• Un terrain d'affrontement : le Temple - Jean et le judaïsme de son temps (3/4)

    Jean et le judaïsme de son temps (3/4)

    Un terrain d'affrontement : le Temple

     

    Le Temple occupe une place importante dans l’Évangile selon saint Jean. Dès le début de son ministère, Jésus accomplit un coup d’éclat en fustigeant les activités cultuelles au Temple de Jérusalem (Jean 2, 13-22). Une purification du Temple s’impose afin de redonner à la vie religieuse sa véritable signification de rencontre avec Dieu. Les Synoptiques rapportent cette « sainte colère » de Jésus dans les jours qui suivent son entrée à Jérusalem. Il en paiera le prix car ce sera un motif de blasphème invoqué par ses accusateurs. En plaçant la purification du Temple au début du ministère de Jésus, Jean exprime une intention théologique: Jésus est le nouveau Temple de Dieu. Ce Temple, c’est son corps ressuscité. Le vocabulaire utilisé par l’évangéliste est important. C’est le terme grec naos qui est employé, celui qui désigne le Saint des Saints, le sanctuaire où habite la présence divine, la shekinah en hébreu, et dans lequel le Grand-prêtre n’entre qu’une fois par année, le Jour des expiations.

         Ce nouveau Temple est déjà inauguré durant le ministère terrestre de Jésus, du seul fait que le Verbe habite parmi nous, selon la formule du Prologue de Jn 1, 14 qui se traduit littéralement par : Et le Verbe a planté sa tente (en grec, eskenôsen) parmi nous. On notera l’homophonie avec l’hébreu sheken (tente) duquel dérive shekinah.

         En Jean 7, 37s, où la scène se passe dans le Temple, Jésus se présentera comme le Temple d’où sortent des fleuves d’eaux vives, évoquant la promesse des temps messianiques que l’on trouve en Ezéchiel 47, 1-12. À cette identification de Jésus au Temple, il faut relier le fait qu’il est Messie en raison de sa filiation divine. Jésus pourra alors s’appliquer la formule JE SUIS (YHWH), qui est le nom même que Dieu a révélé à Moïse pour s’identifier, lui qui habite dans le Temple. Cette appropriation du Nom divin par Jésus était une abomination pour les Juifs, d’où leur volonté de le lapider (Jn 8, 58-59). En pleine controverse, Jésus sort du Temple : celui qui se dit JE SUIS se trouve à vider le Temple de la présence divine, à le désacraliser.

         La destruction du Temple par Titus fut un désastre pour les Juifs, ce qui les plongea dans le désespoir. Ainsi peut-on lire dans II Baruch 3, 4-6 : « Je ne dirai qu’une chose en ta présence, Seigneur : Et maintenant que va-t-il arriver après ces événements?  Car si tu détruis ta ville et livres ton pays à ceux qui nous haïssent, comment le nom d’Israël restera-t-il encore en mémoire ? Ou comment proclamerons-nous encore tes merveilles ou à qui sera encore enseigné ce qui est dans ta Loi ? ». Une nouvelle crise de foi s’abat sur le peuple élu, comme au temps de l’exil. Les Sages juifs expliquent cette destruction comme le châtiment de Dieu provoqué par le fanatisme des rebelles qui n’ont pas écouté les invitations à la modération de ben Zakkay. Les Juifs doivent donc prendre leur part de responsabilité. Mais ce désespoir se muera en espérance: le deuil du temple ne durera qu’un temps et Israël retrouvera sa gloire une fois qu’il se sera converti.

         Avec la destruction du Temple disparaissent les raisons d’être du sacerdoce, des sacrifices et du parti des sadducéens. Il fallait suppléer. L’Académie de Yabneh y pourvoira en traçant le visage d’un judaïsme sans Temple. Les Sages prennent donc diverses mesures pour sauver le souvenir de la liturgie du Temple. Ils consignent les rites du sanctuaire dans les traités Middot et Tamid de la Mishna et continuent d’exiger le paiement de la dîme. La synagogue, devenue le lieu de prière et de rassemblement de la communauté, adopte certains rites pour renforcer le lien symbolique avec le Temple disparu : commémoration du sacrifice de la Pâque dans le récit de Haggadah, prières pour la restauration de Jérusalem et de son système sacrificiel, nouvelle rédaction des bénédictions.

         On encouragera aussi les Juifs à pratiquer les œuvres de miséricorde (gemillouth hasadim), de compassion et de bienveillance pour suppléer aux sacrifices. Par la conversion du cœur (teshouvah) et les prières (tephilôth), l’Israélite peut trouver le chemin qui conduisait jadis au Dieu que l’on servait dans le Temple.  Yabneh devient peu à peu une Jérusalem nouvelle. On y transfère les traditions cultuelles. Mais le principal substitut du Temple sera la Torah.

     

    Yves Guillemette, ptre

     

    Source: Le Feuillet biblique, no 2321. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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