• LE CHARISME et LA MISSION DU FRANCISCAIN SECULIER - CIOFS

    CIOFSLE CHARISME, LA MISSION

    DU FRANCISCAIN SECULIER


    Je vous propose et ce avec l'autorisation de la Présidence du CIOFS - Conseil International de l'OFS, des extraits du programme de formation pour les formateurs, je remercie Benedetto Lino ofs, pour cette opportunité.


    Benedetto Lino, OFS
    (Responsable de la formation initiale pour le CIOFS)

     

       

     

     

     

    Le Charisme

     

    ·          Les Charismes

    ·          Charisme du fondateur et de l’Institution

    ·          Le Charisme de Saint François

    ·          La spiritualité franciscaine (religieux apostoliques, religieuses
                    contemplatives, laïcs séculiers apostoliques).

    ·          La spiritualité franciscaine dans son expression séculière.

     

    La Mission

     

    ·         Va François et répare ma maison” dans la trilogie franciscaine

    ·         Missio in nomine Ecclesiae” au sein des Associations publiques de Fidèles

    Incarner aujourd'hui, dans la vie et dans la mission de l'Église, le charisme propre de Saint François” (Reg 1): “Ils seront donc reconnus dans l'Église pour leuridentitédont découle leur mission particulière.” (Const. Gen. 100).

    ·          Vivre en communion avec l’Eglise et dans le monde.

     



    LE CHARISME

     

    C’est une constatation commune que, tous, nous sommes constitués de manière à nous sentir naturellement “portés” vers certaines choses plus que vers d’autres, que nous sommes attirés vers certaines modalités plus que vers d’autres.

    Ce fait d’être portés vers est déjà un don : c’est le don de sentir la réalité de la vie et du monde qui nous entoure, d’une manière spéciale, typique. C’est une manière spécifique d’appréhender le réel. C’est de ce sentir que naît une praxis, une manière de se comporter, notre “goût”.

    En réalité, nous pouvons déjà parler de charisme, d’un germe que Dieu a déposé de manière constitutive en nous pour "être celui qui de cette manière" réalise pleinement le projet de Dieu sur lui.

    Le Concile lui-même a orienté la théologie des charismes à considérer le potentiel de richesse dans l’Esprit déjà offert à l’état embryonnaire dans les dons naturels. Il s’agirait donc de découvrir et de valoriser ce que Dieu a déjà donné de manière constitutive à chacun de nous.

     

    La Règle de l’OFS nous exhorte en disant (article 1):

    Parmi les familles spirituelles suscitées par l’Esprit Saint dans l’Eglise, la famille franciscaine réunit tous les membres du Peuple de Dieu, laïcs, religieux, prêtres, qui reconnaissent en eux un appel à suivre le Christ sur les traces de saint François d’Assise.

    En des formes et des expressions diverses, mais en communion et réciprocité vitale, ils veulent incarner aujourd’hui, dans la vie et la mission de l’Eglise, le "charisme" de leur Séraphique Père commun.

     

    C’est pourquoi, nous Franciscains, nous devons TOUS porter le “charisme de François”, non le nôtre. Cela se déduit au moins du texte.

     

    Qu’est donc le charisme et, en particulier, le charisme de François?

     

    Pendant des siècles, après l’ère apostolique, on n’a plus utilisé le mot charisme. Il a été, pendant longtemps, réservé pour désigner les dons exceptionnels de l’Esprit Saint pour l’édification de l’Eglise des origines. Ce terme a recommencé à être utilisé au siècle passé et est devenu d’usage assez courant peu avant le Concile Vatican II. Depuis, bien que le Concile en ait fait un usage discret, l’utilisation du mot charisme est devenue presque omniprésente: tout le monde parle de charisme et tout est devenu charisme! Pour cette raison, il est important de clarifier comment ces concepts doivent être compris correctement.

     

    Nous écoutons à présent l’Eglise, son enseignement sur les Charismes:

     

    799. Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont, directement ou indirectement, une utilité ecclésiale, ordonnés qu’ils sont à l’édification de l’Eglise, au bien des hommes et aux besoins du monde.

     

    800. Les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Eglise. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ ; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes.[1]

     

    801. C’est dans ce sens qu’apparaît toujours nécessaire le discernement des charismes. Aucun charisme ne dispense de la référence et de la soumission aux Pasteurs de l’Eglise. "C’est à eux qu’il convient spécialement, non pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon"[2], afin que tous les charismes coopèrent, dans leur diversité et leur complémentarité, au "bien commun" (1Co 12, 7)[3].

