• Le Pape François devant la crèche installée en Salle Paul VI du Vatican, vendredi 10 décembre 2021. Le Pape François devant la crèche installée en Salle Paul VI du Vatican, vendredi 10 décembre 2021.   (Vatican Media)

    Le Pape souhaite un Noël dépollué du consumérisme

    Recevant en audience les délégations péruvienne et italienne, artisanes de la crèche inaugurée avec le sapin ce vendredi 10 décembre place saint-Pierre, ainsi que la représentation de la Nativité installée en Salle Paul VI du Vatican, le Souverain pontife a rappelé le sens profond de ces symboles de Noël.
     

    «Les personnages de la crèche, réalisés à partir de matériaux et de vêtements caractéristiques de ces territoires, représentent les peuples des Andes et symbolisent l'appel universel au salut», a affirmé François, rappelant que Jésus est venu sur terre «dans le concret d'un peuple pour sauver tout homme et toute femme, de toutes cultures et nationalités». «Il s'est fait petit pour que nous puissions l'accueillir et recevoir le don de la tendresse de Dieu».

    Le sapin, un signe du Christ

    À côté de la crèche se trouve le majestueux épicéa des bois d'Andalo, dans le Trentin. «Je salue la délégation qui est venue de là-bas : les autorités, les prêtres, les fidèles accompagnés de Mgr Lauro Tisi, que je remercie pour ses paroles. Ce soir, à l'issue de la cérémonie officielle de remise des clés, les lumières décorant l'arbre seront allumées», a déclaré le Pape, évoquant le sapin comme un signe du Christ, l'arbre de vie (cf. Ap 2,7), un arbre auquel l'homme n'avait pas accès à cause du péché (cf. Gn 2,9).

    «Mais avec Noël, la vie divine s'unit à la vie humaine. L'arbre de Noël évoque donc la renaissance, le don de Dieu qui s'unit à l'homme pour toujours, qui nous donne sa vie. Les lumières du sapin rappellent celles de Jésus, la lumière de l'amour qui continue de briller dans les nuits du monde», a poursuivi l’évêque de Rome.

    «Chers amis, voilà ce qu'est Noël, ne le laissons pas être pollué par le consumérisme et l'indifférence», a lancé le Pape, considérant que ses symboles, en particulier la crèche et l'arbre décoré, «nous ramènent à la certitude qui remplit nos cœurs de paix, à la joie de l'Incarnation, à Dieu qui devient familier: il vit avec nous, il rythme nos journées d'espérance».

    Ne pas faire l’expérience d’un faux Noël commercial

    L'arbre et la crèche nous introduisent dans l'atmosphère typique de Noël qui fait partie du patrimoine de nos communautés: une atmosphère de tendresse, de partage et d'intimité familiale. «Ne faisons pas l'expérience d'un faux Noël commercial! Laissons-nous envelopper par la proximité de Dieu, par l'atmosphère de Noël que l'art, la musique, les chants et les traditions apportent à nos cœurs», a-t-il exhorté.

    Et le Pape d’assurer qu’à Noël, Dieu se révèle non pas comme «celui qui est en haut pour dominer», mais comme «celui qui s'abaisse, petit et pauvre, pour servir»: cela signifie que pour lui ressembler, le chemin est celui de l'abaissement, du service. «Pour que ce soit vraiment Noël, n'oublions pas ceci: Dieu vient être avec nous et nous demande de prendre soin de nos frères et sœurs, surtout les plus pauvres, les plus faibles et les plus fragiles, que la pandémie risque de marginaliser encore plus. Car c'est ainsi que Jésus est venu au monde, et la crèche nous le rappelle», a-t-il enfin conclu.

    source https://www.vaticannews.va/

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  • SURPRISE ET QUESTIONNEMENT

     L'assemblée des évêques à Lourdes, un enjeu de "crédibilité" pour l'Église 
     

    Bonjour,

    Permettez-moi de vous dire mon étonnement de constater que les trois derniers articles que j'ai publiés concernant les abus sexuels dans l'Église semblent ne pas avoir réjoui les lectrices et lecteurs de ce site. (très peu de réactions)

    C'est que pour ma part, je voyais dans l'événement de l'église de France (la rencontre des évêques à Lourdes) pour faire le point sur * la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église * comme un GRAND JOUR pour l'ÉGLISE DE FRANCE, qui dans la reconnaissance des faits, laissait voir sa fragilité mais aussi son HUMILITÉ et sa Grandeur d'âme.

