• Suite et fin - III - « Péché », culpabilité, béatitude du ciel - Suzanne


    Suite et fin - III - « Péché », culpabilité, béatitude du ciel 

    Suite et fin - III - « Péché », culpabilité, béatitude du ciel - SuzanneLa fin commencée de la déviance - cette nouvelle naissance par « l’amour » - peut paraître paradoxalement comme transgression majeure.

    L’intervention du Christ thérapeute peut-elle être refusée ? Elle introduit le trouble et ébranle l’équilibre illusoire. Par ce qu’elle opère, elle met en cause toutes les évidences. Celle de la loi car la loi y paraît faite pour l’homme et non l’inverse (Mc 2, 27) ; elle n’a vérité que par ce qui la dépasse et en un sens y met fin ; et l’homme libre est juge de sa vie : « L’homme spirituel juge de tout et n’est jugé par personne » (1 Co 2, 15). Scandale, et scandale encore que les transgressions passées soient renvoyées à rien ! Les évidences de la violence établie ; aucun pouvoir, même grandiose, n’en sort indemne ; les arrangements de la violence n’y ont aucune place. Avec la fin commencée de la déviance, ce sont toutes nos fureurs et nos lois compromises avec elles, qui se trouvent menacées. Ainsi, peut-on comprendre que la thérapie proposée par le Christ provoque des résistances. On tient aux évidences acquises, chacun à sa place, et plutôt mon mal que j’ignore que cet arrachement où tout change.

    La satisfaction d’un désir interdit peut servir de prétexte. Le refus de l’intervention du Christ peut aussi prendre forme d’une défense de la loi, de l’ordre, de la raison, contre ce qu’on juge subversion, confusion, folie. Refus et défense se lient alors secrètement puisque défendre l’ordre est ici refuser ce que nous avons nommé « amour », c’est-à-dire répéter par ce refus la déviance initiale. Refus tragique et redoutable puisqu’il redouble et scelle ce qui est au principe de toute faute et toute culpabilité. La dureté, l’accusation, la colère, venant du Christ, ne sont point l’attitude première envers l’homme, fût-il, aux yeux de tous, le pécheur, le coupable (ainsi la femme adultère, Jn 8, 1-11). Autant Jésus est d’une bienveillance et patience infinies envers ceux qui, simplement, souffrent ou sont pris dans les filets de leur « péché », autant, pour les mêmes raisons, lui faut-il être intraitable envers ceux qui, contre cette bienveillance même, tirent prétexte de la Loi, de la vérité, de Dieu.

    Le refus peut prendre la forme de l’adhésion apparente, il prétend réaliser ce qu’annonce la parole nouvelle pour l’exterminer et sans que cette parole puisse plus rien y opposer puisqu’elle s’y trouve reprise et répétée. Refus de l’intervention du Christ mais qui use de son intervention en la dénaturant. Ce qui s’y cache est le refus complet de ce qui est étalé : l’amour, le don, le pardon et tout le reste. C’est infiniment plus que l’hypocrisie, qui est transgression camouflée par bienséance, vanité, intérêt. C’est plus que l’opposition simple, même cachée. C’est la perversion : intolérance et dureté sous le masque de la bonté et de l’implacable volonté de faire du bien. Mais ces passions passent toute mesure envers qui découvre l’abîme qui le sépare de ce qu’il prétend être. Culpabilité sans issue mais en même temps, monstrueuse innocence puisqu’on est « dans le vrai », que « c’est pour Dieu », « pour les autres », « pour le bien » etc. Ainsi, la frénésie de perfection peut dissimuler des transgressions essentielles (le moucheron et le chameau).

    Toutefois, il se peut que rien ne soit vain puisque sortir de là est chance de retrouver « l’amour ».
    Il faut bien que l’homme, s’impute le mal qu’il reconnait en lui, pour se connaître aussi capable d’y mettre fin. Ainsi la culpabilité « bloquée » en nous, ouvre à l’homme le bel et dur espace où faire le travail de vérité : ni déculpabilisation simple et massive ou aveuglement complaisant sur nous-mêmes, ni condamnation puisque, dès qu’engagé hors de la déviance, tout ce que l’homme vit est vivant. Il y a à la culpabilité une issue toujours offerte, c’est de ne point juger autrui. Ce n’est pas ignorer ce qu’il fait, ce qui est parfaitement idiot et impossible, c’est de ne pas le juger, lui. Je suis hors de la sphère de la condamnation, si je n’enferme pas l’autre en sa faute, lui laissant ainsi le plus grand espace où vivre, lui manifestant mon primordial désir qu’il soit.

    C’est pourquoi, il n’y a pas d’homme condamné. Quel que soit son enfoncement dans ce qui nous semble le pire, qui pratique le non-jugement est déjà hors du mal où il se croit peut-être lui-même enfermé. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. »


    Suzanne Giuseppi Testut - ofs

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