• Va, vends... partage - Alice

    partage.jpgBienheureux, bienheureuses les riches qui prient et agissent selon la formule de l'Abbé Pierre:

    « Fais en sorte, Seigneur, qu'il y ait toujours un carreau cassé dans ma maison, que j' entende la plainte qui vient du dehors ».

     

    phrase que je viens de découvrir dans un article sur l'Abbé Pierre.

     

    J'ai alors pensé à 2 ou 3 moments.

    Jeune enseignante, venant d'obtenir mon ''  capes '', j'avais une dizaine de jours pour choisir entre l'enseignement libre (privé) où j'exerçais déjà et l'enseignement public. « Allez voir en face!" m'avait dit, un jour, mon chef d'établissement! Avec une amie qui avait obtenu aussi son ''capes'', nous avions réfléchi ensemble sur notre décision. (Désolée, je n'ai pas fait comme François, je n'ai pas envoyé quelqu'un interroger 2 personnes sur ce que je dois faire. J'ai choisi de suivre st Luc: « Laissez-les décider par eux-mêmes, ».Y a-t-il un chemin meilleur que les autres? Ce qui est bon pour François est-il aussi le meilleur pour moi? ) En fin de soirée, mon amie décidait de rester dans l'enseignement libre et moi, je décidais d'aller dans l'enseignement public et je n'ai jamais regretté ce choix. Comme ce choix était pour moi, fait dans un esprit missionnaire « ma vocation: aller aimer mes élèves dans le public », je décidais d'en informer mon évêque. Est-ce une vocation si c'est moi qui l'ai décidé? Si cela n'est pas décidé par un autre?


    Mon évêque n'habitait plus l'évêché qui avait été vendu mais un immeuble. J'habitais un HLM où j'entendais ce que la dame du-dessous disait à son chien et j'entendais marcher au-dessus de ma tête. Quelle ne fut pas ma surprise en entrant chez mon évêque? Pas un bruit, pas un son: aucun bruit ne montant de la rue, aucun bruit dans l'appartement, aucun bruit d'un autre locataire éventuel. L'évêque était dans un immeuble de haut standing. Je ne connaissais pas, alors, cette prière: « Qu'il y ait toujours un carreau cassé, que j' entende la plainte qui vient du dehors ». Mais j'ai pensé que l'évêque ou son prédécesseur avait raté une magnifique occasion de vivre avec le peuple.


    Un ami m'a dit, il y a 2 ou 3 mois, « Vous avez un logement confortable », allusion à mes critiques sur la richesse des évêchés. Avec mon petit homme, nous avons déménagé, il y a 2 ans, notre maison étant trop grande pour nous 2. Mais, malgré tout, « Vous avez un logement confortable » est inscrit dans ma tête et je m'interroge. Je pense régulièrement à « Va, vends tous tes biens et donne-les aux pauvres ». Mais cela n'est guère possible lorsqu'on est épouse et maman. Alors comment vivre dans l'esprit de cette phrase? Comment concrètement puis-je traduire cela dans ma vie de chaque jour?

    Et j'ai aussi pensé à Laurette Lepage qui nous a quitté(e)s mais qui tient une place particulière dans mon cœur. J'ai découvert un de ses articles, il y a environ 3 ans et sa 2ème lettre écrite au cardinal Ouellet. J'ai alors trouvé un texte présentant Laurette Lepage. Quelle vie magnifique! Je reprends un passage du texte écrit par Gérard Laverdure sdf.info en octobre 2009.


    Alors qu'elle leur avait dit que l'argent ne fait pas le bonheur, Denis, une des personnes présentes, lui lance: « OK Laurette, donne-nous ton char et ton beau manteau de fourrure et, nous aussi, on va être heureux! » Une parole de pauvre qui la bouscule profondément et lui rappelle celle de Jésus au jeune homme riche: « Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres... Puis viens suis-moi. » (Mt 19) …

    Plus loin, il cite Laurette:

    Mais tout a basculé alors que je partageais la vie de mes frères et sœurs du dépotoir. C'est dans ce visage massacré de ces êtres humains, devenus déchets de la société au milieu des déchets du dépotoir, que j'ai découvert un autre visage: celui du Christ, serviteur souffrant. La Bible dit de lui: « Il était si défiguré qu'il n' avait plus l'apparence d'un homme ». 

     

    « Va vends tous tes biens et donne-les aux pauvres. Puis viens, suis-moi ». Comment vivre cela, au jour le jour ?

