• Une vie partagée

    premiers-chretiens.jpg Chaque dimanche, nous sommes invités à nous rassembler en Église pour faire eucharistie ou, comme on le dit le plus souvent, nous allons à la messe. Quant aux premières générations chrétiennes, on se réunissait dans la maison d’un membre de la communauté qui devenait par le fait même la maison de l’Église. On s’y rassemblait pour prendre le repas du Seigneur, au cours duquel on faisait mémoire du geste de la fraction du pain.

     

         Jusqu’à maintenant, j’ai utilisé quatre expressions pour parler d’un même événement mais une seule, introuvable dans les Écritures, a fini par s’imposer et éclipser toutes les autres dans le langage populaire. Vous l’aurez sans doute reconnue : il s’agit du mot «messe». Les autres par contre font référence à l’un ou l’autre geste posé par Jésus au cours de la dernière Cène. La veille de sa mort, Jésus réunit ses apôtres pour un ultime repas au cours duquel il fait eucharistie, c’est-à-dire qu’il rend grâce au Père pour l’œuvre qu’il lui a demandé d’accomplir, celle de révéler son amour à l’humanité et lui proposer son alliance. Au cours de ce repas, Jésus pose un geste fondateur : la fraction du pain en signe d’une vie partagée, et le partage de la coupe en signe de l’alliance nouvelle. Quel sens ce geste fondateur, dont Jésus demande de faire mémoire, a-t-il pour lui-même et pour nous aujourd’hui?

     

         Pour Jésus, le geste de la fraction du pain n’est pas un geste magique. Il est pour le moins étonnant que plusieurs siècles plus tard on ait discuté longuement à propos du moment exact où, dans le prononcé des paroles de la consécration par le prêtre, le pain devient corps du Christ et le vin sang du Christ. Le geste n’est pas un instantané mais le condensé de toute une vie, une vie qui a sans cesse été donnée, partagée, offerte pour la gloire de Dieu et le salut du monde. La fraction du pain est le signe d’une vie qui n’a été que nourriture pour les personnes rencontrées sur la route : nourriture de compassion et d’écoute pour les malheureux, nourriture de pardon pour les pécheurs et de confiance redonnée pour les malades, nourriture de réinsertion sociale pour les laissés pour compte, nourriture de recentrage de la religion sur l’essentiel : l’adoration de Dieu passe par le respect de la liberté intérieure et de la responsabilité de la personne. C’est donc l’existence entièrement vécue pour les autres que Jésus condense et symbolise dans la fraction du pain et la coupe partagée. En en faisant mémoire, comme Jésus a demandé de le faire, c’est la vie donnée de Jésus qui va se perpétuer et s’incarner dans nos propres vies.

     

         Pour nous, faire mémoire de la vie partagée, fractionnée, de Jésus, c’est prendre notre propre vie entre nos mains pour l’unir à celle du Christ que nous accueillons entendant la main pour la recevoir. Il y a dans le repas eucharistique plus qu’une dévotion, il y a toute la volonté de faire corps avec le Christ. Il y a quelque chose de redoutable dans l’Eucharistie, car c’est s’engager à faire de notre vie une vie partagée, offerte aux autres. Il ne faut pas oublier que le quotidien de notre vie s’ajoute au pain et au vin que l’on apporte pour que, par la puissance de l’Esprit, tout soit

    transfiguré en corps du Christ, en sa présence réelle offerte au monde. Comme on le dit dans une prière de la messe : « Nous qui avons communié au corps et au sang eucharistiques du Christ, puissions-nous devenir ce que nous avons reçu : le corps du Christ. »

    Yves Guillemette, ptre

    yves guillemette

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  • Une autre terre promise

    terre-promise.jpg En étudiant le sens de la terre dans la Bible et chez les pères de l'Église, Frédéric Manns nous invite à porter un  autre regard sur le don de la terre.

         « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». La Torah comme livre de commandements débute avec le chapitre 12 du livre de l'Exode. Mais ces commandements exigeaient une préface pour expliquer ce que Moïse et Aaron faisaient au pays d'Égypte, alors que leur terre était celle des Hébreux. Rashi, dans son commentaire du livre de la Genèse écrit :

    Si les nations du monde disent à Israël : « Vous êtes des brigands, puisque vous avez conquis les terres des sept nations », Israël leur répondra : « Toute la terre appartient à Dieu. Il l'a créée et l'a donnée à qui est droit à ses yeux. De par sa volonté il la leur a donnée et de par sa volonté il la leur a reprise et nous l'a donnée. »

         Le problème soulevé par ce texte est le suivant : la relation de Dieu à l'homme passe-t-elle par l'impersonnel des lois de la nature ou bien, comme le dit le récit biblique, cette relation passe-t-elle par l'histoire humaine et par l'histoire d'Israël. Dans le premier cas, Dieu serait le Dieu des philosophes, dans le second, il serait le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

    Les sens du don de la terre

         L'installation en terre promise s'est révélée comme une préfiguration de la possession paisible que les derniers temps allaient assurer à Israël et que devait marquer une extraordinaire fécondité des vignobles. « Les montagnes distilleront du jus de raisin et toutes les collines se liquéfieront... Ils planteront des vignes et en boiront le vin. » (Am 9,13-14) À cette implantation définitive sur la terre : des promesses correspondent chez Osée et Jérémie le thème des épousailles irrévocables de Yhwh avec son peuple. Le vin, l'huile et le blé jouent de nouveau un grand rôle dans cette allégresse nuptiale.

         Pour Origène. dans son Traité des Principes 4,2,8, « ce qui est étonnant c'est qu'à travers des histoires de guerre, de vainqueurs et de vaincus des mystères sont révélés à ceux qui savent examiner cela. Et ce qui est encore plus admirable c'est qu'à travers la législation que contient l'Écriture les lois de la vérité sont prophétisées et tout cela est écrit en ordre logique avec une puissance convenant à la sagesse de Dieu ». Dans son Commentaire sur le livre de Josué, Origène reviendra sur le problème de la terre donnée à Israël.