    Cette rencontre des évêques est toute à leur honneur et je me réjouis de voir l'église s'engager à prendre un nouveau départ à la suite du CHRIST et avec le Pape François.

    Si vous avez manqué l'événement, voici trois liens, bonne lecture et écoute.

     

    Serviteur-ofs

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  • « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » (Marc 6, 31)


    « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » (Marc 6, 31)Quelle belle invitation que le Seigneur nous fait en cette période estivale ! Saurons-nous en profiter ?
    Oui, une belle opportunité après tout ce nous avons encaissé durant cette longue période pandémique… Notre « soeur Covid » nous en a fait voir de toutes les couleurs et on dit que cela pourrait se prolonger… Ouf !


    Pour nous, retenons ceci : le Seigneur Jésus invite ses apôtres après une activité missionnaire assez intense de prendre un peu de recul et un peu de repos. C’est bien la manière de Jésus qui savait passer des longues périodes en colloque avec son Père après avoir enseigné aux foules.


    Pour nous, après une année intense « covidienne », comment se situer dans le plan de Dieu ? Pour nous, encore, en cette période estivale, comment profitons-nous, grâce à Dame Nature, s’approcher de LUI ? Frère François, lui, savait très bien l’intégrer dans sa vie à travers les méandres de la vie fraternelle naissante.
     

    Malgré toutes les bousculades que la Vie nous apporte : Covid-19, incertitudes dans les projets, avenir de l’OFS francophone, soubresauts climatiques, déménagements, bref, sachons s’arrêter et respirer avec Lui. Ne serait-ce qu’un moment ! En y pensant bien ne serait-ce pas ce passage à expérimenter avant de poursuivre les activités qui s’offrent à l’horizon ?
     

    Fr. André Chicoine, ofm cap.

    source Bulletin de la Fraternité régionale Saint-François-de-Laval

    Télécharger « Renouveau_MAI-AOÛT 2021.pdf »

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  • Angélus: accueillir Jésus et nous aimer les uns les autres, avec gratuité et sans calcul

    Lors de la prière de l'Angélus ce dimanche, le Pape François est revenu sur l'Évangile selon Saint Jean en rappelant que «le Seigneur désire une relation d'amour avec nous». Un amour à placer avant toute chose.
     

    Olivier Bonnel-Cité du Vatican

    Le Pape est revenu sur la scène d'ouverture de l'Évangile de ce dimanche (Jn 6, 24-35) qui relate les barques qui se dirigent vers Capharnaüm : la foule va chercher Jésus. « Nous pourrions penser que c'est une très bonne chose, a-t-il souligné, mais l'Évangile nous enseigne qu'il ne suffit pas de chercher Dieu, nous devons aussi nous demander pourquoi nous le cherchons»

    Jésus dit en effet : « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés ». Le peuple avait assisté au miracle de la multiplication des pains, mais n'avait pas saisi la signification de ce geste : il s'était arrêté au miracle extérieur et au pain matériel, a précisé le Pape.

    La tentation idolâtre

    « C’est donc la première question que nous pouvons nous poser : pourquoi cherchons-nous le Seigneur ? Quelles sont les motivations de notre foi ?» a demandé François. Nous devons le discerner, car parmi les nombreuses tentations, il en est une que nous pourrions appeler la tentation idolâtre. C'est elle qui nous pousse à chercher Dieu pour notre propre usage, pour résoudre des problèmes, pour avoir grâce à Lui ce que nous ne pouvons obtenir par nous-mêmes a poursuivi le Saint-Père.

    « Mais de cette manière, la foi reste superficielle et miraculeuse : nous cherchons Dieu pour qu'il nous nourrisse, puis nous l'oublions lorsque nous sommes rassasiés». La foi est immature, si nos propres besoins passent avant Dieu, a-t-il souligné.

