• L’EGLISE D’ALGERIE UNE EGLISE DE BÂTISSEURS DE PAIX (4) -Suzanne )

    Suite (4) Un reportage de Suzanne Giuseppi Testut de sa récente mission en Algérie.. c'est à lire et relire ! Merci BEAUCOUP SUZANNE

     

    L’EGLISE D’ALGERIE

    UNE EGLISE DE BÂTISSEURS DE PAIX (4)

     

    Départ pour Tibhirine.

    Je retrouve à Alger frère Hubert qui part en Inde pour quelques jours. J’ai préparé pour notre dernière rTibhirine la chapelleencontre avec les sœurs, une ratatouille niçoise … façon Suzanne, accompagnée de très belles côtelettes de mouton. Un flanc maison préparé par les sœurs et des petits gâteaux offerts ont comblé notre gourmandise.

    Il n’est pratiquement pas possible de prévoir à l’avance une visite à Tibhirine compte tenu des conditions de sécurité mises en place par les autorités. Hubert tente d’appeler le Père Jean-Marie LASSEAUSSE, « Le Jardinier de Tibhirine »,[1] pour savoir s’il s’y rend le lendemain - seul jour où je suis libre avant mon retour en France - et s’il accepte de me prendre avec lui. La réponse est positive. J’ai rendez-vous avec le Père Jean-Marie, le lendemain matin à 5h à la Maison Diocésaine. Je rentrerai le soir avec un jeune couple de coopérants, Cécile, Thibault et leur petit garçon de 10 mois, Basile.

    Les mots sont inutiles. J’ai simplement prié devant la tombe des frères. Grâce à Anne et à Hubert - diacre – installés pour une durée d’un an à Tibhirine, j’ai pu visiter le monastère et les lieux de vie intimes des moines. Nous avons aussi dit la « Prière des Heures » dans la chapelle. Tibhirine les tombes des moinesLe film relatant cette tragédie m’avait émue mais, se retrouver protégés par des hommes armés dans ce lieu encore très chargé de la présence des frères, n’est pas anodin. Le frère Jean-Marie et quelques hommes de Tibhirine cultivent toujours les jardins et entretiennent le parc. Mission difficile et ingrate, d’une certaine manière car, comme le précise frère Jean-Marie, après toutes ces années, rien ne bouge. Avec Cécile et Thibault nous avons été autorisés à monter jusqu’à la vierge, toujours accompagnés de trois gardes armés. Le paysage est somptueux, nous sommes à 1000 mètre d’altitude.

    Tibhirine les gares arm+®sAnne et Hubert sont venus en tant que coopérants, comme Cécile et Thibault, par l’intermédiaire de la DCC – « Délégation Catholique pour la coopération », service sous l’autorité des Evêques de France. La mission est non rémunérée mais une indemnité de vie est versée. Les personnes qui partent en mission ont une couverture sociale complète – sécurité sociale et rapatriement. Au retour, l’état Français finance une indemnité de réinsertion avec possibilité de stages, le tout accompagné d’une aide à la recherche d’emploi si nécessaire. Sur le plan spirituel, une relecture de la mission est faite.

    Bien qu’Hubert soit diacre, sa présence ici est totalement discrète. Le couple accueille les visiteurs avec une gentillesse extraordinaire et beaucoup de générosité. (visites organisées parfois par les ambassades mais aussi visites de nombreux algériens qui représentent plus de 70%). Ils maintiennent les liens avec la population locale. Leur simplicité leur a permis d’être reçus dans quelques familles. Ils partagent aussi le travail sur place. Anne fait partie de l’équipe de rédaction dans le journal diocésain « Rencontres » et Hubert de l’équipe de rédaction du journal « Diaconat ». Pour tous ceux qui sont intéressés par leur aventure, consulter le blog :

    -          http://cecileetthibault.hautetfort.com/

    -          http://anneethubertploquin-dcc.over-blog.com/

     

    Les mots d’Anne et d’Hubert : « De 1938 à 1996, personne ne s’est occupé des moines. Il a fallu cet évènement dramatique pour qu’on parle de Tibhirine[2]. A Tibhirine on mène une vie simple, dépouillée, sobre, une vie d’accueil où l’on donne du temps sur un lieu, pour une Eglise et une population. L’Algérie est un carrefour extraordinaire. On y apprend à « être un service » On y découvre une Eglise autre que celle que nous connaissons et on s’enrichit de tout cela. »

    On apprend à y être un bâtisseur de paix.

    momastere-Tibhirine.jpg

     L’Eglise d’Algérie, une Eglise « autre »

    Pour décrire un peu cette Eglise, je vais m’appuyer sur les différents partages que j’ai eu avec des prêtres et sur les paroles de Monseigneur Claude RAULT, Evêque du diocèse de Laghouat-Ghardaïa. Le territoire de son diocèse s’étend sur quelques deux millions de kilomètres carrés, ce qui représente un peu plus que le Sahara algérien. On y compte treize points de présence, petites communautés dont le nombre varie entre trois et vingt membres baptisés. Le nombre de prêtres, religieux et religieuses est élevé au regard de celui des laïcs. C’est pourquoi il est courant en tant que laïcs d’être appelés « mon père » ou « ma sœur ».

