• LE GRAND ÉCART:PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE -6 (TDN)

     (doc. 6)

    LE GRAND ÉCART:
     PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE

     

    La Table de pastorale sociale des diocèses du Québec

     

    Lors des célébrations eucharistiques, les célébrants expriment la prière: «Le Seigneur est avec vous». Nous pouvons nous demander si les membres des communautés chrétiennes veulent vraiment faire communion avec les personnes souf­frantes, blessées, appauvries ou qui subissent des exclusions? Nous prônons la communion entre nous ... mais, concrètement, comment la vivre ? Comment accueillir ceux et celles qui, selon nos rè­gles, sont en dehors de l'Église? Comment vivre en Église une réelle expérience de communion? Tout en tenant compte de notre meilleur héritage d'Église, quelles pistes neuves pouvons-nous inventer, pour associer davantage les gens à l'eucharistie ? Voilà des interrogations que notre groupe, formé de respon­sables de pastorale sociale des diocèses du Québec, aimerait voir traiter lors du 4e Congrès eucharisti­que international de Québec.

    Nous croyons que l'eucharistie vécue en Église doit amener à reconnaître ce qui est destructeur pour l'être humain et pour les peuples. Nous pensons ici à la domination d'une personne par une autre, d'un peuple par un autre; de tels comportements ne peu­vent conduire à des relations harmonieuses. L'eucha­ristie doit aussi permettre d'exprimer notre indigna­tion, pour revitaliser nos tiédeurs devant des absur­dités commises, devant de grands problèmes so­ciaux. Les grandes souffrances vécues par des peu­ples sur notre planète doivent faire partie de nos partages et de nos analyses sociales pour nous per­mettre de nous solidariser et de proposer des solu­tions qui prônent la justice sociale, la recherche du bien commun.

    Les problèmes majeurs que vivent les humains doivent trouver écho au sein de nos Églises. Et pen­sons ici aux milliers de femmes et enfants qui sont victimes du trafic encore en ce monde; aux 40 mil­lions de personnes qui sont victimes du SIDA; aux 630 millions de sans-abri de par le monde; aux 824 millions qui souffrent de la faim; aux rapports tou­jours inégaux entre les hommes et les femmes; au terrorisme; à la guerre en Irak; à la dette des pays en voie de développement; à l'écart de revenu entre les pauvres et les riches; aux nombreuses fermetures d'usines et pertes d'emplois; au droit à la santé, au travail, à un revenu décent, et encore ... Comment expliquer que l'on accorde si peu d'espace dans nos eucharisties à ces différents enjeux sociaux qui pré­occupent nos populations dans l'ensemble des acti­vités des communautés paroissiales ?

    À son époque, le prophète Amos exprimait du­rement la coupure existante entre la pratique du culte et celle de la justice : « Éloignez de moi le tapage de vos cantiques; que je n'entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais! Amos (5, 23-24) ». L'im­portance du lien indissociable avec Dieu et celui d'avec les humains était affirmée. Ce cri devrait-il être. redit aux chrétiens d'aujourd'hui? Rappelons-­nous aussi l'affirmation forte de Jésus« Ce qui mon­trera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13, 34-35). Le vrai disciple Jésus ne sépare pas la pratique cul­tuelle de ses rapports avec les autres.

    Nous estimons que ce défi à surmonter l'écart entre la pratique du culte et la pratique de la justice peut s'expliquer du fait que beaucoup de catholi­ques vivent encore leur foi uniquement comme une relation individuelle avec Dieu, sans rapport avec leur vie en société. Devons-nous nous contenter seule­ment d'une éthique individualiste? L'avenir de l'Église et la pertinence de l'eucharistie passeront par la mise en place de solutions qui permettront de faire naître des chrétiennes et des chrétiens qui ne seront pas centrés uniquement sur leurs intérêts individuels, mais qui porteront, ensemble, des préoccupations et des engagements en vue de l'amélioration des conditions de vie de tous et de chacun.

    L'eucharistie, qui se veut "don de Dieu pour la vie du monde", s'inscrit dans une grande dynami­que d'accueil et de don. fi y a d'abord un moment pour s'ouvrir davantage à la vie reçue, à l'Autre, aux autres, pour nous permettre de revenir ensuite à l'en­semble de nos activités afin de donner de la vie en abondance. Nous avons la responsabilité de contri­buer à faire naître une foi incarnée dans le monde, dans la société et qui soit porteuse de changements pour le bien commun. Une foi qui se vit unique­ment dans le privé a peu à voir avec Jésus Christ et a peu de chance de durer ...

    Les vrais chrétiens et chrétiennes ont à dépasser cette conception trop limitée de l'eucharistie, du « fai­tes ceci en mémoire de moi» qui est malheureusement trop répandue. Le pain qui a nourri les disciples et celui qui a nourri les foules affamées est le même pain: c'est celui qui a révélé la volonté de Dieu de rassasier tous les affamés du monde. Jésus ne nous a pas invités à nous rappeler seulement le rite qu'il a instauré à la veille de sa passion, mais il nous a invi­tés à faire mémoire de lui en travaillant à la réalisa­tion d'une société où il n'y aura pas de personnes exclues.

    Revivre le Mémorial proposé par Jésus ne nous met pas à l'abri des conflits, des erreurs et des re­commencements, mais nous permet de vivre notre spiritualité en étant au service de relations réussies entre les personnes et entre les peuples. Afin de re­découvrir la profondeur de l'eucharistie et de faire advenir une Église davantage au service de la société, nous souhaitons grandement que le Congrès eucharistique international de Québec prenne en compte nos réflexions et nos questionnements.

    Jean-Paul Saint-Amand
    -----------------------------------------

    D'autres membres de la Table de pastorale sociale des diocèses du Québec ont signé ce texte.

    Louise Breton, Joliette

    Gilles Chauvin, Rouyn-Noranda

    Mario Dion, Gatineau

    Émile Duhamel, Valleyfield

    Jean-Yves Fortin, Sainte- Anne-de-la-Pocatière

    Lise Laroche, Sherbrooke

    Denis Lévesque, Rimouski

    François Malenfant, Chicoutimi

    Louise Meunier, Nicolet

    Martine Perron, Saint-Jérôme

    Daniel Pellerin, Saint-Jean-Longueuil


    La suite OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE? -7

    « OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE? -7 (TDN)UNE PRÉSENCE AU CŒUR DES DÉBATS DE SOCIÉTÉ -5 (TDN) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :