• Deux testaments : l’ancien et le nouveau

    testament.jpgQuestionOn parle de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament.  Que signifie alors le mot « Testament »? Est-ce un terme biblique? Par ailleurs, je constate que, de plus en plus, on emploie les expressions Premier Testament / Première Alliance et Deuxième Testament / Alliance Nouvelle. Pourquoi ce changement? (J.B.)

    RéponsePour comprendre le mot Testament, il faut se rappeler que la Bible, écrite en hébreu et en grec, nous est parvenue par l’intermédiaire du latin. Durant des siècles, en Occident, presque personne n’avait accès aux textes bibliques dans leur langue d’origine. C’est seulement à l’époque de la Renaissance (XVe siècle) qu’on a commencé à retrouver les textes originaux, non seulement de la Bible mais aussi des grands auteurs de l’Antiquité grecque. Jusque là, toute l’Église d’Occident - essentiellement européenne - lisait la Bible dans la traduction latine de la Vulgate réalisée au IVe siècle. L’usage répandu dans toutes les langues ouest-européennes provient directement du choix du mot Testamentum pour rendre les termes grec et hébreu que nous traduisons aujourd’hui, le plus souvent, par Alliance.

    Le livre de l’Alliance

         Il ne convient pas ici d’élaborer une théologie de l’Alliance; rappelons-nous toutefois que le mot latin testamentum était un bon choix à cause de son sens plus large que celui du mot français dans l’usage actuel. Il s’applique à toute disposition dont le caractère juridique repose sur l’initiative d’un sujet plutôt que sur l’accord mutuel des parties. Cette traduction met en évidence le fait que l’Alliance est due à l’initiative de Dieu : Il choisit Israël et fixe Lui-même les conditions d’existence de cette Alliance. Ce n’est pas un contrat négocié entre deux partenaires mais un don gratuit fait par Dieu au peuple élu.

     

         Avant d’être un écrit, l’Alliance - ou Testament - se veut d’abord un événement qui détermine un état de vie pour le peuple qui en bénéficie. Dans la Bible elle-même, on trouve quelques indices quant à l’usage de l’expression : le livre de l’Alliance (voir 1 M 1,57; Sir 24,23) et, dans un texte sur lequel nous allons revenir, Paul mentionne la lecture de l’Ancien Testament (2 Co 3,14). On peut conclure que dès avant l’ère chrétienne, on associait, selon l’usage, l’Alliance à un écrit; cet usage s’est perpétué dans l’Église lorsqu’on a désigné les Écritures comme Ancien et Nouveau Testament, c’est-à-dire ancienne et nouvelle Alliance.

     

         Le seul texte des Écritures hébraïques qui mentionne explicitement une Nouvelle Alliance est Jr 31,31 - que la Vulgate a rendue par foedus novum plutôt que par testamentum novum - et le prophète précise que cette alliance, contrairement à la précédente, sera écrite dans le cœur des croyants; donc, elle ne reposera pas sur un écrit matériel. Dans les Écritures chrétiennes, la formule Novum Testamentum apparaît aux récits de l’institution eucharistique (Lc 22,20 et 1 Co 11,25), dans l’épître aux Hébreux, commentant le texte de Jr 31,31 (voir Hé 8,8; 9,15) et surtout en 2 Co 3,6, en relation avec le Vetus Testamentum de 2 Co 3,14.

    Depuis le IIe siècle

         Ces versets de Paul se situent directement à l’origine de notre usage des expressions Ancien et Nouveau Testament. Ils appartiennent à un passage difficile (2 Co 2,12 - 4,6) où Paul réaffirme la supériorité de l’Alliance nouvelle sur l’ancienne : l’une conclue dans l’Esprit Saint, l’autre écrite sur des tables de pierre (voir 2 Co 3,6-7). Lorsque Paul se réfère à l’Ancien Testament  (2 Co 3,14), il pense à un écrit qui peut être lu, mais il n’en va pas de même pour l’Alliance nouvelle. Au moment où il rédige ces pages, des Écritures chrétiennes n’existent pas; quelques unes des lettres de Paul lui-même étaient sans doute déjà en circulation; on était, par ailleurs, au tout début du processus de mise par écrit des évangiles mais la notion d’un Nouveau Testament tel que nous le connaissons demeure totalement étrangère à Paul comme à ses correspondants. Ce n’est qu’une ou deux générations plus tard, au début du IIe siècle, qu’on a commencé à rassembler les écrits chrétiens en une collection qui s’est appelée Nouveau Testament par comparaison à l’Ancien dont Paul fait mention.

     

         À une époque récente, apparaît l’idée que l’appellation Ancien Testament est péjorative à l’égard des Écritures juives et du Judaïsme. Voilà pourquoi on parle volontiers de Premier Testament et de Première Alliance, reprenant ainsi une expression de Hé 9,15. Les deux formules : Premier Testament et Ancien Testament prennent leur origine dans les écrits du Nouveau.

    Source : Bible pas à pas, no 28, Parabole, mars-avril 2004.

    Jérôme Longtin

    source www.interbible.org

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  • Perdre et sauver sa vie

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    Profession de foi de Pierre : Luc 9, 18-24
    Autres lectures : Zacharie 12, 10-11; 13, 1; Psaume 62(63); Galates 3, 26-29

     

    Perdre pour gagner : en économie, on dirait un investissement; en jargon militaire, ce serait un repli stratégique; en politique, ce peut être une concession au parti de l’opposition qui vous assure de conserver le pouvoir. La survie appelle à consentir des efforts, à encaisser certaines pertes, en vue d’un gain plus important. Mais une chose est de perdre «quelque chose» à soi et une toute autre est de perdre sa propre vie… Lorsqu’on perd sa propre vie, tout gain éventuel devient futile, puisqu’on ne sera pas là pour en profiter. Or, le Christ m’invite à perdre ma vie pour la sauver. Comment est-ce possible?

    Un pari sur la vie dans l’au-delà?

         Sans doute le premier indice à suivre est-il la promesse d’une autre vie que celle-ci. Si je perds ma vie en ce monde « pour lui », il me redonnera une vie meilleure dans l’au-delà, à la résurrection des morts. De ce point de vue-là, la résurrection du Christ devient la « garantie » qui m’est offerte d’une vie nouvelle, une vie qui m’échappe autrement et qui se présente comme une vie enviable, désirable : sans souffrance, sans perte, sans fin… Suivre les pas du Christ en ce monde, porter ma croix chaque jour et « renoncer » à moi-même ici-bas seraient le prix à payer pour jouir de la vie meilleure après. Il s’agit pourtant d’un pari risqué : je renonce au bonheur ici et maintenant dans l’espoir d’un bonheur demain et ailleurs, un demain et un ailleurs que je ne connais pas. Le jeu en vaut-il la chandelle?

    La vie nouvelle est commencée

         La bonne nouvelle que Jésus annonçait ne saurait se réduire à ce genre de pari. Il y avait certes des gens souffrants, dont les conditions de vie pouvaient difficilement s’améliorer et pour qui la possibilité d’une toute autre vie était source d’espoir. Nous-mêmes aujourd’hui, lorsque nous sommes confrontés à la mort, nous espérons la vie, envers et contre tout. Néanmoins, le message de Jésus n’était pas de nous consoler de nos malheurs parce que Dieu allait nous récompenser après notre mort. Jésus n’aurait guère suscité d’enthousiasme autour de lui avec pareil enseignement. Ce n’est pas une sagesse cynique que Jésus prêchait, où chacun devait retourner chez-soi et se contenter de ce qu’il avait, sans trop s’y attacher. Le prophète de Nazareth ouvrait plutôt la porte du bonheur dès ici-bas et maintenant, sans plus attendre. Les foules accouraient et les gens tissaient des nouveaux liens entre eux, tous joyeux de pouvoir vivre autrement leur présent, quel qu’il fût.

    La fidélité de Jésus à lui-même

         Comment tisser des liens nouveaux avec ceux et celles que nous côtoyons depuis un certain temps? En renouvelant notre regard sur ces personnes que nous croyons déjà connaître. En acceptant de les voir sous un autre jour. En les libérant du joug de nos étiquettes. Jésus apprenait à ses disciples à se déprendre des idées toutes faites, surtout au sujet des gens! La foule le prenait pour Jean Baptiste, ou Élie, ou un autre prophète revenu à la vie. Ses propres disciples croyaient qu’il était le Messie de Dieu. Jésus, lui, assumait consciemment et courageusement le rejet qu’il allait subir de tous, parce qu’il ne se reconnaissait pas dans ces voies toutes tracées à l’avance et parce qu’il voulait demeurer fidèle à lui-même, à l’appel qu’il avait reçu de Dieu, à sa propre destinée.