     

    2684. Dans la communion des saints se sont développées tout au long de l’histoire des Eglises diverses spiritualités. Le charisme personnel d’un témoin de l’amour de Dieu pour les hommes a pu être transmis, tel "l’esprit" d’Elie à Elisée[4] et à Jean-Baptiste[5], pour que des disciples aient part à cet esprit[6]. Une spiritualité est aussi au confluent d’autres courants, liturgiques et théologiques, et témoigne de l’inculturation de la foi dans un milieu humain et son histoire. Les spiritualités chrétiennes participent à la tradition vivante de la prière et sont des guides indispensables pour les fidèles. Elles réfractent, dans leur riche diversité, la pure et unique lumière de l’Esprit Saint.

    (du Catéchisme de l’Eglise Catholique)

     

    Cette dernière définition ouvre les thèmes suivants qui nous concernent de très près, à savoir: le charisme du fondateur et ce qu’on appelle aujourd’hui le charisme de l’Institut ou des membres de l’Institut.

     

     

    Le Charisme du (des) fondateur.

     

    C’est le don (ou les dons) particulier accordé par Dieu à un croyant qui le conduit à la fondation d’un Institut ou d’un mouvement religieux et qui inclut une manière d’être spécifique à travers des expériences spirituelles exclusives accordées par Dieu.

     

     

    Le Charisme de l’Institut ou des Membres de l’Institut.

     

    C’est la mission spécifique, la finalité, la tâche apostolique des membres d’un Institut, transmise par le Fondateur, qui, par son exemple et sa vie, entraîne et convainc les autres à le suivre.

    Les membres reçoivent la grâce particulière de la vocation à suivre cette expérience de vie et, d’une certaine manière, à être associés au charisme du Fondateur.

     

    Le charisme du Fondateur se "transmet" donc à ses disciples. Nous disons, par exemple, que le charisme de François a été transmis aux membres de la Famille Franciscaine, et donc aussi aux Franciscains Séculiers directement par François.

    Mais comment le don personnel (charisme) d’un fondateur peut-il se transmettre ? Comment le Fondateur lui-même peut-il le transmettre ? Cela ne provient-il pas directement de Dieu ?

    La personnalité charismatique d’un Fondateur est certainement non répétable. Ce n’est pas pour autant que son expérience est destinée à rester confinée à la période à laquelle le fondateur a vécu. C’est alors que, d’une certaine manière, se réalise une forme de canalisation de son charisme pour que l’irrépétable se fasse répétable. L’Institution (ou Règle) religieuse offre ce canal qui, d’une certaine manière, véhicule et rend disponible et accessible le charisme du Fondateur dans l’histoire. (K. Rahner).

     

    En particulier, il nous semble voir une certaine, et non des moindres, analogie entre l’Incarnation et son prolongement dans l’Eglise, et le Charisme et son prolongement dans les disciples d’un Fondateur: c’est toujours par l’Esprit, et par sa Grâce, que se réalisent l’un (prolongement de l’Incarnation dans le fidèle – Baptême) et l’autre (prolongement du charisme dans les disciples – Profession).

    Ainsi peut être répété, se prolonger dans les disciples ce charisme du Fondateur, dont l’Esprit Saint a voulu doter l’Eglise et le monde pour la réalisation du dessein eternel de Dieu.

     

    Revenons à François. Quel était, ou mieux, quel est son charisme?

     

    Il est difficile d’être exhaustif ou de codifier en quelques phrases, le don vivant d’un charisme, la vitalité d’une manière d’être, François en est l’exemple vivant. Tous ceux qui se sont mis à la recherche du charisme de François n’ont jamais donné de définitions totalement univoques. Chacun en perçoit une tonalité différente et souligne des accents particuliers. Est éclairant à ce sujet ce que François lui-même nous propose quand il nous explique qui est le vrai et parfait frère mineur (Miroir de la Perfection 85, FF 1782). Il ne nous offre pas une définition des vertus vécues par le frère mineur, mais il nous indique plutôt des personnes vivantes et concrètes pour mieux comprendre.

     

    Il doit exister pourtant un noyau fondamental, qui bien que perçu diversement, reste pour toujours caractéristique de l’unicité de son charisme.

