• Histoire de l’OFS et de sa Règle (10)

    Histoire de l’OFS et de sa Règle

    La “novitas” francIscaInE. La trilogie franciscaine.

    Magistère des Papes sur l’OFS 

     

    Benedetto Lino, OFS

     

     

    Le “monde moderne”


    Les conditions politiques de 1700 et de 1800 (suppression des Ordres religieux et du Tiers Ordre – Empire austro-hongrois, France, Italie etc.) et aussi religieuses (protestantisme) eurent un certain poids dans le déclin Tiers Ordre.

     

    Cette période est marquée par une vision du monde qui a tendance à se passer de Dieu et qui se meut rapidement vers une sécularisation de la société et des structures sociales et politiques. C’est l’époque des grands bouleversements sociaux et politiques : Révolution industrielle (1760-1830 et années suivantes), Révolution française (1789), Révolution d’octobre (Russie – 1917).

    Il est triste et inquiétant de constater comment la société civile cherche à réaliser, sans l’Eglise, les valeurs, telle la dignité de l’homme l’égalité, la justice sociale, la liberté etc., dont le Christianisme avait été le porteur et le paladin. Mais d’autre part, l’Eglise n’arrive pas à comprendre pleinement où le monde est en train d’aller et se met dans une position antagoniste et de contraste, au lieu de se mettre dans une condition de compréhension et de dialogue.

    D’un coté le monde repousse de plus en plus l’Eglise, de l’autre, malheureusement, l’Eglise semble repousser le monde.

     

    Le thème est complexe et certainement une certaine Eglise n’est pas exempte d’erreurs et doit s’assumer elle aussi sa part de responsabilité de ce rejet de la société.

    L’Eglise n’a initialement pas bien réagi. Après la chute du pouvoir temporel (1870), l’Eglise s’enferme dans une condamnation absolue de la pensée moderne. Nous devons attendre Leone XIII (1878-1903) pour avoir un changement de route qui, chemin faisant et parsemée d’obstacles, deviendra de plus en plus fécond pour atteindre une synthèse pleine avec le Concile Vatican II.

     

    (tiré de “Universale Salute” di M. Bigi, OFS et modifié)

     

    “Le premier signal concret d’aversion du monde moderne envers l’Eglise, furent les suppressions ecclésiastiques mises en acte par le “despotisme illuminé” des princes, dans la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Même le Tiers Ordre fut impliqué dans la mesure où ce dernier était intimement lié au Premier : un décret de l’impératrice Marie Thérèse d’Autriche (15.VI.1776), qui eut aussi des effets bien au delà des frontières de l’Empire, interdit d’admettre de nouveaux membres, et pendant l’Empire de Joseph II, le 23 septembre 1782 le TOF fut supprimé ; dans tous les Etats où les maisons régnantes, étaient politiquement liées à l’Autriche, il en advint de même : en Espagne et au Portugal et, pour l’Italie, en Lombardie, dans les duchés de Modène et de Reggio, de Parme et de Piacenza, dans le grand duché de Toscane, dans le Royaume de Naples.

    En France les mesures furent encore plus radicales après la Révolution (1789-1799) et à l’époque napoléonienne (1804-1814) ; également dans ce cas, considérant la dimension européenne des événements, les effets de rechutes se répercutèrent au-delà des frontières françaises. La constitution civile du clergé (1790) mit en acte également en France le suppressions et le séquestre des biens ecclésiastiques et n’épargna pas les fraternités séculières qui furent, dans la plupart des cas, dispersées ; dans la phase aiguë de la Terreur (1792-1794), parmi les victimes de la révolution nous trouvons quelques tertiaires séculiers et réguliers : Nicola Pick, "recteur" de la fraternité de Strasbourg, arrêté et condamné à soixante-dix-neuf ans ; Severino Girault (TOR), massacré le 2 septembre 1792 et béatifié en 1926 ;Rosa Jessée, tertiaire et sœur du provincial des mineurs, guillotinée à Cambrai ; à Nantes parmi les noyés dans la Loire, on compte quelques tertiaires qualifiés comme tels dans les listes des condamnés à mort.

    En France les tertiaires se retirent dans la clandestinité ; en Espagne au contraire, et pour certains aspects en Italie aussi, les fraternités ont trouvé une façon pour se construire en sociétés privées, après que les suppressions les avaient effacées comme personnalité juridique devant l’Etat.

     

    Dans tous les cas, il est important de souligner comment les tertiaires, bien que privés de l’assistance des frères religieux, qui avaient été expulsés par les différents gouvernements, font preuve d’une extraordinaire vitalité en résistant aussi pendant des siècles d’isolement et en menant une vie exemplaire dans l’accomplissement des œuvres de religion et de charité. Nous en avons encore aujourd’hui des témoignages directs (Chine et Europe de l’Est).

     

    Les choses commencent à changer vers la fin du 19ème siècle.

