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    Prophètes de malheur,
    prophètes de bonheur

    http://www.philophil.com/images/dissertation/prophete/le_devin.JPG

    (image sur Internet par ofs Sherb)

    Un Dieu courroucé dont la colère ne connaît aucune limite. Voilà le portrait scandaleux qui se dégage d'un premier contact avec les livres prophétiques de l'Ancien Testament. Cependant, affirmer que YHWH annonce le malheur n'est pas tout dire. Le lecteur attentif constatera que les livres prophétiques attribuent également à Dieu des promesses de salut. Malgré cela, certains problèmes demeurent. Par exemple, les prophètes juxtaposent des promesses de délivrance et des paroles de malheur sans expliquer ni comment, ni pourquoi leur discours change aussi abruptement. Les prophètes nous décrivent-ils un Dieu schizophrène qui, ayant aimé son peuple un jour, se déclare prêt à le détruire le lendemain? Bien naïf celui qui serait tenté de ne voir en ce Dieu des prophètes qu'un personnage capricieux et immoral.

         Encore, faut-il que ce lecteur soit averti. En effet, il serait périlleux d'interpréter les textes bibliques sans tenir compte de leur contexte littéraire, historique et culturel. Il s'ensuivrait de graves malentendus sur le caractère des jugements attestés chez les prophètes. L'annonce du malheur (la malédiction) est également attestée à l'extérieur d'Israël. Chez les autres peuples du Proche-Orient ancien, la malédiction joue un double rôle: elle met en garde contre certaines actions et elle annonce la mort de quiconque transgresse l'interdit. Toute perspective pédagogique en est absente. Dès qu'on enfreint les prescriptions, on devient l'objet d'un jugement irrévocable.

         Dans leur recours à la malédiction, les prophètes reflètent, à bien des égards, les pratiques du Proche-Orient ancien. Tout d'abord, ils n'en font jamais un usage aléatoire. Le jugement découle toujours de la transgression d'une prescription. Les prophètes annoncent le jugement pour deux raisons fondamentales: l'injustice et l'idolâtrie. Si la malédiction prophétique suivait exactement le modèle répandu chez les peuples voisins d'Israël, nous serions en présence de l'annonce exclusive du malheur. Cependant, ce n'est pas le cas! Dans les livres prophétiques, l'objectif ultime du jugement semble être le rétablissement plutôt que la destruction du peuple. Malgré la sévérité des paroles de malheur énoncées, le salut du peuple constitue la préoccupation première des prophètes.

         Pour qu'Israël puisse survivre en tant que peuple de Dieu à l'époque des prophètes, une conversion radicale s'impose. Les prophètes ont recours à différents moyens, dont la malédiction, pour susciter un tel changement. Dans les textes prophétiques, la malédiction a un double but: alors que les ­jugements sur l'avenir sont dissuasifs, on attribue une fonction pédagogique aux malheurs anciens. À ce titre, Amos 4, 4-12 est particulièrement révélateur. Dans les versets 6 à 11, Amos évoque une série de catastrophes qui ont frappé Israël dans le passé. Ces malheurs sont le résultat de l'infidélité du peuple envers YHWH. Mais le texte est clair : si Dieu prononce ces jugements, ce n'est pas pour anéantir le peuple, mais pour lui rappeler son infidélité. L'expression mais vous n'êtes pas revenus jusqu'à moi (vv. 6.8.9.10.11) reprise cinq fois dans ce passage exprime cette intention rédemptrice de Dieu.

         Cependant, le texte biblique ne se limite pas à noter les jugements du passé. Le prophète en constate l'échec et évoque l'assurance d'une rencontre ultime entre YHWH et son peuple. Cet affrontement laisse planer la menace d'une destruction finale et irrévocable : Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël (v. 12). Le prophète pressent ce point de non-retour; tout n'est pas que rhétorique et pédagogie. Si le peuple refuse de retourner à YHWH, malgré les avertissements et les jugements, Israël sera anéanti.

         Cette tension entre l'annonce de malheurs et la promesse de salut attestée dans le texte prophétique n'est-elle pas à l'image de Dieu lui-même? YHWH est déchiré entre le désir profond de sauver son peuple et la nécessité d'agir pour le discipliner. Dieu est comme un médecin qui doit traiter une personne atteinte du cancer; plus la maladie est grave, plus le traitement risque de perturber voire de tuer le patient.

         L’annonce du malheur chez les prophètes, c’est beaucoup plus que l’expression de la colère de Dieu. C’est avant tout l’expression de sa souffrance. Le Dieu de l’Ancien Testament est un Dieu dont la préoccupation rédemptrice oriente l’action. Le salut de l’homme et de la femme est au cœur de son projet. Cependant, malgré son désir intense de relation avec l’être humain, Dieu ne s’impose pas au cœur de l’homme. Il emploie tous le moyens possibles pour amener l’humanité a`se tourner vers lui, mais son appel demeure une invitation. La liberté, cette image de Dieu au plus profond de notre être, nous permet d’accueillir ou de rejeter cette invitation.

    (Source : par Pierre Gilbert, adaptation de Yves Guillemette, ptre, Parabole, janvier-février 1998).

     Yves Guillemette, ptre

     Source: Le Feuillet biblique, no 2431. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    Source www.interbible.org
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