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    Cardinal De Kesel: la sécularisation est une chance pour la liberté religieuse

    L'archevêque de Malines-Bruxelles publie un livre sur la place de l'Église catholique dans une société sécularisée. Plutôt que de considérer le pluralisme comme une menace, il invite au contraire les chrétiens à vivre pleinement leur foi et à la rendre visible en assumant leurs responsabilités au service de toute la société.
     

    Cyprien Viet - Cité du Vatican

    Le cardinal Jozef De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles en Belgique, vient de publier un livre intitulé Foi et religion dans une société moderne, paru aux éditions Salvator. Dans cet ouvrage qui est à la fois une méditation spirituelle et une analyse historique des mutations du christianisme et de la transformation des sociétés européennes, le cardinal belge présente sa vision du rôle de la foi chrétienne dans une société moderne et sécularisée.

    Il rappelle que le pluralisme des options religieuses et philosophiques ne légitime pas une marginalisation de la religion dans la sphère publique. L’Église catholique est donc invitée au dialogue et à la rencontre avec les autres croyants et les non-croyants, pour mieux situer sa propre identité, à la suite des communautés chrétiennes du monde entier qui, au fil de 2000 ans d’histoire, se sont souvent développées dans des environnements non-chrétiens, tout en assumant un témoignage de foi et de service du bien commun.

    Le cardinal De Kesel nous explique tout d’abord que la liberté religieuse ne peut s’épanouir que dans un contexte de pluralisme, dans lequel aucune religion n’impose sa loi à l’ensemble de la société.

    Entretien avec le cardinal De Kesel 

     

    C’est clair que dans une culture religieuse chrétienne, il n’y avait pas de vraie liberté religieuse. La foi n’est alors pas l’option de la personne, mais c’est la culture en tant que telle qui prend cette option. Je le dis dans mon livre: dans une culture religieuse, les minorités sont toujours en danger. Dans la période de la chrétienté, c’était le sort des juifs. Actuellement, par exemple, dans une culture musulmane, où l’islam est la religion culturelle, le chrétien est un peu un citoyen de deuxième ou de troisième rang… Donc la liberté religieuse, c’est un fruit de la modernité.

    Le Pape Jean XXIII l’a dit: «Comprendre les signes des temps». Et là aussi, l’Église a évolué. C’est pour ça que je dis que le Concile Vatican II a été vraiment un Concile providentiel, qui a ouvert certaines portes, par exemple le dialogue œcuménique, le dialogue interreligieux, le respect de la personne humaine, ce sont des valeurs fondamentales. Si on n’avait pas eu le Concile Vatican II, on serait dans une impasse aujourd’hui.

    Votre réflexion est développée à partir de la situation européenne et belge, mais est-ce une invitation à ce que le pluralisme religieux devienne mieux accepté dans des sociétés différentes, par exemple en Afrique du Nord, pour que des chrétiens puissent y vivre leur foi de façon plus libre?

    Oui, je l’espère! On a eu besoin de beaucoup de temps nous aussi, dans l’Église catholique, quand on voit encore jusque dans les années 1950, cette difficulté à accepter ce changement de culture. Mais l’islam ici en Occident se trouve devant la même situation. Je pense que l’islam devra aussi s’intégrer dans cette culture: ce n’est pas la charia qui deviendra la loi ici. Ce n’est pas bon pour une société s’il n’y a qu’une seule religion et que la religion culturelle est dominante. C’est un danger pour les minorités et c’est un danger pour la liberté.

    C’est donc un avantage d’appartenir à une culture sécularisée et moderne. Cette culture n’est pas l’ennemie numéro un de l’Église ou du christianisme, mais nous vivons en tant qu’Église, avec l’urgence et l’importance de notre témoignage, dans le monde. L’Église et sa mission, je ne peux pas les définir sans relation au monde. L’Église n’est pas un monde à part.

    Mais comment éviter que ce processus de sécularisation ne dérive vers un relativisme qui finalement anéantirait toute recherche d’absolu et de vérité, comme certains groupes philosophiques peuvent l’espérer?

