• RENCONTRE – Génération « nouveaux maraîchers » - E&E

    RENCONTRE – Génération « nouveaux maraîchers »

    Le site Aleteia a rencontré Arthur et Blandine, un jeune couple engagé et bouleversé par Laudato si. Marzena Devoud propose ce portrait étonné.

    Tout quitter pour planter des fruits et légumes ? Non loin du Campus de la Transition, l’incubateur d’initiatives écologiques en région parisienne, Arthur, 31 ans, et Blandine 33 ans l’ont vraiment fait : ils se sont lancés dans l’agriculture. Pourtant, les jeunes mariés avaient tout pour poursuivre un plan de carrière « classique » très prometteur. Lui, centralien, travaillait comme ingénieur dans un bureau d’étude. Elle, après des études de droit, commençait une carrière brillante dans les ressources humaines, au cœur de la Défense. Comme ils le racontent dans Et lentement tout a basculé, c’est en septembre 2014, quelques mois après leur mariage, que Blandine reçoit une intuition très forte : faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Arthur accepte de la suivre. La décision est prise : il est temps de prendre un chemin de traverse pour se rapprocher de la nature et de Dieu. Au printemps 2015, le jeune couple ne se doute pas encore qu’en laissant derrière eux leurs portables, leurs cartes de crédit et le confort de leur maison, ils vont au devant d’une expérience qui va faire basculer leur vie. L’objectif ? Marcher d’une traite vers Saint-Jacques-de-Compostelle, le temps qu’il faudra.
    « Je savais que ce pèlerinage allait nous dérouter et que notre quotidien en serait fortement impacté », confie Blandine, qui a ressenti le désir profond de vivre cette expérience en couple. Pour Arthur, c’est plus un sacrifice qu’un besoin. Mais il admire la relation très forte que Blandine entretient avec la nature. Il demande alors à Dieu de connaître cette relation, sans se douter qu’il va vivre une vraie conversion écologique en marchant et en priant. « Moi, qui associais l’écologie à des excités pas très sérieux, je voulais ressentir le même émerveillement envers la nature que ma femme », confie-t-il.
    En effet, pour Blandine, le jardinage fait partie de l’histoire familiale. Son père, avocat d’affaires, s’est reconverti en propriétaire d’écogîtes pour se mettre en accord avec sa passion pour la nature : « J’ai grandi avec la joie de mettre mes mains dans la terre, de prendre soin du jardin et de voir ma mère, artiste peintre, contempler la nature. C’était ancré en moi. J’avais envie qu’Arthur découvre ce mode vie », reconnaît-elle. Lors de leur marche, Arthur et Blandine découvrent d’abord le dépouillement. Ils pratiquent la mendicité. Surtout, la marche leur rappelle à chaque dixième de seconde, dès que le pied touche le sol, qu’ils sont des êtres profondément ancrés dans la réalité : « Quand on pose le pied, ça fait du bien de ressentir le contact avec la terre, on lève les yeux, on voit la beauté de la nature… Une réalité qui peut être rude aussi avec son lot de souffrances, à commencer par la fatigue et les ampoules aux pieds… », confient-ils. Sur le Camino, les jeunes époux vont vivre de plein fouet leur conversion écologique. Ils lisent presque d’une traite l’encyclique Laudato Si’. Elle vient d’être publiée, Arthur a eu la chance de trouver un exemplaire en espagnol, langue qu’ils maîtrisent bien tous les deux. C’est une révélation : oui, une autre vie est possible. Ce qui frappe le plus Arthur, c’est cette idée si forte qui ressort du texte du pape François : moins c’est plus. Ce qui revient à dire qu’avoir moins de biens, c’est avoir plus de lien, une qualité de vie plus intense. Blandine et Arthur se sentent fortement appelés par l’invitation de François à ne pas rester dans le constat : il faut relever le défi, en se tournant résolument vers l’avenir et la recherche de solutions à trouver. « Dans l’encyclique, je découvre une vision très cohérente, une unité spirituelle complète que je cherchais et que j’avais hâte de mettre en action », reconnaît Arthur. Ce qu’ils vivent, les jeunes époux n’hésitent pas à le nommer de cette formule choc : c’est une véritable conversion écologique, très liée à l’approfondissement de leur vie spirituelle. Car s’il est impossible de considérer la nature comme un espace à soumettre aux besoins de l’homme, c’est parce qu’elle est la création de Dieu, qu’il faut la chérir, la contempler et la respecter.
