• Histoire de l’OFS et de sa Règle (5)

    Histoire de l’OFS et de sa Règle

    La “novitas” francIscaInE. La trilogie franciscaine.

    Magistère des Papes sur l’OFS 

         Benedetto Lino, OFS


     

    La Règle de l’Ordre des Pénitents Franciscains

     

    François, comme nous l’avons déjà dit, n’avait aucune intention de devenir fondateur d’Ordres. Il était à la recherche de Dieu désireux s’en remettre  entièrement à Lui pour le servir et le louer.

    François n’était pas un canoniste et sa première idée n’a sans doute pas été de définir canoniquement des Ordres. Il est toutefois respectueux et il se laisse guider, tout en maintenant rigoureusement ses points fermes essentiels.

    Sa principale préoccupation, dans tous les cas, est de vivre l’Evangile et non pas tant de codifier des règles. L’expérience religieuse avant tout. Les règles viendront ensuite et elles seront le résultat d’une expérience de vie vécue et l’instrument nécessaire pour régler la vie de beaucoup de personnes qui ne seront pas toujours enflammées par la même chaleur de François a expérimenté dans sa vie.

     

    Comme nous l’avons déjà dit, en dernière analyse, S. François a donné à ses trois Ordres seulement une Règle : une observation plus parfaite de l’Evangile, selon leur condition de vie. L’engagement d’une conversion permanente à l’Evangile (facere poenitentiam) doit donc pénétrer la vie des trois Ordres, pour s’acquitter du mandat apostolique (praedicare poenitentiam).

    François, comme le fit le Premier Ordre, a voulu dresser pour ses pénitents un document imprégné d’Evangile avec de simples mots. N’oublions pas que François a fait la même chose lorsqu’il s’est rendu avec un projet de vie pour ses frères chez le Pape Innocent III et de cette Règle nous avons absolument aucun exemplaire ni aucun document relatif. Et toutefois l’approbation d’ Innocent III de cette forme vitae et le mandat de prêcher la pénitence n’a pas du tout été mis en question !

    P. Canonici commente : «La fondation même du Premier et du Deuxième Ordre eut besoin d’interventions externes : les papes, les cardinaux protecteurs etc. c’est intervention fut encore plus nécessaire  pour l’œuvre si ample et si compliquée d’ un “troisième Ordre” qui embrasse les hommes et les femme de tout age, les conditions, les milieux» (L. Canonici Il TOF, 1967)

     

    Les experts sont désormais d’accord et affirment que la 1ère Lettre aux fidèles (Recensio Prior) que nous connaissons est la Première Règle. Cette dernière contient les recommandations de François à ceux qui veulent l’accompagner sur le chemin de la Conversion permanente.

    Elle contient les trois 5 éléments fondamentaux pour une vrai vie pénitentielle consacrée au Seigneur.

    • Aimer le Seigneur
    • Aimer son prochain
    • Détester ce qui s’oppose à l’Esprit et les péchés
    • Recevoir le Corps du Seigneur
    • Porter de dignes fruits de di pénitence

     

    En réalité, aujourd’hui encore, il ne serait pas nécessaire d’en dire davantage pour incarner une vie authentique. La réalisation de cette simple forme de vie, nous garantit François (et nous pouvons lui faire confiances !), nous insère profondément dans la vie divine, dans la vie Trinitaire même et François nous le dit avec une extrême clarté, avec force et autorité :

     

    • L’Esprit du Seigneur reposera sur les pénitents et viendra habiter en eux
    • Nous sommes les fils du Père Céleste (Nous faisons la volonté du même Père)
    • Dans l’Esprit nous sommes unis à Jésus
    • Nous devenons les époux, les frères et les mères de Jésus.
    • Nous le portons dans le coeur et nous l’engendrons par l’intermédiaire des oeuvres saintes

     

    On ne pourrait avoir une union plus intime et profonde !

    En réalité il suffirait encore aujourd’hui de s’en tenir à ces recommandations qui sont plus que suffisantes pour être de parfaits Franciscains séculiers.

     

    Cette Règle est réellement notre PROTO RÈGLE.

     

    Je vous exhorte tous à prendre en main, fréquemment, ce texte inspiré qui a été de façon providentielle placé comme prologue de notre Règle actuelle. Là bat le coeur  de François et de la séquelle vraie et totale du Christ.

    Cette “Proto Règle” montre des ressemblances structurelles et thématiques importantes avec la Règle que François a donné à ses frères (cfr. Règle non Bullée, Chap. XXI et XXII) ce qui en atteste l’authenticité saint franciscaine et ses finalités bien précises de forme de vie.

    Le fait que ce texte admirable a été placé comme prologue de notre Règle actuelle pour souligner la continuité idéale et substantielle de la nouvelle Règle avec sa source originelle n’échappe à personne.

    Jamais un choix n’a été aussi approprié et, il concorde en réalité parfaitement avec l’intention exprimée par le Pape qui nous l’a donnée (Paul VI) comme lui même l’a affirmé dans la lettre apostolique d’approbation de la Règle : “De cette façon Nous, confiants que  la forme de vie prêchée par cet admirable Homme d'Assise recevra une  nouvelle impulsion et fleurira avec vigueur…” (Seraphicus patriarcha). La forme de vie à laquelle se réfère le Pape est celle prêchée par François même et qui doit trouver une nouvelle impulsion et un nouvel et vigoureux épanouissement aujourd’hui. C’est exactement ce que le Concile Vatican II demande de faire : retourner à la pureté des origines pour apporter le charisme de façon efficace dans le monde d’aujourd’hui.[1] 

     

    Le mouvement Franciscain de la Pénitence grandit et évidemment  la Proto Règle aussi évolue sur la base de l’expérience faite sur le terrain par François et par ses pénitents. François met à profit cette expérience et, plus ou moins vers 1221, se met à rédiger un Deuxième texte pour ses  pénitents, que l’on nomme improprement Lettre à tous les Fidèles (Deuxième rédaction).

