• François d'Assise en temps de guerre

     Toujours la guerre

    Depuis que le monde est monde, l’humanité part en guerre pour des questions de territoires et de frontières, de ressources naturelles à exploiter, de régimes politiques à supplanter, de religions à protéger… Il y a toujours eu des guerres, comme Jésus affirme qu’il y aura toujours des pauvres parmi nous. Ce triste constat repose sur notre difficulté à nous rencontrer, à nous entendre pour le bien commun et l’harmonie entre les personnes. Depuis 2017, la liste des conflits armés s’alourdit non seulement entre États, mais entre différents groupes organisés et partisans religieux : la Syrie, l’Irak, la Turquie, le Yémen, le Sahel, le bassin du Tchad, la République Démocratique du Congo, le Soudan du Sud, l’Afghanistan et la Birmanie pour ne nommer que ces endroits où le sang coule encore. Avec pour conséquence tragique que des populations entières s’exilent pour vivre en sécurité. Les guerres sont le plus grand péché de l’homme.

    François d’Assise, un homme de son temps

    François n’est pas pacificateur à sa naissance. Il baigne dans une société qui se bat contre les alliés de la papauté ou des grands empires. C’est l’époque d’émergence des Communes qui s’affranchissent de l’autorité seigneuriale et revendiquent de nouveaux liens de gouvernance. Sa ville natale d’Assise entre dans la foulée de ce mouvement. Elle s’oppose à Pérouse, sa voisine sous le joug du pape; elle se bat aussi contre l’empire germanique dont le pouvoir se trouve symbolisé par le château qui surplombe la ville. Assise sera frappée d’excommunication pendant dix ans à cause de ces démêlés politiques. François pactise donc avec une forme de révolte violente pour protéger sa ville et les siens. Il se bat, est fait prisonnier. L’écrivain Julien Green avance même qu’il a peut-être blessé et tué certains compatriotes dans ces démêlés. Il veut militer comme chevalier en participant à l’expédition de Gauthier de Brienne dans les Pouilles. Sa jeunesse est jalonnée de conflits et de montées aux barricades. Plus tard il se lance dans la cause de la Croisade, quand il part franchir les lignes ennemies pour convertir le Sultan d’Égypte. Mais déjà son approche combative change. Petit à petit, il dépasse la violence des armes et découvre la conciliation dans la rencontre. De militant convaincu, il devient faiseur de paix.  

    L’instinct de guerre renversé

    Il n’y pas que le belliqueux en lui. Au début de sa conversion, son lien avec les lépreux va le transformer. L’ennemi qu’est le lépreux, le pestiféré que la société ostracise, il le fréquente, le sert et le soigne. Son biographe dit : il leur fit miséricorde, l’équivalent d’un travail d’assistance sociale. Sa vision de l’autre menaçant change dès qu’il descend sur son terrain. Par la suite, les sympathisants qu’il regroupe en fraternité lui dévoilent une autre manière de réconcilier les écarts sociaux. Autour de lui, arrivent un juriste, un chevalier riche, un pauvre prêtre, un fermier mystique, un fou sympathique, un poète original, un troubadour, un clerc, etc., un mélange des disparités sociales. François faiseur de paix revendique le nouveau terrain évangélique missionnaire des frères : non seulement les pauvres et les itinérants le long de la route, mais aussi le cortège des grands de ce monde et des petits laissés-pour-compte. Il suffit de relire sa fréquentation de toutes les catégories sociales sur sa route. Visiter l’autre sur son terrain devient un outil pour la paix. Toute présence fraternelle désarmée fait tomber peurs et préjugés, en engage de nouveaux rapports. La manière de combattre la guerre passe par les yeux du cœur.

    Comme ses compatriotes et comme tout humain, François porte en lui une semence de violence, de combativité. Mais sa présence d’amitié, sans conquête, le rapproche de l’autre. Lui et ses frères apprennent ce que signifie tendre l’autre joue : c’est la nécessité de faire mourir en soi la violence de l’autre. Comme Gandhi découvre plus tard que des protestataires jonchés par terre paralysent

    François d'Assise en temps de guerre

    l’armée et ses chevaux. C’est la force de la non-violence active. L’exemple le plus frappant chez François est l’épisode légendaire du loup de Gubbio. François se rend affronter le loup ennemi en dehors de la ville, sur son terrain. Il lui tend la main, risque une parole confiante pour dénoncer le mal fait; ensuite, il propose au loup une alliance avec les gens. Le conflit s’éteint grâce à son approche et au geste de réconciliation. François déjoue ainsi tout instinct de guerre. 

    Une mission en appel

    Les guerres comme la paix partent de l’intérieur. Les gestes pour se battre ou s’entendre sortent du cœur humain. Que la guerre ou la paix soient une pratique, une idéologie, une valeur inévitable, il faut l’étincelle qui déclenche le comportement. Nous avons en nous l’instinct pour nous battre et nous défendre. Pour les plus forts, c’est la capacité de donner des coups ou d’asséner des paroles qui jugent, tuent, jettent à terre. Mais nous avons aussi en nous l’instinct de solidarité qui vient au secours et accompagne. On peut vivre la guerre ou faire la paix comme une mission. La vie et les circonstances nous amènent à choisir : assujettir ou libérer. Comment choisir? Faire la paix reste une tâche missionnaire au sens fort d’être envoyé pour créer des liens d’entente et de relèvement. Voilà le sens de la paix biblique : elle est plus que l’absence de conflits, mais la responsabilité d’atteindre l’autre avec confiance et authenticité. Ce sont les premiers mots de Jésus au matin Pâques : « La paix soit avec vous! » Comprenons : « N’aie pas peur, c’est moi! », ou encore « Sois toi-même, authentique devant moi! »           

    En temps de guerre, l’urgence de la paix

    François grandit sur un fond de conflits jusqu’à sa mort : d’abord en lui, dans sa communauté, entre l’Église et la société, et dans ces régions où les frères partent missionner. Il finit même par inscrire le pardon comme motif de louange dans son Cantique de Frère Soleil, suite à un différend entre les autorités de sa ville. Notre humanité chemine dans l’urgence d’inventer l’entente, la sécurité, le bien des individus et des collectivités. Mais la paix reste en chantier partout dans un monde qui engendre la guerre. Notre route évangélique est missionnaire, établie sur des liens de paix. Elle repose sur la rencontre des différences, surtout en temps de conflits. Ce qui nous met en route est l’élan de notre présence fraternelle « en son Nom ».                    

    Pierre Brunette, OFM  

    source  Revue des Missions des Franciscains, Vol. 98, no. 1, Printemps 2020.

    si vous désirez lire l'ensemble de la Revue: https://missionsfranciscains.blogspot.com/

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  • Commentaires

    1
    coeur léger
    Samedi 21 Mars à 16:19

    Bonjour Pierre merci de nous rappeler que la paix Sa Paix jaillit de notre coeur. Je Lui dis mon OUI à le laisser transformer mes élans de guerre ou conflit en tendresse fraternelle. Paix et Joie Madeleine

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