• 2ème dimanche de l’Avent (Homélie)

    Abbé Jean Compazieu

    Tournés vers le Christ avec Jean Baptiste 

    Textes bibliques : Lire


    Pour comprendre les textes bibliques de ce dimanche, il convient de les situer dans leur contexte historique. Nous avons tout d’abord Baruc qui appelle son peuple à la joie et à l’espérance. Ce peuple a été déporté en exil et humilié. Mais il va retrouver le bonheur et la liberté. C’est cet appel à la l’espérance que nous entendons dans la 1ère lecture : « Quitte ta robe de tristesse et de misère et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours ». 

    L’Évangile de ce jour est une réponse à cette annonce : il nous ramène à une situation bien précise de l’histoire. Luc met au-devant de la scène tous les personnages politiques et religieux du moment : l’empereur romain Tibère, son représentant en Judée Ponce Pilate, Hérode prince de Galilée et d’autres petits rois. Il cite également les autorités religieuses, Anne et Caïphe. Face à ces personnages prestigieux, nous avons un homme tout simple ; il s’appelle Jean ; il ne vit pas dans les palais ni dans le temple mais dans le désert. C’est là que la Parole de Dieu lui est adressée.

    « La parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert ». En nous disant cela, l’évangéliste a quelque chose d’important à nous faire découvrir : au temps de Jean Baptiste, c’était dans le désert que la Parole de Dieu pouvait être le mieux entendue. C’est important pour chacun de nus aujourd’hui : à la manière de Jean Baptiste, nous sommes tous invités au désert pour entendre ce que Dieu à nous dire aujourd’hui. C’est ainsi que nous pourrons préparer son chemin.

    Bien sûr, il n’est pas question de consulter une agence de voyage pour aller dans le Sud Du Sahara. Le désert dont Dieu nous parle, il est en chacun de nous. Le désert est synonyme de silence. Aller dans le désert, c’est trouver le silence. Nous vivons dans une société où le bruit nous envahit de tous côtés. Et pourtant, le silence est absolument essentiel. « Nous sommes trop sollicités par ce monde qui va trop vite. Nous ne prenons pas le temps de nous arrêter, de faire silence pour que nous puissions nous poser la question de savoir si la vie que nous menons est bien accrochée à l’essentiel (Jean-Louis Étienne).

    Emportés les uns et les autres dans le tourbillon de la vie, il nous faut faire des moments de désert si nous voulons rester des hommes et des femmes d’intériorité, si nous voulons simplement rester des croyants. Noël, c’est la visite de Dieu dans nos cœurs, mais si nous sommes ailleurs, la visite n’aura pas lieu. Pour l’entendre, il faut que nous l’écoutions. C’est pour cette raison que Jean va au désert. C’est dans le silence que nous commençons à entendre. Dieu ne demande qu’à parler au cœur de chacun.

    Ce désert dont parle saint Luc nous renvoie également à celui que nous subissons : le désert de la pandémie que nous avons vécu et qui est toujours d’actualité… le désert terrible de la maladie… le désert brûlant de la mort… le désert glacial de la solitude… le désert aride de l’échec professionnel ou du chômage…

    C’est dans tous ces déserts que les paroles de Jean Baptiste nous rejoignent : « Préparez les chemins du Seigneur… Aplanissez sa route ! » Pour répondre à l’invitation de Jean Baptiste, il nous faut combler les ravins de notre méfiance, abaisser les montagnes de nos préjugés et de nos apriori, il nous faut aplanir les sentiers de nos égoïsmes personnels et collectifs et de notre petite tranquillité. Cette conversion à laquelle Jean Baptiste nous appelle, c’est vraiment un changement de toute notre vie.

