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    Justice ou miséricorde? Pardon ou punition?

    Q Comment concilier la justice de Dieu et le jugement dernier? On dit que Dieu est miséricordieux, mais qu'il est juste. Dieu nous pardonne, mais nous punit-il? (Young-Mi Lee)

    R Ma première réaction à cette question est un certain embarras. Pour les mots « justice », « juste », « jugement », la Concordance de la TOB évoque plus de 800 utilisations et je n’y ajoute pas les mots qui s’y rattachent, comme « justifier » « juge », « juger ». De plus, le même mot français « justice » est utilisé pour traduire onze expressions hébraïques. La réponse à la question posée doit être nuancée.

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    Justice de Dieu

         Pour entrer dans la question, commençons par découvrir l’une ou l’autre citation biblique. Prenons par exemple l’appel d’Isaïe aux chefs de son peuple (Is 1,10-20). Par la bouche du prophète, Dieu dit son horreur d’un culte sans miséricorde ni justice. Aux versets 16 et 17 retentit l’appel suivant : 16 Lavez-vous, purifiez-vous. Ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal. Au verset 17 est précisé le désir de Dieu : Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, mettez au pas l’exacteur, faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve.

         L’invitation à rechercher la justice est faite, par tous les prophètes de la Bible. Elle trouve sa réponse dans un choix de vie qui refuse la corruption, l’exploitation ou l’oubli du plus pauvre, de l’exclu, de l’exploité. Jésus reprendra à son compte l’appel des prophètes. Par deux fois, il cite un verset d’Osée (6,6) pour justifier son accueil des pécheurs : C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices. Dans le sermon sur la montagne (Mt 6,33), Il conclut un enseignement à ses amis par ces mots : Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela – nourriture et vêtement – vous sera donné par surcroît.

         Les Psaumes utilisent souvent le mot « justice ». Par exemple : Ps 4,2 Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice ; Ps 5,9 : Seigneur, guide-moi dans ta justice. Cette prière du psalmiste exprime une grande confiance. Le Dieu vers lequel il se tourne, est un Dieu sauveur sur lequel il peut compter parce qu’il est toujours fidèle et son agir est droit ou juste. Le Psalmiste sait qu’il peut, de toute la force de sa foi, mettre en Dieu sa confiance, même s’il ne comprend pas toujours ce qui se passe autour de lui. Dieu est pour lui son garant, son défenseur et son sauveur.

         On voit, à travers ces exemples que la justice et la miséricorde de Dieu sont intimement liées. C’est parce que Dieu est juste qu’il ne dévie pas de son chemin et que l’on peut se fier à sa parole et sa proposition d’amour ou d’alliance avec nous.

    Justice divine et jugement

         Vue sous cet angle, « la Justice de Dieu » n’a rien à voir avec l’institution judiciaire – qui libère l’innocent et condamne le méchant – que les hommes exercent plus ou moins bien. Pour la Bible, la Justice est d’abord l’une des qualités de Dieu qui s’identifie souvent à son amour et sa tendresse. Ainsi s’exprime le psalmiste (Ps 85) : Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent; Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice. La Justice de Dieu est le point d’ancrage sur lequel le croyant peut s’accrocher. En elle, le juste persécuté, le pauvre humilié, l’esclave ou l’exilé soumis à la domination étrangère peuvent espérer. Voir Jérémie 50,7 : Le domaine de la Justice et l’espoir de leurs pères, c’est le Seigneur.

         Cette dernière citation établit un lien entre justice et jugement. C’est parce qu’il croit en la justice divine, que le juste peut s’en remettre au jugement de Dieu qui le rétablira dans son droit et ne l’abandonnera pas dans sa détresse. Sur la croix, Jésus utilise les mots du psalmiste (Ps 22), pour dire son abandon : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Mais son dernier acte est de s’en remettre à la Justice ou à l’Amour de son Père : Lc 23, 46 : Père, entre tes mains, je remets mon esprit.

         J’ai bien conscience qu’il reste un point à éclairer. Si Dieu est juste, ne doit-il pas trancher entre le bon et le méchant, entre le juste et l’injuste? Cette attente traverse l’ensemble des textes prophétiques qui annoncent ou réclament le jugement de Dieu, tellement la corruption, la violence et l’idolâtrie sont grandes – à certaines époques – au sein du peuple d’Israël. Les prophètes annoncent également le jugement divin contre les puissances étrangères qui oppriment Israël. La violence de certains oracles prophétiques peut offusquer nos sensibilités occidentales de gens bien installés. Elle exprime en fait l’espérance d’un peuple trop souvent écrasé par les « grandes puissances » de l’Antiquité.

         Par ailleurs, je reconnais que l’Eglise a souvent privilégié le langage de la peur de l’enfer à celui de l’amour divin, pour tenter d’influencer les comportements. Les peintures et sculptures du Jugement dernier abondent dans les églises anciennes. Elles sont représentatives de l’idée que l’on se faisait du jugement divin.

    Dieu punit-il ?

         L’idée de punition est-elle compatible avec la révélation de son amour infini? Telle est la question. La parabole de l’ivraie (Mt 13,24-30) offre une première piste. Dans le champ du maître, l’ivraie ou de la mauvaise herbe ont poussé en même temps que le bon grain. La séparation entre l’ivraie et le bon grain est laissée à Dieu, à l’heure de la moisson. Un deuxième texte – Le Jugement dernier (Mt 25,31-46 parle de la rencontre finale en terme de jugement. Le rédacteur ne se prive pas du langage de l’époque en utilisant les termes de châtiment ou feu éternel, un lieu de pleurs et de grincements de dents. Comment comprendre le Jugement divin?

         Le seul critère de jugement, choisi par Jésus, est l’amour manifesté à l’autre! La seule question : as-tu montré de l’amour pour les plus faibles et les plus petits d’entre mes frères? Il n’est pas question de particularisme ethnique ou religieux. Ce type de jugement peut accueillir beaucoup de monde. Le cœur de Dieu est ouvert à toute personne qui vit concrètement l’amour de l’autre.

         Mais qu’en est-il de celui dont le cœur est cadenassé sur lui-même, fermé à toute idée de partage et de justice? Jésus nous met en garde. En se fermant à l’autre, aux plus petits d’entre ses frères, c’est à Dieu également que l’homme se ferme. Ce faisant, il se prive de la Source d’Eau Vive et choisit un chemin de mort. Dieu n’a pas besoin de punir; l’homme est très capable, en suivant son orgueil démesuré, de le faire lui-même. Dieu ne peut forcer personne à accueillir son amour source de vie.

         Qu’en sera-t-il en réalité? À vrai dire, je n’en sais rien! En ce qui me concerne, je préfère m’en remettre entièrement à la miséricorde infinie de Dieu et j’essaie, à mon niveau personnel de « pratiquer la justice » (voir Ps 15,1-2a). C’est là l’essentiel.

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    Source www.interbible.org

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    Roland bugnon

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