    Même sur ce thème, il n’y a pas de complète uniformité d’opinions. Dans cet enseignement, nous ferons référence de manière particulière aux intuitions d’un grand ami de l’OFS, Fr. Cristoforo Piacitelli OFM.[7]

     

    Le Charisme de François et de sa Famille

     

    La mission à laquelle François est appelé revêt un caractère exceptionnel et, pour ce qu’on en sait, par cette indication précise elle est restée unique dans l’histoire de l’Eglise.

     

    A mission exceptionnelle, charisme extraordinaire pour l’accomplir, et cela ne peut pas consister seulement en une ou plusieurs vertus vécues de façon héroïque, mais dans un don totalisant qui qualifie la vie de façon existentielle, dans ses expressions multiformes.

     

    Saint Bonaventure écrit que François “par une imitation parfaite, s’est efforcé d’être conforme vivant au Christ vivant; mourant au Christ mourant, et mort au Christ mort, et il mérita l’honneur de porter de manière visible dans son propre corps l’image du Christ” (FF 1240).

     

    Mais quelle est la caractéristique existentielle du Christ qui en a été la substance, et a défini sa vie ? Celle de Fils (NMI 24). Sa personnalité est filiale; la qualité filiale est la détermination ultime qui pénètre dans la profondeur de son mystère.

    Alors, si François a été défini comme un “autre Christ”, le Christ qu’il incarne et exprime ne peut être que le Christ à la personnalité filiale.

     

    Il est donc raisonnable et fondé de penser que le charisme dont l’Esprit Saint a enrichi François est l’expérience vitale et totalisante de se sentir réellement fils entre les mains du Père céleste, comme Jésus-Fils, avec toutes ses conséquences.

    Il ne s’agit pas du fait d’être fils de Dieu comme cela se réalise pour tout chrétien par le Baptême qui le greffe dans la famille de Dieu, mais bien l’être de fils comme don tout spécial par lequel sont devenus réellement siens les sentiments mêmes de Jésus-Fils qui s’est fait pauvre, a assumé la condition d’esclave, fut obéissant jusqu’à la mort de la croix, œuvrant toujours en harmonie avec le Père (Ph 2,5-8)

    Ainsi, par don, François arrive à penser avec un esprit de fils, à voir avec des yeux de fils, à aimer avec un cœur de fils, à agir avec un abandon et un dévouement de fils. Dans le Père, toutes les créatures, animées et inanimées, sont pour lui des frères et des sœurs. Et ceux qui voudront s’unir à lui ne pourront que donner vie à une Fraternité qui vive sous le regard du Père céleste.

    En raison de ce don très particulier qui le configure au Christ fondateur de l’Eglise, François pourra être “réparateur” de l’Eglise (mission).

     

    Son charisme, en son noyau fondamental, consiste donc en une forte et radicale expérience filiale qui s’exprime dans une disposition consciente et joyeuse, amoureuse et confiante et se concrétise dans un comportement serein et responsable toujours disposé à accomplir la volonté du Père céleste, à laquelle, il avait l’habitude de dire, “je veux seulement, constamment et en tout me trouver consentant, obéissant et docile” (FF 504), comme Jésus-Fils, qui affirmait que faire la volonté du Père et accomplir Son œuvre, était sa nourriture (Jn 4, 34).

     

    Le grand Don particulier que François a reçu dans ce contexte, a été de percevoir, et de vivre de manière exceptionnelle, et pour lui fondatrice, l’humilité de Dieu dans le Fils, son don de soi total, son humble abaissement.

    Il en a perçu, comme nul autre et avec une intensité totale, son abaissement, son dépouillement, son mouvement de totale donation (kénose), comme cœur et fondement essentiel du projet eternel de Dieu pour ses créatures, qui sont l’Objet éternel de Son Amour.

    Humilité sublime, humble sublimité, quand le Seigneur s’abaisse sous une aussi humble apparence de pain etc. (Lettre au Chapitre, 27; FF 221)

     

    François a reçu le Don de se fonder sur l’intuition de cette réalité.

    Dieu a voulu que François perçoive, comme jamais encore, son essence humble, la profondeur de son amour sans réserve, sa pauvreté, la simplicité avec toutes les conséquences qui en dérivent dans la pratique de la vie.