    Cette conversion pour le pardon des péchés est offerte à tous. Mais elle ne peut devenir efficace que si nous l’accueillons librement. Ce n’est pas d’abord un passage du vice à la vertu ; c’est surtout un passage du fatalisme à l’espérance, du doute à la foi, du repli sur soi à l’ouverture. L’espérance chrétienne c’est de croire que Dieu est à l’œuvre. Même quand tout va mal il est là. Il agit dans le cœur des hommes. Nous en avons des signes dans les gestes de dévouement et de solidarité des uns et des autres. À travers eux c’est Dieu qui est là. Son amour est plus fort que la haine.

    Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit précisément que ce salut de tous les hommes est réalisé en Jésus-Christ. Ce n’est pas vous qui avez eu l’initiative. C’est d’abord l’œuvre de Dieu ; et nous y sommes tous associés. Ce qui nous est demandé, ce n’est pas de travailler “pour” le Seigneur mais de travailler à l’œuvre “du” Seigneur. Le principal travail c’est lui qui le fait dans le cœur de chacun et il veut nous y associer tous.

    Ils sont nombreux dans le monde ceux et celles qui se préparent à fêter Noël. Mais beaucoup vont vivre ce jour en oubliant celui qui devrait être au centre de cette fête. Préparer Noël, c’est d’abord accueillir Jésus qui vient, c’est se mettre à l’écoute de son Esprit Saint, c’est aller au désert pour mieux entendre son appel. Par l’Eucharistie qui nous rassemble chaque dimanche, il vient nous éclairer et nous rendre la vie. Prions-le afin qu’il fasse grandir en nous sa vie divine.

    Télécharger : 2 avent C

    Sources : Revues Feu nouveau, fiches dominicales… dossiers personnels…

    Fête de l’Immaculée Conception : Lire

    source https://dimancheprochain.org/

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  • Méditation quotidienne de Richard Rohr

    Du Centre d'action et de contemplation

     Crédit image : Rose B. Simpson, Genesis (détail), 2017, sculpture.
     

    Créer Dieu à notre image 

    La saison de l'Avent commence avec des Écritures qui se concentrent sur la « seconde venue » du Christ. Parfois, cela a été présenté comme un événement effrayant, exacerbé par les images négatives de Dieu que de nombreux chrétiens entretiennent. Le père Richard écrit :

    L'image que tu as de Dieu te crée ou te détruit. Il existe un lien absolu entre la façon dont nous voyons Dieu et la façon dont nous nous voyons nous-mêmes et l'univers. Le mot « Dieu » est un mot qui remplace tout : la réalité, la vérité et la forme même de notre univers. C'est pourquoi une bonne théologie et une bonne spiritualité peuvent faire une si grande différence dans la façon dont nous vivons notre vie quotidienne dans ce monde. Dieu est la réalité avec un visage - qui est la seule façon dont la plupart des humains savent comment se rapporter à quoi que ce soit. Il doit y avoir un visage !

    Après des années à donner et à recevoir une direction spirituelle, il est devenu clair pour moi et pour beaucoup de mes collègues que l'image opératoire de Dieu de la plupart des gens est initialement une combinaison subtile de leur mère et de leur père, ou d'autres figures d'autorité précoces. Sans un voyage intérieur de prière ou d'expérience intérieure, une grande partie de la religion est en grande partie un conditionnement de l'enfance, que Dieu comprend et utilise sûrement. Pourtant, les athées et de nombreux anciens chrétiens réagissent à juste titre contre cela parce qu'une telle religion est si enfantine et souvent basée sur la peur, et ils s'opposent donc à une caricature de la foi. Je ne croirais pas en ce dieu moi-même !

    Notre objectif, bien sûr, est de grandir vers une religion adulte qui inclut la raison, la foi et une expérience intérieure en laquelle nous pouvons avoir confiance. Un Dieu mûr crée des personnes mûres. Un grand Dieu crée de grandes personnes. Un Dieu punitif crée des gens punitifs.