         Se conformer au regard des autres, c’est courir le danger de se perdre de vue, de se perdre soi-même dans le regard et les attentes d’autrui. Le Messie de Dieu était sensé libérer le peuple et régner victorieusement, à la manière des grands de ce monde. Jésus n’aurait jamais voulu devenir un tel Messie, lui qui se mettait au service des petites gens, des plus pauvres et des malades des régions, loin de la vie des grands de ce monde. Lorsqu’il fera son entrée à Jérusalem, ce sera à dos d’âne, pas monté sur le cheval des rois.

    Sauver sa vie

         À bien y réfléchir, finalement, Jésus nous invite à oser vivre notre vie, pas celle que les autres attendent de nous. Il ne s’agit donc pas de renoncer à qui nous sommes, en vue d’être acceptés de Dieu, loin de là. Il s’agit plutôt de renoncer aux titres, aux étiquettes et aux idées toutes faites, pour risquer de vivre l’inédit : la vie unique que nous n’avons pas encore vécue et que personne ne peut deviner ou choisir à notre place. Vouloir sauver sa vie, n’est-ce pas protéger l’illusion d’une vie toute faite, que l’on n’a pas encore vécue? Prendre sa croix chaque jour et suivre Jésus, n’est-ce pas renoncer aux acquis et se mettre en route vers demain, s’appuyant seulement sur le Seigneur? La vie nouvelle commence maintenant; elle vient de Dieu et nous conduit à lui. La souffrance fait partie du parcours; elle ne saurait être évitée, même par le Messie. À la suite de Jésus, être sauvé, c’est ne plus ressentir l’urgence de se sauver. À la suite de Jésus, celle ou celui qui perd sa vie toute faite s’ouvre à la vie sans fin de Dieu.

    Une figue du Christ souffrant

    Ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique (Zacharie 12,10)

         Le prophète Zacharie espérait lui aussi un changement de regard de la part de son peuple. Un jour les habitants de Jérusalem lèveraient enfin les yeux vers celui qu’ils auraient transpercé. Au lieu de voir en lui une personne maudite par Dieu, les gens pleureraient amèrement comme s’ils avaient perdu un premier-né, comme s’il s’agissait de leur fils unique. Les premiers chrétiens ont relu cette prophétie à la lumière de la crucifixion de Jésus et y ont vu son accomplissement. Jésus a été perçu premièrement comme le Messie attendu. Cloué sur la croix, il a été bafoué comme un criminel maudit. L’Esprit que Dieu a répandu sur ses disciples aura permis de changer de regard sur lui et de le percevoir plutôt comme le Fils unique offert par amour pour réconcilier le monde.

    Appeler à l’unité dans le Christ            

    C’est vous qui êtes la descendance d’Abraham (Galates 3,29)

         Ce changement de regard sur soi et sur l’autre devant soi permet aussi de renouveler sa compréhension du plan de Dieu. Saint Paul a profondément vécu cette conversion du regard. Si celui qu’on croyait maudit par Dieu sur la croix est en fait le Fils de Dieu envoyé pour le salut du monde, alors tous ceux et celles qui l’imitent deviennent ses frères et sœurs, descendants d’Abraham et héritiers des promesses divines. Si un homme crucifié peut être le Messie des juifs, alors des païens au regard converti ne sont plus des païens. Ils deviennent eux aussi des enfants d’Abraham! Aux yeux dessillés de Paul, toutes les étiquettes et les catégories tombent : Esclave? Homme libre? Femme? Tous deviennent les enfants chéris d’un Dieu qui veut nous ouvrir les yeux, pour que nous vivions la vraie vie « sans étiquette », « sans fin », la vie belle et authentique, celle qui ne déçoit pas.

     

    Rodolfo Felices Luna, bibliste

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2235. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     

    Source www.interbible.com

     

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  • Il eut faim

    La tentation de Jésus : Luc 4, 1-13
    Autres lectures : Deutéronome 26, 4-10; Psaume90(91); Romains 10, 8-13

     

    Sr-emmanuelle.jpg Jésus est rempli de l’Esprit Saint après son baptême (Luc 4,1), mais il a le ventre vide. L’Esprit l’a conduit au désert. Là où on ne trouve rien, là où nulle vie n’est possible, Jésus est confronté à lui-même et à ce qu’il porte à l’intérieur.

    Au désert, l’épreuve de la rencontre de soi

         La rencontre de soi-même dans la solitude peut être un temps bénéfique, un temps de découverte de soi, loin des bruits et des distractions de toutes sortes. Mais on n’est finalement pas tout seul au désert, loin de là. On porte en soi ces voix déjà entendues, venues d’ailleurs, qui rendent la tâche ardue, de distinguer ce qui vient de Dieu, ce qui vient de nous, ce qui nous habite vraiment et ce qui n’est que mirage. Accepter d’entendre toutes ces voix et entrer en dialogue avec elles, c’est consentir à traverser le désert comme une épreuve. C’est relever le défi d’être soi. Cela exige une force de caractère et un bon discernement.

    Les Écritures au cœur de la vie de Jésus

         Au désert, Jésus a faim. La confrontation avec soi demande du temps. Le temps s’écoule et les besoins humains se font pressants. C’est dans ces circonstances critiques que le vrai caractère de la personne sort au grand jour. Lorsque nous sommes mal pris, seul et sans moyens, voilà l’occasion de connaître ce que nous avons dans le cœur, qui nous sommes vraiment. Les besoins nous pressent à les combler, quitte à nous comporter comme quelqu’un d’autre, quitte à nous trahir, quitte à ce que nous devenions autre chose…

         Le démon nous dit alors : « Si tu te prends pour un autre, tu sauras combler tes besoins ». Dans le cas de Jésus, cela se traduit par : Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. Jésus répond à l’aide des Écritures qui le nourrissent. Il cite le livre du Deutéronome (8,3) : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre (Luc 4,4). Jésus est affamé, mais il ne laisse pas sa faim le diriger ou lui imposer une identité autre que la sienne. Nourri par la Parole de Dieu, il ne se prend pas pour un dieu; il vit sa faim d’homme et il laisse la pierre être pierre.

         Le démon change alors de stratégie. Il promet au Christ tous les royaumes de la terre, en échange de sa soumission. Jésus veut faire du bien autour de lui; il s’inquiète de la souffrance d’autrui. Peut-être qu’en détenant le pouvoir absolu sur terre, il pourrait régler tous les problèmes des autres…? Le pouvoir de faire du bien autour de soi est très tentant, mais c’est un leurre. On ne peut pas décider pour tout le monde, même Dieu s’en abstient! La tentation de détenir le pouvoir est un mensonge. Rien de tout cela n’appartient vraiment au démon, il ne saurait en disposer. Seul Dieu est le tout-puissant. Toute la terre et ses royaumes lui appartiennent. Pourtant, si Dieu en personne se garde de tout gérer comme un roi, ses enfants seraient bien fous de s’y essayer… Une seconde fois, Jésus s’appuie sur le livre du Deutéronome (6,13-14) pour reconnaître la souveraineté et la sagesse de Dieu : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras (Luc 4,8). Jésus veut porter secours à son prochain, mais il ne se prend pas pour Dieu; il suit plutôt son exemple, humblement. Et il ne suivra pas le démon dans ses délires de grandeur.

         Le démon a bien saisi le poids que Jésus accorde à la Parole de Dieu. Il cite donc le Psaume 90,11-12 (que nous prions ce dimanche, de façon tout à fait appropriée). Si Jésus croit à la Parole de Dieu, il devrait se jeter en bas du Temple de Jérusalem, car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre (Luc 4,9-11). Le démon saisit l’occasion de troubler Jésus à partir de ce qu’il valorise le plus : la Parole de Dieu. Il cite l’Écriture en la défigurant, en la détournant de son sens pour servir à ses propres fins. Parce que Jésus connaît l’ensemble des Écritures, il perçoit le stratagème et il cite un autre passage du livre du Deutéronome (6,16) qui démasque le jeu du démon : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu (Luc 4,13).

