• L’EGLISE D’ALGERIE UNE EGLISE DE BÂTISSEURS DE PAIX (2) -Suzanne )

    Suite (2) Un reportage de Suzanne Giuseppi Testut de sa récente mission en Algérie.. c'est à lire et relire ! Merci BEAUCOUP SUZANNE 

     

    L’EGLISE D’ALGERIE

    UNE EGLISE DE BÂTISSEURS DE PAIX (2)


     

    Tiaret - accueil par les frères capucins. Hubert et Dominique. René est absent pour cause de maladie.

    Le vendredi matin – week-end en Algérie - après la messe des Rameaux qui a clôturé les JAJ, Hubert et moi sommes partis rejoindre la communauté des frères Capucins à Tiaret, située à 1000 mètres d’altitude. Le voyage s’est fait en car avec les jeunes étudiants subsahariens de la faculté de Tiaret venus assister aux JAJ. Nous avons rencontré plusieurs barrages de police mais quelle ambiance dans le car !  Tous étaient dans la joie de ce que nous venions de vivre. « Vous ne voulez pas un peu dormir ! » leur a lancé Hubert. Cela a été l’occasion d’un grand chahut bien sympathique.

    Accompagnés par frère Hubert, trois d’entre eux se préparent au baptême et deux autres à leur première communion – Pâques 2012. Toute l’expérience de frère Hubert,  acquise durant des années auprès des jeunes, prend ici une dimension exceptionnelle. La Tebessa Suzanne une amie et sa fillevie des jeunes étudiants - certains sont en transit vers l’Europe - n’est pas facile en Algérie, ils doivent être soutenus et accompagnés de façon efficace. Hubert les aide à maintenir leur foi vivante et à la vivre. Très belle mission de prêtre et de frère.

    Sur place les frères ont des amis musulmans qui les aident dans leurs démarches chaque fois que cela est nécessaire. Ces aides sont précieuses et appréciées. Elles sont aussi l’occasion d’échanges, de repas partagés comme par exemple ce délicieux couscous offert par nos amis le soir de mon arrivée à Tiaret.

    Aïn Sefra – accueil par les FMM.  Rosanna-italienne, Assunta-japonaise, Agnès-française.

    Tôt le matin, Hubert prend le car avec moi pour rejoindre la communauté des FMM à Aïn Sefra où nous devons arriver en fin d’après-midi. Le site est très beau. Porte du désert, proche de la frontière marocaine, Aïn Sefra est entourée de montagnes et bordée par d’immenses dunes de sable roux. Il y a des « riches » mais aussi des pauvres et des miséreux, comme partout. La plupart ici sont des nomades plus ou moins sédentarisés. Les hommes gardent les troupeaux dans les montagnes, les femmes, les enfants et les vieux vivent dans de misérables cabanes sans toit la plupart du temps. Or, il fait froid l’hiver. Le 1er avril, en partant faire de la couture chez les nomades, j’ai trouvé les dunes enneigées. Quand le vent souffle, il faut être prudent, il transporte des scorpions !

    La petite maison des sœurs est très simple, dans le jardin il y a des lapins et des poules. J’ai donc donné à manger aux lapins et ramassé les œufs. Le quotidien se vit communautairement. Chaque objet a ici beaucoup de valeur car tout autour c’est la pauvreté et le dénuement. Hubert est embauché pour réparer une chaise.

    La mission, selon les sœurs d’Aïn Sefra, c’est l’humilité de l’instant : Saisir le besoin et poser le geste, même le plus simple mais poser dans la gratuité totale. Il y a de nombreux enfants handicapés physiques et mentaux car les mariages se font rarement en dehors du clan familial, d’où risques de consanguinité. Le plus petit geste est utile. Ne rien attendre, ne rien espérer mais ne jamais désespérer, poser en confiance et déposer en Christ et tout attendre de lui. Apprendre la couture et la broderie aux jeunes femmes nomades, faire du soutien scolaire, donner des cours de Français, par exemple aux jeunes femmes qui ont été mariées à un garçon vivant en France, visiter et « soigner » les malades, écouter les femmes et les soutenir, les hommes aussi parfois. Sourire aux enfants, embrasser, se laisser embrasser. C’est à Aïn Sefra qu’a vécu le Père Cominardi, Père Blanc, où il a laissé un souvenir inoubliable.

