• (doc. 8)

    UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER

    L'autre Parole

     

    L’autre Parole est une collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976. Cette Collective regroupe des femmes de tous âges et de tous horizons qui se sont donner un espace pour vivre, repenser et célébrer le mes­sage libérateur des évangiles.

     

    Conscientes des liens étroits qui existent entre toutes les formes de domination tant civile que reli­gieuse, nous travaillons à :

    - nous réapproprier la tradition chrétienne, ses pratiques et ses discours ;

    - nous inscrire dans des réseaux de solidarité avec des personnes en quête de justice et d'égalité.

    C'est dans cette optique que nous avons accepté de nous joindre à d'autres groupes pour faire ici une demande et présenter un texte qui témoignent de notre participation à l'invention de nouvelles ma­nières d'être et de faire pour que les femmes aussi puissent vivre leur pleine humanité ... en tous lieux ...

    La place des femmes

    La Collective des femmes chrétiennes et fémi­nistes « L'autre parole» demande qu'une place d'égale à égal soit faite aux femmes dans l'exercice des ministères ordonnés.

    Depuis plus de trente ans, les femmes de la Col­lective se donnent le droit de célébrer leur foi, leur espérance et leur amour à travers des rituels sacrés qui vont jusqu'au partage du pain et du vin où elles prononcent elles-mêmes les paroles qui leur permet­tent de faire mémoire de Jésus.

    La Collective incite donc les femmes à ne pas attendre l'approbation des autorités ecclésiales pour prendre la place qui leur revient de droit dans l'exer­cice des rituels sacrés car ni Dieu ni le sacré sont propriété des hommes tout consacrés qu'ils soient ...

    À continuation nous présentons un texte de Marie-Andrée Roy déjà paru dans Relations (#722, février 2008) sur « L'autre manière de célébrer ». L'auteure est co- fondatrice de L'autre Parole et professeure au Département des sciences religieu­ses et à l'Institut de recherches et d'études féminis­tes de l'UQAM.

    L'autre manière de célébrer

    Depuis plus de trente ans, la collective de fem­mes chrétiennes et féministes L'autre Parole a déve­loppé une pratique liturgique qui lui a permis d'éla­borer et de célébrer de multiples rituels, dont celui du partage du pain et du vin pour faire mémoire de Jésus de Nazareth, Christ ressuscité. La collective, qui s'identifie pleinement à la tradition chrétienne, a fait des choix très tôt dans son histoire : les mem­bres, en tant que personnes autonomes et responsa­bles, n'ont jamais voulu s'inscrire en dépendance vis-­à-vis du clergé masculin pour célébrer leur foi et encore moins jeûner, se priver du pain et du vin de ie parce que leur ekk1ésia était composée exclusi­vement de femmes. Elles ont choisi de gérer soli­dairement et collectivement leur vie spirituelle en créant et animant elles-mêmes des rituels chrétiens et féministes arrimés à leurs expériences de vie.

    Ces rituels puisent à trois sources. La première concerne les expériences, aussi bien individuelles que collectives, d'aliénation/libération des femmes aujourd'hui: ces expériences ont, entre autres, trait au difficile accès à l'égalité des sexes, tant dans la vie privée que dans la vie publique, à la reconnaissance de la liberté de choix en matière de santé reproduc­tive et sexuelle, à la violence patriarcale qui conti­nue toujours de sévir, etc. La relecture de ces expé­riences, leur transposition dans des symboles, des rituels permettent de construire une nouvelle mé­moire des femmes qui les invite à se faire les bâtis­seuses de leur devenir. La deuxième source est la tradition chrétienne elle-même, riche d'une liturgie deux fois millénaire qui a su redire de manière ad­mirable, au fil des jours, des semaines et des saisons toute la trame du mystère chrétien, de la Nativité à la mort/résurrection du Christ et accueillir l'expé­rience humaine dans toute sa radicalité, de la nais­sance à la mort. Le corpus liturgique chrétien est à la fois passé au crible de la critique féministe et relu à la lumière de nos expériences de femmes en quête de libération. Il structure une part importante de nos célébrations, permet que nous développions un profond enracinement dans la tradition et que nous inscrivions nos propres paris de foi comme faisant partie intégrante de cette tradition. La troisième source se trouve dans le corpus des autres traditions religieuses, notamment la tradition juive avec laquelle nous avons une forte parenté; ne partageons-nous pas une même histoire sainte, une même quête de salut et moult symboles rassembleurs (le feu, l'eau, le sel, le pain sans levain, etc.) ? Elle se retrouve aussi dans le corpus des religions anciennes qui ont fait se déployer des représentations féminines du divin de même que des mythes et des symboles qui re­connaissent la part indispensable du sacré féminin dans le devenir de la création. Cette troisième source vient en quelque sorte éveiller notre imaginaire, pro­voquer notre créativité et favoriser un certain déga­gement du carcan dogmatique patriarcal chrétien.

    Comment faisons-nous mémoire de Jésus? Lors d'une célébration, nous disons simplement ses pa­roles ensemble : « Prenez et mangez-en toutes - ceci est mon corps ». Ce pain nous permet aussi de faire mémoire, selon la thématique de la célébration, du corps exploité et violenté de nos sœurs ou encore, du corps aimant et fécond des femmes qui donnent la vie, etc. Puis nous disons : « Prenez et buvez-en toutes - ceci est mon sang ». Ce sang, c'est aussi le sang des femmes, sang porteur de vie et promesse d'une Nouvelle Alliance entre les femmes et les hom­mes. Les paroles prononcées par l'ekk1ésia repren­nent les paroles de Jésus et s'inscrivent clairement dans son intention, faire mémoire. La formule énon­cée n'est pas complètement celle de la prière eucha­ristique officielle. Ce qui permet à certains de dire qu'il ne s'agit pas de «vraies» eucharisties! Soyons clairs: l'orthodoxie ce n'est pas notre affaire et nous voulons encore moins en créer une nouvelle. Notre seul désir, c'est de faire communauté en mémoire de lui.

    L'autre Parole ne fait pas cavalière seule. Les eucharisties domestiques, si elles demeurent relati­vement discrètes, sont aujourd'hui plus nombreu­ses que jamais, de moins en moins marginales et pratiquées par des communautés de femmes et d'hommes qui ne se revendiquent pas nécessaire­ment de dissidence. En ces temps d'intransigeance romaine marqués par le sexisme et le cléricalisme, elles sont devenues l'autre manière, la manière dé­brouillardise et pleine d'espérance, de dire notre foi, notre espérance et notre amour.