    Dans ce texte on précise certaines choses qui sont le fruit d’une expérience vécue et qui concernent la charité, l’humilité, le service, la prière, le jeûne et les abstinences, la restitution des biens qui n’ont pas été correctement acquis, etc…

    Evidemment François se fixe comme objectif de maintenir le mouvement dans une pleine orthodoxie pour éviter d’éventuelles positions hérétiques  et mettre des points fermes quant aux abus qui s’étaient effectivement concrètement vérifiés.

    En outre, au fur et à mesure qu’on s’éloigne du début héroïque et que le nombre de pénitents augmente et devient par conséquent plus difficile à « contrôler », il est essentiel de codifier les points fermes nécessaires permettant une plus grande fidélité à l’Esprit original.

    Voilà l’exemple le meilleur sur comment devrait être une vraie Règle : le fruit d’une expérience religieuse concrète codifiée sur la base de la vie et non pas un  texte codifié sur la base de quelques suppositions théoriques sur lesquelles reposer sous un aspect purement juridique.

    La vie a la priorité sur la loi et la loi doit servie l’homme et non pas vice-versa.

     

    Le succès de la prédication et de l‘exemple de François provoquent un réveil généralisé du laïcat à vivre sa propre fois de façon plus intense, et ceux qui veulent adhérer aux lois de la pénitence augmentent de plus n plus au point de devenir  aussi une occasion de discorde entre les Ordres religieux, qui se les disputent.

    Il devient alors indispensable de donner une orientation précise à ces pénitents, de leur donner une Règle afin d’éviter que chacun en fasse à sa tête et que le mouvement n’échappe à tout contrôle.

    Le Cardinal Ugolin (futur Grégoire IX) se donne du mal et rédige (ou fait rédiger) une Règle, le Memoriale Propositi.

     

    Nous disposons de différentes rédactions de cette Règle et nous possédons  un texte de 1228, les historiens concordent toutefois et affirment que le Memoriale Propositi remonte à 1221.

     

    Il s’agit d’une loi-cadre ou code–base (Boni) de l’Ordre des Pénitents dans le sens général et de tous les Ordres pénitentiels qui s’y réfèrent, rédigé dans l’optique du Concile de Latran IV.

    Comme “loi-cadre”, le Memoriale Propositi prévoit bien entendu la possibilité de “personnaliser” certains aspects plus spécifiques et caractérisants des différents groupes pénitentiels ( MP 10, 7-8; 30 d’après certaines codifications et aussi 13,10). Donc, les pénitents de Saint François ont eu l’occasion de personnaliser pour soi le Memoriale Propositi et de l’adopter pour leurs fraternités.

     

    Le Memoriale Propositi n’a jamais été formellement approuvé par les souverains Pontifes, pour la simple raison que pendant longtemps, ni les papes ni les pénitents n’en ont vu la nécessité. Sa substance était constituée par les obligations pénitentielles déjà codifiées par le Maître Gratien (1140). Le caractère volontaire  de la Pénitence était désormais canoniquement reconnu depuis toujours.

    Ce qui ressaute, après une lecture attentive des deux documents (la Deuxième Lettre et le Memoriale Propositi), c’est le caractère exhortatif et de “forme de vie” du premier respect au caractère plus juridique du deuxième.

    La Proto Règle se caractérise pour ses contenus et ses références bibliques en contraposition avec le Memoriale propositi qui n’en a pratiquement aucun.

    Compte tenu de la rédaction presque contemporaine des deux documents,  François peut-être, dans le plus grand respect du Memoriale Propositi, pourrait avoir voulu donner une certaine continuité à ses recommandations et à sa forme de vie afin que ses pénitents restent pleinement fidèles à la spiritualité qu’il  inaugurée et personnellement incarnée.

    En effet, avec Fr. Robert Stewart OFM, je pense pouvoir soutenir que “le Memoriale exprime un chemin franciscain vers la pén

     

    itence dans la mesure où on le lit à la lumière et sous la loupe de la Deuxième Lettre aux pénitents, qui se base  sur une pénitence qui jaillit d’un expérience authentique et personnelle de Dieu, et qui conduit à un renoncement à sa propre vie, à l’humilité, à la simplicité, au service, et à l’amour du prochain.”

    Il est en effet évident comment la seule codification juridique fait dans ce cas perdre beaucoup de la “vision franciscaine” et de la “radicalité” de la conversion comprise saint-franciscainement.

     



    [1] Perfectae Charitatis 2: La rénovation adaptée de la vie religieuse comprend à la fois le retour continu aux sources de toute vie chrétienne ainsi qu’à l’inspiration originelle des instituts et, d’autre part, la correspondance de ceux-ci aux conditions nouvelles d’existence. Une telle rénovation doit s’accomplir, sous l’impulsion de l’Esprit Saint et la direction de l’Eglise …

     

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