         Le judaïsme avait donné différentes significations du don de la terre. Pour les Esséniens les humbles qui hériteraient de la terre étaient les fils de lumière qui entraient dans la communauté de l'alliance. Pour Philon d'Alexandrie la terre était le symbole de la sagesse que Dieu donnait. Pour les Pharisiens le don de la terre symbolisait le don de la vie éternelle.

         La tradition biblique avait rapproché les termes Adam et Adamah (la terre). La terre représente en effet la matière avec laquelle fut façonné Adam, le terreux. Elle est le symbole de la chair d'Adam. Du coup, la terre promise peut représenter aussi la chair du nouvel Adam, c'est-à-dire la chair du Christ. L’assimilation sera faite dès le deuxième siècle par l'Épître de Barnabé, par Tertullien et Hippolyte.

         La terre promise représente non seulement le corps du Christ dans sa nature humaine, mais toute la nouvelle création recréée dans le Christ (Barnabé 6,13). C'est par le baptême que les chrétiens sont introduits dans une terre excellente. Si la terre est le Christ, elle est aussi l'Église, c'est-à-dire les chrétiens incorporés au Christ.

         Cette terre promise est un symbole de vie parce qu'elle est une terre de liberté par opposition à l'esclavage en Égypte et terre de fécondité par opposition au désert.

         Le Christ, nouvelle terre promise, est symbole de Vie parce qu'il est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6). Il est celui qui nous donne la semence de Vie éternelle, la Bonne Terre qui s'unit à notre terre (ls 62,4) qui n'a plus assez de richesses en elle pour que nous puissions, à notre tour, produire à nouveau de bons fruits. Tout jardinier sait qu'il faut amener de la nouvelle terre pour mélanger à l'ancienne afin qu'elle produise à nouveau car celle-ci est épuisée, elle a perdu sa vitalité! Cette terre ancienne et nouvelle, c'est l'Église. À la fin des temps, la terre pauvre, marquée par le péché va disparaître, il n'y aura plus que la terre nouvelle (Ap 21,1-2).

         La terre glaise du Christ nous apprend la patience du potier qui nous façonne avec l'eau du baptême et le feu de l'Esprit (Mt 3, 11). L’eau représente toutes les potentialités de la création. Jean-Baptiste invite à un baptême de conversion pour retrouver ses potentialités humaines.

         L'eau rend la terre souple, alors que le souffle représente les potentialités divines. L’esprit plane sur les eaux, le souffle symbolise quelque chose de supérieur à l'eau.

         Dans la symbolique de la poterie, l'eau cède sa place au feu, nous n'y voyons pas le symbole du divin qui supprime l'humain car l'humain n'est pas symbolisé par l'eau mais par la terre. Ce sont les potentialités humaines qui sont totalement transcendées par les potentialités divines données par le feu. Autrement dit, l'humanité est divinisée. La terre « enferme », elle a en son centre l'enfer de feu. Autre chose est de marcher sur terre, de la dominer, autre chose est d'être sous-terre, lieu des morts et du feu de l'enfer. Impossible à cet endroit de respirer, pas de souffle de vie possible, c'est le lieu des ténèbres (Dn 7,3.17).

         La terre d'un côté est semence de vie et de l'autre séjour des morts. Ne faut-il pas retourner dans la terre pour renaître à la vie?

    Frédéric Manns

     

    Source www.interbible.org

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  • Les Évangiles de Garima

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    Un manuscrit trouvé dans un monastère éthiopien pourrait être la plus ancienne Bible illustrée dans le monde. Des examens de datation au carbone 14 ont permis de dater entre 330 et 650, une Bible trouvée dans le monastère de Garima, près d’Adwa dans le nord de l’Éthiopie et initialement datée du XIe siècle. Le manuscrit est à ce jour la plus ancienne Bible illustrée découverte.

    Les textes vieux de 1600 ans ont été copiés par un certain Abba Garima, un moine arrivé de Constantinople en Éthiopie vers 494 de notre ère. Il a copié les Évangiles sur une peau de chèvre, en langue guèze. Les pages du manuscrit richement enluminées et remarquablement bien conservées présentent des illustrations des quatre évangélistes et la première représentation du Temple de Jérusalem. Les Évangiles de Garima ont été maintenus au sec et à l’abri de la lumière, ce qui a permis leur préservation et aux couleurs de garder toute leur intensité.

     

    Gérard Blais
    directeur du Centre biblique Har'el
    Saint-Augustin, QC

    source www.interbible.org

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  • Un archer sur un sceau judéen 

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    Le chantier ouvert en 2005 (BiblePlaces.com)

    En 2005, des fouilles ont été entreprises à Jérusalem sous la grande place du mur Occidental. À une centaine de mètres du mont du Temple, on a ouvert un chantier d’environ 1500 m2. On y a découvert, sous les dalles d’une rue à colonnades d’époque romaine, un bâtiment administratif de l’époque du premier Temple (Fer II) très bien conservé. En 2008, en examinant soigneusement les débris à l’intérieur du bâtiment, on a trouvé quatre sceaux personnels dont un présentant l’image très nette d’un archer.

         Cet artefact est unique car c’est la première fois qu’un sceau portant une inscription hébraïque est accompagné d’un motif influencé par l’art assyrien. De forme ovale, comme un scarabée, et gravé sur une pierre noire, le sceau indique clairement le nom de son propriétaire. Sur le sceau, l’inscription est inversée mais une fois imprimée, sur de la cire par exemple, on peut lire : « Appartenant à Hâgab ».

         Le nom Hâgab se retrouve dans la Bible [1] et figure sur la liste des chefs de familles revenues d’exil (voir Esdras 2,46) avec Zorobabel. Mais il est improbable que cet exilé soit le propriétaire du sceau car le contexte archéologique de sa découverte pointe plutôt vers une période antérieure : le sceau a été utilisé au VIIe siècle avant notre ère. Or, le retour des exilés dont parle le livre d’Esdras se situe en 536 avant JC.

