• Mouvements populaires: «Devenir le prochain de toute personne dans le besoin»

    Mouvements populaires: «Devenir le prochain de toute personne dans le besoin» (traduction complète)

    Message du pape François au rassemblement de Modesto, en Californie

    Rencontre 2016 avec les mouvements populaires © L'Osservatore Romano

    Rencontre 2016 Avec Les Mouvements Populaires © L'Osservatore Romano

    « Ne cataloguez pas les autres afin de voir qui est un prochain et qui ne l’est pas. Vous pouvez devenir le prochain de toute personne dans le besoin », a déclaré le pape François. Il a voulu « encourager et fortifier » « tous ceux qui luttent … pour « une Terre, un Travail et un Toit », ses « trois T ».

    C’est ce qu’il écrit dans un message en date du 10 février adressé aux participants à la rencontre des Mouvements populaires qui se déroule à Modesto, en Californie, aux États-Unis, du 16 au 19 février 2017.

    « C’est nous, c’est vous, écrit le pape, à qui le Seigneur Jésus confie chaque jour ceux qui sont affligés dans leur corps et dans leur esprit, pour que nous puissions continuer de déverser sur eux toute son immense miséricorde et son salut. »

    « Renier notre prochain » c’est renier « son humanité et notre propre humanité sans le réaliser », souligne le pape François. « Nous nous nions nous-mêmes et nous nions le commandement le plus important de Jésus. »

    Le pape partage « deux réflexions » avec les participants de la rencontre. Il réaffirme que « la crise écologique est réelle » et souligne qu’« aucun peuple n’est criminel et aucune religion n’est terroriste ».

    « Le terrorisme chrétien n’existe pas, le terrorisme juif n’existe pas et le terrorisme musulman n’existe pas », affirme le pape.  « Il existe des individus fondamentalistes et violents dans tous les peuples et toutes les religions et avec des généralisations intolérantes, ils deviennent plus forts parce qu’ils se nourrissent de haine et de xénophobie. »

    « En répondant à la terreur par l’amour, nous travaillons pour la paix », conclut-il.

    Voici notre traduction complète du message du pape François publié par le Saint-Siège ne espagnol et en anglais.

    MD

    Message du pape François

    Chers frères et sœurs,

    Tout d’abord, j’aimerais vous féliciter pour l’effort que vous avez fait en répliquant, au niveau national, le travail développé dans les réunions mondiales des Mouvements populaires. Par cette lettre, je veux encourager et fortifier chacun d’entre vous, vos organisations et tous ceux qui luttent avec vous pour « une Terre, un Travail et un Toit », les trois T en espagnol : Tierra, Trabajo y Techo. Je vous félicite pour tout ce que vous faites.

    Je tiens à remercier la Campagne catholique pour le développement humain, son président Mgr David Talley et les évêques qui accueillent Mgr Stephen Blaire, Mgr Armando Ochoa et Mgr Jaime Soto, pour le soutien sans réserve qu’ils ont offert à cette rencontre. Merci, Monsieur le cardinal Peter Turkson, pour votre soutien continu des mouvements populaires de la part du nouveau Dicastère pour la promotion du développement humain intégral. Cela me rend très heureux de vous voir travailler ensemble pour la justice sociale ! Comme je souhaite qu’une énergie aussi constructive se répande à tous les diocèses parce que cela construit des ponts entre les peuples et les individus. Ce sont des ponts qui peuvent surmonter les murs de l’exclusion, de l’indifférence, du racisme et de l’intolérance.

    Je voudrais aussi souligner le travail réalisé par le Réseau national PICO et les organisations qui organisent cette rencontre. J’ai appris que PICO signifie « People Improving Communities through  Organizing ». Quelle belle synthèse de la mission des mouvements populaires : travailler localement, côte à côte avec vos voisins, vous organiser entre vous, pour faire grandir vos communautés.

    Il y a un mois à Rome, nous avons parlé à la troisième Rencontre mondiale des Mouvements populaires des murs et de la peur, des ponts et de l’amour. Sans vouloir me répéter, ces sujets sont un défi pour nos valeurs les plus profondes.

    Nous savons qu’aucun de ces maux ne date d’hier. Depuis quelque temps, la crise du paradigme dominant nous défie. Je parle d’un système qui cause d’immenses souffrances à la famille humaine, tout en attaquant la dignité des personnes et notre Maison commune afin de soutenir l’invisible tyrannie de l’argent qui ne garantit que les privilèges d’un petit nombre. « À notre époque, l’humanité est devant un tournant de son histoire ».