    Si nos mères étaient punitives, notre Dieu est généralement punitif aussi. Nous passerons alors une grande partie de notre vie à nous soumettre à ce Dieu punitif ou à réagir avec colère contre lui. Si nos figures paternelles étaient froides et renfermées, nous supposerons que Dieu est aussi froid et renfermé—toutes les Écritures, Jésus et les mystiques au contraire. Si toute autorité dans nos vies venait des hommes, nous supposons probablement et préférons même une image masculine de Dieu, même si nos cœurs désirent le contraire. Comme on nous l'a enseigné dans la philosophie scolastique, « tout ce qui est reçu est reçu à la manière du récepteur ». [1] C'est l'une de ces choses cachées à la vue de tous, mais elle reste toujours bien cachée à la plupart des chrétiens.

    Tout cela se reflète également dans les visions politiques du monde. Une bonne théologie crée une bonne politique et des relations sociales positives. Une mauvaise théologie crée une politique avare, un cadre largement récompense/punition, de la xénophobie et des relations hautement contrôlées.

    Pour moi, en tant que chrétien, l'image encore sous-développée de Dieu en tant que Trinité est la sortie et la voie à travers tous les concepts limités de Dieu. Jésus vient nous inviter dans un Flux Infini et Éternel d'Amour Parfait entre Trois—qui ne coule que dans une direction entièrement positive. Il n'y a pas de « backsplash » dans la Trinité, mais seulement une effusion infinie, qui est l'univers entier. Pourtant, même ici, nous devions donner à chacun des trois un nom d'espace réservé, un « visage » et une personnalité.

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    [1] Par exemple, voir Thomas d'Aquin, Summa Theologiae I, q. 75, art. 5.

    Adapté de Richard Rohr, Oui, et . . . : Méditations quotidiennes (Franciscan Media : 2013, 2019), 63-64. 

    Crédit d'image : Rose B. Simpson , Genesis (détail), 2017, sculpture.

    Nous avons présenté l'artiste de ces sculptures, Rose B. Simpson, lors de notre récente conférence CONSPIRE. Nous avons tellement été touchés par ses créations que nous avons décidé de partager son travail avec notre communauté Daily Meditations pour le mois de novembre.

    source https://cac.org

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  • Pour Noël, Israël va donner 500 permis aux chrétiens de Gaza

    Christophe Lafontaine
    26 novembre 2021

    Pour Noël, Israël va donner 500 permis aux chrétiens de Gaza -Terre Sainte

    Les gens se rassemblent autour de l'arbre de Noël dans la ville de Gaza
    avant la fête de Noël, le 3 décembre 2019 © Hassan Jedi/Flash90
     

    Israël a l’intention de donner des permis à 500 membres de la petite communauté chrétienne de la bande de Gaza pour entrer en Israël et en Cisjordanie, à Noël. Une bonne nouvelle après la guerre de mai dernier, mais…


    « C’est un signe d’espoir, un signe d’espérance », se réjouit le curé catholique de Gaza, le père Gabriel Romanelli. L’Associated Press a rapporté hier que le Cogat, l’organisme de liaison militaire d’Israël avec les Territoires palestiniens, a annoncé que 500 chrétiens de Gaza pourront être autorisés à visiter leurs familles et célébrer Noël en Israël et en Cisjordanie. C’est-à-dire notamment à Bethléem, à Nazareth ou à Jérusalem.

    Et « même si c’est un permis pour moins de la moitié des chrétiens à Gaza », souligne le père Gabriel Romanelli, il reconnaît que l’annonce israélienne est bienvenue « tant la pression au quotidien est immense » pour les habitants de Gaza. Et le pasteur de la paroisse latine de la Sainte-Famille de préciser que « contrairement aux autres années, les autorités israéliennes ont annoncé qu’il n’y aurait pas de restrictions selon les âges ».

    Pas de permis distribués depuis deux ans

    Pendant des années, explique-t-il, les jeunes entre 16 et 35 ans n’ont jamais eu de permis. Israël a souvent défendu sa politique de limiter le nombre de permis pour les Gazaouis voyageant à l’extérieur, affirmant que de nombreux Palestiniens de Gaza restaient illégalement lorsqu’ils obtenaient des permis de courte durée (généralement un mois).