    L’archer

    Sceau de Hâgab

    Le sceau vu de profil et de face

         L’archer ne porte pas de casque ni de cuirasse. Les traits de son visage sont indiqués par quelques incisions pour le nez, les yeux et la joue. Les incisions sous le menton pourraient représenter la barbe. La poitrine apparemment nue est traversée par la courroie du carquois. L’archer tient l’arc dans sa main droite (n’oublions pas que le motif est inversé) et vise de la gauche. La corde de l’arc n’est pas visible mais un trait horizontal représente la flèche. Le soldat porte une ceinture à laquelle est probablement attachée une épée. Comme sur les reliefs assyriens, on remarque la forte musculature des mollets du guerrier et ses pieds sont nus.

    L’art palatial assyrien

    Détail d’une scène de la prise de Lakish

    Détail d’une scène de la prise de Lakish

         L’artisan qui a fabriqué le sceau pourrait s’être inspiré d’un objet importé mais une autre possibilité serait une influence directe de l’art palatial assyrien. Sur les murs du palais de Sennachérib (roi d’Assyrie de 704 à 681 av. JC) à Ninive, on pouvait admirer des scènes de combat dont la célèbre prise de Lakish, une ville judéenne de la Shéphélah. Aujourd’hui conservés au British Museum, les reliefs de la prise de Lakish représentent la victoire assyrienne contre la révolte du roi Ézéchias en 701. Parmi les soldats assyriens qui figurent sur ces scènes de combat, on compte plusieurs archers représentés en formation de combat.

         Puisque les sceaux étaient utilisés dans l’ancien Israël par des individus détenant une responsabilité gouvernementale, on peut penser que Hâgab avait un rôle militaire important dans le royaume de Juda. Le motif de l’archer atteste la forte influence assyrienne qui existait à Jérusalem au VIIe siècle de notre ère. Mais il démontre également que le royaume israélite jouissait encore d’une autonomie relative sous l’hégémonie assyrienne.

    [1] Le nom Hagab se retrouve également dans les lettres (ostraca) de Lakish et sur quelques impressions de sceaux hébraïques.

    Sylvain Campeau

    Source http://www.interbible.org

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  • La Bible et la science
     
    Science et récits de création (1 de 2)


    Science et récits de création - InterbibleQuestion
    Comment interpréter les récits de la création quand la science enseigne que l’homme descend du singe?

    RéponseSouvent posée aux biblistes, la question est double. Quelle est, aujourd'hui, l'autorité des textes bibliques qui semblent contredire les données de la science? Et les découvertes scientifiques peuvent-elles nous amener à lire autrement les récits des origines? À cette seconde interrogation, je répondrai par l'affirmative, car les sciences nous invitent à nous mieux concentrer sur la visée propre des écrits bibliques.

         Je me rappelle cet ingénieur qui, à la fin d'une session sur la Genèse, s'écrie : « Enfin, on m'a rendu mes origines! ». Formé à l'École technique, depuis plusieurs années, il présumait que les textes bibliques sur la création étaient périmés et qu'ils ne pouvaient plus parler aux croyants d'aujourd'hui. Une fois clarifiées quelques données de base, il se replongea dans la lecture de la Genèse avec le plus grand profit.

    « Rendez à la science ce qui appartient à la science... »

         Les recherches scientifiques relèvent de la méthode expérimentale. Les chercheurs proposent des hypothèses, puis ils les vérifient et, s'ils les retiennent, ils les revoient au besoin. Les conclusions de la science sont souvent, comme le disait l'un de mes anciens professeurs, l'hypothèse la moins mauvaise ou du moins, celle qui explique le mieux les différentes variables qui entrent dans le champ d'une recherche. Parfois, nous entendons parler de grandes théories comme le big-bang ou l'évolution pour expliquer l'origine de l'univers et de la vie. Même si la plupart des scientifiques s'entendent, toute hypothèse fait l'objet d'une continuelle réévaluation. Certaines, parmi les plus sérieuses d'autrefois, sont aujourd'hui complètement écartées.

         La science observe et explique le réel selon des méthodes et des normes qui lui sont propres. Et si, par exemple, le monde qu'elle permet de mieux connaître nous apparaît vieux de six milliards d'années, nous aurions tort, en tant que croyants, de rejeter cette explication. Les sciences abordent la question de l'univers sous l'angle du comment : comment l'univers a-t-il pu naître? Comment la nature s'est-elle développée? Etc. L'explication la plus plausible est celle qui rend le mieux compte de la réalité, telle qu'elle se donne à connaître.

    « ... et à la foi ce qui est du domaine de la foi. »

         Le développement des sciences a permis de mettre en lumière la visée propre des récits de la Genèse. Par exemple, le récit de création (Gn 1) se comprend mieux si l'on tient compte du genre littéraire et du contexte historique. Alors que l'auteur biblique et son peuple sont dépossédés de la Terre Promise et exilés en Babylonie, un royaume beaucoup plus puissant que le leur, les questions surgissent :  « Qui est Dieu? Que fait-il? Qui sommes-nous? Et quelle est notre place dans l’univers? » L’auteur ne se demande pas comment le monde est venu à l’existence. Sa question à lui, c’est plutôt : « L’univers où nous vivons a-t-il un sens? Si oui, lequel ?».

         La réponse est audacieuse et toujours actuelle. Au beau milieu de l‘Exil, l’auteur du premier récit de la Genèse invite son peuple à garder confiance. Dépossédés de tout, mais surtout de leur terre, confrontés au « silence de Dieu », les Juifs se voient proposer un message d’espoir. Non, dit le texte, le monde n’est pas dénué de sens; Dieu lui a donné naissance et, s’il a créé, du chaos original, cet univers merveilleusement ordonné, il saura bien tirer son peuple de l’Exil. Dieu est l’UN, l’éternellement UN et il a fait de sa créature préférée, l’être humain, le reflet de son pouvoir et de sa grandeur.

