• Pour tenter de « dire » l’indicible…

    Pour tenter de « dire » l’indicible…

    L’incrédulité de Thomas

    L’incrédulité de Thomas
    Rembrandt, 1634

    Huile sur bois, 51 x 53 cm
    Musée Pushkin, Moscou

    Jésus apparait à ses disciples : Jean 20, 19-31 
    Les lectures : Actes  4, 32-35 ; Psaume 117(118) ; 1 Jean 5, 1-6 
    Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

    Les récits d’apparition du Christ ressuscité sont nimbés de mystère et ce, dans nos quatre évangiles ! Comment raconter l’indicible ? Chacun des évangélistes joue l’équilibriste quand il rapporte une expérience au-delà des mots, celle de ces rencontres entre le Ressuscité et les disciples. Il doit à la fois affirmer la réalité de la résurrection de ce Jésus crucifié et traduire l’altérité de sa présence. Les récits oscillent donc entre continuité et nouveauté : ce Jésus Vivant est bien le même, l’homme de Nazareth qu’ils ont suivi, mais sa corporéité et la façon d’entrer en relation avec lui sont désormais radicalement nouvelles !

    Dans ces deux récits d’apparition que nous sert Jean, en ce deuxième dimanche de Pâques, la continuité est bien établie par le fait que le Ressuscité, deux fois plutôt qu’une, montre les plaies guéries de sa crucifixion. « Pas de doute, Thomas ! C’est bien lui, vivant ! » Toutefois, la double mention de la maison verrouillée lors des deux visites de Jésus sous-entend la radicale nouveauté de sa présence aux disciples. Son corps n’étant plus soumis aux lois physiques, il peut venir à sa guise rejoindre les disciples éblouis. La mystérieuse nouvelle corporéité de Jésus après sa résurrection est aussi souvent évoquée par la difficulté qu’ont ses témoins oculaires à le reconnaître d’emblée, comme ce sera le cas de Marie de Magdala dans le récit d’apparition qui précède l’évangile de ce dimanche (Jn 20,15[1].

    Première apparition : de la paix, de la joie, du souffle…

    La veille de sa mort, dans la nuit des confidences de la dernière cène, Jésus avait bien promis à ses disciples le don d’une paix profonde que le monde ne peut donner (Jn 14,27 ; 16,33), de même qu’il leur avait donné l’assurance que leur affliction se changerait en joie lorsqu’ils le reverraient (Jn 16,20.22). Paix et joie ! Voilà que cette double promesse se réalise sous nos yeux lorsque Jésus ressuscité leur apparaît au soir du troisième jour. Il fallait l’événement pascal, sa victoire sur le monde, pour que cela advienne. La première parole du Ressuscité en est donc une de paix et celle-ci est source de joie dans le cœur des disciples.

    Parce qu’elle ouvre une porte d’éternité à l’aventure humaine, la victoire de Jésus sur la mort recrée l’humanité. Aussi, Jésus ressuscité, au soir même de sa résurrection, le premier jour de la semaine [2], pose-t-il un geste créateur rappelant celui qu’avait posé Dieu à la création du premier homme au livre de la Genèse (Gn 2,7[3] : il souffle sur ses disciples le souffle divin, l’Esprit-Saint. Ce souffle, outillera les disciples pour la mission pour laquelle ils sont envoyés, réalisant encore une fois une promesse de Jésus la veille de sa mort, soit celle de l’envoi de l’Esprit Paraclet (Jn 14,16.26 ; 15,26-27 ; 16,7.13-15).

    Seconde apparition : profession de foi et béatitude

    Huit jours plus tard, c’est-à-dire encore un dimanche, une seconde apparition aux disciples et à Thomas. Indéniablement, l’auteur de l’évangile cherche à induire auprès de ses destinataires (sa communauté d’abord et tous les lecteurs futurs de son évangile) l’idée que le jour et le lieu privilégiés de la rencontre du Ressuscité est bien le dimanche à l’occasion de leurs rassemblements liturgiques en mémoire de Lui ! Toute cette seconde apparition a d’ailleurs davantage pour but de parler aux destinataires de l’évangile que de rapporter le vécu des disciples. Thomas nous sera utile parce que l’incrédule devenu croyant devient le prototype de tous les chrétiens à venir qui feront ce même passage à la foi. Si Thomas a dû voir avant de croire, est-il coupable pour autant ? C’est lui qui, dans tout l’évangile de Jean, formule la profession de foi la plus parfaite ! Et de plus, il permet au Ressuscité de formuler la béatitude honorant l’expérience croyante de l’écrasante majorité des disciples jusqu’à la fin des temps, c’est-à-dire ceux qui n’auront pas eu cette chance d’avoir été témoins oculaires de Jésus sorti vivant du tombeau.

    Afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom…

    Voilà les mots de la première conclusion de l’évangile de Jean [4]. Ils sont sûrement ceux qui fermaient l’évangile dans une mouture plus ancienne du texte de Jean. Le ton est personnel, on y entend presque la voix du témoin à la source du quatrième évangile, le disciple que Jésus aimait. Pour lui, tout de la vie de Jésus a valeur de signe et surtout sa mort-résurrection. Aussi, de son propre aveu, a-t-il dû opérer un tri dans ce qu’il a choisi de raconter selon un but bien précis : nous faire croire ! Signe de quoi ? Signe que Jésus est ce Messie promis à Israël, accomplissant les Écritures, bien sûr ! Mais plus profondément, son but est que nous saisissions, comme lui l’a fait en reposant la tête sur la poitrine de Jésus lors de la dernière cène, d’où est Jésus ! Il est de Dieu, il est Dieu fait chair, ce qu’affirmaient d’emblée, au Prologue (Jn 1,1-18), les premiers mots de l’évangile. Et de croire que Jésus est tel, nous fait entrer dans la vie véritable, une vie en plénitude selon les mots de la prière de Jésus, rapportés par Jean : Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. (Jn 17,1)

    [1] Autres occurrences de cette difficulté à reconnaître Jésus : Mt 28,17 ;  Lc 24,16 ; Lc 24,37-43 ; Jn 21,4.

    [2] Dans la première création, au livre de la Genèse (Gn 1,1 -2,4), Dieu crée en six jours et se repose de son œuvre le septième jour. La mention du « premier jour de la semaine » renforce l’idée qu’une nouvelle création commence avec la résurrection du Christ.

    [3] Pour le bibliste familier avec le texte grec de l’Ancien Testament (Septante), le rapprochement entre Gn 2,7 et Jn 20,22 est d’autant plus aisé à observer qu’il s’agit du même verbe grec, conjugué au même temps et à la même personne dans les deux cas.

    [4] L’évangile de Jean comporte un 21e chapitre, qui relate une 4e manifestation du Ressuscité. D’aucuns croient en effet que ce 21e chapitre est un ajout postérieur servant d’épilogue, au terme duquel chapitre, l’évangile sera conclu une seconde fois (Jn 21,24-25).

    Patrice Bergeron

    Source : Le Feuillet biblique, no 2571. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

    source http://www.interbible.org/interBible

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