    Lire aussi >> Les chrétiens de Gaza privés d’aller à Bethléem pour Noël

    C’est pour cela aussi qu’en guise de dissuasion, les autorisations de sortie de la bande de Gaza ne concernaient généralement qu’une catégorie d’âge ou qu’une partie de la famille. Les autorités ne distribuant par exemple qu’un permis au père mais pas à la mère et aux enfants. « La dernière fois que les autorités israéliennes ont donné des autorisations, cela a concerné surtout des personnes très âgées, des enfants ou les personnes qui voulaient aller en Jordanie ».

    Si Israël a plusieurs fois, dans le passé, autorisé les chrétiens gazaouis à quitter l’enclave palestinienne à l’occasion des fêtes de la Nativité, cela fait deux ans que ce n’était pas arrivé. L’an dernier pour raison de Covid. En 2019, pour des raisons de sécurité. Par ailleurs, Israël prévoit aussi d’élargir l’accès à Jérusalem pour les chrétiens vivant en Cisjordanie et d’autoriser à quelque 200 chrétiens de Gaza de traverser Israël pour se rendre en Jordanie.

    Derrière Noël, la question des mariages

    Pour les Gazouis, la nouvelle intervient alors que les déplacements hors de la bande de Gaza ont été restreints depuis la guerre de mai dernier qui a duré 11 jours entre Israël et les dirigeants du Hamas, au pouvoir à Gaza. « Ces derniers mois, cependant, Israël a commencé à assouplir certaines des restrictions, accordant à plusieurs milliers de Gazaouis des permis pour travailler à l’intérieur d’Israël dans le cadre de tentatives égyptiennes discrètes de négocier un cessez-le-feu à long terme », a fait savoir l’Associated Press.

    Le père Gabriel Romanelli explique qu’une liste de 761 fidèles catholiques et orthodoxes, préparée en septembre, a déjà été présentée. Et l’Eglise orthodoxe a rajouté la semaine dernière 150 noms, dit-il. Selon les chiffres officiels qu’il cite, les chrétiens – majoritairement grecs-orthodoxes – sont 1 077 dans la bande de Gaza dont 134 catholiques. Une infime minorité au regard des plus de 2 millions d’habitants musulmans qui vivent dans cette enclave de moins de 400 km².

    Lire aussi >> Aboud, futur prêtre et originaire de Gaza

    Et si les permis accordés à Noël permettent de visiter les familles, de prier sur les lieux saints, ils donnent également aux jeunes femmes et aux jeunes hommes chrétiens de Gaza l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes. Car à l’aune des statistiques démographiques, la problématique des futurs mariages des chrétiens Gazouis se pose. « Cela commence à être un grand problème », s’émeut le père Gabriel.

    « Nous rêvons de fêter Noël tout seuls un jour ici »

    Les mouvements à Noël et à Pâques vers Israël, la Cisjordanie ou l’étranger sont régis par un régime de permis militaire fondé par l’Etat hébreu en 1991. C’est de la même époque que remonte la tradition qui voit le patriarche latin de Jérusalem célébrer la messe de Noël à Gaza de manière anticipée comme un signe d’encouragement pour les paroissiens de la Sainte-Famille. Cette année, Mgr Pizzaballa s’y rendra les 17, 18 et 19 décembre. Il visitera quelques familles et écoles. Il célèbrera la messe solennelle de Noël, le 19 décembre.

    Lire aussi >> Le Patriarche de Jérusalem en visite pastorale à Gaza : « Ne perdez pas courage et espoir ».

    A l’occasion de sa visite, les enfants joueront une crèche vivante. En attendant, si le temps de l’Avent n’est pas encore là, les paroissiens commencent déjà à décorer l’église. Et pour ceux qui n’auront pas obtenu de permis pour les vacances, la messe de Noël aura lieu le 24 décembre à 19h, suivie d’un chocolat chaud, d’un loto dans une ambiance festive et musicale.