    Le véritable amour est désintéressé

    « Le Seigneur, qui agit bien au-delà de nos attentes, a poursuivi François, Il veut vivre avec nous avant tout dans une relation d'amour. Et le véritable amour est désintéressé, il est gratuit : on n'aime pas pour recevoir une faveur en retour !»

    La deuxième question posée dans l’Évangile est également importante, a expliqué le Pape : « Que devons-nous faire pour accomplir les œuvres de Dieu ?» « C’est comme si les gens, provoqués par Jésus, disaient : "Comment purifier notre recherche de Dieu ? Comment passer d'une foi magique, qui ne pense qu'à nos propres besoins, à une foi qui plaît à Dieu ?»

    Face à cette interrogation, c’est Jésus qui indique le chemin : il répond que l'œuvre de Dieu est d'accueillir celui que le Père a envoyé, c'est-à-dire lui-même.

    Accueillir Jésus comme le pain de vie

    La question est bien d'accueillir Jésus dans notre vie, de vivre une histoire d'amour avec Lui, a précisé François. « Avant les choses que nous recevons et faisons, il y a Lui à aimer. Il existe une relation avec Lui qui va au-delà de la logique de l'intérêt et du calcul ».

    Cela est vrai à l'égard de Dieu, mais aussi dans nos relations humaines et sociales, a encore souligné le Pape : lorsque nous cherchons avant tout la satisfaction de nos besoins, nous risquons d'utiliser les personnes et d'exploiter les situations à nos propres fins.

    L'invitation de l'Évangile est ainsi la suivante : «au lieu de nous préoccuper uniquement du pain matériel qui nous nourrit, accueillons Jésus comme le pain de la vie et, à partir de notre amitié avec lui, apprenons à nous aimer les uns les autres. Avec gratuité et sans calcul » a t-il conclu.

    source https://www.vaticannews.va/

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  • L’auteur nous donne le témoignage de sa rencontre avec Monique Papatie, cette femme qui
    a retrouvé ses racines comme autochtone anichinabe. Elle enrichit son engagement pastoral
    dans son Église. On la surnomme la mère Teresa de Kitcisakik.

    « En l’église Sainte-Clotilde, située en plein coeur de la presqu’île du Grand Lac Victoria,
    Monique parle à son Créateur directement. »


    C’est un matin d’été un peu frais. Je suis arrivé sur la presqu’île du Grand Lac Victoria la veille,
    à l’invitation de soeur Renelle Lasalle, qui a oeuvré auprès des communautés anicinabek de
    Kitcisakik [1] et de Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue pendant 12 ans et qui continue de
    séjourner au presbytère de la Mission en période estivale. Je marche sur la presqu’île, entre les
    maisonnettes en bois rond, alors que le village se réveille doucement, en ce matin frais et brumeux.


    Mes premières heures en territoire anichinabe furent marquées par un certain choc. Je me lève
    un peu nerveux, dans le doute. Honte coloniale ? Choc culturel ? Sentiment d’être un peu voyeur,
    d’observer une communauté à distance, sans vraiment en être ? Puis, une voix s’élève, en provenance de la petite cuisinette où se regroupent pour les repas plusieurs personnes de passage sur la presqu’île, lieu important pour plusieurs familles anicinabek : « Tu veux un café ? »
    Traversé par l’humidité du matin, j’accepte avec joie.


    UNE BONTÉ IMPRESSIONNANTE


    Ce café qui tombe à point, il m’est offert par Monique Papatie. Née dans une tente au Grand Lac
    Victoria en 1952, Monique a été surnommée « la mère Teresa » de Kitcisakik par soeur Renelle
    Lasalle, sa grande amie et collaboratrice depuis plus d’une décennie. Pourquoi ce surnom ?
    Monique est toujours là pour les jeunes et moins jeunes, qu’ils soient de Lac-Simon, où elle a sa
    résidence, ou de Kitcisakik. À la presqu’île du Grand Lac Victoria, où elle passe l’été comme le
    faisaient ses parents et celles et ceux qui les ont précédés, Monique nourrit tous les gens de passage
    [2].
    La bonté de Monique m’impressionne, surtout lorsqu’elle est dirigée vers les allochtones qui,
    comme moi, ne restent que quelques jours sur la presqu’île du Grand Lac Victoria. Chez elle, il n’y
    a que désir de rencontre, de transmission, de dialogue et d’apprentissage mutuel. Aucune colère,
    aucun ressentiment ne transparait, alors que je pourrais très bien représenter pour elle la cause de
    bien des injustices subies par elle et sa communauté.