     

    Note. L'autre Parole publie une revue du même nom quatre fois l'an et anime un site Internet: http/ /www.lautreparole.org


    La suite  si le lien ne fonctionne pas copier-coller dans la bare d'adresse
    http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-liberte-de-parole-et-pain-partage-9-tdn-52678479.html


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  • (doc. 9)

    LIBERTÉ DE PAROLE ET PAIN PARTAGÉ

    Chrétiens Chrétiennes Dans la Cité

     

    Nous sommes des chrétiennes et des chrétiens engagés comme citoyens au Centre-Sud de Montréal, en solidarité avec les exclus, qui se ras­semblent régulièrement pour partager leur vécu et célébrer leur foi. Nous voyons que l'Esprit du Res­suscité renouvelle son peuple dans ses luttes de li­bération (égalité hommes-femmes dans la société et l'Église), ses marches de dignité (marche du 17 oc­tobre et journée de la fierté gaie), ses entreprises de justice (Campagne pour un Québec sans pauvreté, place des itinérants dans nos grandes villes avec le RAPSIM), ses rassemblements fraternels (Cap St­-Barnabé, cuisines collectives). Il lui transmet sa vi­sion pénétrante, sa force de résistance, son audace créatrice, son espérance intarissable. Cet Esprit ré­pand son souffle et son feu sur le monde, dans le cœur de nombreux citoyens et citoyennes pour en faire des artisans de justice et de paix. Nous, chré­tiens et chrétiennes dans la cité (CCDC), marchons avec les gens de notre quartier l'oreille attentive, l'œil ouvert, solidaires des luttes de dignité et de libéra­tion. « Leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses sont aussi les nôtres». Nous nous reconnaissons frères et sœurs, animés d'un même esprit d'indignation devant toute injustice et d'une volonté de changement social et ecclésial en pro­fondeur.

    Certains soirs, après une longue marche, des temps de doute et de fatigue, tout le quartier prend place à notre table dans nos partages d'anecdotes, de rencontres, d'événements, de rêves. Alors, place à la vie et à nos paroles en toute liberté. Des noms et des visages plein notre cœur. Place à nos drames : libérations et enfermements, naissances et deuils, place aux rires et aux pleurs. Place à la Parole res­suscitée, ce Jésus l'un de nous, qui a pris notre chair, pour nous ranimer, nous relever, nous relancer. Place au pain de nos vies et de sa vie, donnés par amour, par solidarité. Nourriture pour poursuivre la route, pour faire un seul corps, ensemble et avec Lui. Place au vin de la joie d'être ainsi rassemblés en son nom, à sa vie qui coule en nous, ravivant notre espérance et affermissant notre engagement à sa suite. Il est au milieu de nous, dans nos rassemblements, dans nos maisons et nos ateliers, dans nos bars et nos rues pour que nos vies s'ouvrent et se donnent. Il marche avec nous. Il mange avec nous. Une pré­sence discrète mais bien réelle, sous mille visages, que le partage du pain en toute justice et fraternité nous révèle.

    Nous avons des yeux pour voir et des oreilles pour entendre et un cœur pour aimer. Pour le voir et l'entendre et le pressentir parmi nous. Et vous, où avez-vous les pieds? Avec qui marchez-vous? De quoi parlent vos voisins et amis en chemin? Avec qui partagez-vous votre pain et votre vin ? Le re­connaissez-vous de sa réelle présence dans la cité ?

    Gérard Laverdure
    La suite PARTAGER LE PAIN : UNE URGENCE ÉTHIQUE -10

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  • (doc. 10)

    PARTAGER LE PAIN : UNE URGENCE ÉTHIQUE

    L’Entraide missionnaire

     

     

    Dans le paysage des organismes québécois engagés en solidarité internationale, L'Entraide missionnaire fait figure de pionnier. Fondé en 1958 par des communautés religieuses missionnaires, cet organisme de base, autonome, regroupe aujourd'hui près de quatre-vingt-dix instituts religieux et regroupements de laïcs missionnaires du Canada franco­phone. Cette année, l'organisme célèbrera ses 50 ans d'existence.

    Tout au long de cette période, à travers ses acti­vités de formation et ses prises de position, L'EMI a été progressivement reconnue comme une ressource de qualité et un partenaire de première im­portance par plusieurs communautés religieuses, organismes de coopération internationale, réseaux d'Églises et autres groupes engagés dans la pour­suite d'objectifs communs. Son congrès annuel, ses tables de concertation sur Haïti, l'Afrique des Grands-Lacs, le Brésil et sa modeste publication L'EMI en bref, témoignent encore aujourd'hui de la constance de son engagement au service de la solidarité internationale. Il en est de même pour sa participation soutenue à différents réseaux de jus­tice sociale et de solidarité internationale dont l'As­sociation québécoise des organismes de coopération internationale, le Collectif Échec à la guerre pour l'Irak et l'Afghanistan, la Concertation pour Haïti, le Forum Afrique-Canada et le Réseau œcuménique Justice et Paix.

    En partenariat avec tous ces réseaux s'est déve­loppé au long des années un travail quotidien de réflexion sur les enjeux internationaux, en particu­lier les relations Nord-Sud. L'appauvrissement des personnes et des peuples, les violations massives des droits humains tant individuels que collectifs, les guerres et les génocides, les rapports discriminatoi­res entre les femmes et les hommes dans les socié­tés et les Églises, la mondialisation néolibérale pro­ductrice d'exclusions, les défis du dialogue entre les cultures et les religions ont été et sont encore les points d'ancrage d'interventions en matière inter­nationale.

    Le travail de formation à la mission et à la solida­rité a été maintes fois confronté à des situations de crise dans différents coins du monde : Haïti, Afrique des Grands-Lacs, Amérique latine, Palestine, Irak, Afghanistan, pour ne nommer que ceux-là. La com­plexité et la durée de ces crises ont exigé de la rigueur dans les analyses et de la concertation dans les inter­ventions qui ont jalonné toute l'histoire de L'EMI. Depuis la remise en janvier 1970 d'un mémoire au gouvernement canadien sur sa politique extérieure envers l'Amérique latine jusqu'aux récentes prises de position pour l'aménagement d'un cadre de respon­sabilité sociale pour les entreprises canadiennes qui ont des opérations dans les pays en développement ou pour le 'retrait des troupes canadiennes de l'Afghanistan, L'EMI n'a jamais cessé d'intervenir pour un monde plus juste et plus égalitaire.

    L'approfondissement des fondements de l'enga­gement chrétien et missionnaire a pris des formes variées selon la conjoncture ecclésiale. Mentionnons, entre autres, la réflexion sur l'évolution des théolo­gies de la libération et des théologies contextuelles, les chauds débats sur l'option pour les pauvres comme dimension essentielle de la fidélité évangéli­que, les rencontres sur les nouvelles façons de faire communauté inspirées de l'expérience des commu­nautés de base, les sessions sur l'approche féministe de la théologie de la libération et, particulièrement depuis les événements du 11 septembre 2001, l'es­pace accordé à la réflexion sur les nouvelles voies du dialogue entre les religions.

    L'EMI a toujours été un carrefour où se sont ren­contrées des personnes venues d'ici et d'ailleurs, de cultures, de spiritualités et de religions différentes. Ce va-et-vient constant a favorisé des déplacements importants dans la compréhension de l'état actuel du monde en mal de démocratie et de paix et a, sans contredit, ouvert des espaces pour réfléchir et inter­venir à partir du point de vue des personnes appau­vries et exclues de nos sociétés et de nos Églises. De nouvelles façons de s'engager dans le changement ont été confrontées à l'apprentissage d'une citoyen­neté responsable, à la richesse du pluralisme cultu­rel et religieux et à l'exercice difficile de la liberté, malgré l'imposition d'un catéchisme universel et un pouvoir ecclésiastique centralisateur qui limitent les façons de penser, d'agir, de célébrer en mettant la créativité au pilori !

    Il me revient à l'esprit le souvenir de René Jouen1, de regrettée mémoire, auteur de L'Eucharistie du mil. Missionnaire oblat au Nord-Cameroun et sou­cieux de mieux connaître le peuple giziga auquel il avait été envoyé, il avait choisi de faire des études en anthropologie. À l'occasion de sessions à L'EMI, il confiait qu'il lui a toujours semblé étrange qu'un peuple né du mil et vivant de lui dût, une fois de­venu chrétien, célébrer son Eucharistie en ayant re­cours au pain et au vin, naguère apportés par les étrangers qui l'évangélisèrent, et dont ses traditions ne disent rien, ne savent rien. Sa religion ancestrale était « religion du mil ». Dès lors, peut-on réellement consentir à pareille rupture symbolique et culturelle dans l'acte même où la communauté veut exprimer le meilleur de sa foi naissante ?

    Au-delà du débat entre les partisans du pain et du vin et les partisans des nourritures locales, les chrétiennes et chrétiens d'aujourd'hui sont invité-e­s, pour célébrer leur foi et leur espérance, à cons­truire des communautés signifiantes, à y accueillir les exclu-e-s de la table eucharistique et à pratiquer la justice et la solidarité en mémoire de lui. L'authen­ticité et la cohérence de nos engagements mission­naires et solidaires et de nos célébrations en dépen­dent! Comme l'écrivait Pedro Arrupe dans ses Écrits pour évangéliser2, nous ne saurions recevoir digne­ment le Pain de vie, à moins de donner nous-mê­mes du pain à ceux qui en ont besoin pour vivre, où qu'ils se trouvent, quels qu'ils soient.

    En ces temps de crise alimentaire mondiale, le prochain Congrès eucharistique international de Québec nous rappellera-t-il avec vigueur cette ur­gence éthique de partager le pain ou le mil, signe annonciateur de nouvelles relations possibles entre les humains que nous sommes, fenêtre ouverte sur une Présence qui nous attend?

    Suzanne Loiselle, directrice

     

    1.  René Jaouen, L'Eucharistie du mil, Éditions Karthala, 1995.

    2.  Pedro Arrupe, Écrits pour évangéliser, DDB, 1985.

      La suite   VIVRE LA FOI LÀ OÙ NOUS AVONS LES PIEDS -11


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  • (doc. 11)

    VIVRE LA FOI  LÀ OÙ NOUS AVONS LES PIEDS

    L'expérience de la CCM

     

    Depuis quatre ans, nous vivons l'expérience d'une communauté ecclésiale de base à Mon­tréal, elle s'appelle la CCM (Communauté Chré­tienne Missionnaire). Pour nous, faire partie de l'Église n'était pas nouveau étant donné que nous avions grandi au sein de la pastorale jeunesse, que ce soit comme animateurs de camp, dans une re­traite ou bien comme participants dans un groupe de jeunes. Arrivés à Montréal, provenant de diffé­rents milieux et étant désireux de vivre la foi d'une manière intégrale, adulte et collective nous avons décidé de former une communauté de base.

         Nous avons des traits qui nous définissent bien. Ainsi, nous nous promenons d'un appartement à l'autre et à chaque fois, c'est un membre différent de la communauté qui nous accueille et nous mon­tre ainsi son intimité; ouvrir la porte à l'autre est un geste de confiance et, pour la personne qui entre, cela signifie l'émerveillement et la découverte.

    Nous rassemblons aux deux semaines une dizaine d'adultes jeunes, étudiants ou travailleurs, célibatai­res ou en couple et même mariés, afin de partager notre quotidien, tisser des liens fraternels et réflé­chir sur l'Évangile. Chacun et chacune d'entre nous apporte les défis auxquels nous faisons face, les rê­ves qui nous animent et les soucis qui nous inquiètent. Ce temps de rencontre est très précieux pour nous car cela nous relance pour la semaine. À l'oc­casion, nous vivons l'Eucharistie car la dimension du pain partagé est importante dans notre foi. En déchirant le pain, nous nous souvenons de l'huma­nité qui est déchirée et brisée à chaque jour, du drame quotidien présent dans notre monde. L'Eucharistie nous rappelle les paroles mais surtout les gestes que le Christ a posés pour que les gens puissent avoir la vie, mais une vie abondante. (Jn 10, 10). En ce sens, vivre l'Eucharistie est un signe d'espérance et nous invite à être agents de transformation.

    Nous constatons que nous avons besoin d'un espace pour échanger en toute simplicité et pour grandir ensemble dans la foi. Cette foi qui nous anime à travers la lumière de l'Évangile nous donne un regard constamment renouvelé sur la société et nous questionne sur nos choix et nos lieux d'enga­gements. En marchant ensemble, nous découvrons une autre manière de mélanger la foi et la justice, la prière et l'action sociale, l'humain et le spirituel. Peu à peu, nous apprenons à faire partie d'une Église qui se fait discrète, qui essaie d'établir des liens d'ho­rizontalité entre ses membres et qui est à l'écoute de la base. Bien sûr, les défis restent nombreux mais malgré les temps durs, les échecs ou les difficultés, nous essayons de rester solides car nous savons que nous faisons partie d'un projet plus grand qui est l'utopie du Christ: bâtir ensemble une société où chaque personne puisse avoir une place digne, où la justice, la solidarité et la fraternité serons notre pain quotidien.

    Avec le recul, nous nous rendons compte que nous faisons l'expérience d'une Église nomade, par­fois itinérante mais toujours en marche. Et nous voulons croire, comme Dom Helder Camara, aux actions modestes et aux mains nues et ce, pour cha­que JOur.

     

    Pour « La Caravane» de la CCM de Montréal

    Jonathan Blais et Marcela Villalobos Cid


    La suite UNE FOI QUI CHERCHE SON INTELLIGENCE -12


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  • (doc. 12)

    UNE FOI QUI CHERCHE SON INTELLIGENCE

    Le Centre culturel chrétien de Montréal

     

    Le congrès eucharistique international qui se tiendra en juin à Québec est loin de faire l'una­nimité. Plusieurs y trouvent une occasion importante pour restaurer l'ancien imaginaire religieux, d'autres y voient plutôt un alibi pour retarder les transfor­mations ecclésiales qui s'imposent. Certains grou­pes ont décidé de prendre la parole et de montrer que beaucoup de croyantes et de croyantes sont ailleurs. C'est le cas du Centre culturel chrétien de Mon­tréaL

    Bâti sur le modèle des Maisons de la culture, le Centre culturel chrétien de Montréal offre des espaces de débat, des soirées de musique et de poésie, un collo­que annuel. Bref, diverses activités portant sur des intérêts, des thématiques ou des enjeux contempo­rains. Jusque-là, rien de neuf. C'est l'option d'ins­crire un point de vue religieux, chrétien mais pas uniquement, dans des rencontres de réflexion sou­vent reliées à des controverses sociales qui en fait un centre culturel audacieux et original dans la ré­gion de Montréal.