         « Notre » auteur biblique s'intéresse peu à la « manière » dont l'univers a progressé à travers les âges. Il lui suffit de savoir que le monde, tel que nous pouvons le connaître, est un don de Dieu et qu'il est sous la mouvance de son Souffle créateur. L'être humain hérite de cette conscience d'un monde où Dieu et présent. Et affirmer cela, c'est toujours actuel…

    Source : Parabole, Initiation à la Bible, collection La Bible

    pas à pas, feuillet no 9.

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    source http://www.interbible.org

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  • Un site pré-Néandertalien découvert près de Rouen

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    L’homme de Neandertal n’a pas fini de nous étonner. Lui qui au XIXe siècle était considéré comme un idiot, avec son front bas, ses bourrelets osseux sus-orbitaires, son crâne étiré vers l’arrière comme un chignon et sa mâchoire inférieure sans menton apparaît, au fil des découvertes des archéologues, bien plus futé qu’on ne croyait.

    C’est ce qui ressort de la dernière découverte faite par des chercheurs de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime), dans une falaise bordant un méandre de la Seine et composée d’alluvions accumulées entre – 350 000 et – 130 000 ans.

    Une accumulation d'ossements et d'outils en pierre

    C’est là, dans une carrière de sables et de graviers, que les spécialistes ont mis au jour un site riche en restes osseux animaux mêlés à des outils en pierre : des silex sophistiqués forgés par la main de pré-Néandertaliens ou de Néandertaliens anciens. « Nous sommes dans une strate de sédiments datés de 200 000 ans, précise Jean-Philippe Faivre, responsable scientifique du chantier de fouilles de l’Inrap. C’est-à-dire à la fin d’une période interglaciaire, tempérée. »

    Les espèces animales présentes sont tout à fait caractéristiques de ce contexte climatique. Outre le cerf, on trouve l’auroch, le cheval, mais aussi des carnivores : le loup, le renard, l’ours, le lion ou encore la panthère. En plus de cette abondante grande faune, le site livre également des restes de petits mammifères (fouines, putois, chats sauvages) ou de microvertébrés (rongeurs, oiseaux).

    Cette accumulation résulte pour une large part de phénomènes naturels. Des carcasses animales, entières ou partielles, charriées par la Seine, sont venues se déposer sur les berges ou sur des bancs de sable au pied d’une falaise crayeuse. « Ces vestiges de faune ont été rapidement recouverts par les alluvions, car les bois de cerf ont été bien préservés », explique Jean-Philippe Faivre.

    « Les pré-Néandertaliens n’étaient pas des charognards »

    Les archéologues ont aussi mis au jour, sur une surface d’un hectare, environ 500 objets de grande qualité mélangés à ces vestiges osseux. « Il s’agit de lames et d’éclats produits selon une technique particulièrement complexe : la technique Levallois », indique Jean-Philippe Faivre. Par endroits, on observe une concentration d’éclats, c’est une aire de débitage.

    Ceci indique que les pré-Néandertaliens préparaient méticuleusement leurs blocs de silex afin d’en faire des lames allongées, fines, aux bords très coupants. Ces Laguiole ou Opinel de l’époque étaient très efficaces pour prélever viande, tendons et peaux sur les carcasses. Autrement dit pour récolter des compléments alimentaires, fabriquer des liens à partir des tendons ou bien se vêtir avec les peaux.

    « Les pré-Néandertaliens n’étaient pas des charognards pour autant », prévient Jean-Philippe Faivre. Au contraire, ils manifestent là un comportement élaboré de subsistance qui implique un savoir technique et une stratégie économique. À l’époque, ils exploitaient un territoire immense, doté d’un paysage diversifié allant de grandes plaines herbeuses où paissaient les herbivores aux plateaux calcaires couverts de forêts.

    Les pré-Néandertaliens se déplaçaient, n’habitaient pas là, mais y faisaient probablement des haltes régulières de courte durée afin de récupérer ce dont ils avaient besoin sur ces animaux. « Cette remarquable capacité d’adaptation signifie que l’humanité néandertalienne savait tirer profit de bien des situations », conclut Jean-Philippe Faivre.

    Denis SERGENT

    Photo : Lame de silex réalisée selon la technique Levallois, particulièrement complexe. Ces Laguiole ou Opinel de l’époque étaient très efficaces pour prélever viande, tendons et peaux sur les carcasses (Hervé Paitier/Inrap).

     

    Source http://www.la-croix.com

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  • Tenir deux lampes allumées

    On me demande souvent d’expliquer la démarche que je fais, à savoir de lire la Bible à la lumière de l’actualité, ou encore de lire l’actualité à la lumière de la Bible. Je vous propose ce mois-ci une réflexion sur les deux lampes qui éclairent mon sentier : l’analyse sociale et la méditation de la Bible.

    2-lampes-allumees.jpg      Le shabbat est le jour où l’on chôme de toute activité pour se consacrer à la joie et à la paix du foyer. Moïse, inspiré par la sagesse divine, en a fait un pilier de la foi, car son peuple avait connu l’esclavage et le travail forcé en Égypte. Sur la terre nouvelle, tous et toutes auraient droit au repos. « Souviens-toi du jour de shabbat pour le consacrer. Tu travailleras six jours : fais tout ton ouvrage. Le septième jour, shabbat pour Adonaï, ton Élohim, tu ne feras aucun ouvrage, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, ta bête, ton métèque qui est en tes portes. » (Exode 20, 8-10) Aussi, le vendredi soir, la femme allume-t-elle deux lampes quelques minutes avant le coucher du soleil et elle bénit Dieu et sa famille.

    Une religion libératrice

         Je tâche pour ma part de toujours tenir allumées ces deux lampes enraciné dans la foi de mes ancêtres. Comme au temps de Moïse, l’esclavage des hommes et des femmes est au centre des préoccupations de notre Dieu. Sur le Sinaï, au moment de donner à Moïse les dix paroles, le Seigneur se définit ainsi : « Moi-même, Adonaï, ton Élohim qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, de la maison des serfs. » 

         À l’époque de l’Exode, les dieux se portaient garants de l’ordre établi. Le pharaon ou le roi était divinisé, considéré fils de dieu, et il avait droit de vie ou de mort sur toute la population qui lui était asservie. La religion, les prêtres et les temples servaient à garder les populations dans la servitude et l’acceptation de leur condition d’esclaves.