    BLESSURE ET RÉSILIENCE


    Monique a vécu le système des pensionnats autochtones. Elle y a résidé pendant sept ans. Moment
    de rupture avec l’univers culturel et familial. Moment de grande blessure. Son père va décéder
    en plein coeur d’une année scolaire : jamais on ne jugera bon d’informer Monique de cette perte.
    Elle apprendra le décès de son père au moment des vacances estivales, seule période qu’elle passait
    auprès des siens. Les années suivantes seront marquées par une profonde inquiétude pour sa
    mère qui, après le décès de son mari, se retrouve dans une situation précaire. C’est cette pauvreté
    vécue, m’expliquera Monique, qui l’amène aujourd’hui à nourrir celles et ceux qui l’entourent.
    L’arrachement à son milieu familial aura créé un vide que les études universitaires et une carrière
    dans l’enseignement et la direction d’école ne pourront remplir.
    À 50 ans, Monique prend sa retraite et retourne vivre dans le bois avec sa mère et sa belle-soeur.
    S’accélère alors une quête de soi. Elle réapprend, littéralement, sa culture, celle dont le pensionnat
    l’a privée : la langue, le piégeage, la chasse, la pêche, les plantes médicinales, l’artisanat, la cuisine,
    etc. Cette démarche prendra environ six ans; six années pour retrouver ses racines, pour se retrouver
    elle-même.


    Malgré tout, malgré l’impact de la colonisation sur sa propre vie, malgré la participation de l’Église
    catholique au système des pensionnats, Monique porte un regard nuancé sur l’héritage chrétien.
    En fait, Monique continue de s’impliquer en Église, étant responsable de la pastorale dans les communautés de Lac-Simon (diocèse d’Amos) et de Kitcisakik (diocèse de Rouyn-Noranda). Malgré les souffrances, elle cherche à vivre en puisant dans les éléments positifs de son passé. Elle dira même pardonner à l’Église, précisant que le pardon n’est pas l’oubli. Lors de son témoignage lors de la Commission de vérité et réconciliation, elle demandera à soeur Renelle Lasalle d’être à ses
    côtés afin de symboliser ce pardon. Cette résilience me bouleverse. Cette capacité de distinguer les
    individus de l’institution m’impressionne. Sa capacité de distinguer Dieu de l’institution est aussi
    fascinante. En l’église Sainte-Clotilde, située en plein coeur de la presqu’île du Grand Lac Victoria
    [3], Monique parle à son Créateur directement. En cette église qui est Sa maison, elle chante [4],
    elle prie, elle pleure aussi parfois. Cette église lui rappelle celles et ceux qui sont passés y prier et y
    vivre les sacrements rythmant leur foi.


    Je suis également ému par le désir de transmission qui anime Monique. Ce désir de voir sa culture
    se perpétuer. De voir la langue être enseignée, de voir le savoir-faire traditionnel être passé aux
    générations montantes, que l’on parle ici de la chasse, de l’artisanat, ou encore, de la production
    de sirop d’érable. Désir aussi que cette culture soit connue du côté allochtone, que la culture soit
    point de rencontre, mais aussi, que les allochtones apprennent de la culture anicinabe, dans un
    rapport d’égal à égal. Désir également de passer une mémoire, celle des personnes ainées dont elle
    s’applique à consigner les témoignages.


