• L'histoire de Zachée - interBible

    L'histoire de Zachée

    L'histoire de Zachée - interBible

    Conversion de Zachée : Luc 19, 1-10
    Autres lectures : Sagesse 11, 23 - 12, 2; Psaume 144(145); 2 Timothée 1, 11- 2, 2 

    L'histoire de Zachée, qui insiste sur les succès professionnels de cet homme, est une narration propre à Luc. Cet écrit atteste que le statut des riches chrétiens faisait problème dans la communauté de cet évangéliste (voir 18,18-27; Ac 5,1-11). Ce récit avait donc pour fonction de défendre leur présence au sein de la communauté à condition qu'ils aient vraiment voulu rencontrer le Christ et décidé de mettre leurs biens au service des autres.

    Zachée

         La scène, qui se déroule dans la traversée même de Jéricho, centre douanier qui donnait accès à l'Arabie, présente deux traits du statut social de Zachée : il est un riche collecteur d'impôts à la solde des Romains. À ce titre, il est méprisé, assimilé aux pécheurs publics (voir 5,30; Mt 9,11; Mc 2,16) en raison de son lien avec l'occupant païen (Mt 18,17) et de ses fréquentes exactions (Lc12—13). Dès lors, il est exclu du peuple de Dieu et tenu à l'écart par tout juif observateur de la Loi.

         Zachée a entendu parler de Jésus, mais il ne le connaît pas vraiment. À la différence de Pierre et des autres disciples de Jésus (9,18-22), il ne peut répondre à la question : Qui est Jésus? Il souhaite donc le voir1 pour le connaître.

    Les obstacles

         Le premier obstacle que rencontre Zachée, c'est la présence même de la foule. Comme en 18,39, elle s'interpose et, se conjuguant à la « petite taille » de notre personnage (deuxième obstacle), elle empêche le collecteur d'impôt de voir qui est Jésus (v. 3a). Néanmoins, Zachée sait prendre le moyen qui s'impose, même s'il n'a rien de conforme avec son rang social et sa dignité : comme un gamin, il court monter sur un sycomore2 (v. 4).

         Le programme espéré se déroule pour Zachée au-delà de toute attente. Jésus passe bel et bien par là, mais il ne se contente pas de passer. Il lève les yeux (v. 5a) et voit, comme Zachée avait escompté voir lui aussi. Cette première initiative de Jésus est suivie immédiatement d'un second projet exprimé de façon impérative : Zachée, descends vite : il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison (v. 5b). Il y a de quoi provoquer la « joie »de Zachée! Lui, qui est rejeté et méprisé par ses compatriotes, est regardé et accepté par Jésus. Ce n'est pas une corvée pour Zachée de répondre à la requête de Jésus. Après tout, ne désirait-il pas seulement « voir Jésus », mais« voir qui il était ». Le chef péager descend aussitôt et accueille volontiers le voyageur de passage (v. 6).

         Que Jésus soit entré loger chez un homme pécheur provoque une réaction chez les gens. Ceux qui expriment ici leur désapprobation appartiennent à la catégorie des prétendus justes (18,9) qui, selon les idées reçues, considèrent que la fréquentation des pécheurs entraîne une impureté. Ils se permettent de juger et de condamner doublement : l'état de pécheur confirmé de Zachée et l'attitude risquée et insouciante de Jésus
     
         La parole de Jésus « il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison » contient des informations théologiques de poids. Le verbe « il faut » et l'adverbe « aujourd'hui » confirment la mise en place d'une stratégie salvifique. Que Jésus interrompe son voyage pour dîner et passer la nuit chez le publicain en chef appartient au plan de salut de Dieu. Les termes « demeurer », « loger » prennent ici une connotation sacrée. 

    La conversion de Zachée

         La rencontre avec Jésus produit un changement d'attitude chez Zachée. S'il a accueilli Jésus dans sa demeure avec joie, c'est aussi avec joie que Zachée accueille le salut que Jésus vient lui apporter. En reconnaissant Jésus « Seigneur» et en s'adressant à lui comme tel (v. 8a), Zachée prend pour la seconde  fois la mesure qui s'impose. Il annonce sur-le-champ la décision de donner aux pauvres la moitié de ce qui lui appartient (v. 8b); à ceux qu'il aurait pu léser3, il s'engage à « rendre au quadruple » (v. 8c), sur la moitié restante, ce qui dépasse les exigences de la loi juive (Ex 22,3.6; Lv 5,21-24; Nb 5,6-7)4. L'aumône pratiquée à une telle échelle et la réparation des torts causés, voilà le signe d'une conversion totale.

         En reprenant la parole (v. 9), Jésus s'adresse tout autant à ceux qui n'ont pas supporté qu'il ait accepté l'hospitalité d'un pécheur qu'à Zachée. Malgré la profession qui fait considérer Zachée comme un pécheur, Jésus rappelle au collecteur d'impôt que, devenu un pécheur repenti, « il est lui aussi fils d'Abraham », c'est-à-dire qu'il appartient au peuple élu. Le salut accordé à Zachée est aussi consenti à tous ceux qui vivent dans sa demeure.

    La mission de Jésus

         Au v. 10, Jésus rappelle enfin ce qu'est sa mission ... le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Certes, ce dit est exprimé en des termes proches de ceux employés en 5,32, mais, ici, Jésus ajoute une allusion à Éz 34,16 selon lequel Dieu lui-même cherche la brebis qui est perdue. La tâche de Jésus n'est autre que celle de Dieu (voir 15,7). Dans notre récit, l'initiative est prise, au nom de Dieu, par Jésus qui s'invite chez Zachée. Il y joue le rôle salvifique de berger d'une brebis perdue de la maison d'Israël. S'il se montre l'ami des pécheurs (15,1-2; Mt11,19; Mc 7,34), c'est pour leur rappeler l'infinie miséricorde de Dieu toujours prêt à pardonner (11,4; 15,1-32; 18,13).

         Pour Luc, le salut est accordé par Dieu qui en a l'initiative (voir 18,27). Mais pour qu'il devienne effectif, il faut que l'homme s'ouvre au pardon par le repentir et l'accueille par la conversion. Et celle-ci s'exprime nécessairement dans une démarche concrète à l'égard d'autrui. Aujourd'hui, Dieu continue à accorder le pardon à chacun de nous. Qu'en est-il de notre démarche? Est-elle semblable à celle de Zachée?

    1 Luc, homme de la vue autant que de la parole, considère le verbe « voir » comme une métaphore de la connaissance, de l'amour ou de la foi.

    2 Le sycomore est une espèce qui croît en plaine, qui ne perd pas son feuillage et qui possède un large tronc court et de grosses branches basses largement étalées. Il n'était donc pas difficile d'y grimper.

    3 En grec, le verbe sukophantô a deux sens : un sens précis, « faire une fausse déclaration », « calomnier », « dénoncer » lors d'un procès; puis, un sens plus général, « dire du mal de », « chicaner », « railler », « extorquer par des calomnies ». En tenant compte de la manière dont les taxes et les impôts étaient recouvrés, c'est le sens précis qui prévaut ici, car, quand un percepteur d'impôts ne parvenait pas à ses fins, il poursuivait le mauvais payeur en justice et pouvait même être tenté de produire un faux témoignage.

    4 Cette règle correspond à la peine du droit romain pour le vol manifeste.

     Béatrice Bérubé

     Source : Le Feuillet biblique, no 2505. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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