    Les 60 membres du CCCM font partie d'un vaste réseau de croyants et de croyantes. Travailleurs et travailleuses de toute provenance, scientifiques, ar­tistes, musiciens, étudiants, professeurs, profession­nels retraités, jeunes couples et jeunes familles, ils et elles se disent préoccupés par l'éclatement des va­leurs sociales et religieuses en cours et, surtout, par les ruptures 'de société que cette situation impose aux générations montantes. Peut-être est-ce la rai­son pour laquelle de plus en plus de personnes s'allient à notre Centre? Avec nous, elles s'intéressent aux diverses religions, mais surtout au christianisme québécois, à l'héritage qu'on nous en a laissé, aux nouvelles propositions de sens ouvertes par la spiri­tualité, la théologie et la sociologie religieuse mo­dernes et par l'évolution inquiétante de l'Église ca­tholique actuelle.

    À la fois en rupture et en continuité

    En très peu de temps, le christianisme québécois a vécu une transformation radicale. Toute puissante au début des années 1960, l'institution catholique ne rallie plus qu'une minorité de Québécois et de Québécoises. En rejetant l'Église, certains ont re­jeté presque toute religion et plus particulièrement le christianisme. D'autres sont devenus indifférents, car ils et elles affirment ne plus avoir besoin du reli­gieux pour donner un sens à leur vie. Mais plusieurs personnes et groupes pour qui l'Évangile demeure un message essentiel s'interrogent et cherchent à faire autre et autrement. Pour y arriver, ils choisissent souvent de se situer en marge. Beaucoup d'entre nous ont déjà adopté cette position.

    S'inscrire comme des chrétiens et des chrétien­nes sincères et refuser le tout-dit et le tout pensé, avant même que les questions ne se posent, se comprend parfaitement lorsqu'on sait que griffonner dans la marge d'un livre, ce n'est pas déchirer le texte, ce n'est pas le gommer ou le biffer. Il s'agit bien davan­tage de se l'approprier en inscrivant ici et là une re­marque, une question, un lien avec ses valeurs, sa foi ou une expérience vécue. En fait, c'est chercher à faire sien ce texte qui nous parle, c'est l'intégrer, le corn-prendre (le prendre avec soi) et lui donner vie en le ré-écrivant à nouveau. Cela nous apparaît la seule façon de développer une intelligence de la foi résolument inculturée au monde contemporain.

    Un exemple de ce qui nous préoccupe

    La tenue du Congrès eucharistique international constitue un bon exemple de ce qui nous provoque à la réflexion, au débat, à la révision de nos expres­sions chrétiennes. À l'étape présente de préparation, nous percevons l'approche, l'organisation et l'idéo­logie motrices de ce congrès comme une tentative de retour vers un passé révolu; cela nous inquiète. Non pas qu'il faille rejeter le rite eucharistique tradi­tionnel cherchant à mettre en scène les signes d'une présence « réelle », mais il importe de prendre cons­cience qu'une certaine théologie et une pratique de l'eucharistie trop centrée sur l'adoration ne rejoint plus le « croyable disponible actuel », selon la belle expression de Paul Ricoeur. Nous pensons plutôt que l'intelligence chrétienne d'aujourd'hui exige une reprise des sources profondes de ce moment fon­dateur du christianisme, de leur originalité pour le temps présent, d'une traduction contemporaine de leurs effets sur la vie quotidienne d'hommes, de fem­mes et d'enfants en chair et en os.

    il y a trop de souffrances injustes, trop de morts, de déchirures, d'eXploitations dans le monde d'aujourd'hui pour que le geste de partager le pain et la coupe en mémoire de Lui laisse une place exa­gérée au mouvement intimiste d'adoration divine promu dans les textes préparatoires du congrès. Car si l'eucharistie comporte un appel personnel d'ouver­ture à la transcendance, elle est aussi la remémora­tion d'un homme qui vécut une telle implication sociale dans son milieu qu'il en fut dévoré vivant. Comme on le dit d'une personne sur qui reposent des attentes humainement démesurées et qui entend les réaliser jusqu'au bout, au risque de sa vie, pour que l'espérance, elle, ne meurt pas.

    C'est cette mémoire subversive d'un soir de re­pas partagé sans exclusion que nous voulons retrou­ver. Elle constitue la base révolutionnaire du chris­tianisme auquel nous adhérons. Ce Jésus qui convie encore et toujours à la table eucharistique a dansé, ri et bu aux noces de Cana ; il a invité à sa table les prostituées et les délinquants croisés sur sa route; il n'a pas hésité à donner un coup de main aux pê­cheurs harassés par un métier dur mais indispensa­ble à la nourriture de leur famille; il est allé jusqu'à accepter de partager le pain avec celui qui allait le trahir. Ce Mémorial a besoin d'être réactualisé, revu, complété à partir de perspectives modernes et de la foi que chacune et chacun porte en soi. C'est à cet effort que nous désirons collaborer honnêtement et librement.

     

    Le conseil d'administration du Centre culturel chrétien de Montréal

    Lise Baroni Dansereau et Guy Lapointe

    La suite À LA RECHERCHE DES FORCES VIVES DE LA FOI -13


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  • (doc. 13)

    À LA RECHERCHE DES FORCES VIVES DE LA FOI

    Le Réseau Culture et Foi

     Le Réseau Culture et Foi existe depuis 1995. Il ~ fut fondé par un groupe de croyants franco­phones du Québec et de « l'Outaouais des deux ri­ves», en très grande majorité des laïcs, malheureux de voir les promesses de renouveau suscitées par le Concile Vatican II devenir de plus en plus évanes­centes. L'aggiornamento que voulait Jean XXIII pour que l'Église établisse un réel dialogue avec le monde moderne, leur semblait totalement négligé sous Jean-Paul II.

    En croyants laïcs responsables, les membres du Réseau voulaient - et veulent toujours - travailler à construire ce dialogue à partir d'une réflexion criti­que approfondie tant sur l'Église que sur la modernité. Ils partagent une double conviction. D'un côté que l'évangile est essentiellement un message libé­rateur qui appelle à sortir de ce qui opprime, de ce qui empêche de vivre au sens fort dévoilé par Jésus. Du même mouvement, ce message appelle à faire vivre ceux qui sont opprimés autour de nous. Et les oppressions sont multiformes, venant aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.

    Cette première conviction, dynamisante, s'accom­pagne d'une deuxième, douloureuse pour des croyants: l'Église d'aujourd'hui, pour être fidèle au message évangélique, a besoin de réformes radica­les. Au fil des siècles, elle a développé des structures oppressives, centralisatrices à l'extrême, protectri­ces de son pouvoir, des structures empêtrées dans le conservatisme des traditions multiples. Et la hié­rarchie semble incapable d'en faire une évaluation critique, comme elle semble incapable d'un réel dia­logue avec le monde contemporain.

    Là vient s'insérer le projet ambitieux du Réseau Culture et Foi. La réforme doit venir de la base et rayonner discrètement peu à peu. Pour cela, le Ré­seau réunit des croyants qui partagent ces mêmes convictions, pour qu'ils se confortent et s'éclairent mutuellement. Le but ultime est de rendre le mes­sage évangélique interpellant pour notre monde con­temporain. Ce qui veut dire un double travail criti­que : au niveau de la communauté chrétienne elle­ même et au niveau des valeurs que développent nos sociétés. « Critique» au sens d'un effort de discer­nement entre forces de vie et forces de mort.