    Puis, comment ne pas être chaviré par la gratitude qui transpire des paroles et des gestes de
    Monique ? Remercier les arbres avant de les entailler, puis refuser de vendre le sirop produit
    puisque la sève nous est donnée. Prier aux abords du lac et s’asperger de son eau pour en illustrer
    le caractère sacré et indispensable. Placer un collet et remercier la nature qui viendra la nourrir.
    Donner aux autres comme signe de gratitude envers celles et ceux qui ont rendu notre propre vie
    possible.


    TOUTE LA GÉNÉROSITÉ DU MONDE


    Alors que je sirote mon café et que je mange mon premier morceau de bannique, Monique pose
    les yeux sur moi, en silence. Et je sens dans ce regard et ce sourire toute la générosité du monde.
    Elle voit en moi autre chose que le produit d’une histoire coloniale, autre chose que l’héritier d’un
    système. Et cet accueil imprime en moi ce désir : être à la hauteur de la confiance et de l’ouverture
    témoignées.


    NOTES
    [1] Le campement d’été traditionnel de la communauté anicinabe de Kitcisakik se trouve au bord du Grand Lac Victoria. C’est là que se trouve l’église de la Mission Sainte-Clotilde et le cimetière traditionnel. Autrement, la communauté de Kitcisakik réside plus à l’est, à six kilomètres de la route 117, près du barrage Bourque, sur le réservoir Dozois. C’est là que se trouvent les installations desservant la communauté : bloc sanitaire, école primaire, dépanneur et station d’essence, bureaux du conseil de la communauté, etc. D’énormes génératrices assurent des services de base, car la communauté de Kitcisakik ne peut compter ni sur l’électricité, si sur l’eau courante… Pour plus de détails : https://lactualite.com/actualites/kitcisakik-pas-deau-courante-ni-delectriciteavant-au-moins-un-an/

    [2] Pour en savoir plus sur ce que représente la presqu’île du Grand Lac Victoria pour Monique Papatie, voir cette capsule vidéo : https://www.missioncheznous.com/mme-monique-papatie-raconte-son-histoire/


    [3] Pour en savoir plus sur l’église de la Mission Sainte-Clotilde-du-Grand-Lac :http://www.ipir.ulaval.ca/fiche.php?id=240

    [4] Pour un exemple de chant en anicinabe, voir cette vidéo qui met notamment en vedette Monique Papatie : https://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/10823/les-kokoms-de-lac-simon

    source https://www.cheminsfranciscains.ca/

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  • « Nous avons vécu
    une année pascale. »
    Philippe

    *

    Un minuscule et microscopique virus, dont on aime maintenant taire le nom, tellement il a envahi
    les médias et les bulletins de nouvelles depuis plus d’un an, a provoqué un nouveau rythme de
    vie pour les humains de la planète entière. Certains en ont été et sont profondément affectés par
    la mort ou par des séquelles, pas toutes connues à ce jour, chez les personnes atteintes du virus.
    L’impact économique sur les pays est monstrueux. Au beau milieu de tout cela, qu’advient-il de
    la personne et de la famille ? Cette brève chronique veut présenter une jeune famille pour qui la
    pandémie a été un temps de vérité et de croissance.


    UN TEMPS DE VÉRITÉ ET DE CROISSANCE


    Philippe et Véronique, âgés dans la fin quarantaine, forment couple et famille depuis une vingtaine
    d’années. Ils sont parents de 5 enfants, âgés de 13 ans à 6 mois : le petit dernier, Gabriel, étant
    arrivé au beau milieu du temps de pandémie. Leur secret pendant la pandémie, qui dure encore,
    c’est de composer avec la réalité, sans tenter de la nier, sans déni du réel.
    Au quotidien, des ajustements majeurs se sont imposés sur la vie de famille, la carrière d’enseignante
    de Véronique, (enseignement à distance), la perte d’emploi de Philippe. Dans le concept de vie de famille, on n’allait pas se laisser aller à la déprime. Dès les premiers instants de la conversation,
    Véronique de lancer : « On a été mis à l’épreuve ». À cela s’ajoute une courte maladie qui a
    affecté son conjoint. L’épreuve a suscité des éléments de vie.