         Jésus a faim, mais le démon est épuisé. Le Christ a su se centrer sur sa faim réelle et l’accepter, plutôt que d’essayer de fuir sa réalité dans les mirages de pouvoir et de grandeur que le démon mettait sous ses yeux. Affamé, le Christ a su discerner ce qui le nourrirait vraiment. Il a traversé l’épreuve avec brio et les mirages se sont d’eux-mêmes estompés.

    Le souvenir, pour une foi vivante
    Deutéronome 26, 4-10

    Tu prononceras ces paroles (Deutéronome 26,5)

         La première lecture est tirée du livre du Deutéronome, que Jésus a brillamment cité pour contrer les ruses du démon. Lorsque les Israélites prendront possession du sol que Dieu leur offre, après leur libération du joug égyptien, ils se souviendront des merveilles accomplies par Dieu à leur égard. Les Écritures Saintes servent à se rappeler l’expérience d’avoir été sauvés, où, quand, comment, pourquoi et par qui. Si les Hébreux prononcent fidèlement ces paroles contenues dans les livres saints, génération après génération, ils en feront un rite sacré. Ils auront alors un guide intérieur pour se prémunir contre toutes les tentations possibles qui se présenteront. Les aléas de la vie ne les mèneront pas comme des feuilles au gré du vent. Ils demeureront solidement centrés sur la vérité qui les fait vivre.

    Proche est la Parole
    Romains 10, 8-13

    La Paroleest près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur (Romains 10,8)

         Saint Paul rassure les chrétiens qui sont à Rome : personne ne devrait se sentir démuni devant l’épreuve, indigne d’être sauvé par Dieu. Le Seigneur est généreux envers tous ceux qui l’invoquent, comme le disait le prophète Joël (3,5). Ceux et celles qui mettent leur confiance en Dieu ne le regretteront pas, selon le prophète Isaïe (28,16). Orienter sa conscience selon les vues divines est possible, même à l’heure de l’épreuve, car la Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, selon le livre du Deutéronome (30,14). N’est-ce pas ce que Jésus a fait au désert? Alors qu’il risquait de succomber devant ses besoins, en entendant les paroles trompeuses du démon, c’est son désir de Dieu qui l’a gardé dans le droit chemin. En invoquant Dieu, nous trouverons la Parole qui nous sauve.

    http://www.interbible.org/interBible/images/collaborateurs/RF_Luna.jpg

    Rodolfo felices luna

    Source www.interblible.org

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  • Une découverte insolite (Deir 'Alla)

    Au printemps de 1967, l’archéologue hollandais H.J. Franken fit une découverte inusitée sur le site de Deir Alla, dans la vallée du Jourdain, à mi-chemin entre le lac de Tibériade et la mer Morte. Dans les débris d’un bâtiment détruit par un tremblement de terre, de grands fragments de plâtres recouverts de textes écrits à l’encre noire et rouge avaient traversé les calamités et les intempéries des siècles.

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         Ils avaient probablement appartenu à quelque monument commémoratif (stèle); d’après le niveau de leur découverte et le caractère des lettres, il faut dater ces inscriptions à la fin du VIIe siècle ou au début du VIe siècle av. J.­C. Le professeur J. Hoftijzer a publié un rapport sur ces fouilles [1] provoquant une nouvelle surprise : une partie de ces textes, du moins, rapporte un discours dans le style prophétique, attribué à un certain Balaam, fils de Beor!

     

         Le Livre des Nombres a aussi conservé une tradition autour de Balaam, fils de Beor, que le roi de Moab veut utiliser pour arrêter la marche des armées israélites par une malédiction au nom de Yahvé (Nb 22,2–24,25). Balaam, qui paraît plus devin que prophète, reçoit son mandat divin au cours de la nuit, à l’occasion de sacrifices; il le transmet au matin : ce n’est pas une malédiction qu’il doit prononcer sur Israël, mais une bénédiction qui nous est conservée en quatre fragments. Israël est un peuple à part et innombrable (23,7-10); la puissance d’Israël vient d’un seul vrai Dieu, d’où aucun sortilège ne peut l’affecter (23,18-24); ses victoires le conduiront nécessairement en Terre Promise (24,3-9); un roi issu de Jacob vaincra Moab et Edom (24,15-19). Ce devin étranger, enfin, qui semble être d’origine araméenne (23,7), vit pour l’instant un peu au nord de Moab. Voilà, en gros, ce que la tradition biblique nous raconte sur son compte.

    inscription de Deir Alla

         Les textes de Deir Alla sont aussi l’œuvre d’un Balaam, fils de Beor; comme ils sont rédigés en araméen, l’origine de l’auteur ne fait pas de doute : il s’agit des royaumes araméens de Syrie, bien qu’il exerce son activité en Transjordanie, comme le Balaam de la Bible. Rien dans ces textes ne laisse entendre qu’il ait eu quelque affinité avec la religion israélite : il paraît être aussi un devin (« voyant des dieux »), et cette fois, il est nettement polythéiste. Chose étrange, il reçoit aussi ses oracles au cours de la nuit, qu’il ne transmet que le matin. Comme ces oracles sont la volonté d’une déesse en colère qui veut détruire le pays par le feu, Balaam en est profondément troublé. Il pleure abondamment, ce qui l’amène à assister au conseil des dieux (un autre trait du prophète israélite : Is 6 et Jr 23,18), qui tâchent d’attendrir la déesse; au lieu de transmettre l’oracle de destruction, Balaam fait donc un pressant appel à la conversion! La malédiction que la déesse ordonne est donc changée en espoir de survie. Toutefois, il faut reconnaître que la malédiction était parfois inévitable puisqu’une liste d’oracles du genre, écrits à l’encre rouge, a pu être déchiffrée. Mais le contexte en est irrémédiablement perdu.

     

        Voilà donc une découverte qui jette beaucoup de lumière sur un épisode quelque peu obscur de l’histoire d’Israël. Ce que nous pouvons conclure, c’est qu’une tradition autour d’un prophète araméen de Transjordanie a été assumée en partie par la foi israélite. Nous devrons donc ré-examiner, d’une manière plus serrée, les relations d’Israël avec ses voisins plus immédiats non seulement sur le plan socio-politique, mais aussi dans le processus de la formulation de sa vie religieuse.

    [1] H.J. Franken, Aramaic texts from Deir Alla, Leiden, 1976.

    Source : Parabole II/2, décembre 1979.

    Guy Couturier

    Guy Couturier, csc

    Source www.interbible.org


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  • Et Dieu créa le père

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    La fête des Pères

        Quand Dieu décida de créer le père il fit d'abord une structure grande et robuste. Un ange alors s'approcha et lui demanda : « Mais quelle espèce rare de père est-ce cela? Si tu ne fais les bébés pas plus hauts que trois pommes, pourquoi leur donner un si grand papa? Il ne pourra pas jouer aux billes avec eux sans se mettre à genoux. Il ne pourra border la couverture de leur lit sans se plier en deux ni même les embrasser sans s'incliner profondément! » Dieu sourit et dit : « C'est vrai, mais si je les faisais aussi petits qu'un enfant, les enfants n'auraient personne vers qui élever leur regard! »

         Quand Dieu façonna les mains du père, il les fit assez grandes et musclées. L'ange secoua la tête et dit : « Mais... des mains aussi grandes ne pourront jamais ouvrir et fermer une épingle de sûreté, ni boutonner ou déboutonner les petits boutons et encore moins tresser de petites nattes ou sortir une écharde d'un doigt! »

         Dieu sourit et dit : « Je le sais, mais elles sont assez grandes pour pouvoir contenir tout ce qu'on peut trouver dans les poches d'un enfant et elles sont assez petites pour pouvoir serrer dans leur paume son délicat petit visage. »

         Dieu était en train de créer la plus grande paire de pieds qu'on n'ait jamais vue, quand l'ange éclata de rir e: « Ce n'est pas approprié! Tu crois vraiment que ces deux péniches seront assez lestes pour sauter promptement du lit dès que le bébé pleure dans la nuit? Tu crois qu'elles pourront se frayer un chemin à travers une nichée d'enfants qui jouent, sans en écraser l'un ou l'autre? »

         Dieu sourit et dit : « T'en fais pas! Ces pieds iront très bien. Tu verras: ils seront capables de tenir en équilibre un enfant qui veut jouer au petit cheval, ils pourront chasser les souris dans la maison de campagne ou arborer des chaussures que personne d'autre ne pourrait porter. »

         Dieu travailla toute la nuit, donnant au père peu de mots, mais une voix ferme parlant avec autorité, des yeux perspicaces qui voyaient tout, mais restaient pourtant calmes et tolérants. Et pour finir, après un bon moment de réflexion, Dieu ajouta une dernière touche : les larmes. Puis il se tourna vers l'ange et demanda : « Et maintenant, es-tu convaincu qu'un père peut aimer tout autant qu'une mère? »

    Source http://www.interbible.org/

    Image source www.qctop.com

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  • Femmes de marque « sans nom » à vendre

    La Coupe du monde 2010 a rassemblé en Afrique du Sud des milliers de fans de football. Cet afflux de touristes s’accompagne malheureusement de la traite d’êtres humains. Avec plus de 500 000 visiteurs internationaux attendus en Afrique du Sud pour la Coupe du monde, on estime que des centaines de bandes criminelles sont impliquées dans la traite des personnes pour le commerce du sexe.