    Pleins d’enthousiasme, les Lassus savent que revenir en France ne sera pas un retour à leur vie d’avant. Installés à Marseille depuis leur mariage, tous les deux demandent à travailler à temps partiel, consacrant une journée par semaine au bénévolat. En même temps, ce retour s’accompagne d’une période difficile pour Arthur : « Je creusais les causes scientifiques du terrible constat des dangers qui menacent notre maison commune, celui du premier chapitre de Laudato Si. Je n’avais pas mesuré la gravité des faits, ça a été un choc pour moi », confie le jeune homme. Mais un article sur la permaculture l’inspire. L’idée de créer une ferme attire alors les jeunes mariés. Elle serait l’aboutissement du profond bouleversement de leur mode de vie. Un changement progressif, sur quelques années : « Ce qui a commencé à dicter notre comportement, c’était cette question que rappelle Blandine : « Dans chaque acte concret que je pose, je me demande si j’aime ce monde que je crée ? Elle ajoute : « Quand on commence à se poser cette question, tout y passe ! On fait depuis nos cadeaux maison en pensant aux proches à qui on va les offrir, on fait du tricot en priant pour la personne pour qui on le fait, on se rend compte que les compotes maison sont bien meilleures que celles qu’on achète en magasin, pareil pour la sauce tomate… Nous avons aussi appris à faire notre propre lessive. Nous avons trouvé une banque éthique. De fil en aiguille, tous ces gestes sont pour nous spirituels et renforcent notre foi », résume la jeune femme.
    Après s’être lancés dans un tour de France des initiatives écologiques, Arthur et Blandine s’installent en 2018 tout près du Campus de la Transition, à Forges, en Seine-et-Marne. C’est grâce à leur ami Xavier de Bénazé, jésuite — l’un des premiers à s’être investi dans le Campus — qu’ils atterrissent dans ce lieu de formation destiné aux étudiants des grandes écoles, inédit en France. Assez rapidement, ils prennent en charge une parcelle, située quelques kilomètres plus loin. Des courges y sont déjà cultivées, la plantation en chantier participatif d’une haie agroécologique de 1.000 arbres et d’un poulailler mobile est prévue. Arthur donne en plus des cours au Campus.
    Rencontrer Arthur et Blandine, c’est éprouver une joie palpable qui rayonne à chacune de leurs réponses. Pourtant, « nous ne sommes pas le couple idéal, joyeux 24h sur 24h. Il y a des moments difficiles comme pour tout le monde. Mais c’est vrai que nous vivons au quotidien une joie particulière à œuvrer ensemble et à partager une vision du monde qui va de pair », confie Blandine. Arthur renchérit : « Steve Jobs disait la chose suivante : « Si un matin, en me regardant dans la glace comme je le fais chaque jour, j’apprends que c’est le dernier jour de ma vie, est-ce que je le vivrais de la même manière que j’avais prévu de la vivre aujourd’hui ? » Et il ajoutait la chose suivante : « Si je me pose cette question plusieurs jours de suite, et que la réponse est toujours non, cela veut dire qu’il y a quelque chose à changer ». Au Campus, nous avons proposé cet exercice il y a quelques mois. À ma surprise, j’ai compris que ma propre réponse, c’était un grand oui. Je ne changerais rien à ma vie actuelle. Cela m’a procuré une grande joie. J’ai le sentiment d’être de passage sur cette terre, en pèlerinage, c’est ce que je me dis depuis six ans. Ma vie entière est un pèlerinage. Quelle est ma vocation, quelle trace vais-je laisser ? En répondant oui à la question de Steve Jobs, je vois que je suis enfin aligné », ajoute t-il. Et Blandine de conclure : ce qui m’émerveille le plus, c’est de comprendre que la vie m’est donnée. Ce don gratuit, je dois en prendre soin et participer à cette œuvre de don, en contemplant émerveillée ce qui m’entoure, la nature, Arthur au quotidien, les autres personnes. » D’une seule voix, ils répondent à ceux qui, attirés par leurs choix novateurs, pourraient avoir peur de tout quitter : « Pour rien au monde, nous ne reviendrions en arrière. Toi qui te poses des questions, cherche et ose la rencontre !”

    source https://eglisesetecologies.com/

    ------------------------------------------------

    Articles récents
    « La 1ère Journée internationale de la Fraternité humaine sera célébrée jeudi -VA Méditation : En avant -« Le règne de Dieu s’est approché de vous. » Stéfan Thériault »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :