• (doc. 5)

    UNE PRÉSENCE AU CŒUR DES DÉBATS DE SOCIÉTÉ

    Le Centre Justice et Foi

     

    La société québécoise a vécu au cours des derniers mois un débat important sur certaines questions qui se posent dans un contexte où la po­pulation exprime une diversité culturelle et religieuse significative. L'intégration des nouveaux arrivants, l'identité, la recherche d'éléments rassembleurs de la vie collective, l'énonciation d'une laïcité québé­coise et la place des religions dans l'espace public ont été autant de sujets abordés.

    Les réflexions et les propos tenus à cette occa­sion sont interpellants pour des personnes croyan­tes et pour les institutions religieuses. Ils question­nent leur rapport au monde mais aussi mettent en lumière des transformations importantes à réaliser au sein des communautés de foi. Ce n'est pas seule­ment l'identité citoyenne mais c'est aussi l'identité religieuse qui a été invitée à se redéfinir comme iden­tité ouverte.

    Certaines interventions des personnes et des ins­titutions religieuses ont par ailleurs été l'occasion de rappeler que la foi a une dimension collective qui ne peut être confinée à l'espace privé et que les convic­tions religieuses sont sources d'engagement social pour assurer la réalisation du bien commun.

    Au cœur d'un monde sécularisé

    Tout en étant un centre d'analyse sociale dont les prises de position se fondent sur l'Évangile, le Centre justice et foi (CJFY a toujours fait le choix de mener ses réflexions dans une recherche com­mune avec divers groupes sociaux. Dès sa fonda­tion, il a privilégié une inscription au cour d'une so­ciété sécularisée et une pratique de dialogue sur les enjeux du monde (et de la société québécoise) avec des personnes dont l'engagement s'inscrit dans dif­férents horizons de sens, qu'ils soient laïques ou re­ligieux.

    C'est dans cet esprit et animé par une volonté d'être présent au cour du monde que le CJF contri­bue depuis maintenant vingt-cinq ans aux sociaux et religieux de notre époque par sa revue Relations, par ses activités publiques telles que les Soirées Re­lations et par son secteur Vivre ensemble préoccupé particulièrement des enjeux d'immigration. Ce pro­jet, rappelons-le, est né de la volonté des jésuites de faire de la promotion de la justice une dimension indissociable du service de la foi. Les enjeux locaux, nationaux et internationaux sont multiples et le cen­tre a dû privilégier, par un discernement continu au fil des ans, certains champs d'intervention balisant la réalisation de sa mission: projet de société, lutte au néolibéralisme, christianisme critique et condi­tion des femmes. En lien avec la situation des per­sonnes les plus vulnérables de la société, il a été amené à faire des critiques et des propositions fon­dées sur la justice sociale concernant le projet natio­nal, les choix économiques et politiques des diffé­rents gouvernements, l'acceptation du pluralisme et les transformations religieuses.

    Eucharistie et société2

    Cette manière de procéder du CJF a des consé­quences sur la compréhension que nous avons de l'eucharistie et sur la façon de nous situer face à l'évé­nement du Congrès eucharistique. L'eucharistie nous rappelle avec force que le Dieu auquel nous croyons a fait les hommes et les femmes libres et qu'il a épousé pleinement la condition humaine pour les accompagner dans les luttes qui traduisent cette li­berté profonde et assurent une mise en ouvre de leur pleine dignité. L'eucharistie n'est pas une rup­ture avec le monde, c'est une façon d'habiter le monde et de vivre les solidarités humaines. Ce doit être un geste qui donne sens à notre engagement et le nourrit du même esprit qui animait le Christ.

    Depuis une cinquantaine d'années, la tradition des Congrès eucharistiques invite d'ailleurs les hô­tes de l'événement à proposer une œuvre sociale qui se poursuivra au-delà de l'éphémère du rassemble­ment. Lors de la fête de l'Épiphanie  (7 janvier 2008),

     

    moment souvent privilégié dans l'Église catholique pour souligner ou célébrer la diversité des commu­nautés, les organisateurs ont dévoilé que l'œuvre sociale du Congrès eucharistique international de 2008 serait l'appui à la Fondation Marc- Ouellet vi­sant à soutenir l'accueil des réfugiés et des immi­grants.

    Ce choix correspond certainement à un défi im­portant pour le Québec. TI s'inscrit dans la ligne d'une tradition d'hospitalité de l'étranger qui est au cœur même de la foi proposée par l'Église catholique. Il faut redire toutefois que les liens entre l'eucharistie et l'engagement social ne peuvent se résumer à l'ap­pui ponctuel pour une ouvre sociale. Le partage du pain et du vin vécu par les communautés rassem­blées doit être le lieu pour soutenir les solidarités humaines qui se tissent afin d'assurer la reconnais­sance de la dignité de toutes les personnes. C'est cet engagement dont les nouveaux arrivants au Qué­bec ont besoin - qu'ils soient réfugiés ou immigrants.

    Le Québec a besoin que nous fassions des choix collectifs - sociaux, économiques et politiques - qui inscrivent toutes les personnes qui vivent sur son territoire dans un horizon de citoyenneté effective. Cela implique une reconnaissance de leurs apports, incluant la possibilité pour toutes les personnes de travailler dans des conditions qui respectent leur di­gnité. Cela implique aussi d'assurer à tous un accès juste aux droits et aux services qui en découlent. Un engagement en faveur des réfugiés et des immigrants, c'est aussi accepter de se laisser transformer par leur présence et par un vivre ensemble partagé au sein des quartiers, des écoles, des milieux de travail. L'ap­port financier des uns et des autres joue un rôle mais c'est l'accès à une pleine citoyenneté qui fera une différence dans la vie des personnes marginalisées et dans la qualité de notre vie en société. Et de cela, nous sommes tous responsables.

     

    Quelques propositions pour ouvrir l'avenir

    Pour le CJF, l'identité chrétienne dont nous nous réclamons s'inscrit donc dans une histoire et une société concrètes, avec des défis particuliers auxquels notre engagement chrétien doit être sensible et doit apporter sa contribution. Cette identité ne repose pas sur des balises définies une fois pour toutes par un magistère romain. Elle doit être ouverte et capa­ble de remises en question face aux enjeux qui pré­occupent les hommes et les femmes du Québec d'aujourd'hui.

    Nous nous sentons ainsi fortement interpellés par les mouvements sociaux et les réalités sociales qui mettent en lumière des transformations à réaliser, au nom de la justice, au sein de nos communautés de foi. Nous pensons particulièrement aux avancés réalisées par le mouvement des femmes qui ques­tionnent la place accordée à ces dernières dans les institutions catholiques et qui nous invitent à exiger le respect de l'égalité homme-femme dans toutes nos pratiques ecclésiales.

    Comme croyants et croyantes, nous croyons que les nouvelles réalités du pluralisme doivent aussi nous amener à développer des réflexions et un engage­ment de plus en plus œcuménique et interreligieux. Le Québec vit un débat important pour identifier les éléments d'une culture publique commune qui sont à la fois respectueuse d'un parcours historique du Québec et attentive aux apports' des personnes de d'autres origines, cultures et religions au sein de la société. Les croyants doivent être solidaires de cette recherche collective et contribuer à l'élaboration d'éléments rassembleurs pour toutes et pour tous.

    Élisabeth Garand

     

    1. Le site intemet du CJF offre de nombreuses informations complémentaires et des ressources utiles : www.cjf.qc.ca.

    2. Pour aller plus loin. nous vous référons au dossier « Eucharistie et société» de la revue Relations. n° 722 (février 2008).

    La suite LE GRAND ÉCART: PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE -6


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  •  (doc. 6)

    LE GRAND ÉCART:
     PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE

     

    La Table de pastorale sociale des diocèses du Québec

     

    Lors des célébrations eucharistiques, les célébrants expriment la prière: «Le Seigneur est avec vous». Nous pouvons nous demander si les membres des communautés chrétiennes veulent vraiment faire communion avec les personnes souf­frantes, blessées, appauvries ou qui subissent des exclusions? Nous prônons la communion entre nous ... mais, concrètement, comment la vivre ? Comment accueillir ceux et celles qui, selon nos rè­gles, sont en dehors de l'Église? Comment vivre en Église une réelle expérience de communion? Tout en tenant compte de notre meilleur héritage d'Église, quelles pistes neuves pouvons-nous inventer, pour associer davantage les gens à l'eucharistie ? Voilà des interrogations que notre groupe, formé de respon­sables de pastorale sociale des diocèses du Québec, aimerait voir traiter lors du 4e Congrès eucharisti­que international de Québec.

    Nous croyons que l'eucharistie vécue en Église doit amener à reconnaître ce qui est destructeur pour l'être humain et pour les peuples. Nous pensons ici à la domination d'une personne par une autre, d'un peuple par un autre; de tels comportements ne peu­vent conduire à des relations harmonieuses. L'eucha­ristie doit aussi permettre d'exprimer notre indigna­tion, pour revitaliser nos tiédeurs devant des absur­dités commises, devant de grands problèmes so­ciaux. Les grandes souffrances vécues par des peu­ples sur notre planète doivent faire partie de nos partages et de nos analyses sociales pour nous per­mettre de nous solidariser et de proposer des solu­tions qui prônent la justice sociale, la recherche du bien commun.

    Les problèmes majeurs que vivent les humains doivent trouver écho au sein de nos Églises. Et pen­sons ici aux milliers de femmes et enfants qui sont victimes du trafic encore en ce monde; aux 40 mil­lions de personnes qui sont victimes du SIDA; aux 630 millions de sans-abri de par le monde; aux 824 millions qui souffrent de la faim; aux rapports tou­jours inégaux entre les hommes et les femmes; au terrorisme; à la guerre en Irak; à la dette des pays en voie de développement; à l'écart de revenu entre les pauvres et les riches; aux nombreuses fermetures d'usines et pertes d'emplois; au droit à la santé, au travail, à un revenu décent, et encore ... Comment expliquer que l'on accorde si peu d'espace dans nos eucharisties à ces différents enjeux sociaux qui pré­occupent nos populations dans l'ensemble des acti­vités des communautés paroissiales ?

    À son époque, le prophète Amos exprimait du­rement la coupure existante entre la pratique du culte et celle de la justice : « Éloignez de moi le tapage de vos cantiques; que je n'entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais! Amos (5, 23-24) ». L'im­portance du lien indissociable avec Dieu et celui d'avec les humains était affirmée. Ce cri devrait-il être. redit aux chrétiens d'aujourd'hui? Rappelons-­nous aussi l'affirmation forte de Jésus« Ce qui mon­trera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13, 34-35). Le vrai disciple Jésus ne sépare pas la pratique cul­tuelle de ses rapports avec les autres.

    Nous estimons que ce défi à surmonter l'écart entre la pratique du culte et la pratique de la justice peut s'expliquer du fait que beaucoup de catholi­ques vivent encore leur foi uniquement comme une relation individuelle avec Dieu, sans rapport avec leur vie en société. Devons-nous nous contenter seule­ment d'une éthique individualiste? L'avenir de l'Église et la pertinence de l'eucharistie passeront par la mise en place de solutions qui permettront de faire naître des chrétiennes et des chrétiens qui ne seront pas centrés uniquement sur leurs intérêts individuels, mais qui porteront, ensemble, des préoccupations et des engagements en vue de l'amélioration des conditions de vie de tous et de chacun.

    L'eucharistie, qui se veut "don de Dieu pour la vie du monde", s'inscrit dans une grande dynami­que d'accueil et de don. fi y a d'abord un moment pour s'ouvrir davantage à la vie reçue, à l'Autre, aux autres, pour nous permettre de revenir ensuite à l'en­semble de nos activités afin de donner de la vie en abondance. Nous avons la responsabilité de contri­buer à faire naître une foi incarnée dans le monde, dans la société et qui soit porteuse de changements pour le bien commun. Une foi qui se vit unique­ment dans le privé a peu à voir avec Jésus Christ et a peu de chance de durer ...

    Les vrais chrétiens et chrétiennes ont à dépasser cette conception trop limitée de l'eucharistie, du « fai­tes ceci en mémoire de moi» qui est malheureusement trop répandue. Le pain qui a nourri les disciples et celui qui a nourri les foules affamées est le même pain: c'est celui qui a révélé la volonté de Dieu de rassasier tous les affamés du monde. Jésus ne nous a pas invités à nous rappeler seulement le rite qu'il a instauré à la veille de sa passion, mais il nous a invi­tés à faire mémoire de lui en travaillant à la réalisa­tion d'une société où il n'y aura pas de personnes exclues.

    Revivre le Mémorial proposé par Jésus ne nous met pas à l'abri des conflits, des erreurs et des re­commencements, mais nous permet de vivre notre spiritualité en étant au service de relations réussies entre les personnes et entre les peuples. Afin de re­découvrir la profondeur de l'eucharistie et de faire advenir une Église davantage au service de la société, nous souhaitons grandement que le Congrès eucharistique international de Québec prenne en compte nos réflexions et nos questionnements.

    Jean-Paul Saint-Amand
    -----------------------------------------

    D'autres membres de la Table de pastorale sociale des diocèses du Québec ont signé ce texte.

    Louise Breton, Joliette

    Gilles Chauvin, Rouyn-Noranda

    Mario Dion, Gatineau

    Émile Duhamel, Valleyfield

    Jean-Yves Fortin, Sainte- Anne-de-la-Pocatière

    Lise Laroche, Sherbrooke

    Denis Lévesque, Rimouski

    François Malenfant, Chicoutimi

    Louise Meunier, Nicolet

    Martine Perron, Saint-Jérôme

    Daniel Pellerin, Saint-Jean-Longueuil


    La suite OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE? -7


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  • (doc. 7)

    OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE?

    Le Forum André-Naud, Trois-Rivières

     

    Du 15 au 22 juin prochain, le Congrès eucharistique international fera chanter Québec d'une joie singulière. Car, venus du monde entier, des milliers de catholiques transformeront la capi­tale nationale en capitale mondiale de l'Eucharistie. C'est pourquoi, quelles que soient notre foi et nos pratiques religieuses, à nous, gens du Québec, nous pouvons considérer cet événement comme l'âme des célébrations du 400" anniversaire de la fondation de Québec.

    En prenant part, en tout ou en partie, à ce 4e Congrès eucharistique international, nous avons une espérance, fragile, il est vrai, parce qu'elle porte sur un changement important de l'enseignement du magistère. L'espérance que d'un Congrès à l'autre ­célébré tous les quatre ans - Rome en vienne le plus tôt possible à mettre graduellement fin à l'Eucharis­tie des exclusions. Car l'Eucharistie qui devrait nous rassembler aujourd'hui est, en fait, à cause de l'en­seignement du magistère, très excluant.

    En effet, au moment de la communion, le prêtre présente l'hostie aux fidèles en disant: « Heureux les invités au repas du Seigneur! » En d'autres mots : la table est dressée, réjouissez-vous et avancez. Mais l'invitation est sélective, loin d'être générale ou in­clusive. Car Rome a déjà décrété que ne peuvent communier ni les divorcés remariés (Catéchisme de l'Église catholique, no 1650), ni les personnes qui ont des relations sexuelles hors mariage (ibid., no 2390). Ces fidèles qui ont préparé la table comme les autres doivent donc se contenter de les voir man­ger.