     

    Son modèle, l’interprète, le médiateur de cette réalité de l’amour de Dieu qui se donne tout entier, Celui qui réalise et incarne ce Projet éternel, et en est l’unique voie, vérité et vie, c’est le Fils, Celui qui nous a rendu visible, audible et palpable le Père (1Jn 1, 1-4, et Jn 14, 8-11)

    François n’a d’yeux, de cœur et d’esprit que pour Jésus, il en contemple le don de soi, l’abaissement, l’anéantissement par amour, dans toute l’Incarnation, à la crèche, à la croix, dans l’Eucharistie.

     

    François comprend l’Incarnation, l’humanisation (humus – d’où vient humble), ce fait d’entrer dans ce qui constitue la matière de la terre, la matière même du créé, comme un partage vital d’amour de Dieu dans la matière même du créé. Et de là découlent toutes les conséquences typiquement franciscaines, concernant le respect profond de toutes les créatures, animées et inanimées, qui sont (justement à cause de ce partage vital -de vie-) frères et sœurs du Christ lui-même et donc, nos frères et sœurs.

     

    Dieu lui a donné le don de ce sentir et, en même temps, la grâce de chercher sans cesse et d’obtenir une entière conformation au Fils, jusqu’à lui imprimer dans la chair les signes de la Passion du Christ.

    C’est dans ce sens que se comprend l’affirmation des papes présentant François comme alter Christus, un “autre Christ”. François n’est pas le Christ. Tout en restant toujours autre, il est cependant devenu christiforme à un niveau de perfection jamais atteint.

    Voilà donc le don. Voilà le charisme.

     

    François s’est laissé guider, former, sculpter par cette grâce du don, avec pleine et délibérée adhésion de volonté et docilité: je le veux, je le demande, je désire le faire de tout mon cœur! (1Cel IX, 22; FF 356)

     

    De ce charisme planté par Dieu dans l’être de François, sont nées ensuite des pratiques, un mode spécifique d’être et de se référer à Dieu, des modalités, une spiritualité, précisément la spiritualité franciscaine, ou mieux encore, saint-franciscaine, caractérisée de manière particulière par:

     

    Une très intense vie eucharistique (contemplation de la kénose),

    La pauvreté (conséquence de la kénose),

    La minorité – humilité (conséquence de la kénose),

    La simplicité[8],

    L’obéissance (volonté de se conformer au projet éternel du Père)[9],

    Lachasteté (Dieu se donne tout entier; que peut-on vouloir d’autre, Dieu seul suffit, il n’y a plus de place en nous après l’irruption de la plénitude de Dieu dans notre vie. En lui nous sommes rendus capables d’aimer tout homme bien plus et bien mieux).

    La fraternité, comme élément caractéristique spécifique, aussi dans son acception universelle et cosmique, qui se réalise d’une manière spéciale dans les Fraternités, comprises comme lieu de partage de vie, avec ses compagnons et ses fils spirituels.

    La radicalité évangélique franciscaine, comme chemin spécifique de saint François à suivre le Christ total avec simplicité et à la lettre (sine glossa).

     

    Tous les fils de François (1er, 2ème, 3ème Ordre) participent à cet exceptionnel don-charisme, "appelés" à en continuer la mission au long des siècles. Pour tous, François est l’inspirateur et le point de référence. Pour tous il demeure le maître et le modèle; il leur indique aujourd’hui encore la voie à suivre pour vivre consciemment leur vocation et remplir de façon responsable et efficace la mission qui leur est confiée en la personne de François. Pie IX le rappelle dans sa prière au tombeau de saint François: “L’œuvre réformatrice vient de vous, et elle est confiée à vos enfants qui ont bien répondu à cette haute tâche” (8/5/1857).

     

    Après ce bref exposé du charisme, nous pouvons à présent reprendre le propos déjà commencé sur “Vocation spécifique franciscaine”.

     

    Si nous nous sentons portés, d’une manière encore indistincte pour nous, vers François, nous devons avoir la finesse de ne pas nous arrêter à ce niveau nous basant uniquement sur une sympathie sentimentale, sur la tendresse qu’il suscite en nous.

    Cela n’est pas nécessairement une véritable vocation.

    Ceci est une aide de Dieu pour nous ré-orienter vers Lui, de manière “générique” mais pas encore “spécifique”.

