• Conférence du Ministre Général ofm au 2e Congrès (...) Clarisses février 2012

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    II CONGRES DES PRÉSIDENTES DES FÉDERATIONS DE CLARISSES – Assise, février 2012

     (document de 25 pages, dont voici le début, vous pouvez le télécharger ici en PDF)


    « CONNAIS BIEN TA VOCATION »

    (TESTCL 4)

     Conférence du Ministre Général José Rodriguez Carballo, OFM


    http://ekladata.com/HMZCL2Cms55TuxgkeCdxQ8fqB98.jpgJe veux entamer cette présentation par les mots de François que Soeur Claire rappelle dans sa Règle : « Puisque par inspiration divine vous vous êtes faites filles et servantes du très haut et souverain roi, le Père céleste et vous vous avez épousé l'Esprit Saint, en choisissant de vivre selon la perfection du saint Evangile, je veux et je promets d’avoir toujours par moi-même et par mes frères un soin affectueux et une sollicitude spéciale pour vous comme pour eux »[1]. En obéissance à ces mots je m’adresse, à vous, mes chères soeurs Présidentes et à travers vous à toutes les Sœurs Pauvres de Sainte Claire qui sont de par le monde au début de ce II Congrès International de

    Présidentes de l'OSC.

     

    Je veux avant tout vous manifester ma gratitude personnelle pour votre proximité et votre amour envers celui qui aujourd’hui, sans mérites, est le successeur du Père saint François. Proximité et amour que vous m'avez manifestés de beaucoup de manières et tant d’occasions pendant ces années, mais spécialement dans l'accompagnement constant que vous me manifestez, par votre engagement et vos sacrifices, dans ce ministère que le Seigneur et les Frères m'ont confié. Je confirme que c'est cette attention, unie à celle des frères et de tant d'autres personnes, qui me soutient dans mes nombreux voyages apostoliques à travers le monde. Je vous perçois toujours à

    mes côtés dans toutes mes activités. Je m’adresse aussi à vous pour vous témoigner ma gratitude parce que vous êtes des sentinelles dans la nuit, des clairons sur la muraille qui scrutent, à travers une vie intense de contemplation, les signes de vie qui se dissimulent parmi entre tant de signes de mort. Merci, d'une manière très particulière, de nous rappeler la nécessité de vivre centrés sur Celui qui pour nous s’est fait chemin et vie, comme nous l’a montré François, son « véritable amant et imitateur »[2]. Merci

    pour ce que vous êtes et pour ce que « vous faites » dans le monde, dans l'Église, et dans la Famille Franciscaine, dont vous êtes une partie fondamentale. Nous sommes ensemble, vous et nous: une Famille de frères et de soeurs, parce que nous sommes nés du geste créateur du Père des miséricordes, et « un seul et même Esprit » nous a faits sortir de ce monde, les frères comme les soeurs[3].

     

    Je m’adresse à vous, enfin, mes soeurs très aimées, pour poursuivre le dialogue que, pendant ces années, j'ai constamment maintenu avec vous à travers mes lettre  et des rencontres répétées au cours des visites aux différentes Fédérations et monastères. Un dialogue que j’ai toujours eu l'intention de continuer à approfondir, dans un véritable esprit de fraternité, au sein de notre vocation commune, parce qu'un seul est le mode de vie que nous avons embrassé, comme nous l’a récemment rappelé « le Seigneur pape » Benoît XVI[4].

     

    « Connais bien ta vocation », nous exhorte Claire[5] avec les mots de l'Apôtre (cf. 1Cor 1, 26). Bien conscient qu'en approfondissant votre vocation j'approfondis aussi la mienne, je veux une fois de plus aujourd'hui partager quelques points que je crois devoir vous rappeler au moment d’entreprendre un chemin commun orienté vers l’avenir, cet avenir vers lequel nous pousse l'Esprit du Seigneur[6], mais toujours dans le cadre du respect de la diversité.

