• « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Fr Pierre Brunette (2/2)

     

    « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » (2/2)

    Animation pour l’assemblée de l’OFS – 9 juin 2012

    (Fraternité 2012)

    Pierre Brunette, O.F.M.

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    Des nouveaux terrains d’évangile

    Dans notre monde d’aujourd’hui, la Bonne nouvelle est à l’œuvre. Pas seulement d’encre et de papier, mais dans la manière de vivre. Elle a d’abord été une Bonne nouvelle orale, transmise par des témoins dans des situations précises. (prophètes, Jésus, premiers disciples, communauté primitive, missionnaires).Elle a dû se traduire dans la vie. C’est pareil aujourd’hui.

     

    La Bonne nouvelle au centre

    Il faut découvrir la Parole au centre de notre vie. Comment l’entendre résonner au présent, comme une promesse qui s’adresse à chacun ? Le prochain Synode sur la nouvelle évangélisation cherche la manière d’atteindre les cœurs de tous (par les mots, les images, les expériences, les contextes culturels).

     

    Avant d’évangéliser, nous laisser évangéliser. Cela suppose un travail sur nous, une écoute de l’autre et un travail sur la Parole pour devenir ou redevenir chrétiens. Nous en sommes les héritiers, avec la tâche de transmettre notre héritage renouvelé. Comment transmettre notre patrimoine de foi ? En dehors du monde de la pratique religieuse, des sacrements, de la dévotion priée ?

     

    Le Christ et François peuvent parler au monde d’aujourd’hui. Il faut retrouver leur manière de se situer devant la Parole.

     

    // Au lieu de verser dans le défaitisme, le cynisme, le découragement devant l’infertilité du terrain ou la fin de non recevoir, devant l’usure ou le sentiment de semer sur des cailloux, faire encore le pari d’ensemencer même les cailloux. Faire comme Jésus durant sa mission sur terre.

     

     

     

     

     

     

    Jésus ensemence les cailloux.

    Tous ces terrains si différents, hospitaliers ou inhospitaliers, ensemencés par le semeur dedans cette sorte d’allégorie, Jésus les connaît bien. Il les a souvent rencontrés, ces gens qui boivent ses paroles avec enthousiasme mais qui ont tant de mal ensuite à les inscrire dans leur vie, à les enraciner et à persévérer. Et ceux qui d’emblée sont réfractaire mais qui sont pourtant là , même si c’est pour tenter de le piéger : ces scribes, ces pharisiens, dont certains semblent tout noter et tout retenir comme pour constituer déjà le dossier de son procès. Il n’empêche que cette parole, quelle que soit leur intention, ils l’entendent. Alors, qui sait ? Peut-être germera-t-elle un jour dans leur cœur en même temps que l’ivraie ? (J-N. Bezançon, Dieu ne sait pas compter, 32-40).

     

    // Notre tâche ? Aller à contre-courant : dépasser la caricature et le manque de nuances, l’indifférence, l’agressivité. Affronter les nouvelles formes d’athéisme (passer Dieu en procès, l’accuser des maux de l’humanité, ou encore l’écarter et le justifier). Où crie l’évangile aujourd’hui ?

     

    Nous sommes les disciples d’Emmaüs

    Ceux que nous rencontrons sur la route ne sont peut-être pas  ceux à qui nous avons quelque chose à dire, mais ceux qui, en figure du Christ, nous disent, nous révèlent ce qui est précieux, nécessaire, indispensable. Combien de fois avons-nous croisé le Christ sans le voir, sans l’entendre, parce que nous avions quelque chose à dire, parce que nous avons parlé avant d’écouter ? [Les pieds dans le bénitier, 218])

     

    Le ministère de présence fraternelle

    Dans notre monde, porter le ministère de la présence fraternelle. Partager le cadeau de la fraternité, se réclamant d’un même Père. Passer du désengagement : « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Caïn à Dieu, Gn 4,9) à la prise en charge et au compagnonnage de l’autre : « Jamais sans toi pour aller à Dieu et faire Église ».

     

    Dans une société qui prône les droits et libertés individuels (souvent au détriment des responsabilités collectives), le retour à soi, au bonheur immédiat, à l’accomplissement de ses rêves en dépit de tout, à l’exclusion des autres, surtout des étrangers… en arriver à faire comme les disciples d’Emmaüs dans leur marche avec le Pèlerin étranger. La question que Jésus leur pose en route devient un point d’attache pour créer la fraternité : « De quoi parlez-vous en chemin ? » devient pour nous : « Qu’avons-nous dans le cœur pour avancer ? »

     

    // Notre présence fraternelle dans le monde et l’Église passe par le ministère de l’écoute, de la bénédiction, de l’entretien de l’espérance (Les pieds dans le bénitier). Et ce, dans le ministère de la fraternité. La réponse fraternelle peut guérir de vieilles blessures, accompagner des déroutes et des quêtes innommées, rétablir la communion entre les personnes, réconforter les cœurs et initier au sens de Dieu et faire accéder à l’Église.

