• Eucharistie 2/4 - Roland Bonenfant, ofm

    EUCHARISTIE : IL EST GRAND LE MYSTÈRE DE LA FOI

     Conférence à l’OFS - Cap-Rouge 2008-31-05

    Roland Bonenfant ofm

    (2 de 4 )


    C’est donc un Esprit de résurrection que nous recevons, un Esprit qui bannit la peur, et ce qu’il réussit en certains témoins fragiles mais courageux, c’est la Résurrection continuée. Car, dites-moi, est-ce que le grand relèvement des apôtres après la Résurrection de Jésus et l’envoi de l’Esprit Saint, leur passage de la peur à l’audace, n’est pas aussi surprenant que le relèvement de Jésus, lors de sa Résurrection ? La résurrection des Apôtres est aussi merveilleuse que celle de Jésus ! Et plus encore, car elle inclut une multitude d’autres résurrections à travers les siècles, hommes et femmes vivant d’une vie nouvelle. Une telle Église de témoins convaincus, à travers les siècles, fait partie de l’Eucharistie, quand nous disons : il est grand le mystère de la foi. C’est tout un peuple qui se relève et se tient debout avec son Sauveur. Oui, il est très grand le mystère de ces vies qui se donnent, dans le sillage du Crucifié qui donne sa vie pour nous.

     

    Quelques flashs à traiter, si le temps le permet

     

    • Une idée de génie de Jésus à la Cène : greffer son sacrifice sur le Mémorial de la sortie d’Égypte, où d’année en année un enfant racontait, lors de la Pâque juive, le passage de son peuple à la liberté. Importance de la mémoire pour un croyant : Christ hier, aujourd’hui et demain

    • Priorité à la communauté chrétienne, avant de donner priorité au prêtre ordonné ; on peut donc confier la communauté à un pasteur non ordonné. Pasteur ne dit pas Ordination absolument. Il faudrait savoir différencier entre rôle sacramentel qui suppose Ordination et rôle de rassembleur, qui ne suppose par l’Ordination.

    • Une communauté qui célèbre se doit d’être unie à ses membres vieillissants ou malades. Ils en sont même le cœur, d’où l’importance d’apporter le Pain de vie aux malades, tout de suite après le rassemblement dominical, et de veiller à leur covoiturage à l’église.

     

    CHANT : Je voudrais qu’en vous voyant vivre.

     

    3- Quelques éléments d’histoire sur l’Eucharistie en général et dans notre tradition franciscaine

    Tout de l’Eucharistie, telle que nous la connaissons, s’est bâti peu à peu au cours des siècles autour de gestes posés et de paroles dites lors de la dernière Cène : pain et vin, faites-ceci, prière de bénédiction au Père, rassemblement de disciples. Les noms ont été multiples à travers les siècles : Sainte Cène, Fraction du pain, Repas du Seigneur, Agapes fraternelles, Saint Sacrifice, Messe, etc. Nos frères Orthodoxes et Orientaux donnent le nom de Divine liturgie à l’Eucharistie. C’est une liturgie céleste sur terre; voilà pourquoi la consécration se passe derrière l’Iconostase (multiples icônes des Anges et des Saints). L’accent est encore plus marqué avec la totalité du Corps mystique du Christ, avec tout ce monde de l’Invisible qui acclame avec nous vivants la grande victoire du Christ.

    Tout est précieux de ce que la tradition chrétienne, en Occident, a apporté, en insistant sur un point ou un autre, mais il faut bien reconnaître que beaucoup de choses sont relatives en tous ces apports. Ce mot relatif ne veut pas dire peu important ou pas bien pensé, mais c’était souvent lié à des traditions particulières, selon les temps et les pays. Par exemple, l’encens. Mais on peut dire que toujours, à travers les formes diverses qu’a prises la Messe, l’essentiel y était : Des disciples de Jésus, formant le nouveau Peuple de la foi (l’Église) célébraient leur propre résurrection, en même temps que celle du Christ. Ils faisaient Mémoire de lui.