    Et le père Gabriel, au nom des prêtres et des religieuses qui servent à Gaza, conclut songeur : « Nous rêvons de fêter Noël tout seuls un jour ici. Cela signifierait que tous les chrétiens auront réussi à aller à Bethléem comme c’est leur droit. Nous prions pour ça, nous travaillons pour ça. »

    Source https://www.terresainte.net/

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  • LE BULLETIN SCOLAIRE DE JÉSUS


    Jésus, élève à l'école de Nazareth, rentre chez lui
    avec son bulletin scolaire lequel n'est franchement pas très bon.

    Une histoire sur Jésus ... Il doit bien en rire lui aussi !

     

    Sa mère a déjà vu un mauvais bulletin mais n'a rien dit, préférant méditer toutes ces choses dans son cœur. Cependant, aujourd'hui, le plus difficile reste à venir : il faut le montrer à Joseph.

     

    Expéditeur : École Siméon de Nazareth

    Destinataires : Joseph et Marie David


    Objet: Bulletin de Jésus

     

    *Mathématiques : Ne sait quasiment rien faire, à part multiplier les pains et les poissons.

    *Sens de l'addition : N'est pas acquis ; affirme que son Père et lui ne font qu'un.

    *Écriture : N'a jamais ses cahiers et ses crayons ; est obligé d'écrire sur le sable.

    *Géographie : N'a aucun sens de l'orientation ; affirme qu'il y a qu'un seul chemin
    et qu'il conduit chez son Père.


    *Chimie : Ne fait pas les exercices demandés ; dès qu'on a le dos tourné, transforme l'eau en vin
    pour faire rigoler ses camarades.

    *Éducation physique : Au lieu d'apprendre à nager comme tout le monde, il marche sur l'eau.

    *Expression orale : Grosses difficultés à parler clairement ; s'exprime en paraboles.

    *Ordre : A perdu toutes ses affaires à l'école et déclare, sans honte, qu'il n'a même pas
    une pierre pour oreiller.


    *Conduite : Fâcheuse tendance à fréquenter les étrangers, les pauvres, les galeux
    et même les prostituées.


    Joseph, sachant que ça ne peut pas durer, qu'il doit prendre des mesures sévères, dit: 

    « Eh ben, mon p'tit Jésus, puisque c'est comme ça,
    tu peux faire une croix sur tes vacances de Pâques ! »
     

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  • Fr. Jean-Pierre Schumacher, une "figure de moine en milieu musulman"

    Le père Jean-Marie Lassausse est prêtre de la Mission de France depuis 40 ans, et résidant en Algérie depuis 21 ans. Envoyé en 2001 à Tibhirine, sur demande de l’archevêque d’Alger, il reprend l’héritage du monastère tel que laissé par les frères quelques années auparavant. Il quitte Tibhirine en 2016 pour Mostaganem, au nord-ouest de l’Algérie. Il rend ici hommage au frère Jean-Pierre Schumacher, son compagnon de mission en terre musulmane.
     

    Entretien réalisé par Claire Riobé – Cité du Vatican

    Père Jean-Marie Lassausse, vous aviez pris la succession de frère Jean-Pierre Schumacher au monastère de Tibhirine peu après son départ vers le Maroc, en 2001. Comment vivez-vous son décès aujourd'hui ?

    J’avais rencontré frère Jean-Pierre quatre fois à Midelt, au Maroc, et je connaissais bien aussi frère Amédée. Le départ de Jean-Pierre me touche profondément, parce qu’il est une très, très belle figure de moine en milieu musulman, c’est-à-dire quelqu’un qui aimait les gens. Et les petites gens. J’ai eu la chance inouïe de lui succéder dans son rôle [au monastère de Tibhirine] en apportant les légumes au marché […], je me suis fait des amis grâce à lui. Jean-Pierre, dans la région de Tibhirine à Médéa, était vraiment la façade visible du monastère.

    Quand les gens de la région vont apprendre la nouvelle, ils seront très peinés : pour eux, frère Jean-Pierre était vraiment quelqu’un de tellement bon, agréable, doux, souriant… Nous étions tous les deux Lorrains, lui de Moselle et moi des Vosges. Il avait un bon caractère, mais une douceur qui désarmerait quiconque!

