• L'appartenance à l'OFS - partie 4

     Suite 4 Appartenance à l'OFS


    Emanuela De Nunzio


    10. La “logique du don”.

    Ces indications sommaires des caractéristiques de l’identité et de la spiritualité du franciscain séculier nous renvoient à la nécessite de redécouvrir la logique du don, de construire la culture du don, sur la filigrane de l’encyclique Deus caritas est de Benoît XVI. Le défi que Deus caritas est nous invite à relever est celui du combat pour réaffirmer le primat du lien interpersonnel sur le bien donné, de l’identité personnelle sur l’utilitaire, primat qui doit trouver un espace d’expression partout, en tout domaine de l’agir humain. En définitive le message central auquel la 1ère encyclique de Benoît XVI nous invite est celui de penser la gratuité, c’est-à-dire la fraternité, comme un point de référence essentiel de la condition humaine. Dans une société élevée dans le culte des seuls droits, réduite à la comptabilité de “ce qui rapporte”, de ce qu’on attend de la vie, du monde, des autres, c’est peut-être le moment d’introduire “la logique du don”,  qui, entre autre représente aujourd’hui un élément dont il faut tenir compte pour l’interprétation et le renouveau des dynamiques sociales.

     

    Pour le chrétien (et, à plus forte raison, pour le franciscain) le rapport de pure justice ne suffit jamais, parce qu’il évoque de suite la fraternité. La fraternité ne se consume pas dans le cercle étroit du  je-tu, mais s’étend du nous jusqu’à entrer dans l’espace de la tente planétaire (Cantique des créatures). Il ne faut jamais renoncer à cette dimension polyvalente de la fraternité, parce que, s’il est vrai que la perte de la singularité est à craindre pour un chrétien comme une perte grave, de même est à craindre une privatisation de ces aspects du christianisme, qu’il faut par contre considérer comme des colonnes portantes de l’édifice chrétien entier.

     

    Dans un récent discours, le Pape a affirmé: “Dans la conscience que l’amour est un style de vie qui distingue le croyant, ne vous lassez pas d’être partout des témoins de la charité”. (OR du 21 février 2008).

     

     

     Appartenance comme coresponsabilité

     

    11. Appartenance à l’Ordre. Notre appartenance à l'Ordre Franciscain Séculier se fonde sur la Profession, c'est-à-dire l'acte par lequel nous sommes solennellement engagés à “vivre l'Evangile à la manière de St François et selon cette Règle authentifiée par l'Eglise” (Règle n° 2). Le P. Felice nous a admirablement bien parlé de la Profession dans son exposé. Il nous a dit entre autre que l’incorporation dont parle l’art. 42.2 des CC. GG. “indique l'insertion dans un corps vivant et la fusion dans ce même organisme, dans lequel se constitue une unique réalité. L'incorporation comporte la transformation de plusieurs réalités en une seule, à travers un processus d'absorption et d'assimilation”.

     

    Le “projet de vie évangélique tracé dans notre Règle est un projet à réaliser et à vivre “en communion fraternelle. Peut-être devrions nous réfléchir plus souvent et plus attentivement sur la définition contenue dans l'art 3.3 des CC.GG. “La vocation à l’OFS est vocation à vivre l’Evangile en communion fraternelle. Dans ce but, les membres de l'OFS se réunissent en communautés ecclésiales qui se nomment Fraternités” et à leur tour les Fraternités sont cellules regroupées en une union organique, c’est à dire la grande famille spirituelle de l'OFS, dispersée dans le monde entier.

     

    Parlant de l'appartenance il faut se garder du risque d'“absolutiser” son identité propre, avec ce quelque chose d'orgueil, de supériorité, de fermeture qu'une telle attitude comporte. “Etre cramponné de manière excessive et exclusive à son identité peut devenir pathologique. De fait cela peut engendrer l'étroitesse de vue dans les individus, le nationalisme dans les peuples, le fondamentalisme dans les religions, l'intégrisme dans la culture”, écrit Mgr Ravasi, Président du Conseil Pontifical de la Culture. Par conséquent, avec la référence à l'identité / appartenance, nous devons souligner le sens de la communion et de la coresponsabilité. Les Constitutions Générales l'affirment avec force dans l'art. 30.1 : “Les frères sont coresponsables de la vie de la Fraternité à laquelle ils appartiennent et de l'OFS comme union organique de toutes les Fraternités dispersées de par le monde”. Ici il ne s'agit pas de responsabilité au sens juridique, comme celle qui est demandée aux Supérieurs majeurs du Premier Ordre et du TOR (détenteurs de l’altius moderamen) en non plus de celle qui revient aux Ministres, aux Conseils et, en général aux “animateurs et guides”, légitimement élus pour le gouvernement des Fraternités aux différents niveaux. Il s'agit plutôt d'une responsabilité de nature théologale : une communion fraternelle, de foi et d'amour, qui a besoin d'être alimentée par la prière mutuelle, par la connaissance réciproque, par la fréquentation assidue.