    Voici, résumée, une brève histoire de la Messe au fil des siècles. Avant ce survol, remercions le Seigneur pour la grande réforme liturgique du Concile Vatican II (1963-1966), qui a redonné son plus beau nom à la Messe, - l’Eucharistie, -un nom qui a l’avantage d’être enraciné dans le Premier testament et qui intègre toutes les dimensions du Mémorial de la Pâque du Seigneur, sous la forme de la louange. On peut distinguer grosso modo quatre grandes périodes, avant la période actuelle que nous vivons depuis Vatican II : du 1er au 4e siècle, du 4e au 8e siècle, le Moyen Âge (9e-16e siècle), du Concile de Trente (16e siècle) jusqu’au début du 21e siècle.

     

    Aux trois premiers siècles, les Messes se faisaient à l’intérieur de maisons ordinaires dans le cadre d’un repas, puisqu’il n’y avait encore ni basilique, ni église. On célébrait aussi le Repas du Seigneur en cachette dans les Catacombes (des cimetières), sur le tombeau des martyrs. On célébra en langue grecque durant trois siècles, même à Rome, au temps des grandes persécutions impériales, qui ont fait des milliers de martyrs, car les chrétiens refusaient d’adorer l’Empereur, dont l’autorité était considérée comme divine. En ces temps-là, vie chrétienne et martyre allaient presque de pairs. Essayons d’imaginer un peu la ferveur de cette petite troupe qui célébrait la Pâque du Seigneur !

     

    Du 4e au 7e siècle. Les premières basiliques et autres églises remontent au 4e siècle. Le Christianisme devient alors religion d’État. On passe au latin. L’Église de Rome hérite et prend le relais de l’Empire romain, lorsqu’il est tombé ; au positif, l’Église hérite de son sens de l’organisation, mais elle hérite aussi de sa propension à l’autorité et au respect de la loi. Le message du Jésus des Évangiles prend ces années-là un grand coup, car avec l’organisation et tout ce qu’on peut appeler institutions, on passe plus ou moins du monde intérieur (le cœur) au monde extérieur (l’organisation). Au niveau de l’Eucharistie, cela se voit déjà : place aux églises décorées, place aussi aux vêtements liturgiques, liés à une célébration plus solennelle, en plus grand groupe. On use alors du pain ordinaire, comme aujourd’hui encore dans l’Église orthodoxe. L’Église des premiers siècles est tellement étonnée et renversée qu’on puisse pécher, après son baptême (d’adulte) qu’on impose des pénitences publiques lourdes, à ceux qui se rendent coupables d’offenses très graves, comme l’apostasie en temps de persécution, ou même comme l’hérésie. On met donc en place la première partie de la Messe, avec sa liturgie pénitentielle, ses oraisons, ses lectures, ses chants. On conserve encore aujourd’hui le souvenir des langues anciennes dans lesquelles on a prié à travers les siècles : l’hébreu (Amen, Alléluia, hosannah), le grec (Kyrie eleison, Maranatha, dernier mot de la Bible : Viens, Seigneur Jésus), le latin (Sanctus, Agnus Dei, Credo, etc).

     