    Lors de son départ de l’Algérie vers le Maroc à Midelt, au début des années 2000, frère Jean-Pierre Schumacher a continué de faire vivre cet esprit de Tibhirine…

    Nous seulement il l’a fait vivre, mais il l’a prolongé et développé! Cela, je m’en suis rendu compte lorsque j’ai passé trois mois au monastère il y a quelques années. Et l’insertion humaine du monastère dans la région était plus profonde encore que celle du monastère de Tibhirine. C’est-à-dire que les relations avec les gens se traduisaient régulièrement par des invitations dans des familles musulmanes en particulier pendant le Ramadan, ce que n’avaient pas vraiment vécu les frères de Tibhirine. Ils avaient de très bonnes relations [avec les personnes musulmanes], très très bonnes, mais ce signe de l’hospitalité de la table, les frères de Midelt le vivent de manière plus intense aujourd’hui qu'hier à Tibhirine.

    On le voit quand on se promène aujourd’hui dans le village et le quartier. Evidemment, nous sommes les seuls étrangers, et tout de suite, on se met à parler des frères. Et pour la population qui environne le monastère, ce sont vraiment des frères.

    Frère Jean-Pierre Schumacher a été artisan du dialogue interreligieux avec l'Islam. Que retenez-vous de l’héritage que laisse aujourd’hui à l’Église ce missionnaire ?

    Je retiens une phrase que lui a dite une mère abbesse... car il a fallu que frère Jean-Pierre vive ce drame de ne pas avoir été enlevé avec ses frères – il faut quand meme imaginer -, sept de ses frères sont enlevés et lui reste vivant. Mais cette mère abbesse lui a dit un jour: «Tu as été épargné pour que tu puisses témoigner». Et je crois que cela fait 25 ans que le frère Jean-Pierre est un témoin vivant du long film de Tibhirine, à la fois de ce drame mais aussi de la vie concrète de la communauté, en particulier pendant les dix années noires de l’Algérie.

    Jean-Pierre n’était pas un naïf pour autant. Il était joyeux, mais avait une analyse sur les évènements. À côté de sa bonhommie, il témoignait de cela. Un des exemples les plus criants, selon moi, est son accord de fond avec le film Des hommes et des dieux. Il a donné son "imprimatur" à ce film car il s’est retrouvé tout à fait dans cette manière de témoigner de la vie d’une communauté cistercienne dans le monde musulman.

    Vous êtes vous-même l’auteur de N’oublions pas Tibhirine, paru 2018 aux éditions Bayard. Comment l’esprit de Tibhirine continuera-t-il à être vécu, selon vous, dans les années à venir ?

    Nous n’avons pas attendu 2021 pour répandre cet esprit de Tibhirine. Il se traduit par de multiples associations de dialogues inter-religieux en France et ailleurs. Plusieurs groupes s’appellent aujourd’hui «fils ou filles de Tibhirine». Le dialogue religieux trouve son épanouissement dans la vie de ces moines qui ont mené une vie de convivialité et de fraternité vraiment ajustée dans le monde musulman. Et Je crois que Tibhirine a été comme un starter pour le lancement ou la relance du dialogue interreligieux, en particulier avec l’islam.


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  • Audience: saint Joseph, une figure centrale de l’histoire du salut

    Poursuivant son cycle de catéchèses sur saint Joseph, François est revenu ce mercredi sur le rôle du père putatif de Jésus dans l’histoire du salut. Il invite les hommes et les femmes d’aujourd’hui à être «les gardiens de leur frère», a également montré le Pape.
     

    Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

    Parmi les évangélistes, saint Matthieu et saint Luc accordent une place au rôle de Joseph, dans leurs récits sur l'enfance de Jésus. «Tous deux composent une "généalogie" pour mettre en évidence l'historicité de Jésus», a rappelé le Pape François au début de cette audience générale.