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         La traite des êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle est un problème important en Afrique australe. De jeunes femmes ont été victimes de la traite en provenance de Thaïlande et de la Chine vers l'Afrique du Sud. Bien que la prostitution y soit illégale, le pays a peu de services publics destinés à aider les victimes de la traite.

         Le trafic humain est pratiqué partout dans le monde; il repose sur l’exploitation de personnes par des criminels dans le but d’en retirer un profit financier. Ceux-ci leur font miroiter de bons emplois ou des études, puis les forcent à se prostituer. Ces criminels gagnent beaucoup d’argent sur le dos surtout de jeunes filles et de femmes qui subissent des viols et d’autres violences physiques et mentales.

         De nos jours, le trafic humain représente l’une des trois activités criminelles les plus lucratives au monde, après le trafic illégal de drogues et d’armes. Les victimes sont trafiquées contre leur gré - elles sont trompées, leurrées par de fausses promesses ou encore forcées ; elles sont soumises à l’esclavage. Les trafiquants violent les droits humains fondamentaux de leurs victimes, qui sont dépourvues de leur droit de libre-circulation, d’auto-décision, de contrôle sur leur corps et esprit, de contrôle sur leur avenir.

         Selon l'Organisation des Nations Unies, chaque année environ 2,5 millions de personnes dans le monde sont victimes de la traite, pour le travail forcé et pour l’exploitation sexuelle, les plus vulnérables étant les femmes et les enfants. 

    Coupe du monde de football et exploitation sexuelle – un mélange explosif

    Texte biblique : Juges 11

    1 Il y avait en Galaad un valeureux combattant, Jefté, le fils d'une prostituée et d'un homme appelé Galaad. 2 La femme de Galaad lui avait aussi donné des fils. Lorsqu'ils furent devenus grands, ceux-ci chassèrent Jefté en lui déclarant : « Tu n'as aucun droit sur l'héritage qui vient de notre père, car tu es le fils d'une autre femme. » 3 Alors Jefté s'enfuit loin de ses frères et s'installa dans la région de Tob. Des aventuriers se groupèrent autour de lui et le suivirent dans ses expéditions.

    4 Quelque temps plus tard, les Ammonites attaquèrent les Israélites. 5 Quand les hostilités éclatèrent, les anciens de Galaad allèrent chercher Jefté dans la région de Tob. 6 « Viens prendre le commandement de nos troupes, lui dirent-ils, pour que nous puissions lutter contre les Ammonites. » 7 Mais Jefté leur répondit : « N'êtes-vous pas mes ennemis, vous qui m'avez chassé de la maison de mon père ? Pourquoi faites-vous appel à moi maintenant que vous êtes dans la détresse ? » 8 Les anciens reprirent : « Eh bien, nous nous tournons vers toi maintenant, pour que tu viennes combattre avec nous contre les Ammonites et que tu sois notre chef ainsi que celui de toute la population de Galaad. » 9 Jefté leur dit : « Si vous me ramenez avec vous pour combattre les Ammonites et que le Seigneur me les livre, je serai votre chef. »

    29 L'Esprit du Seigneur s'empara de Jefté. Il parcourut la région de Galaad et le territoire de Manassé, puis il se rendit à Mispé en Galaad, pour passer dans le territoire des Ammonites. 30 Il fit cette promesse solennelle au Seigneur : « Si tu livres les Ammonites en mon pouvoir, 31 je te consacrerai et t'offrirai en sacrifice complet la première personne qui sortira de ma maison pour venir à ma rencontre, lorsque je reviendrai victorieux de chez les Ammonites. »

    34 Lorsque Jefté revint chez lui à Mispa, ce fut sa fille qui sortit à sa rencontre, en dansant au rythme des tambourins. Elle était sa fille unique, il n'avait pas d'autre enfant. 35 Dès qu'il la vit, il déchira ses vêtements et s'écria : « Ah ! Ma fille, tu me plonges dans le malheur, tu es toi-même la cause de mon désespoir ! J'ai pris un engagement envers le Seigneur et je ne peux pas revenir sur ma promesse. »

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    Ça suffit

         Dans le contexte de la traite des femmes aujourd’hui, reprenons un texte de terreur qui raconte l’histoire de la fille sans nom de Jefté [1]. Le livre des Juges nous est peu connu; c’est une collection de récits sur la période qui précède l’institution d’un État organisé en terre de Canaan. Ces chroniques disparates racontent les faits d’armes de ceux qu’on nommerait aujourd’hui des seigneurs de guerre, histoires de violence, de sexualité débridée, de domination des femmes où celles-ci sont au service du chef de bande. Le patriarcat dans toute son horreur!

         Jefté, un bâtard, fils d’une prostituée, est rejeté par ses demi-frères. Devenu chef de gang armée, on sollicite son appui pour vaincre un peuple voisin qui agresse son clan. Il négocie le pouvoir et devient leur chef. Cet homme rejeté, plein de ressentiment à l’égard des siens qui l’ont exclu, a l’occasion de reprendre sa revanche. Il émerge dans l’ambiguïté : je vais combattre avec vous et si le seigneur me donne la victoire, je serai votre chef! Le divin n’est ici qu’un prétexte pour le sauveur du peuple, car, une fois vainqueur, il s’attribuera la victoire et agira comme un sot.  

         Le rédacteur nous dit que le Seigneur est avec lui pour défendre sa terre et affirme que Dieu a remis ses ennemis entre ses mains. L’ennemi est décousu, massacré, la guerre a fait son œuvre. N’est-ce pas que cette scène nous rappelle que les seigneurs de ce monde continuent de la même façon à croire que leur dieu leur donne la victoire et que leurs guerres sont saintes, faites pour défendre les femmes, la démocratie, la liberté. Des massacres beaucoup plus saisissants que ceux perpétrés par Jefté, prennent place en Colombie, en Irak, en Afghanistan, au Congo, en Palestine. In God we trust  lit-on sur le dollar de l’empire américain : ce dieu-là occulte les vrais motifs de nos guerres, la soif de pétrole ou de métaux précieux, etc.

         Ce dieu prétendu a soif de sang. Les peuples de la bible avaient l’habitude d’offrir des sacrifices humains à leurs idoles. Le message biblique s’oppose à ces pratiques et substitue des animaux aux enfants immolés. Abraham se verra empêché de poignarder Isaac, mais Jefté, lui, voudra offrir un sacrifice complet, un holocauste pour sa victoire militaire. Il ne reculera pas devant l’assassinat de sa propre fille unique, la prunelle de ses yeux, pour satisfaire et remercier son dieu. Le vœu de Jefté d’immoler une personne choisie arbitrairement dans sa famille est insensé: « Si tu livres les Ammonite en mon pouvoir, je te consacrerai et t’offrirai en sacrifice complet la première personne qui sortira de ma maison pour venir à ma rencontre. »

         Jefté est rempli de lui-même et quand sa fille vient joyeusement à la rencontre de son père, celui-ci, dans un geste de désespoir et de deuil, s’apitoie sur son propre sort : « Ah! Ma fille. Tu me plonges dans le malheur; tu es toi-même la cause de mon désespoir. » La victime doit porter le poids de ce qui lui arrive; c’est elle la responsable! Pourtant cette enfant mourra de façon prématurée; elle ne deviendra jamais une femme accomplie. Sa mort est violente et préméditée : elle mourra en holocauste, par le feu qui devra la dévorer entièrement et ce, des mains de son propre père. Elle est vierge et n’aura pas de descendants. Contrairement à Isaac, aucun ange ne viendra retenir le bras assassin.

