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    Loi sur l'Etat-nation juif: le patriarcat latin réagit


    par Christophe Lafontaine |  30 juillet 2018

    Le Patriarcat latin de Jérusalem est la deuxième autorité catholique à avoir réagi
    sur la loi définissant Israël comme "Etat-nation juif" ©MAB/CTS

    Le 30 juillet, la plus haute autorité catholique de Terre Sainte a dit sa « grande préoccupation » sur la loi définissant Israël comme Etat-Nation juif. Appelant notamment les citoyens chrétiens d'Israël à s’y opposer.


     « Cette loi fondamentale est exclusive plutôt qu'inclusive », peut-on lire dans un communiqué publié en anglais par le Patriarcat latin de Jérusalem au sujet de la récente loi qui proclame l'Etat d’Israël comme la nation du seul peuple juif. Excluant de manière « flagrante », s’indigne le patriarcat latin dans un communiqué publié le 30 juillet 2018,  « les citoyens palestiniens d’Israël » (comprendre les Arabes israéliens, c’est-à-dire les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948), et représentant aujourd’hui environ 20% de la population de l’Etat hébreu. La majorité étant musulmane. Cette nouvelle loi, dite « fondamentale », a force constitutionnelle pour l’Etat hébreu. Et elle sera donc plus difficile à modifier au parlement israélien qu’une loi classique.

    « Cela va au-delà de l’entendement, peut-on lire dans le communiqué patriarcal, qu'une loi ayant un effet constitutionnel ignore tout un segment de la population, comme si ses membres n'avaient jamais existé. » Le Patriarcat latin qualifie le texte de « discriminatoire » pointant le fait que « la loi ne fournit aucune garantie constitutionnelle pour les droits des autochtones et autres minorités vivant dans le pays. »

    11 jours après le vote à la Knesset, la plus haute autorité catholique de Terre Sainte, qui représente les catholiques latins en Israël/Palestine, en Jordanie et à Chypre, a eu le temps de mûrir sa réaction avant d’exprimer sa « grande préoccupation » face à cette loi largement controversée, promulguée le 19 juillet dernier. Dans son communiqué, le Patriarcat se veut en quelque sorte, le porte-parole des citoyens chrétiens d'Israël qui, dit-il, « ont les mêmes préoccupations que les autres communautés non juives à l'égard de cette loi. »

    Si le Patriarcat reconnaît que la loi n’a en soi peut-être pas d’effet concret aujourd’hui, il la considère comme « un signal sans équivoque » aux Arabes israéliens. Comprendre, dit le communiqué, « que dans ce pays, ils ne sont pas chez eux. »

    En témoigne la place officielle accordée à l’hébreu comme désormais seule langue nationale au détriment de l’arabe, reléguée au rang de « statut spécial » (ndlr : qui autorise la poursuite de son utilisation dans l’administration). Autre exemple, une clause de la loi dispose désormais que l’Etat considère le développement d’implantations juives sur le territoire israélien comme une valeur nationale et fera en sorte de l’encourager et de le promouvoir. Le Patriarcat latin déplore qu’il n’est fait « aucune mention du développement du pays pour le reste de ses habitants. »

    Appel aux citoyens d’Israël dont les chrétiens

    En clair, selon le Patriarcat latin de Jérusalem, « la loi dit qu'il n'y a pas de droits égaux entre les Juifs et les Arabes et refuse de reconnaître l'existence de ces derniers. » Et même si le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu a déclaré (dès le jour du vote de la loi) que l’Etat-nation du peuple juif, « respecte les droits individuels de tous ses citoyens », pour le Patriarcat, ce n’est pas satisfaisant : « Tout Etat ayant de grandes minorités devrait reconnaître les droits collectifs de ces minorités et garantir la préservation de leur identité, avec leurs traditions religieuses, ethniques et sociales », a déclaré la plus haute autorité catholique de Terre Sainte.