    D’une manière différente, ils «présentent Joseph non pas comme le père biologique, mais comme le père à plein titre de Jésus», par lequel celui-ci «accomplit l'histoire de l'alliance et du salut entre Dieu et l'homme».

    Éloge de la vie cachée

    Avec saint Matthieu d’une part, l’on comprend que la figure discrète de saint Joseph, «apparemment marginale», est cependant «un élément central de l’histoire du salut», a souligné l’évêque de Rome. Assumant sa mission sans jamais se mettre au premier plan, il est un véritable modèle : «tous peuvent trouver en saint Joseph, l'homme qui passe inaperçu, l'homme de la présence quotidienne, de la présence discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments difficiles, a expliqué le Saint-Père. Il nous rappelle que tous ceux qui sont apparemment cachés ou en "seconde ligne" ont un rôle sans égal dans l'histoire du salut. Le monde a besoin de ces hommes et de ces femmes», a lancé le Pape.

    Être attentif les uns envers les autres

    Avec saint Luc d’autre part, Joseph apparaît «comme le gardien de Jésus et de Marie». Il est donc aussi le gardien de l’Église qui est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, a rappelé François, et il continue depuis le ciel à la protéger. Et de poursuivre :

    “«Joseph, par sa vie, semble vouloir nous dire que nous sommes toujours appelés à nous sentir les gardiens de nos frères et sœurs, les gardiens de ceux qui nous sont proches, de ceux que le Seigneur nous confie à travers les circonstances de la vie».”

    L’évocation du père putatif de Jésus dans les évangiles manifeste aussi «l’importance des liens humains». «Le Fils de Dieu, pour venir au monde, a choisi la voie des liens», a fait remarquer le Souverain Pontife.

    Prière à saint Joseph

    Et à tous ceux que la carence de liens humains plonge dans la solitude ou le découragement, le Pape François a dédié une prière, prononcée en conclusion de cette audience hebdomadaire :

    «Saint Joseph,

    toi qui as gardé le lien avec Marie et Jésus,
    aide-nous à prendre soin des relations dans nos vies.
    Que personne ne ressente ce sentiment d'abandon
    qui vient de la solitude.
    Que chacun se réconcilie avec sa propre histoire,
    avec ceux qui l'ont précédé,
    et reconnaisse, même dans les erreurs commises
    une manière par laquelle la Providence s'est frayé un chemin,
    et le mal n'a pas eu le dernier mot.
    Révèle-toi ami avec ceux qui luttent le plus,
    et comme tu as soutenu Marie et Jésus dans les moments difficiles,
    de même soutiens-nous aussi dans notre chemin. Amen.»

    Plusieurs fois au cours de cette catéchèse, le Souverain Pontife a cité des extraits de Patris corde, lettre apostolique écrite à l'occasion du 150ème anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme Patron de l'Église universelle, et publié le 8 décembre dernier. D’ici peu, le premier anniversaire de ce document marquera également la fin de l’année spéciale dédiée à saint Joseph.

     source https://www.vaticannews.va/

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  • Méditation quotidienne de Richard Rohr

    Du Centre d'action et de contemplation

     Crédit image : Rose B. Simpson, Holding it Together (détail), 2016, sculpture.
     

    Une belle histoire 

    Le père Richard continue d'explorer comment les archétypes nous relient à l'histoire de Dieu et de l'univers.

    Le petit moi est intrinsèquement malheureux parce qu'il manque fondamentalement de réalité. Pour utiliser un mot philosophique, son non-être signifie qu'il n'existe pas « ontologiquement ». Il sera donc toujours anxieux, effrayé et à la recherche de signification Sans scénario, sans images intégrées qui définissent qui nous sommes ou dirigent nos vies, nous ne serons tout simplement pas heureux. Carl Jung a développé cette idée pour notre génération de rationalistes occidentaux, qui pensaient que mythe signifiait « pas vrai » – alors qu'en fait le sens plus ancien du mythe est précisément « toujours et profondément vrai » !

