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    La sécurité et la paix sont réalisées par le dialogue, non par la course aux armements

    Intervention du Saint-Siège à la CCAC (Traduction intégrale)

    Bureau des affaires de désarmement de l’ONU © research.un.org

    Bureau Des Affaires De Désarmement De L’ONU © Research.Un.Org

    La sécurité et la paix internationales sont mieux réalisées par la promotion d’une culture du dialogue et de la coopération, et non par une course aux armements. C’est l’avertissement de Mgr Ivan Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Organisation des Nations unies à Genève, lors de la cinquième Conférence d’examen de la Convention sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi de certaines armes classiques qui peuvent être considérées comme excessivement dangereuses ou avoir des effets indiscriminés (CCAC), le 12 décembre 2016.

    « Les civils supportent toujours le prix le plus élevé de la guerre alors que les industries d’armement en profitent », a dénoncé le représentant du Saint-Siège : « Jusqu’à ce que cette logique malheureuse soit changée, il nous incombe de réduire au moins les souffrances humaines causées par les conflits armés ».

    Déclaration de Mgr Jurkovic

    Madame la Présidente,

    L’une des grandes réalités de l’histoire est que la plupart des développements scientifiques et technologiques sophistiqués et rapides ont été guidés par la logique ou l’application militaire. Plutôt que d’être au service du plus grand bien commun, ils ont souvent conduit à la production d’armes nouvelles mortelles, utilisées pour faire avancer des intérêts nationaux étroits.

    Alors que les moyens et les méthodes de la guerre ont changé, la souffrance et la peur qu’ils causent ont toujours été la ligne rouge des conflits. Aujourd’hui, l’ampleur de la précarité humanitaire dont nous sommes témoins est épouvantable: en 2015, en moyenne, chaque minute 24 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers à cause de la guerre et de la violence (UNHCR, Global Trend on Forced Displacement, 2016). Réalité encore plus tragique, la conscience publique semble être devenue moins sensible envers les victimes, dans ce que le pape François appelait une «mondialisation de l’indifférence».

    Madame la Présidente,

    Confrontés à tant de victimes de conflits, il n’y a pas de place pour des décisions faibles et des compromis durant cette cinquième Conférence d’examen; c’est évidemment le cas pour des raisons d’ordre éthique, mais aussi, en premier lieu, en raison des obligations légales contractées par les États parties de la CCAC (Convention sur certaines armes classiques, ndlt). Dans ce contexte, je voudrais aborder en particulier trois questions principales:

    1) Armes incendiaires. Depuis l’adoption du Protocole III d’il y a 35 ans, l’utilisation répétée d’armes incendiaires remet en question l’adéquation de cet instrument à la réduction des souffrances humaines. Les armes incendiaires peuvent infliger des blessures cruelles et durables sans distinction entre civils et combattants. Elles peuvent déclencher des flammes incontrôlables qui détruisent souvent des propriétés civiles et des infrastructures vitales.

    Quelles mesures pouvons-nous prendre pour remédier à cette insuffisance ? La réponse est claire: nous devons commencer à travailler en 2017 dans la CCAC pour fournir un examen technique et juridique honnête des dispositions contenues dans le Protocole III. À cet égard, le Saint-Siège estime que, outre le fait que l’utilisation de toute arme doit être conforme aux règles du droit international humanitaire, c’est l’utilisation d’armes incendiaires ainsi que l’ampleur de leurs effets sur les personnes qui devraient être réglementées ou interdites, quel que soit le but pour lequel les armes sont principalement conçues.

    2) Armes explosives dans les zones peuplées. L’expérience tragique des conflits dans le monde entier montre que l’utilisation d’armes explosives ayant des effets considérables dans les zones peuplées a un impact humanitaire dramatique et à long terme. Les armes explosives détruisent les logements et les infrastructures vitales telles que les hôpitaux, les écoles, les systèmes d’approvisionnement en eau et électricité, laissant beaucoup trop de gens pris au piège dans un cycle de violence. En outre, ces armes laissent souvent des restes explosifs de guerre, qui peuvent tuer et blesser des civils pendant des décennies après que les hostilités ont fini.

    Madame la Présidente,

    Certaines statistiques illustrent mieux cette réalité tragique: en 2015, lorsque des armes explosives ont été utilisées dans des zones très peuplées, 92% des personnes tuées ou blessées étaient des civils, les enfants et les femmes étant les plus touchés (OCHA, 2016). Avec les deux tiers de la population mondiale qui devrait vivre en milieu urbain d’ici à 2030 (rapport ONU Habitat, 2016), ces chiffres sont assez solides pour remettre en question la réserve des dommages collatéraux. Le nombre de victimes civiles doit soulever de graves questions morales et juridiques: la CCAC a l’obligation de faire face à ces nouvelles réalités et de prendre des décisions audacieuses visant à protéger les infrastructures civiles indispensables à la vie dans la dignité.

    3) Systèmes d’armes autonomes mortelles (LAWS). Le Saint-Siège a déjà présenté au Groupe informel de la CCAC un document de position et un document de travail pour exprimer ses vues et ses graves préoccupations concernant la tendance croissante à la déshumanisation de la guerre. Prendre les humains « hors de la boucle » pose des questions juridiques, éthiques et humanitaires importantes, principalement en raison de l’absence d’implication humaine significative dans la sélection et l’attaque des cibles et dans la décision sur la mort et la vie, une lourde responsabilité pour un être humain qui implique un raisonnement moral pour lequel la personne humaine, seule, est adaptée et responsable.

    À cet égard, le Saint-Siège apprécie le travail récemment mené dans le cadre de la CCAC et demande instamment que les recommandations du Groupe d’experts soient approuvées, ce qui aboutira à la création d’un Groupe d’experts gouvernementaux. Compte tenu de l’urgence de la question, il sera crucial d’allouer suffisamment de temps et de ressources pour examiner cette question et entamer des négociations honnêtes.

    Dans le cas des LOIS, le Saint-Siège réaffirme sa position antérieure et répétée selon laquelle la prévention et l’interdiction sont la meilleure option.

    Madame la Présidente,

    La sécurité et la paix internationales sont mieux réalisées par la promotion d’une culture du dialogue et de la coopération, et non par une course aux armements. Les civils supportent toujours le prix le plus élevé de la guerre alors que les industries d’armement en profitent. Jusqu’à ce que cette logique malheureuse soit changée, il nous incombe de réduire au moins les souffrances humaines causées par les conflits armés. Mais nous, Etats parties, devons nous efforcer de faire plus que cela. Notre objectif devrait être un monde où la paix et la non-violence sont la norme. La CCAC peut faire partie de ce noble objectif si elle prend des décisions justes et opportunes au cours de cette cinquième Conférence d’examen.

    Merci, Madame la Présidente.

    © Traduction de Zenit, Constance Roques

     source ZENIT.org
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