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    Le Pape défend une nouvelle architecture financière mondiale

    Le Pape s’est invité à la Casina Pie IV, au cœur des jardins du Vatican, où étaient réunis par l’Académie des sciences sociales des représentants de gouvernements et de banques du monde entier, des économistes dont le prix Nobel Joseph Stieglietz ou encore la directrice générale du FMI, Kristalina Giorgeva. Pointant du doigt les inégalités croissantes conduisant à des situations de violences sociales, le Pape a réfléchi avec eux à de nouvelles formes de solidarité.
     

    Marie Duhamel - Cité du Vatican

    «Nouvelles formes de solidarité vers l'inclusion fraternelle, l'intégration et l'innovation». Tel est l’intitulé de la journée d’échange et de travail organisé ce mercredi 5 février au Vatican. Sans que sa présence ne soit formellement au programme, le Pape a profité de la venue des économistes, de banquiers et des membres de gouvernements pour livrer sa vision du sujet  et invité les participants à revoir les politiques actuelles et à alerter les grands organismes de crédit internationaux pour parvenir à plus de solidarité et moins de pauvreté.

    Constat amer

    Car aujourd’hui, «le monde est riche et pourtant le nombre de pauvres augmente». Le revenu annuel moyen est de 12 000 dollars par personne et pourtant des centaines de millions de personnes sont encore dans une situation de pauvreté extrême, privées de logement, de soins, d’électricité ou d’eau potable. Le Pape évoque les cinq millions d’enfants en dessous de 5 ans qui vont mourir cette année à cause de la pauvreté. Toujours concernant les enfants, 260 millions d’entre eux n’iront pas à l’école par manque de ressources, en raison de la guerre, des migrations. A cause de ces mêmes raisons, poursuit François, des millions de personnes sont aujourd’hui victimes de la traite et de nouvelles formes d’esclavage, ne bénéficiant d’aucun droit et d’aucune protection.

    Le Pape dresse un constat amer, mais cela ne doit pas motiver le désespoir, au contraire il veut «susciter l’action». D’autant qu’il s’agit de «problèmes qui peuvent se résoudre» et que les ressources ne manquent pas. «Il n’existe pas de déterminisme qui nous condamne à l’inégalité universelle», répète par deux fois le Pape. Il note cependant deux problèmes : un manque de volonté et de prise de décision et la capacité de se laisser interpeller, de «laisser tomber les écailles de nos yeux».

    Revoir ses priorités

     

    «Un monde riche et une économie vibrante peuvent et doivent mettre fin à la pauvreté», martèle le Pape. Il convient de générer des dynamiques capables d’inclure et non d’exclure les pauvres. «Nous devons choisir à quoi et qui donner la priorité» dit François, «s’il faut favoriser des mécanismes socio-économiques favorables à tous ou, au contraire fomenter un système qui finit par justifier certaines pratiques qui ne font qu’augmenter le niveau d’injustices et de violences sociales».

    Pour le Pape, le niveau de richesse et de technique accumulées, ainsi que l’importante donnée aux droits humains «n’admettent plus d’excuses». Si François ne désigne aucun coupable, il exhorte à la responsabilité. Aujourd’hui, face à la pauvreté extrême, à elles seules les 50 personnes les plus riches du monde possèdent un patrimoine qui permettrait, selon lui, de financer l’éducation et l’accès aux soins de tous les enfants pauvres du monde, grâce à la philanthropie, en payant des taxes, ou les deux.

    Les structures du péché

    A la «mondialisation de l’indifférence», le Pape accole une expression de Saint Jean-Paul II «les structures du péché». Celles-ci trouvent «un climat propice lorsque le bien commun ne se limite qu’à des secteurs déterminés ou quand l’économie et la finance deviennent des fins en soi», sans n’être plus liées à la production et à l’économie réelle. Un phénomène que déplorait Aristote, tandis que l’Eglise - bien qu’elle reconnaisse les vertus des instituts financiers lorsqu’ils travaillent pour le bien commun et la justice sociale – sait qu’ils peuvent aussi être des structures du péché.