     

     

    La fraternité (franciscaine), une réponse pour notre temps

    Dans la tradition franciscaine, le don des frères et des sœurs est central pour connaître Dieu. Et surtout pour découvrir notre vocation évangélique, notre place en Église, nos liens avec le monde. Et après que le Seigneur m’eut donné des frères (et des sœurs), personne ne montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du saint évangile. (Test 14).

     

    Dans le Testament de François, le don de la fraternité vient avec la découverte de la vie évangélique. Nous recevoir les uns les autres pour être appelés et envoyés, pour être évangélisé et évangéliser. Avant la mission d’évangéliser, nous laisser évangéliser.  

     

    Les vertus fraternelles de simplicité de vie, de pauvreté, d’humilité et d’obéissance peuvent confondre la sagesse de ce monde, les soucis de ce siècle et tout ce qui est dans le monde. (SalV  10-11)

     

     

    Pour faire Église :

    « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? »

    Une Église en ruines

    L’aspect matériel (lourdeur des temples, coûts d’entretien, de restauration et de gestion, question de patrimoine, etc.) L’aspect humain (vieillissement du clergé, diminution de la population pratiquante, manque de relève vocationnel, pastoral, personnel pastoral, désertion des sacrements, fin de certaines communautés, fusions obligatoires, etc.) L’aspect expérientiel (sous-développement évangélique, spirituel ; vide de transmission de l’expérience chrétienne adulte, etc. [beaucoup d’anciens catholiques n’auront jamais appris ce que signifie être chrétiens]). Au lieu de prier pour les vocations, prier plutôt pour de vrais chrétiens (des ouvriers à la moisson !).

     

    // Regarder plus loin que nos ruines !

    On peut s’ennuyer du folklore, du grégorien, des processions, d’une certaine vie paroissiale… Mais s’ennuie-t-on du Christ ? Nous avons le défi de retourner à la radicalité du message du Christ et à sa profondeur. Retour à la Parole vivante. Notre défi est de dépasser les ruines matérielles (le rafistolage temporaire), l’urgence des ruines humaines (les besoins de structures, de personnel, les efforts de consolidation à court terme) pour retourner à l’essentiel : l’expérience de la rencontre personnelle et communautaire du Christ ressuscité. Nous sommes sont Corps vivant.

     

    Restaurer la Maison-Dieu(l’univers, le monde, l’Église)

    La restauration de la Communauté humaine est le projet millénaire d’Alliance de Dieu depuis les origines. Restaurer suppose des abandons, des morts, des priorités, des risque et des réformes en profondeur. Restauration à taille humaine, à petite échelle, en vue d’une vision du futur : travailler à l’instauration du Royaume. Mettre moins d’énergie dans la machine, la pastorale d’entretien, le culte et les sacrements et mettre plus d’énergie dans l’évangélisation en profondeur, l’apprentissage de la Parole, l’initiation à l’expérience spirituelle, l’apprentissage de la lecture des signes des temps, le courage d’aller vers d’autres rives. Dans une perspective de collaboration.

     

    La restauration de Saint-Damien.

    Il est étonnant de lire le témoignage de Claire sur la restauration matérielle de Saint-Damien. Ceux qui sont convoqués à cette restauration sont les pauvres de l’endroit. François a pratiquement rien et s’adresse à des gens qui n’ont, ne sont pratiquement rien socialement.

     

    Montant en effet à cette époque sur le mure de ladite église, il parlait à haute voix en langue française à quelques pauvres qui demeuraient juste à côté : Venez et aidez-moi au chantier du monastère de Saint-Damien, parce qu’il y aura là des dames dont la vie renommée et la sainte conduite glorifieront notre Père céleste dans toute sa sainte Église. (Test Cl 12-14)

     

    Un chantier permanent

    La restauration et l’édification de l’Église actuelle (moribonde et émergente) reste en chantier. L’image du chantier évoque des travaux nécessaires et concertés: détruire, récupérer, consolider des structures, agrandir, nettoyer, réparer, bâtir du neuf, etc. Ce qui se passe au plan social (misères et dangers dans tous les secteurs) se retrouve au plan ecclésial.

     

    Restaurer l’Église et l’humanité semble une tâche permanente, souvent démesurée par rapport à nos possibilités. Nous aurons toujours la préoccupation des femmes au tombeau de grand matin : « Qui nous roulera la pierre ? » La tâche est immense, à petite échelle. Poser la question ensemble, c’est affronter la solution ensemble. C’est là que le Crucifié ressuscité s’amène pour nous rencontrer.

     

    Quel chantier pour l’Église ?