    Au Moyen Âge (du 9e au 16e s.), c’est un accent vers une « action sacerdotale » que l’on remarque. Un changement majeur, écrit le Père Yves Congar. Le prêtre devient de plus en plus essentiel pour présider la célébration des sacrements. On assiste au développement des prières « privées » du président et de ses acolytes, faites à voix basse. Communion sur la langue, donc pain azyme. Mais on communie moins souvent. La réserve eucharistique se généralise. Accent sur le sacrifice. Offrandes de Messes en argent. Influence des abbayes : clercs dans le chœur, laïcs dans la nef. Autel au fond du chœur, Messe dos au peuple. Règle du célibat sacerdotal, en Occident pour les prêtres (11e s.). Apparition des missels, suite aux Evangéliaires. Messe en latin, en Occident. Langue de plus en plus morte. On assiste à la Messe sans la suivre vraiment, sinon de loin. La théologie de la transsubstantiation donne un éclairage intellectuel à ce Mystère de la Présence du Corps et du Sang du Christ sous les espèces du pain et du vin. Apparitions de la Messe quotidienne, Messes votives célébrant les martyrs, les vierges, les confesseurs de la foi. On devient de plus en plus sévères pour les fautes, qu’il faut racheter en faisant des pèlerinages, avec indulgences pour faire réparation des torts causés par le péché. La communion n’est finalement pas au centre de la vie chrétienne. Elle est même exceptionnelle.

     

    Du 16e au 20e s. Du Concile de Trente (16e s.) à nos jours, l’Église peine à défendre sa foi au Christ, face à l’hérésie protestante, qui est causé par des durcissements et la vague de paganisme de la Renaissance. Cela continue avec le siècle des lumières, jusqu’au modernisme, l’avènement de la science et des grandes découvertes. C’est dans un contexte de renouveau spirituel fort (Ecole française, spiritualité du Cœur de Jésus, Missions d’évangélisation des campagnes…) que la « Piété eucharistique » se développe, en réaction au culte protestant. Voici des caractéristiques de cette piété eucharistique catholique qui, à sa manière, cherche à revaloriser la Messe :

    ·         la prédication a lieu en dehors de la Messe pour ne pas l’interrompre ;

    ·         la communion est un peu plus fréquente, mais a lieu aussi en dehors de la Messe. Ce n’est qu’une manière d’honorer le Seigneur, avec d’autres pratiques mises au même plan, comme les processions ou les “ Saluts ” du Saint Sacrement ;

    ·         l’autel prend une forme plus grandiose, avec une construction qui le surmonte parfois, et la mise en valeur du tabernacle.

    L’Église continue à proclamer que la grande prière officielle de l’Église est la Prière des heures (Bréviaire) et l’Eucharistie (et les autres sacrements, insérés souvent dans l’Eucharistie). Tout le reste est appelé dévotions privées, même si ces rassemblements regroupent beaucoup de monde. Il n’y a pas de mépris dans cette dénomination de dévotions privées ; c’est tout simplement qu’elles ne sont pas le fait de l’Église universelle et qu’elles sont optionnelles. C’est encore la position de l’Église romaine aujourd’hui. Sur le développement des dévotions eucharistiques (Saluts de TSS, Adoration perpétuelle, Congrès eucharistiques) reportez-vous à la note de la fin, qui vous fera découvrir comment la France y a joué un rôle particulier. Déjà la Légende de Pérouse notait que François aimait particulièrement la France et avait même choisi d’y aller, parce qu’elle témoignait le plus de respect au Corps de N.S.J.C. (LP 79). Cela remonte donc à très loin[i]. On retrouvera aussi dans cette note un survol de la tradition franciscaine dans les trois Ordres.

    Soulignons ici que le premier pèlerinage au Saint Sacrement eut lieu en 1874 à Avignon et que le premier Congrès eucharistique international fut organisé par des laïcs à Lille, en juin 1881. Il y a presque 130 ans, et nous en sommes au 49e CEI,  celui de Québec en 2008. Y avaient alors participé des Catholiques de 10 pays, avec la bénédiction du Pape Léon 13, qui disait : « Pour les Oeuvres eucharistiques, j'accorderai tout. »

    Comme on communie rarement en ce temps-là, Don Bosco pousse les enfants à communier plus tôt et plus fréquemment. Et c’est le Pape Pie X en 1905 qui officiellement décrète que cette communion peut se faire dès l’âge de raison. Il développe d’ailleurs pour tous la communion plus fréquente, même si celle-ci est donnée avant ou après la Messe, donc dissociée de la célébration elle-même. La Messe reste un Mystère inaccessible pour beaucoup; et cet accès est rendu encore plus difficile par la barrière du latin (langue morte), une tradition vieille de 13 siècles qui se voulait porteuse d’unité. Des revues liturgiques voient le jour, avec un effort de traduction des textes liturgiques. Des Messes dialoguées commencent vers 1930, toujours en latin. Elles se font en langues vernaculaires depuis 1966, à la fin du Concile.