    Jung va jusqu'à dire que la transformation ne se produit qu'en présence d'une histoire, d'un mythe et d'une image. Une grande histoire nous entraîne à l'intérieur d'une histoire universelle ; il se loge dans l'inconscient où il est inaccessible aux brutalités de notre propre esprit ou volonté, [1] comme l'a observé Thomas Merton. De cet endroit caché, nous sommes guéris. Pour les chrétiens, la vie de Jésus est la carte archétypale de Everyman et Everywoman : conception divine, vie ordinaire, trahison, abandon, rejet, crucifixion, résurrection et ascension. La boucle est bouclée, alors que nous retournons là où nous avons commencé, bien que maintenant transformés. Jung a vu ce schéma de base se répéter dans chaque vie humaine. Il l'a appelé l'archétype du Christ, « une carte presque parfaite » de tout le cheminement de la transformation humaine.

    A Great Story Line relie nos petites vies à la One Great Life, et encore mieux, elle pardonne et utilise les parties blessées et apparemment «indignes» (1 Corinthiens 12:22), que Jung appellerait la «intégration du négatif» nécessaire. " Quel message ! Comme le bon art, un mythe cosmique comme l'Évangile donne un sentiment d'appartenance universelle et de participation personnelle à quelque chose/quelqu'un de beaucoup plus grand que nous.

    Nous constatons qu'il est presque impossible de guérir des individus isolés à l'intérieur d'une culture aussi malsaine et non guérie que les États-Unis, et à l'intérieur de toute version du christianisme qui soutient l'exclusion et la supériorité. Les individus qui restent à l'intérieur d'un univers incohérent et dangereux retombent bientôt dans la colère, la peur et le narcissisme. Je le dis tristement après 46 ans à donner des retraites, des conférences et des rites d'initiation partout dans le monde. Seules les personnes qui ont développé un esprit contemplatif ont pu enfin grandir et bénéficier du message qu'elles ont entendu.

    Dans le dernier numéro de Oneing, le père Richard rend hommage à ceux qui font le plein chemin de l'intégration. Ce sont des gens qui trouvent leurs propres petites histoires dans la grande histoire de Dieu, ce que Richard appelle « l'histoire » :

    Ceux qui vivent vraiment dans The Story ont embrassé et intégré leur personnalité, leur ombre, leurs blessures, leurs problèmes familiaux, leur culture et leurs expériences de vie contextualisantes sous The One. . . . C'est une spiritualité vraiment intégrale, une vision du monde vraiment catholique et le but méconnu de toutes les religions monothéistes. Ceux-ci, comme Jésus, ne désirent « nulle part où reposer leur tête » que dans l'Amour Un et Universel. [2]

     
     

    [1] Thomas Merton, Conjectures of a Guilty Bystander (Doubleday and Company : 1966), 142.

    [2] Richard Rohr, « Introduction », « L'œuf cosmique : mon histoire, notre histoire, d'autres histoires, l'histoire », Oneing , vol. 9, non. 2 (Éditions CAC : 2021), 18.

    Adapté de Richard Rohr, causerie « Rhin » inédite (Center for Action and Contemplation : 2015).

    Crédit d'image : Rose B. Simpson , Holding it Together (détail), 2016, sculpture.

    Nous avons présenté l'artiste de ces sculptures, Rose B. Simpson, lors de notre récente conférence CONSPIRE. Nous avons tellement été touchés par ses créations que nous avons décidé de partager son travail avec notre communauté Daily Meditations pour le mois de novembre.

    Inspiration d'image : de combien de façons puis-je m'exprimer ? Les gens me demandent « sur qui votre travail est-il inspiré ? » Et ce sont tous des autoportraits parce que la seule histoire que je peux vraiment raconter est la mienne. Et donc ils parlent tous de différents voyages que j'ai eus dans ma vie. —Rose B. Simpson, entretien de CONSPIRE, 2021

    En savoir plus sur l'équipe éditoriale de Daily Meditations.

    source https://cac.org/

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