         Beaucoup se plaignent de lire dans la bible de tels textes de violence et de terreur. Pourtant, si la mort cruelle de la fillette sans nom de Jefté a été retenue, c’est pour que les femmes continuent chaque année de pleurer son sort (v. 40) afin que de tels actes ne se reproduisent plus. Garder la mémoire pour que plus jamais… Il serait temps que les hommes se joignent à ces protestations et se solidarisent avec leurs compagnes et partenaires de vie pour mettre fin à ces sacrifices humains barbares.

         Nous pourrions écrire des récits bien aussi horribles aujourd’hui. Les femmes sont plus que jamais des trophées de guerre. Le militarisme promu par nos gouvernements mène à l’utilisation des femmes comme armes de guerre. Elles sont violées, séquestrées comme esclaves sexuelles. La traite des femmes, les ventes d’esclaves, l’industrie de la prostitution font d’elles des objets de servitude et de plaisir. Les grands rassemblements mondiaux sportifs, les jeux olympiques sont des occasions en or pour les mafias de toute espèce. Le capitalisme carbure au profit rapide et les êtres humains sont livrés en marchandise. Les Romains dominaient leurs esclaves avec du pain et des jeux. Désormais, on n’offre plus que des jeux comme opium pour endormir les esclaves et les femmes sont jetées aux lions du crime organisé par millions.

         Oui, la Bible est pleine d’histoires peu édifiantes de terreur concernant des femmes sans nom; elles sont là pour nous rappeler que malheureusement, les choses sont loin d’avoir changé. Le dieu du patriarcat est bien vivant et s’infiltre partout jusque dans nos temples. À nous d’y voir!

    [1] Ce commentaire est inspiré du livre de Phyllis Trible, Texts of Terror. Literary-Feminist Readings of Biblical Narratives, Fortress Press, 1984.

    Claude Lacaille

    claude lacaille

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  • Dans l'intimité de Dieu

    INTIMITE-de-DIEU.jpgLe départ de Jésus et la venue du Défenseur: Jean 16, 12-15
    Autres lectures : Proverbe 8, 22-31; Psaume 8; Romains 5, 1-5

     

    Des enfants demandent à leurs parents : « Racontez-nous comment vous nous avez faits ». Le père et la mère se sentent un peu envahis dans leur intimité! Mais justement, cette question spontanée des enfants traduit un besoin inné de s'insérer dans l'intimité des parents. Lorsque les adultes finissent par trouver les mots pour raconter tant bien que mal ce qui peut se raconter au sujet de la conception des enfants, toute la famille y gagne en maturité.

    Dieu, dans son intimité

         Aujourd'hui, l'Église nous met en contact avec la très sainte Trinité. Nous voici plongés au cœur des relations intimes de Dieu. Dans notre tête et dans notre cœur, des freins s'enclenchent automatiquement. Le contact joyeux et serein avec cette réalité du cœur de notre foi n'est pas spontané. Cette célébration devrait être une joyeuse rencontre avec notre Dieu. Le risque de voyeurisme nous force à prendre quelques précautions. Car nous avons la sensation désagréable de violer l'intimité de Dieu... Ne serions-nous pas plongés en plein milieu d'une scène de famille, dans un endroit où nous n'avons rien à faire?

         La réponse est « non ». Nous sommes concernés, parce que la Parole même de Dieu nous introduit dans l'intimité de Dieu. Il se fait connaître avec ses habits de travail!

         La première lecture, un extrait du livre des Proverbes, nous lance sur une piste très intéressante. Elle raconte à quel point l'univers est inventé par Dieu pour la beauté et le plaisir de la chose. Pour faire ce récit, le texte recourt à un personnage à l'identité nébuleuse. En effet, on ne nous fournit pas une fiche d'identité claire de la Sagesse qui prend la parole. Elle travaille comme un journaliste. Elle nous fait vivre de l'intérieur le moment de la création tel que l'imaginaient nos ancêtres dans la foi. La bonne nouvelle pour nous, dans ce récit, c'est que nous sommes des compagnons et des compagnes de Dieu, voulus, désirés, tout à fait à leur place dans l'univers créé par ses soins.

         Mais qui donc est cette Dame Sagesse? Les interprètes offrent deux hypothèses. Pour certains, il s'agit d'une esquisse de celui qui sera révélé deux siècles plus tard comme Fils de Dieu... en fait sa Parole, son Logos. Pour d'autres interprètes, Dame Sagesse est un prélude à la révélation de l'Esprit saint par Jésus.

         Quelle que soit la piste d'interprétation que vous préférez, elle vous rend plus sensible à la présence des trois personnes de la Trinité dans la Bible. La deuxième lecture (un extrait d'une lettre de Paul) et l'évangile (une section de l'Évangile selon Jean) décrivent clairement les relations entre le Père, le Fils et l'Esprit saint, l'Esprit de vérité.

    Profession : communication

         Il y a un autre bénéfice à tirer de la première lecture. Elle confirme l'évangile : l'occupation préférée de Dieu, c'est la communication. Voilà son métier principal!

         Dieu n'est pas un cachottier. Dieu est un révélateur. Il se fait connaître pour que chacun et chacune, en l'accueillant, puisse se connaître soi-même à fond. Cette communication se fait au moment choisi par lui: c'est la venue de Jésus dans une société précise, à une époque donnée.

         Cette communication se vit aussi au moment où nous décidons d'en profiter. Entre alors en scène l'Esprit de Jésus, qui nous guide vers la pleine révélation de l'identité et de l'œuvre de Dieu.

         Le fonctionnement de Dieu se compare au fonctionnement d'une équipe. Dans une équipe, il y a des choses qui se font à plusieurs et ensemble. Il y a aussi des moments où il faut que chacun fasse sa part à sa façon, dans une certaine solitude. C'est ce qui se passe pour notre Dieu, dans son intimité... Il est tellement amour qu'il ne peut rester seul... Il est tellement débordant d'amour qu'il crée un univers, donne la vie comme un Père, se fait connaître par le meilleur messager qui soit, le Fils, Jésus vrai Dieu devenu vraiment humain... et assure sa présence continue par l'Esprit saint.

         Il vaut la peine de relire l'évangile dans cette optique. Comment l'Esprit vient-il prolonger le travail du porte-parole du Père, Jésus? L'Esprit est chargé de redire ce qu'il a entendu. Il peut ainsi faire connaître ce qui va venir. Cette communication contribue à la gloire de Jésus, car il reprend ce qui vient de Jésus pour le faire connaître. Qu'est-ce qui justifie une telle continuité entre Jésus et l'Esprit de vérité? La réponse de Jésus est claire : Tout ce qui appartient au Père est à moi.

    Une famille tissée serrée

         Vous connaissez sans doute des gens incapables de sortir sans qu'on voie apparaître derrière eux le père, la mère et la belle-sœur. Vous êtes peut-être vous mêmes membre d'une tribu familiale tricotée serrée. On se tient, on prend du temps ensemble. On est toujours en train de mijoter ensemble des projets d'affaires ou de vacances.

         En regardant de proche l'évangile et les autres lectures bibliques du jour, on constate justement que « Jésus sort toujours en famille ». On s'étonne moins, alors, que Jésus parle tant de son Père et de l'Esprit. Jésus, Dieu-Parole, nous fait comprendre que la vie divine est un immense tourbillon d'amour où notre propre vie trouve enfin son sens.  Parce que nous trouvons place au cœur de la vie de Dieu.

         Qu'est-ce que fait ce Dieu Père dont parle Jésus? Il donne. Et pas n'importe quoi. Il donne son égal, son image, son Fils! Si Dieu envoie son Fils unique sauver le monde, c'est qu'il nous veut avec lui, et qu'il veut être au milieu de nous. Toute la Bible trouve sens dans ces constats.

    Laissons-nous étonner

         Plus nous entrons en contact avec la vraie nature de Dieu, plus nous découvrons qu'il est intéressant et passionnant, proche de nous tout en étant si différent. Dieu n'est pas un célibataire ennuyeux (comme moi)!