    En tant que chrétiens et que personnes de bonne volonté, nous devons vivre et agir en ce moment. C’est « une grave responsabilité, puisque certaines réalités présentes, à moins qu’elles ne soient traitées efficacement, sont capables de déclencher des processus de déshumanisation qu’il serait difficile d’inverser par la suite ». Ce sont les signes du temps que nous avons besoin de reconnaître afin d’agir. Nous avons perdu un temps précieux : un temps où nous ne faisions pas assez attention à ces processus, un temps où nous n’avons pas résolu ces réalités destructrices. Ainsi, les processus de déshumanisation s’accélèrent La direction prise au-delà de ce tournant historique – les manières dont cette crise qui s’accentue est résolue – dépendra de l’implication et de la participation des personnes et largement, de vous, les mouvements populaires.

    Nous ne devons être ni paralysés par la peur ni limités à l’intérieur du conflit. Nous devons reconnaître le danger, mais aussi l’opportunité que toute crise apporter afin d’avancer vers une synthèse réussie. En langue chinoise, qui exprime la sagesse ancestrale de ce grand peuple, le mot « crise » est composé de deux idéogrammes : Wei, qui signifie « danger » et Ji, qui signifie « opportunité ».

    Le grand danger est de renier notre prochain. Quand nous faisons cela, nous nions son humanité et notre propre humanité sans le réaliser ; nous nous nions nous-mêmes et nous nions le commandement le plus important de Jésus. C’est là que se trouve le danger, la déshumanisation. Mais nous trouvons là aussi une opportunité : que la lumière de l’amour du prochain peut illuminer la terre de son éclat éblouissant comme un éclair dans l’obscurité ; qu’elle peut nous réveiller et laisser la vraie humanité éclater avec une authentique résistance, résilience et persistance.

    La question que pose le légiste à Jésus, dans l’Évangile de Luc (10,25-37) fait écho dans nos oreilles aujourd’hui : « Qui est mon prochain ? » Qui est cet autre que nous devons aimer comme nous-mêmes ? Peut-être le questionneur attend-il une réponse confortable afin de poursuivre sa vie : « Les membres de ma famille ? Mes compatriotes ? Mes coreligionnaires ?… » Peut-être veut-il que Jésus nous excuse de l’obligation d’aimer les païens ou les étrangers qui, à cette époques, étaient considérés comme impurs. Cet homme veut une règle claire qui lui permette de classer les autres comme « prochains » et « non-prochains » […]

    Jésus répond par une parabole qui dépeint deux figures appartenant à l’élite de l’époque et une troisième figure, considérée comme un étranger, un païen et un impur : le Samaritain. Sur la route de Jérusalem à Jéricho, le prêtre et le lévite tombent sur un homme mourant que les brigands ont attaqué, dépouillé et abandonné. Dans de telles situations, la loi du Seigneur impose le devoir d’offrir son assistance, mais tous deux passent sans s’arrêter. Ils étaient pressés. Cependant, contrairement à ces deux personnages de l’élite, le Samaritain s’est arrêté. Pourquoi lui ? En tant que Samaritain, il était méprisé, personne ne voulait avoir affaire à lui et en tous cas il devait avoir ses propres engagements et choses à faire ; cependant, quand il a vu l’homme blessé, il n’est pas passé outre comme les deux autres qui étaient liés au Temple, mais « il le vit et il eut compassion de lui » (v. 33). Le Samaritain agit avec une vraie miséricorde : il enveloppe les blessures de l’homme, le transporte dans une auberge, prend personnellement soin de lui et fournit de quoi l’entretenir. Tout cela nous enseigne que la compassion, l’amour n’est pas un vague sentiment, mais signifie plutôt prendre soin de l’autre au point de payer personnellement pour lui. Cela signifie s’engager pour prendre toutes les mesures nécessaire jusqu’à « s’approcher de » l’autre au point de s’identifier avec lui : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est le commandement du Seigneur.

    Le système économique qui a en son centre le dieu de l’argent et qui agit parfois avec la brutalité des brigands de la parabole, inflige des blessures qui sont restées négligées à un degré criminel. La société mondialisée regarde fréquemment de l’autre côté en prétendant l’innocence. Sous le couvert de ce qui est politiquement correct ou idéologiquement à la mode, on regarde ceux qui souffrent sans les toucher. Mais ils sont télévisés en direct ; on parle d’eux avec des euphémismes et une tolérance apparente, mais rien n’est fait systématiquement pour soigner les blessures sociales ou pour confronter les structures qui laissent tant de nos frères et sœurs sur le chemin. Cette attitude hypocrite, si différente de celle du Samaritain, manifeste une absence de véritable engagement envers l’humanité.