    UN TEMPS D’AJUSTEMENT


    La vie familiale est devenue beaucoup de temps agréablement passé ensemble, engendrant une
    meilleure connaissance mutuelle. La vie en confinement a permis de développer une plus grande
    attention aux besoins de chacune et chacun. On parle de manière très positive de la saisie des
    besoins de chacun. Et un autre élément positif est l’implication des enfants dans les tâches domestiques,
    développant des habiletés culinaires. Pendant la rencontre avec les parents, à domicile, la
    petite Évelyne (8 ans) préparait avec tout son coeur une casserole de croutons maison à faire griller
    au four.


    La carrière d’enseignante de Véronique a été sujette à des accommodements difficiles.
    L’enseignement à distance, l’enseignement de nouvelles matières à des étudiants vus sur écran, la
    poursuite d’une grossesse, le soin des 4 enfants bien vivants, tout cela vécu dans une atmosphère
    de confinement, a nécessité son lot d’ajustements. L’enseignante, femme de relations humaines
    chaleureuses, avoue avoir trouvé très difficile l’enseignement à distance. Elle reconnaît également
    avoir un regard nouveau sur les devoirs à la maison. À la suite d’une journée d’enseignement, les
    devoirs visent-ils l’acquisition d’un bagage de connaissance ou l’apprentissage d’une discipline et
    méthode de travail ? L’apprentissage de discipline et méthode de travail devraient être prioritaire
    selon elle.


    L’AVENIR SE RÉINVENTE


    Posons maintenant un regard sur la carrière de Philippe. Animateur dans un centre de formation
    humaine et chrétienne pour les jeunes, dans une atmosphère de camp, pendant 20 ans, avec une
    belle expertise et créativité en la matière, il est congédié de manière tout à fait inattendue, sans
    espoir de rappel. Une réorientation de carrière s’impose. Faut-il viser aller pour un salaire ou une
    carrière-engagement ? Philippe est détenteur d’un diplôme d’études collégiales en sciences humaines.
    Il est important de dire qu’il est animé passionnément par l’attention aux personnes et à
    la croissance humaine en tout ce qu’il fait depuis son jeune âge. La responsabilité familiale demeurant
    prioritaire, la consultation, la prière orientent son discernement. Il opte pour une poursuite
    de ses engagements humanitaires dans une vie de travailleur social, avec une inscription déjà faite
    à l’université. Une telle carrière pourra éventuellement se jumeler à un travail d’assistance spirituelle.
    Les centres de soins palliatifs, les résidences pour aînés, les centres de soins de longue durée,
    et autres, toutes ces ressources laisseront-elles place à l’intervention spirituelle? Philippe, fort d’une solide formation chrétienne, apprécierait une ouverture d’emploi en ce sens, mettant à profit sa
    carrière d’animateur de vie chrétienne.


    LE TRIOMPHE DE LA VIE


    De ce bref regard sur la vie pandémique, pendant et après, pour leur famille, Philippe et Véronique
    affichent un regard optimiste sur l’avenir. L’énergie vitale qui les habite, l’attitude de coeur investie
    dans leur projet familial les propulsent vers l’avenir avec confiance. Si les premiers mots de
    Véronique font allusion à l’épreuve, les derniers mots de Philippe annoncent le triomphe de la vie
    sur l’épreuve. « Nous avons vécu une année pascale » dit Philippe. Il y a beaucoup de vie qui s’est
    manifestée au cours de la dernière année. En langage chrétien, le mot pascal exprime bel et bien
    un éclatement de vie nouvelle dans la victoire du Christ sur la mort. L’affirmation de Philippe,
    collée à celle de Véronique, devient fort signifiante pour eux. La confiance les anime face à la vie

    source : REVUE WEB SUR LA SPIRITUALITÉ FRANCISCAINE | VOLUME 126 NUMÉRO 2

    https://www.cheminsfranciscains.ca/

     

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  • LA VIOLENCE ? CONNAIS PAS ! - RMF

     

    LA VIOLENCE ? CONNAIS PAS !