         Dieu créateur, Dieu Parole, Dieu Esprit, ils s'aiment, et ils le font avec transparence... Comme nous l'apprend la deuxième lecture, l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné (Rm 5,5).

         Essayons de nous laisser prendre au vertige de cette affirmation. Essayons de nous laisser surprendre. Ça ne va pas de soi, que Dieu soit amoureux. Qu'il soit puissant, juste, d'accord. Mais amoureux? Oui, l'amour qui relie les trois personnes en Dieu est disponible en abondance au bénéfice de la création tout entière.

     

    Alain Faucher, ptre

     alain faucher

    Source: Le Feuillet biblique, no 2232. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     

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  • Ève : la mère des « vivants »

    Ève, femme de vie
    Mère des vivants au banc des accusés
    Injustice à la Terre où se déploie le germe divin
    Quelle lumière nous réhabilitera
    Celle qui nous christianise?
    [1]

    Eve.jpg

    Ève, la mère des vivants
    Gertrude Crête, SASV
    encres acryliques sur papier, 2000
    (photo © SEBQ) 

    Dans la tradition chrétienne, peu de figures bibliques vétérotestamentaires ont frappé l’imaginaire autant que celle d’Ève. Étymologiquement, son nom signifie « vie » en hébreu. Comment expliquer que ce nom ait pu devenir synonyme de malheur et de mort? Malgré son apparente familiarité, Ève s’avère fort méconnue. La tradition chrétienne a caricaturé grandement la « première » femme en lui attribuant exagérément la responsabilité des malheurs de l’humanité, à l’instar de Pandore dans la culture hellénistique.

    Une lecture culturellement populaire

         Le récit populaire, totalement tributaire de la doctrine chute/rédemption [2], se structure autour de trois grands moments qui ne se fondent que vaguement sur la Bible. Dans le premier volet, Dieu crée « Adam » puis découvrant que ce dernier se morfond dans la solitude; il le fait sombrer dans une torpeur, retire une côte et façonne « Ève ». Dans le second temps, les deux personnes jouissent de la félicité éternelle dans le « paradis terrestre ». Or, « Ève », à la suite d’une ruse du serpent, consomme le fruit défendu, en partage à « Adam ». Le couple se découvre « nu » et comprend qu’il vient de commettre le péché de désobéissance. Conséquemment, Dieu les punit en les chassant du « paradis terrestre », en leur promettant toutefois qu’un futur sauveur pourra restaurer l’état primordial en portant le poids d’une faute infinie, d’une « dette » incalculable envers Dieu et en la « remboursant » par son sacrifice expiatoire. Cela clôt le récit dans un troisième moment.

    Quelques éléments bibliques

         Une telle interprétation rend-elle justice au récit biblique du second texte de création (Gn 2,4b-3,24)? Lorsque le passage biblique est examiné de manière plus détaillée, il apparaît que plusieurs éléments de la lecture traditionnelle et populaire constituent de véritables développements postérieurs étrangers au récit. Il est à souligner que nulle part dans le texte, il n’est fait mention d’un quelconque péché. De plus, la notion de « paradis perdu » n’apparaît pas aussi explicitement que le laisserait présager le mot « Éden » (signifiant « délices »). L’idée de perte provient de l’impression que les personnes étaient totalement heureuses dans l’époque précédant « la chute ». Or, le concept de « chute » ne se retrouve pas dans le texte. Elle résulte d’une interprétation messianique et chrétienne bien ultérieure projetée dans le récit.

         Cette lecture du texte selon la grille chute/rédemption s’appuie sur l’idée erronée que le récit traite de deux personnes au sens contemporain du terme, c’est-à-dire le «  premier homme, Adam » et « la première femme, Ève ». Or, dans le texte de Gn 2,4b-22, l’expression est ’adam (le glébeux selon la magnifique traduction de Lytta Basset) qui évoque davantage l’humanité dans son ensemble. Par la suite ce « fond » commun de l’humanité est divisé en mâle (ish) et femelle (ishah). Il n’y a donc pas d’identité personnelle, mais simplement une dimension mâle et femelle. Conséquemment, cette partie indifférenciée a entretenu un dialogue avec le serpent. Au sens strict, il ne s’agit pas d’Ève. L’usage de noms propres comme celui d’Adam n’est réellement certifié qu’après la manducation du fruit (Gn 5,3Gn 3,20 pour Ève). D’ailleurs, il importe de souligner que le texte insiste sur la solidarité foncière de l'être humain, entre homme et femme. En effet, les yeux des deux êtres, mâle et femelle, s’ouvrirent en même temps après avoir chacun consommé le fruit défendu. Cela ne s’est donc pas fait de manière séquentielle, comme il est généralement admis dans la compréhension traditionnelle du texte. pour Adam et

    Réhabilitons Ève

         Conséquemment, affirmer qu’Ève est responsable des malheurs de l’humanité ne rend pas justice au texte, mais représente une interprétation bien postérieure qui reflète le caractère proprement patriarcal tant du texte lui-même (l’homme exerce un contrôle sur la femme) que d’une compréhension androcentrique qui justifie et normalise la prédominance du caractère masculin. Cela conduit à enfermer les femmes dans la « faute » (selon le schéma chute/rédemption) et à légitimer le sexisme quotidien perçu comme une « juste punition »! La théologienne Lytta Basset le résume bien :

    En effet, le non-respect de la femme dans le texte suffit à attester que le mal est là dès les origines, indépendamment du drame du jardin. Si la punition de la femme en 3,16 – « et lui en toi dominera »- semble avoir un effet rétroactif sur le texte lui-même, n’est-ce pas que l’auteur est incapable de parler d’un monde où il est en soit autrement? Nous avons défini le mal comme ce qui fait mal. Comment une femme d’aujourd’hui, expérimentant quotidiennement un non-respect qui lui fait mal jusqu’au plus intime de son être-créé, pourrait-elle voir en Gn 2-3 autre chose que ce à quoi elle est bien habituée? Ce jardin-là n’a rien de plus paradisiaque que sa vie de tous les jours. [3]

         Heureusement, certaines pistes déjà formulées permettent une interprétation du texte hors des cadres androcentriques. Elles mettent l’accent non sur une quelconque chute/rédemption, mais sur l’idée de création et de transformation en fonction des choix exercés par les êtres humains. En effet, la partie « femelle », « Ève », de l’humanité a choisi de consommer le fruit afin de briser ce caractère indifférencié, une sorte de non-vie, pour garantir à l’humanité l’accès au statut de sujet, de personne autonome. Une lecture semblable diffère sensiblement de celle qui centre l’attention sur la manducation du fruit et le résultat néfaste que cela semble susciter. Or, ce n’est pas tant la consommation du fruit comme tel qui importe, mais bel et bien le fait de choisir une voie plutôt qu’une autre.

         Serait-ce trop audacieux de proposer l’hypothèse suivante : si l’humanité avait opté pour la non-consommation du fruit, les conséquences se seraient-elles révélées si différentes? Il est permis d’en douter. En effet, l’essentiel tient dans la prise d’une décision, d’un choix qui marque le début de l’aventure humaine. Dans le texte, en prenant sur elle de faire un choix, « Ève » a ainsi engendré l’humanité comme des êtres pleinement relationnels, se définissant comme êtres doués de parole, en tant que sujets. Ce choix a correspondu à une voie vers l'autonomie interdépendante (Gn 3,6-7).

         Autrement dit, « Ève » mérite bien son nom, mère des vivants (Gn 3,20) puisque, en solidarité avec la partie masculine, elle a amorcé un mouvement favorisant l’essor de l’identité personnelle. Ceci s’observe dans le texte par l’emploi de noms propres. Elle a ainsi donné naissance à l’humanité en devenir. Elle a ouvert les chemins de l’histoire! En ce sens, dans une perspective biblique, le « paradis » ne se situe pas au début de l’épopée humaine, mais plutôt dans sa pleine réalisation eschatologique, dans la dimension divine (Ap 21,1-4).

