• Saint Etienne, un discours d’espérance et de pardon - Revue MESSAGE mars-avril 2018

    Mars - avril 2018

    Commentaire biblique

    Saint Etienne,
    un discours d’espérance et de pardon

    Le livre des Actes des Apôtres écrit par l’évangéliste Luc ne raconte pas la fin de
    l’apôtre Pierre ni celle de Paul. Il est d’autant plus remarquable qu’il raconte comment
    saint Etienne est mis à mort. À la manière des historiens de l’Antiquité racontant la
    mort des grands personnages, Luc relate le discours qu’Etienne prononce avant de
    mourir. Cette manière de faire donne sens à l’événement et à la vie de celui qui décède.

    Dans ce grand discours, le plus long des Actes des apôtres, Etienne propose une
    relecture de l’histoire d’Israël dans la perspective chrétienne. La fin de son propos
    délivre deux messages : l’universalité de Dieu et une invective prophétique contre le
    peuple qui ne veut pas croire.

    Le premier message commence par un rappel de la sortie d’Egypte. Libéré de l’esclavage
    en Egypte, le peuple est conduit dans la terre promise par Moïse. Pour accompagner
    le peuple dans sa libération, Dieu est présent dans une tente, dite tente de la
    rencontre. Ce Dieu est un Dieu nomade qui suit le peuple pas à pas dans le désert.
    Arrivé en terre promise, un Temple est construit par Salomon à Jérusalem dans la cité
    de David. Mais Dieu peut-il être enfermé dans une résidence de pierre, construite de
    mains d’homme ? Etienne rappelle que non. Dieu, le Très-Haut, est présent dans le
    monde entier, il est un Dieu universel. Sa présence ne saurait se limiter à un lieu.
    C’est ce que dira saint François en son temps : « mon cloître, c’est le monde ».

    Le deuxième message est plus rude. À la manière des prophètes de l’Ancien Testament,
    Etienne invective le peuple. Il déclare qu’il est un peuple à la nuque raide qui
    n’applique pas la loi donnée par Dieu, qui assassine les prophètes, qui résiste à l’Esprit
    Saint. Ces attitudes de révolte empêchent le peuple de faire confiance à Dieu
    et d’accueillir Jésus, le Juste, comme le Messie. On comprend bien que ce deuxième
    message met en colère les auditeurs. Mais Etienne va plus loin : il fait une confession
    de foi en révélant la vision qu’il est en train de faire. Il voit les cieux ouverts, autrement
    dit, il peut avoir accès à la volonté de Dieu, et il proclame voir Jésus, l’homme de Nazareth
    dans la présence de Dieu. Il affirme que le Messie attendu, le Fils de l’homme,
    est venu sur terre et qu’il a terminé sa mission en étant à la droite du Père pour juger
    les vivants et les morts.

    La réaction des auditeurs est violente, un lynchage par lapidation. Ce message leur
    est insupportable et blasphématoire, c’est pourquoi plein de rage, ils lapident Etienne.
    Cette violence est faite en présence d’un certain Saul, celui qui deviendra l’apôtre
    Paul. La mort d’Etienne est racontée en écho avec celle de Jésus à la croix. Réconforté
    par l’Esprit et la vision de la gloire de Dieu, Etienne remet son esprit dans les mains
    de Dieu et surtout comme son maître, il a une parole de pardon pour ses bourreaux.

    Les éclairages du discours d’Etienne

    Que retenir de tout cela ? Essentiellement quatre messages. Tout d’abord être témoin
    de la lumière dans le monde, c’est vivre en étant persuadé que Dieu n’est pas une
    idole faite de main d’homme et surtout qu’il ne peut pas être enfermé dans une construction
    faite par des hommes, dans nos lieux, nos communautés, nos sanctuaires,
    nos institutions. Dieu est autre. Dieu est un Dieu pour tous, Il domine l’ensemble de la
    création. Sa présence est universelle, mais il est aussi mobile, il accompagne le peuple
    et chacun de nous dans notre histoire et nos déplacements.

    Deuxièmement, Jésus est celui qui nous révèle le Père. Il est le sauveur du monde et
    désormais c’est à travers son humanité et celle des autres que nous pouvons avoir
    accès à Dieu. Comme dira l’évangile de Jean, c’est son corps qui remplace le Temple.
    Ainsi parce que les êtres humains sont à l’image de Dieu, nous pouvons découvrir
    Dieu dans l’autre, c’est le sacrement du frère.

    Troisièmement, ce Jésus est le Fils de l’homme, celui qui, à la droite du Père, juge les
    vivants et les morts. Il y a donc une espérance pour nous et pour tous les êtres
    humains. Tout ne se termine pas sur notre terre. Il est la lumière du monde, celui qui
    va rétablir toute justice. Le témoin, à l’exemple d’Etienne, le premier martyr, peut engager
    sa vie entière jusqu’à la donner pour être le chantre de cette espérance qui est
    plus forte que la mort. Malgré l’échec de la mort du témoin, l’annonce de la Parole va
    continuer son expansion dans tout le récit des Actes jusqu’au bout du monde.

    Quatrièmement, l’attitude d’Etienne montre le chemin pour sortir de la spirale de la
    violence, celui du pardon. Comme le dit François Cheng, il n’est pas possible de pardonner
    sans avoir une idée de la transcendance. Le pardon est une attitude royale,
    c’est-à-dire souveraine et gratuite. Sans nier le besoin de la reconnaissance des faits,
    du préjudice subi, du tort qui a été commis, du besoin de justice, le pardon est un
    choix de renoncer au désir de vengeance. Il présuppose d’accepter que tout ne peut
    pas être compensé, qu’il y aura toujours un manque mais qu’il est possible de passer
    par-dessus ce qui a été fait. C’est un chemin de guérison avant tout pour la personne
    lésée, sinon elle risque d’être rongée de l’intérieur par le désir de recevoir ce que
    l’autre ne peut pas donner. Attitude royale qui permet non pas d’oublier mais de prendre
    distance, comme la cicatrice d’une blessure toujours visible mais qu’on peut toucher
    sans avoir mal. On se rend bien compte que comme Etienne, pour pardonner nous
    avons besoin de la force de Dieu, l’Esprit que nous transmet le Fils en mourant sur la
    croix. Car où trouver la force de prier chaque jour pour les bourreaux comme l’a fait
    un prêtre du diocèse de notre fr. Paul Hinder au Moyen-Orient alors qu’il était prisonnier,
    si ce n’est dans celui qui le premier a dit : Pardonne-leur car ils ne savent pas
    ce qu’ils font ? Il y a dans ce cri du Christ en croix auquel celui d’Etienne fait écho, un
    sentiment de désolation et de compassion pour des êtres engagés dans une voie
    sans issue, celle du mal et de la mort.

    Jésus, soleil de justice, lumière du monde, est celui qui tout en révélant l’ombre, nous
    montre la voie de la vie en Dieu, dite éternelle. Espérance et pardon, voilà deux messages
    éclairant dont nous pouvons témoigner dans notre monde.

    Fr. Marcel Durrer

     

    source Revue MESSAGE

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