    Pour cette raison, le Patriarcat lance dans sa déclaration un appel général au-delà des seuls citoyens chrétiens d’Israël pour que l’ensemble des citoyens de l’Etat d’Israël « qui croient encore au concept fondamental de l'égalité entre les citoyens d'une même nation » manifestent leur « opposition » à cette loi et « les dangers » qu’elle représente pour l'avenir d’Israël.

    L’appel est donc aussi adressé notamment à la communauté druze israélienne qui représente 130 000 personnes (vivant principalement dans le nord d'Israël). Ses chefs ont d’ailleurs demandé à la Cour suprême de statuer sur ce texte législatif, qui fait d'eux aussi des « citoyens de seconde zone » selon leurs propres mots. 

    En amont, le Patriarcat latin de Jérusalem, avait pris soin de rappeler que la loi définissant Israël comme Etat-nation juif se plaçait « directement » en porte-à-faux avec la Résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations Unies garantissant la création d'un Etat juif tout en garantissant le plein droit civil aux Arabes qui y vivaient. Un texte qui s’oppose aussi, selon le Patriarcat à la Déclaration d'indépendance d'Israël où « les fondateurs du pays s'engageaient clairement et sans équivoque à favoriser son développement au profit de tous ses habitants et à assurer l'égalité totale des droits sociaux et politiques à tous, sans distinction de religion, de race ou de sexe. »  Un autre texte voté en 1995, la Loi fondamentale « Dignité humaine et liberté», disait assurer le respect de la dignité de chaque personne. La toute récente loi contrevient également à ce texte, s’émeut le Patriarcat.

    Le Patriarcat latin de Jérusalem est la deuxième voix officielle catholique à avoir exprimé sa forte désapprobation à la loi sur l’Etat-nation juif. Le patriarche maronite, Mgr Bechara Raï, lors de son voyage en Jordanie la semaine dernière (du 23 au 25 juillet) n’y est pas allé de main morte. «  Nous appelons la nation arabe qui compte les religions pour sacrées à faire preuve de résilience pour préserver l’unité », a alors lancé le patriarche maronite.

    La veille de son départ pour Amman, le patriarche avait déclaré avoir « sur cette terre des évêchés, des paroisses, des institutions et un peuple » et il avait ajouté que  « le peuple juif n’a pas le droit, ni les Etats qui le soutiennent de pousser toujours plus loin leurs agressions et leurs actes d’exclusion. » Il avait d’ailleurs usé de mots très durs contre cette loi, la qualifiant d’« ignoble » mais aussi d’ « anti-pluraliste », et d’  « antidémocratique ».

    A noter que la loi proclame également que Jérusalem est la capitale d'Israël, y compris la partie orientale de la ville, annexée et occupée par l'Etat hébreu. Ce que la communauté internationale n'a jamais reconnu. « Nous déplorons la décision prise jeudi (ndlr : 19 juillet 2018) par la Knesset de judaïser Jérusalem et de l’instituer capitale d’Israël », a aussi déclaré, le chef de l’Eglise maronite.

    Une démission peut en cacher une autre

    Zouheir Bahloul, député arabe israélien à la Knesset (du parti de l'Union sioniste (centre gauche), a annoncé le 28 juillet dernier sur la chaîne israélienne Reshet TV qu’il démissionnerait à la rentrée parlementaire en septembre pour protester contre la loi. Cette législation « retire officiellement, constitutionnellement la population arabe du chemin d'égalité en Israël », a-t-il affirmé en hébreu. « Devrais-je légitimer ce Parlement raciste, extrémiste et destructeur ? ». « Il n’est pas le dernier arabe qui quittera la Knesset à cause de la loi sur l’Etat-nation, je n’ai aucun doute là-dessus », a délacré le député Issawi Frej, issu du parti d’opposition du Meretz (gauche laïc et socialiste) à la radio israélienne, a rapporté le 29 juillet le Times of Israel.

    Sur le même sujet

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    source http://www.terrasanta.net/

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