les couvrait de baisers et y versait le parfum (Luc 7,38). Avec tout cela, on peut facilement comprendre la réaction de Simon le pharisien.

         Une surprise nous attend cependant quand Luc nous rapporte ce que Simon se dit en lui-même. Le jugement du pharisien ne porte pas tant sur la femme que sur Jésus qui se laisse ainsi approcher. Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse (v. 39). La venue de cette femme dans la salle de banquet nous apprend donc quelque chose de nouveau. En voyant un pharisien inviter Jésus, nous aurions pu le croire favorable à celui-ci, mais vu la suspicion qui monte au cœur du pharisien, on peut mettre en doute les motifs de son invitation. Dès que Jésus laisse cette femme le toucher, le pharisien met en doute son identité. Je croyais que c’était un prophète, mais il n’en est rien.

    Une parabole qui tombe à point

         La situation est tendue et Jésus le sent bien. Pour désamorcer le tout, il prend la parole et raconte une parabole. Rien de tel qu’une bonne histoire pour détendre l’atmosphère. Mais c’est une arme à deux tranchants. « On sait qu’une parabole a pour but de faire réfléchir quelqu’un sur la situation qu’il vit, mais sans qu’il en ait conscience. Nous avons bien du mal à être objectifs quand il s’agit de nous-mêmes. Une parabole nous présente notre propre histoire, mais la raconte comme s’il s’agissait d’un autre »1.

         C’est vraiment le cas ici. À première vue, la parabole que raconte Jésus a peu à voir avec la situation qu’il cherche à dénouer. Un créancier avait deux débiteurs; le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette (vv. 41-42). Qui peut être identifié au créancier? À qui pense donc Jésus quand il parle de deux débiteurs? Il s’agit, à première vue, d’une histoire neutre qui ne regarde en rien ce qui vient de se passer autour de la table du pharisien. D’ailleurs, Jésus ne demande pas à son hôte de se prononcer sur l’identité des débiteurs : Lequel des deux l’aimera davantage? (v. 42). Simon le pharisien répond que le débiteur à qui l’on remet la plus forte somme aimera davantage le créancier généreux qui fait grâce. Tu as raison, lui dit Jésus » (v. 43). Mais en quoi cela vient-il éclairer le geste de la femme envers Jésus et le jugement négatif du pharisien provoqué par le fait que Jésus se laisse toucher par elle?

    Cet homme, c’est toi ! (2 S 12,7)

         Pour que Simon le pharisien puisse faire le lien entre cette parabole et ce qui vient de se passer chez lui, il doit changer son regard. Il ne voyait en cette femme qu’une pécheresse. Et à cause de l’action de celle-ci, il ne voyait plus en Jésus qu’un maître (v. 40) dont il fallait se méfier parce qu’il n’était pas un véritable prophète. Jésus l’invite à regarder de nouveau : Tu vois cette femme…? En même temps, il l’invite à se voir lui-même avec un regard neuf. En ne traitant pas Jésus comme on le faisait à l’époque avec les hôtes de qualité, il a fait preuve de peu d’amour. La femme, elle, a su montrer un amour qui ne se laisse pas arrêter par les convenances. D’où la conclusion de Jésus : Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour (v. 47).

         Simon n’est pas le seul qui est invité à regarder cette femme avec des yeux nouveaux. Nous qui accueillons cette parole dans nos cœurs aujourd’hui recevons la même invitation. Comme le pharisien de l’Évangile, toutes les fois que nous venons à l’église célébrer l’eucharistie, nous accueillons Jésus à notre table. Contrairement à Simon le pharisien, nous ne doutons nullement de la qualité de prophète de Jésus. Il est, nous le savons bien, le maître qui ne cesse de nous donner sa parole de vie. Bien plus, nous confessons qu’il est Christ et Seigneur. Et cela est très bien.