         Il s’avère impératif de réhabiliter « Ève », passablement mal-aimée dans la tradition occidentale. Il s’agit d’une tâche essentielle, car même aujourd’hui, certaines approches s’enracinent malheureusement dans un schéma bien problématique de chute/rédemption. Sur le plan théologique, le récit « mythique » d’Ève est à rapprocher de celui de Marie de Nazareth (Lc 1,26-38) qui, tout comme Ève a choisi la vie pour offrir à l’humanité la possibilité de croître en dignité, solidarité, conscience, humanisme et égalité.

    [1] Bernise Genesse, Ève, femme de vie, poème inédit, 2010.

    [2] Pour de plus amples informations sur cette notion voir Matthew Fox, La grâce originelle,  Montréal et Paris. Bellarmin et Desclée de Brouwer, 1995.

    [3] Lytta Basset, Guérir du malheur, Paris, Albin Michel, p. 266-267. Dans ce chapitre, elle propose une interprétation fort pertinente de Gn 2-3.

    Patrice Perreault

    patrice perreault

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  • L’eau chez saint Jean

    Première partie : Le symbole biblique de l'eau

     

         Le quatrième évangile [2] ne pouvait pas ignorer ce symbole fondamental associé d'une part au Jourdain et à la mer de Galilée, d'autre part aux piscines de Béthesda et de Siloé. En effet il apparaît dans huit chapitres du livre des signes, et une fois dans le livre de l'heure. L’ajout du chapitre 21 le mentionne une fois. Une progression caractérise ce symbole : dans les chapitres 1 et 5 l'eau signifie ce qui est préparation; dans les chapitres 4-12 l'eau est élevée au rang de symbole christologique; dans les chapitres 9-19 elle signifie le salut eschatologique apporté par Jésus.

     

         Au chapitre 1 Jésus est baptisé dans les eaux du Jourdain. L’eau du baptême de Jean est opposée au baptême de Jésus dans l'Esprit. Je suis venu baptiser dans l'eau, affirme Jean et plus loin : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. Et moi j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Élu de Dieu (1,33-34). La scène se passe à Béthanie, de l'autre côté du Jourdain! Le baptême dans l'eau évoque sans doute la purification précédant la nouvelle alliance annoncée par les prophètes Jérémie et Ézéchiel. C'est le Baptiste et ses disciples qui introduisent le symbole de l'eau dans le quatrième évangile.

    Jesus-eau.jpg

    Giotto di Bondone, Les noces de Cana
    Basilica San Francesco (basilica inferiore), Assise (Italie).

         Au chapitre 2, dans la scène des noces de Cana en Galilée, l'eau des jarres de purification [3] est opposée au vin. Le maître du repas ne sait pas d'où vient l'eau changée en vin. La scène est localisée en Galilée. L'eau devient un symbole qui annonce une réalité sacramentelle [4]. Le vin, œuvre du travail de l'homme, est symbole de justice et de joie eschatologique, tandis que l'eau, don gratuit de Dieu, exprime la piété divine. L’eau a une double fonction : elle permet la manifestation de la gloire de Jésus et transforme les disciples qui voyant ce signe croient en Jésus.

     

         Au chapitre 3, dans le dialogue avec Nicodème, un maître en Israël, il est question à nouveau de la naissance de l'eau et de l'Esprit. À moins de renaître d'eau et d'Esprit nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (3,3). Le chapitre se termine par une mention du baptême de Jésus. L'entretien de Jésus avec Nicodème se situe à Jérusalem. Ici encore l'eau, associée à l'Esprit, est un symbole sacramentel [5].

    Jésus et la Samaritaine

    Étienne Parrocel dit le Romain, Jésus et la Samaritaine
    Musée Fesch, département des peintures italiennes. Ajaccio (France).

     

         Au chapitre 4, le dialogue avec la Samaritaine oppose l'eau du puits de Jacob à l'eau vive que donne Jésus. Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive (4,10). C'est à Sycar en Samarie que la scène se situe. Après l'entretien de Nicodème avec Jésus la nuit, Jésus rencontre la Samaritaine en plein jour. Généralement les femmes venaient puiser l'eau le matin et le soir. Ici c'est en plein jour que la femme vient étancher sa soif. C'est auprès des puits que de nombreuses alliances furent scellées dans le premier Testament. Jésus fatigué révèle sa propre faiblesse. L’évangéliste comme d'habitude joue sur le double sens des expressions qui atteste le vocabulaire distinct de la communauté. Le dialogue débouche sur le problème du culte authentique qui doit être un culte en Esprit et en Vérité. Le salut qui vient des Juifs passe par la loi et les prophètes, mais également par la soif de connaître la révélation.

     

         Au chapitre 5, lors de la guérison du paralytique à la piscine de Béthesda, il est question de l'eau agitée qui guérit. Le premier à entrer dans l'eau après qu'elle avait été agitée se trouvait guéri, quel que fût son mal (5,4). C'est à Jérusalem que la scène a lieu. L'eau a une vertu thérapeutique.

     

         Au chapitre 6, après le signe de la multiplication des pains, Jésus marche sur les eaux du lac de Galilée. La scène évoque le passage de la mer Rouge qui dans la tradition juive symbolisait le baptême des Pères (1 Co 10,2).

     

         Au chapitre 7, dans le contexte de la fête des Tentes, il est question de l'eau qui étanche la soif et de l'eau vive qui sortira du sein du Christ ou du croyant. Si quelqu'un a soif qu'il vienne et qu'il boive celui qui croit en moi. Selon le mot de l'Écriture : de son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui (7,37-38). C'est au temple, dans le contexte de la fête des Tentes, après la procession qui remontait de la piscine de Siloé où l'eau avait été puisée, que Jésus fait cette déclaration. Plusieurs textes de l'Écriture trouvent ici leur accomplissement [6]. La Tosephta Succot admettait que l'eau de Siloé qui était versée en libation sur l'autel résumait toutes les eaux du monde, depuis les eaux de la création jusqu'aux eaux qui devaient jaillir de sous le Temple selon la prophétie de Zacharie. À l'eau de Siloé était associé l'Esprit du sanctuaire.

     

         Au chapitre 9, dans la scène de la guérison de l'aveugle-né à Jérusalem, il est question de l'eau de Siloé. Or ce dernier terme devient un titre christologique. Les deux piscines de Jérusalem sont situées par rapport au Temple de Jérusalem [7].

     

         Dans le livre de l'heure, l'eau associée au sang jaillit du côté du Christ en croix. Certains exégètes y ont vu la réalisation de la prophétie d'Éz 47, d'autres de la scène de Moïse qui frappe le rocher. Dans les deux hypothèses il s'agit d'eau vive que donne le Christ.

     

         Au total des références sont faites à l'eau dans dix chapitres de l'Évangile de Jean. Les chiffres dix et un sont symboliquement identiques. Dans la dizaine le multiple revient à l'unité. Il est plus parfait que tous les nombres parfaits. La création avait été faite avec dix paroles. Noé apparaît à la dixième génération et était parfait parmi ceux de sa génération (Gn 6,9). Les dix plaies d'Égypte attestent la puissance de Dieu. Moïse avait reçu les dix paroles de Dieu au Sinaï.

     

         Jésus fut baptisé par Jean, il fut immergé dans le Jourdain. On peut en déduire que l'humanité n'était pas encore totalement immergée et renouvelée ni en Noé, ni en Moïse et son peuple. Jésus, par contre, l'homme nouveau, (Jr 31,31-32) est capable de réaliser les prophéties de Jérémie et d'Ézéchiel, en créant une humanité régénérée par le bain du baptême, renouvelée avec un cœur et un esprit nouveau (Ez 36,26). Jésus est totalement purifié par l’eau vive. Son œuvre est de faire une nouvelle création.

     

         En marchant sur les eaux Jésus manifeste sa puissance par rapport au cycle des eaux qui reconduisent sans cesse au préforme et au déluge. Il maitrise aussi les forces hostiles qui habitent la mer (Ap 13,1). Il est aussi capable d'apaiser la tempête (Lc 8,22-25) et les forces du mal qui habitent la mer. Avec le Christ on passe par la mort : c'est le sens du baptême (Rm 6,4-6). On se dépouille du vieil homme définitivement et on revêt l'humanité nouvelle du Christ ressuscité. La mort physique est la réalisation plénière et concrète du rite de l'immersion baptismale. D'où l'importance du rite d'immersion totale au baptême car lui seul symbolise vraiment la plénitude du symbole de renaissance par la mort. On ne peut pas rester immergé sous l'eau sans mourir. Le Christ fera disparaître les forces hostiles, la mer (Ap 21,1), mais, par contre, il donne de devenir en lui source jaillissante de vie éternelle (Jn 4,14).