     

    Tout ce qui suit n'est que ce qui jaillit de la réflexion que je me fais fréquemment. Réflexions nées de l'amour que j’ai pour notre vocation et de l'amour qui, comme je l'ai déjà dit, nous unit réciproquement. En ce sens, mon intervention dans ce II Congrès International de Présidentes OSC, se veut une prolongation dans le temps de l'amitié que François et ses premiers compagnons ont eue pour Claire et ses compagnes, et sans beaucoup de prétention de ma part, ces mots voudraient vous dire «quelque aspect nouveau sur le Seigneur », comme le demandait Claire à Genièvre.

     

    Je me présente, par conséquent, devant vous, non comme celui qui détient la clé du présent ou du futur et la réponse à tant de questions qui nous tourmentent, mais comme un frère, le « grand frère », comme un mendiant de sens, qui, entre doutes et incertitudes, essaie de découvrir vers où nous emmène le souffle de l’Esprit (cf. Jn 3, 7), et ce que le monde attend de vous et de nous. Je ne prétends pas pour autant que ce qui suit est applicable à toutes, ni que toutes le partagent. Je ne ferai donc qu’une simple proposition de réflexion qu’en obéissant au mandat de François je vous offre

    dans le contexte de l'année jubilaire clarienne que nous vivons.

     

    FILLES DU CIEL ET DE LA TERRE

    Par votre option de suivre au Christ, vous voulez être des signes de l’« encore non », mais en même temps des signes du « déjà »: des filles du ciel et de la terre. On ne peut pas oublier ces deux dimensions de la vie chrétienne et consacrée. Même si nous sommes ici hôtes et pèlerins, nous ne pouvons pour autant vivre en marge de tout ce qui nous entoure. Un élément valable aussi pour vous qui avez choisi une vie cachée dans le Christ. Sans être du monde, ce qu’exige toutefois votre vie, vous êtes dans le monde. Et cet être dans le monde vous conditionne, pour le bien et pour le mal, dans votre vie contemplative et clarienne. Le nier, ce serait fermer les yeux à l’influence de

    l’histoire dans la vie de l’Église.

     

    Ayant dit cela, nous devons affirmer que nous vivons une transition d’époque d’une

    envergure rarement vécue au cours de l’histoire humaine. Et face à ce phénomène, deux issues sont possibles: le réductionnisme pragmatique ou la défense à outrance d’une prétendue identité mise en échec. En réalité, aucune de ces réponses ne peut se dire évangélique ou franciscaine. Ni la vie consacrée en général, ni la contemplative en particulier, ne peuvent assumer le réductionnisme pragmatique qui semble dominer notre société occidentale, ni vivre sur la défensive comme des villes assiégées.

     

    En tant que consacrées vous êtes aussi appelées à « reproduire avec vaillance l’audace, la créativité et la sainteté » de François et de Claire[7]. Dans un monde comme le notre où il semble y avoir peu d’espace pour l’espérance, un aspect important de votre vocation consiste à donner raison de l’espérance qui vous habite (cf. 1P 3, 15), et à témoigner une espérance droite (saint François), une espérance qui ne trompe pas (cf. Rom 5, 5). Votre vie franciscaine/clarienne ne peut pas perdre le mordant prophétique d’annonce et de dénonciation, ne peut pas ne pas être une proposition

    alternative face aux valeurs du monde, comme le fut celle de François et de Claire.

    Le vrai et profond drame de l’homme d’aujourd’hui c’est qu’en marginalisant Dieu dans sa vie, il prive sa vie de l’unique élément qui peut lui donner un sens plénier, et, même s’il ne le confesse pas ouvertement, ce dont il a vraiment besoin, c’est de Dieu. Il revient aux consacrés en première ligne d’être des épiphanies, présences, transparences de Dieu ou, si nous le voulons, avec les mots de Teilhard de Chardin, d’être « non seulement épiphanie du Seigneur mais sa diaphanie ». Ce qui veut dire qu’il ne suffit pas d’être manifestation de Dieu dans des moments exceptionnels (théophanie), mais qu’il faut être à tout moment la transparence de Dieu, et être des personnes diaphanes. Et pour y parvenir, il faut être sans cesse connectés à la « Source de Vie » qui est Dieu,

    et laisser Dieu naître dans l’âme (M. Eckhart), pour participer à l’essence de Dieu. Si cela peut

    s’attendre de tous les consacrés, beaucoup plus et avec toute raison, on doit l’attendre d’une contemplative, d’une Clarisse.