    S'il est totalement aligné sur les directives romai­nes, le prêtre, pourrait dire en substance ces « paro­les amères: "Viens ici, étranger, prépare la table, si tu as quelque chose, donne-moi à manger [Puis] Va ­t-en, étranger, fais place à plus digne." » (Si 29, 25­27). Si l'on ne peut nourrir les gens, a-t-on le droit de les appeler.

    Jésus demande à un légiste de prendre exemple sur le Samaritain qui a fait preuve de bonté ou de compassion envers un homme abandonné à son sor4 malgré son état pitoyable: « Va e4 toi aussi, fais de même» (Let 0,37). Il nous semble que les liturgistes romains, qui n'ont pas l'air de briller de compassion pour les blessés de la vie, les blessés de l'amour, auraient plutôt dit à ce légiste: « Va, mais toi, fais tout le contraire »

    S'il y a un seul baptême, selon saint Paul (Ep 4,5), il Y a deux Eucharisties, selon les normes romaines. L'Eucharistie des catholiques, disons, de stricte ob­servance, et l'Eucharistie des autres, traités comme des exclus ou comme des sœurs et frères séparés avec qui « l'inter communion» est encore impossi­ble.

    Telle que Rome la veu4 l'Eucharistie fait encore d'autres exclus. Elle exclut de l'autel les femmes et les hommes mariés, car seuls les célibataires de sexe masculin peuvent accéder au sacerdoce. Il est vrai que les diacres permanents, des hommes pour la plupart mariés, ont une place à l'autel, mais leurs épouses, qui ne peuvent pas devenir diaconesses, doivent rester à distance. Pourtant ces hommes et ces femmes se sont unis devant l'autel. Qu'importe! Ils doivent se séparer à l'autel. Les lois romaines sont parfois des joueuses de tour ...

    Nous espérons qu'au 50" Congrès eucharistique international, Rome va moins nous désespérer en nous montrant à l'Eucharistie de clôture, au moins quelques femmes diaconesses et quelques hommes mariés devenus prêtres. Et pas trop loin du Saint-­Père ou de son représentant!

    Par son enseignement le magistère exclut direc­tement un nombre considérable de fidèles, mais combien plus encore indirectement! Surtout des jeunes. Parce que Rome n'admet ni au sacerdoce des hommes et des femmes mariés, ni à la communion les fidèles dont nous avons parlé, ni au mariage les prêtres de rite latin, les jeunes sont véritablement scandalisés. L'Église a perdu tout crédit à leurs yeux. Elle a beau s'engager de façon parfois héroïque pour certaines causes plus que nobles, les jeunes ont fait leur deuil d'elle, après leur confirmation qu'on peut appeler le dernier sacrement.

    Il faut une sérieuse dose de naïveté pour croire que les jeunes, sauf rares exceptions, reviendront à l'Eucharistie, d'autant qu'ils ne peuvent pas suppor­ter la parole unique et investie d'autorité du prêtre qui commente la parole de Dieu. Ce qu'ils veulent? Le dialogue ou le partage sur ce qui fait vivre et sur ce qui empêche de vivre. Que les prêtres se le tien­nent pour dit : pas de dialogue, pas de jeunes. Mais l'instruction Redemptionis Sacramcl1tum, publiée le 25 mars 2004 par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, en collaboration avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, prési­dée à l'époque par le futur Benoît XVI, stipule que seul le prêtre ou le diacre peut commenter, dans une homélie, la parole de Dieu.

    Où s'en va donc la messe? D'exclusion en ex­clusion, ne risque-t-elle pas de se retrouver à la porte de sortie d'un nombre grandissant de lieux de culte?

    La situation n'est pas sans issue si les fidèles, évêques et prêtres compris, osent parler franchement au magistère romain. La crise dans laquelle s'enfonce l'Eucharistie peut se résorber mais à la condition qu'on ait le courage de dire au Saint-Père qu'il pren­drait plus soin de la messe en levant quelques uns des interdits qui pèsent sur elle qu'en multipliant les paroles sur sa beauté.

    Que faire d'autre dans l'immédiat? Nous avons une proposition qui s'appuie sur une réflexion de François Varillon.« Il m'arrive de dire: "Si vous ne voyez pas comment tel enseignement de l'Église est une condition de l'amour ou une conséquence de l'amour, laissez provisoirement tomber, car tout doit apparaître, même les choses qui semblent les plus marginales, comme expression de l'amour, condi­tion de l'amour ou conséquence de l'amour."» ­(Beauté du monde et souffrance des hommes, p.126).

    Or, l'Eucharistie est le mystère même de l'amour qui se donne à manger. Nous disons donc aux di­vorcés remariés et autres fidèles qui vivent en union libre, pourvu qu'ils aient fait preuve de fidélité les uns envers les autres : si vous êtes peu confortables avec les interdits du magistère, n'hésitez pas à pratiquer la « désobéissance liturgique ». Dieu vous en saura gré, maintenant, et l'Église, aux Congrès à ve­nir.

    Les signataires :

    Raymond Anctil, Henri-Paul Bordeleau,

    Raymond Champagne, Louise Gaboury,

    François Gravel, Robert Hotte,

    Pierre Houle, François Lajoie,

    Murielle Lamarre, Yvon Leclerc,

     Gérard Marier, Jean Marineau,

    Mariette Milot, Michel Nolin,

    Jean Paillé, Marc Poirier, Jean Sabri.


    La suite UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER -8


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  • (doc. 8)

    UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER

    L'autre Parole

     

    L’autre Parole est une collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976. Cette Collective regroupe des femmes de tous âges et de tous horizons qui se sont donner un espace pour vivre, repenser et célébrer le mes­sage libérateur des évangiles.

     

    Conscientes des liens étroits qui existent entre toutes les formes de domination tant civile que reli­gieuse, nous travaillons à :

    - nous réapproprier la tradition chrétienne, ses pratiques et ses discours ;

    - nous inscrire dans des réseaux de solidarité avec des personnes en quête de justice et d'égalité.

    C'est dans cette optique que nous avons accepté de nous joindre à d'autres groupes pour faire ici une demande et présenter un texte qui témoignent de notre participation à l'invention de nouvelles ma­nières d'être et de faire pour que les femmes aussi puissent vivre leur pleine humanité ... en tous lieux ...

    La place des femmes

    La Collective des femmes chrétiennes et fémi­nistes « L'autre parole» demande qu'une place d'égale à égal soit faite aux femmes dans l'exercice des ministères ordonnés.

    Depuis plus de trente ans, les femmes de la Col­lective se donnent le droit de célébrer leur foi, leur espérance et leur amour à travers des rituels sacrés qui vont jusqu'au partage du pain et du vin où elles prononcent elles-mêmes les paroles qui leur permet­tent de faire mémoire de Jésus.

    La Collective incite donc les femmes à ne pas attendre l'approbation des autorités ecclésiales pour prendre la place qui leur revient de droit dans l'exer­cice des rituels sacrés car ni Dieu ni le sacré sont propriété des hommes tout consacrés qu'ils soient ...

    À continuation nous présentons un texte de Marie-Andrée Roy déjà paru dans Relations (#722, février 2008) sur « L'autre manière de célébrer ». L'auteure est co- fondatrice de L'autre Parole et professeure au Département des sciences religieu­ses et à l'Institut de recherches et d'études féminis­tes de l'UQAM.

    L'autre manière de célébrer

    Depuis plus de trente ans, la collective de fem­mes chrétiennes et féministes L'autre Parole a déve­loppé une pratique liturgique qui lui a permis d'éla­borer et de célébrer de multiples rituels, dont celui du partage du pain et du vin pour faire mémoire de Jésus de Nazareth, Christ ressuscité. La collective, qui s'identifie pleinement à la tradition chrétienne, a fait des choix très tôt dans son histoire : les mem­bres, en tant que personnes autonomes et responsa­bles, n'ont jamais voulu s'inscrire en dépendance vis-­à-vis du clergé masculin pour célébrer leur foi et encore moins jeûner, se priver du pain et du vin de ie parce que leur ekk1ésia était composée exclusi­vement de femmes. Elles ont choisi de gérer soli­dairement et collectivement leur vie spirituelle en créant et animant elles-mêmes des rituels chrétiens et féministes arrimés à leurs expériences de vie.

    Ces rituels puisent à trois sources. La première concerne les expériences, aussi bien individuelles que collectives, d'aliénation/libération des femmes aujourd'hui: ces expériences ont, entre autres, trait au difficile accès à l'égalité des sexes, tant dans la vie privée que dans la vie publique, à la reconnaissance de la liberté de choix en matière de santé reproduc­tive et sexuelle, à la violence patriarcale qui conti­nue toujours de sévir, etc. La relecture de ces expé­riences, leur transposition dans des symboles, des rituels permettent de construire une nouvelle mé­moire des femmes qui les invite à se faire les bâtis­seuses de leur devenir. La deuxième source est la tradition chrétienne elle-même, riche d'une liturgie deux fois millénaire qui a su redire de manière ad­mirable, au fil des jours, des semaines et des saisons toute la trame du mystère chrétien, de la Nativité à la mort/résurrection du Christ et accueillir l'expé­rience humaine dans toute sa radicalité, de la nais­sance à la mort. Le corpus liturgique chrétien est à la fois passé au crible de la critique féministe et relu à la lumière de nos expériences de femmes en quête de libération. Il structure une part importante de nos célébrations, permet que nous développions un profond enracinement dans la tradition et que nous inscrivions nos propres paris de foi comme faisant partie intégrante de cette tradition. La troisième source se trouve dans le corpus des autres traditions religieuses, notamment la tradition juive avec laquelle nous avons une forte parenté; ne partageons-nous pas une même histoire sainte, une même quête de salut et moult symboles rassembleurs (le feu, l'eau, le sel, le pain sans levain, etc.) ? Elle se retrouve aussi dans le corpus des religions anciennes qui ont fait se déployer des représentations féminines du divin de même que des mythes et des symboles qui re­connaissent la part indispensable du sacré féminin dans le devenir de la création. Cette troisième source vient en quelque sorte éveiller notre imaginaire, pro­voquer notre créativité et favoriser un certain déga­gement du carcan dogmatique patriarcal chrétien.

    Comment faisons-nous mémoire de Jésus? Lors d'une célébration, nous disons simplement ses pa­roles ensemble : « Prenez et mangez-en toutes - ceci est mon corps ». Ce pain nous permet aussi de faire mémoire, selon la thématique de la célébration, du corps exploité et violenté de nos sœurs ou encore, du corps aimant et fécond des femmes qui donnent la vie, etc. Puis nous disons : « Prenez et buvez-en toutes - ceci est mon sang ». Ce sang, c'est aussi le sang des femmes, sang porteur de vie et promesse d'une Nouvelle Alliance entre les femmes et les hom­mes. Les paroles prononcées par l'ekk1ésia repren­nent les paroles de Jésus et s'inscrivent clairement dans son intention, faire mémoire. La formule énon­cée n'est pas complètement celle de la prière eucha­ristique officielle. Ce qui permet à certains de dire qu'il ne s'agit pas de «vraies» eucharisties! Soyons clairs: l'orthodoxie ce n'est pas notre affaire et nous voulons encore moins en créer une nouvelle. Notre seul désir, c'est de faire communauté en mémoire de lui.

    L'autre Parole ne fait pas cavalière seule. Les eucharisties domestiques, si elles demeurent relati­vement discrètes, sont aujourd'hui plus nombreu­ses que jamais, de moins en moins marginales et pratiquées par des communautés de femmes et d'hommes qui ne se revendiquent pas nécessaire­ment de dissidence. En ces temps d'intransigeance romaine marqués par le sexisme et le cléricalisme, elles sont devenues l'autre manière, la manière dé­brouillardise et pleine d'espérance, de dire notre foi, notre espérance et notre amour.

     

    Note. L'autre Parole publie une revue du même nom quatre fois l'an et anime un site Internet: http/ /www.lautreparole.org


    La suite  si le lien ne fonctionne pas copier-coller dans la bare d'adresse
    http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-liberte-de-parole-et-pain-partage-9-tdn-52678479.html


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  • (doc. 9)

    LIBERTÉ DE PAROLE ET PAIN PARTAGÉ

    Chrétiens Chrétiennes Dans la Cité

     

    Nous sommes des chrétiennes et des chrétiens engagés comme citoyens au Centre-Sud de Montréal, en solidarité avec les exclus, qui se ras­semblent régulièrement pour partager leur vécu et célébrer leur foi. Nous voyons que l'Esprit du Res­suscité renouvelle son peuple dans ses luttes de li­bération (égalité hommes-femmes dans la société et l'Église), ses marches de dignité (marche du 17 oc­tobre et journée de la fierté gaie), ses entreprises de justice (Campagne pour un Québec sans pauvreté, place des itinérants dans nos grandes villes avec le RAPSIM), ses rassemblements fraternels (Cap St­-Barnabé, cuisines collectives). Il lui transmet sa vi­sion pénétrante, sa force de résistance, son audace créatrice, son espérance intarissable. Cet Esprit ré­pand son souffle et son feu sur le monde, dans le cœur de nombreux citoyens et citoyennes pour en faire des artisans de justice et de paix. Nous, chré­tiens et chrétiennes dans la cité (CCDC), marchons avec les gens de notre quartier l'oreille attentive, l'œil ouvert, solidaires des luttes de dignité et de libéra­tion. « Leurs joies et leurs espoirs, leurs tristesses et leurs angoisses sont aussi les nôtres». Nous nous reconnaissons frères et sœurs, animés d'un même esprit d'indignation devant toute injustice et d'une volonté de changement social et ecclésial en pro­fondeur.

    Certains soirs, après une longue marche, des temps de doute et de fatigue, tout le quartier prend place à notre table dans nos partages d'anecdotes, de rencontres, d'événements, de rêves. Alors, place à la vie et à nos paroles en toute liberté. Des noms et des visages plein notre cœur. Place à nos drames : libérations et enfermements, naissances et deuils, place aux rires et aux pleurs. Place à la Parole res­suscitée, ce Jésus l'un de nous, qui a pris notre chair, pour nous ranimer, nous relever, nous relancer. Place au pain de nos vies et de sa vie, donnés par amour, par solidarité. Nourriture pour poursuivre la route, pour faire un seul corps, ensemble et avec Lui. Place au vin de la joie d'être ainsi rassemblés en son nom, à sa vie qui coule en nous, ravivant notre espérance et affermissant notre engagement à sa suite. Il est au milieu de nous, dans nos rassemblements, dans nos maisons et nos ateliers, dans nos bars et nos rues pour que nos vies s'ouvrent et se donnent. Il marche avec nous. Il mange avec nous. Une pré­sence discrète mais bien réelle, sous mille visages, que le partage du pain en toute justice et fraternité nous révèle.

    Nous avons des yeux pour voir et des oreilles pour entendre et un cœur pour aimer. Pour le voir et l'entendre et le pressentir parmi nous. Et vous, où avez-vous les pieds? Avec qui marchez-vous? De quoi parlent vos voisins et amis en chemin? Avec qui partagez-vous votre pain et votre vin ? Le re­connaissez-vous de sa réelle présence dans la cité ?

    Gérard Laverdure
    La suite PARTAGER LE PAIN : UNE URGENCE ÉTHIQUE -10

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  • (doc. 10)

    PARTAGER LE PAIN : UNE URGENCE ÉTHIQUE

    L’Entraide missionnaire

     

     

    Dans le paysage des organismes québécois engagés en solidarité internationale, L'Entraide missionnaire fait figure de pionnier. Fondé en 1958 par des communautés religieuses missionnaires, cet organisme de base, autonome, regroupe aujourd'hui près de quatre-vingt-dix instituts religieux et regroupements de laïcs missionnaires du Canada franco­phone. Cette année, l'organisme célèbrera ses 50 ans d'existence.

    Tout au long de cette période, à travers ses acti­vités de formation et ses prises de position, L'EMI a été progressivement reconnue comme une ressource de qualité et un partenaire de première im­portance par plusieurs communautés religieuses, organismes de coopération internationale, réseaux d'Églises et autres groupes engagés dans la pour­suite d'objectifs communs. Son congrès annuel, ses tables de concertation sur Haïti, l'Afrique des Grands-Lacs, le Brésil et sa modeste publication L'EMI en bref, témoignent encore aujourd'hui de la constance de son engagement au service de la solidarité internationale. Il en est de même pour sa participation soutenue à différents réseaux de jus­tice sociale et de solidarité internationale dont l'As­sociation québécoise des organismes de coopération internationale, le Collectif Échec à la guerre pour l'Irak et l'Afghanistan, la Concertation pour Haïti, le Forum Afrique-Canada et le Réseau œcuménique Justice et Paix.

    En partenariat avec tous ces réseaux s'est déve­loppé au long des années un travail quotidien de réflexion sur les enjeux internationaux, en particu­lier les relations Nord-Sud. L'appauvrissement des personnes et des peuples, les violations massives des droits humains tant individuels que collectifs, les guerres et les génocides, les rapports discriminatoi­res entre les femmes et les hommes dans les socié­tés et les Églises, la mondialisation néolibérale pro­ductrice d'exclusions, les défis du dialogue entre les cultures et les religions ont été et sont encore les points d'ancrage d'interventions en matière inter­nationale.

    Le travail de formation à la mission et à la solida­rité a été maintes fois confronté à des situations de crise dans différents coins du monde : Haïti, Afrique des Grands-Lacs, Amérique latine, Palestine, Irak, Afghanistan, pour ne nommer que ceux-là. La com­plexité et la durée de ces crises ont exigé de la rigueur dans les analyses et de la concertation dans les inter­ventions qui ont jalonné toute l'histoire de L'EMI. Depuis la remise en janvier 1970 d'un mémoire au gouvernement canadien sur sa politique extérieure envers l'Amérique latine jusqu'aux récentes prises de position pour l'aménagement d'un cadre de respon­sabilité sociale pour les entreprises canadiennes qui ont des opérations dans les pays en développement ou pour le 'retrait des troupes canadiennes de l'Afghanistan, L'EMI n'a jamais cessé d'intervenir pour un monde plus juste et plus égalitaire.

    L'approfondissement des fondements de l'enga­gement chrétien et missionnaire a pris des formes variées selon la conjoncture ecclésiale. Mentionnons, entre autres, la réflexion sur l'évolution des théolo­gies de la libération et des théologies contextuelles, les chauds débats sur l'option pour les pauvres comme dimension essentielle de la fidélité évangéli­que, les rencontres sur les nouvelles façons de faire communauté inspirées de l'expérience des commu­nautés de base, les sessions sur l'approche féministe de la théologie de la libération et, particulièrement depuis les événements du 11 septembre 2001, l'es­pace accordé à la réflexion sur les nouvelles voies du dialogue entre les religions.

    L'EMI a toujours été un carrefour où se sont ren­contrées des personnes venues d'ici et d'ailleurs, de cultures, de spiritualités et de religions différentes. Ce va-et-vient constant a favorisé des déplacements importants dans la compréhension de l'état actuel du monde en mal de démocratie et de paix et a, sans contredit, ouvert des espaces pour réfléchir et inter­venir à partir du point de vue des personnes appau­vries et exclues de nos sociétés et de nos Églises. De nouvelles façons de s'engager dans le changement ont été confrontées à l'apprentissage d'une citoyen­neté responsable, à la richesse du pluralisme cultu­rel et religieux et à l'exercice difficile de la liberté, malgré l'imposition d'un catéchisme universel et un pouvoir ecclésiastique centralisateur qui limitent les façons de penser, d'agir, de célébrer en mettant la créativité au pilori !

    Il me revient à l'esprit le souvenir de René Jouen1, de regrettée mémoire, auteur de L'Eucharistie du mil. Missionnaire oblat au Nord-Cameroun et sou­cieux de mieux connaître le peuple giziga auquel il avait été envoyé, il avait choisi de faire des études en anthropologie. À l'occasion de sessions à L'EMI, il confiait qu'il lui a toujours semblé étrange qu'un peuple né du mil et vivant de lui dût, une fois de­venu chrétien, célébrer son Eucharistie en ayant re­cours au pain et au vin, naguère apportés par les étrangers qui l'évangélisèrent, et dont ses traditions ne disent rien, ne savent rien. Sa religion ancestrale était « religion du mil ». Dès lors, peut-on réellement consentir à pareille rupture symbolique et culturelle dans l'acte même où la communauté veut exprimer le meilleur de sa foi naissante ?

    Au-delà du débat entre les partisans du pain et du vin et les partisans des nourritures locales, les chrétiennes et chrétiens d'aujourd'hui sont invité-e­s, pour célébrer leur foi et leur espérance, à cons­truire des communautés signifiantes, à y accueillir les exclu-e-s de la table eucharistique et à pratiquer la justice et la solidarité en mémoire de lui. L'authen­ticité et la cohérence de nos engagements mission­naires et solidaires et de nos célébrations en dépen­dent! Comme l'écrivait Pedro Arrupe dans ses Écrits pour évangéliser2, nous ne saurions recevoir digne­ment le Pain de vie, à moins de donner nous-mê­mes du pain à ceux qui en ont besoin pour vivre, où qu'ils se trouvent, quels qu'ils soient.

    En ces temps de crise alimentaire mondiale, le prochain Congrès eucharistique international de Québec nous rappellera-t-il avec vigueur cette ur­gence éthique de partager le pain ou le mil, signe annonciateur de nouvelles relations possibles entre les humains que nous sommes, fenêtre ouverte sur une Présence qui nous attend?

    Suzanne Loiselle, directrice

     

    1.  René Jaouen, L'Eucharistie du mil, Éditions Karthala, 1995.

    2.  Pedro Arrupe, Écrits pour évangéliser, DDB, 1985.

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  • (doc. 11)

    VIVRE LA FOI  LÀ OÙ NOUS AVONS LES PIEDS

    L'expérience de la CCM

     

    Depuis quatre ans, nous vivons l'expérience d'une communauté ecclésiale de base à Mon­tréal, elle s'appelle la CCM (Communauté Chré­tienne Missionnaire). Pour nous, faire partie de l'Église n'était pas nouveau étant donné que nous avions grandi au sein de la pastorale jeunesse, que ce soit comme animateurs de camp, dans une re­traite ou bien comme participants dans un groupe de jeunes. Arrivés à Montréal, provenant de diffé­rents milieux et étant désireux de vivre la foi d'une manière intégrale, adulte et collective nous avons décidé de former une communauté de base.

         Nous avons des traits qui nous définissent bien. Ainsi, nous nous promenons d'un appartement à l'autre et à chaque fois, c'est un membre différent de la communauté qui nous accueille et nous mon­tre ainsi son intimité; ouvrir la porte à l'autre est un geste de confiance et, pour la personne qui entre, cela signifie l'émerveillement et la découverte.

    Nous rassemblons aux deux semaines une dizaine d'adultes jeunes, étudiants ou travailleurs, célibatai­res ou en couple et même mariés, afin de partager notre quotidien, tisser des liens fraternels et réflé­chir sur l'Évangile. Chacun et chacune d'entre nous apporte les défis auxquels nous faisons face, les rê­ves qui nous animent et les soucis qui nous inquiètent. Ce temps de rencontre est très précieux pour nous car cela nous relance pour la semaine. À l'oc­casion, nous vivons l'Eucharistie car la dimension du pain partagé est importante dans notre foi. En déchirant le pain, nous nous souvenons de l'huma­nité qui est déchirée et brisée à chaque jour, du drame quotidien présent dans notre monde. L'Eucharistie nous rappelle les paroles mais surtout les gestes que le Christ a posés pour que les gens puissent avoir la vie, mais une vie abondante. (Jn 10, 10). En ce sens, vivre l'Eucharistie est un signe d'espérance et nous invite à être agents de transformation.

    Nous constatons que nous avons besoin d'un espace pour échanger en toute simplicité et pour grandir ensemble dans la foi. Cette foi qui nous anime à travers la lumière de l'Évangile nous donne un regard constamment renouvelé sur la société et nous questionne sur nos choix et nos lieux d'enga­gements. En marchant ensemble, nous découvrons une autre manière de mélanger la foi et la justice, la prière et l'action sociale, l'humain et le spirituel. Peu à peu, nous apprenons à faire partie d'une Église qui se fait discrète, qui essaie d'établir des liens d'ho­rizontalité entre ses membres et qui est à l'écoute de la base. Bien sûr, les défis restent nombreux mais malgré les temps durs, les échecs ou les difficultés, nous essayons de rester solides car nous savons que nous faisons partie d'un projet plus grand qui est l'utopie du Christ: bâtir ensemble une société où chaque personne puisse avoir une place digne, où la justice, la solidarité et la fraternité serons notre pain quotidien.

    Avec le recul, nous nous rendons compte que nous faisons l'expérience d'une Église nomade, par­fois itinérante mais toujours en marche. Et nous voulons croire, comme Dom Helder Camara, aux actions modestes et aux mains nues et ce, pour cha­que JOur.

     

    Pour « La Caravane» de la CCM de Montréal

    Jonathan Blais et Marcela Villalobos Cid


    La suite UNE FOI QUI CHERCHE SON INTELLIGENCE -12


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  • (doc. 12)

    UNE FOI QUI CHERCHE SON INTELLIGENCE

    Le Centre culturel chrétien de Montréal

     

    Le congrès eucharistique international qui se tiendra en juin à Québec est loin de faire l'una­nimité. Plusieurs y trouvent une occasion importante pour restaurer l'ancien imaginaire religieux, d'autres y voient plutôt un alibi pour retarder les transfor­mations ecclésiales qui s'imposent. Certains grou­pes ont décidé de prendre la parole et de montrer que beaucoup de croyantes et de croyantes sont ailleurs. C'est le cas du Centre culturel chrétien de Mon­tréaL

    Bâti sur le modèle des Maisons de la culture, le Centre culturel chrétien de Montréal offre des espaces de débat, des soirées de musique et de poésie, un collo­que annuel. Bref, diverses activités portant sur des intérêts, des thématiques ou des enjeux contempo­rains. Jusque-là, rien de neuf. C'est l'option d'ins­crire un point de vue religieux, chrétien mais pas uniquement, dans des rencontres de réflexion sou­vent reliées à des controverses sociales qui en fait un centre culturel audacieux et original dans la ré­gion de Montréal.

    Les 60 membres du CCCM font partie d'un vaste réseau de croyants et de croyantes. Travailleurs et travailleuses de toute provenance, scientifiques, ar­tistes, musiciens, étudiants, professeurs, profession­nels retraités, jeunes couples et jeunes familles, ils et elles se disent préoccupés par l'éclatement des va­leurs sociales et religieuses en cours et, surtout, par les ruptures 'de société que cette situation impose aux générations montantes. Peut-être est-ce la rai­son pour laquelle de plus en plus de personnes s'allient à notre Centre? Avec nous, elles s'intéressent aux diverses religions, mais surtout au christianisme québécois, à l'héritage qu'on nous en a laissé, aux nouvelles propositions de sens ouvertes par la spiri­tualité, la théologie et la sociologie religieuse mo­dernes et par l'évolution inquiétante de l'Église ca­tholique actuelle.

    À la fois en rupture et en continuité

    En très peu de temps, le christianisme québécois a vécu une transformation radicale. Toute puissante au début des années 1960, l'institution catholique ne rallie plus qu'une minorité de Québécois et de Québécoises. En rejetant l'Église, certains ont re­jeté presque toute religion et plus particulièrement le christianisme. D'autres sont devenus indifférents, car ils et elles affirment ne plus avoir besoin du reli­gieux pour donner un sens à leur vie. Mais plusieurs personnes et groupes pour qui l'Évangile demeure un message essentiel s'interrogent et cherchent à faire autre et autrement. Pour y arriver, ils choisissent souvent de se situer en marge. Beaucoup d'entre nous ont déjà adopté cette position.

    S'inscrire comme des chrétiens et des chrétien­nes sincères et refuser le tout-dit et le tout pensé, avant même que les questions ne se posent, se comprend parfaitement lorsqu'on sait que griffonner dans la marge d'un livre, ce n'est pas déchirer le texte, ce n'est pas le gommer ou le biffer. Il s'agit bien davan­tage de se l'approprier en inscrivant ici et là une re­marque, une question, un lien avec ses valeurs, sa foi ou une expérience vécue. En fait, c'est chercher à faire sien ce texte qui nous parle, c'est l'intégrer, le corn-prendre (le prendre avec soi) et lui donner vie en le ré-écrivant à nouveau. Cela nous apparaît la seule façon de développer une intelligence de la foi résolument inculturée au monde contemporain.

    Un exemple de ce qui nous préoccupe

    La tenue du Congrès eucharistique international constitue un bon exemple de ce qui nous provoque à la réflexion, au débat, à la révision de nos expres­sions chrétiennes. À l'étape présente de préparation, nous percevons l'approche, l'organisation et l'idéo­logie motrices de ce congrès comme une tentative de retour vers un passé révolu; cela nous inquiète. Non pas qu'il faille rejeter le rite eucharistique tradi­tionnel cherchant à mettre en scène les signes d'une présence « réelle », mais il importe de prendre cons­cience qu'une certaine théologie et une pratique de l'eucharistie trop centrée sur l'adoration ne rejoint plus le « croyable disponible actuel », selon la belle expression de Paul Ricoeur. Nous pensons plutôt que l'intelligence chrétienne d'aujourd'hui exige une reprise des sources profondes de ce moment fon­dateur du christianisme, de leur originalité pour le temps présent, d'une traduction contemporaine de leurs effets sur la vie quotidienne d'hommes, de fem­mes et d'enfants en chair et en os.

    il y a trop de souffrances injustes, trop de morts, de déchirures, d'eXploitations dans le monde d'aujourd'hui pour que le geste de partager le pain et la coupe en mémoire de Lui laisse une place exa­gérée au mouvement intimiste d'adoration divine promu dans les textes préparatoires du congrès. Car si l'eucharistie comporte un appel personnel d'ouver­ture à la transcendance, elle est aussi la remémora­tion d'un homme qui vécut une telle implication sociale dans son milieu qu'il en fut dévoré vivant. Comme on le dit d'une personne sur qui reposent des attentes humainement démesurées et qui entend les réaliser jusqu'au bout, au risque de sa vie, pour que l'espérance, elle, ne meurt pas.

    C'est cette mémoire subversive d'un soir de re­pas partagé sans exclusion que nous voulons retrou­ver. Elle constitue la base révolutionnaire du chris­tianisme auquel nous adhérons. Ce Jésus qui convie encore et toujours à la table eucharistique a dansé, ri et bu aux noces de Cana ; il a invité à sa table les prostituées et les délinquants croisés sur sa route; il n'a pas hésité à donner un coup de main aux pê­cheurs harassés par un métier dur mais indispensa­ble à la nourriture de leur famille; il est allé jusqu'à accepter de partager le pain avec celui qui allait le trahir. Ce Mémorial a besoin d'être réactualisé, revu, complété à partir de perspectives modernes et de la foi que chacune et chacun porte en soi. C'est à cet effort que nous désirons collaborer honnêtement et librement.

     

    Le conseil d'administration du Centre culturel chrétien de Montréal

    Lise Baroni Dansereau et Guy Lapointe

    La suite À LA RECHERCHE DES FORCES VIVES DE LA FOI -13


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  • (doc. 13)

    À LA RECHERCHE DES FORCES VIVES DE LA FOI

    Le Réseau Culture et Foi

     Le Réseau Culture et Foi existe depuis 1995. Il ~ fut fondé par un groupe de croyants franco­phones du Québec et de « l'Outaouais des deux ri­ves», en très grande majorité des laïcs, malheureux de voir les promesses de renouveau suscitées par le Concile Vatican II devenir de plus en plus évanes­centes. L'aggiornamento que voulait Jean XXIII pour que l'Église établisse un réel dialogue avec le monde moderne, leur semblait totalement négligé sous Jean-Paul II.

    En croyants laïcs responsables, les membres du Réseau voulaient - et veulent toujours - travailler à construire ce dialogue à partir d'une réflexion criti­que approfondie tant sur l'Église que sur la modernité. Ils partagent une double conviction. D'un côté que l'évangile est essentiellement un message libé­rateur qui appelle à sortir de ce qui opprime, de ce qui empêche de vivre au sens fort dévoilé par Jésus. Du même mouvement, ce message appelle à faire vivre ceux qui sont opprimés autour de nous. Et les oppressions sont multiformes, venant aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur.

    Cette première conviction, dynamisante, s'accom­pagne d'une deuxième, douloureuse pour des croyants: l'Église d'aujourd'hui, pour être fidèle au message évangélique, a besoin de réformes radica­les. Au fil des siècles, elle a développé des structures oppressives, centralisatrices à l'extrême, protectri­ces de son pouvoir, des structures empêtrées dans le conservatisme des traditions multiples. Et la hié­rarchie semble incapable d'en faire une évaluation critique, comme elle semble incapable d'un réel dia­logue avec le monde contemporain.

    Là vient s'insérer le projet ambitieux du Réseau Culture et Foi. La réforme doit venir de la base et rayonner discrètement peu à peu. Pour cela, le Ré­seau réunit des croyants qui partagent ces mêmes convictions, pour qu'ils se confortent et s'éclairent mutuellement. Le but ultime est de rendre le mes­sage évangélique interpellant pour notre monde con­temporain. Ce qui veut dire un double travail criti­que : au niveau de la communauté chrétienne elle­ même et au niveau des valeurs que développent nos sociétés. « Critique» au sens d'un effort de discer­nement entre forces de vie et forces de mort.

    Depuis les années 1995, le Réseau n'a pas réussi à construire la ramification de petites équipes à tra­vers la province dont il rêvait à l'origine. Le noyau fort de ses membres vient de Montréal et de la Montérégie, avec de fidèles adhérents, des sympa­thisants disséminés dans le Québec et bien au-delà, grâce surtout à l'internet. Notons qu'au fil des an­nées plusieurs religieux et religieuses ont apporté un grand support au Réseau, partageant ce désir d'une Église plus proche de l'évangile, soucieuse d'inclure plutôt que d'exclure, préoccupée enfin de voir se réaliser l'égalité hommes / femmes jusque dans ses propres structures.

    L'essentiel de nos activités fut de mettre, année après année, membres et sympathisants en contact avec des biblistes, des théologiens, des liturgistes, des sociologues religieux qui nourrirent notre ré­flexion sur l'Église et la modernité, qui permirent d'amorcer le dialogue que nous recherchions. Dia­logue avec les jeunes croyants d'aujourd'hui (mai 2002), dialogue avec d'autres groupes qui cherchent un renouveau dans l'Église (mai 2004), dialogue avec des chercheurs particulièrement ouverts à la moder­nité (avril 2005), dialogue avec l'islam et le judaïsme (mai 2007).La liste est longue de ces rencontres et colloques depuis 13 ans. En a témoigné le Bulletin qui paraît quelque trois fois par année. Et depuis les années 2000, il y a le site Internet qui donne parole aux forces de renouveau en Église actives non seu­lement au Québec, mais à l'échelle internationale. Si le Réseau n'est pas engagé dans des projets sociaux déterminés, ce travail de ressourcement nourrit, motive les engagements concrets de ses membres sur des terrains multiples.

    Dans le contexte du prochain Congrès eucharis­tique de Québec, rappelons que le Réseau Culture et Foi prend la tradition eucharistique très au sé­rieux. Dès novembre 2005, il organisait un premier colloque avec l'interrogation suivante: « L'eucharis­tie fait la communauté des croyants: inflation ver­bale ou réalité profonde ? » En juin 2006, il récidi­vait pour approfondir une dimension de l'eucharis­tie qui lui semblait essentielle: « De l'eucharistie à l'engagement. » Et cette année il revenait à la charge avec un titre provocateur qui traduit nos inquiétu­des : « Le Congrès eucharistique de Québec, pour ou contre ? »

    Voici comment nous exprimions notre problé­matique : « Dans nos colloques de 2005 et 2006, l'ac­cent fut mis avec force sur la célébration eucharisti­que comme mémorial du dernier repas de Jésus avec ses disciples. Le pain et le vin y sont les signes de son corps et de son sang, les signes de sa vie et de sa mort entièrement au service des hommes et des fem­mes, pour que s'accomplisse le projet libérateur de Dieu. Vie et mort ratifiées par la résurrection.

    « L'eucharistie, dans cette perspective, est essen­tiellement célébration communautaire d'un engage­ment, celui de Jésus. Et du même coup, elle est invi­tation radicale à la communauté de reproduire le même engagement, éclairée, renforcée par son Es­prit.

    « Est -ce que le Congrès eucharistique mettra les accents aux mêmes endroits ? Plutôt que de célé­brer l'eucharistie comme expérience d'une commu­nauté vivante qui se laisse interpeller au sein d'un repas par le rappel des engagements concrets de son Seigneur, le toujours Vivant, va-t-on surtout célé­brer Jésus dans le tabernacle ou l'ostensoir, en insis­tant sur la relation personnelle, sur l'adoration ?

    « Au lieu de mettre en relief les implications de la communauté entière dans le mémorial du dernier repas, veut-on surtout réaffirmer, à grands coûts, la structure pyramidale d'une Église où la masse des évêques et des prêtres en soumission totale au Pape est fortement valorisée par rapport au commun des fidèles?

