• Homélie du 32ème dimanche du temps ordinaire - 11 nov. 2012

    Homélie du 32ème dimanche du temps ordinaire

    Abbé Jean Compazieu

     

     
    Tout donner
     
     
    christ croix Textes bibliques : Lire
     
     
    En lisant ces textes bibliques, j’ai pensé à un conte du poète Tagore. C’est l’histoire d’un pauvre mendiant  qui rencontre le cortège rutilant du roi. En le voyant, il pense que c’est son jour de chance. Alors, il tend la main vers le char en or. A sa grande surprise, le roi lui demande : Qu’as-tu à me donner ? Le mendiant déçu cherche au fond de son sac quelques grains de blé et il en donne un au roi. A la fin de la journée, le mendiant fait ses comptes. Et dans ses pauvres grains, il en trouve un en or. Il se dit en pleurant qu’il aurait dû tout donner.

     

     
    Ce n’est qu’un conte. Mais il rejoint les textes bibliques de ce dimanche. Quand Dieu envoie le prophète Elie au désert, ce n’est pas pour convertir mais pour mendier. Et c’est à une pauvre veuve qu’il fait appel. Contrairement au mendiant de Tagore, elle donne tout le peu dont elle dispose. Et c’est avec ce peu que le Seigneur a réalisé de grandes choses. Sa farine et son huile ne s’épuisèrent pas. Pour nous chrétiens, cette veuve est le visage de la foi qui partage. Comme le dira plus tard l’apôtre saint Jacques : « Moi c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi. »
     
    L’Evangile insiste aussi sur la pauvreté des moyens que Dieu emploie : quand il prend la condition humaine, il fait tout à l’envers : il naît dans une étable, il fréquente les pécheurs ; il juge sévèrement ceux qui donnent beaucoup au temple pour se faire remarquer ; il vante les mérites d’une pauvre veuve qui n’a rien mais qui donne  tout. Ce qui est étonnant dans cet évangile, c’est la première place donnée aux petits, aux exclus, à ceux qui sont les derniers en ce monde. Par contre, il a des paroles très dures contre certains scribes qui ne cherchent qu’à être bien vus  sur les places publiques, dans les synagogues et les dîners. Ils dévorent les biens des veuves au lieu de leur venir en aide. C’était d’autant plus grave qu’elles étaient réduites à la misère. En agissant ainsi, ils trahissent leur fonction et ne peuvent servir de modèle.
     
    C’est aussi pour nous que cet évangile a été écrit et proclamé : Méfiez-vous de ceux qui cherchent les premières pages dans les journaux, les succès dans les sondages, les grands discours à la télévision. Cet orgueil n’est pas seulement le lot des scribes du temps de Jésus. Il nous menace tous plus ou moins. La tentation de rechercher les premières places est toujours bien présente. C’est toujours agréable de recevoir des éloges et d’attirer l’admiration des autres. Mais le plus important c’est le regard de Dieu. Il voit mieux que nous ce qu’il y a dans le cœur de chacun.
     
    Ce qui fait la valeur d’une vie c’est notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent. Georges Guynemer disait : « Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. » L’Evangile de ce jour met en avant une pauvre veuve qui dépose deux piécettes. Personne ne l’a remarquée. Mais sans le savoir, elle a attiré l’attention de Jésus. Il montre qu’elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. C’est à Dieu qu’elle donne tout. C’est en lui qu’elle met toute sa confiance. Cet évangile rejoint celui des béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur. » Ils sont proclamés heureux, non à cause de leur misère mais parce que le Royaume des cieux est à eux.
     
    Le Seigneur souhaite que nous soyons ainsi devant lui. Il nous recommande d’être comme des gens simples qui se méfient de l’hypocrisie, pas seulement celle des autres mais aussi la nôtre. Il attend de nous que nous donnions le meilleur de nous-mêmes pour celui qui vient à nous. C’est ainsi que Jésus a donné sa vie. Il prend la place du dernier des esclaves pour laver les pieds de ses disciples. Il leur ordonne de suivre son exemple. C’est important pour nous aujourd’hui. Nous ne pouvons pas nous contenter de belles paroles. Le Seigneur attend de nous que nous mettions notre vie en accord avec l’amour qui est en lui.
     
    Pour bien comprendre toute la portée de cet Evangile, nous nous tournons vers la croix du Christ. Nous comprenons alors qu’il a tout donné jusqu’au bout. Et il continue à se donner pour chacun de nous. La lettre aux hébreux nous rappelle que la Passion du Christ a changé l’histoire. En lui, tous les hommes sont sauvés. Cet évangile nous appelle donc à apprendre à vivre sous le regard de Dieu et non celui des hommes. Il nous provoque surtout à réviser le critère de notre générosité : Ce qui prime ce n’est pas la quantité de ce que nous donnons mais le dépouillement effectif de ce à quoi nous tenons le plus. En donnant, on a parfois l’impression de perdre, de se perdre. Donner c’est gagner pour la vie éternelle.
     
    En ce dimanche, le peuple de France commémore l’armistice. Devant le monument aux morts, nous penserons à tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre dans un pays libre. Nous n’oublions pas les victimes de toutes les guerres, des violences et des attentats. Nous penserons aussi aux familles endeuillées, aux enfants orphelins et à tous les grands blessés. Au cours de cette Eucharistie, nous nous tournons vers toi Seigneur : Apprends-nous à donner le meilleur de nous-mêmes. Que toute notre vie soit vraiment remplie de ton amour pour toi et pour tous nos frères. Amen
    Source http://dimancheprochain.org/
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