    Pour quelqu’un qui suit peu l’actualité, « Connais pas! » est une affirmation légitime. Surtout si la personne se croit non violente. Notre réalité est tout autre. Il suffit de tendre l’oreille, « d’écouter pour voir » : la violence existe plus que jamais. L’encyclique Fratelli Tutti, sur l’urgence de la fraternité universelle et l’amitié sociale, martèle ce constat à cause des déviations humaines. On fréquente la violence chaque jour presque, même si on a l’impression d’être une personne douce, aimable. Sans hausse de voix ni de coup de poing. Et surtout, en ces mois de pandémie.


    Notre vision idyllique d’un monde harmonieux existe mais se bute à la réalité de la violence, telle qu’on la définit: agir avec force et démesure. Cette force non maîtrisée s’impose aux êtres humains soit par la nature ou par les événements, soit par l’action malveillante d’autres êtres humains. Elle agresse, brutalise, intimide au détriment de la volonté et de la liberté de l’autre. Qu’elle soit physique, verbale, morale, sociale, ou armée… la violence prend l’attaque comme outil, et souvent, la mort comme porte de sortie.


    La Bible, un livre violent?


    Il ne faut pas se le cacher, la Bible foisonne de pages de guerres, de harcèlement et de viols, de défenses territoriales et de cruautés. Le premier crime de l’humanité surgit d’une rivalité entre deux frères. Le reproche de Dieu à Caïn, assassin d’Abel, ne passe pas inaperçu : « La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi! ». On n’étouffe pas le cri des victimes de la violence devant Dieu. On prête à Dieu nos attitudes humaines cruelles; il assume pourtant l’instinct meurtrier des hommes dans son dessein de salut. Dieu n’est pas violent. Il laisse son Fils devenir le Serviteur souffrant annoncé, pour montrer jusqu’où doit mener sa Passion pour l’humanité. Des prophètes hausseront le ton pour rabrouer l’humanité belliqueuse. Des Psaumes transposeront leur désarroi sur Dieu, vengeur de son Peuple ou réducteur de l’ennemi en poussière. Ce faisant, la Bible accuse plutôt notre incapacité d’entretenir des liens d’égalité, sans rivalités.
    Fratelli tutti, un cri d’alarme pour restaurer la fraternité en péril!


    L’encyclique dénonce ce qui empoisonne nos rapports et compromet la fraternité universelle. Le pape François fustige « l’arrogance des plus forts, les conflits d’intérêts » qui détruisent l’autre, « les injustices alimentées par le profit » et le pouvoir : enfin, tout ce qui brime la dignité des personnes et les droits des communautés. « Les guerres, les persécutions pour des raisons raciales et religieuses » sont vues sous la loupe d’intérêts économiques tordus. À ce rythme, on avance vers une « 3e Guerre mondiale en morceaux ». Le péché d’un frère contre son frère est un péché contre Dieu. Même le péché de l’indifférence donne accès à une violence qui nie à l’autre ses besoins et ses droits. La Déclaration du pape et du Grand Imam Ahmad Al-Tayed (Abou Dabi, février 2019) prend la parole au nom des sans voix. Dans leur litanie des miséreux de la terre, ils mentionnent plusieurs cibles de la violence : « les victimes des guerres, des persécutions et des injustices », « ceux qui vivent dans la peur », « les prisonniers de guerre, les torturés en toute partie du monde », « les peuples qui ont perdu leur sécurité, la paix et la coexistence commune », « les victimes des destructions et des ruines. » La Déclaration accuse nos politiques et nos systèmes axés sur le gain et la haine, ouvrant la voie à la violence.


    Et la violence pandémique?


    Nous essayons toujours de guérir des méfaits de la pandémie après un an. Nous avons éprouvé de fortes réactions légitimes : l’anxiété et la peur, le découragement et la dépression appuyée sur l’aide psychologique et les antidépresseurs, la morosité et la résilience devant le retard des vaccins, l’irritabilité devant la durée du confinement, l’exaspération à cause des restrictions du culte, et le désarroi devant le vieillissement accéléré des gens laissés à eux-mêmes. Petit à petit, on a vu monter des formes débridées de violence : impatiences dans les files d’attente, invectives en public, rage au volant, agressions physiques aux femmes, excès de défoulement, violences conjugales, et divorces mais pas à l’amiable. De sorte que n’importe qui a pu voir se déchaîner un volcan dans ses paroles et son action. Devant la violence, on perd ses moyens ou on réagit de façon disproportionnée. On capitule ou explose par après. La violence subie blesse le cœur à jamais. La violence qu’on fait subir abîme l’autre longtemps.