         Pourtant, comme Simon et ses invités, nous ressentons parfois un malaise en face du pardon des péchés. Trop souvent, à cause de mauvaises expériences vécues dans le cadre du sacrement de la réconciliation, ne nous arrive-t-il pas de fermer nos cœurs au fait que nous sommes pécheurs ? Ne nous arrive-t-il pas aussi de nous priver de l’amour miséricordieux de notre Dieu, lui qui ne cesse de nous offrir son pardon et sa guérison ? Le Seigneur Jésus aimerait tant nous voir lui donner plus souvent l’occasion de nous redire : Tes péchés sont pardonnés… Ta foi t’a sauvée. Va en paix! (vv. 48.50).

         Quand il nous raconte ce qui s’est passé chez Simon le pharisien ce jour-là, saint Luc ne nous dit pas quelle fut la réaction de Simon et de ses convives. Ont-ils changé d’idée par rapport à Jésus? Ont-ils appris à regarder cette femme avec les yeux de Dieu? Sont-ils entrés en eux-mêmes pour se reconnaître pécheurs? Sont-ils rentrés chez eux en ayant goûté au pardon et à l’amour de Dieu qui se manifeste en Jésus son Fils? À nous d’écrire dans le quotidien de nos vies le reste de cette page d’Évangile. Puisse notre amour être à la mesure du cœur du Christ.

    _________________

    1 Étienne Charpentier, « Le prophète ami des pécheurs », dans Assemblées du Seigneur, 42 (1970), p. 89.

     

    Yvan Mathieu, SM

     yvan mathieu

    Source: Le Feuillet biblique, no 2234. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     

    Source www.interbible.org

     

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  • Le visage de Dieu


    Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Luc 9, 13).

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        En 1987, un photographe journaliste a été envoyé en Équateur pour couvrir le tremblement de terre qui avait détruit une partie du pays. Au milieu des souffrances causées par cette catastrophe, il fut témoin d'une simple scène de compassion qui le remua profondément. Le photographe écrivit ceci :

     

        « La file était longue mais avançait rapidement. Et dans cette file, à la toute fin, se tenait une petite fille d'environ 12 ans. Elle attendait patiemment, pendant que ceux qui étaient en avant, recevaient un peu de riz, une conserve et un petit fruit. Lentement, mais sûrement, elle avançait tout près du comptoir de distribution, plus près de la nourriture. De temps en temps, elle jetait un coup d'œil vers la rue. Elle ne remarquait pas l'inquiétude croissante de ceux et celles qui distribuaient la nourriture. La nourriture se faisait de plus en plus rare. Leur anxiété était visible mais la petite fille ne s'en apercevait pas. Son attention semblait toujours être tournée vers ces trois figures sous les arbres de l'autre côté de la rue.

     

    Au moment où elle put enfin recevoir sa nourriture, il ne restait qu'une seule banane. Les travailleurs étaient gênés de lui avouer que tout était déjà distribué. Elle ne semblait pourtant pas agressive ni amère de n'avoir qu'une seule banane. Avec précaution, elle prit le précieux cadeau et courut de l'autre côté de la rue où trois enfants l'attendaient, peut-être ses deux sœurs et son frère. Elle pela la banane et la divisa très soigneusement en trois parts égales. Elle plaça le précieux fruit dans les mains des trois enfants en disant : « une part pour toi, une part pour toi et une part pour toi ». Puis, elle s'assit.

     

        À ce moment là, je le jure, j'ai vu le visage de Dieu (John Jackson, ).


    LIEN: Tant de besoins frappent à nos écrans, nos journaux et parfois jusqu'à notre porte. Des enfants, des femmes, des hommes dont nous perdons le visage dans la foule anonyme, « renvoyés » de nos mémoires, dépersonnalisés par le sentiment d'impuissance ou plus simplement par indifférence.

     

        Pourtant, comme nous, ils font partie de cette foule harassée par la marche de la journée portant au creux du ventre leur faim de pain, au creux du cœur leur faim de tendresse, leur faim de dignité, leur faim de sens. Le partage commence simplement avec ce que nous avons à portée de mains et de cœur.

     

    Source www.interbible.org


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