     

    En ce point, des questions s’imposent: Comment exercer cette mission prophétique dont

    nous avons parlé ? Comment continuer à être une alternative dans notre monde, en étant des femmes diaphanes de Dieu?

     

    « VIN NOUVEAU DANS DE VIEILLES OUTRES » (Mc 2, 22)

    Du vin nouveau dans des outres neuves, c’est ce que demande Jésus à ses disciples. Vin nouveau dans des outres neuves, voilà une exigence des temps nouveaux inaugurés par la venue de Jésus. Vin nouveau dans de nouvelles outres, voilà un appel pressant surtout en ces moments « durs et délicats »[8], où il nous faut vivre notre vocation évangélique, et où les changements sont si rapides et brusques, que nous courons le risque de ne pas nous en rendre suffisamment compte. En tant qu’héritières d’une Forme de Vie profondément évangélique, vous avez du très bon vin, mais il

    est maintenant nécessaire de trouver les outres qui s’adaptent pour que ce vin ne se perde pas, de «nouvelles outres », qui permettent de manifester la bonté, l’actualité et la nouveauté de votre charisme.

     

    L’année clarienne que nous célébrons est un bon moment pour y arriver et vous ne pouvez  pas le galvauder. Ce devrait être un kairós qui aiderait à trouver ces outres neuves dont parle l’Évangile. Pour quoi ne pas profiter de ces occasions pour nous demander : où en sommes-nous ?, vers où allons-nous ? Vers où nous emmène l’Esprit ? Vous devez vous donner du temps pour répondre à ces questions vitales pour vivre avec passion le présent et embrasser l’avenir dans l’espérance[9]. De temps en temps il est nécessaire de retirer le toit de nos tranquillités, de nos coutumes et façades, pour pénétrer dans la demeure de notre moi, de notre situation personnelle et institutionnelle, et percevoir, avec audace et vérité, la réalité effective.

     

    Vous êtes appelés à répondre aux questions signalées auparavant, non seulement à partir de votre identité, mais aussi d’une réalité concrète dans laquelle vous avez été appelés à être porteuses du don de l’Évangile, à partir de votre Forme de Vie clarienne. Une réalité où existent de grandes contradictions et des tendances opposées, mais où vous êtes appelées à entrevoir quel est votre chemin comme Soeurs pauvres de sainte Claire, et à vous dire les unes aux autres quel héritage de votre histoire, huit fois séculaire, vous voulez et devez conserver, à vous dire comment vous répondez à la crise que traverse la vie religieuse en général et la votre en particulier, et avec quelles

    espérances ou craintes vous cheminez vers l’avenir. C’est le moment d’être «sentinelles du matin » (cf. Is 21, 11-12), en cette aurore des temps nouveaux.

     

    Je considère donc nécessaire d’entrer dans un triple mouvement indiqué par trois verbes : secentrer (seulement en Lui, l’unique nécessaire), se concentrer (sur les valeurs essentielles du charisme) et se décentrer (la mission: comment êtres porteurs du don de l’Évangile aux hommes et femmes de notre temps en respectant les exigences de votre Forme de Vie?) Dans ce contexte je vous invite à vous demander :

     

    ·         Que signifie pour chaque soeur et pour chaque fraternité (monastère) se centrer, se concentrer, se décentrer?

    ·         Quelles exigences concrètes découlent de ces trois mouvements, aussi bien individuellement que communautairement?

    ·         Qu’est-ce qui empêche une soeur ou une communauté/fraternité de cheminer dans la direction qu’indiquent les trois mouvements cités auparavant?

    ·         Toujours dans ce contexte je veux signaler certains aspects auxquels vous devez accorder une attention particulière.

