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    Jésus, maître de l’essentiel

    Les pharisiens questionnent Jésus

    Les pharisiens questionnent Jésus
    James Tissot, entre 1886 et 1894
    Brooklyn Museum, New York 
    (photo : Wkipedia)

    Le premier de tous les commandements : Matthieu 22, 34-40

    Les lectures : Exode 22,20-26 ; Psaume 17 (18) ; 1 Thessaloniciens 1,5c-10
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Avec ses 613 commandements, la Loi de Moïse était compliquée à mettre en pratique pour les membres du peuple de l’alliance. C’est pourquoi il n’était pas rare de consulter les maîtres religieux juifs du temps afin d’obtenir d’eux le secours de principes pouvant simplifier leur observance de la Torah. Les maîtres entre eux s’adonnaient volontiers et longuement à ces exercices de « mise en ordre » et de « hiérarchisation » des commandements. « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement? », la question du docteur de la Loi posée à Jésus est donc un classique du genre, le cas typique du rabbi qui en consulte un autre pour comparer, valider, consolider ses propres positions. Ces discussions d’érudits de la Loi constituaient d’ordinaire un exercice bienveillant marqué par une recherche d’édification et de croissance spirituelle. Toutefois ici, le climat est hostile. Ce n’est pas par souci d’édification que l’on questionne Jésus, mais bien pour le prendre au piège, comme l’évangéliste prend la peine de nous le préciser.

    Un contexte hostile

    Mais pourquoi cette hostilité envers Jésus? Pour mieux la comprendre, resituons l’extrait dans l’ensemble de l’évangile de Matthieu. Peu avant sa mort, Jésus est à Jérusalem, la Ville Sainte où il vient, quelques jours auparavant, d’entrer triomphalement (Mt 21,1-11). Les foules avaient reconnu en lui le Messie humble monté sur un ânon annoncé par le prophète Zacharie (Za 9,9), scandant joyeusement à son endroit des titres messianiques.  Avait suivi immédiatement l’épisode du Temple duquel Jésus chassa les vendeurs (Mt 21,12-17). Coup sur coup, ces deux évènements eurent tôt fait d’irriter les autorités religieuses de la ville (prêtres, scribes et anciens, pharisiens et sadducéens) avec lesquels Jésus se verra immédiatement confronté (Mt 21,23). Après tout, ne leur appartient-il pas à eux, plutôt qu’au simple peuple, le rôle d’authentifier l’identité du Messie quand il viendrait ? On sent déjà se profiler la passion de Jésus. On demande des comptes à Jésus qui, en réponse, leur servira trois paraboles de « rendez-vous manqués » qui les visent directement, les faisant mal paraître [1]. Par la suite, ses adversaires, cherchant matière à condamnation, riposteront en lui tendant trois pièges dont l’évangile de ce dimanche constitue le troisième. Voilà où nous en sommes dans notre lecture dominicale de l’Évangile selon Matthieu.

    La Loi et les prophètes !

    Évidemment, Jésus ne tombe pas dans le piège! Se hissant au dessus de la mêlée, il sait toujours, en toute liberté, ramener ses interlocuteurs à l’essentiel, au cœur de Dieu. Aussi, à ses détracteurs versés dans l’Écriture, c’est avec l’Écriture qu’il répond ! D’abord avec un verset tiré du fameux Shema Israël, cette exhortation donnée par Moïse à son peuple (Dt 6,4-9), devenue une sorte de leitmotiv ou de profession de foi que le juif pieux récite chaque jour, à son lever et à son coucher. Le verset du Shema cité par Jésus enjoint à aimer Dieu, le Dieu unique, de tout son cœur, de tout son esprit et de toute sa force. En prenant ainsi un joyau de la foi juive pour en faire le grand, le premier commandement, Jésus s’inscrit dans la sagesse d’Israël à laquelle ne pourront certes pas s’opposer ses adversaires attachés à la Loi.

    Mais c’est aussi par ce second commandement qui lui est semblable que Jésus respecte et honore la Loi d’Israël. En effet, ce second commandement, Jésus le prend aussi dans l’Écriture, au livre du Lévitique C’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est moi le Seigneur (Lv 19,18). C’est n’est pas une nouveauté qu’apporte Jésus, la Loi de Moïse et la prédication des prophètes juifs liaient déjà l’amour de Dieu à l’obligation d’aimer son prochain pour vivre à la hauteur de la dignité d’appartenir au Seigneur, de vivre en alliance avec Lui. La première lecture (Exode 22,20-26) de ce dimanche nous offre un bel exemple de l’attitude de charité concrètement exercée envers les plus pauvres que le Seigneur attend de ses enfants au nom de leur appartenance au peuple de l’alliance. « Peuple d’Israël, tu as été libéré de l’oppression d’Égypte par le Dieu libérateur qui t’a aimé; deviens toi-même ce libérateur aimant, à ton tour et en Son Nom, auprès de tes semblables », telle serait la logique sous-tendant les paroles de la Loi que Moïse transmet ici à son peuple; l’esprit de la Loi, en somme.

    Les prophètes de l’Ancien Testament ne diront pas autrement. Leur prédication lie aussi très souvent amour de Dieu et amour du prochain. De la façon la plus éloquente, Isaïe nous rappellera cette cohérence exigée entre ces deux amours par ce célèbre plaidoyer du « jeûne que Dieu préfère » (Is 58) : la miséricorde  et libération des jougs doivent précéder ou accompagner tout geste religieux, par ailleurs légitime (jeûne, prière, repos du sabbat).

    Jésus, maître inspirant

    La Loi et les prophètes, c’est-à-dire toute la Bible hébraïque, se trouvent ainsi résumés par ces deux commandements égaux en importance, nous dit Jésus. Loin de tomber dans le piège tendu par ses adversaires, Jésus, fidèle à son habitude, subjugue par une réponse qui atteint deux cibles à la fois. Puisant dans  le trésor d’Israël, elle contentera ses contemporains juifs, fidèles à Moïse, qui y trouveront un aide-mémoire pratique facilitant leur observance de la Loi. Mais c’est aussi au cœur du nouveau peuple de Dieu, l’Église, que cette parole résonne comme un condensé extraordinairement inspirant de l’Évangile à venir.

    La leçon des deux commandements nous convainc de la stature magistrale de Jésus. Car il n’est pas de maître plus inspirant que celui qui pratique parfaitement ce qu’il enseigne!

    [1] La parabole des deux fils (Mt 21,28-32), celle des vignerons révoltés (Mt 21,33-46) et celle du banquet nuptial (Mt 22,1-14).

    Patrice Bergeron

    Source : Le Feuillet biblique, no 2548. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Diocèse de Montréal.

    source http://www.interbible.org/

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