     

    Au niveau de l'Ordre entier dans le monde, la coresponsabilité signifie, avant tout, attention et disponibilité à ce qui est signalé et proposé par les différents Conseils subordonnés : régionaux, nationaux et internationaux. Cela demande un effort pour chercher à connaître et comprendre la réalité de l'Ordre dans d'autres contextes géographiques et culturels, parce qu’on ne peut aimer ce qu'on ne connaît pas. Cela demande enfin “de contribuer aux dépenses des Conseils des Fraternités du niveau supérieur” (Règle 25). Permettez-moi de m'arrêter un instant sur ce sujet délicat pour souligner l'importance, considérant l'ampleur et la complexité des engagements qui maintenant reposent sur les Conseils régionaux et nationaux, pour pouvoir remplir pleinement leur responsabilité de coordination et de liaison des Fraternités locales, et encore plus sur la Présidence du CIOFS qui, au plan international, doit coordonner, animer et guider l'OFS, prendre soin des rapports de collaboration avec les autres composantes de la Famille Franciscaine, promouvoir la vie et l'apostolat de l'Ordre, etc. etc. (cf. CC. GG. Art 73).

     

    12 Appartenance à la Fraternité locale. Tous, nous savons par cœur la définition de la Fraternité locale contenue dans l'article 22 de la Règle : “première cellule de tout l'Ordre... signe visible de l'Eglise... communauté d'amour...”.

     

    Pour expliciter ces affirmations basiques, les Constitutions Générales à l'art. 30.2 précisent comment doit être vécue l'appartenance à la Fraternité : “Le sens de la coresponsabilité des frères exige la présence personnelle, le témoignage, la prière, la collaboration active selon les possibilités de chacun et les engagements éventuels dans l'animation de la Fraternité”. Pour ne pas faire seulement des discours théoriques je pense que c'est ici l'occasion de consacrer un minimum d'approfondissement à ces “exigences” imprescriptibles de la coresponsabilité. Voyons donc :

     

    1.      la présence personnelle, à savoir la participation assidue (non facultative), aux rencontres de la Fraternité, qui ne peuvent plus rester ces fameuses “réunions mensuelles” mais plutôt “des rencontres fréquentes” organisées par le Conseil pour stimuler chacun à la vie de fraternité et pour une croissance de vie franciscaine et ecclésiale (Règle n°24);

    2.      le témoignage, de vie évangélique et de vie fraternelle aussi comme moyen de promotion vocationnelle (CC.GG. art.45.2) et comme aide à la formation des nouveaux membres (Règle n°23 et CC.GG. art.37.3) ;

    3.      la prière, qui est l'âme de cette “communauté d'amour” (Règle n° 8);

    4.      la collaboration active, de tous et de chacun à la bonne marche de la Fraternité, au déroulement dynamique des réunions par la participation de tous, à la réalisation de ses initiatives caritatives et d'apostolat (CC.GG. art.53.3);

    5.      les engagements éventuels dans l'animation de la Fraternité, en particulier quand des candidats reçoivent quelque charge/service (C.G. art.31.4);

    6.      la contribution économique, selon les possibilités de chaque membre (C.G. art.30.3), pour fournir les moyens financiers nécessaires à la vie de la Fraternité et à ses œuvres de culte, d'apostolat et de charité.

     

    Mais cela ne suffit pas encore : la coresponsabilité engage tous ses membres à prendre soin du “bien-être” humain et spirituel de chacun des frères (C.G. art.42.4) : personne ne doit être laissé seul face à ses problèmes et à ses difficultés, mais dans la Fraternité il doit trouver aide (également matérielle), soutien, réconfort.

     

    En substance, vivre et œuvrer aujourd'hui dans la Fraternité veut dire prendre conscience de quelques points fermes, qui sont: la rencontre avec le frère dans sa situation concrète, l'accompagnement de sa croissance humaine, l'expérience de prière dans ses formes diverses, l'éducation à l'engagement pour la construction du Royaume et un degré d'appartenance ecclésiale qui fasse percevoir le sens du but global: la croissance et la réalisation de l'homme nouveau dans le Christ. (Règle OFS n°14).
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    1- http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-26411134.html
    2- http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-26465095.html
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    5- http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-26626234.html
    6- http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-26680827.html
    7- http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-26719113.html

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