• Les signes de temps - ccfmc

    Source: Le cours fondamental sur le charisme missionnaire franciscain

    Les signes de temps

    Tau-fam-franc.jpg « Entre le mystique et la pastorale sociale  - à propos de la situation actuelle de la théologie de la libération au Brésil»

    Ainsi était le thème d’une manifestation remarquable organisée dans le gymnase franciscain Kreuzburg à Grosskrotzenburg (Allemagne) le 24 juin 2010. L’invitation était de l’Œuvre franciscaine de Formation asbl en collaboration avec le Centre de Développement Franciscain et l’Initiative des lecteurs Forum Public. La grande salle du gymnase était remplie avec environ 300 personnes dont plusieurs jeunes. Un grand remerciement à l’invité de marque, Professeur Leonardo Boff du Brésil, qui est toujours en Allemagne le théologien le plus connu de la théologie de la libération. Mais certainement aussi son interlocuteur, Professeur Udo Schmälzle OFM, théologien pastoral à Münster et directeur pédagogique à Kreuzburg.

    Lors de la manifestation organisée comme un dialogue entre les deux théologiens, Leonardo étonna le public avec son ordre d’engagement. Son souci principal ne se trouve pas dans la théologie de la libération, mais plutôt la conservation et l’intégrité de la création constitue le grand défi de nos jours. Pour les familiers cela n’est pas étonnant, mais cependant il est connu, depuis des années, comme un avocat passionné de la Mère Terre, qui est exploitée sans merci. « Nous aurions besoin de trois fois la planète Terre, afin de permettre à tout le monde de jouir du standard de vie prôné par les sociétés de bien-être des riches nations industrialisées », dit-il. Il se souvient de la  charte de la terre, publiée voici bientôt dix ans. Modestement –comme il apparut dans la salle- il ne mentionnait naturellement pas, qu’il y a apporté énormément. Après le premier sommet écologique de l’ONU en 1992 à Rio, l’ancien président de l’Union soviétique Michael Gorbatschow était très mécontent avec le résultat. Il convoqua une commission des experts, qui devait développer pour l’ONU une charte contraignante de la terre semblable à la charte des droits de l’homme. Il résuma son souci en ces mots : « Si nous voulons conserver la terre pour les futures générations comme un lieu habitable, alors nous devons tous nous convertir. Mais on se convertit seulement, si on a une spiritualité. » C’est pourquoi il invita les leaders religieux dans sa commission, dont Leonardo Boff. Il lui confia la mission suivante : « Tu dois prendre soin que ce document ait une spiritualité, sinon cela ne vaut pas la peine que nous l’écrivions. »

    Depuis lors la conservation et l’intégrité de la création est devenue un thème principal pour Leonardo Boff. Plusieurs y virent une fuite en avant de son temps de souffrance dans la querelle autour de la théologie de la libération. Mais au contraire il soutient que cela n’est qu’une logique continuité de la théologie de la libération, notamment de ne pas écouter seulement le cri des pauvres, mais aussi celui de la terre torturée, des animaux et des plantes. Au même rang que nous ils appartiennent à la création, qu’il nomme pratiquement comme le corps visible du Dieu trinitaire et plein d’amour. De ce fait l’écologie devient ainsi une question théologique importante et appartient aussi au souci pastoral de l’Église. Naturellement nous en sommes encore très éloignés, parce que les soucis quotidiens nous sont encore très proches et parce que les problèmes et les cas des conflits dans le voisinage –comme la polémique publique autour des abus dans l’Église- détournent encore notre regard et notre attention sur des tels scénarios globaux de menace. Même si la crise actuelle de l’Église est très douloureuse, elle ne doit pas devenir un thème dominant sur les autres problèmes.