     

    De la restructuration à la revitalisation

    La vie religieuse vit un moment de restructuration de croissance motivée par l’augmentation des vocations dans certaines zones géographiques, et, dans le plus grand nombre de cas, une situation de réduction, due fondamentalement au manque de vocations et à l’augmentation, en conséquence, de l’âge moyen des consacrées, avec l’impossibilité de continuer à gérer les œuvres qu’elles maintenaient jusqu’à aujourd’hui. L’Ordre des Frères Mineurs dans son ensemble est aussi plongé dans cette restructuration, autant de croissance que de diminution. La même chose se passe dans l’Ordre des Soeurs pauvres. Tandis que l’on ouvre des monastères dans certaines aires

    géographiques où l’Ordre n’était pas implanté, dans les pays où la présence était nombreuse, il devient nécessaire de fermer des présences, avec toute la douleur que comporte cette démarche.

     

    Et il est bien vrai que, lorsque les vocations diminuent considérablement, il faut faire

    quelque chose. Certainement, la vie consacrée n’est pas une entreprise, mais si nous la percevions comme une de ces entreprises, nous constaterions qu’en de nombreux cas, la plus grande part de notre personnel dépasse l’âge de la pension, et qu’il nous est difficile d’avoir des contacts avec la population plus jeune, suite au problème générationnel de personnel dont nous pâtissons. En faisant une référence concrète à votre cas, il est facile de s’en apercevoir dans beaucoup de vos maisons. Certaines jeunes qui entrent dans les monastères semblent condamnées à vivre toute leur vie chez leurs grands-mères. Et cela, disons-le clairement, n’est pas du tout encourageant même si nous reconnaissons que les anciens ont beaucoup à offrir aux jeunes générations. Vous devez vous demander dans une approche d’avenir: Comment protéger la vocation des jeunes présentes dans certains monastères où presque toutes sont âgées et malades? C’est une grande responsabilité à laquelle vous ne pouvez pas vous soustraire.

     

    En observant la situation avec une sensibilité illuminé par la foi nous n’hésitons pas à

    confesser que l’avenir de la vie religieuse est entre les mains de Dieu, car nous savons d’expérience que Dieu agit. Mais nous ne pouvons pas être ingénues. Guidés par un sain réalisme, nous devons affirmer qu’il est temps de prendre la situation en mains et d’analyser, avec lucidité et audace, ses propres faiblesses et menaces, ses forces et opportunités, et dans ce cadre, penser à l’avenir. Un avenir qui en de nombreux cas passe nécessairement par la restructuration suite à la diminution.

     

    Pour que cette restructuration ne soit pas simplement subie il faut l’appliquer en partant

    d’une attitude de discernement qui soit animée, non seulement par la tradition, mais par ce que Dieu demande en ce moment; non seulement en pensant à soi-même ou à sa communauté, mais aussi à la revitalisation et promotion de son charisme, bien au-delà du propre monastère. Si nous avions le sens de l’Ordre, ce qui devrait nous préoccuper le plus en ce moment, ce ne serait pas de sauver à n’importe quel coût une présence, mais bien la revitalisation du charisme. Quel sens peut avoir de maintenir une présence sans une vie liturgique digne et sans une vie fraternelle humainement et spirituellement riche, et cela seulement pour sauver des murs ? Ne pensez-vous pas que le moment

    est venu de programmer la fermeture ou l’aide à certaines communautés dont la présence est significative pour l’Ordre, en gardant toujours comme objectif la revitalisation du charisme clarien ? Ne vous parait-il pas que le moment est venu de penser comme Fédération et comme Ordre sur quelles présences maintenir et quelles présences fermer ? Sans aucun doute, outre une étude sérieuse et sereine, cela exigera de vous un plus grand sens d’appartenance à l’Ordre et à la Fédération. Dans un monde globalisé comme le notre, on ne peut plus comprendre l’autonomie si souvent invoquée des monastères comme cela se faisait il y a à peine 30 ans. Autonomie, oui, mais

    aussi intercommunication et intercommunion des unes avec les autres.

     

    En ce point de ma réflexion, je crois qu’il importe de nous questionner sur les critères à

    suivre pour la restructuration en vue de la revitalisation charismatique dont nous parlons. Je le fais sous forme de questions. Les réponses que nous donnerons peuvent nous aider dans le discernement dont nous parlons.

    (...)  pour la suite en pdf

    Merci à Soeur Nicole osc pour nous avoir tranmis ce beau document.

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