    Les habitants sont souvent généreux et l’hospitalité émouvante. La femme nomade fera cadeau d’un morceau de galette qu’elle vient de cuire, ou d’un œuf ; le pauvre servira le thé avec une assiette remplie d’huile d’olive accompagnée de morceaux de pain ; le plus riche accompagnera le thé de quelques biscuits. Certains commerçants organisent des dons gratuits de produits de première nécessité, il y a aussi un restaurant pour les pauvres et les mendiants. Les sœurs fournissent souvent le lait pour les bébés et bien d’autres choses. Tous ces actes sont posés dans la plus grande discrétion. Ils tissent des liens profonds.

    Les sœurs sont connues, respectées et appréciées des habitants. Elles savent rester discrètes mais elles osent demander de l’aide. J’ai été très vite repérée et comme il n’y a pas de touristes, on me disait : « bonjour ma sœur ».

    Le cadeau de départ : La veille de mon départ, nous entendons sonner à la porte. Une sœur ouvre et je vois deux petites filles, deux sœurs de 8 et 6 ans se jeter dans mes bras. Ce sont les petites filles d’une maman, pauvre, que nous avions visitée deux jours après mon arrivée. Elles voulaient m’embrasser et étaient venues toutes seules jusque chez les sœurs.

    Sidi Bel Abbès – accueillie par les FMM. Amaya-espagnole, Malgorzata-polonaise, Héléna-coréenne.

    Frère Hubert a quitté Aïn Sefra deux jours avant moi. A partir de maintenant je poursuis mon voyage seule. Je pars en car très tôt le matin pour Sidi Bel Abbès où mon arrivée est prévue vers  15h. Je dois prendre un taxi pour me rendre à la communauté. La ville conserve les traces de la colonisation française. Quant aux sœurs, elles ont vécu « les années noires » des années 1990 et s’en souviennent. C’est ici qu’ont commencé les premiers attentats. Les terroristes venaient chez elles, c’était très dur. Mais ce qui leur a permis de tenir et de ne pas craquer, ce sont tous les voisins et amis musulmans qui venaient les soutenir, au risque de représailles et même leur présenter leurs condoléances chaque fois qu’il y avait des meurtres de ressortissants Français. C’est la beauté de ces témoignages qui leur a donné le courage de rester.

    J’arrive le Vendredi Saint. Les nouvelles circulent vite, tout le monde veut voir « la petite nouvelle ». Le soir nous participons à la procession organisée par les jeunes chrétiens subsahariens de la faculté de Sidi Bel Abbès. Comme cela ne peut se faire au grand jour, même pas dans le jardin des sœurs, nous avons Le feu pascal Sidi Bel Abb+¿stourné plusieurs fois dans la petite chapelle en marquant chaque station, guidés par ces jeunes. Cet acte de foi posé dans ces conditions prend une dimension d’une profondeur insoupçonnable. Avec les prêtres spiritains venus célébrer, nous partageons la galette spécialement préparée par une amie musulmane. Elle la prépare depuis des années et la préparera jusqu’à sa mort, dit-elle. « Je suis musulmane mais je suis proche de vous ». Des ingénieurs italiens travaillant aux chemins de fer sont venus assister à la messe. Ils en profitent pour inviter dans leur camp, à partager le repas du dimanche pascal, les sœurs, les prêtres et moi-même.

    La veillée pascale sera aussi très belle, préparée par les étudiants et un jeune prêtre spiritain, congolais. Un couple d’algériens, amis des sœurs et convertis, y assistent également.

    Nous avons allumé un tout petit feu dans la cour, le temps d’illuminer les cierges puis, très discrètement nous sommes rentrés dans la chapelle. Nous nous sommes ensuite réunis avec les prêtres et quelques amis autour d’un bon gâteau offert par nos amis italiens. Le dimanche, nous avons célébré Pâques dans la joie.

    Tout cela peut paraître banal mais en pays musulman ça ne l’est pas. Le vivre m’a  ramenée à l’expérience de François d’Assise et à sa rencontre avec le Sultan. A son retour, il semble plus attentif à des aspects typiquement chrétiens. Il est poussé à prêcher beaucoup plus sur le Mystère de l’Incarnation refusé par l’Islam. Il va en faire mémoire à Greccio.  François ne se contente plus de la parole, il écrit pour mieux répandre ses convictions. Il fera un développement sur l’Eucharistie. (Adm 1)

    Les sœurs ne manquent pas d’activités. Leur mission est austère mais belle et utile. Sur place, elles animent deux ateliers de travail manuel réputés. Elles reçoivent aussi les femmes en difficulté et s’efforcent de réunir les aides nécessaires. Beaucoup d’hommes aussi viennent frapper à leur porte pour chercher « refuge ». « Ma sœur, j’ai besoin de me ‘confesser’ » dit un homme en ma présence. Il fallait qu’il parle. La sœur l’a écouté. Quand il est reparti, c’était un autre homme.

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