         Le Dieu d’Israël apparaît alors comme le Dieu qui libère les esclaves. Le rabbin Paul de Tarse, chef de police du Sanctuaire de Jérusalem, après avoir viré son capot de bord et adhéré à Jésus de Nazareth, écrira avec indignation aux Galates insensés : « Le messie nous a libérés pour la liberté, donc tenez ferme et ne vous enfermez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage. » (Galates 5,1)

    Le journal déchiffré et analysé

         C’est ainsi que j’ai besoin d’une lampe pour discerner dans les ténèbres de notre monde les situations qui oppriment et aliènent les gens. La lecture du journal, l’attention aux nouvelles avec un œil critique et des oreilles attentives est pour moi une véritable passion : comprendre le monde et ses conflits, discerner les intérêts cachés, démasquer les mensonges, ouvrir les yeux du cœur, s’indigner et refuser les injustices. C’est Luc qui met ces mots dans la bouche de Jésus : « Le souffle d’Adonaï est sur moi; il m’a messié pour annoncer le message aux pauvres, pour proclamer aux captifs : Libération!, aux aveugles : Voyez!, pour renvoyer libres les opprimés, et proclamer une année d’accueil par Adonaï. » Qui sont ces gens à qui s’adresse Jésus? Seulement durant une semaine de septembre, dans un seul journal, je repère les évènements suivants :

    • L’achat de 65 avions de combat F-18 au prix de neuf milliards de dollars par le gouvernement fédéral.
    • Les États-Unis présenteront un contrat de 60 milliards de dollars d’avions et d’hélicoptère pour l’Arabie saoudite, ainsi que des fournitures de navires et de défense antimissile de plusieurs dizaines de milliards.
    • L’expulsion des Roms de la France par Sarkozy et la destruction de 300 campements.
    • Les défis écologiques posés par la grande quantité de gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent qui font saliver les entreprises et paniquer les populations.
    • La saga interminable de la commission Bastarache qui cherche à déterminer qui du premier ministre Charest ou de son ex-ministre de la justice Bellemare ment à la population sur une question d’influences concernant la nomination des juges.
    • La reprise des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens à l’initiative d’Obama.
    • Les élections frauduleuses dans un Afghanistan occupé et en pleine guerre. 
    • 925 millions d’humains souffrent de la faim dans le monde (un entrefilet!).
    • 40 000 paysans et paysannes du Brésil sont victimes de travail forcé.
    • Après six semaines d’inondations, des dizaines de milliers d’habitants du Pakistan continuent de fuir les villes du sud, s’ajoutant aux 20 millions de victimes déjà déplacées.
    • 220 millions de chômeurs en Chine… et 10% de chômage aux États-Unis.

         Tout ceci est sans compter ce que les journaux ne disent pas ou occultent carrément, par exemple les cas de viols massifs et systématiques commis par les forces belligérantes en République démocratique du Congo où la guerre a fait 5 millions de morts sans que les médias n’en face une nouvelle.

         Ou encore le massacre de 72 jeunes latinos qui traversaient le Mexique pour entrer aux États-Unis; entre personnes disparues et assassinées, on compte plus de 60 000 morts dans ce pays de l’Alena durant les dix dernières années. Ou la grève de la faim de 31 prisonniers politiques autochtones au Chili dont les revendications historiques tombent sous la loi antiterroriste de Pinochet et qui sont considérés comme « terroristes » par le gouvernement.

         Voilà la véritable litanie qui doit inspirer nos actions et nos prières. Comment y rester indifférents alors que nous prétendons être catholiques, c'est-à-dire universel, et que nous affirmons croire en un Dieu Parent de l’humanité en Adam. C’est ici que l’annonce aux pauvres se vit aujourd’hui. Centrés sur les drames qui affligent les peuples, les familles, les gens d’ici et d’ailleurs, nous laissons monter la prière fervente et révolutionnaire d’une jeune Palestinienne du Ier siècle : « Mon souffle exalte pour Élohim, mon sauveur, parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante. Il disperse les orgueilleux en l’intelligence de leur cœur. Il fait descendre les puissants des trônes, mais il relève les humbles. Il remplit de bien les affamés; et les riches, il les renvoie, vides. »

         Jésus a su nommer et dénoncer le péché du monde de son temps; l’exploitation de la paysannerie, la marginalisation des femmes et des enfants. Il a initié un mouvement de pauvres, de va-nu-pieds sans voix qui ont cru qu’avec lui, un autre monde devenait possible et à qui il a communiqué son Souffle. Il leur a parlé d’un royaume qui serait selon le cœur du Dieu qu’il appelait Abba, Papa. Dans ce royaume se réaliseraient les promesses que Marie, sa mère, invoquait dans sa prière. Jésus a expliqué les Écritures, il les a commentées de façon traditionnelle et toujours nouvelle, en pleine fidélité à l’esprit de Moïse, mais en dénonçant l’hypocrisie de ceux qui siégeaient sur le trône de Moïse, les scribes et les pharisiens.

         Aujourd’hui plus que jamais, nous, croyantes et croyants en Jésus, avons besoin de lire l’actualité en prophètes, avec une parole lumineuse et tranchante, sans acrimonie et sans peur. Nous avons dans notre Bible un trésor de prophéties, d’ancêtres dans la foi qui se sont affrontés aux défis de leurs temps avec courage et en y laissant souvent leur peau. Lire la Bible à partir des évènements actuels ne nécessite pas une recette; cela suppose un engagement de toute la vie au service de la justice sociale, une indignation fulgurante devant les injustices, une passion pour construire un monde neuf, une confiance inébranlable que cela est possible avec l’aide d’En-Haut.