     

    Une vraie vocation “spécifique” exige que je comprenne les raisons profondes de cet “attrait” vers François. Elle exige que je me mette à la recherche du “Christ de François” et, comme lui, que j’en retrouve les mêmes réalités que lui a trouvées et sur lesquelles il a fondé sa manière d’être et de servir. Si je trouve tout cela, voici que je découvre en moi le germe du charisme, qui est un don dynamique.

    Si je trouve le Dieu humble, le Dieu simple, le Dieu serviteur, le Dieu dépouillé, et si je le trouve dans le Fils, et si le trouvant, non seulement j’en fais un objet de réflexion intellectuelle, mais je réussis d’une certaine manière à en faire le fondement de ma pratique comme François, alors, c’est une vocation franciscaine.

     

    Ce don qui était déjà en moi en germe, devient manifeste selon le projet éternel de Dieu sur moi. Je me découvre comme existant pour suivre cette exemplarité que Dieu m’a donnée dans l’histoire, qui est François d’Assise.

     

    Le charisme même de François se révèle progressivement en moi, se manifestant aussi de manière substantiellement personnelle comme celui qui s’adapte à ma personnalité.

    Mon regard sur François me permet de mieux définir mon charisme dans le sien, et devenir un continuateur efficace de la mission qui lui a été confiée par Dieu.

     

    Si nous avons fait un juste discernement, nous devons cependant nous assurer que notre engagement à réaliser pleinement la vocation ne faiblisse jamais.

    Une véritable vocation n’est pas compatible avec l’apathie, avec la lassitude du train-train de la vie quotidienne. Si nous nous retrouvions dans une situation semblable, cela pourrait signifier ou bien que nous avions une vraie vocation mais nous ne l’avons pas réalisée, ou alors que, de fait, nous n’avions pas cette vocation.

    Il n’y a rien de pire que d’être mal chaussé. Avant qu’on se l’imagine, on commence à avoir mal aux pieds, et celui qui s’obstine à continuer de porter ces mêmes chaussures, risque de se déformer les pieds et de ne plus réussir à marcher. A cette étape, il convient de changer de chaussures sous peine de ne plus arriver à marcher du tout. Seules des chaussures ajustées pourront nous conduire où nous devons aller !

     

    En résumé

    §  Le charisme de François est le Charisme que Dieu lui a donné à lui!

    • Dieu l’a suscité en François pour qu’il puisse rénover l’Eglise, la ramenant à ses racines apostoliques, et constituer un impérissable et parfait modèle d’imitation du Christ. Dieu l’a suscité en François également pour qu’il puisse être le fondateur d’une Famille qui en suive les traces pour continuer sa mission.
    • Dieu a mis en nous un germe constitutif, qui est déjà un charisme spécifique, un patrimoine, pour ainsi dire génétique, existentiel, qui nous appartient, et qui, s’il est soutenu et développé, se réalise.
    • François nous aide à le découvrir, à le choisir, à le définir, à le développer.
    • Dieu a constitué François son sacrement et, pour ainsi dire, notre charisme.

     

    En embrassant la forme de vie de François (chacun selon son état de vie), à travers la Profession, acte ecclésial public, solennel et perpétuel, nous recevons de manière constitutive son charisme.

     

    Recevoir son charisme” signifie donc:

     

    ·         recevoir François comme notre modèle, notre constant inspirateur, notre père spirituel. D’une certaine manière, le fait de l'accueillir nous donne de recevoir son esprit, d’une façon semblable à la double part de l’esprit d’Elie demandée par Elisée (2R 2, 9);

     

    En même temps que le charisme de François,  nous recevons aussi des dons fondamentaux pour réaliser pleinement notre vocation et la mission selon la modalité franciscaine :

     

    ·         une Grâce spéciale que, d’une certaine façon, Dieu donne à ses fils et filles, pour les aider et les habiliter à ce type de sequela et de mission. C’est une forme de grâce d’état, qui découle de la Profession, propre et véritable alliance nuptiale avec Dieu pour la vie. Cette Grâce est le don de l’Epoux: nous donnons notre vie, Lui, donne la sienne. La Profession est un acte liturgique: elle réalise donc ce qu’elle signifie. Par conséquent, un don spécial de grâce accompagne assurément cette consécration ultérieure.

     

    ·         L’intercession, pour dire ainsi, constitutive de saint François, de qui nous devenons, dans tous ses effets, des fils spirituels.

     

    ·         L’insertion dans la communion vitale réciproque de toute la Famille Franciscaine d’aujourd’hui et de tous les temps.