    En effet, les frères de chaque famille, dès qu’ils purent se relever après les renversements causés par les suppressions, se donnèrent du mal pour remettre sur pied le Tiers Ordre. Cela ne se produisit cependant pas par hasard. Dans cet intérêt pour le Tiers Ordre ont eu un rôle essentiel, d’un côté, le désir des religieux à contribuer à la reconstruction d’un tissu chrétien dans la société (rôle essentiel de l’OFS), de l’autre, et de façon décisive, le grand encouragement du Pape Pie IX (1846-1878), le premier d’une série ininterrompue de bien 7 papes Franciscains séculiers.

    Voilà ce qu’affirmait notre confrère Pape : “Propagez, propagez le Tiers Ordre. Vous n’avez pas idée du bien qu’il est destiné à produire”.

     

    Dès ce moment, le Siège Apostolique assume un rôle essentiel et prophétique, dans la redécouverte de la nature, de la mission et du charisme de l’Ordre Franciscain Séculier.

     

    L’expression qui parle d’un “retour de saint François” dans les premières années du 19ème siècle est peut-être excessive dans la forme, mais juste dans la substance, expression qui se consolidera et s’accentuera ensuite au cours du siècle.

    Nous pouvons certainement considérer un symbole de ce retour le fait d’avoir retrouvé la tombe du Saint (12/11/1818) ; nous pouvons ainsi rappeler la recomposition et la réorganisation des différentes familles du Premier et du Deuxième Ordre après la dispersion de l’époque révolutionnaire et napoléonienne, et le réveil de l’intérêt historique culturel autour du franciscanisme, qui met en évidence les premières et illustres figures d’experts de choses franciscaines : Nicolò Papini, Goerres, Ozanam et, en particulier Sabatier.

     

    Mais le véritable retour est celui qui naît de la reconnaissance de la nouveauté et du caractère essentiel de l’expérience évangélique de François, de sa valeur pour l’époque moderne, et du besoin senti d’en renouveler, d’une certaine façon, l’esprit de minorité, de fraternité et de réconciliation.

    La prière formulée par le pape Pie IX, le 8 mai 1857, devant la tombe de saint François, exprime bien ce retour, en demandant au Saint de “vouloir intercéder pour le monde dans cette époque si oublieuse des thèmes surnaturels et perdue derrière la matière” ; et il ajoutait : “Votre exemple a déjà réussi à d’autres époques à secouer les hommes, et en suscitant en eux de plus nobles et sublimes pensées, il a produit un bouleversement, un renouvellement, une vraie réforme”.

     

    Le réveil et la réorganisation de l’OFS dans la première moitié du XIX° siècle s’insère dans ce plus vaste horizon de reprise du mouvement Franciscain.

     

    En France, ce dernier suit dans un premier moment les implantations renouvelées des religieux du Premier Ordre surtout dans les villes ; il s’élargit ensuite dans les campagnes, mais aussi dans les paroisses érigées par le clergé diocésain.

    Il faut sans aucun doute rappeler aussi saint Jean Marie Vianney, curé d’Ars (†1859), tertiaire Franciscain et soutien de la fraternité qu’il avait voulue dans sa paroisse.

    La situation est plus discontinue pour l’Italie et pour l’Allemagne; dans le premier, les nouvelles lois de suppression, promulguées après l’unité nationale (1865), dispersèrent encore une fois les corporations religieuses; dans le second, le  Kulturkampf voulu par le chancelier Bismark eut un effet analogue (1872-1875).

    La reprise de l’OFS connut une nouvelle interruption et il nous faudra attendre les quinze dernières années du siècle, après la réforme de Leone XIII, pour trouver des importants témoignages de la renaissance de nombreuses fraternités et de la fondation de nouvelles fraternités.

     

    Vers la moitié du siècle, Pie IX inaugure la série interrompue de sept papes dont est documentée l’appartenance au Tiers Ordre Franciscain.

    Des documents de son magistère sur l’OFS insistent sur l’intensification de la vie religieuse et sur la nécessité d’en donner un témoignage; ceci est sur la même longueur d’onde avec la position que son pontificat (avec lequel se clôt une période de l’histoire de la papauté et avec lequel s’ouvre une nouvelle période) qui assume de plus en plus, au fur et à mesure que les vicissitudes historiques – entre autres la fin du pouvoir temporel – font apparaître plus improbable l’appui à l’Eglise des soi-disant gouvernements catholiques, alors que l’exigence de consolider de réordonner les forces du catholicisme apparaît au contraire de plus en plus urgent.

    Un pontificat, en somme, qui commence avec des connexions précises avec les événements politiques de l’époque et qui se conclut avec une forte accentuation des valeurs les plus spécifiquement religieuses, un pontificat au cours duquel la fraternité Séculière acquiert presque partout vigueur et confiance et pose les bases pour le renouvellement et le refleurissement de l’époque léonine qui suit.”

    (Ici se conclut ce que M. Bigi a librement traité, L’universale Salute).

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