         Nous avons un grand défi à relever en Occident, où le christianisme s’est acoquiné avec un système capitaliste injuste, prédateur, guerrier et destructeur de l’humanité et menace pour la survie de la vie sur terre. Nous voudrions vivre notre foi douillette dans un milieu qui dilapide les richesses de l’humanité au profit d’une petite minorité d’humains que nous sommes. Il est urgent de nous remettre à la lecture de la Bible et d’y puiser un Souffle nouveau, une Inspiration, un Dynamisme prophétique qui redonnera à notre foi sa vigueur et sa pertinence pour notre monde. Entrons solidairement dans la grande marche initiée par Jésus de Nazareth avec les humiliées, les affamées et les éplorées de ce monde. Ainsi, tous les peuples pourront enfin célébrer le grand shabbat de la paix et de la joie universelles et la lumière du shabbat illuminera notre terre.

    « En marche, les humiliés! Oui, il est à vous, le royaume d’Élohim!
    En marche, les affamés de maintenant! Oui, vous serez rassasiés!
    En marche, les pleureurs de maintenant! Oui, vous rirez!
    En marche, quand les hommes vous haïssent, vous bannissent, vous flétrissent, et jettent dehors votre nom comme criminel, à cause du fils de l’homme!
    Jubilez, ce jour-là et dansez de joie!
    Voici : votre salaire est grand au ciel!
    Oui, cela, leurs pères l’ont déjà fait contre les inspirés.

    Cependant, oïe, vous les riches!
    Oui, vous avez déjà pris votre réconfort!
    Oïe, vous, les repus de maintenant!
    Oui, vous serez affamés! 
    Oïe, vous les rieurs de maintenant!
    Oui, vous serez endeuillés et vous pleurerez!
    Oïe, vous, quand tous les hommes vous célèbrent!
    Oui, leurs pères ont fait de même avec les faux inspirés. »
    (Luc, 5, 20-26)

    (Les extraits bibliques sont tirés de la traduction de André Chouraqui)

    Claude Lacaille

    Source: Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source http://www.interbible.org

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  • Moise-et-les-prophetes.jpg Débranche, mon vieux!

    S'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter des morts: ils ne seront pas convaincus(Luc 16, 31).

    Montréal, un jour de froid. On a la tête saturée des bruits de la grande ville, le corps moulu d'avoir tant marché, le regard assombri par le triste paysage de la laideur qui s'offre un peu partout : maisons grises, papiers gras et graffiti ... Et témoin d'un monde blessé, la pauvreté partout, elle aussi : celle qui dort affalée sur un banc, celle qui vous mendie quelques sous que vous avez le coeur de refuser. Mais, même en donnant, le coeur n'y est pas.

         Et puis, clin de soleil au détour d'une rue. Six violonistes qui jouent un concerto de Bach. On s'approche. On se dit : c'est trop beau, c'est pas vrai! Si. On s'arrête pour un second, un troisième morceau de cette musique céleste qui nous réconcilie avec le monde et nous y renvoie comme allégés. Pressé, indifférent, un gars traverse l'attroupement, presque sur nos pieds ... Pas au diapason, celui-là, avec ses écouteurs branchés sur sa sono personnelle! Quelqu'un lui fait signe : débranche, mon vieux! Écoute donc! En vain. Ainsi en est-il des signes de Dieu : c'est une rencontre au détour de la grisaille ou de la fatigue, un violon qui fait danser le quotidien. Là est le miracle. Au même endroit, certains ne voient, n'entendent rien ... (Chantal Berhin).


    LIEN: Ne sommes-nous pas trop fermés aux autres? Ne sommes-nous pas parfois aveugles, insensibles à la misère de nos frères et sœurs? N'avons-nous pas été avertis? L'appel à la justice n'a cessé de nous être adressé à travers l'histoire du peuple de Dieu: tel est le sens de la parabole, très imagée, de Lazare et du mauvais riche.

     

    Source www.Interbible.org

     

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    L’Annonciation ou le miracle de l’accueil

    annonciation.jpg

    L'Annonciation
    Gertrude Crête, SASV
    encres acryliques sur papier, 2000
    (photo © SEBQ) 

         Le personnage de Marie occupe, dans l’imaginaire chrétien (particulièrement catholique), une place prépondérante au point qu’elle fait figure de véritable archétype féminin [1]. Le récit dit de l’Annonciation (Lc 1,26-38) l’illustre bien. Cependant ce passage biblique a souvent justifié la soumission des femmes dans l’Église et la tradition a consolidé ce portrait de Marie.

    Un regard classique

         L’interprétation classique s’est polarisée sur la soumission du personnage de Marie qui, en acceptant la proposition de l’Ange, s’est pliée à la « volonté divine » afin de réaliser le « plan de salut ». Caractérisée comme la contrepartie d’Ève, Marie a obéi. Par l’effacement et le déni de soi, elle a redonné ses lettres de noblesse au genre féminin. Par sa « maternité virginale » miraculeuse, elle a assumé pleinement sa « nature féminine » qui s’accomplit totalement dans l’enfantement.

         La difficulté avec cette interprétation réside dans le fait qu’elle ne prend nullement en compte le contexte de la naissance de Jésus. En effet, n’étant pas formellement sous le même toit que Joseph, la grossesse de Marie pouvait être perçue comme une preuve d’adultère [2]. De plus, Jésus risquait d’être considéré comme un enfant illégitime [3] Les conséquences prévues par la Loi pouvaient être la lapidation (Dt 22,22-24) et la mort (Lv 20,10). Sans doute, est-ce la raison pour laquelle le personnage de Joseph dans le récit de Matthieu opte pour une répudiation en secret (Mt 1,19). Selon la culture de l’époque, il est difficile d’imaginer comment l’arrivée d’une grossesse pouvait être une bonne nouvelle pour une femme promise au mariage!

    Une voie inédite de libération

         Le choix de Marie dénote-t-il vraiment une soumission à la volonté divine? La décision de Marie permet d’accueillir ce qui survient au cœur de son existence. Un telle décision suggère plutôt une détermination à emprunter, malgré les embûches, un chemin inédit de vie où les personnes exclues en fonction de normes et de conventions sont reconnues comme des personnes à part entière [4]. Marie révèle ainsi que des personnes marginalisées, comme elle, vivent également une spiritualité parfois loin des cadres établis.