     

    Ce nouveau patrimoine, cette nouvelle “dot”, va évidemment s’ajouter à tous ces dons particuliers qui sont les miens, “mes charismes” personnels et qui font de moi cet être unique non répétable, que Dieu a pensé de toute éternité.

     

     

    LA MISSION

     

    Après avoir parlé du charisme, s’impose maintenant d’aborder, aussi brièvement que ce soit, la mission de saint François: Réparer la Maison-Eglise.

     

    Cette “mission” de François, apparemment si générique et, pour ainsi dire, totalisante est, en réalité, le “spécifique de François.

    Ce fut le même Jésus Christ qui lui indiqua sa mission quand, dans la petite église de saint Damien, il “entendit avec les oreilles du corps une voix descendre vers lui et lui dire par trois fois: François va et répare ma maison qui, comme tu le vois, est tout en ruine” (FF 1038).

     

    A cette heure-là, en François, etait toute la famille franciscaine.[10]

     

    Comment se répare une maison? Avec les mêmes éléments, avec les mêmes matériaux avec lesquels elle a été construite!

    Mais qu’est la Maison-Eglise? Elle est le Corps du Christ. En elle, Christ est la tête et nous les membres.

    Mais si la maison est le Corps du Christ, elle ne pourra être réparée qu’avec le Christ lui-même, par son Esprit!

     

    La Maison-Eglise, Corps du Christ, est saine quand celui qui la regarde, qui l’habite, voit Jésus et, voyant Jésus, voit et “perçoit” le Père. “Montre-nous le Père et cela nous suffit”. “Qui me voit, voit le Père” (Jn 14, 8-9). Voir le visage du Christ, chemin, vérité et vie, (NMI 16 et ss.), signifie cheminer vers le Père, signifie voir le Père.

    Nous voulons voir Jésus” (Jn 12, 21).

    C’est ce que demandait l’homme du 1er siècle, c’est ce que demande l’homme du XIIIème siècle.

    C’est ce que demande l’homme du XXIème siècle. C’est ce que demande toute créature, toujours.

    Et voilà que nous, en regardant François, nous voyons le Christ! François est devenu sacrement du Christ. Et le Christ nous conduit au Père.

    Pour cela Dieu a voulu constituer François comme alter Christus, dans une conformation, pourrions nous dire, totalisante pour qu’il soit habilité à accomplir intégralement, et avec le matériau juste, la mission que Dieu lui a confiée.

    Nous aussi, nous devons prendre ce chemin et réaliser en nous cette conformation, sans laquelle il sera impossible de réaliser la mission. Nous aussi, comme François, sommes appelés à devenir sacrement du Christ ! Qui nous voit, doit voir le Christ !

     

    Nous aussi nous devons, pour cette raison, redécouvrir dans notre charisme la centralité de la figure du Père céleste et en valoriser l’importance pour notre chemin spirituel et pour l’actualisation de la mission.

    C’est le chemin que François, guidé par l’Esprit Saint, a parcouru et que nous devons parcourir. S’en suit l’engagement à nous sentir et à nous comporter en fils authentiques, pour découvrir la richesse infinie de la Paternité divine et y puiser la capacité d’aimer, de donner, de pardonner.

    C’est Jésus qui veut que le Père devienne norme et modèle, inspiration et but du comportement des hommes. “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48 – NMI 31). L’invitation se charge de signification particulière et de responsabilité pour nous, fils de François, que l’Esprit a enrichis du charisme spécial de la filiation. Cela exige d’être configurés au Fils et de nous mettre à son écoute, avec un cœur filial, quand Il nous parle du Père et nous propose les attitudes à imiter.

    A nous de les assimiler et de les vivre à l’exemple et avec le soutien de l’Eglise et en avertissement pour le monde.

     

    Nous comprenons donc qu’il n’y a pas de cercles exclus de la mission du Franciscain séculier. L’objet de la mission est toute l’Eglise, et avec elle, le monde entier. Le Franciscain séculier devra comme François se rendre disponible chaque fois que l’Eglise l’appelle, chaque fois qu’il y a quelque chose à “réparer”, peu importe quoi. Les champs d’action sont illimités: réconciliations à favoriser, souffrances à soulager, solitudes à remplir, désespoirs à consoler, exclusions à combattre, pauvretés matérielles et spirituelles à combler, respect de la vie et de la nature, jeunes à aimer et à accompagner, catéchiser, animer la Liturgie, soutenir les communautés chrétiennes en tout ce qui sert, etc. Il n’y a pas de limites !