    Depuis les années 1995, le Réseau n'a pas réussi à construire la ramification de petites équipes à tra­vers la province dont il rêvait à l'origine. Le noyau fort de ses membres vient de Montréal et de la Montérégie, avec de fidèles adhérents, des sympa­thisants disséminés dans le Québec et bien au-delà, grâce surtout à l'internet. Notons qu'au fil des an­nées plusieurs religieux et religieuses ont apporté un grand support au Réseau, partageant ce désir d'une Église plus proche de l'évangile, soucieuse d'inclure plutôt que d'exclure, préoccupée enfin de voir se réaliser l'égalité hommes / femmes jusque dans ses propres structures.

    L'essentiel de nos activités fut de mettre, année après année, membres et sympathisants en contact avec des biblistes, des théologiens, des liturgistes, des sociologues religieux qui nourrirent notre ré­flexion sur l'Église et la modernité, qui permirent d'amorcer le dialogue que nous recherchions. Dia­logue avec les jeunes croyants d'aujourd'hui (mai 2002), dialogue avec d'autres groupes qui cherchent un renouveau dans l'Église (mai 2004), dialogue avec des chercheurs particulièrement ouverts à la moder­nité (avril 2005), dialogue avec l'islam et le judaïsme (mai 2007).La liste est longue de ces rencontres et colloques depuis 13 ans. En a témoigné le Bulletin qui paraît quelque trois fois par année. Et depuis les années 2000, il y a le site Internet qui donne parole aux forces de renouveau en Église actives non seu­lement au Québec, mais à l'échelle internationale. Si le Réseau n'est pas engagé dans des projets sociaux déterminés, ce travail de ressourcement nourrit, motive les engagements concrets de ses membres sur des terrains multiples.

    Dans le contexte du prochain Congrès eucharis­tique de Québec, rappelons que le Réseau Culture et Foi prend la tradition eucharistique très au sé­rieux. Dès novembre 2005, il organisait un premier colloque avec l'interrogation suivante: « L'eucharis­tie fait la communauté des croyants: inflation ver­bale ou réalité profonde ? » En juin 2006, il récidi­vait pour approfondir une dimension de l'eucharis­tie qui lui semblait essentielle: « De l'eucharistie à l'engagement. » Et cette année il revenait à la charge avec un titre provocateur qui traduit nos inquiétu­des : « Le Congrès eucharistique de Québec, pour ou contre ? »

    Voici comment nous exprimions notre problé­matique : « Dans nos colloques de 2005 et 2006, l'ac­cent fut mis avec force sur la célébration eucharisti­que comme mémorial du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Le pain et le vin y sont les signes de son corps et de son sang, les signes de sa vie et de sa mort entièrement au service des hommes et des fem­mes, pour que s'accomplisse le projet libérateur de Dieu. Vie et mort ratifiées par la résurrection.

    « L'eucharistie, dans cette perspective, est essen­tiellement célébration communautaire d'un engage­ment, celui de Jésus. Et du même coup, elle est invi­tation radicale à la communauté de reproduire le même engagement, éclairée, renforcée par son Es­prit.

    « Est -ce que le Congrès eucharistique mettra les accents aux mêmes endroits ? Plutôt que de célé­brer l'eucharistie comme expérience d'une commu­nauté vivante qui se laisse interpeller au sein d'un repas par le rappel des engagements concrets de son Seigneur, le toujours Vivant, va-t-on surtout célé­brer Jésus dans le tabernacle ou l'ostensoir, en insis­tant sur la relation personnelle, sur l'adoration ?

    « Au lieu de mettre en relief les implications de la communauté entière dans le mémorial du dernier repas, veut-on surtout réaffirmer, à grands coûts, la structure pyramidale d'une Église où la masse des évêques et des prêtres en soumission totale au Pape est fortement valorisée par rapport au commun des fidèles?

    « Quels avantages pastoraux l'Église du Québec peut-elle attendre d'un pareil événement? Quels progrès dans l'annonce de la Bonne Nouvelle?» Signalons, pour terminer, notre participation au blogue Une table eucharistique ouverte et signifiante. Signalons de même le volumineux dossier Eucharistie sur le site du Réseau Culture et Foi (qui contient, entre autres, les textes des trois colloques). La démarche est toujours identique: s'efforcer de discerner entre des dérives qui exaltent l'imaginaire, qui renforcent le pouvoir ecclésiastique mâle, et ce que nous pensons être le vrai niveau d'interpella­tion et de conversion: entrer dans le Mémorial pour approfondir et renouveler nos engagements de li­bération ...

    Claude Giasson


    La suite L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE L'INCLUSION -14


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  • (doc. 14)

    L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE L'INCLUSION

    Le Comité de pastorale sociale Granby et région

     

    Le Congrès eucharistique international qui se déroulera en juin 2008 constitue, sans nul doute, une opportunité pour s'interroger sur le mé­morial eucharistique à l'heure de la mondialisation capitaliste. Celle-ci exclut la majorité de l'humanité tant dans les pays du Nord que du Sud. En plus, cette nouvelle phase du capitalisme compromet, par la dégradation accélérée des conditions socio-éco­logiques de base, le devenir des générations futures.

    Ces problématiques interpellent vivement le mémorial eucharistique. Il convient de rappeler qu'une certaine compréhension théologique de l'eucharistie, dite sacrificielle, sanctionne des formes d'intolérance envers nombre de groupes. En effet, certaines catégories de personnes ne correspondent pas aux principes officiels comme les femmes ex­clues de la présidence eucharistique, les personnes divorcées réengagées ou des couples homosexuels. Ces personnes ne peuvent pas participer pleinement au mémorial eucharistique. Au-delà de ces enjeux, cette compréhension sacrificielle consacre la dyna­mique d'exclusion - celle du néolibéralisme - et fait disparaître la dimension critique du mémorial eucha­ristique.

    En d'autres termes, si des chrétiennes et chré­tiens reconnaissent la liturgie eucharistique comme une voie traduisant et célébrant leur foi, force est de constater, malheureusement, que certaines cérémo­nies peuvent s'avérer réellement« athées ». Surtout si ces dernières, par un sentimentalisme religieux, enferment les gens dans un rapport aliénant au monde qui les détourne des défis d'aujourd'hui. Par conséquent, cette conception sacrificielle renforce, par le biais d'une compréhension déshumanisante de la religion, les principes promus par le système capitaliste qui sape alors une alternative humaniste et écologique fondée sur la justice socio-écologique et la recherche du bien commun. Dans cette opti­que, l'affirmation bien connue «la religion est l'opium du peuple» apparaît totalement justifiée. En dépit de ses dérives, il faut souligner que le mémorial eucharistique s'inscrit avant tout dans la mémoire de la pratique prophétique et subversive de Jésus de Nazareth. Celle-ci se caractérise par la tolérance et l'ouverture comme le souligne très jus­tement le théologien Jean-Luc Hétu :

    D'une part, Jésus ne tolère pas l'intolérance qui structure la société de son temps et qui dépouille les minorités de tout pouvoir, et d'autre part les autorités ne tolèrent pas sa liberté. Jésus, en effet, relativise toutes les normes. A cet égard, ( .. ) Jésus remettait ouvertement en question (sa sociéte) par son attitude d'accueil à l'endroit des minorités sociales de son temps: malades, Pécheurs, enfants, étran­gers, femmes. 1

    Autrement dit, le mémorial eucharistique, du moins dans les récits évangéliques, s'enracine néces­sairement dans un devenir communautaire, égalitaire, solidaire et pluriel. Il s'agit de la perspective adoptée par le Comité de pastorale sociale Granlry et région préoc­cupé de porter au cœur des communautés chrétien­nes locales les enjeux socio-écologiques et l'impor­tance de se solidariser avec les forces créatrices de vie intervenant dans les divers milieux sociaux de notre région.

    Une telle relativisation des normes sociales et religieuses s'observe dans le mémorial eucharistique, entre autres, sur le plan économique. La liturgie eucharistique comporte une dimension économique indéniable comme l'atteste l'introduction à l'offrande du pain: «fruit de la terre et du travail des hommes (sic)) et du vin: «fruit de la vigne et du travail des hommes (sic)). La prière eucharistique situe l'activité écono­mique dans la reconnaissance de l'inscription de l'être humain au cœur de sa planète. Ce rapport ne ravale pas la Terre à un ensemble de ressources matériel­les, mais comme un réseau complexe dans lequel se déploie la vie.

    En ce sens, le mémorial eucharistique n'avalise aucunement la logique de rentabilité, de performance ou de compétitivité, mais entérine plutôt celle du don/ contre-don. La liturgie eucharistique elle-même implique que la richesse ne résulte pas de l'accumu­lation comme l'allègue le néolibéralisme, mais pro­vient nécessairement du partage où toutes et tous obtiennent selon leurs besoins. Autrement dit, le partage entre les membres de la communauté, en particulier avec les plus pauvres, génèrent des sur­plus comme le laisse entendre les deux récits sym­boliques de la multiplication des pains (Mc 6,30-43; 8,1-10).

    Le mémorial eucharistique s'oppose donc avec force au courant de pensée valorisant le développe­ment d'une société qui permet aux plus forts d'im­poser leur volonté aux plus faibles et aux minorités. Pour être signifiante au cœur des enjeux actuels, la célébration eucharistique devrait insister davantage sur l'idéal bien concret du partage démocratique des biens, du savoir et du pouvoir particulièrement avec les perdantes et perdants de l'Histoire. Ce n'est qu'à cette condition incontournable que le mémorial eucharistique pourra prétendre à une quelconque pertinence tant pour la société que pour l'Église contemporaines.

    En conclusion, rappelons que toutes les person­nes sont invitées à participer librement au mémorial eucharistique. L'unique condition pour y prendre part réside dans la reconnaissance que tous les autres aussi sont y sont également convié-e-s. L'eucharis­tie incite à construire une communauté humaine inclusive et à espérer activement en l'avenir comme le rappellent à juste titre Raymond Lemieux et Jac­ques Racine :

    L'avenir à construire auquel convoque le mémorial eucha­ristique célébré localement, dans une culture donnée, est celui de la communauté humaine à faire, d'une société sans cesse en voie d'humanisation, à partir des sujets eux-mê­mes en devenir. Cette convocation à l'acte ouvre à un projet jamais terminé, pour lequel l'accueil de la différence et des multiples fragilités humaines est la condition d'un authentique vivre-ensemble.2

    Patrice Perreault

    Au nom du Comité de pastorale sociale Granby et Région

    1. Jean-Luc Hétu, P.rychologie de l'expérience intérieure, Montréal, Éditions du Méridien, 1983, p. 76.

    2. Raymond Lemieux et Jacques Racine, « Une identité ouverte », Relations, 722, (Février 2008), p. 23.

     

    Présentation du Comité de pastorale sociale Granby et région (CPS-GR)

    Depuis 18 ans le Comité de pastorale sociale Granby et région (CPS-­GR) se veut solidaire d'actions, de projets et d'organismes sociaux qui proposent une alternative à l'injustice, l'appauvrissement et la détérioration écologique. TI offre aux adultes du milieu social et ecclésial de la région de Granby des activités de ressourcement et d'analyse sociale afin de mieux comprendre les injustices, les réalités sociales, culturelles et politiques du monde d'aujourd'hui, en particulier celles vécues

    La suite FAIRE ÉGLISE AUTREMENT -15


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  • (doc. 15)

    FAIRE ÉGLISE AUTREMENT

    Le Groupe de théologie contextuelle

     Les membres du Groupe de théologie contextuelle québécoise ont commencé cette ré­flexion par un partage de leurs expériences et aspi­rations respectives à propos du « faire église ». Il en est ressorti un certain nombre d'éléments communs.

    - Malgré nos désaccords avec des pratiques ou des positions institutionnelles qui éprouvent parfois durement notre sentiment d'appartenance, nous constatons que la créativité et la compassion, la sa­gesse et le sens du service n'ont pas déserté l'Église, peuple de Dieu, au point d'en faire une terre dévas­tée. Nous faisons le pari qu'il est encore possible de faire église d'une manière qui peut nourrir une recher­che personnelle de foi dans la liberté, et soutenir des orientations sociales constructives d'avenir. Si l'Église est réponse à la convocation de la Parole et fruit d'un don, celui de l'Esprit, l'aménagement con­cret du rassemblement ecclésial relève de notre res­ponsabilité. En ce sens, il nous appartient de conti­nuer sans cesse à «faire» l'Église, de la faire advenir dans l'écoute du temps présent.

    - L'Église vivante à laquelle nous nous identi­fions se vit dans une certaine discrétion, souvent dans le silence et même dans l'ombre. Ceci ne ré­sulte pas d'une quelconque timidité ou insécurité, mais du choix de privilégier la présence parmi les humbles, la solidarité concrète au quotidien avec les personnes exclues, des gestes et des pratiques por­tant l'espérance au cœur de l'obscurité du monde. Nous voyons là le terreau nourricier de l'expérience ecclésiale.

    - La communauté à laquelle nous nous identi­fions est une communion de réseaux. Elle se vit en alliance autour d'enjeux communs avec des person­nes et des groupes de toutes confessions et convic­tions. Elle cherche à tisser des liens avec tout groupe, organisme ou mouvement qui. œuvre dans un sens où nous reconnaissons une trace d'évangile. Elle croit à la nécessité pour les jeunes et leurs aînés de faire route ensemble sur ce chemin. Elle regroupe de fa­çon privilégiée des femmes et des hommes qui, à travers leur diversité et malgré des divergences de vues occasionnelles, partagent pour l'essentiel une vision commune et mobilisatrice de ce que peuvent signifier pour nous la foi biblique et la suite de Jésus Christ pour l'humanisation du monde et l'intégrité de la création.

    - Au cœur de la vie ecclésiale se trouve l'eucha­ristie. À telle vision de l'Église correspond toujours une pratique eucharistique particulière. Une com­préhension centralisatrice et autoritaire de l'Église, par exemple, donnera lieu à une conception sacrifi­cielle qui entraînera une pratique ritualiste et cul­tuelle de l'eucharistie, où la fonction cléricale oc­cupe le centre de la scène. En ce qui nous con­cerne, nous partageons l'ecclésiologie de Vatican II qui présente l'Église comme peuple de Dieu au ser­vice du monde, notamment des plus pauvres. Dans cette perspective, le repas eucharistique nous plonge dans la« mémoire dangereuse de Jésus Christ », se­lon l'expression du théologien allemand Johann Baptist Metz. Il nous place devant l'injonction du Christ lors de son dernier repas avec ses disciples : « Faites ceci en mémoire de moi », vous apprendrez vous aussi à vous laver les pieds les uns aux autres, à don­ner votre vie jusqu'à livrer votre corps et à verser votre sang les uns pour les autres.