         Après tout, Marie, tout comme Joseph, en acceptant la proposition d’un Dieu hors norme, a manifesté un amour proverbial en accueillant un enfant qui pouvait être taxé d’illégitime, donc sans droit et rejeté. Selon les mots de l’Ange, cet enfant, à l’origine plus ou moins douteuse pour ses contemporainEs, représente le messie tant attendu! Par cette voie, à tout le moins inusitée, c’est une véritable leçon de vie, de confiance et d’ouverture qui se dévoile. Il est à souligner que l’accueil, l’ouverture et la confiance en la vie constituent les éléments fondamentaux du récit de Luc et de toute foi.

         D’une mort possible et d’une naissance entraînant l’opprobre, le Dieu biblique a transfiguré cette situation en un événement de vie, de joie et d’amour. Par son « oui », Marie a créé une brèche au sein de croyances perçues comme un absolu. Elle propose ainsi, en solidarité, d’autres regards plus humanistes reconnaissant la dignité foncière de chaque personne. Cela représente en soi une véritable Bonne Nouvelle.

         D’une certaine façon, le miracle de l’Annonciation tient beaucoup moins à une conception virginale mécanique et biologique, qu’à l’accueil au-delà des craintes et qui s’ouvre sur une nouvelle espérance malgré les apparences. C’est à cette espérance de vie nouvelle, à cette image féminine de la « maternité virginale », parmi une myriade d’autres, que les femmes peuvent s’identifier comme le laisse si bien entendre Luce Irigaray :

    C’est en tant que « vierge », qu’elle [Marie] peut mettre au monde un enfant divin. Certes, « vierge » ne signifie pas, selon moi, la présence ou l’absence d’un hymen physiologique mais l’existence d’une intériorité spirituelle propre, capable de recevoir la parole de l’autre sans l’altérer. Vierge et mère voudraient alors dire : capable d’une relation à l’autre, en particulier l’autre genre, dans le respect de l’autre et de soi-même. Vierge et mère correspondraient bien à un devenir de femme, à condition d’entendre ces mots au sens spirituel et non seulement matériel-naturel. C’est avec son âme « vierge » autant sinon plus qu’avec son corps, que Marie enfante Jésus. La figure qu’elle peut représenter pour nous est celle d’une femme qui reste fidèle à elle-même dans l’amour, dans l’enfantement. [5]

         Pour conclure, voici un magnifique texte poétique de Bernise Genesse.

    La Vierge noire

    Vierge Marie
    Femme sacrée au cœur pur
    Femme debout, vierge noire
    Au bassin solide, à la terre riche
    L’enfant divin germe en ton sein
    Ton oui! Libre, courageux
    Un saut dans l’inconnu, dans l’espérance
    Un accueil et une ouverture inébranlables
    Pour cet enfant de la contradiction
    Femme entière armée de respect et de fidélité
    Tu engendres un nouveau devenir de femme et de mère.

    Poème inédit, 2010

    [1] La question complexe de l’historicité des récits de l’enfance ne sera pas abordée. L’article se centre sur l’interprétation théologique du récit de l'annonciation. Pour les personnes intéressées à la dimension historique, voir J. P. Meier, A Marginal Jew, Vol. 1 : The Roots of The Problem And The Person, New York, Doubleday, 1991, 205-252.

    [2] La notion d’adultère à l’époque diffère sensiblement de celle issue de la mentalité occidentale contemporaine, puisque l’idée de consentement mutuel est inexistant pour les femmes (qui, à l’époque biblique ne sont pas des personnes!). En d’autres termes, une femme pouvait subir une agression sexuelle et être condamnée pour adultère!

    [3] Voir la thèse audacieuse et fort intéressante de Jane Shaberg, The Illegitimacy of Jesus. A Feminist Interpretation of the Infancy Narratives, New York, Harper and Row, 1987.

    [4] Songeons simplement au fait que l’Ange s’adresse à une femme qui n’a aucune existence légale ou sociale (Dt 5,21).

    [5] Luce Irigaray, « La rédemption des femmes », dans Luce Irigaray (direc), Le souffle des femmes, Paris, ACGF, 188.

    Patrice Perreault

    Source www.zenit.org

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  • Que penser des miracles ?

    miracle.jpg

    QuestionQue pensez-vous réellement des miracles? Est-ce que les apôtres en ont réellement accomplis tels que nous les transmettent les Actes des apôtres? Est-ce qu’il y a encore des miracles? (Roddy, République démocratique du Congo)

    RéponsePermettez-moi d’abord de réagir à vos questions. L’insistance avec laquelle vous utilisez le mot « réellement » me fait penser que vous avez des doutes sur la possibilité même du miracle. Je peux le comprendre. À une époque où l’explication scientifique prend résolument le pas sur les anciennes formes d’explication religieuse du monde, il devient effectivement difficile de croire en tout ce merveilleux que rapporte le texte biblique. En même temps, vous souhaitez une opinion personnelle sur la question. Sans parler de Jésus et des miracles relatés dans les évangiles, vous vous interrogez sur les miracles que l’on attribue aux apôtres dans le livre des Actes. Procédons par étapes!

    Quel sens donner au mot « miracle »?

         L’encyclopédie libre Wikipédia de Google en donne plusieurs : Il y a d’abord le sens proprement religieux chrétien : « C'est un fait prodigieux d'ordre surnaturel survenant dans un contexte religieux qui manifeste une intervention spéciale et gratuite de Dieu adressant aux hommes un signe sensible de sa présence dans le monde. » Ainsi en va-t-il de certaines scènes évangéliques qui montrent Jésus marchant sur les eaux, calmant la tempête ou faisant sortir Lazare de son tombeau...

         Au fil du temps, le mot « miracle » a pris un sens plus courant. Toujours selon la même source, « un miracle selon l'entendement commun étant à la fois mémorable, incroyable et bénéfique, on dit d’une personne qu’elle accomplit des miracles quand elle produit un haut fait, quelque chose considéré comme très difficile ».  Ainsi l’abbé Pierre, mère Térésa ou sœur Emmanuelle ont accompli des miracles, tellement leur action auprès des plus pauvres, a marqué les esprits et paraît impossible à la plupart d’entre nous.