    J'écris. Je suis heureuse de trouver un site pour partager. Je suis heureuse de dire mes trouvailles, mes joies, de découvrir les textes des autres que je critique facilement. Je pense que, dans mon Église, on nous indique la voie à suivre comme étant Le chemin unique. Alors, j'essaye toujours d'en trouver un autre...

    J'écris. Je dis mes joies mais est-ce que je partage vraiment? Dire sa joie, c'est peut-être spontané chez moi mais dire mes soucis, mes inquiétudes d'épouse, de maman, de mamie, d'amie, dire les souffrances que je perçois autour de moi et en moi.... Et là, je me sens en délicatesse avec Marie avec cette terrible phrase de l'Évangile que j'ai pris longtemps, très longtemps pour modèle. « Elle ne comprenait pas mais gardait toutes ces choses dans son cœur ».


    Il faut une très grande dose de confiance pour partager ses soucis, angoisses et même ses incertitudes. Suis-je vraiment dans le partage si je ne peux dire à l'autre ma souffrance et mes doutes? Si je ne peux lui dire ce que je ressens en le découvrant ou en lisant un de ses textes?

    Que de choses se sont-elles ainsi accumulées dans le fond de mon cœur, étant non-dites. Elles m'ont enfermée dans de hautes murailles.

     

    Puis, un soir, à la fin d'une partie de cartes, sortant de ma timidité, de mon silence, j'ai osé donner mon texte sur les Béatitudes à un couple ami. Et d'un seul coup, je me suis sentie légère, heureuse. Oui, ce soir- là, les trompettes ont fait tomber les hautes murailles de Jéricho!!!

    Ah ! Partager! Se livrer en toute confiance! Quelle bonne dose de confiance faut-il?

     

    Permettez-moi de vous citer un texte de François (que je trouve très fort même s'il insiste un peu trop sur l'abnégation en oubliant peut-être de trouver un 2ème temps fort dans le partage.)

     

    Tu me demandes ce qu'est le cœur léger? Écoute:

    Un oiseau chante dans le jardin. Ne le dérange pas. Fais-toi le plus petit possible, le plus efficace, le plus silencieux. Écoute-le. Ne cherche pas à l'attraper, à l'apprivoiser. C'est la création qui chante. Et son chant est celui de son créateur.

    Des roses s'épanouissent dans le jardin. Laisse les fleurs. Ne tends pas la main pour les cueillir. Réjouis-toi de les voir si belles, si fraîches. C'est le sourire de ton Créateur.

    Et surtout, surtout, si Dieu vient à fleurir dans ton jardin, ne cherche pas à le ramener à toi. Laisse Dieu être Dieu.. Réjouis-toi seulement de ce qu'il est Dieu. Qu'il fleurisse dans ton jardin ou dans celui de ton voisin, peu importe. Il est Dieu, cela suffit.

    Et si tu rencontres un misérable, un être douloureux ou désespéré, tais-toi, écoute-le. Emplis tes yeux de sa présence, de son existence, jusqu'à ce qu'il découvre lui-même dans ton regard qu'il existe vraiment et que tu es son frère.

    Alors tu trouveras les gestes et les mots qui conviennent et peut-être n'y aura-t-il rien à dire ou rien à faire? Il existe. Tu l'as fait exister. Tu as été Dieu pour ton frère. (ou ta sœur).

    Alors tu entendras toi aussi le chant de la fête neuve.

    Tu ne seras pas un violent, un conquérant, un rapace.

    Tu connaîtras la joie divine d'exister.

    Tu auras le cœur léger »

     

    Avec le cœur léger, vivons ensemble les Béatitudes.

    Alice

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Juillet 2012 à 03:47

    Merci Jean Michel

    2
    jean michel Joffres
    Mercredi 3 Juillet 2013 à 20:18

    J'ai beaucoup aiméletexted'Alice.oi je me suis fait une règle:chaquefois que c'est possible, parler au pauvre quime tend la main. Il,elle  a autant besoin d'une parole qui lui rend sa dignité, lui ptouve qu'il (ou elle) exixte, qu''il ou elle est recardé comme un homme (une femme) et pas xcomme "un clachard de plus"...Et comme in se sent léger, heureux! Pas un seul n'a refusé ma parole. On n'a pas tous les jours l'argent pour leur donner, mais on a toujours des yeux pour les voir, des oreilles pour les écouter, une bouche pour leur parler et leur sourire.

    Les pauvres sont nos frères, nos soeurs, nos seigneurs et nos maïtres.

    Merci à Alice et à Richard de nous le redire!

    Jean Michel, à Paris

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