    Très impressionnant était le fait que Leonardo Boff restait aussi serein et calme dans les questions difficiles et provocatrices. Malgré qu’il en aurait eu une raison dans l’histoire de sa vie, il ne se laissa pas conduire ni à l’animosité, ni à un règlement personnel de compte. Aussi durant la soirée lorsque la situation précaire de la théologie de la libération fut abordée, il resta le défenseur de l’Église des pauvres. Il sait naturellement, que dans certains milieux de l’Église et des sociétés européennes, on parle à mort le surgissement des Églises libératrices latino-américaines comme une erreur qui fut vite oubliée, grâce à Dieu. Il présente tout simplement ses expériences. Il parle toujours encore de plus ou moins 100.000 communautés de base au Brésil, qui dirigent encore la vie religieuse à la base. « Selon son être l’Église était toujours l’Église du peuple et non l’Église de la hiérarchie. » Selon le document « Lumen Gentium » du concile l’Église est le peuple de Dieu. Elle est l’Église des saints et l’Église des pécheurs. Elle s’occupe de ceux qui sont tombés dans la misère et appelle les égoïstes à la conversion. Cela est pratiqué dans l’Église de base de l’Amérique Latine. Elle n’est donc pas une Église parallèle, mais plutôt la vraie Église, qui s’occupe du bien-être intégral des hommes. La théologie de la libération est très vivante dans ces communautés de base. Là-bas se rencontrent chaque semaine des millions des personnes, afin de confronter leurs problèmes à l’esprit de l’écriture sainte. Là-bas la vie est fêtée et l’espoir est transmis. Et c’est pourquoi il n’est pas étonnant que ce soient les chrétiens, enthousiasmés par le projet de Jésus, qui s’engagent aujourd’hui pour la conservation de la forêt, qui combattent pour les droits de la population indigène et qui ne capitulent pas tout simplement devant le désir ardent de profit d’un système économique sans merci. C’est pourquoi les communautés de base avaient toujours une grande force de rayonnement, bien qu’elles n’étaient pas alimentées « d’en haut » ; elles se dirigeaient seules, parce qu’elles étaient convaincues que l’esprit de Dieu était toujours présent, partout où deux ou trois personnes se rencontraient en son nom. Ceci est l’espoir des hommes et l’espoir pour le projet de Jésus, qui ne passe pas devant aucun besoin des hommes.

    Ainsi est abordé le problème fondamental de la crise actuelle de l’Église. Il s’agit de « l’option pour les pauvres », une option argumentée bibliquement et inaliénable. Cela suppose une Église, qui vit et sent avec les pauvres ; une Église, qui élève sa voix là où les structures économiques ne laissent pas de la place pour ces hommes qui ne sont pas intéressants comme producteurs ou consommateurs. A tout cela se somme, selon Boff,  l’exploitation sans merci et la destruction de la nature, dont les pauvres sont de nouveau les premières victimes. L’Église a perdu de vue ceci il y a long temps. Et c’est pourquoi elle porte aussi la responsabilité pour tout ce qui ne va pas aujourd’hui.

    Si bien les deux conférenciers (Boff et Schmälze) avaient aussi des divergences sur certains problèmes dans ces domaines, ils étaient sur la même ligne au sujet de l’évaluation de la crise globale dans la société et dans l’Église. Les deux savent qu’il n’y a pas de solution sans une nouvelle manière de penser et  sans agir dans une nouvelle direction.

    Malgré toutes les critiques compréhensives sur l’état actuel de l’Église, qui se sont fait entendre lors du débat, Boff a confiance à l’Église et aux religions plus que beaucoup de personnes dans notre pays.  A la question de savoir si l’Église n’était pas plus la cause du problème que sa solution, il répondit très fermement : « L’Église et les religions ne sont pas fautives dans tout ; bien qu’elles soient une partie du problème elles sont aussi une partie de la solution, car tout de même,  elles sont très saines en soi. » Dans une interview avec la radio Vatican qu’il donna à partir de Grosskrotzenburg, il y ajouta encore : « Les chrétiens sont un peu perplexes, parce qu’ils voient que l’Église est tombée dans une crise morale… Mais cela n’est pas une raison pour moi qu’ils quittent l’Église, car le côté sombre de l’Église est normal et  fait partie de notre existence. Nous tous avons des côtés sombres et devrons nous efforcer à les surmonter. Cela vaut aussi pour l’Église. Les faiblesses et la maladie sont possibles, cependant elles n’appartiennent pas au centre de l’Église, son centre est plutôt l’évangile. »

    Nous, tous, sommes des coresponsables que cela devienne visible de nouveau. Ainsi pourrait-t-on résumer un plaidoyer pour l’Église. Il s’agit de la libération des erreurs et des contraintes. Nous vivions dans plusieurs dépendances qui rendent la vie inhumaine. La libération est un processus afin de pouvoir vivre humainement. Comment cela est il possible, déclare Boff, le Notre Père nous l’apprend. Il parle d’une confiance primaire au Père du ciel et de la justice, afin que tous aient le pain quotidien. La confiance et la justice sont indissociables l’une de l’autre.

    Andreas Müller OFM

    Source http://www.ccfmc.net

     

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