    « Quels avantages pastoraux l'Église du Québec peut-elle attendre d'un pareil événement? Quels progrès dans l'annonce de la Bonne Nouvelle?» Signalons, pour terminer, notre participation au blogue Une table eucharistique ouverte et signifiante. Signalons de même le volumineux dossier Eucharistie sur le site du Réseau Culture et Foi (qui contient, entre autres, les textes des trois colloques). La démarche est toujours identique: s'efforcer de discerner entre des dérives qui exaltent l'imaginaire, qui renforcent le pouvoir ecclésiastique mâle, et ce que nous pensons être le vrai niveau d'interpella­tion et de conversion: entrer dans le Mémorial pour approfondir et renouveler nos engagements de li­bération ...

    Claude Giasson


    La suite L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE L'INCLUSION -14


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  • (doc. 14)

    L'EUCHARISTIE, SACREMENT DE L'INCLUSION

    Le Comité de pastorale sociale Granby et région

     

    Le Congrès eucharistique international qui se déroulera en juin 2008 constitue, sans nul doute, une opportunité pour s'interroger sur le mé­morial eucharistique à l'heure de la mondialisation capitaliste. Celle-ci exclut la majorité de l'humanité tant dans les pays du Nord que du Sud. En plus, cette nouvelle phase du capitalisme compromet, par la dégradation accélérée des conditions socio-éco­logiques de base, le devenir des générations futures.

    Ces problématiques interpellent vivement le mémorial eucharistique. Il convient de rappeler qu'une certaine compréhension théologique de l'eucharistie, dite sacrificielle, sanctionne des formes d'intolérance envers nombre de groupes. En effet, certaines catégories de personnes ne correspondent pas aux principes officiels comme les femmes ex­clues de la présidence eucharistique, les personnes divorcées réengagées ou des couples homosexuels. Ces personnes ne peuvent pas participer pleinement au mémorial eucharistique. Au-delà de ces enjeux, cette compréhension sacrificielle consacre la dyna­mique d'exclusion - celle du néolibéralisme - et fait disparaître la dimension critique du mémorial eucha­ristique.

    En d'autres termes, si des chrétiennes et chré­tiens reconnaissent la liturgie eucharistique comme une voie traduisant et célébrant leur foi, force est de constater, malheureusement, que certaines cérémo­nies peuvent s'avérer réellement« athées ». Surtout si ces dernières, par un sentimentalisme religieux, enferment les gens dans un rapport aliénant au monde qui les détourne des défis d'aujourd'hui. Par conséquent, cette conception sacrificielle renforce, par le biais d'une compréhension déshumanisante de la religion, les principes promus par le système capitaliste qui sape alors une alternative humaniste et écologique fondée sur la justice socio-écologique et la recherche du bien commun. Dans cette opti­que, l'affirmation bien connue «la religion est l'opium du peuple» apparaît totalement justifiée. En dépit de ses dérives, il faut souligner que le mémorial eucharistique s'inscrit avant tout dans la mémoire de la pratique prophétique et subversive de Jésus de Nazareth. Celle-ci se caractérise par la tolérance et l'ouverture comme le souligne très jus­tement le théologien Jean-Luc Hétu :

    D'une part, Jésus ne tolère pas l'intolérance qui structure la société de son temps et qui dépouille les minorités de tout pouvoir, et d'autre part les autorités ne tolèrent pas sa liberté. Jésus, en effet, relativise toutes les normes. A cet égard, ( .. ) Jésus remettait ouvertement en question (sa sociéte) par son attitude d'accueil à l'endroit des minorités sociales de son temps: malades, Pécheurs, enfants, étran­gers, femmes. 1

    Autrement dit, le mémorial eucharistique, du moins dans les récits évangéliques, s'enracine néces­sairement dans un devenir communautaire, égalitaire, solidaire et pluriel. Il s'agit de la perspective adoptée par le Comité de pastorale sociale Granlry et région préoc­cupé de porter au cœur des communautés chrétien­nes locales les enjeux socio-écologiques et l'impor­tance de se solidariser avec les forces créatrices de vie intervenant dans les divers milieux sociaux de notre région.

    Une telle relativisation des normes sociales et religieuses s'observe dans le mémorial eucharistique, entre autres, sur le plan économique. La liturgie eucharistique comporte une dimension économique indéniable comme l'atteste l'introduction à l'offrande du pain: «fruit de la terre et du travail des hommes (sic)) et du vin: «fruit de la vigne et du travail des hommes (sic)). La prière eucharistique situe l'activité écono­mique dans la reconnaissance de l'inscription de l'être humain au cœur de sa planète. Ce rapport ne ravale pas la Terre à un ensemble de ressources matériel­les, mais comme un réseau complexe dans lequel se déploie la vie.

    En ce sens, le mémorial eucharistique n'avalise aucunement la logique de rentabilité, de performance ou de compétitivité, mais entérine plutôt celle du don/ contre-don. La liturgie eucharistique elle-même implique que la richesse ne résulte pas de l'accumu­lation comme l'allègue le néolibéralisme, mais pro­vient nécessairement du partage où toutes et tous obtiennent selon leurs besoins. Autrement dit, le partage entre les membres de la communauté, en particulier avec les plus pauvres, génèrent des sur­plus comme le laisse entendre les deux récits sym­boliques de la multiplication des pains (Mc 6,30-43; 8,1-10).

    Le mémorial eucharistique s'oppose donc avec force au courant de pensée valorisant le développe­ment d'une société qui permet aux plus forts d'im­poser leur volonté aux plus faibles et aux minorités. Pour être signifiante au cœur des enjeux actuels, la célébration eucharistique devrait insister davantage sur l'idéal bien concret du partage démocratique des biens, du savoir et du pouvoir particulièrement avec les perdantes et perdants de l'Histoire. Ce n'est qu'à cette condition incontournable que le mémorial eucharistique pourra prétendre à une quelconque pertinence tant pour la société que pour l'Église contemporaines.

    En conclusion, rappelons que toutes les person­nes sont invitées à participer librement au mémorial eucharistique. L'unique condition pour y prendre part réside dans la reconnaissance que tous les autres aussi sont y sont également convié-e-s. L'eucharis­tie incite à construire une communauté humaine inclusive et à espérer activement en l'avenir comme le rappellent à juste titre Raymond Lemieux et Jac­ques Racine :

    L'avenir à construire auquel convoque le mémorial eucha­ristique célébré localement, dans une culture donnée, est celui de la communauté humaine à faire, d'une société sans cesse en voie d'humanisation, à partir des sujets eux-mê­mes en devenir. Cette convocation à l'acte ouvre à un projet jamais terminé, pour lequel l'accueil de la différence et des multiples fragilités humaines est la condition d'un authentique vivre-ensemble.2

    Patrice Perreault

    Au nom du Comité de pastorale sociale Granby et Région

    1. Jean-Luc Hétu, P.rychologie de l'expérience intérieure, Montréal, Éditions du Méridien, 1983, p. 76.

    2. Raymond Lemieux et Jacques Racine, « Une identité ouverte », Relations, 722, (Février 2008), p. 23.

     

    Présentation du Comité de pastorale sociale Granby et région (CPS-GR)

    Depuis 18 ans le Comité de pastorale sociale Granby et région (CPS-­GR) se veut solidaire d'actions, de projets et d'organismes sociaux qui proposent une alternative à l'injustice, l'appauvrissement et la détérioration écologique. TI offre aux adultes du milieu social et ecclésial de la région de Granby des activités de ressourcement et d'analyse sociale afin de mieux comprendre les injustices, les réalités sociales, culturelles et politiques du monde d'aujourd'hui, en particulier celles vécues

    La suite FAIRE ÉGLISE AUTREMENT -15


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