    Tôt ou tard, la cécité morale de cette indifférence vient à la lumière, comme quand un mirage se dissipe. Les blessures sont là, elles sont une réalité. Le chômage est réel, la violence est réelle, la corruption est réelle, la crise d’identité est réelle, l’éviscération des démocraties est réelle. La gangrène du système ne peut être blanchie pour toujours parce que tôt ou tard la puanteur devient trop forte ; et quand elle ne peut plus être niée, le même pouvoir qui a engendré cet état de choses commence à manipuler la peur, l’insécurité, les querelles et même l’indignation justifiée des gens pour faire passer la responsabilité de tous ces maux sur un « non-prochain ». Je ne parle de personne en particulier, je parle d’un processus social et politique qui prospère dans de nombreuses parties du monde et qui présente un grave danger pour l’humanité.

    Jésus nous enseigne un autre chemin. Ne cataloguez pas les autres afin de voir qui est un prochain et qui ne l’est pas. Vous pouvez devenir le prochain de toute personne dans le besoin que vous rencontrez et vous le ferez si vous avez de la compassion dans votre cœur. C’est-à-dire si vous avez cette capacité de souffrir avec quelqu’un d’autre. Vous devez devenir un Samaritain. Et ensuite aussi devenir comme l’aubergiste à la fin de la parabole auquel le Samaritain confie la personne qui souffre. Qui est cet aubergiste ? C’est l’Église, la communauté chrétienne, des personnes de compassion et de solidarité, des organisations sociales. C’est nous, c’est vous, à qui le Seigneur Jésus confie chaque jour ceux qui sont affligés dans leur corps et dans leur esprit, pour que nous puissions continuer de déverser sur eux toute son immense miséricorde et son salut. Voici les racines de cette humanité authentique qui résiste à la déshumanisation qui porte l’uniforme de l’indifférence, l’hypocrisie ou l’intolérance.

    Je sais que vous vous êtes engagés pour combattre pour la justice sociale, pour défendre notre sœur et mère la Terre et pour être du côté des migrants. Je tiens à réaffirmer votre choix et à vous faire partager deux réflexions à cet égard.

    Premièrement, la crise écologique est réelle. « Un consensus scientifique très solide indique que nous sommes les témoins actuellement d’un inquiétant réchauffement du système climatique ». La science n’est pas la seule forme de connaissance, c’est vrai. Il est aussi vrai que la science n’est pas nécessairement « neutre » – souvent elle cache des vues idéologiques ou des intérêts économiques Cependant, nous savons aussi ce qui se passe quand nous nions la science et négligeons la voix de la nature. Je fais mien tout ce qui nous concerne en tant que catholiques. Ne tombons pas dans le déni. Le temps presse. Agissons. Je vous demande encore – à vous tous, personnes de tous les horizons, y compris les autochtones, les pasteurs, les responsables politiques – de protéger la création.

    L’autre est une réflexion que j’ai partagée à notre toute récente Rencontre mondiale des Mouvements populaires et je sens qu’il est important de le redire : aucun peuple n’est criminel et aucune religion n’est terroriste. Le terrorisme chrétien n’existe pas, le terrorisme juif n’existe pas et le terrorisme musulman n’existe pas. Ils n’existent pas. Aucun peuple n’est criminel, ou trafiquant de drogue ou violent. « Les peuples pauvres et plus pauvres sont accusés de violence, mais sans égalité de chances, les différentes formes d’agression et de conflit trouveront un terrain fertile pour grandir et finiront par exploser ». Il existe des individus fondamentalistes et violents dans tous les peuples et toutes les religions et avec des généralisations intolérantes, ils deviennent plus forts parce qu’ils se nourrissent de haine et de xénophobie. En répondant à la terreur par l’amour, nous travaillons pour la paix.

    Je vous demande douceur et résolution à défendre ces principes. Je vous demande de ne pas les troquer à la légère ou de les appliquer superficiellement. Comme saint François d’Assise, donnons tout ce que nous sommes : là où est la haine, semons l’amour ; là où est la blessure, semons le pardon ; là où est la discorde, semons l’unité ; là où est l’erreur, semons la vérité.

    Sachez que je prie pour vous, que je prie avec vous et je demande à Dieu notre Père de vous accompagner et de vous bénir. Puisse-t-il répandre sur vous son amour et vous protéger. Je vous demande, s’il vous plaît, de prier aussi pour moi, et de continuer.

    © Traduction de Zenit, Constance Roques

    source ZENIT.org

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