• Se marier - Alice

    Se marier


    (photo archive)

    Mes parents m’ont transmis leur foi et, jeune je voulais donner généreusement totalement ma vie à Dieu. L’Eglise ne m’offrait que la vie religieuse et donc le célibat… Mais il m’a fallu renoncer à cette orientation… Puis, j’ai rencontré Pierre qui avait suivi un parcours ressemblant au mien. Pierre avait 40 ans et moi 33. Un amour mutuel est né et nous avons envisagé le mariage.  « S’aimer, ce n’est pas se regarder dans les yeux mais regarder ensemble dans la même direction » a dit Saint-Exupéry. Mais, nous n’avons pas aimé cette réflexion car, il nous semble qu’il manque une dimension, celle de s’engager avec d’autres au cœur de la société. Par contre, nous avons réfléchi et apprécié le texte de Roger Garaudy, tiré de son livre « Parole d’homme ».   

     

    « L’amour commence lorsqu’on préfère l’autre à soi-même, lorsqu’on accepte sa différence et son imprescriptible liberté. Accepter que l’autre soit habité par d’autres présences que la nôtre, n’avoir pas la prétention de répondre à tous ses besoins, à toutes ses attentes, ce n’est pas se résigner à l’infidélité à notre égard, c’est vouloir, comme la plus haute preuve d’amour, que l’autre soit d’abord fidèle à lui-même.

     

    Même si cela est souffrance pour nous, c’est une souffrance féconde parce qu’elle nous oblige à nous déprendre de nous-même, à vivre intensément cette dépossession enrichissante. Dans la plus amoureuse étreinte, c’est un être libre que nous étreignons, avec tous ses possibles, même ceux qui nous échappent. Être capable d’accueillir en l’autre cela même qui éveille l’animale jalousie, qui est signe d’amour-propre et non d’amour. Cette communication est pleine de risques, mais les crises qu’elle engendre, lorsqu’elles sont surmontées, sont la condition d’un double dépassement. Rien n’est plus grand que ce partage de la véritable personnalité de chacun. L’autre nous interpelle, fût-ce en nous heurtant, et même  si le choc nous brise, il nous oblige à renoncer à notre fermeture possessive, à devenir autre par la révélation de l’autre. »  Nous l’avons lu en méditation durant notre cérémonie de mariage et nous le relisons, encore, parfois.


    Se marier, c’est peut-être d’abord s’aimer et vouloir bâtir un projet de vie à 2. Ce projet nous l’avons construit avec l’aumônier de l’équipe d’ACO (action catholique ouvrière) de Pierre. Nous l’avons fondé sur notre amour mutuel mais aussi sur notre amour du Christ, notre Foi dans le Christ et en son évangile. Nous avons placé le Christ au cœur de notre couple, de notre vie de couple, c’est-à-dire dans l’amour des autres, de tous les autres, de toutes les autres.


    « Laisse ta porte ouverte à qui veut bien entrer… »

    « Laisserons-nous à notre table, un peu d’espace à l’étranger ? Trouvera-t-il quand il viendra, un peu de pain et d’amitié ? » avions-nous chanté, lors de notre cérémonie de mariage et nous avons proclamé notre vocation missionnaire, aimer les autres, tous les autres, toutes les autres : être levain dans la pâte humaine, semer des graines d’amour…


    Nous avons choisi pour fondement pour notre vie en couple, la Parabole du Jugement Dernier et aujourd’hui encore, notre flamme est dans cette phrase : « Ce que tu fais au plus petit des miens, c’est à MOI que tu le fais ». Mon amour de l’autre m’a fortifiée dans l’amour des autres. Mon amour des autres m’a fortifiée dans l’amour de l’autre. Mon amour de l’autre, de tous,(toutes) les autres m’ont fortifiée dans l’amour du Christ et de Dieu-Amour, notre Père-Mère à moins que ce ne soit l'inverse!                                                         .                                                                                                                                  

    Cet amour est exigeant. Il ne suffit pas d’accueillir, d’écouter, de donner, de partager. Cet amour demande un engagement de toute notre personne, un engagement syndical, politique ou associatif que nous avions déjà pris lorsque nous étions célibataires. Nous étions donc d’accord sur cet essentiel, notre base pour bâtir ce projet à 2. Deux jours après notre mariage, surprise des proches et ami(e)s de Pierre  découvrant que j’étais seule au foyer, Pierre étant parti à une réunion. J’ai bien ri, ce soir- là !    Mais nous sommes tellement différents ! J’avais l’habitude de dire : « J’ouvre tout, toutes les portes. Pierre ferme tout, toutes les portes. Et cela agace l’un(e) et l’autre ! »

     

    Maintenant, je continue à ouvrir et Pierre à fermer mais nous ne nous agaçons plus, nous avons appris à nous accepter comme nous sommes. (J’ai quand même appris à fermer mon tube de dentifrice et le flacon de shampooing !) Maintenant, je suis continuellement sortie et Pierre aime sa tranquillité, à la maison. Mais nous nous retrouvons, avec joie, pour le repas du soir qui commence à s’éterniser car nous avons des choses à nous dire. Temps de partage, temps d’offrande !


    Notre amour mutuel s’est construit dans le respect de l’autre, apprendre à ne pas donner d’ordre, laisser l’autre décider pour lui-même, pour elle-même, l’accepter sans essayer de vouloir le (la) changer, accepter que l’autre ne partage pas mes goûts, mes activités ou engagements mais partager ce qui fait ma vie…


    Notre amour mutuel se construit aussi grâce à notre souci de Vérité. Nous avons la chance d’avoir toujours su nous dire les choses en Vérité et en Confiance.

    Notre amour mutuel s’est construit à l’aide de toutes nos rencontres, à l’aide de nos ami(e)s


    Notre amour mutuel se construit, aujourd’hui, dans la découverte de notre vieillesse, dans le renoncement ou l’acceptation de notre perte d’énergie, de mémoire, de mobilité, d’autonomie, dans la perte d’êtres chers, dans l’inquiétude de ces possibles maladies actuelles, notamment l’Alzheimer…


    Notre amour mutuel se construit dans la Patience, dans l’humour…Mais aussi dans les remerciements. Merci à toi, Pierre, de m’avoir permis de devenir la femme heureuse d’aujourd’hui, femme, épouse, maman, mamie, retraitée engagée dans la vie sociale, une femme libre et libérée.


    Se marier est une magnifique aventure au cœur de l’aventure humaine ! Et, en définitive, nous vivons, chaque jour,  notre rêve de jeunesse : donner généreusement, totalement notre vie à Dieu-Amour.


    Alice et Pierre 


    Texte travaillé avec Pierre qui peut le signer aussi. Bien sûr, j’ai oublié certaines choses. Je n’ai pas épuisé le sujet.

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  • Commentaires

    2
    Alice Damay-Gouin
    Mercredi 3 Juillet 2013 à 20:09

    Merci, Jean-Michel et je voudrais ouvrir mon coeur pour bien te recevoir et penser à toi, je n'ose dire dire :prier. mais je voudrais t'assurer de ma tendresse.

    Alice

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    1
    JOFFRES JEAN MICHEL
    Mercredi 3 Juillet 2013 à 20:09

    C'est bien vrai tout cela, et c'est quand son épouse vient de mourir que l'on s'en rend pleinement compte, et l'amour ne meurt jamais! 

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