    Mgr Charbonneau identifie les passages difficiles et les tâches prioritaires de l’Église à réaliser encore après les 50 ans du Concile Vatican II. Passer :

    . d’une Église cléricale à une Église de baptisés

    . d’une Église de chrétienté à une Église missionnaire

    . d’une Église rituelle à une Église centrée sur la Parole

    . d’une Église qui s’adapte au monde à une Église qui participe à sa mutation

    . d’une Église normative è une Église humaine et spirituelle

    . d’une Église uniforme à un Église plurielle

    . d’une Église de soucieuse d’ordre légitime à soucieuse des pauvres.

     

    Ces passages sont des interpellations pour notre vie chrétienne actuelle, peu importe notre âge et notre condition de vie. [Célébrer l’annonce de Vatican II, 22] 

     

     

     

    Devenir des passeurs

    Favoriser les passages obligés pour permettre aux baptisés et aux non baptisés de « passer sur l’autre rive », de reprendre la route de la vie et de découvrir l’Évangile enfoui dans le champ du monde. Il s’agit de refaire l’expérience des disciples d’Emmaüs qui viennent de tourner le dos à Jérusalem, qui ont cheminé avec l’Étranger-Pèlerin, partagé leur expérience, leurs attentes et leurs déception, se sont référé à la Parole, ont exprimé leur désir de faire durer l’expérience, la joie de célébrer à partir des simples gestes de la vie, de la table et de la route, appris l’urgence de partir confesser avec d’autres qu’il est Vivant. Ils sont passés de la déroute de l’absence à la route de la foi, de la mort à la vie, de la solitude au sacrement de la communion. L’ayant fait entre eux, ils peuvent désormais le faire avec/pour d’autres.

     

    //2x2 sur par nécessité et par choix

    Nous devons servir de liens et de repères pour des passages vers une expérience déterminante avec :

    §  des personnes en détresse (physiques, morales, psychologiques, spirituelle)

    §  des personnes en recherche (en quête de Sens, agnostiques, avides de spiritualité, indifférents à l’Église),

    §  des convertis et des recommençants (anciens baptisés, ésotériques, imbus de sagesses orientales),

    §  des pratiquants de souche

    §  des sous-alimentés de la foi

    §  des responsables d’Église

    §  des marginaux et des distants volontaires(divorcés remariés, couples de même sexe, athées, apostasiés)

    §  des chrétiens de toutes tendances(dévots, mystiques, intégristes, critiques de l’Institution, engagés sociaux, féministes, charismatiques, communautés nouvelles).

     

    // Devenir passeurs, servir de ponts entre…

    C’est un ministère sans mandat autre que l’envoi évangélique des disciples. Cela fait partie de notre responsabilité de baptisés. Notre baptême nous enracine dans le monde, avec des compagnons de route, pour apprendre à être chrétien, peu importe la situation de vie économique, sociale, morale. Les passages sont habituellement lents et rigoureux.

     

    On ne voit pas toujours l’issue, la récolte, l’aboutissement de la mission. Le paradoxe est de rester en mouvement, tout en nous établissant définitivement en Dieu avec d’autres. Le défi d’être des passeurs vaut pour l’Église en ruines, en restauration et en construction. Ce qui existe déjà et ce qui appelle à naître.

     

     

    Passer, faire passer dans la demeure définitive

    Vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la construction pour devenir par l’Esprit Saint la demeure de Dieu. (Ep 2,19-22)

     

     

    La manière franciscaine de « faire église » ?

    François propose un attachement à l’Église par un attachement aux églises matérielles (Test). Il demande de les visiter et de le vénérer (2LFid33), de les nettoyer et garder dignes de ce qu’on y célèbre.

     

    L’Église institutionnellereste notre mère sainte (TestS5) jusque dans ses représentants (seigneur pape, évêques, prêtres diacres, etc), même les plus notoirement reconnus pécheurs (Adm 26). Mais elle est aussi un peuple saint où les ministères croisent et s’entremêlent avec les grands et les petits de ce monde, sans se soucier de préséance (1Reg 23,7). Chaque chrétien est renvoyé à la vérité de son témoignage : par la parole et par l’exemple.

     

    En mission et dans son dialogue avec l’étranger, la vie chrétienne se propose progressivement, vivre, ensuite annoncer sans même prétendre de vouloir qu’il soit meilleur chrétien (LMin). François propose un regard de miséricorde sur chacun des membres de l’Église. La confession de foi doit revenir au seul Dieu Unique, adoré et vénéré par tous.

     

    Au centre de l’Église, il y a le Christ Sauveur qui dure par son Esprit. Son ouvrage est de nous amener au Père et de tout redonner au Père, le bien, nos activités, nos relations fraternelles, notre mission, etc. L’annonce du Royaume reste accessible à tous. L’intuition franciscaine veut toujours apporter Dieu au monde, au cœur de la Cité. Cette Église doit rester pauvre et pèlerine, convertie et bénie, enracinée dans ce siècle et garante de la bonté du Dieu Miséricordieux Sauveur (LD). Elle est tributaire du Message, des signes sacramentels, du pardon. Elle doit parcourir le monde comme le pardon de Dieu (Chesterton).

      -FIN-

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