• « Des pasteures… malgré l’Institution »

    Personnellement je soutiens se qui suit, Richard

    « Des pasteures… malgré l’Institution »

    Le curé a été victime d’un accident. Il est en congé de maladie pour une période indéterminée. Or, le pauvre a quatre paroisses sous sa responsabilité. Des femmes (car ce sont majoritairement des femmes qui sont les acolytes du curé) ont dû, in extremis, préparer une célébration — de la Parole évidemment — afin d’accueillir les fidèles qui tiennent mordicus à satisfaire à l’obligation dominicale. 

    Dans ma paroisse, ce sont deux religieuses âgées qui ont monté la célébration. Une célébration magnifique, incarnée dans la vie des gens; qui a parlé de leur vécu; mais qui, surtout, a fait « parler la Parole ». Au terme de la célébration, des personnes sont spontanément allées vers elles, le cœur gonflé de joie, ne tarissant de remerciements et d’éloges, certaines allant même jusqu’à les embrasser. Imaginez! Elles avaient compris tous les mots! Elles, habituées à se colletailler avec un accent d’outre-mer, celle du curé, afin de déchiffrer ses paroles.

    Ce n’était cependant pas la première fois que ces religieuses étaient gratifiées des mêmes élans de reconnaissance. C’est la même chose chaque fois qu’elles sont appelées à prendre la relève, pour des funérailles, pour un baptême ou pour toute autre cérémonie qui ne requiert pas nécessairement l’empreinte sacerdotale pour en valider la catholicité. Et chaque fois, les fidèles viennent à elles, radieux et reconnaissants, parce qu’elles ont parlé d’eux; parce que c’est dans leur langage, à partir de leurs expériences, qu’elles ont parlé d’eux au Seigneur. La reconnaissance des fidèles est leur salaire, car elles travaillent toujours bénévolement.

    Mais qu’on ne s’illusionne pas! Les autorités diocésaines allaient rapidement remédier à la situation. Dès le dimanche suivant, un prêtre — déjà responsable de deux autres paroisses — était là pour « dire la messe », transformer le pain et le vin en corps et sang du Christ et offrir aux fidèles des hosties fraichement consacrées. D’ailleurs, si ce prêtre n’était pas là pour assurer dignement ces services le dimanche précédent, c’était que lui-même, déjà âgé, était malade.

    Mais revenons à ces religieuses qui ont assuré, au pied levé, la célébration en remplacement du curé blessé. Si elles ont pu le faire si prestement, c’est qu’elles en ont l’habitude, car elles sont en quelque sorte des piliers de toutes les célébrations cultuelles de la paroisse, à longueur d’année. Ce, sans compter leurs visites aux malades, aux personnes âgées, et tant d’autres activités caritatives auxquelles elles se prêtent généreusement. Bénévolement!

    Ces anecdotes, qui peuvent sembler quelque peu caricaturales, reflètent pourtant l’état pitoyable des communautés chrétiennes d’aujourd’hui. Au lieu de laisser aux femmes l’espace qu’elles devraient occuper, on continue d’épuiser les vieux prêtres jusqu’à leur dernier souffle, puis on en importe d’autres de continents étrangers, la plupart du temps ignorants des us et coutumes des ouailles dont on leur impose la charge. Un prêtre absolument! Peu importe ses origines et ses compétences, plutôt qu’une femme bien implantée dans son milieu. Il y a quelques années passées, on pouvait au moins se targuer d’avoir des agentes de pastorales (des agentes, car c’était des femmes en grande majorité) qui détenaient des formations universitaires, baccalauréats et même maitrises. Mais c’est une époque révolue. Elles ont toutes fini par prendre leur retraite, épuisées… souvent désabusées.