    Lorsque François parle «des structures du péché », il affirme que cela inclut les taxes que l’on coupe de manière répétée pour les personnes les plus riches au nom de l’investissement et du développement ; les paradis fiscaux où «cent mille millions de dollars s’accumulent chaque année» et la possibilité de corruption de la part des plus grandes entreprises au monde, «assez fréquemment en accord avec les politiques gouvernementales». Autant d’argent qui ne va pas aux plus pauvres.

    Or dans le même temps, le Pape constate que dans les pays les plus endettés, les personnes pauvres supportent une fiscalité «opprimante » et que les services sociaux subissent des coupes. Les dettes publiques peuvent devenir «un facteur qui nuit et porte préjudice au tissus social», estime François.

    Pour un allègement de la dette

    «Comme il existe des "co-irresponsabilités" (…) il existe aussi des coresponsabilités inspirantes et prometteuses pour créer un climat de fraternité et de confiance renouvelé qui propose des solutions innovatrices»… Car il faut avoir à l’esprit, dit François que «il n’y a aucune loi magique ou invisible qui condamne au gel et à la paralysie face à l’injustice.» Il n’existe pas non plus, souligne-t-il, «une rationalité économique qui présuppose que la personne humaine n’est qu’une accumulation de bénéfices individuels, étrangère à sa condition d’être social».

    Reprenant une intervention de Saint Jean-Paul II, jugeant juste de payer ses dettes mais illicite de faire payer des gens qui plongeraient alors dans la misère, le Pape François estime nécessaire, dans de tel cas, un allègement de la dette, voire son extinction. En adhérant aux objectifs du millénaire de l’ONU, les Etats se sont de surcroît engagés à se montrer solidaires (SDG 17,4).  Le Pape plaide pour de nouvelles formes de solidarité.

    L’armement, un milliard de dollars de perdu

    François parle des finances, de politiques économiques publiques ou multilatérales, mais il n’oublie pas une autres grande structure du péché : l’industrie de la guerre dont l’argent «sert la division et la mort». Chaque année, le monde perd un milliard de dollars en armement et en violence, affirme-t-il.

    Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme engageait ses signataires à prendre soin des pauvres et la bonne nouvelle, dit le Pape, c’est que les objectifs de 1948 sont aujourd’hui réalisable dans un monde bien plus développé et connecté. «Aujourd’hui, les droits économiques et un climat sur, voilà la mesure la plus élémentaire de la solidarité humaine».

    Des normes mondiales de taxation

    Le Pape demande les économistes prenant part au colloque, d’aider à «établir des normes de taxation mondiales», d’informer le public sur la situation économique et de conseiller les gouvernements. Ils leur demande également de «rappeler leur responsabilité» aux organismes multilatéraux de crédit pour qu’ils tiennent compte, lorsqu’ils fournissent leur conseils aux dirigeants du monde «des concepts élevés de justice fiscale, de budgets publics responsables dans leur endettement et, surtout, de la promotion effective des plus pauvres dans le tissu social» afin qu’ils puissent s’en sortir par eux-mêmes. Le Pape argentin revient sur la question de la dette: «Rappelez-leur qu'il leur incombe de fournir une aide au développement aux nations appauvries et un allégement de la dette aux nations lourdement endettées ».

    Une nouvelle éthique

    Une nouvelle éthique suppose non seulement la fin des structures du péché – les paradis fiscaux, l’évasion, le recyclage, mais également de dire aux nations «l’importance de défendre la justice et le bien commun au-delà de ceux des multinationales les plus puissantes qui finissent par faire suffoquer les productions locales» pour passer d’une logique «insulaire et antagoniste comme unique mécanisme autorités pour résoudre les conflits» à une autre logique «capable de promouvoir les interconnexions favorisant une culture de la rencontre et où se renouvelle les bases solides d’une nouvelle architecture financière internationale». 

    source  https://www.vaticannews.va/

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