    On peut avantageusement compléter ce résumé historique, en allant sur le site de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morial_de_la_passion

    • Il fournit une bibliographie intéressante : La source par excellence = Eucharistia. Encyclopédie de l’Eucharistie. Sous la direction de Maurice BROUARD. Paris, Cerf, 2002.
    • Robert Cabié, L’Eucharistie. Paris 1983 (collection L’Église en prière 2).
    • Arnaud Join-Lambert, Guide pour comprendre la Messe, 250 p. Paris, Mame 2002.
    • Josef Andreas Jungmann, Missarum Sollemnia. Explication génétique de la Messe romaine. Trad. revue et mise à jour d’après la 3e éd. allemande. Paris 1952–1956 (collection Théologie 19-21).
    • Pierre Jounel, La Messe hier et aujourd’hui. Paris 1986.
    • Ghislain Lafont, Eucharistie. Le repas et la parole. Paris 2001.
    • Enrico Mazza, L’action eucharistique. Origine, développement, interprétation. Paris, Cerf, 1999 (collection Liturgie 10).
    • René Prophète, Mémoire, Sacrifice, Présence réelle, langages eucharistiques, 276p., Ed. Profac Lyon, 2000.

    Le Concile Vatican II (20e s.) : une réforme liturgique majeure

    Plusieurs éléments permettent de comprendre la grande réforme de Vatican II pour la liturgie et le sens de la Messe. Il y a le Mouvement œcuménique, la redécouverte de la Bible et des diverses manières de la lire, de l’interpréter, les créations de Mouvements catholiques de jeunesse. Le chant en langue vernaculaire se développe et suit les divers moments de la Messe. Bref, avec le Concile Vatican II, l’Église catholique donnera Corps à tous ces efforts et réussira à coiffer ce grand sacrement du plus beau nom qui soit Eucharistie.

     

    • Un nom a enfin prévalu sur une dizaine d’autres : Eucharistie. Ce mot, hérité du Premier testament, est synonyme de bénédiction; il signifie bénir et louer Dieu, en levant les yeux et les mains vers lui, vers le haut, pour toute son œuvre de grâce. Avec le Nouveau testament, ce premier sens dure encore, mais un autre sens, déjà présent dans la tradition judaïque, s’est précisé et personnalisé, car Dieu nous précède dans le don de la grâce; c’est dans un deuxième temps que nous lui rendons grâce en notre réponse de foi. Nous le bénissons et il nous bénit en son œuvre majeure, le don du Fils et de l’Esprit. Nous accueillons cette bénédiction et la traçons même sur notre Corps avec le signe de la croix et la proclamation de la Trinité. À la Messe, cette bénédiction de Dieu descend au moment des deux épiclèses (appels sur), celle sur les Offrandes et celle sur le Peuple. Alors la paume des mains du prêtre pointe vers le bas, vers la terre, lieu de l’Incarnation.

    Eucharistie, c’est le meilleur nom donné au sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. On doit d’ailleurs ce nom à saint Paul et à saint Luc, les premiers à avoir raconté la Cène en insistant sur la prière d’action de grâces : « la nuit même où il fut livré, le Seigneur Jésus ayant pris du pain, après avoir rendu grâce… » (1 Co 11,23) ; « Jésus prit la coupe, il rendit grâce. Puis il prit le pain, après avoir rendu grâce… » (Lc 22,14-16).



    [i] La Fête-Dieu (Corpus Christi)

    LA SUITE   Eucharistie (entretien 3 de 4) R Bonenfant mai 2008

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