    « Faire église» ne signifie pas pour nous refaire l'Église, ni faire une autre église, mais nous croyons nécessaire de faire église autrement. Ce désir ne con­siste pas simplement à souhaiter une embellie pour une institution séculaire. Nous croyons plutôt que la déconstruction et l'humiliation vécues par l'Église depuis déjà plusieurs années ouvrent le chemin à une réorientation de sa mission. Cette expérience d'incertitude et de déplacement pourrait la rendre capable d'accompagner fraternellement les muta­tions d'une société traversée elle aussi par le doute et l'insécurité. À la différence d'une institution his­toriquement liée aux processus de sédentarisation et de consolidation des sociétés humaines, elle pour­rait apprendre à partager le nomadisme qui caracté­rise pour une bonne part la culture contemporaine.

    Notre conviction est qu'une communauté ras­semblant dans la convivialité des femmes et des hommes habités par le rêve de Dieu pour le monde peut faire une différence dans la société civile elle-­même. Une telle communauté cherche dans la mou­vance des événements les dynamismes les plus por­teurs d'avenir pour la société: la participation, la solidarité, le combat pour la justice et la paix, la con­vergence non coercitive, l'horizontalité des relations humaines, la pensée et l'action alternatives, etc. Elle nourrit l'engagement de ses membres à œuvrer dans ce sens en misant sur la présence, au cœur du réel, d'une force de vie qui la dépasse. En ce sens, faire église peut être vécu comme laboratoire d'une autre manière de faire société, plutôt que comme enfermement dans un ghetto religieux loin du monde réel où l'Esprit est à l'oeuvre.

    Une telle position n'est pas de tout repos. Un système économique et social fondé sur le mercan­tilisme, la recherche du profit à tout prix, le principe de la croissance illimitée, la consommation à outrance et l'indifférence à la détresse des multitu­des jugées «inutiles », ne saurait abriter conforta­blement une telle communauté en son sein. Le fer­ment évangélique est menaçant pour un tel « ordre établi ». On comprend qu'on puisse chercher à le reléguer dans les marges, dans le privé, ou même à le discréditer et à l'étouffer en cas de présence trop dérangeante. Celui qui nous a précédés sur cette voie n'a pas été épargné par les puissances de son temps, mais il n'a pas été vaincu par elles. Une Église qui voudrait se soustraire à un semblable destin, refu­sant d'écouter ce que l'Esprit lui dit aujourd'hui (Ap 2, 7) à travers les « signes des temps », ne serait déjà plus la sienne.

     

    Michel Beaudin, Céline Beaulieu,

    Guy Côté, Roger Éthier,

    Lise Lebrun, Jean Ménard,

    Richard Renshaw, Marcela Villalobos Cid

    Note. Le GTCQ est constitué de personnes actives dans différents groupes sociaux et ecclésiaux. Il existe depuis 1985 et a publié plusieurs textes et documents sur des aspects du présent contexte sociopolitique, culturel ou ecclésial. Sa réflexion se situe dans la mouvance de l'expérience chrétienne.
    La suite LE SONGE DU BANQUET-16


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  • (doc. 16)

    LE SONGE DU BANQUET

    Le Forum André-Naud, Joliette

    A quelques mois de l'ouverture du Congrès eucharistique international de Québec en juin prochain, le Forum André­Naud de Joliette réagit ainsi à la tenue de cette fête de l'eucharistie, pain de vie et de communion.

    L’autre jour, j'étais en prière, absorbé par des  réflexions sur la mort, les passages de la vie, l'après-vie. Des questions se bousculaient dans ma tête, entremêlées d'angoisses et de rêves. Soudain, j'eus un songe.

    Je me promenais dans les jardins éternels, pour employer une image coutumière, quand des anges viennent à ma rencontre. Ils sourient, leur visage est lumineux. Nous nous promenons longtemps dans les jardins et soudain, les anges me font voir les en­fers d'abord! J'ai le ventre barré par la peur et même par la stupeur! Ce que j'aperçois me fige. Je vois une très longue table de banquet richement ornée de fleurs, de chandelles et de mets savoureux et même appétissants. De chaque côté de la table, beau­coup de monde assis, la mine basse, les traits tirés, le visage famélique, les yeux remplis de mépris. Je suis consterné devant la scène. Ce qui me surprend le plus, c'est que chaque convive tient en main une fourchette d'un mètre de long: impossible de por­ter à sa bouche la moindre nourriture. C'est infernal comme ambiance. Tout le monde semble agressif et les injures fusent de toute part.

    Les anges me conduisent ensuite vers les portes du ciel, un lieu renversant de beauté. Là aussi je vois une très longue table de banquet toute décorée de fleurs, de fruits, de mets savoureux. Encore là, des gens de toutes conditions se côtoient dans une am­biance de paix et de tendresse. Chaque convive tient une fourchette similaire à celles que j'avais vues dans les profondeurs infernales. Mais là, ô miracle, cha­que personne fait manger son voisin d'en face. On entend des cris de joie, des mots d'amour.

    Et je vois ensuite le Seigneur Jésus lui-même s'ap­procher de la table du banquet. Je le vois servir les uns ou les autres avec un regard tellement rempli de douceur que je me mets à pleurer. Le Seigneur Jésus passe d'un convive à l'autre en écoutant les confi­dences qm lui sont faites. J'entends près de moi une femme lui avouer son étonnement d'avoir sa place au banquet céleste, à la table du Seigneur, elle qui a été mise à l'écart de la sainte table parce qu'elle vi­vait avec une autre femme. Un autre dit à Jésus: «C'est curieux, moi je me suis toujours senti exclu de la table de mon Église depuis mon divorce d'avec Claire et surtout depuis mon remariage et j'en ai beaucoup souffert. » J'en entends un autre dire: «Moi je pensais que c'était pas ma place ici à cette table céleste, car les gens de ma communauté et même un confrère-prêtre m'ont jugé sévèrement après que j'aie quitté ma vie de prêtre. Si tu savais, Jésus, comment j'ai vécu dans le rejet. » Un autre, un gay celui-là, dit à Jésus: « Si tu savais comme je me sens comblé d'avoir ma place chez toi. J'en ai bavé un coup pendant ces années où j'ai dû subir tant de paroles de mépris. »

    En voyant le Seigneur Jésus ouvrir ainsi son cœur, je me souviens de sa rencontre avec la Samaritaine, elle, l'étrangère, à qui il a donné de l'eau vive. Je me souviens du fils prodigue pour qui le père a fait la fête; je me souviens aussi du bon larron entré avec Jésus dans le Royaume; je me souviens de Matthieu, le publicain, avec qui Jésus a pris son repas. Je me souviens de Pierre à qui Jésus a fait confiance mal­gré son reniement. Je revois tous ces malades pour qui Jésus est venu sur terre. C'est vrai, Jésus n'a-t-il pas été accueillant envers toutes ces personnes qui vivaient des exclusions, ne les a-t-il pas accueillies à sa table?