     

         Origène aborde dans ses Homélies sur la Genèse le thème privilégié du puits où les bergers des Patriarches abreuvaient leurs troupeaux. Il souhaite que l'eau du puits se transforme en source d'intelligence spirituelle pour tout homme, le juif et le chrétien :

    L'outre est la lettre de la loi dont boit le peuple charnel pour en tirer quelque intelligence; cette lettre lui fait souvent défaut et ne peut avoir d'explication car en bien des points l'interprétation historique n'en peut. L'Église, elle, boit aux sources évangéliques et apostoliques qui ne tarissent jamais et qui se répandent sur les places publiques car elles sont abondantes et coulent toujours dans la largeur de l'interprétation spirituelle... Nous sommes souvent à côté du puits d'eaux vives, c'est-à-dire des divines Écritures, nous trompant sur elles. Nous possédons les livres et nous les lisons, mais nous n'allons pas jusqu'au sens spirituel. C'est pourquoi il faut des larmes et des prières incessantes pour que le Seigneur nous ouvre les yeux.

     

    [2] Jones, L.P., The symbol of water in the Gospel of John. Sheffield 1977.

    [3] Sur l'aspect historique de ces jarres de purification, voir Y. Magen-O. Rimon, Purity' Broke Out in Israel. Stone Ves­sels in the Late Second Temple Period, University of Haifa : Haifa, 1994.

    [4] O. Cullmann, Les sacrements dans l'Évangile johannique : la vie de Jésus et le culte de l'Église primitive (Études d'histoire et de philosophie religieuses 42), Presses universitaires de France : Paris 1951.

    [5] O. Cullmann, Les sacrements dans l'Évangile johannique : la vie de Jésus et le culte de l'Église primitive (Études d'histoire et de philosophie religieuses 42), Presses universitaires de France : Paris, 1951.

    [6] G. Bienaimé, « L'annonce des fleuves d'eau vive en Jean 7,37-39 », Revue théologique de Louvain 21 (1990) 281-310; 417-454.

    [7] L. Devillers, « Une piscine peut en cacher une autre : à propos de Jean 5,1­9a.  », Revue biblique 106 (1999) 175-205.

    Source : La Terre Sainte 603 (septembre-octobre 2009).

    Frédéric Manns

    frédéric manns, ofm

    Source www.interbible.org

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  • Les surprises archéologiques de Saint-Paul-hors-les-murs
    Les nouvelles découvertes ouvertes au public
    (photo Internet)

    Saint-Paul-Hors-Les-Murs.jpg ROME, Vendredi 9 juillet 2010 (ZENIT.org) - Le pèlerin peut désormais découvrir la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, témoin fidèle de deux mille ans d'histoire du christianisme, dans toute sa plénitude.

    Le 28 juin dernier, le pape Benoît XVI a inauguré un important complexe archéologique, avec des vestiges de la basilique ancienne construite à la demande de l'empereur Constantin au IVème siècle. ZENIT a visité ce complexe archéologique en compagnie de l'archiprêtre de la basilique, Mgr Francesco Monterisi.

    Parmi les nouveautés figure une galerie qui va de l'abbaye bénédictine (où vivent les moines qui sont chargés depuis 1300 ans de l'attention pastorale dans la basilique), à l'entrée des fouilles les plus récentes et à un bâtiment pour les touristes et les pèlerins où se trouvent une librairie et une cafétéria.

    Dans cette galerie, on peut voir des vestiges archéologiques découverts récemment lors des fouilles réalisées par l'Institut pontifical d'archéologie chrétienne et par les Musées du Vatican. Les vitrines contenant ces vestiges sont séparées par des schémas qui montrent l'évolution de la Basilique : de sa consécration au IVème siècle, jusqu'à nos jours.

    Un escalier conduit à la partie souterraine qui n'est pas encore ouverte au public mais où devraient être exposés des vestiges archéologiques des premiers monastères bénédictins de Saint-Paul-hors-les-murs.

     

    Son histoire en trois étapes

    La basilique fut consacrée en 324 par le pape Sylvestre I. Elle avait été construite à la demande de l'empereur Constantin.

    Par la suite, les empereurs Théodose, Valentinien II et Arcade firent construire la « deuxième basilique » qui avait les dimensions de la basilique actuelle. Celle-ci s'enrichit ensuite de nouveaux éléments comme le baldaquin d'Arnolfo di Cambio et la base du cierge pascal de Nicola D'Angelo et Pietro Vassalletto, conservés encore aujourd'hui.

    A droite de la basilique on peut voir des chapiteaux et vestiges de colonnes de la deuxième basilique.

    La basilique fut presque entièrement détruite lors d'un incendie en 1823. Mgr Monterisi a expliqué que les colonnes, presque entièrement consumées, ne pouvaient plus soutenir le toit. Le pape Léon XII lança un appel au monde entier pour que la basilique puisse être reconstruite de manière identique.

    Les catholiques envoyèrent des dons mais aussi des chrétiens d'autres dénominations. Le tsar Nicolas Ier fit don de deux blocs de malachite et de lapis-lazuli qui furent utilisés pour les autels latéraux, situés à droite et à gauche du baldaquin. Le roi Fouad I d'Egypte donna quatre piliers et de l'albâtre pour les fenêtres de la basilique.

    La basilique fut consacrée par le pape Pie IX le 10 décembre 1854, deux jours après la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, a rappelé l'archiprêtre. Cette nouvelle construction est celle que nous connaissons aujourd'hui.

     

    La tombe de saint Paul

    Une des nouveautés de l'Année Saint-Paul a été l'ouverture du site où, selon la tradition, et selon les dernières fouilles, se trouvent les restes de saint Paul.

    Sur le territoire où est aujourd'hui construite la basilique se trouvait le cimetière Ostiense, le plus proche de l'endroit où l'on pense que saint Paul aurait été décapité. Une abbaye a été érigée à l'endroit où saint Paul aurait trouvé la mort : l'abbaye des Trois Fontaines. Une pierre formée de plusieurs morceaux et portant l'inscription : « Paul, apôtre, martyr » a été retrouvée sur la tombe de l'apôtre Paul.

    « En l'an 2002, la tombe fut l'objet d'une première intervention », a expliqué l'archiprêtre. « Le sarcophage de saint Paul était caché par un mur très épais qui le protégeait des inondations du Tibre. La première intervention a consisté à enlever une partie du mur pour rendre la pierre du sarcophage visible. Celle-ci apparaît maintenant au fond, à travers une fenêtre ouverte devant la tombe », a commenté Mgr Monterisi. Les pèlerins peuvent descendre les marches situées devant le baldaquin qui surplombe l'autel principal de la basilique, pour y accéder.

     

    La deuxième intervention a eu lieu en 2008.

    « Une toute petite caméra a été introduite par un trou dans le sarcophage ainsi qu'une pince destinée à des opérations chirurgicales, grâce à laquelle ont été prélevés un morceau de toile verte et rouge tissée de fils d'or - signe qu'elle recouvrait le corps d'une personne importante - et un os minuscule », a expliqué Mgr Monterisi.

    Les analyses ont montré qu'il s'agissait d'un « homme décédé entre le Ier et le IIème siècle après J-C. Une confirmation de la tradition selon laquelle les restes de l'Apôtre Paul sont conservés dans cette tombe, comme a souligné le pape dans son homélie de clôture de l'Année Saint-Paul », a ajouté l'archiprêtre.

    D'autres interventions artistiques ont été réalisées. En 1931 fut installée la porte de bronze d'Antonio Mariani et en l'an 2000 la Porte Sainte d'Enrico Manfrini.

    En dépit de la distance qui la sépare du centre historique de Rome - ce qui fait que certains parcours touristiques l'ignorent - la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs devient de plus en plus un point de référence, pour l'oecuménisme, pour les grands trésors de l'art et de l'architecture qu'elle renferme, pour les médaillons des papes, de saint Pierre jusqu'à Benoît XVI, qui montrent la continuité dans la succession des papes depuis Pierre, et maintenant, pour les nouveaux vestiges archéologiques qui témoignent de l'histoire du christianisme dans la Ville éternelle.

    Carmen Elena Villa

    Source www.zenit.org

     

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