    Contrer la violence comme Jésus!


    Jésus critique radicalement la violence. Étant lui-même non violent, il dénonce non sans fermeté les abus de pouvoir et le viol des consciences, surtout chez les spécialistes de la religion. Il s’en prend à ceux qui ferment le Royaume aux gens. Il maudit ceux qui font du prosélytisme pour leur intérêt et donnent priorité à l’argent plutôt qu’à l’adoration en vérité. Sa colère face aux vendeurs du Temple en fait preuve. Il condamne ceux qui font passer la dîme avant la justice, la miséricorde et la fidélité. Il s’en prend aux rituels extérieurs au lieu de convertir l’intérieur. En Matthieu, il semonce les bien-pensants avec leur religion de façade et d’oppression. La non-violence qu’il propose aux disciples passe par le pardon patient et le service désintéressé. La scène du lavement des pieds est une école de fraternité, à travers l’amour de service. Non violent, il ne se prive pas pour autant d’apostropher les hypocrites et les exploiteurs des faibles. Suivre Jésus dans son parcours missionnaire c’est accepter de passer par sa manière de faire.


    Heureux les doux?


    Qui sont ces doux qui « recevront la terre en héritage » dans les Béatitudes? Certainement pas les doux par tempérament, mais les doux par la dure nécessité de leur condition sociale et religieuse; ils restent patients dans l’attente. Ils ne cherchent pas à faire violence à Dieu ni au prochain. Leur force se trouve dans leur persévérance. Ils portent des récriminations comme tout le monde, mais s’adressent directement à Dieu pour les faire entendre et non mettre Dieu en procès. Ils savent que Dieu ne peut pas être écarté de la question de la violence. Ils la font passer en Dieu, la déposent en Lui. Nous savons d’expérience qu’il n’y a rien de plus désarmant dans un conflit relationnel que de garder son calme. C’est la sagesse évangélique du « tendre l’autre joue »: arrêter la violence où elle explose, quand c’est possible. Ne pas donner suite à la brutalité, malgré notre instinct de défense. Faire mourir en soi la violence de l’autre. C’est sans doute un des défis relationnels les plus difficiles à réaliser. Notre instinct premier rétorque, se défend, et sort ses griffes. Jésus, devant ceux qui le moquent en croix, a tout ce qu’il faut pour crier à l’injustice, et mourir en athée (« Père, pourquoi m’as-tu abandonné? »), mais il montre sa douceur en persévérant dans la foi. Violenté, il meurt comme un croyant.

    Nous avons peu de prise sur la violence à grande échelle qui sévit dans le monde. Pensons aux génocides récents et aux dernières actions terroristes. Ce sur quoi nous avons prise, c’est notre manière d’étouffer la violence qui veut sortir dans nos paroles et nos gestes. Elle ne renverse pas la douceur évangélique qui arrête le Mal là où il s’impose. À chacun sa responsabilité devant l’autre. Il faut éviter l’indifférence de Caïn avec son reproche à Dieu : « Suis-je le gardien de mon frère? ». Quelque part, au quotidien, on doit prendre soin de son frère ou de sa sœur, non par philanthropie, mais par simple bonté, celle que Dieu nous apprend. La suppression de la violence de nos structures sociales commence à petite échelle. En un sens, notre bonté peut devenir missionnaire, prendre la route du prochain et devenir contagieuse pour les autres. Voilà un point de conversion permanente pour chacun, en arriver à considérer l’autre avec les yeux de Dieu.

    Pierre Brunette, OFM

    Tiré de : Revue Missions des Franciscains, Été 2021, Vol. 99, no.2
    Autorisation de reproduction : Richard Chartier, rédacteur en chef.

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