    A nous de savoir comprendre où Dieu et l’Eglise nous appellent à servir.

     

    Alors nous nous apercevons que le charisme, non seulement habilite à accomplir la mission, mais l’anime et la guide en la rendant spécifiquement actuelle et efficace.

     

    Et les fils de François doivent en continuer la mission ! Quelle responsabilité !

     

    En y pensant on reste déconcerté! Il nous vient spontanément à l’esprit de dire: Seigneur, peut-être t’es-tu trompé.

    Non, le Seigneur ne se trompe pas. Rien n’est impossible à Dieu !

     

    Les paroles de frère Masséo nous reviennent à la mémoire quand il demandait à François: pourquoi tous viennent-ils derrière toi ? Et la réponse de François: parce que le Seigneur n’a trouvé personne de plus vil que moi !

    Eh bien oui, le Seigneur construit sa maison, avec nous aussi.

    Nous devons seulement être ses dociles collaborateurs.

     

     



    [1] Cf. 1Cor 13

    [2] Lumen Gentium 12

    [3] CfL 24

    [4] 2 Re 2, 9

    [5] Lc 1, 17

    [6] PC 2

    [7] Cristoforo Piacitelli OFM, “La spiritualité du Franciscain Séculier”, page 42-54, Imprimé, 2008

    [8] Tout peut, et doit, se ramener à l’unique et simple acte d’amour de Dieu: se donner tout entier. De là l’insistance de François sur ce sine glossa, qui n’est pas aversion de l’étude mais, simplement, exhortation à garder l’essentiel, la simplicité de Dieu, en évitant tout ce qui, en le compliquant à nos yeux, nous le rend moins compréhensible, moins perceptible, plus lointain. Si, à travers mille “distinguo” et précisions, nous nous éloignions de la chaleur enflammée de l’Amour, de l’unique commandement qui est celui de l’Amour, qui est l’essence même de Dieu, et qui nous pousse (Caritas Christi urget nos, 2Co) à être comme Lui (soyez parfaits comme votre Père est parfait; soyez saints parce que Dieu est saint), ce même Amour en vient à se coaguler, il se cristallise en cascades de commandements, de préceptes, de normes toujours plus froides, toujours plus solidifiés et incapables de générer la vie.

    [9] Une caractéristique essentielle de la spiritualité de François c’est son obéissance à l’Eglise. Il reconnaît en elle la présence de l’Esprit du Christ en plénitude. Son obéissance à l’Eglise et à ses représentants est totale et il ne cesse de recommander à ses frères d’être “catholiques”. L’Eglise est pour François la médiation sûre à travers laquelle il reçoit la confirmation que le chemin entrepris est le bon. Ses pasteurs consacrés, les prêtres, sont l’objet de sa vénération ; en cela François est enraciné dans la foi, il n’y a pas d’Eglise sans Eucharistie et il n’y a pas d’Eucharistie sans ceux qui consacrent le Corps et le Sang du Christ.

    [10] Paul VI nous le rappelle: “la vision d’Innocent III, de François soutenant la basilique du Latran, c’est-à-dire l’Eglise, Corps mystique du Christ dans son expression historique et centrale, unitaire, hiérarchique et romaine, a annoncé la vocation et la mission de la grande famille franciscaine” (au Chapitre Général OFM, 23/6/1967)

    Il le confirma aux franciscains séculiers, leur reparlant de la vision d’Innocent III: “Nous espérons et avons confiance, que vous spécialement, chers tertiaires, serez cette épaule puissante qui soutient l’Eglise visible et humaine(19/5/71)

    François répara l’Eglise “non par voie de critique, mais par voie de sainteté”. “Son charisme et sa mission prophétique furent de démontrer concrètement et de façon exemplaire que l’Evangile est confié à l’Eglise, et qu’il doit être vécu et incarné pleinement et de façon exemplaire dans l’Eglise et avec l’assentiment et le soutien de l’Eglise” (Jean-Paul II, Message Veillée franciscaine à St Pierre, 2/10/1982).

    Cf. Fr. Cristoforo Piacitelli OFM, “Avec Saint François dans le monde pour le monde”, page 13, Collana Tau 2003.

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