    Qu’est-ce qui guide l’Eglise d’Algérie et tous ceux qui la servent ? L’espérance. « Rendre compte de notre espérance est l’une des plus belles étoiles qui guident notre marche »

    Une Eglise de témoignage

    La priorité est donnée au « témoignage de vie » sur la « proclamation » du message évangélique. Le premier signe donné est celui que recommandait Jésus à ses disciples avant de les quitter : « A ceci tous vous reconnaîtrons pour mes disciples, à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13,35). Alors qu’allons-nous faire en Algérie si cette Eglise n’évangélise pas ? Les disciples sont appelés à témoigner de l’Amour qui les habite. Le seul fait que ces religieux, ces missionnaires, sont ce qu’ils sont, ils évangélisent. C’est probablement ce qui dérange le plus, l’amour est suspect, que nous soyons chrétiens ou non, parce qu’il est gratuit.

    L’espérance ne suffit pas, l’Eglise est fortement remuée grâce aux communautés religieuses. On constate une évolution extraordinaire dans l’estime réciproque des musulmans et des chrétiens. Ce n’est pas forcément par les conversions que les choses changent mais par la qualité des relations, par le respect et par une meilleure connaissance mutuelle.

    Susciter dans cette Eglise une conversion du regard, une conversion missionnaire

    Il nous faut être en phase avec cette ouverture. Or, au niveau des communautés religieuses, l’absence presque totale de la génération des 40-60 ans est flagrante. Les départs ne sont pas remplacés. L’Eglise d’Algérie est en train de grandir mais manque douloureusement d’aides. Il faut préparer des rencontres pour inciter les chrétiens à la mission en Algérie[3] et se mettre au service de chacun pour l’aider à entrer dans sa propre dimension. Mais pour qu’il y ait rencontres, il faut qu’il y ait communication.

    Une Eglise en dialogue avec nos frères et sœurs de l’Islam

    Dieu est le premier « dialoguant » sortant sans cesse de lui-même pour aller vers l’autre. « Où es-tu ? » demande-t-il Fr Dominique et des amis +á Tiaretdans le jardin de la Genèse (Gn 3,9) ? Le dialogue est notre participation à l’œuvre de Dieu parti à la recherche des siens. Il est participation à la mission universelle de l’Eglise, mission de réconciliation, de justice et de paix. Le dialogue du quotidien et de la convivialité est le socle solide de tout autre dialogue, qu’il soit culturel ou théologique.

    Une Eglise « passerelle de paix », celle de la rencontre et de l’accueil

    « Nous sommes des passerelles entre les cultures, les pays, les générations ». Cette vocation de passerelle fait de nous des hommes et des femmes en mouvement perpétuel pour rejoindre l’autre et aller à sa rencontre, dans le respect de nos différences respectives. Cette vocation se vit aussi dans l’accueil du voisin, du proche mais aussi du pauvre, du migrant, de toute personne en transhumance, aussi bien géographique qu’intérieure. Nous sommes des chercheurs de Dieu en lien avec d’autres chercheurs de Dieu.

    Sur une passerelle, on passe et on repasse, il y a un mouvement permanent. Vivre l’Evangile à la suite du Christ, tel saint François d’Assise, est le meilleur garant d’une vie active. A ceux qui veulent rejoindre la mission, l’Eglise d’Algérie peut garantir une « existence dérangée » ! Ici, chacun fait la cuisine, le ménage, lave ses chaussettes, fait les courses, assure l’accueil, donne des cours, jardine, donne à manger aux lapins et aux poules, se déplace pour les démarches administratives etc. Chacun doit inventer comment apporter sa part à la construction d’une société plus humaine et plus conforme au désir de Dieu.

    Quel sens donner à ma vie ? Tout dans notre existence prend du sens dans la mesure où nous le puisons en Dieu et où nous lui remettons tout, comme le disait l’Apôtre Paul : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la Gloire de Dieu » (1 Co 10,31)


    La suite et fin

    [1] Lire le livre

    [2] Lire : Tibhirine,la fraternité jusqu’au bout » éd. Signe

    [3] [3] Voir PJ : « Une proposition d’été pour les jeunes »

     


     

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