    Oui, ça c’est le grand danger. Je défends la culture moderne, sécularisée, je ne la considère pas comme notre ennemie, mais je dis que, comme la religion, et comme toute conception humaine, la modernité et la sécularisation peuvent elles aussi se radicaliser, et deviennent alors un sécularisme, dans lequel on dit que pour l’avenir, pour la liberté et l’émancipation de l’homme, finalement à long terme, la religion serait exclue et vouée à disparaître. Je ne le crois pas. L’homme est un être religieux. Je ne dis pas nécessairement chrétien, ou d’une confession particulière, mais c’est un être religieux, c’est un être qui est en quête de l’Absolu. Là c’est une conviction profonde. La religion est un phénomène anthropologique important.

    Je suis sûr que ce ne sera pas la fin du christianisme. Quand je prends l’exemple de la petite communauté de Tibhirine, en Algérie, je ne dis pas que l’Église va devenir une communauté monastique, mais pour moi c’est une parabole de l’Église de demain, qui témoigne, qui est là, qui n’est pas obligée d’accepter toutes les évidences d’une culture moderne où la liberté serait une liberté qui s’absolutise et qui oublie le lien avec la fraternité. Je dis aussi que la foi chrétienne m’aide à être un citoyen, et un citoyen responsable dans la construction d’un monde plus juste et plus humain.

    Dans les relations de l’Église catholique avec les autres religions et courants philosophiques qui animent nos sociétés, comment faire preuve de respect et d’amitié sans renoncer à sa propre identité, à ses propres racines, et donc au témoignage de la foi en Jésus-Christ?

    S’il y a vraiment le respect de l’autre, c’est toujours à partir de sa propre identité. C’est toujours comme ça. C’est en rencontrant l’autre que je me découvre moi-même. Imaginez-vous un enfant qu’on dise à un enfant qui vient de naître et qu’il faut éduquer: «il ne faut parler avec personne, tu es libre, tu fais ce que tu veux…» Il ne fera jamais rien dans sa vie ! C’est dans la rencontre que je me découvre moi-même et que je me construis moi-même.

    C’est comme ça aussi pour le croyant, c’est l’amitié qui évangélise. S’il y a ce profond respect pour l’autre, et de l’autre pour moi, nous devons rester nous-mêmes, dans ce dialogue. Le frère Christian de Tibhirine a découvert sa vocation comme trappiste, comme contemplatif, justement à cause de sa relation avec un musulman, et il est devenu un priant parmi les priants. Cela montre l’importance d’une rencontre authentique, qui est loin de tout prosélytisme, mais où chacun est respecté dans ce qu’il est. Parce que tout change quand on connaît une personne. Sans cette écoute et sans cet amour il n’y a pas de vrai dialogue, de vraie rencontre.

    Le monde et l’Europe traversent depuis plus d’un an l’épreuve de la pandémie de coronavirus. Vous êtes vous-même marqué par l’épreuve d’un cancer. Est-ce que la maladie est l’occasion, pour la société comme pour chaque personne, dans son intimité physique même, de sortir de la tentation d’autosuffisance et de s’ouvrir à une forme de transcendance?

    Oui, je l’ai vécu moi-même. Il y a un texte dans le Livre de l’Exode dans lequel le Peuple de Dieu va sortir de l’Égypte. Il y a un chemin très court vers le Nord, parce que la Terre Sainte n’est pas très loin, mais le Seigneur se dit qu’ils devront traverser le pays des Philistins et retourner en Égypte. Le peuple doit faire un détour par le désert. Le désert est le lieu où l’on apprend des choses qu’on risque d’oublier, et parfois des choses importantes.

    Personnellement, pour moi, il y a une expérience que j’ai faite pendant ma maladie: bien sûr, je dis tous les jours la Liturgie des Heures, mais je suis devenu très attaché aux Psaumes. J’étais un peu obligé par ma maladie, j’avais plus de temps pour prier, prier lentement. J’ai découvert que beaucoup de ces paroles devenaient mes propres paroles: mon angoisse, mon espoir, mon cri. Et donc ça a été un grand réconfort dans ma maladie, la prière et notamment la prière des Psaumes.

    Mais après la pandémie, c’est le règne de la liberté: j’espère que ce n’est pas une liberté qui nous rendra indifférent pour l’autre. La liberté est liée à la fraternité. Il n’y a pas de liberté sans la fraternité. Il faut servir le bien commun, avant tout.

    source https://www.vaticannews.va/

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