    Et le Seigneur Jésus devient tout triste et peiné en recevant ces confidences de réaliser comment son Église a exclu tant de gens à la table du banquet. Alors, Jésus crie d'une voix forte: « Venez les bénis de mon Père, car j'avais faim, j'avais soif, j'étais mar­ginalisé et exclu et vous êtes venus jusqu'à moi ... »

    Cette voix forte de Jésus me fit sursauter et je sortis précipitamment de mon songe ... J'étais devenu bien songeur ...

     

    Pierre-Gervais Majeau, Michel Bourgault,

    Gilles Dugal, Raymond Gravel,

    Jean-François Perron, Éric Tessier

    La suite PRENDRE LA SORTIE -17


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  • (doc. 17)

    PRENDRE LA SORTIE

    Des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame

     

    Le texte qui suit exprime la réflexion d'un groupe d'une vingtaine de sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Les membres de ce groupe se rencontrent périodiquement pour cultiver leurs connivences de fimd, relire et questionner leur expé­rience, se relancer par rapport à leur mission :prolonger a~jourd'hui le projet social et éducatif de Marguerite Bourgeoys dans la société d'ici.

    Julie et Sophie s'efforcent de consoler une famille « chassée»
    de son appartement pour incapacité de paiement.

    Trouver une solution rapide n'est pas chose simple.

    Or il est 16 heures et les cloches de l'église rappellent
    que bientôt la messe commencera.

    Il leur faut partir maintenant pour ne pas être en retard.

    Elles quittent sur le champ en promettant de prier pour que tout se passe bien.

     

    Cette exemple et d’autres semblables, encore fréquents a une époque pas si lointaine, nous renvoient aux lieux concrets de nos engagements solidaires en ces diverses régions du Québec où, pour la plupart, nous habitons depuis de nombreuses années. Ils nous renvoient surtout à la signification que nous donnons à l'eucharistie et plus précisément au rapport qui existe entre celle-ci et la vie. La relec­ture de leur expérience n'aurait-elle pas amené Julie et Sophie à la conclusion qu'elles auraient dû « man­quer la messe» ?

    Sans ignorer la scandaleuse réalité des conditions inhumaines dans lesquelles se débattent tant d'êtres humains appauvris, opprimés, exploités et exclus, nous voulons spécialement ici faire écho à la vie de toutes ces femmes « maganées » dont nous deve­nons progressivement solidaires au fil des jours. Entrevoir la profondeur de leur détresse, pouvoir mesurer l'ampleur de leurs besoins, voir à quel point leur dignité et leurs droits sont bafoués, leurs com­pétences et leurs savoirs non reconnus, leur citoyen­neté dévalorisée, leur personne chosifiée, leur corps marchandisé et leur parole bâillonnée. Mais aussi découvrir la lumière au fond des yeux, la source encore capable de jaillir, les rêves et les espoirs qui sommeillent, les élans de créativité, le courage re­marquable qui fait rebondir ...

    Combien notre regard change à leur contact! Avec une plus grande justesse, nous réalisons que, comme femmes, nous « subissons » nous aussi des situations d'inégalité, d'injustice et de marginalisation auxquelles nous n'avons aucunement consenti. Ce­pendant c'est prioritairement à partir de celles qui sont humiliées, collées au sol et laissées pour compte que nous analysons les réalités jusque dans leurs causes structurelles (système patriarcal, économie néolibérale et autres) et que nous cherchons à gar­der l'avenir ouvert. Conscientes qu'elles demeurent les agentes premières de leur libération, nous ap­prenons à identifier avec elles la nouveauté possible et à devenir leurs partenaires de marche sur ces che­mins prometteurs.

    C'est également au cœur de ces solidarités, parti­culièrement avec les femmes, que nous revisitons notre Tradition théologique et spécialement celle de l'eucharistie; qui peut, mieux que les femmes, com­prendre le « ceci est mon corps », ceci est ma VIE ? Nous ferons cependant ici référence surtout à la tra­dition testamentaire présentée particulièrement par l'apôtre Jean (13, 1-20). Or celui-ci, dans le récit du dernier repas, évoque le lavement des pieds où Jé­sus, par une« sortie de table », se met dans la situa­tion de celles et ceux qui ne peuvent partager le re­pas. En fidélité constante avec lui-même, en ce mo­ment crucial de son existence, il nous laisse en héri­tage ce testament qui est l'aboutissement de toute sa vie: son histoire avec son peuple, sa liberté con­fiante envers son Père, sa proximité singulière avec les gens exclus, sa connivence remarquable avec les femmes, ses actions et ses paroles libératrices ... C'est donc tout CELA que nous actualisons en célébrant l'eucharistie. C'est toute SA VIE offerte et donnée pour que tous les humains aient la vie en abondance. Quelle résonance particulièrement profonde ce CELA peut avoir chez nous, femmes de tous âges et de toutes conditions ! Femmes amoureuses de la vie, porteuses de vie, artisanes et donneuses de vie.

    Comment parler d'eucharistie ou de communion et ne pas rappeler ici les exclusions qui perdurent dans l'Église catholique et dont la forme la plus évi­dente est le refus d'ouvrir aux femmes l'accès au ministère ordonné et donc à la présidence de l'eucha­ristie. Exclusion centrale dont il ne faut pas mésesti­mer l'impact sur les femmes elles-mêmes, sur leur statut dans l'institution, sur la proclamation et la célébration de la Parole, sur l'ensemble de la vie ec­clésiale et sur l'élaboration du discours théologique, à commencer par l'image de Dieu. Pour la théolo­gienne Alice Gombault, il s'agit d'un « apartheid anthropologique» et elle ajoute : « Les enjeux d'une présidence de l'eucharistie ne sont pas seulement ecclésiaux mais aussi sociaux. Par sa pratique et la légitimation de celle-ci, l'Église participe au sexisme ambiant» (<< Elle prit le pain ... », dans Relations, nu­méro 722, février 2008, p. 19.).

    Faire eucharistie aujourd'hui, pour nous, c'est reconnaître maintenant l'héritage, l'inspiration, l'audace prophétique du Galiléen et accueillir le Vi­vant parmi nous. C'est célébrer les multiples efforts et les moindres victoires qui jalonnent nos routes vers la libération. C'est réentendre ensemble l'invita­tion pressante à enfanter nouvellement l'humanité, comme femmes et avec d'autres, afin que chacune et cha­cun puissent partager le pain et la parole. Pour y arriver, ne sommes-nous pas encore et encore con­viées à « sortir de table» pour changer les règles du jeu en créant les conditions nécessaires à la resolidarisation sociale? Puisse le Congrès eucha­ristique solliciter abondamment l'Église d'ici à « prendre la sortie » !

    Question: Quels sont les lieux où nous prolon­geons la pratique du Galiléen à sa « sortie de table» ? Ou : comment l'eucharistie peut -elle devenir un lieu de réelle solidarité avec les exclues ?

     

    Céline Beaulieu

    Yvonne Bergeron

    Denise Brunelle

     

    La suite et fin CONCLUSION ET ANNEXES


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