    Oui, désabusées, car en dépit de leurs compétences théologiques, qui souvent surpassaient celles des curés, elles ne pouvaient espérer davantage que de jouer un rôle de « servantes » de ces mêmes curés. Parce qu’elles étaient des femmes et que les femmes ne peuvent et ne pourront jamais accéder aux rôles de gouvernance; aux rôles de pouvoir qui sont dévolus aux prêtres. Et cela est immuable, selon un décret de saint Jean-Paul II. Un décret légitimé par le fait qu’il n’y avait pas de femmes parmi les Douze choisis par Jésus. Un décret entériné par le bon pape François; qui ne cesse de prêcher justice et égalité parmi tous les êtres humains de la planète.

    C’est honte et injure que de valider cette exclusion des femmes au nom de Jésus. De valider cette exclusion par une soi-disant fidélité à Celui qui a poussé les droits des femmes de son entourage au-delà des limites acceptables par la société et les mœurs de son époque; qui les a guéries, les a données en exemple, jusqu’à faire disciples celles qui ont voulu le suivre sur la route; car des femmes l’ont effectivement suivi depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem (Luc 8,2-3; 24,55). Et ce n’est pas peu dire, considérant que les femmes n’étaient autorisées à franchir le seuil de leurs demeures qu’en compagnie d’un père, d’un mari ou d’un fils. Ces femmes qui furent les premières témoins de la résurrection, à Jérusalem, le matin de Pâques, alors que les Onze (car l’un d’eux s’était déjà suicidé) avaient fui en Galilée, après avoir abandonné leur Maître au moment le plus tragique de sa vie. Eux, ses amis, ses plus proches collaborateurs, l’avaient abandonné.

    Aujourd’hui, ceux qui se prétendent leurs héritiers dans la lignée sacerdotale, dans une certaine mesure, lui font encore faux bond en niant aux femmes les droits et privilèges que lui, Jésus, leur avait accordés; en refermant à jamais la porte qu’Il leur avait dûment ouverte.

    L’Institution ecclésiale serait franchement gagnante d’intégrer les femmes à part entière dans l’Église. C’est, ici, non seulement une question d’équité, mais c’est d’abord et avant tout une question de fidélité à Jésus.

    Dire qu’on exclut les femmes du sacerdoce et de toute instance du pouvoir au nom de la fidélité à Jésus!

    Je suis toujours étonnée que tant de femmes tiennent à rester au sein de cette institution qui ne veut d’elles qu’à titre de servantes?

    Le 1er mars 2018

    Ce contenu a été publié dans Les propos de... par Odette Mainville

    source : http://femmes-ministeres.org/

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  • Commentaires

    1
    Michel Couillard
    Dimanche 4 Mars à 23:01

    Ces femmes engagées en Église malgré les injustices à leur endroit sont des signes vivants du Christ serviteur et bafoué. Le cléricalisme rend sourd et aveugle. C’est pour cela entre autre, qu’il faut prier pour l’Église.

      • Lundi 5 Mars à 15:44

        Très juste Michel, merci pour ton commentaire

    2
    Alain Larochelle
    Lundi 5 Mars à 03:18

    Tournant missionnaire! Se tourner vers les ressources de nos communautés chrétiennes pour faire Église; faire confiance aux chrétiens   pour bâtir l'avenir: voilà le véritable tournant missionnaire.  Que de temps et d'énergie perdus à entretenir des bâtiments, maintenir des structures et des façons de faire qui n'ont plus de raison d'être. Quand se mettra-t-on à l'écoute de l'Esprit-Saint, de l'Évangile, du pape François, du Peuple de Dieu?

    Bravo Madame Mainville pour votre commentaire.

      • Lundi 5 Mars à 15:46

        Merci Alain pour ta vision missionnaire.

        Richard

    3
    Hélène Gosselin
    Samedi 7 Avril à 05:15

    Je suis certaine qu'un jour des femmes seront prêtres, mais tous nous savons que l'Église prend beaucoup de temps à bouger à cause des différentes mentalités de L'Église universelle ! Peut être que ce jour, il n'y aura plus ou très peu d'hommes, car partout où les femmes s'impliques, les hommes se retirent. (Je n'ose pas pourquoi, d'après moi.) 

    Soyons patientes les femmes !

     

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