         Par suite d’une ultime évolution, le mot « miracle » est utilisé pour décrire une action très utile et relativement difficile. Certains changements d’attitudes, telle réussite aux examens scolaires ou toute autre réalisation inattendue tiennent du miracle, comme on le dit parfois...

    Qu’en est-il dans les évangiles?

         Remarquons, par exemple, que Jean ne parle pas de miracles, mais de « signes ». Le signe ne prouve rien par lui-même, mais peut éveiller à la foi, par l’interrogation qu’il suscite dans le cœur de celui qui en est le témoin. Comme je l’ai déjà écrit dans mon article sur le signe de Jonas, Jésus appelle ses adversaires à écouter d'abord sa parole. C’est le seul signe qu’il cherche vraiment à donner. La soif du merveilleux et le désir de voir des miracles encore plus convaincants ne l’intéressent pas. Il veut d’abord mettre en avant une Parole et celle-ci décide en dernier ressort de son identité et de l’intérêt qu’il peut y avoir à le suivre. Les « signes » ou autres gestes ne prouvent rien à son propos. Ce sont des pistes qu’il ouvre, laissant libre, celui qui bénéficie d’une guérison, par exemple, de croire ou de ne pas croire.

    Ce que je pense réellement des récits de miracles...

         En ce qui me concerne aujourd’hui, je vis au XXIe siècle et je suis marqué, comme l’ensemble de mes contemporains par ce que l’on peut appeler la Techno-Science. L’approche du monde qui nous entoure a radicalement changé. Les scientifiques décrivent de manière convaincante l’origine du monde et l’évolution qui s’est faite durant les milliards d’années. Ils nous font connaître l’infiniment grand et l’infiniment petit. Pour expliquer les grands phénomènes de la nature, on n’a plus besoin de Dieu. Les sciences offrent des explications convaincantes, ce qui ne m’empêche pas, en écoutant le discours scientifique, de continuer à me poser la question du sens de ce monde dans lequel j’habite et de tout ce que la Science nous permet de comprendre et de découvrir. Ceci posé, pour que tout soit clair entre nous, revenons à la question de départ.

         À l’époque où sont rédigés les textes du Nouveau Testament, la compréhension du monde est celle qui va prédominer jusqu’à la Renaissance. Pour tout ce que l’on ne parvient pas à expliquer, on recourt à Dieu et le langage, dans l’ensemble du bassin méditerranéen, utilise des procédés littéraires particuliers. Pour expliquer le monde, on raconte une histoire – un mythe d’origine – comme on le trouve au début du livre de la Genèse. On ne se gêne pas alors d’utiliser les récits des autres, quitte à en changer le sens en fonction de l’aspect que l’on veut souligner. Pour rendre attentif le lecteur au caractère exceptionnel d’une personne, on utilise le merveilleux qui vient enrober les récits de naissance, des épisodes de sa vie ou souligner des exploits particuliers... Les récits de miracles appartiennent à ce genre littéraire ou ce langage. L’important n’est pas à chercher dans son contenu extraordinaire, mais dans le sens que l’auteur veut mettre en valeur. Chaque récit de miracle est à décrypter en fonction des images et des symboles utilisés et des textes auxquels il se réfère.

         Prenons deux exemples. Lorsque, dans l’Exode, l’auteur raconte le passage de la mer Rouge, il le fait en utilisant le genre littéraire de tous les récits épiques. Les exploits du héros sont magnifiés en terme grandiloquents : « Il a jeté à l’eau, cheval et cavalier. » C’est parce que Dieu est intervenu et l’a pris sous sa protection que le peuple d’Israël a pu gagner sa liberté et se constituer comme peuple. Quant à la manière dont tout s’est passé exactement, personne ne peut le dire. Le récit est un poème épique qui marque l’imaginaire et rassemble un peuple dans la foi en son Dieu sauveur.

         Autre exemple. Dans l’évangile de Matthieu 11,2-6, on peut lire la question que Jean le Baptiste fait poser à Jésus : « Es-tu ce lui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? » Tout comme beaucoup d’autres, Jean aimerait bien savoir si Jésus est vraiment le Messie. Jésus répond : « Allez dire à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » Jésus cite un texte d’Isaïe qui annonce les signes qui marqueront la venue du Messie. Celui qui en est témoin ne verra que des signes à partir desquels il peut se décider de croire en lui ou de s’en désintéresser. Jésus ne fait pas de miracle pour épater la galerie. Ses gestes interpellent et invitent le témoin à prendre position. Rien de plus. Et si l’évangéliste éprouve le besoin de faire des mises en scène particulièrement spectaculaires, c’est pour avertir le lecteur et lui dire : Dieu est à l’œuvre en Jésus.

    Et dans les Actes des Apôtres?

         Effectivement, Pierre et Paul y sont montrés accomplissant des guérisons à la manière de Jésus. L’auteur utilise encore une fois un procédé littéraire, courant à l’époque, qui nous dit tout simplement que l’œuvre de Jésus ne s’est pas terminée le jour de l’Ascension, mais qu’elle continue à travers les disciples qui annoncent sa parole ou la Bonne Nouvelle aux pauvres.

    Nous, aujourd’hui ?

         Et l’on peut ajouter, en réponse à la dernière question, que cette œuvre se poursuit à travers toutes celles et tous ceux qui ont repris le flambeau de la Parole et qui, par leur actions, remettent des gens debout, aident des aveugles à voir, s’occupent de lépreux ou de sidéens et redonnent leurs dignités aux plus pauvres qui sont très nombreux dans notre monde. Le fait que l’action de Jésus se poursuive aujourd’hui et continue à semer la vie autour d’elle, voilà qui tient du miracle. L’Esprit du Ressuscité n’en finit pas de nous travailler ainsi que le monde qui nous entoure.

    Roland Bugnon

    Source www.interbible.org

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