• Histoire de l’OFS et de sa Règle (7)

    Histoire de l’OFS et de sa Règle

    La “novitas” francIscaInE. La trilogie franciscaine.

    Magistère des Papes sur l’OFS 

         Benedetto Lino, OFS

     

     

    La fin de l’autonomie et le commencement de l’ “obedientialité”

     

    Nous arrivons, donc, à la bulle de Sixte IV, pape franciscain, appelée «Romani Pontificis Providentia». Elle détermine un tournant et un arrêt dans le développement de la vie des pénitents de saint François. Par elle, le Pape soumettait au régime des frères mineurs, tant observants que conventuels, les frères et les sœurs du Tiers-Ordre de saint François du monde entier!

    La lettre est adressée au frère Zanetto d’Udine, Ministre général, et à tous les ministres provinciaux de l’Ordre des Frères Mineurs, qui en avaient fait la requête.

    Par cette bulle, le Pape leur concédait “supériorité, pouvoir et autorité sur les ministres et les frères du tiers-ordre de la Pénitence avec interdiction faite aux ordinaires de s’ingérer dans les affaires des tertiaires.

     

    La bulle effaçait du coup les ambitions d’autonomie des pénitents, et rendait vaine leur défense pluriséculaire depuis le chapitre de Bologne. Au contraire, se réalisait le dessein de «supériorité, pouvoir et autorité» entretenu depuis toujours par les Frères Mineurs, bien que cela fût contraire aux origines, à l’histoire et à la nature de l’Ordre de la Pénitence et de l’Ordre des Frères Mineurs, et surtout contraire à la volonté de saint François, le père et le fondateur de l’un et de l’autre Ordre.

    Les rapports entre le premier et le troisième Ordre ont pratiquement été régis par cette bulle jusqu’à la Règle de Paul VI, qui, au bout de sept cents ans, réalise le rêve des Pénitents de Bologne.

    Soumis depuis cette bulle à «la supériorité, l’autorité et le pouvoir» des supérieurs des frères mineurs, tant conventuels qu’observants, et par la suite aussi des tertiaires réguliers et des capucins, les pénitents ont cessé d’être un sujet de droits et de devoirs, une personne morale dans l’Eglise, pour devenir un objet disputé par l’un ou l’autre des multiples prétendants” (G. Andreozzi, op. cit. p. 168)

     

    Avec Sixte IV s’achève une époque, celle d’une réelle autonomie de l’Ordre de la Pénitence, et s’en ouvre une autre, dans laquelle le nouveau nom de «Tiers-Ordre» indique entièrement sa signification d’accessoire, de dépendance, d’appendice du premier Ordre." (G. Andreozzi, op. cit. p. 181).

     

    Mais la mortification systématique de l’Ordre ne s’achève pas ici.

    En effet, peu de temps après avoir perdu leur autonomie avec Sixte IV, avec Léon X, suite au Concile de Latran (1512-1517), les tertiairesperdirent également leur qualité de «personnes religieuses» et de «personnes ecclésiastiques», avec les privilèges en relation.

    Tout ceci arriva malgré les fortes prises de position de Saint Jean de Capistran (+1456) qui, tout grand juriste qu’il fut, avait soutenu avec fermeté que l’ état des tertiaires était plus assimilable à l’état religieux, qu’à celui de “laïc” tout court. En définitive, les “tertiaires” étaient considérés en quelque sorte comme “des religieux au sens large”.

     

    Voyons ce que signifiaient du temps de Saint François les termes “religieux” et “personne ecclésiastique”:

     

    § Les religieux, à l’époque de François, étaient ceux qui assumaient dans leur vie un nouvel engagement religieux, en plus des obligations de leur baptême, et pas seulement ceux qui vivaient selon un regulare propositum (ermites, chanoines réguliers, moines et religieux apostoliques). Au temps de François, le caractère constitutif des «religieux» n’était donc pas dans les trois vœux classiques, mais dans la profession d’une règle donnée.

    § Les personnes ecclésiastiques, correspondaient aux personnes qui étaient soustraites au «pouvoir civil» et soumises directement au «pouvoir ecclésiastique».

     

    Les Franciscains Séculiers faisaient partie de ce groupe.

     

    Le nouveau printemps, qui grâce à François et à son ecclésiologie totale de communion avait d’une certaine manière redonné espace et dignité aux laïcs, était terminé et on entrait à fond dans une Eglise où la hiérarchie et les religieux au sens strict “s’identifiaient” avec l’Eglise; et les laïcs se retrouvaient à assumer un rôle de passivité absolue et de soumission.

     

    Evidemment, le problème ne se pose plus aujourd’hui où il est acquis que les franciscains séculiers sont séculiers et laïcs au sens plénier[1], qu’ils ont contracté un engagement “religieux” perpétuel de vie. Toutefois, à cette époque, cette dégradation n’avait pas de motivations ecclésiologiques explicites, elle était le fruit d’un compromis, essentiellement entre les évêques et les Frères Mineurs, avec le Pape comme “juge”.

    Aujourd’hui nous avons pleinement connaissance qu’être laïcs et séculiers est un élément constitutif et essentiel pour être vraiment ce que nous devons être, afin d’assumer pleinement le projet que Dieu a confié à François et à sa Famille religieuse.

     

     

    Le 16e siècle connaît les initiatives des pénitents pour réaffirmer leur propre autonomie, et des frères mineurs pour le réfuter coup sur coup. A la fin de ce siècle, la soumission complète des séculiers aux religieux est définitivement confirmée. Commence la période des «obédiences» qui durera jusqu’à la Règle de Paul VI en 1978 !

    Ce siècle peut être considéré comme “le siècle le plus problématique et le plus contraire aux Pénitents franciscains” (Matanic).



    [1] Exception faite des diacres et prêtres franciscains séculiers qui sont des séculiers mais non des laïcs puisqu’ils sont des ministres ordonnés

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